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mardi, 13 juillet 2010 02:00

Bloogaloo!

Johnny Meller milite au sein des Fabulous Thunderbirds, depuis 2007. Comme guitariste. Ce Texan pur sang est originaire de Fort Worth où il est né il y aura bientôt 40 ans. Un véritable bluesman dans l’âme. Ses premiers pas en studio, il les a accomplis en 1996. Il avait alors participé à la confection de "Return of the funky worm", l’album de Paul Size, le gratteur des Red Devils ; un disque publié sur le label de la Dallas Blues Society. Sa première œuvre personnelle remonte à 2001. Elle s’intitule "Johnny’s Blues aggregation".

Pour concocter "Bloogaloo", il a reçu le concours de toute une série de collaborateurs. Et tout d’abord, son propre band ; soit le bassiste Steve Gomes, le claviériste Matt Farrell et le drummer Rob Stupka. Mais plusieurs invités notoires ont contribué à la conception de cet elpee, réalisé au sein des studios de Church House.

Le titre maître ouvre le feu. Une plage instrumentale aux accents texans très prononcés. Et manifestement abordée dans l'esprit des petites pièces musicales qui avaient permis à Freddie King, de se forger une réputation, dans le passé. Johnny signe "I'm movin' on up". Un titre solide et grave. Très rythmé, il trahit des références R&B dansantes indéniables. L'orgue de Farrell communique une coloration très Memphis à l’ensemble. Le timbre vocal de Shawn Pittman (NDR : un pote à Moeller) est chargé de passion. Et pour clôturer cette plage, Johnny se réserve une intervention particulièrement saignante sur les cordes, proche d'un Jimmie Vaughan au sommet de son art. Un climat r&b délicieusement fun qu’on retrouve sur le "Trick bag" d'Earl King. Moeller ne dispose pas d’un organe vocal exceptionnel. Il en est conscient. Aussi, il injecte toute son énergie dans les cordes et le rythme. Et finalement son jeu en devient très caractéristique. Il est violent, sauvage. Le tempo s’élève. Il galope même. Matt est passé au piano. Johnny est alors rapidement soutenu par Kim Wilson (NDR : son boss chez les T-Birds). Il est venu donner la réplique vocale et a emporté son harmonica. Johnny compte énormément d’ami(e)s du côté d'Austin. Ainsi l'énigmatique Lou Ann Barton est venue apporter son concours. Elle chante vigoureusement, autoritairement, "I'm stuck on you". Ce qui a le don de piquer au vif notre Moeller, qui signe une sortie de haute facture. Elle interprète également "Everybody's got to cry sometime", mais d’un timbre fausset. Une plage indolente, hantée par la réputation de femme de mauvaise vie véhiculée par Miss Barton, mais qui transcende littéralement le jeune Johnny, dont les interventions aux cordes touchent au sublime. Instrumental, "Theme from the one armed swordsman" pourrait servir de B.O. de film. Caractérisé par la présence de l'orgue et la frappe métronomique de Stupka, la guitare se détache de l’ensemble. Deux autres copains sont venus épauler Johnny sur  "Raise your hands". Deux Texans. Issus d’Austin, également. Tout d’abord le jeune noir Gary Clark Jr ; et puis James Bullard. Ils lui donnent la réplique vocale. Kim Wilson revient chanter "Well goodbye baby". Energique, parcouru par les ivoires trépidantes de Farrell, il s’agit certainement d’une des meilleures plages de l’opus. Torride, "Shufflin' around" est un autre instrumental. Une plage au cours de laquelle les cuivres tentent de baliser la guitare, manifestement insatiable. Cet album sans prétention s’achève par "Tease my baby", un titre plus roots. Moeller est seul. Il s’accompagne à la guitare. Dans un style proche de John Lee Hooker voire de Lightnin' Hopkins!

lundi, 08 février 2010 16:27

…songs for Elisabeth

Alias Seasick Steve, Steven Gene Wold est un personnage atypique dans l’univers de la musique roots contemporaine. D’origine californienne, tatoué, la longue barbe grise, ce presque septuagénaire (NDR : il est né en 1941) affiche un look de vieil ermite. Dans la vie, il a accompli une multitude de jobs ; et puis il a bourlingué à travers de nombreux pays. Il chante et joue de la guitare. On ne sait plus trop depuis quand. Il a côtoyé Janis Joplin et Joni Mitchell. Et puis, il a également participé à de multiples sessions d’enregistrement. Tant comme ingénieur du son que producteur. Il s’est établi en Norvège. En 2001. Il y concocte son premier album, "Cheap", en compagnie de musiciens locaux, les Level Devils. Il embrasse ensuite une carrière en solitaire. Et publie son premier opus solo, en 2006, "Dog House Music". Un disque qui rencontre un succès certain, notamment en Angleterre. Ce qui lui permet de se produire au cours de très nombreux festivals. Il signe chez Warner et grave un nouveau long playing, en 2008 : "I started out with nothin' and I still got most of it left", puis un Ep intitulé "It's all good". L'an dernier, il a encore édité un elpee, "Man from another time", une œuvre parue sur Atlantic. « …Songs for Elisabeth" compile ses premières œuvres. Il a choisi ce titre sous la forme d’un présent, qu’il a adressé à son épouse, Elisabeth, lors de la Saint-Valentin.

"8 ball" et "Dr Jekyll & Mr Hyde" sont issus de son premier elpee, "Cheap". Excellent, le premier morceau est imprimé sur un tempo bien carré. La section rythmique est solide. Ce qui n’empêche pas la gratte électrique de se frayer son chemin. La série de notes dispensées par le vieil homme sont récréatives. Elles peuvent rappeler un certain Albert King. Graveleux, son chant passe au second plan. Tout au long de "Dr Jekyll & Mr Hyde", il s’inspire de John Lee Hooker. Il y dispense ses sonorités métalliques, face aux percussions bien marquées. Son chant est répétitif, hypnotique. Un style réminiscent de Howlin' Wolf, au sommet de son art. "My donny" figurait sur "Dog house music". Steve est seul, chante en s’accompagnant d’un dobro acoustique. Il semble possédé par sa musique, dont il accélère le tempo, jusque la rupture finale. "Just like a king" et "Walkin' man" sont extraits d’"I started out with nothin' and I still got most of it left". La voix du loup solitaire est douce et apaisante. Une plage sculptée dans le folk blues, caractérisée par son jeu de cordes envoûtant! "Just like a king" est un titre dont il partage l’écriture avec Nick Cave. Un morceau complexe dont la structure est en progression constante. Lors de ce titre, il est soutenu par son drummer norvégien. Terriblement expressif, son timbre est remarquable. Et ses accords filtrés par le bottleneck lancinants. "My home (blue eyes)" est issu de son dernier cd. La pureté de son jeu y est mise en exergue. Reste "Ready for love", une plage inédite, bien dans le style de l’artiste. Une question me taraude quand même l’esprit : nonobstant le talent de Seasick Steve, difficile de comprendre pourquoi son blues acoustique sans concession a acquis une telle popularité ?  

 

mardi, 22 juin 2010 02:00

Vintage blues

Lorsque le british blues a éclaté au cœur des sixties, la contagion n'a pas tardé à se propager en Europe et tout particulièrement aux Pays-Bas. Flanqué de ses Blizzards, Cuby (Harry Muskee) a rapidement rempli, chez nos voisins du Nord, le rôle des Bluesbreakers de John Mayall, entraînant dans son sillage bon nombre de disciples, parmi lesquels on retiendra surtout Livin' Blues, Oscar Benton, Rob Hoeke, les Bintangs, Flavium et, un peu plus tard, Barrelhouse, une formation que j'ai toujours beaucoup appréciée !

Ce band sillonne les pistes du blues depuis bien longtemps. Et pour cause, il est né en 1974. Au sein du line up figurait déjà la chanteuse à la voix délicate Tina Schoemaker, les deux frères d'origine javanaise Johnny et Gus Laporte, le pianiste Han Van Dam, ainsi que le drummer Bob Dros et le bassiste/accordéoniste/harmoniciste Jan Willem Sligting. A cours de l’hiver dernier, ils ont décidé d'enregistrer des classiques du blues, écrits avant la fondation du combo. Faut dire que c’est ce qu’ils préfèrent jouer ; et aussi ce qu'ils font de mieux!

‘Back in the years when blues started to be original’, nous annoncent-ils avant d’entamer les hostilités par un morceau de folk traditionnel intitulé, "Oh death". Séduisante, cette plage d’excellente facture est marquée par un riff solennel produit par la guitare rythmique des frères Laporte. Bob Dros caresse ses fûts. Le timbre vocal de Miss Tina est délicieux. De brève durée, le solo de guitare est un véritable joyau. Limité à quelques notes, il est cependant gorgé d'intensité dramatique. L'intro du "I love the way I live" de Muddy Waters me rappelle le blues des 60’s. Celui du Chicken Shack de Stan Webb et Christine Perfect, tout particulièrement. C’est-à-dire des débuts du groupe. Face au piano de Han van Dam, les cordes libèrent des sonorités arides et travaillées. Nostalgie quand tu nous tiens… Le tempo s'accélère. Tina secoue sa longue chevelure bouclée avant de croquer (NDR : oh la gourmande !) "Shake 'em on down", un autre traditionnel au cours duquel 'Barrelhouse Bailey' van Dam étale tout sons savoir-faire aux ivoires. Un véritable travail d’orfèvre accompli par un des plus grands disciples de l'inoubliable Otis Spann, pendant que les frères Laporte se démènent à l'arrière-plan. Superbe ! "Comeback baby" est un slow blues issu de la plume de BB King. Dès l’ouverture, le feeling est très présent. Van Dam passé à l'orgue Hammond. La voix de Tina est savoureuse, chargée de passion. Et les quelques notes dispensées par les frangins Laporte tapent littéralement dans le mille. Le "Bring it on home" de Sonny Boy Williamson est aussi convaincant. Une compo au cours de laquelle Jan Willem a troqué sa basse contre un l'harmonica. L’émotion est à son comble tout au long du "God bless the child" de Billie Holiday ainsi que du "Midnight hour blues" de Leroy Carr. Deux compos sculptées dans le préwar blues. Deux duos également. Auxquels participe Tina. Lors du premier, elle murmure face au banjo gémissant de Johnny Laporte. Et du second, elle est soutenue par le piano de Han. L’elpee épingle deux covers de John Lee Hooker : "Groundhog blues", une plage au cours de laquelle Laporte attaque ses cordes sèchement, à la manière du maître, comme le faisait si bien Tony Mc Phee des Groundhogs ; et en finale, une version honnête d’"It serves me right to suffer". Le combo batave ne semble d’ailleurs pas plus inspiré, lorsqu’il adapte "Spoonful" et "Meet me in the bottom" de Willie Dixon. A contrario, leur version du "Mean old world" de Little Walter est superbe. Pas d’harmonica, mais le piano vivifiant de van Dam. Quant à la reprise solennelle du "Weary blues from waiting" de Hank Williams, elle conjugue judicieusement accordéon et cordes. Manifestement, Barrelhouse a pris un énorme plaisir en enregistrant cet opus. Et il est partagé. Dès lors, pas question de le bouder…

mardi, 22 juin 2010 02:00

Born lover

McKinley Morganfield, dit Muddy Waters, le ‘Father of the Chicago Blues’, est sans doute le musicien le plus prestigieux de l'histoire du blues urbain d’après-guerre. Muddy a eu deux fils. Tout d’abord Larry Williams. Né en 1954, il porte le nom de sa mère. Il a mené sa carrière sous le nom de Mud Morganfield. Ensuite William ‘Big Bill’ Morganfield. Il est né en 1956. Pourtant, il a entamé son parcours musical avant son aîné. En 1999, il publiait son premier elpee, "Rising son", suivi de "Ramblin' mind" en 2001 et "Blues in the blood" deux ans plus tard. Les trois disques sont parus chez Blind Pig. L'an dernier il a fondé son propre label : Black Shuck et publié ce "Born lover" en hommage à son paternel.

L'ouverture est excellente. "Too late brother" nous rappelle l’atmosphère du Chicago Southside dont le roi n'était autre que Muddy Waters. La voix de Big Bill est excellente, grave, naturellement puissante. Les musiciens sont étincelants, et en particulier Steve Guyger à l’harmo, dans lequel il souffle, dès qu’il en a l’opportunité. Trois guitaristes figurent au casting. Tout d’abord Big Bill, et puis deux anciens du Muddy Waters Band, dont l'exceptionnel joueur de slide, Bob Margolin, ainsi que Brian Bisesi. Malheureusement, les notes de la pochette ne précisent pas la répartition des rôles entre les différents solistes.

"High gas prices" ouvre l’elpee. La slide est probablement celle du cadet des Morganfield. "My love is real" constitue certainement le meilleur moment de la plaque. La cover d’une compo signée Buddy Guy. Passion et discernement guident la voix du chanteur. Une sensibilité extrême émane des accords de guitares. Et une grande délicatesse de ceux du piano que se réserve Clark Stern. Big Bill est très à l’aise, mais manifeste un grand respect à l’égard du répertoire de son père. Notamment lorsqu’il interprète "Born lover", un titre au cours duquel Guyger affiche la toute  grande forme. William a hérité des gènes du blues. Il exécute autoritairement le "My last affair" du grand Howlin' Wolf. Sa guitare est bien à l’avant-plan tout au long de cette version qui tient parfaitement la route. L’adaptation du "Peace of mind" de Snooky Pryor est un autre grand moment du disque. La voix de Big Bill baigne dans l’allégresse. Imprimé sur un mid tempo, cette compo est alimentée par la slide gouailleuse de Margolin, le piano de Stern et l’harmo diatonique de Guyger, qui souffle dans les aigus. Un régal ! Funky, "I play dirty" met en exergue une chouette prestation de Stern à l'orgue. Au cœur de cette ambiance Southside, Big Bill est totalement épanoui. Et il le démontre sur "Who's the fool". "Lonesome lonely blues" est encore une compo à marquer d’une pierre blanche (noire ?) Autorisant une envolée de cordes absolument superbe, elle évolue dans un registre plus proche du westside Chicago blues de Magic Sam. La fin de parcours épouse un profil plus swing. Constituée du bassiste Mookie Brill et du drummer Chuck Cotton, la section rythmique entretient cette ligne de conduite. Sur "X rated love" (NDR : au sein de la famille, ils ont une bonne opinion de leurs prouesses amoureuses!) tout d’abord, et puis lors de la reprise du "One kiss" de l'inévitable Willie Dixon, morceau au cours duquel Steve Guyger est à nouveau remarquable…

 

mardi, 15 juin 2010 02:00

Country man

Mac Arnold est un vétéran. Et pour cause, au sein de son premier groupe, un certain James Brown était préposé au piano. Dès le début de sa carrière, Mac a joué et enregistré en compagnie de Muddy Waters et John Lee Hooker. Il a également côtoyé Otis Redding et BB King, sur les planches. Excusez du peu ! Mac était bassiste. Ses grattes, il les fabriquait lui-même. En se servant de bidons d'essence ou d'huile. Il s'était retiré du show business depuis belle lurette. Et vivait en Caroline du Sud. Comme fermier. Pourtant, le virus du blues ne l'avait pas abandonné. Il y a quelques années, il a décidé de reprendre la route. Il a recruté un backing band composé de musiciens blancs : le Plate Full O' blues. L’équipe a commis un premier elpee en 2005 : "Nothing to prove". Puis un deuxième en 2008 : l'excellent "Backbone & Gristle". Et enfin ce "Country man", l’an dernier. Max chante, joue de la basse et parfois de la guitare à bidon. Il est soutenu par le six-cordiste Austin Brashier, le pianiste Max Hightower, le bassiste Dan Keylon et le batteur Mike Whitt.

"I ain't sugar coatin" ouvre l’opus. Un morceau de funky blues empreint de douceur, au cours duquel sa voix intense, sensiblement ravagée, bouleverse, face au piano électrique. Le timbre éraillé de l’artiste est un fameux atout pour leur musique. Elle véhicule énormément d’émotion. Parfois même elle se limite à un murmure… Comme sur "Farmer", une ballade au cours de laquelle il fait l’éloge de ses années consacrées à  la terre. Le rythme s'accélère. Un cheval au galop cherche à rattraper "This ol' tractor". Max est passé à l'harmonica. Mac sur son bidon à cordes, dont il extrait des sonorités métalliques. Lors du titre maître, notre leader ne peut s’empêcher d’épancher tout son bonheur, pendant que Max Hightower tire son épingle du jeu à l’harmo. Son chant est à nouveau très émouvant sur "True to you". Austin manifeste une certaine réserve, voire une réserve certaine, aux cordes, sur cette plage. "Too much" est un rock'n'roll de toute bonne facture. Offensif, pétillant et puissant à la fois, ce morceau bénéficie du concours de Bob Margolin (NDR : c’est également lui qui s’est chargé de la mise en forme de cet elpee ; et il faut reconnaître qu’il a accompli de l’excellent boulot), un personnage qui avait fait les beaux jours du Muddy Waters Band. Avant de céder le relais à Mr Brashier. Enlevé, "If walls could talk" évoque la cover du "It's all over now" des Stones. Une compo qui déménage et au cours de laquelle le PFOB prend son pied. Max se charge de la guitare rythmique sur "Holdin' on to lettin' go", une ballade qui tranche dans l’ensemble. A cause des cordes d’Austin, dont les tonalités évoquent le Mark Knopfler de Dire Straits. Des cordes qu’il cède à Margolin lors du Chicago shuflle "Scarecrow", un morceau percutant, enflammé par le souffle puissant d’un harmonica. Puis les refile à Mac, sur le fort remuant "Cackalacky twang". L’émotion étreint la voix de Mr Arnold lors du "Screramin' and cryin" de Muddy Waters. Bob Margolin lui accorde une solide réplique vocale, tout en se consacrant au bottleneck. "Mule for a Chevrolet" épouse un format plus hard, alors que la finale ("Swing me back home") est instrumentale. Un titre au cours duquel le boss a empoigné la basse, alors que Brashier nous réserve sa meilleure intervention aux cordes.

Mac compte de nombreux amis. Il vient d'organiser son 4ème ‘Mac Arnold Cornbread and Collard greens Blues Festival’. Il est parvenu à réunit à la même affiche Bob Margolin, Kim Wilson, Willie ‘Big Eyes’ Smith et bien entendu le Plate Full O'Blues.

mardi, 15 juin 2010 02:00

You got to move

De son véritable nom Iverson Minter, Louisiana Red est né en 1932. Pas en Louisiane mais dans l'Alabama. Cette légende vivante du blues a publié plus de cinquante albums sous son nom ; et "You got to move" constitue son second elpee concocté au cours de l’année 2009. Il fait suite à "Back to the black bayou", réalisé en compagnie de Little Victor's Juke Joint, un elpee qui avait reçu le concours de Kim Wilson. Il a d'ailleurs été honoré dernièrement pour ces deux productions.

Notoire au sein de la profession, David Maxwell est un pianiste particulièrement talentueux. Il est issu de Boston et ses collaborations sont innombrables. Epinglons, quand même, deux œuvres indispensables. Tout d’abord "Maximum blues piano", paru en 1997. Puis "Max attack", en 2005, pour lequel il avait bénéficié de la participation de ses célèbres amis Hubert Sumlin, James Cotton, Pinetop Perkins, Duke Robillard, Ronnie Earl et Kim Wilson.

Louisiana Red a le blues. Il le vit depuis sa naissance. Il est d’ailleurs né orphelin de sa mère. Et quelques années plus tard, son père est victime du Ku Klux Klan. Très jeune, il s’engage à l’armée. Et participe à la guerre de Corée, alors qu’il n’a que 16 ans. Le musicien a passé une grande partie de son existence, en Europe. Tout particulièrement en Allemagne. Il jouit d’ailleurs d’une plus grande notoriété sur le Vieux Continent qu’aux States. Mais il fait l’unanimité autour de lui. Autant pour sa gentillesse que pour le blues authentique dont il est responsable. Il est tellement contaminé par le virus du blues qu’il serait capable d’enregistrer dix albums par an, sans se forcer… David Maxwell en était bien conscient et lorsqu’il en a eu l’opportunité, il l’a invité pour participer à une session impromptue dans l’état de New England. C’était au cours de l’été 2007. Et la magie a opéré. Tout au long de cet opus, son blues très terre-à-terre est susceptible, à tout instant, de vous flanquer des frissons partout. Les musiciens sont très complices. Ils affichent une maîtrise naturelle de leurs instruments. Bien sûr, on a parfois l’impression qu’ils en remettent une couche, mais il faut reconnaître qu’ils nous éclaboussent de leur talent. Red est un adepte du bottleneck. Il est doué et force le respect dans cet exercice de style. Il aime attaquer les cordes, un goulot de bouteille autour du doigt. Ce qui lui permet de libérer un son métallique très caractéristique. Brillant, Maxwell est pétri de classe ; en outre, il est capable de s’immerger totalement dans le blues de son vieil ami. Red a toujours préféré les tempos lents ; et il le démontre une nouvelle fois sur cet elpee. Notamment lorsqu’il caresse ses cordes sur "Barbara Jean". Et comme ce vieux sorcier de Maxwell a tout compris d'Otis Spann, c'est le bonheur. Dès les premières notes de "Get your hands off my woman", on a l’impression de revivre une rencontre entre Muddy Waters et Otis Spann. La similitude est saisissante. Une seule plage est imprimée sur un tempo plus soutenu : "Going back to Memphis". Elle met surtout en exergue le jeu fluide de David aux ivoires. Douceur et tristesse infinie envahissent "You got to move". "New Jersey women" emprunte délicatement le célèbre riff de slide immortalisé par Elmore James. Et tout au long de "Been down so long", la sensibilité des partenaires est littéralement exacerbée. Une véritable propagande pour le blues !

 

mardi, 08 juin 2010 02:00

Live

Jimmy Bowskill est un autre prodige de la guitare, qui s’est révélé dès son plus jeune âge. Marqué très tôt par le blues, ce Canadien enregistre son premier opus, "Old soul", alors qu’il n’a pas encore 12 ans. Et embraie par "Soap bars & dog ears", deux ans plus tard ; soit en 2004. Puis en 2007, il publie un elpee éponyme.

Il était donc judicieux qu’il enregistre enfin un premier album ‘live’. Pour lequel il a bien sûr reçu le concours de sa section rythmique, soit le drummer Dan Neil et le bassiste Wayne Deadder. Notre gamin fêtera ses 20 printemps ce 16 septembre. Il partage la même date d'anniversaire que BB King, né en 1925, il faut le rappeler. Soit 65 ans plus tôt, quand même… Ce Cd est emballé dans une pochette très colorée, rappelant une époque lointaine où la fantaisie était élevée au rang d’art. Manifestement notre Jimmy y puise, avec une certaine gourmandise, son inspiration ; une période au cours de laquelle les guitaristes incarnaient des héros, et s’autorisaient, sans réserve, de longs exercices de style en solitaire. Il aimait les gratteurs anglais de cette grande époque et tout spécialement Peter Green et Paul Kossoff, un ange doué trop tôt disparu. Mr Bowskill signe une partie de son répertoire, car il aime les reprises qui ne sont pas des surprises.

"Far from reality" ouvre la plaque. Ses notes émanant de sa Gibson Les Paul sont largement amplifiées, puissantes, bien grasses. Sa voix s'est affermie pour ne pas dire affirmée ? Son hard rockin' blues tient la route. Il embraie naturellement par la cover du royal "Rattlesnake shake" de Peter Green, époque Fleetwood Mac de la fin des sixties. Le gamin est à l'aise et se fait plaisir. Cependant, les tonalités des cordes sont bien plus proches de celles de feuPaul Kossoff, le gratteur de Free. Pas étonnant dès lors qu’il adapte leur "Walk in my shadows", une compo qui figurait sur leur tout premier long playing. Les musiciens de ce british blues band étaient alors fort jeunes également. Paradoxalement, le chant évoque aussi furieusement celui de Paul Rogers. Il emprunte les mêmes intonations dramatiques et tout en conjuguant intensité et précision ; ce qui n’est pas un exercice de style facile, avouons-le! Parfois, je me demande s’il n’est pas carrément hanté par la formation londonienne. Douceur et indolence baignent son "Loser", une compo au cours de laquelle son timbre s'intègre parfaitement à l'ensemble. Il est passé à la slide pour attaquer "Be mine". Ses interventions sont puissantes, dévastatrices et –reconnaissons-le– écrasantes. Mais c’est le feeling qu’il veut faire passer. Il s’en délecte même jusqu'à l'écœurement, pensant sans doute au Jimi Hendrix interprétant l'hymne américain, à l'aube, au festival de Woodstock. A cet instant du set, le leader n’hésite plus à rajouter l’une ou l’autre couche, heureusement, bien secondé par sa section rythmique. Insatiables, les six cordes ont pris entière possession de la scène, et largement teinté de rock, son blues épais monte en décibels. C'est le moment choisi pour remettre une solide louche de Free. En l’occurrence sur "Ride a pony". Et la magie opère à nouveau, d’ailleurs, Jimmy Rogers-Kossoff a le sourire aux lèvres. En fin de parcours, le gamin se réserve son slow blues royal, lors de la reprise du "Three o'clock in the morning" de BB King. Il y témoigne à nouveau ce sens de la tragédie, en exprimant la souffrance sur les planches. Dans le style, cet elpee ne manque pas d’allure. C’est vrai qu’un gars de 20 balais doit encore prendre le temps de se faire plaisir…

mardi, 08 juin 2010 02:00

Voracious love

“Voracious love” constitue le troisième opus, de la féline Finlandaise, pour Ruf. Il fait suite à "Dreamland blues" et "Grip of the blues". Manifestement son œuvre la plus personnelle à ce jour. Notre rouquine s’est teint les cheveux en noir ébène. Son regard est devenu sombre. Mais en même temps, elle cherche à se montrer plus sexy. Ce qui explique sans doute le titre de son long playing. Pour enregistrer ce disque, elle a reçu le concours de ses musiciens locaux, dont le fidèle Davide Floreno, à la guitare rythmique.

L’album s’ouvre par le titre maître. La slide est généreuse. Les sonorités sont torturées, triturées par le recours fréquent à la pédale de distorsion. Les riffs sont puissants. Les interventions à l’orgue de Harri Taittonen accentuent cette impression. Perso, le travail opéré sur les voix féminines ne me botte pas trop. Erja a changé de look mais aussi de style. Si elle s’inspire toujours du blues, les sources ne sont plus aussi claires. S’il n’y avait l’échange entre la slide époustouflante et l’orgue Hammond, dont les tonalités insolites apportent un bon coup de fraîcheur, "Don't let a good woman down" serait une plage sans grand intérêt. "Crowes at your door" baigne au sein d’une ambiance mystérieuse, éthérée. Le tempo est lent. Tous les instruments sont bien en place ; et en particulier les cordes acoustiques, le piano électrique et l’harmonica, dont le souffle gémit en toile de fond. Erja doit être amoureuse. Communiquant un sentiment de douceur infinie, "Bed of roses" est une ballade bercée de violons et violoncelles. Elle y échange de tendres vocaux en compagnie d’un invité, Marco Hietala. Blues/rock de bonne facture, "Bird" s’appuie sur une solide ligne mélodique. Et toujours pas d’agressivité manifestée chez Miss Lyytinen tout au long de "Gilmore", une autre gentille ballade tramée dans les cordes. Cette douceur empreinte de mélancolie se prolonge lors de l’éthéré "I think of you". Du blues, quand même, sur le subtilement rythmé "Oil and water". Avant qu’Eerja nous revienne plus voluptueuse et envoûtante que jamais, lors d’un fragile "Can't fall in love", caractérisé par un solo aussi brillant que délicat. Enchanteresse, la slide refait surface sur le vibrant "One thing I won't change", une compo pop/rock de toute bonne facture. Et la fin de parcours de se consacrer à des folk songs, à l’instar de "Soul of a man" ou "Place like home". Manifestement, cet album marque un changement radical d’orientation chez Erja. Dans ces conditions, ses plus fervents adeptes risquent d'être déçus…

mardi, 01 juin 2010 02:00

Heads I win tails you lose

Oli Brown n’a pas encore vingt ans ; et pourtant, ce très jeune chanteur/guitariste anglais a été signé par Thomas Ruf, il y a déjà deux ans. Ce qui lui a permis d’enregistrer son premier elpee, "Open road". Mais pour concocter ce nouvel opus, Ruf a fait appel au mythique Mike Vernon à la mise en forme.

Au cours des sixties, Vernon a énormément apporté au blues. Il constitue même une des pierres angulaires du succès remporté par le british blues, à l’époque. Il a ainsi signé des tas de futures légendes ; et en particulier Eric Clapton ainsi que Peter Green. Vernon s’était retiré de la scène musicale depuis une dizaine d'années ; mais en écoutant Brown, il n’a pu résister à reprendre du service. Il ne faut pas oublier, non plus, que lorsque les gratteurs anglais, populaires au cours des sixties, se révélèrent au public, ils étaient eux aussi fort jeunes. Bref, le courant est fort bien passé entre le gamin Oli et le vieux renard, Mike. Oli est entré en studio en compagnie de ses musiciens : le bassiste Gary Rackham, le drummer Jamie Little ainsi que Dave Lennox, un claviériste jouissant d’une grosse réputation outre-Manche.

Brown attaque "Evil soul". Effréné, le tempo est imprimé sur celui du chemin de fer. Sa six cordes occupe la quasi-intégralité de l’espace sonore. Son timbre vocal est encore juvénile, mais bien posé. "Makes me wonder" s’inspire manifestement du regretté Stevie Ray Vaughan, mais sans la puissance et le groove du Texan. Brown et Vernon cosignent deux morceaux. Tout d’abord "Keeping my options open", une plage caractérisée par sa rythmique répétitive, dansante. Puis "Speechless", une ballade savoureuse, mélodieuse, au cours de laquelle Vernon et son jeune élève reprennent le refrain de concert ; une chanson qui permet à Oli de signer une excellente sortie sur les cordes. Soutenue par l’orgue de Lennox, la cover du célèbre "Fever" ne manque pas de dynamisme. Brown chante "Not a word to say", en y injectant tout son feeling, toute sa passion. Une plage indolente de toute bonne facture. Dans le même registre, "I can make your day" permet à Vernon de mettre son talent en exergue. "Real good time" et "Take a look back" sont des morceaux sculptés dans le funk. Vernon appuie le chant, alors que les cordes s'évadent constamment. La reprise du "No dignity" de Bill Withers lorgne vers la soul. Bien ficelée, elle illustre le boulot accompli par le producteur tout en soulignant le brio de l’artiste. "Love's gone cold" constitue le slow blues de circonstance. Très ‘british’, chargé d’intensité dramatique, il est caractérisé par le recours à la formule questions/réponses entre le chant et les cordes. Une formule reconduite sur "On top of the world", un titre funky qui achève cet excellent opus…

 

mardi, 01 juin 2010 02:00

Last call

Deux ans déjà que le légendaire chanteur/guitariste a quitté cette terre ; et depuis, les publications à titre posthume se sont multipliées. Le dernier en date, "Songs from the road", était un ‘live’. "Last call" (NDR : traduction ‘dernier appel’) devrait clore cette série de témoignages.

Jeff n’a jamais caché sa passion pour le jazz des années 20 et 30 ; et c’est cet aspect du défunt artiste qui est ici épinglé. Soit des sessions exécutées en solo, duo et trio, produites par Healey himself ! Il chante, gratte et souffle aussi dans une trompette, soutenu par le violoniste Drew Jurecka ainsi que le pianiste/clarinettiste Woolridge. Depuis 2002, Stony Plain a édité plusieurs opus du défunt malvoyant, consacrés au jazz. Lors de ces sessions, il a reçu le concours des Jazz Wizards. De cet épisode, trois elpees son parus : "Among friends", "Adventures in Jazzland" et "It's tight like that", ainsi qu’un Dvd intitulé "Beautiful noise". Si vous ne connaissez pas cette facette méconnue de feu Healey, vous risquez fort d’être surpris. Et tout particulièrement, tout au long d’"I'm gonna sit right down and write myself a letter", une vidéo proposée sous la forme de bonus track. Un morceau terriblement remuant qui baigne dans le dixieland le plus pur. Jeff s’y réserve les vocaux, mais surtout souffle dans la trompette, à la manière de Louis Armstrong. Il est épaulé par un clarinettiste, un guitariste, un violoniste, un pianiste, un contrebassiste et un drummer. Un titre vraiment excellent.

L'album s'ouvre par "Holding my honey's hand", une plage très manouche. Jeff chante cette compo. Son toucher de guitare est manifestement inspiré par Django Reinhard. Une trompette au son feutré s’immisce au sein du paysage sonore. Mais le plus étonnant procède du rôle joué par Jeff. Et pour cause, en se servant des propriétés du re-recording, il se charge de l’intégralité de l’instrumentation. A la manière, expliquait-il, de Sidney Bechet, qui dès 1941, s’était réservé six instruments sur le même morceau. Il emprunte une voix de crooner pour interpréter la jolie ballade "Time on my hands" ainsi que "Deep purple" (NDR : aucun rapport avec le célèbre groupe de métal!) "Wildcat" se résume à un duo instrumental. Il met en exergue la performance assez extraordinaire du talentueux violoniste Drew Jurecka. Néanmoins, les plages qui m’ont le plus fait flasher sont celles au cours desquelles, la guitare de Healey emprunte des accents bien manouches. Et "You can't pull the wool over my eyes" en est certainement la plus belle illustration. Sa reprise du "Hong Kong blues " de Hoagy Carmichael est superbe. Il y soigne le sens mélodique. Son jeu de cordes tout en accords est un véritable régal pour les oreilles. "I'm gonna sit right down and right myself a letter" baigne au sein d’une ambiance dixieland. Il ne s’agit cependant pas de la même version que celle dispensée lors de la séquence vidéo, puisque Jeff s’y réserve tous les instruments : voix, trompette et cordes. Il opère un bel échange instrumental avec le violoniste Jurecka, tout au long de "Black and blue bottom". Dans les années 20, les guitaristes Eddie Lang et Lonnie Johnson se produisaient régulièrement en duo. Et c’est sous ce line up, qu’ils avaient composé et exécutaient "Guitar duet stomp". Mr Healey joue ici les deux rôles à la fois, en manifestant beaucoup de virtuosité. Empreinte d’une grande nostalgie, cette œuvre s’achève par "Same of these days", un morceau plongé dans une ambiance dixieland d'avant la grande guerre. Dans le style, c’est un véritable délice !