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mardi, 10 novembre 2009 01:00

Soul of a sinner

Cette solide formation californienne brandit très haut la bannière du westcoast jump ! Un combo drivé par Michael ‘Pink’ Arguello. Pink est originaire de Los Angeles. Et y vit depuis sa naissance. Pas étonnant qu’il fasse partie de la scène locale, depuis plus de trente ans. Michael s’intéresse à une multitude de styles. Depuis le blues au rockabilly, en passant par le jazz, le funk et même le punk (NDR : un zeste !) Il s’est forgé une réputation de showman extravaguant. Il a commis son premier opus en 1999. Excellent, "Living large" trempait dans le barrelhouse boogie blues ; et incluait des morceaux aussi épatants que "Wolf on the river", "Pink Champagne" et "Big Stella's Peep show". En 2001, Pink embraie par "King size", un opus qui emprunte autant à Wynonie Harris, Amos Milburn que Louis Jordan. Un long playing pour lequel il bénéficie du concours de maîtres gratteurs du jump blues, comme Junior Watson et Kirk Fletcher, mais également de Sue Palmer au piano, longtemps partenaire privilégiée de Candye Kane et de la chanteuse Janiva Magness. En 2003, il revient au jump, en concoctant "Almost the greatest show on earth", une œuvre pour laquelle il bénéficie de la participation du guitariste Kid Ramos et du pianiste Kirk Fletcher. Sans oublier, un des maîtres du boogie woogie, Carl Sonny Leyland. De son véritable nom Funkelbright, Pink Arguello s’est forgé une fameuse notoriété comme auteur/compositeur. Mais il lui a fallu six longues années pour terminer son quatrième opus. Ce qui lui a permis d’évoluer, puisque sur les 13 plages, il en signe douze ! Concocté au sein des studios Ardent de Torrance, Pink a bénéficié de la participation du pianiste Rich Wenzel (NDR : l’ex-Dave Mason Band se charge également de la production), des guitaristes Kirk Fletcher (un fidèle) et Gonzalo Bergara, des harmonicistes Eric Van Herzen (Walter Trout Band) et Johnny Mastro (Mama's Boys). Au risque de perdre certains de ses fans, Pink a voulu élargir son spectre sonore...

"Who's jivin' who" ouvre l’elpee. Il nous plonge au cœur des swamps, mais s'évade bien vite vers Memphis pour un R&B de bonne facture. La voix d’Arguello est excellente. Son registre est étendu. Elle est soutenue par l'orgue de Wenzel et des cuivres volatils. Des chœurs féminins également au sein desquels on relève la présence de la notoire Teresa James. Aux six cordes, Kirk Fletcher se montre déjà à son avantage. "Big empty house" baigne naturellement dans le west coast jump pur et dur. Les cordes de Fletcher et Bergara ainsi que les cuivres sont parfaitement en place. Remarquable ! Autre ballade, Big empty house" est balisée par un riff rock et soulignée de chœurs féminins. Une seule cover : le "I need your love so bad" de Little Willie John. Pink s’adapte sans difficulté à son style vocal. Kirk en profite pour dispenser un solo à la fois parfait et empreint d’une grande sensibilité. Flanqué de sa sèche, Mike attaque "Good heart black soul". En solo. Une compo chargée de feeling au cours de laquelle il chante à la manière des pre war bluesmen, face à l'harmonica touchant de Mastro. Blues classique, très downhome, fustigé par l'harmo largement amplifié de Van Herzen, "Gravedigger" véhicule des accents dramatiques, proche de Howlin' Wolf. Très rythmé, puissant, "Black eyed Mary" épouse un profil proche du J Geils Band de la grande époque. Dans son phrasé, Van Herzen souligne bien la voix acharnée du maître. Et ce dernier n’a pas fini de nous étonner. Il s'enfonce dans du hard bluesin' rock corpulent en s’immisçant dans "Love in the dirt". L’insatiable Van Herzen continue d’épauler ce diable noir de Fletcher qui se met à flirter avec le heavy métal! "She's right" embrasse une ballade jazz très latino. "Real bad woman " campe un slow blues classique, d’une grande simplicité. Un régal ! Le vieil ami Mastro est revenu souffler comme un possédé sur le shuffle très rythmé "Bad reputation". Mais la surprise du chef nous vient de "Belly of the beast". Une longue plage épique de plus de douze minutes. Un fragment qui nous plonge dans une forme de transe hypnotique. La compo est complètement différente du reste de l’album. La voix d’Arguello est lumineuse. Jesse MacLeod (NDR : fils de Doug) embraie en ‘rapant’ au cœur de la Nouvelle Orléans. Les cordes de Kirk s’autorisent un voyage psychédélique, sous le couvert du trombone de Walter Wagner. Remarquable, cet elpee s’achève par le titre maître. Pink chante devant le roadhouse piano de Wenzel. Nous sommes précipités dans un bar nocturne. A une autre époque. Peut-être pas loin de la Cathédrale d'Anvers, là où ont été immortalisées les photos de la pochette…

 

mardi, 03 novembre 2009 18:41

Broadside

Originaire du sud de l’Angleterre, Ian Siegal est né en 1971. Il a découvert le blues dès son plus jeune âge, en écoutant Muddy Waters et Howlin' Wolf. Il se met alors à jouer de la guitare ; et à l’âge de 20 ans, il décide de partir à Berlin, où il chante dans la rue. Il revient ensuite à Nottingham. Il y demeurera cinq ans. Puis débarque à Londres où il partage la scène en compagnie de différents artistes ; et notamment le Lee Sankey Group. Il commence alors à se produire sous son patronyme et s’illustre lors des festivals européens. Ce qui va lui permettre un jour, de rejoindre sur les planches, le vétéran Pinetop Perkins (NDR : l'ancien pianiste du Muddy Waters Band), alors âgé de 92 ans. Un épisode qui constitue sans doute le meilleur moment de la carrière du jeune musicien.

Son premier elpee remonte à 2002. Intitulé "Standing in the morning", il sera réédité en 2004 sur le label allemand Taxim. En paraissant sur le jeune label anglais Nugene, son opus suivant, "Meat & potatoes", bénéficie d’une meilleure distribution. A cette époque, il recrute le bassiste Andy Graham et le drummer/percussionniste Nikolaj Bjerre et fixe ainsi déjà le line up de base de son band. L'année suivante, il commet "A bigger plate of meat & potatoes". En réalité, il s’agit du cd enrichi d’un bonus Dvd. Il grave "Swagger" en 2007, un disque pour lequel il reçoit à nouveau la collaboration de Jonny Henderson et Matt Schofield, les compagnons de l'écurie Nugene.

Siegal possède une voix superbe. Puissante, naturelle, relativement ravagée, un tantinet graveleuse. Manifestement idéale pour interpréter son répertoire, largement imprégné de blues. Et elle impressionne dès le morceau d’ouverture, "Slaker". Une roots song dominée par la voix, mais caractérisée par une densité instrumentale impressionnante. A cause des interventions de l’artiste à la slide et puis de celles de Jonny Henderson, à l’orgue. "Hard pressed" baigne au sein d’un climat hypnotique, volontairement funky. La voix d'outre-tombe de Ian occupe tout l'espace. Elle rappelle parfois celle de Howlin' Wolf. La section rythmique accomplit un boulot remarquable pour seconder Mr Siegal, pendant que son ami, Matt Schofield, y ajoute ses accès de guitare rythmique, histoire de consolider l'édifice sonore. Quoique fort intéressante, Quarantine" est une plage peu marquée par le blues. Les climats âpres, enlevé, doux et languissants s’y succèdent naturellement. La sonorité de la six cordes est particulièrement réverbérée. Blues bien en rythme, "Kingdom come" emprunte un motif issu du Delta du Mississippi. La puissance de frappe de notre trio est impressionnante. Et notamment le travail accompli par la section rythmique. Ian en profite pour hurler sa colère. Complainte très roots, "The bleeding cowboy's lament" baigne au sein d’une atmosphère sereine, malgré gravité du sujet (NDR : le tourment du cow-boy ensanglanté). "Like hell" constitue la plus longue plage de l’elpee. Plus de huit minutes sculptées dans un funk paresseux, animé par une guitare très rythmique et nappé par l'orgue Hammond de Henderson. D’une voix douce, mais doublée, Ian interprète "Stealing from the Queen", un blues majestueux tapissé par les accords reverb de la slide. Ian attaque "Little paranoia" sur le célèbre Bo Diddley beat. Superbe ballade aux accents dylanesques, "Take a walk in the wilderness" est illuminée par la voix prodigieuse de Siegal et balayée par l'orgue Hammond chaleureux. Et cet elpee généreux s’achève par "The ballad of Big Foot Chester", une compo véhiculant les accents du blues primitif et acoustique. Ian Siegal est manifestement occupé de devenir un tout grand de la scène british blues contemporaine…

 

mardi, 03 novembre 2009 18:24

Les Années Woodstock

Le Festival de Woodstock vient donc de célébrer son quarantième anniversaire. Il s’est déroulé en août 1969. Quatre décennies plus tard, il demeure le point de repère d’une génération au sein de laquelle tout se bousculait à la fois dans les esprits, la culture et la musique. Ce n’était pas le tout premier grand festival ni celui qui a attiré le plus de monde ou qui s’est caractérisé par les meilleures performances musicales ; mais c’est manifestement celui qui est resté le plus célèbre. Pourquoi ? Une belle opération marketing traduite par la sortie des fameux coffrets compilateurs 1 et 2 ; et puis surtout celle du film, une année plus tard. Il ne faut pas oublier qu’à cette même époque, plus près de chez nous, l'Ile de Wight, dans le sud de l’Angleterre, a vécu des événements bien plus conséquents , proposant à son affiche des artistes déjà légendaires pour l’époque comme Dylan, les Doors, les Who, Jefferson Airplane, Chicago, Jethro Tull, et j’en passe…

Mais revenons à nos moutons de Bethel… Ou plus exactement au coffret proposé par Sony. Sous-titré ‘La bande-son de la génération Peace & Love’, ce box réunit trois compact-discs dont le tracklisting ne suit aucune structure ni ordre logique, s’intéressant autant à la musique commerciale qu’à la musique innovatrice.

Les artistes à l’affiche du festival sont surtout concentrés en début de cd1 (Janis Joplin, Santana, Jefferson Airplane) et en fin de cd3 (Johnny Winter, Sly & the Family Stone). Parmi les participants à cet événement on notera encore le concours de Blood Sweat & Tears (NDR : créateur du jazz rock), la douce Mélanie, Tim Hardin et Mountain. A l’époque, la musique folk était fort populaire. Surtout aux States. Ce qui explique alors la présence de l'éternel Bob Dylan, Joan Baez, Leonard Cohen, Tim Hardin et l'Anglais Donovan. Scott McKenzie n’a connu s’un seul hit : "San Francisco". Il célébrait les summers of love et la flower generation d’une génération : celle des hippies de la baie. Mais ce single était paru 2 à 3 années plus tôt. A San Francisco, en Californie. Bien loin de l'état de New York où se situe Woodstock. Le Lovin' Spoonful de John Sebastian n’a pas été oublié. Et c’est une excellente initiative, car à cette époque, il était très populaire ; et puis, il s’y était produit en solitaire. Par contre, même si les morceaux sont excellents, je ne comprends pas trop la présence de Pavlov's Dog (pour un "Julia" paru en 1974), d’America (lors du notoire "A horse with no name", remontant à 1972) ni du trio Mike Bloomfield/John Hammond/Dr John pour "Yi yi", extrait de "Triumwirate", elpee gravé en 1973. Et encore moins de Kansas, dont le tube "Dust in the wind" date de 1977. Néanmoins, difficile de faire la fine bouche face à une collection d’une telle qualité dont la durée dépasse les trois heures et demie de musique. D’autant plus que le prix de vente est intéressant et qu’en outre, le grand public sera ravi de retrouver Simon & Garfunkel, Ike & Tina Turner, les Byrds, Fleetwood Mac et même le remarquable bluesman Taj Mahal.

mardi, 03 novembre 2009 18:11

Man overboard

1969. Alors que la sphère rock est en pleine ébullition, le guitariste Mick Ralphs recrute le chanteur Ian Hunter pour former Mott The Hoople (NDR : patronyme tiré d'un livre de Willard Manus). La formation enregistre son premier elpee, éponyme, sous la houlette du producteur Guy Stevens. Sur le label Island. On ressent manifestement l'influence de Bob Dylan dans l'écriture et le chant de Hunter. Pas encore le succès escompté ; quoique le disque deviendra culte, bien plus tard. En 1972, David Bowie leur propose de mettre en boîte sa composition "All the young dudes". Qui devient un tube universel ! A partir de cet instant, le combo est intégré au mouvement glam rock. Atteint d’une dépression nerveuse, Hunter quitte le navire en 1974. Remis de son affection, il décide d’entamer une carrière solo. Il reçoit alors la collaboration de Mick Ronson, le gratteur des Spiders of Mars (NDR : c’est alors le groupe de Bowie) pour concocter "Ian Hunter" en 75, puis "All american alien boy" l'année suivante. Depuis, il a aligné une quinzaine d'elpees, dont "Shrunken heads" en 2007 et "Man overboard", cette année.

Ian accuse aujourd’hui 70 berges. Et pourtant, il affiche toujours le même look : de belles boucles blondes et ses éternelles lunettes noires (NDR : un peu à la Polnareff). Pour ce "Man overboard", Hunter signe onze nouvelles compositions, proposées sous la forme de court-métrages, mises en forme par Andy York, le guitariste de John Mellencamp.

Ian ouvre l’opus par "The great escape", une roots rock song conduite par sa voix facilement reconnaissable. Toujours aussi nasillarde et relativement éraillée, elle semble fatiguée par le long parcours de sa carrière, et évoque le Dylan d'autrefois. Une entrée en matière qui ne maque pas de charme. A cause de la présence de cordes acoustiques (NDR : mandoline, guitare et banjo) et même des interventions discrètes, à l’accordéon. Dès l’intro d’"Arms and legs", le doute n'est pas permis, Ian replonge dans l'univers de Mott the Hoople. Une solide compo enrichie par les sonorités de l'orgue Hammond et hantée par une six cordes bien présente. Il reprend une bonne dose de Mott the Hoople juice pour attaquer "Up and running", sur un tempo rock'n'roll, devant une armée de cordes édifiées par trois guitaristes. Et Mr Hunter a toujours la pêche ! Ian adopte son attitude dylanesque pour interpréter le titre maître. Tel le protest singer, il s’accompagne à la sèche et à l’harmonica. "Babylon blues" concède manifestement des accents blues. Si Ian jouissait du même timbre que Robert Plant, sa musique prendrait un envol semblable à celui d’un certain dirigeable… Fort jolie ballade, "Flowers" me rappelle curieusement un hit de Tom Petty et ses Heartbreakers. "These feelings" et "Win it all" sont des chansons d'amour. Indolentes, intenses, elles épousent une forme souvent privilégiée par l’artiste. L’elpee s’achève par une dernière ballade dylanesque, sorte de BD musicale sans suite…

Pour votre info, sachez que le Mott The Hoople originel a décidé de se reformer. Quarante ans plus tard ! Le temps de cinq concerts. Accordés en octobre 2009. Et un triple cd, a été immortalisé à l'Hammersmith Odeon de Londres, ce 1er octobre. A suivre donc…

 

mardi, 27 octobre 2009 01:00

The Woodstock experience

Organisé à la mi-août 1969, le Festival de Woodstock vient donc de célébrer son quarantième anniversaire. Ce n’était pas le tout premier grand festival ni celui qui a attiré le plus de monde ou qui s’est caractérisé par les meilleures performances musicales ; mais c’est manifestement celui qui est resté le plus célèbre. Pourquoi ? Une belle opération marketing traduite par la sortie des fameux coffrets compilateurs 1 et 2 ; et puis surtout celle du film, une année plus tard. Dans le cadre de sa série Legacy, le label Sony a eu l'heureuse initiative d’éditer quelques anthologies d’artistes qui se sont produits à Woodstock ; et notamment Santana, Sly and the Family Stone, Jefferson Airplane, Johnny Winter et… Janis Joplin.

Le présent coffret réunit l’intégralité de l’elpee qui allait paraître en septembre 1969, "I got dem ol' Kozmic blues again mama!", le concert livré au festival et trois plages inédites.

L'album studio marquait le changement dans le style de la girl shouter texane (NDR : elle était originaire de Port Arthur). En embrassant le funky R&B, elle pouvait enfin étaler l'extrême étendue de son registre vocal. Elle rayonne et impressionne dès "Try (Just a little bit harder)", le titre d’ouverture. Une compo qui sonne vraiment très Stax et Memphis. Mais c’est sur les plages lentes que sa voix est la plus savoureuse. A l’instar de "Maybe", au cours duquel ses intonations sont tellement subtiles et souples, qu’on a l’impression qu’elle se sert de sa voix comme d’un instrument. Miss Joplin signe "One good man", un blues lent, très profond. Sam Andrew, son guitariste, s’y révèle très en verve. En 1969, Nick Gravenites (NDR : le chanteur blanc de Chicago) militait au sein du Big Brother and the Holding Company. Il lui avait écrit deux titres : "As good as you've been to this world" et le remarquable titre lent, "Work me Lord". En 1971, il lui avait réservé le superbe "Buried alive in the blues". Elle devait l'enregistrer le lendemain de sa mort… "Kormic blues" est une extraordinaire tranche de musique.

Flash-back. Nous sommes le dimanche 17 août 1969. Au Woodstock Music & Art Fair. La partie essentielle de son répertoire est issue de ce futur elpee. Le présentateur présente Janis Joplin ; et aussitôt la musique s'emballe. Les cuivres annoncent la couleur. Janis entame son set par le "Raise your hand" d'Eddie Floyd, un R&B dévastateur. Sa voix se déchaîne. Janis venait donc de franchir le pas, en passant du psyché/blues/rock de Big Brother & the Holding Company au R&B façon Stax. C'est-à-dire dans un style plus funkysant. Et puis son show était plus participatif. "As good as you've been to this world" en est un bel exemple. Sa cover du "To love somebody" des Bee Gees est étonnante. Le tempo est lent, mais son débit de mots est fulgurant. Remarquable ! Lors de son adaptation hallucinée de "Summertime", Sam Andrew tire son épingle du jeu à la guitare, alors qu’une armée de cuivres remplit l’espace sonore. Janis est démentielle lors de son interprétation toujours aussi R&B de "Try". Le saxophoniste Snooky Flowers se réserve les vocaux sur le "Can't turn you loose" d'Otis Redding ainsi que pour "Work me Lord". Joplin est alors au sommet de son art, lorsqu’elle attaque "Kozmik blues", d’un timbre extra-terrestre. Et elle confirme cet état de grâce lorsqu’elle aborde ses succès précédents, comme "Piece of my heart" ou encore "Ball and chain", un slow blues issu de la plume de Big Mama Thornton.

Le plus étonnant procède de la qualité du son ; surtout quand on connaît les conditions détestables au cours desquelles lesquelles les artistes se sont produits, lors du festival. Janis Joplin est décédée le 4 octobre 1971, des suites de ses excès… A l’instar de Brian Jones, Jimi Hendrix ou Jim Morrison, elle est considérée comme une légende de l’histoire de la musique rock…

 

mardi, 20 octobre 2009 21:45

The Radio Kings

Particulièrement notoires à Boston (NDR : c’est dans le Massachussetts), les Radio Kings sont nés au début des années 90. Ils constituaient, en quelque sorte, une réplique locale des Fabulous Thunderbirds texans. A l’époque, ils ont édité de très bons albums : "It ain't easy" en 94, "Live at BB King's" en 95 et "Money road" en 98.

Plus de dix ans après, la formation fait donc son retour. A la tête, on retrouve le tandem Brian Templeton/Michael Dinallo. Le premier est responsable du chant et de l’harmonica. Le second des guitares. Ils signent également la majorité des compos. Première constatation, la solution sonore semble bien plus personnelle. Ce qui peut s’expliquer, les Kings ne se limitant pas au blues. On les considère d’ailleurs davantage comme un roots band bien américain.

La voix de Templeton est chaleureuse et naturellement puissante. Il la met constamment au service de sa musique. Et le démontre déjà sur "Can't keep a good man down", le titre d’ouverture ; une compo très imprégnée par le climat sonore de Memphis. Faut dire que la sonorité métallique de la lap steel guitare de Steve Sadler y est pour quelque chose. Cette superbe voix se détache sur "Donna", une ballade pop contagieuse à la texture finement ciselée ; notamment par les chœurs masculins et les cordes acoustiques. La reprise du "She belongs to me" de Magic Sam est superbe. Originale, elle véhicule des accents soul. La lap steel de Sadler s’autorise une sortie parfaite. Elle est immédiatement suivie par celle du co-leader, Dinallo, aux cordes. Profond, riche et expressif, le timbre de Brian fait merveille sur le tendre et mélancolique "Watch the trains roll by". Dinallo en profite pour dispenser un solo minimaliste, mais d’une extrême subtilité. Impressionnant ! "The moanin' blues" replonge dans le pur blues. Rassuré, Templeton sort enfin son harmonica de sa poche. Soutenu par une texture parfaite, conjuguant cordes électriques et acoustiques, il souffle divinement dans sa musique à bouche. Blues funk limpide, "Everything's gonna be all light" met en exergue l’habileté et le talent de la section rythmique. En l’occurrence Dean Cassell à la basse et Andy Plaisted aux drums. Les Kings impriment un tempo particulièrement saignant à "Pallet on the floor", une cover d’un traditionnel du blues. La voix de Brian est puissante et autoritaire. Mais elle permet la sortie successive des solistes, Templeton, Sadler et Dinallo. "Evil love" est sans doute la plage qui ravira le plus les aficionados du blues. Un power delta blues largement amplifié. Très déterminé, Templeton communique une certaine agressivité à la plage dont la sonorité mêle paradoxalement traditionnel et contemporain. "I'm not trippin'" émarge à la country. Une complainte savoureuse, douce, au cours de laquelle la steel guitare semble agoniser. Autre traditionnel, "You got to die" revient au power blues. Détermination, souplesse et sens mélodique caractérisent cette plage. Le "You're gonna make me cry" de O.V Wright achève l’opus. Un autre sommet ! La version est dépouillée. Un traitement que l’on pourrait résumer en une leçon de chant face aux cordes volontairement réverbérées. Un superbe come-back pour les Radio Kings.

 

mardi, 13 octobre 2009 03:00

Songs from the road (Cd + Dvd)

Jeff Healey nous a quittés en 2008. Il y a quelques mois, un coffret baptisé "Legacy: Volume 1" était paru pour le plus grand bonheur des fans du guitariste disparu. Lors de la chronique de ce box, je vous avais signalé que les héritiers du Canadien défunt, et en particulier la veuve, n’avaient pas accordé l’autorisation d’éditer une telle anthologie. Ce n’est pas le cas pour cette nouvelle sortie consacrée à feu Healey, puisque Miss Christie signe des notes de pochette. Elle y mentionne que lors des concerts immortalisés pour concocter ce disque, Jeff était souriant, rieur, heureux de jouer et chantait de tout son cœur.

L’opus réunit un Cd et un Dvd enregistrés lors de trois excellents concerts, accordés principalement au Blues festival de Notodden, en Norvège. Mais aussi à l'Académie d'Islington à Londres et au club de Jeff, le Roadhouse, à Toronto. Alec Fraser, le bassiste du Healey Band, s’est chargé de la production. Elle est impeccable. Et le son est parfait. Si les amateurs de blues y trouveront leur compte, d’autres facettes de l’artiste sont également mises en valeur ici : son côté rock, parfois psychédélique et les ballades.

Les quatre extraits du concert concédés à Londres sont épatants. Le blues rock proposé y est de très bonne facture. "I think I love you too much" est un blues signé Mark Knopfler époque Dire Straits. Issu de la plume du mythique Robert Johnson, "Stop breaking down" est imprimé sur un tempo entraînant, proche du "Let's work together" de Canned Heat. Le pianiste Murphy se réserve alors l'harmonica. L’adaptation du classique "Hoochie Coochie man" offre une belle conjugaison de cordes entre Jeff et son compatriote Randy Bachman (NDR : rappelez-vous "American woman" du Guess Who et "You ain't seen nothin' yet" du Bachman Turner Overdrive). Un échange qui se reproduit lors de la version sans faille du célèbre hymne des sixties, "White room" (NDR : une composition écrite par la paire Jack Bruce/Pete Brown). Le Roadhouse n’est le théâtre que d’un seul morceau le "Whipping post" de Greg Allman (NDR : la fabuleuse version live, caractérisée par un des plus grands duels de guitares de l’histoire du rock, échangé entre Duane Allman et Dickey Betts figure sur l’elpee live de l’Allman Brothers Band, "Live at Fillmore East"). Healey s'en tire très bien, en traitant la compo tout simplement à la manière du band des frères Allman. Murphy se débrouille impeccablement aux vocaux dans l’excellente interprétation du "Come together" et du "While my guitar gently weeps" des Beatles ainsi que dans celle du "Teach your children well" de Crosby, Stills and Nash, en respectant parfaitement les versions originales.

Place au Dvd. Nous sommes en 2006. Au Notodden Blues Festival. La scène sise sous le chapiteau est étroite. Jeff est assis au centre du podium, la guitare placée horizontalement sur les genoux. Il est entouré de ses musiciens : Dan Noordermeer à la Stratocaster, Dave Murphy au piano, Alec Fraser à la basse et Al Webster aux drums. Ils ouvrent le set par un tonitruant "Shake rattle and roll". Healey y démontre toute l'étendue de son talent. C’était véritablement un gratteur exceptionnel. Il s'attaque alors au classique "How blue can you get". Un long blues lent au cours duquel il démontre sa capacité à maîtriser ce type de répertoire. Il y épanche toute sa sensibilité naturelle et ne ménage jamais son instrument. Le "I'm ready" de Willie Dixon libère énormément de swing. Healey était également très habile pour adapter les classiques de la musique rock. Et il le démontre lors de sa cover du "Like a hurricane", de Neil Young. Une longue et vibrante fresque sonore au cours de laquelle il affiche une grande complicité avec Dan, son partenaire aux cordes. Il attaque le "Highway to hell" d’AC/DC. Au cours de ce morceau de hard rock accrocheur, le claviériste, Dave Murphy, se prend pour Bon Scott, alors que Jeff se lève pour incarner Angus Young. Surprenant! Healey aligne alors ses tubes : le "Angel eyes" de John Hiatt et "See the light". Le concert s’achève par une reprise du "Soul man" d'Isaac Hayes (NDR : Sam & Dave en avait fait un hit !) Murphy se charge à nouveau des vocaux tout au long de cette plage qui baigne évidement dans le pur R&B coloration Stax. Excellent! 

 

mardi, 06 octobre 2009 22:16

From the five

Originaire du Delaware, Taylor Stephen (TS) Bruton a passé sa jeunesse à Fort Worth, au Texas. Dans un univers bercé par la musique, puisque son père était à la fois batteur de jazz et disquaire. Et puis il aimait autant le blues, la country que le jazz. Il a longtemps côtoyé T Bone Burnett, avant de partir à l'aventure. Du côté de Manhattan. Il y est recruté comme guitariste au sein du band de Kris Kristofferson. Il y militera pendant près de 20 ans. Il accompagne ensuite les chanteuses Bonnie Raitt et Christine McVie. Il faudra attendre 1983, pour le voir enfin entamer une carrière en solitaire… Atteint d’un cancer de la gorge, il est décédé dans son sommeil, le 7 mai dernier. A l’âge de 60 ans. Il s’était forgé une fameuse réputation de guitariste ; et pourtant il était également chanteur, compositeur, producteur (NDR : il a notamment mis en forme des œuvres de Marcia Ball, Alejandro Escovido, Storyville ou encore Jimmy Dale Gilmore) et acteur. Il compte cinq albums à son actif : "What it is" en 1993, "Right on time" en 95, "Nothing but the truth" en 99, "Spirit world" en 2002, et enfin ce "From the five" paru à l’origine en 2005, réédité et considéré comme son testament musical.

L’elpee s’ouvre par le fastueux "Bigger wheel", une compo imprimée sur un tempo tonique entretenu pas les solides percus de Steve Ferrone (NDR : il a milité au sein du band d’Eric Clapton et joue aujourd’hui chez les Heartbreakers de Tom Petty). Glenn Clark se réserve l'harmonica. Les accents rythmiques dispensés aux cordes par Stephen sont cinglants. Une guitare très fluide et mélodieuse introduit "This old world", une bien belle chanson chantée en duo par Steve et Clark. Ses inflexions nonchalantes rappellent le Bob Dylan de ses débuts. Bill Payne, le pianiste de Little Feat, siège derrière l'orgue Hammond. Les lignes de guitare sont pures, séduisantes. Une impression que l’on retrouve sur "That moment when". Un motif rythmique répétitif, hypnotique conduit "Walk in faith". Nous ne sommes pas trop loin du R&B institué par Little Feat. La combinaison des instruments est étonnante. Payne se charge des ivoires. Stephen Barber (NDR : ce musicien issu d’Austin est également compositeur et poète) de l'orgue. Le timbre vocal de Bruton libère beaucoup d'expression! Le Texas est un excellent terreau pour l’americana. Le mélange de folk, de blues et de country engendre de longues ballades, souvent de toute beauté. Et je pense tout particulièrement à "Fading man", enrichi d’orgue et de cuivres. Une instrumentation qu’on retrouve sur le mélancolique "Treasured wounds", une plage au cours de laquelle ces cuivres semblent agoniser… Sonorités de clavier amples et cordes acoustiques illuminent "Put me out of your misery". L’émotion étreint Stephen, lorsqu’il aborde l’autobiographique et très intense "The Halo effect". Ses sentiments y oscillent de la douceur à la colère retenue. Aventureuse, torturée, la guitare alimente l’implacable "The clock". Une seule reprise : "Ordinary man. Caractérisé par ses riffs rythmiques très ‘rollingstoniens’, ce rock’n roll déménage. Et pas seulement parce que Bill Payne est intenable aux ivoires. De toute bonne facture, cet opus d’achève par "In the wind", une compo acoustique empreinte de douceur. R.I.P. TS Bruton…

 

mardi, 06 octobre 2009 22:11

Acquired taste

Delbert est un chanteur/compositeur notoire. Il est né au Nord du Texas. A Lubbock très exactement, il y a près de 70 ans. Il compte une multitude d’albums à son actif. Son style ? Il le puise dans les racines : le blues, la soul et la country. En 2006, il a décroché un Grammy Award pour "The cost of living", un opus alors considéré comme le meilleur album de blues contemporain!

Ce nouvel elpee a été mis en forme par Don Was (Rolling Stones, Bonnie Raitt, Bob Dylan) ; un disque qui trempe une nouvelle fois dans l’americana, fruit d’un cocktail de blues, soul, country, rock et jazz. Lors des sessions d’enregistrement, il a reçu le concours de son band de tournée, le Dick 50, au sein duquel milite l'excellent Kevin McKendree aux claviers ; mais également de nombreux invités.

La plage d’ouverture est particulièrement dense. Dansante et vivifiante, aussi. Tout au long de ce "Mama's little baby", les cordes de Rob McNelley, l'habituel gratteur de McClinton, sont largement amplifiées. La voix autoritaire de Delbert se fraie un chemin entre les chœurs féminins ainsi que les percussions puissantes de Tom Hambridge et Michito Sanchez. Delbert a une superbe voix. Naturellement puissante. Elle force le respect sur les ballades lentes trempées dans le blues. A l’instar de "Starting a rumor" et "Never saw it comin", deux compos subtilement nappées par l’orgue Hammond de McKendree. Circonstanciellement, la ballade épouse manifestement un profil country. Et "Can't nobody say I didn't try" en est une belle illustration, une plage balayée par un piano roadhouse et les cordes de son ami récemment disparu Stephen Bruton. Sculpté dans le funk, "Do it " véhicule cependant des accents jazzyfiants concédés par des accords de guitare bien inspirés. Blues d’une grande pureté, "I need to know" trempe dans le Delta. Dans l’esprit d’un Howlin' Wolf des bons jours. McKendreee est passé aux cordes et Delbert souffle dans son harmonica. "People just love to talk" campe un jazz swing très bien ficelé. La voix du chanteur est naturellement impressionnante. Les solistes se régalent. Tant McKendree que le réputé Dennis Taylor, sur son sax ténor. Delbert s’attarde dans le jazz, tout au long du nerveux et entraînant "Until then". Une parenthèse qui se referme sur "Willie", une compo très ‘good time’, classique, dominée par le piano. Douceur et émotion envahissent "Wouldn't you think", un cri d'amour (NDLR : ou de détresse ?) pour celle qui ne viendra pas au rendez-vous! La voix de Delbert est une nouvelle fois superbe sur cette ballade dépouillée, exercice de style au cours duquel, il excelle. "She's not there anymore" emprunte des accents légèrement latinos. Nous ne sommes pas loin du tango. Suranné, sans doute, mais fidèlement restitué par le brillant McKendree. "When she cries at night" se nourrit également dans le passé. Son énergie rock’n rollesque rappelle même les bons vieux juke-boxes. Morceau blues, "Cherry street" s’inspire de la ville de Memphis. En se réservant le rôle de soliste, Kevin McKendree nous dévoile une autre facette de son talent. Soutenu par un piano, Delbert achève l’elpee par le très intimiste "Out of my mind". Un très bon album!

 

mardi, 29 septembre 2009 21:23

Magnolia land

Davis est chanteur/guitariste. Il vit du côté de Charleston, en Caroline du Sud. Véritable globe-trotter, il a déjà tourné une douzaine de fois en Europe. Il comptait cinq albums à son actif : "Cryin' the blues" en 1995, "Blues from the Get-go" en 99, "Can't get there from here" en 2006, "Ill disposition" en 2007 et "Blues lights for your and mine" en 2008. Il se produit le plus souvent en solo, en s’accompagnant d’une sèche. Mais au fil du temps, il semblerait qu’il cherche de plus en plus à partager la scène au sein d'un trio électrique. Récemment, il a participé à l’écriture de la B.O. de la série "The Blues" de Martin Scorsese.

Ce nouvel album est le fruit de deux sessions réalisées au sein des studios Delta Recording Service, à Como (NDR : c’est dans le Mississippi). Elles remontent à mars 2007 et juillet 2008 et ont été opérées sous la houlette de Jimbo Mathus des Squirrel Nut Zippers. Le tracklisting est partagé entre compos signées Coen et reprises de traditionnels du blues.

Davis ouvre l’elpee par "Tired and lonesome", une plage enlevée et électrique. Bien mise en avant, sa voix domine l'ensemble. L'orgue de Lance Ashley tapisse la solution sonore, tandis qu’une guitare au son pourri, tente timidement d’émerger. Une chouette compo qui illustre à merveille l'univers des collines du Nord Mississippi. Lance a donc participé à ces sessions, tout comme le bassiste Justin Showah et le drummer Kinney Kimbrough (NDR : c’est le fils du regretté Junior). "Anna Ann" baigne au sein d’une atmosphère delta country. A cause de ce tempo imprimé sur le rythme d'un cheval au galop. Mr Coen laisse glisser son bottleneck le long des cordes. Aprement. "Country girl blues" nous plonge au cœur d'un vieux juke joint. L’ambiance est lourde et enfumée. La slide est dévastatrice. Rocailleuse, la voix est dans son élément. Mathus se réserve la guitare sur "Wrong side of town", une superbe composition caractérisée par la voix envoûtante de Coen. La reprise du "Natchez burning" du grand Howlin' Wolf colle parfaitement à cette Coen Party. On a une nouvelle fois l’impression d’être projeté dans un de ces tripots musicaux du sud profond.

C'est sans aucun doute Jimbo Mathus qui s’est chargé de buriner le son primaire et brut de la guitare sur l'autre session. Il se réserve également de la basse. Darren Nortin siège derrière les fûts. Cette sonorité primitive et dépouillée envahit "Change in the weather". La voix paresseuse et la guitare étouffante accentuent un mal de vivre traduit par cette ballade blues lancinante. L'orgue refait surface pour "Nothing to hold on to", une compo charmante, paisible, au cours de laquelle le timbre vocal est plus grave, plus expressif. Coen accélère le tempo et se met à rocker sur "Eyes like diamonds". Ce divertissement aux accents du rockabilly est soutenu par les 4 cordes acoustiques de Mathus. L'alchimie du moment soude les trois musiciens avant que la slide ne s'emballe. Le fantôme de John Lee Hooker (NDR : celui de ses meilleurs moments !) hante "Goin' away baby". A cause de la voix. La section rythmique épouse les rares notes que produisent les six cordes tout au long ce boogie ravageur, quasi hypnotique. De la session Mathus, nous retiendrons encore le boogie graveleux "Shake your goobie" (NDR : et non pas boogie), un exercice de style atmosphérique destiné aux scènes sombres issues de ce coin du Mississippi. Ce boogie se prolonge, sans reprendre sa respiration, par "Shortnin bread". Cette excellente œuvre se referme sur les accents du delta blues électrique conventionnel, lors de la cover du "You're gonna miss me " de Muddy Waters. Non seulement ce musicien sympathique possède un fameux bagage musical, mais il ne ménage pas ses efforts pour apporter de l'aide aux victimes des cités louisianaises dévastées par l'ouragan Katrina.