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mardi, 21 juillet 2009 22:28

The Empy Glass Café

Jubal Kane est un trio drivé par le bassiste et guitariste slide BW ‘Buckwheat’ Carrigan. Avant de monter ce projet, il avait monté le Long Distance Call Blues Band, un combo responsable d’un elpee ‘live’, "Live blues" ; mais qui surtout s’était illustré lors du King Biscuit Blues d’Helena, un festival qui se déroule en Arkansas. C’était en novembre 2005. Il décide alors de changer de partenaires et s'attaque aussitôt à la confection d’un elpee studio. Intitulé "Flying high", il est paru en 2007. Le solide Pete Haycock, longtemps guitariste du Climax Blues Band, leur avait même apporté son concours pour une plage.

Groupe de scène par excellence, le line up de Jubal Kane implique le chanteur/harmoniciste Ace Anderson, le guitariste/chanteur Otis Thomas et l’âme du band, Buckwheat. Ce dernier opus a été immortalisé à l’Empty Glass Café de Charleston. En avril 2008. Lors de ce set, le combo avait reçu la collaboration du batteur Kurt Skirt. Les musiciens ont un fameux look. Lorsqu'ils enfourchent leur chopper rutilant, ils projettent une image fort proche de celle des purs texans ZZ Top! Ils ont de l'énergie à revendre et manifestent beaucoup d'enthousiasme. Leur musique ne se signale pas par sa subtilité, mais elle emporte tout sur son passage. Anderson a de sacrés poumons. Il les remplit à satiété avant de libérer des flots de notes incandescentes par l’intermédiaire de sa musique à bouche. Dommage que la formation ne puisse compter sur un vocaliste de classe ; un atout qui leur permettrait incontestablement de monter d’une division. La détermination manifestée et leur rage de jouer peut parfois évoquer Lester Butler, les Red Devils ou encore les Mama's Boys. Mais sans jamais leur emboîter le pas. N'empêche que la manière de souffler en se démenant d'Ace est impressionnante.

Leur répertoire touche un peu à tous les styles de blues. Le Chicago domine bien entendu le sujet. Ce qui n’empêche pas les compos d’opérer un crochet vers la Louisiane. A l’instar d’"Annie maybe" et "This harp", deux compos issues de leur répertoire, du "Scratch my back" de Slim Harpo ou encore, mais dans un autre style, du "Polk Salad Annie" ainsi qu’"I want my fleetwood back" de Tony Joe White.

Le second cd s’ouvre par "Not fade away", un morceau qui s’éclate sur le Bo Diddley beat. L’énergie déborde à nouveau face aux roulements de Kurt, sur le "Going down" de Don Nix. Et la puissance s’impose tout au long de titres comme "Steam roller", "Willie Brown", le classique "Born in Chicago", un "High heel sneakers" décoiffant et la cover du "Reefer headed woman" d'Aerosmith! Près de deux heures et demie de musique pour une dizaine de dollars, vous en avez pour votre argent !

mardi, 21 juillet 2009 22:20

Get wrong with me

Kurt Crandall est chanteur/harmoniciste. Il n'a plus un poil sur le caillou, mais ne manque pas de talent. Originaire de Richmond, en Virginie, il a énormément tourné au cours des dernières années. Tant en Amérique que sur les autres continents. Il a vécu brièvement à Washington DC, avant de s’installer plus au Sud. En Géorgie, très exactement où il sévit alors chez les Macon Blues All-stars. A l’instar de nombreux contemporains, il décide alors d’émigrer vers la Capitale du blues, Chicago. Il a alors l'occasion de jouer en compagnie de Dave Specter, Barrelhouse Chuck, Jimmy Sutton et quelques autres. Son premier elpee, "True Story", est paru en 2004 ; juste avant qu’il ne s’embarque pour une tournée européenne. Pendant quatre longues années, Kurt sillonne les routes du blues, sans trop se soucier de sa discographie. Finalement, il décide de graver son second opus. Enregistré à Chicago, il a bénéficié de la participation de la crème des musiciens de studio issus de Chicago et de Kansas City ; et en particulier Karl Angerer, le préposé à la guitare chez le Lee McBee Band. Mais aussi l'excellent pianiste de Kansas City, Mike Sedovic. Aux claviers. Sans oublier Jimmy Sutton (Mighty Blues Kings, Four Charms) à la basse. Les drums sont partagés entre deux Chicagolais : Mike Schlick (Dave Specter's Bluebirds) et Kenny Smith (Mississippi Heat, Cash Box Kings). Dick Shurman est responsable des notes consignées sur la pochette. Dick a acquis sa notoriété à travers ses productions. Il a ainsi mis en forme une multitude de disque ; dont ceux de Roy Buchanan, Johnny Winter, Charlie Musselwhite, Magic Slim et Albert Collins.

Signé Lucky Millinder, "Shorty's got to go" nous plonge immédiatement dans le passé. Quelque part entre la fin des 40s et le début des 50s. Lorsque le R&B en gestation était alors largement imbibé de swing. Lucky fréquentait beaucoup le Cotton Club et le Savoy Ballroom de New York. Crandall nous restitue parfaitement l'ambiance de ce style, témoignage du passé. Son jeu sur l'instrument chromatique est remarquablement articulé. Il est adroitement secondé par Sedovic aux ivoires. Un maître du style. Il poursuit dans le même registre pour ficeler son "Speak up" et "Pets ain't people". Ce swing d’une grande pureté est entretenu par les ivoires de Mike ainsi que les chœurs masculins, presque doowop. D’une grande intensité, "Get wrong with me" est le fruit d’un duo vocal intimiste entre Kurt et Miss Myra Taylor (NDR : âgée de 91 ans, cette chanteuse de jazz nous vient de Kansas City). Jazz, l’accompagnement est d’une rare discrétion, mais aussi d’une grande efficacité. Kurt entraîne régulièrement ses musiciens vers l’axe Chicago, pour y réaliser du bien bel ouvrage. A l’instar  du virevoltant "Boogy fool", un titre issu de la plume de Snooky Pryor. L’homogénéité de l’ensemble est impressionnante. Les solistes tirent facilement leur épingle du jeu ; et en particulier Kurt et Karl au cordes. Leur toucher de guitare rappelle même les maîtres californiens du jump! La reprise du "Dissatisfied" de Sonny Boy Williamson II est excellente. Tout comme "Spider in my stew", une compo écrite par Willie Dixon et popularisée par Buster Benton. Et le slow blues, "Take my love", ne l’est pas moins. Imprimé sur un mid tempo, "Late night rendezvous" campe un superbe Chicago blues. Crandall est souvent comparé au regretté William Clarke. Son jeu sur l'instrument chromatique conjugue également énergie et subtilité. Et il le démontre sur les deux instrumentaux, "Gourmet ice" et "Hypomanic". Kurt est également susceptible de nous surprendre en attaquant du pur rock'n'roll. Et le dévastateur "Annie" en est la plus belle illustration. De toute bonne facture, cet opus s’achève par "Barroom light". Imprimé sur un tempo enlevé, cette plage met en exergue le talent au piano roadhouse de Sedovic, mais adresse en même temps un clin d’œil à l’harmoniciste Sonny Boy II.

 

mardi, 14 juillet 2009 23:30

Stepping stones

Paru sur le label anglais Proper, ce coffret est relativement bon marché ; mais surtout, il présente un certain intérêt pour celles et ceux qui ne possèdent pas une discographie exhaustive du grand bluesman. Le box réunit trois Cds et un Dvd.

Intitulé "Rollin' stone", le premier disque épingle des titres célèbres que Muddy Waters a enregistrés en s'inspirant de chansons existantes. Le second, "I'm ready", se concentre sur le répertoire du seul Muddy, au cours de ses années de gloire, vécues entre 1948 et 58. Le troisième, "The headhunters", est réservé à quelques grands bluesmen qui ont, à un moment ou un autre, partagé sa route. Et enfin, le Dvd (NDR : "Talkin' Muddy") est plus spécifiquement consacré à des interviews.

A ses débuts, Waters a été fort marqué par Son House. C’était même une de ses influences majeures. House avait concocté, son "Walkin' blues", en 1930. La version de Muddy date de 1950 et est caractérisée par un extraordinaire jeu de slide! La prise de 1941 implique mandoline et harmonica. Robert Lockwood avait gravé son premier disque en 1941. Chez Bluebird. Son titre ? "Black spider blues". Waters répond en 47 par son "Mean red spider". Chanteuse de R&B, Ann Cole enregistre "Got my mojo working" en 1956. Visiblement séduit, Mr Morganfield l'enregistre à son tour quelques mois plus tard ; et en fait une affaire désormais personnelle. Peu connu, Hambone Willie Newborn avait enregistré une version originelle de son "Roll & tumble the blues", dès 1929. Celle du "Rollin' & tumblin'" de Waters date de 1950. Baby Face Leroy se charge du chant ainsi que de la batterie et Little Walter l’harmonica! La même formule est reproduite pour des compos signées John Lee Sonny Boy Williamson I, Big Bill Broonzy, Memphis Minnie, Big Joe Williams, Sleepy John Estes ou encore Bo Diddley. Et confessons que les versions réalisées par Waters n'ont jamais à rougir face aux originales.

"I'm ready" réunit vingt plages de Muddy Waters, dont la majorité ont été immortalisées après 1954 et écrites par le puissant Willie Dixon. Caractérisée par le jeu primaire et éclatant sur la slide, les plus anciennes sont un réel plaisir, même si la voix est un peu plus lisse, quoique déjà puissante. A l’instar de "Canary bird". Certains titres sont de petites merveilles. Et je pense tout particulièrement à "Gone to main street". Concoctée en 1952 cette plage vivifiante n’a pas pris une ride ; en outre, elle est illuminée par les intervenions extraordinaires de Little Walter à l’harmonica. Le lent "Long distance call" est une plage tout aussi remarquable. Datant de 51, elle implique le même Walter qui est alors le tout premier harmoniciste à se servir de l’amplification. Les versions originales des meilleurs titres de Waters défilent : "Hoochie Coochie man", "Just make love to me" (NDR : étoffé par la basse caractéristique de Willie Dixon), "I'm ready", "19 years old", "Close to you",… "Young fashioned ways" remonte à 55. Le jeu typique d'Otis Spann au piano est savoureux. Et lors du cinglant "Sugar sweet", Junior Wells souffle dans l'harmonica.

"Headhunters" était le surnom des musiciens issu de la bande à Waters. Motif : ils avaient la réputation de ‘coupeurs de tête’ dans tous les clubs et toutes les tavernes du South Side. On en dénombre sept ! Et tout d’abord le brillantissime Little Walter. Harmoniciste prodige et innovateur, il est trop tôt disparu, à l’âge de 37 ans, suite à une bagarre. Lui sont réservés l’instrumental fétiche "Juke", un "Mean old world" qu’il chante en manifestant verve et passion, "My babe" et son "Just a feeling". Le flamboyant Buddy Guy débarque à Chicago en 1957. Il est alors âgé de 21 ans. L'année suivante, il entre en studio et enregistre "Sit & Cry" pour le label Cobra, un morceau qui exsude ses origines louisianaises, ainsi que "Try to quit you baby". James Cotton n'en a que 18, lorsqu’il rejoint le backing band de Howlin' Wolf. Nous sommes alors en 53. Deux ans plus tard, il épaule Muddy Waters. Trois titres se focalisent sut cette période, dont "Cotton crop blues", un superbe blues sevré d’harmonica, mais fustigé par des accords de guitare écorchés. Des compos mise en boîte au studio Sun, à Memphis. Junior Wells vient de fêter ses 18 printemps lorsqu’il succède à Little Walter au sein du Waters Band. Et sans complexe. Il en a deux de plus lorsqu’il adapte de superbes plages comme "Hoodoo man" et " Bout the break of day". Dès 1947, Jimmy Rogers rejoint le Muddy Waters Band. Il y restera jusqu'en 1954, c’est-à-dire avant d’embrasser une carrière individuelle. Il est considéré comme un des guitaristes les plus conséquents du Chicago Southside, et nous réserve trois compos personnelles datant de 1950 : "That's all right", "Ludella" et "Walking by myself". Contemporain de Waters Robert, Lockwood Jr était un musicien de studio notoire chez Chess. Son "Dust my broom", édité en 52, est probablement enrichi de la présence du pianiste Sunnyland Slim. Harmoniciste admirable, au jeu si personnel et expressif, Walter Horton a d’abord enregistré à Memphis. Dont "Black gal blues". Avant d’émigrer à Chicago. Il rejoint Waters au cœur des fifties. Publié en 56, son "Need my baby" en est un bel exemple.

Le Dvd "Talkin' Muddy" se concentre sur des interviews. Un sujet commun : Muddy Waters. Au crachoir : des producteurs, historiens du blues, auteurs, musicologues, et musiciens dont Charlie Musselwhite, Guy Davis et même Phil May, le chanteur des Pretty Things.

Au cours des dernières années de la vie de Muddy Waters, l'albinos texan a beaucoup côtoyé le seigneur du Chicago blues. De son véritable nom John Dawson Winter, le Texan d’adoption était né, en réalité, dans le Mississippi. A Leland très exactement. En 1944. Au cœur des années 70, il est au sommet de sa gloire en pratiquant un rockin' blues, hard et largement amplifié. C’est à cette époque qu’il devient le producteur de Muddy Waters. De cette collaboration, 4 vont naître : "Hard again" en 1977, "I'm ready" en 78, "Muddy 'Mississippi' Waters Live" en 79 et enfin "King Bee" en 81. D’excellente facture, cette compilation réunit des extraits de ces 4 productions, très judicieusement intitulées "The Johnny Winter sessions". Parmi les collaborateurs, on ne décèle que d'excellents musiciens ; et en particulier le drummer Willie ‘Big Eyes’ Smith et le pianiste Pinetop Perkins. Et pour cause, ils sont sur la brèche du début à la fin de l’opus.

L’elpee s’ouvre par un royal "Mannish boy", un morceau inspiré par le "I'm a man" de Bo Diddley. Le riff puissant trame la plage. James Cotton est préposé à l’harmo. La voix du maître est superbe, terriblement expressive. Le tempo hypnotique. La répétition incessante du même accord traduit le pouvoir d’envoûtement de la musique de Waters ; mais aussi son potentiel sexuel! La production de Johnny Winter confère une coloration franchement rock à l'ensemble. De quoi chatouiller les oreilles des bluesmen. A l’instar du "I want to be loved" de Willie Dixon, au cours duquel, les percus de Big Eyes Smith sont littéralement hantées. Des percus qui galvanisent la section rythmique pendant que l'harmo accrocheur de Cotton talonne toutes les phrases du leader. "The blues had a baby and they named it rock and roll" est un titre très significatif. Pour la première fois, Winter se met en évidence à la guitare. "Crosseyed cat" est encore un extrait de l'elpee paru en 77, sur lequel Waters se réservait les vocaux. Un morceau qui met en exergue les interventions bouillonnantes de Cotton. Il est alors au sommet de son art. De son côté, Pinetop Perkins s'amuse comme un petit fou derrière ses ivoires. Un bottleneck détonant mais séduisant froisse l’acoustique, "I can't be satisfied".

Pas moins de sept plages sont issues d’"I'm ready". Bob Margolin est passé à la basse. Le grand Jimmy Rogers est préposé à la guitare et deux souffleurs participent à cette série de toute bonne facture. Un noir : Big Walter Horton. Et un blanc : Jerry Portnoy. Le titre maître est le théâtre d’un véritable festival à l’harmonica. Se succèdent Big Walter. Puis Jerry. La version de "Rock me" est bien plus contemporaine que l’originale. Le leader sort enfin sa slide et impose l’intro tant attendue destinée à attaquer le blues lent magique "33 years". Le "I'm your hoochie coochie man" est un classique parmi les classiques. Johnny Winter s’illustre à la slide et Horton à l'harmo. "Good morning little schoolgirl" autorise Portnoy à prendre un ticket de sortie.

"Baby please don't go" relève de "Live", un opus remontant à 79. Jerry Portnoy s’est affranchi à la musique à bouche. Les échanges de cordes se multiplient entre Winter, Margolin et Luther Johnson. La même équipe embraie par "Trouble no more".

Quatre plages sont extraites de "King bee", le quatrième volume, dont une excellente reprise du titre maître. Et bien rythmée ! Ensuite, une adaptation délicate du "Mean old frisco" d'Arthur Crudup. Puis "Champagne & reefer", que Muddy attaque armé de sa slide, soutenu par Bob Margolin et Guitar Jr Johnson. Et enfin, "Keep me in trouble", un titre au cours duquel plane le souffle magique de James Cotton. 

"Walking thru the park" clôt les hostilités, un fragment immortalisé sur l'album de Winter, "Nothin' but the blues". Epaulés par Cotton, Muddy et Johnny conjuguent leurs vocaux. Vous savez tout ou presque sur le sujet  et ce qu’il vous reste à faire…

 

mardi, 07 juillet 2009 03:00

Blues cures Studio Jam

Eté 2007, Sean Carney est victime d'une piqûre d'araignée. Il est hospitalisé. Un séjour qui lui coûte les yeux de la tête. Faut dire qu’à l’instar de nombreux artistes américains, il ne dispose pas de couverture sociale. Il est cependant aidé par différents organismes, dont la Blues Fondation. Son aventure le fait réfléchir. Et il décide de venir en aide aux artistes qui luttent contre la maladie.

Le 2 décembre 2007, Sean présente son premier spectacle : ‘Blues for a cure’ ; chez lui, à Colombus. Il a reçu le concours de Teeny Tucker, Willie Pooch et Omar Coleman. Les bénéfices sont versés à l'American Cancer Society et à l’OSU James Cancer Research Center. En novembre dernier, il organise la deuxième édition de ‘Blues for a cure’. Y participent des légendes issues de Chicago comme Henry Gray et Hubert Sumlin. Il profite de l’occasion pour introduire quelques uns des artistes présents lors du spectacle, au studio Central City de Colombus. Le pianiste noir Henry Gray flanqué de ses musiciens ainsi que le Trampled Under Foot, une formation prometteuse issue de Kansas City, se joignent donc circonstanciellement à Sean Carney et au chanteur/guitariste Jonn Richardson. 

TUF est trio très familial. Il implique les frères Schnebelen : Nick à la guitare et Kris à la batterie, ainsi que la frangine Danielle Hudspeth à la basse. Les trois musiciens chantent! L'ouverture est instrumentale. Une toute bonne reprise du "Side tracked" de Freddie King. Les échanges entre les trois solistes (NDR : Sean, Jonn et Nick) sont de haut vol. L’association entre TUF et les deux maîtres de cérémonie se réserve pas moins de sept plages, dont la première est la plus percutante et séduisante : "Love my baby". De son timbre puissant, la féline Danielle chante cette compo aux accents du Delta, devant les trois solistes insatiables. Jonn Richardson chante en toute décontraction "Crosscut saw", un morceau popularisé par Albert King. Nick attaque son "Jonny Cheat", un boogie puissant de plus de 9’, caractérisé par ses échanges dévastateurs. Sean se réserve les vocaux sur le "Use what you got" de Freddie King, un très long blues lent, qu’il interprète d’une voix passionnée et dévorante ; des spécificités qui le hantent en permanence! "Comin' home to you" s’inspire du gospel. Le clan Schnebelen se charge des chœurs. "Wait on time" est signé Kim Wilson. Un West Coast blues bercé de swing et soutenu par une section de cuivres, à laquelle participe le redoutable Gene Walker, au saxophone. Nick chante d’un timbre graveleux le funk léger "Ain't my problem". Jonni a cédé sa guitare à Steve Gerard (NDR : c’est le gratteur des National Debonnaires, une des meilleurs formations de Kansas City). Walker est toujours au poste pour souffler dans son sax ténor.

L’elpee recèle encore quatre plages réservées à Henry Gray, un pianiste noir âgé aujourd’hui de 84 ans. Il a longtemps milité au sein du backing band de Howlin' Wolf. Sean, Jonn ainsi que le souriant Bill Stuve à la basse se mettent au service de Gray qui chante tout d’abord sa plus célèbre compo, "Cold chills", un blues imprimé sur un tempo lent, soutenu par Andy Cornett à l'harmonica. Puis dans un style fort semblable, "Times are getting hard". Les deux autres morceaux, en l’occurrence "Come on in" et "How could you do it", sont plus rythmés. Ce superbe elpee s’achève par les neuf minutes de "Whoa baby". Inspirée par la musique du "You don't have to go" de Jimmy Reed, cette plage est saturée d’émotion. A cause de la voix troublante de Nick. Et puis, en toile de fond, des sonorités feutrées et minimalistes dispensées par les trois guitares. Un excellent album !

 

mardi, 07 juillet 2009 03:00

Live Blues on Whyte

Ce jeune musicien de 35 ans s'est incontestablement forgé un nom au cours de ces dernières années. Il s’est produit, il est vrai, plusieurs fois en Europe et est devenu assez populaire dans l'Hexagone. Il est originaire de Colombus, en Ohio, et y réside toujours. Il est le Président de la Colombus Ohio Blues Alliance. Il a remporté des trophées particulièrement honorifiques en 2007 : l'International Blues Challenge, à Memphis, l'Albert King Award Winner et celui du meilleur groupe (‘Best Band’) à Colombus! Son premier long playing, "Provisions", date de 1998. Il a été réédité en 2007, enrichi de quelques bonus tracks! Son second elpee –très attendu– est paru en 2006. Intitulé "Life of ease", il est sorti sur Night Owlz Records, un label qu'il a créé en compagnie de son partenaire Eric Blume.

Ce nouvel opus est un ‘live. Il a été immortalisé au Blues on Whyte à Edmonton, en Alberta, au Canada. Sean y est soutenu par deux musiciens canadiens : Graham Guest au piano et Chris Brzezicki à la basse acoustique. Et puis par l’inévitable Blume. Le tracklisting est partagé entre nombreuses compositions personnelles ; la plupart déjà sorties sur disque et quelques reprises pas piquées des vers.

Il démarre les hostilités par son titre fétiche : "It's my life baby" ; un morceau signé Bobby Bland qui figurait déjà sur son premier elpee, paru dix ans plus tôt. Carney possède une bonne voix. Elle fait vibrer son répertoire. Sean est imprégné d’une sensibilité musicale jusqu'au bout des ongles. Son jeu sur les cordes est parcimonieux. Les phrases savamment liées. Un premier solo éclot. D’abord discret, il monte progressivement en puissance, avant de céder le relais aux ivoires du très doué Guest ! "All these worries" évolue sur un rythme dense. Sean se réserve une envolée très personnelle, de haut niveau. Pour la circonstance, Guest est passé à l'orgue Hammond B3. Les musiciens haussent encore le tempo pour "Why do you lie". Ils carburent au boogie. L'imposante section rythmique est à l'avant-plan. Carney opère une nouvelle et impressionnante envolée sur les cordes, digne du meilleur Albert Collins. Le SCB aligne alors les reprises favorites, en y injectant un maximum de swing. L’atmosphère baigne clairement dans le jazz. Faut dire que Sean est parfaitement secondé par des partenaires talentueux. Le "29 ways" de Willie Dixon est percutant. Une occasion rêvée de libérer les musiciens : successivement Graham aux ivoires, Chris à la contrebasse et Eric aux balais. Signé Detroit Junior, "Call my job" trempe dans le funky blues. On est même plutôt proche du Memphis blues. Guest joue de l'orgue Hammond dans le style de Booker T, pendant que les six cordes s’aventurent dans l’univers du grand Albert King. Le swing est toujours très présent lors de la cover du "Money's getting cheaper" de Jimmy Witherspoon. Graham est intenable au piano. Le "Too many cooks" de Willie Dixon concède des accents syncopés et exotiques. Carney termine son spectacle par l’interprétation de son propre répertoire, dans un style proche du grand T-Bone Walker. Dont l'amusant "Life of ease", un blues lent, type fin de soirée. Puis le remarquable "Whant can I say". Il ponctue le spectacle par un "Bad side baby" caractérisé par ses changements de tempo.

De toute bonne facture, cet opus met en exergue les différents instrumentistes qui parviennent ici à conjuguer finesse et passion. L'an dernier, Mr Carney a réalisé un gros transfert, en recrutant le célèbre bassiste Bill Stuve (ex-Mighty Flyers). Il prépare pour l’instant un Dvd live et un nouvel album studio! Ce 18 juillet, il sera à l’affiche du Blues & Jazz Rallye, à Luxembourg.

 

mercredi, 01 juillet 2009 00:10

Heads, tails & aces

Matt Schofield est un jeune chanteur/guitariste. De nationalité anglaise. Un Mancunien ! Une véritable star ; mais dont le statut n’a été acquis que très progressivement. Musicien brillant, il parvient à conjuguer habilement le blues, le jazz et le rock, en y injectant une fameuse dose de soul. Il est souvent comparé à l'Américain Robben Ford. Ses débuts remontent à 1997. Il tournait alors avec le Lee Sankey Band. Il a même enregistré en sa compagnie. Il a longtemps milité au sein du backing band de la chanteuse Dana Gillespie. Il a ensuite fondé le Matt Schofield Trio, flanqué de l'excellent organiste Jonny Henderson et du batteur Evan Jenkins. Son premier opus, "The Trio, Live", est édité  en 2004. C'est également le premier long playing paru sur le label Nugene Records. Dans la foulée, il concocte "Siftin' thru ashes" et "Live at the Jazz Cafe" en 2005 ainsi que "Ear to the ground", deux ans plus tard.

Depuis le trio s’est élargi à un quartet. Mais si Jeff Walker se charge de la basse, Alain Baudry a repris le rôle de drummer. Matt écrit la majeure partie de son répertoire. Il assume également la production.

"What I wanna hear" est imprimé sur un tempo rapide. Manifestement son style est inspiré par Albert Collins. Son maître ! Si son timbre vocal est plutôt frêle, il est très harmonieux. L'orgue Hammond de Henderson enrichit la solution sonore. Schofield libère tantôt un petit filet, tantôt un flot de notes, mais sans jamais sombrer dans la démonstration. Sa technique est constamment fluide, digne même de Robben Ford. Du New Orleans funk agite l’intro de "Live wire". La voix sert de cinquième instrument. Jonny est passé au piano électrique. Ballade savoureuse, "War we wage" libère un maximum de sensibilité. "Betting man" constitue un des sommets de l’elpee. Un blues largement imprégné de rock. Le riff est solide. La rythmique bénéficie d’un traitement de re-recording. La guitare de Matt est intenable. Il atteint ici le sommet de son art, tout en prenant soin de ne pas se départir d’un évident bon goût. Blues lent remarquable, "Lay it down" libère une dose phénoménale de feeling pur. A cause de cette conjugaison entre la voix et les cordes. Qui perdure pendant près de 9 minutes. Magique ! Matt écrase ses pédales pour créer des effets de distorsion –toujours parfaitement maîtrisés, il faut le souligner– sur "Can't put you down", une brève tranche de blues rock. Imprimé sur un mid tempo, "Woman across the river" est un autre blues au cours duquel Mr Schofield se réserve un nouveau solo de cordes. Un exercice de style brillant, mais aussi saturé de feeling. Ballade séduisante, "Nothing left" trahit manifestement des reflets jazzyfiants. La guitare enchante. Les interventions d’Henderson à l’orgue sont bien mises en évidence sur "I told ya". Mais il met son talent au service de son leader. Matt injecte une ponte d’agressivité dans sa voix pour attaquer le "Stranger blues" d'Elmore James. Et ma foi, il n’a pas à rougir de son adaptation. De toute bonne facture, cet opus s’achève par le tendre "Not raining now'.

 

mercredi, 01 juillet 2009 00:08

Circus left town

Big Blind c'est une mise au poker. Mais aussi le patronyme d’une jeune formation batave. Originaire du Nord des Pays Bas, elle est née en 2006. Et est contaminée par le blues. A l’origine, la formation s’inspirait d'une multitude d’artistes du style. Et en particulier du géant Howlin' Wolf, des frères texans Jimmie et Stevie Ray Vaughan, des rockers anglais Hoax, des Californiens Red Devils ainsi que de leurs compatriotes et compagnons de label, Cuban Heels. Le combo écume littéralement (NDR : littoralement ?) les festivals. Il s’est ainsi produits tant à Peer, Tegelen qu’à Linton, en Angleterre. Et on ne compte plus ses prestations ‘live’. "Circus left town" constitue donc son second elpee.

Le line up de Big Blind implique les frères Van Duijn, soit le guitariste JJ et le bassiste Dirk ; mais aussi le drummer Niels Duindam et puis surtout, le chanteur/harmoniciste Wesley Van Werkhoven (NDR : le frontman !) Le notoire Mischa den Haring, leader de T99, a assuré la mise en forme de l’opus. Les musiciens se partagent la signature de toutes les compos.

Dès l’ouverture, le quatuor étale l’étendue de son potentiel. Tout au long de ce "Like me", la section rythmique imprime un shuffle à la texane. La voix de Wesley est directe. Elle provoque. Ses envolées à l’harmonica se traduisent par autant de coups de griffe. Nous ne sommes, en effet, pas tellement loin de l’univers du regretté Lester Butler, un artiste qui était adulé chez nos amis du Nord. JJ se fraie un chemin en empruntant des sonorités feutrées. Big Blind attaque "Freak show". Une agression progressive. Légèrement déjantée, aussi. den Haring a choisi de ne pas polir le son ; mais au contraire d’en conserver la face la plus brute. L’accent est également placé sur la cohésion de l'ensemble. Chez BB, l’aspect immédiat est privilégié. Les musiciens vivent intensément chaque note, même quand ils se limitent à la construction rythmique. Le chant de Wesley est plutôt sauvage. Sa voix me rappelle celle du jeune Phil May. Aux débuts des Pretty Things. Il y a déjà 35 ans… Il interprète nerveusement et sèchement ce "Hold on". Le combo se réserve un moment de repos en abordant "3:45". Un blues lent au cours duquel Wesley vit son chant. Il susurre dans sa musique à bouche pendant que JJ libère des sonorités réverbérées de ses cordes. "13 angels" évacue énormément de puissance, dans un style proche du "Thirteen" de Lester Butler, un morceau au cours duquel JJ se réserve une belle sortie. Le titre maître est imprégné du style privilégié par den Haring. Notre vocaliste épanche sa colère dans le micro astatique. Cette plage est sans doute la plus ambitieuse de l’elpee. "Russian roulette" campe un autre shuffle. Pour la circonstance, la liberté totale de mouvement est accordée au soliste. Son envol est pourtant plus structuré, mais surtout inventif. "Devil's laughin'" est une ballade sombre que j’apprécie tout particulièrement. Une approche dépouillée, lugubre, très statique et particulièrement proche de T99. Mais en y injectant une belle dose de séduction, de tristesse et d'effroi! Vraiment un blues des plats pays. "My ol' suitcase" embrasse un rythme plus classique. Une sorte de clin d’œil adressé au Delta. On est même parfois proche de certaines productions de Howlin' Wolf. "Rollin' your way" flirte avec le rock'n'roll. La musique est signée den Haring. Il y joue également de la guitare rythmique ; cependant, il appartient au dynamisme de la voix et de l’harmo de pousser la solution sonore vers les sommets, alors que JJ revêt le costume de Jimmie Vaughan pour embrayer sur "So cold". En finale, "Just for you" en revient à une forme plus acoustique et sereine. Big Blind est une formation chargée de promesses. Après la confection d’un semblable elpee, elle mériterait même de déjà décrocher les lauriers. Encore un peu de patience et les espoirs devraient se concrétiser… Pas étonnant qu’elle porte tous les espoirs du label Cool Buzz !

 

mardi, 23 juin 2009 21:00

Superhero

L'année 2008 a été l'année de toutes les émotions pour Candye Kane. Et pour cause, au même moment où elle était nominée comme ‘Best Blues Contemporary Female’, autrement dit comme ‘meilleure chanteuse de blues contemporaine’, elle menait un combat contre la maladie ; et pas n’importe quelle affection, puisqu’elle était atteinte d’un cancer du pancréas. Originaire d’East Los Angeles, elle est devenue mère de famille très jeune. Au cours des années 80. Elle s’est tout d’abord immergée dans l’univers du punk rock, avant de s’intéresser au hillbilly et au blues. Ce qui lui a permis de côtoyer un éventail d’artistes particulièrement ample. Depuis X à Dave Alvin, en passant par les Blasters, Dwight Yoakum et Los Lobos. Elle a fréquenté, indifféremment, l’univers de la pornographie, les hippies ou les mouvements féministes… Face à cette nouvelle épreuve, Candye a dû se battre. Tout d’abord, à l’instar de nombreux citoyens outre-Atlantique, elle ne disposait pas d'assurance médicale. Elle a cependant reçu une aide financière providentielle de son entourage. Opérée en avril 2008, la faculté l’a déclarée guérie de son cancer! Elle a écrit la chanson "Superhero" alors qu’elle avait le moral au plus bas. C’est devenu le titre de son dixième album…

Candye a toujours apprécié la compagnie de musiciennes. Très longtemps, elle a ainsi été soutenue par sa concitoyenne de San Diego, la pianiste Sue Palmer. Aujourd’hui, elle est épaulée par Laura Chavez (NDR : elle a milité chez le Lara Price Band), une jeune guitariste de 28 ans. Après avoir édité ses trois derniers albums chez le label allemand Ruf, elle vient de signer pour l’écurie blues la plus branchée : Delta Groove!

Miss Candye est donc devenue héroïne de ‘cartoon’ ; mais pas de panique, elle possède toujours cette voix de shouter. Heureuse d'être encore parmi nous, elle nous fait partager sa joie sans réserve. Ce "Superhero" ouvre l’opus. Un bon résumé de la suite des événements. L’équipe est très soudée pour entourer la diva : la frêle Lara ainsi que son grand ami, Dave Gonzales (NDR : remember les Paladins!) aux cordes, Paul Loranger et Evan Caleb à la section rythmique et le bon vieux Jonny Viau au saxophone. Le quartet de base libère énormément de swing. "Hey! Toughmen" en est une belle illustration. Cette solide interpellation est destinée aux hommes de l'assistance. Imprimé sur un mid tempo, "I put a hex on you" est bercé d’accents exotiques. Une compo qui me fait furieusement penser à Otis Rush. A cause des tonalités réverbérées de la guitare et des changements de rythme. Miss Chavez est une nouvelle fois brillante aux cordes face à l'orgue Hammond de Greg Rutledge. Candye nous confesse ses travers sur "I'm a bad bad girl", un autre blues mid tempo. Et concède une déclaration inattendue, dans un climat jazz quasi manouche : "Ik hou van je". Heureux Flamands!! Elle reprend deux compositions de Jack Tempchin, dont l’excellent "Who's been sleeping in my bed?", une version au cours de laquelle Laura est intenable. Et puis du swinguant "I like 'em stacked like that". Invité, Mitch Kashmar partage le chant, tandis que Kid Ramos et Laura rivalisent de virtuosité. Mitch se réserve l’harmonica et Kid les cordes tout au long de "Till you go toofar". Candye avait déjà interprété "Whole lotta love" sur l'album du même nom. Ici elle nous restitue une adaptation séduisante d’une compo quasi-identique, le "You need love" de Willie Dixon. Miss Kane est aussi capable de rocker comme une diablesse. A l’instar de "You can't stop me from loving you" et du cinglant "Throw it in the trash can love". Apaisée, elle termine cet opus par "I'm gonna be just fine". A cappella ! Un excellent album!

 

Randy Chortkoff, le boss du label Delta Groove (NDR : une boîte établie à Los Angeles), est un personnage particulièrement dynamique. En outre, son audace lui permet de relever les défis qui se bousculent tout au long de son parcours. Son écurie a décroché diverses nominations aux Blues Awards de l'année 2008. La cérémonie de remise de ces Awards se déroulait à Tunica, dans le Mississippi. Aussi, il était opportun de se produire au cœur du Delta, à Clarksdale. Très exactement, au Ground Zero Blues Club, dont le patron est l'acteur Morgan Freeman. Cette situation a provoqué la mise sur pied d’un festival improvisé, réunissant les étoiles du label. Douze heures de musique qui oscillent du Mississippi blues de Johnny Dyer au West Coast style des Insomniacs, en passant par le Texas blues de Philip Walker, le funky soul blues du Jackie Payne – Steve Edmonson Band et le tex mex américana de Los Fabulucos. Et le tout a été par David Z.

Los Fabulocos ouvre les hostilités par "I'm gonna be a wheel someday". Jesus Cuevas joue de l'accordéon, Kid Ramos de la guitare. Les Insomniacs sont une véritable révélation du nord de la côté ouest. Un jeune groupe qui nous propose ici deux facettes de son répertoire. Tout d’abord, à travers "At least I'm not with you". Ensuite tout au long du blues lent "Description blues", une longue compo minimaliste et atmosphérique balisée par le chant et les cordes du talentueux Vyasa Dodson et l'orgue Hammond d'Alex Shakeri. Le groupe phare du label est incontestablement The Mannish Boys. Formé à L.A. autour d'authentiques étoiles du blues, en passant par Chicago, le Mississippi et la Californie, Johnny Dyer est originaire de Rolling Fork, tout comme Muddy Waters. Le vieux chanteur/harmoniciste noir interprète une cover du "Everything's gonna be alright" de Little Walter, soutenu par un trio de gratteurs ; en l’occurrence Kid Ramos, Franck ‘Paris Slim’ Goldwasser et Kirk Fletcher. Finis Tasby enrichit de son timbre extraordinaire la superbe reprise du "Lonesome bedroom blues" de Curtis Jones, une adaptation très saignante au cours de laquelle les 3 guitaristes sont absolument impitoyables. Texan émigré sur la West Coast, Philip Walker nous réserve un formidable "Street walking woman". Bien rythmée, cette compo célèbre un nouveau duel de cordes entre Walker, Fletcher et Goldwasser, pendant que Richard 'Big Foot' Innes assure son rôle de métronome derrière les fûts. Du blues 5 étoiles ! La guitare continue à être reine ; et pour cause, Junior Watson monte sur les planches. Il s’empare du micro et se met à chanter (NDR : pas trop bien, il faut le reconnaître) "Wolf pack", épaulé par une section rythmique constituée d’Eli Fletcher, de Ronnie James Webber et de Dick Innes. Mais lorsque le barbu chauve attaque les cordes, on est scotché par ses interventions. La marque du génie ! Le même Fletcher se mue en soliste pour restituer une version instrumentale du "Lucille" de Little Richard. Un exercice de style qu’il réalise suivant un arrangement d'Albert Collins. De sa voix purement soul, Jackie Payne chante le classique de Muddy Waters, "She's nineteen years old". Son acolyte Steve Edmonson le seconde à la guitare et les Sweet Meet Horns lui apportent leur concours. Le jeune Mike Zito est manifestement le musicien qui évolue le plus dans un style rockin' blues. Soutenu par la pianiste Teresa James, il nous balance "Dirty blonde". Sa guitare est offensive et sa superbe voix très personnelle. Jason Ricci est un chanteur/harmoniciste gay. Entouré de son New Blood, il reprend le "Shake your hips" de Slim Harpo. Plus de 9' de boogie caractérisé par une orgie de notes à l'harmo et découpé par la guitare de Shawn Starski! La toute grande classe !