Paru sur le label anglais Proper, ce coffret est relativement bon marché ; mais surtout, il présente un certain intérêt pour celles et ceux qui ne possèdent pas une discographie exhaustive du grand bluesman. Le box réunit trois Cds et un Dvd.
Intitulé "Rollin' stone", le premier disque épingle des titres célèbres que Muddy Waters a enregistrés en s'inspirant de chansons existantes. Le second, "I'm ready", se concentre sur le répertoire du seul Muddy, au cours de ses années de gloire, vécues entre 1948 et 58. Le troisième, "The headhunters", est réservé à quelques grands bluesmen qui ont, à un moment ou un autre, partagé sa route. Et enfin, le Dvd (NDR : "Talkin' Muddy") est plus spécifiquement consacré à des interviews.
A ses débuts, Waters a été fort marqué par Son House. C’était même une de ses influences majeures. House avait concocté, son "Walkin' blues", en 1930. La version de Muddy date de 1950 et est caractérisée par un extraordinaire jeu de slide! La prise de 1941 implique mandoline et harmonica. Robert Lockwood avait gravé son premier disque en 1941. Chez Bluebird. Son titre ? "Black spider blues". Waters répond en 47 par son "Mean red spider". Chanteuse de R&B, Ann Cole enregistre "Got my mojo working" en 1956. Visiblement séduit, Mr Morganfield l'enregistre à son tour quelques mois plus tard ; et en fait une affaire désormais personnelle. Peu connu, Hambone Willie Newborn avait enregistré une version originelle de son "Roll & tumble the blues", dès 1929. Celle du "Rollin' & tumblin'" de Waters date de 1950. Baby Face Leroy se charge du chant ainsi que de la batterie et Little Walter l’harmonica! La même formule est reproduite pour des compos signées John Lee Sonny Boy Williamson I, Big Bill Broonzy, Memphis Minnie, Big Joe Williams, Sleepy John Estes ou encore Bo Diddley. Et confessons que les versions réalisées par Waters n'ont jamais à rougir face aux originales.
"I'm ready" réunit vingt plages de Muddy Waters, dont la majorité ont été immortalisées après 1954 et écrites par le puissant Willie Dixon. Caractérisée par le jeu primaire et éclatant sur la slide, les plus anciennes sont un réel plaisir, même si la voix est un peu plus lisse, quoique déjà puissante. A l’instar de "Canary bird". Certains titres sont de petites merveilles. Et je pense tout particulièrement à "Gone to main street". Concoctée en 1952 cette plage vivifiante n’a pas pris une ride ; en outre, elle est illuminée par les intervenions extraordinaires de Little Walter à l’harmonica. Le lent "Long distance call" est une plage tout aussi remarquable. Datant de 51, elle implique le même Walter qui est alors le tout premier harmoniciste à se servir de l’amplification. Les versions originales des meilleurs titres de Waters défilent : "Hoochie Coochie man", "Just make love to me" (NDR : étoffé par la basse caractéristique de Willie Dixon), "I'm ready", "19 years old", "Close to you",… "Young fashioned ways" remonte à 55. Le jeu typique d'Otis Spann au piano est savoureux. Et lors du cinglant "Sugar sweet", Junior Wells souffle dans l'harmonica.
"Headhunters" était le surnom des musiciens issu de la bande à Waters. Motif : ils avaient la réputation de ‘coupeurs de tête’ dans tous les clubs et toutes les tavernes du South Side. On en dénombre sept ! Et tout d’abord le brillantissime Little Walter. Harmoniciste prodige et innovateur, il est trop tôt disparu, à l’âge de 37 ans, suite à une bagarre. Lui sont réservés l’instrumental fétiche "Juke", un "Mean old world" qu’il chante en manifestant verve et passion, "My babe" et son "Just a feeling". Le flamboyant Buddy Guy débarque à Chicago en 1957. Il est alors âgé de 21 ans. L'année suivante, il entre en studio et enregistre "Sit & Cry" pour le label Cobra, un morceau qui exsude ses origines louisianaises, ainsi que "Try to quit you baby". James Cotton n'en a que 18, lorsqu’il rejoint le backing band de Howlin' Wolf. Nous sommes alors en 53. Deux ans plus tard, il épaule Muddy Waters. Trois titres se focalisent sut cette période, dont "Cotton crop blues", un superbe blues sevré d’harmonica, mais fustigé par des accords de guitare écorchés. Des compos mise en boîte au studio Sun, à Memphis. Junior Wells vient de fêter ses 18 printemps lorsqu’il succède à Little Walter au sein du Waters Band. Et sans complexe. Il en a deux de plus lorsqu’il adapte de superbes plages comme "Hoodoo man" et " Bout the break of day". Dès 1947, Jimmy Rogers rejoint le Muddy Waters Band. Il y restera jusqu'en 1954, c’est-à-dire avant d’embrasser une carrière individuelle. Il est considéré comme un des guitaristes les plus conséquents du Chicago Southside, et nous réserve trois compos personnelles datant de 1950 : "That's all right", "Ludella" et "Walking by myself". Contemporain de Waters Robert, Lockwood Jr était un musicien de studio notoire chez Chess. Son "Dust my broom", édité en 52, est probablement enrichi de la présence du pianiste Sunnyland Slim. Harmoniciste admirable, au jeu si personnel et expressif, Walter Horton a d’abord enregistré à Memphis. Dont "Black gal blues". Avant d’émigrer à Chicago. Il rejoint Waters au cœur des fifties. Publié en 56, son "Need my baby" en est un bel exemple.
Le Dvd "Talkin' Muddy" se concentre sur des interviews. Un sujet commun : Muddy Waters. Au crachoir : des producteurs, historiens du blues, auteurs, musicologues, et musiciens dont Charlie Musselwhite, Guy Davis et même Phil May, le chanteur des Pretty Things.