Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare, psychédélique et garage-rock, il est décrit comme un chaos créatif à haute tension et imprégné d'humour, un élément souvent oublié dans le rock. En attendant, il a partagé…

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Paddang à la poursuite des fantômes…

Paddang est un trio de rock psyché formé en 2020 à Toulouse. Osees et King Crimson à fond dans lʼautoradio et un nom de groupe inspiré d'un spot de surf en Indonésie, Paddang file à toute berzingue dans une épopée cosmique. Les trois voix dictent le ton et…

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Grégory Escouflaire

Grégory Escouflaire

vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Superlux (Ep)

Au premier abord, la musique de Superlux navigue dans les eaux troubles du trip-hop le plus conventionnel : celui du milieu des années 90, dont les meilleurs ambassadeurs furent Sneaker Pimps, Moloko (première cuvée) et… Hoover (avant la renaissance Hooverphonic). Ces nappes synthétiques, ces soupirs féminins lascifs, cette basse lancinante : « Miss Moon » semble dater d’hier, bref de cette époque où Massive Attack faisait encore de bons disques… Une époque qu’on regretterait presque, si le trip hop n’était pas devenu depuis de la muzak de bar à tapas, une soupe marquetée juste bonne à écouter en fond sonore (et encore…), sans tâches ni prises de risques (et de tête). Heureusement Superlux a bien appris la leçon, et tente avec bonne foi de ne pas tomber dans ce genre de travers : depuis lors il y a aussi eu l’elektroklash, d’où ce « Baby Boo » à la sauce eighties, entre Human League, Zoot Woman et New Order. Opportuniste, Superlux ? L’effet de mode, tout au plus. Et puis « Mister Fokker » vaut bien son lot de Marc Moulin, ce qui déjà vaut le détour... Alors quoi, Superlux ? Pas super, mais bien quand même. L’album sort le 15 mars (« Winchester Fanfare »). On y reviendra.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Bettye Swann

Après avoir exhumé les enregistrements de Candi Staton, le label de Damon Albarn s’attaque à la discographie d’une autre diva soul injustement tombée dans l’oubli, l’immense Bettye Swann, qui entre 1968 et 1970 enregistra deux albums à vous déchirer le cœur (" The Soul View Now " et " Don’t You Ever Get Tired Of Hurting Me "). Qu’elle reprenne, dans une veine country soul, les standards de Merle Haggard (" Just Because You Can’t Be Mine ", " Today I Started Loving You Again ") et de Tammy Wynette (" Stand By Your Man "), ou bien Aaron Neville, Tony Joe White et Cochran, la Black Bettye parvient sans peine à nous tirer des larmes. Ces 22 titres ici compilés, incarnent la classe absolue, du stupre façon Motown, un appel aux papouilles. Pour comprendre comment parler aux femmes, il est urgent d’écouter Bettye Swann, son naturel confondant, sa voix sensuelle, d’une pureté hallucinante. Et quand elle chante " Tell me I’m nice, even when I’m not " (première leçon : " Little Things Mean A Lot "), on a envie de lui susurrer à l’oreille qu’elle n’a pas de souci à se faire : à nos yeux (et nos tympans) elle restera toujours la plus belle.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

The Shooting Star´s Sigh

Sweek, combo post-rock ardennais dans la lignée d’un GY!BE ou d’un Migala, avait fait la différence au dernier festival de Dour (cfr « reviews ») : la puissance de frappe de ses montées de sève électriques, la douceur traître de ses moments d’accalmie salvateurs… Cette saine folie destructrice soufflait un vent frais dans la fournaise de la plaine hennuyère : un grand groupe était né, et l’espoir d’un post-rock à la belge enfin concrétisé. « The sun is in my head », murmure une voix paisible en début de « Summer Trip », le morceau d’ouverture de cet album tout feu tout flammes. Et jusqu’au bout de ce trip sensoriel, on brûle de plaisir à l’écoute de ces décharges épileptiques, qui convoquent la fureur du rock le plus âpre aux éclaircies d’un folk carbonisé par le soleil. A six, les musiciens de Sweek (guitares, violon, batterie) ravivent le brasier d’un post-rock rongé par le doute, qui s’autoparodie au lieu d’abattre la tour d’ivoire dans laquelle il s’est lui-même enfermé. Epique et cathartique, la musique de Sweek joue aux montagnes russes sans jamais provoquer la nausée. Qu’elle se fasse violence, qu’elle s’amuse des clichés qui collent au genre ou qu’elle piétine ses cendres encore chaudes, on reste béat devant tant de talent. Sweek, c’est du costaud, et c’est bien de chez nous. Face à ce vrai tour de force, difficile de ne pas succomber.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Oh, My Girl

Oh, Jesse, tu es belle comme un cœur, et tu chantes comme une déesse. Tes cordes vocales caressent nos tympans comme une brise estivale, malgré la gravité de leurs douces vibrations. Les musiciens qui t’accompagnent osent à peine déranger ce souffle apaisant de leurs pedal steel ou de leur batterie feutrée. Un souffle qui nous anime, tout au plus, d’une reposante quiétude : on se love dans tes bras, Jesse, bercés par tes rythmes qui se languissent, par tes mots que nos oreilles absorbent. On aimerait te faire l’amour en écoutant « Harvest » de Neil Young… Mais non, tu n’es qu’un mirage, une étoile insaisissable, dans un firmament où brillent d’autres déesses scintillantes (Harris, Orton, Bunyan, Charles, Sandoval,…). Oh, Jesse, que fais-tu ? Où es-tu ? Ta musique nous atrophie, parce qu’on t’imagine si belle et délicate, mais intouchable. Tu n’es qu’un rêve. Une voix suspendue dans l’Ether. Un fantasme.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Welcome to the Red Barn

Des slides aériens, un harmonica, une voix feutrée, et ce nom, Santa Cruz, en guise d’invitation au voyage : c’est l’Amérique de Dylan, de David Eugene Edwards et de Johnny Dowd qui semble être ici au programme… Et pourtant, les sept mercenaires de ce trip americana n’ont de yankee que leurs rêves mis en musique : Santa Cruz nous vient de… Bretagne. Une fois la surprise consommée, il faut donc se rendre à l’évidence : il n’y a pas qu’à Nashville qu’on sait jouer du bon country-rock. Après Murat et Herman Dune, Santa Cruz : la France a désormais sa place sur la cartographie country, dont les points cardinaux seraient Lambchop, Howe Gelb et Will Oldham. Le seul hic, c’est qu’il n’y a justement rien d’autre à dire : les sept musiciens de Santa Cruz connaissent bien leurs leçons, et les appliquent avec le talent de leurs maîtres. Le genre d’élèves modèles qu’on aime un peu chambrer en classe, parce qu’ils ont toujours de bonnes notes… Même si dans notre for intérieur, on aimerait bien être à leur place. Et eux loin d’ici, quelque part en Amérique, sur une route poussiéreuse d’Oklahoma City à faire de l’auto-stop la guitare en bandoulière. Bienvenue à Santa Cruz, ses paysages à la « Paris Texas » et ses saloons enfumés, son soleil qui tape et ses cow-boys d’un autre âge.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Beautifully Human

Sur un beat moelleux qui donne envie de se frotter aux arbres en bramant comme un cerf, Jill Scott débute sa longue déclaration d’amour à l’homme – l’Homme, l’archétype masculin sur lequel chacune ira de ses fantasmes. Et elle le dit de façon très sexy, la coquine, sans jamais s’accorder aucune pause : 17 titres, tous adressés à l’amant, celui qui embrase l’incendie dans son ventre, flatte sa beauté, lui donne envie d’exister. « Beautifully Human » se limite donc à ce chapitre ; et c’est déjà beaucoup : un disque à écouter avec madame, en roucoulant tendrement entre deux descentes/montées en apnée sous la couette. Musicalement aussi c’est de la luxure, un véritable péché de gourmandise : entre les mains expertes de James Poyser et de Rafael Saadiq (entres autres), la nu-soul de Jill Scott se pare d’oripeaux sensuels et félins. Un écrin sulfureux pour cette voix magnifique, qui susurre, murmure, grogne, jouit. Jill Scott est l’une des plus belles voix de l’Amérique afro : la digne descendante d’Aretha Franklin, de Bettye Swann et de Diana Ross. Son organe vocal est sa force. Il vous envoûte et provoque le coït. Et même pas simulé ! Tout est chaud sur ce disque, de l’instrumentation (des cordes caressantes, des cuivres humides, une basse rondelette, un piano charmeur) aux textes (l’amour, décliné à tous les temps), de la texture aux beats. Question romance, il vaut donc mieux faire confiance à Jill Scott. « Une femme, un homme, et Jill Scott fait le reste »… Dès lors, comment lui résister ?
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Now Here Is Nowhere

D’un long bourdonnement abyssal surgit la pulsion, cardiaque, vitale, existentielle, celle qui frappe aux Portes de la Perception, dans un élan psychédélique digne de Can (« Allelujah ») et de Faust (« It’s a Rainy Day, Sunshine Girl ») : Secret Machines, trio famélique basé à New York, entretient avec vigueur la flamme d’un rock répétitif et tantrique, qui jugule le cortex de ses ‘drones’ hypnotiques. Une ligne de basse, un beat de batterie : le rythme, enfin, reprend le dessus, et notre corps de scander son nom en pleine apesanteur. Secret Machines pourrait bien être le fil tendu vers l’infini, que certains nommeront le vide : un concept omniprésent sur ce disque, vibrant. Ici ou nulle part, c’est du pareil au même : le vide est parmi nous, l’effacement une menace perpétuelle. A l’intérieur du vide, l’essentiel : pour ces types c’est le ‘cosmos’, le mythe de l’éternel retour (encore et toujours), le cercle parfait comme trait d’union entre deux points extrêmes (kraut/spacerock et pop ? Musique savante, minimaliste, et musique populaire ?), que tout semble séparer. Quand la mélodie se tord, nœud de Moebius duquel surgit toutes les réponses, l’oreille, elle, la suit jusqu’en enfer. Peu importe le refrain, connu (« Sad And Lonely » : Primal Scream, Ride, le Wall of Sound acid, « Nowhere Again » : The Strokes, Silver Apples, « The Road Leaves Where It’s Led » : Depeche Mode, Tangerine Dream, Brian Eno), tout est dans le tout, aller-retour du même, bref du différent. Autre métaphore, celle du nuage, jamais identique même si on croit le contraire : d’où ces échos de riffs et de rythmes semblables, d’un titre à l’autre, comme dans la vie. Secret Machines ne livre aucun secret, sauf celui qu’il n’en existe pas : la vie se résume à ça. Now/Here = Nowhere : l’équation véritable, la seule des certitudes. Poussière : nous y retournerons. Vers l’infini et l’au-delà !
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

All The Walls Are Bare

On imagine bien Adam Selzer sur les routes d’Amérique, traînant son baluchon de bar en bar en quête de petits concerts qui lui paieraient sa nuitée à l’hôtel du coin. Avec sa vieille guitare ravagée par la pluie et des années de caresses intimes, il s’installerait sur la scène, dans l’indifférence la plus totale. Au milieu des bruits de verres qui s’entrechoquent et des rires éthyliques, il sortirait son harmonica et jouerait une belle complainte à la Lewis and Clarke, l’air un peu perdu dans ses pensées mais concentré sur sa musique, un peu triste et donc forcément belle. D’une voix hésitante comme une confidence, timide comme un premier baiser, légère comme un soupir sous la couette, il chanterait ses rêves brisés, ses histoires d’amour déchu, ses périples en rase campagne. Quelques-uns, émus par ce folk neurasthénique mais profondément sincère, applaudiraient doucement, de peur d’être raillés par leurs potes défoncés à la Heineken. A la chanson suivante, Adam Selzer sortirait son xylophone, en catimini, et entonnerait d’autres comptines à la lenteur sereine. Un type roterait en plein refrain, seule manière pour lui de chasser l’émotion qui soudain l’étreint. Après 20 minutes de concert, les gens au bar finiraient par se taire, regardant ce type avec étonnement. Les plus ventrus le compareront au Springsteen de « Nebraska », les plus jeunes à Palace, voire à Tom McRae, « mais en moins Castafiore »… Peu à peu, même les plus récalcitrants sombreraient dans le silence, sans doute aidés par l’alcool qui tapisse leurs entrailles. A la fin du concert, après une dernière chanson d’une tristesse sans fond, Adam Selzer rangerait sa guitare et son banjo devant un public acquis à sa cause mais le sourire figé. Il le remercierait ‘d’avoir été si attentif’, et partirait par la porte de derrière. Dehors, quelques jeunes filles lui demanderaient un autographe, et il leur sourirait avec délicatesse. Le patron du bar lui proposerait de rester boire un verre, en lui tapant dans le dos, mais Adam Selzer refuserait gentiment, préférant rentrer à l’hôtel. Sur le chemin du retour, il lèverait la tête pour regarder la lune, et rirait en grattant une dernière fois sa guitare en bandoulière. A cet instant, si fragile mais magique, il se dirait qu’il était, pour une fois dans sa vie, heureux.
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Retriever

Ron Sexsmith incarne un peu le genre de songwriter qui sort des disques cahin-caha, d’une qualité toujours irréprochable mais un peu monochrome : on l’aime bien, mais on l’écoute d’une oreille un peu distraite, parce que de toutes façons on n’est jamais déçu… Cette fois c’est différent ! Parce que « Retriever », septième album du Canadien joufflu, place la barre très haute dès le titre d’ouverture (« Hard Bargain », classe), et ce n’est que le début. Tout au long des 11 morceaux qui suivent on est épaté par la souplesse mélodique de Sexmith, qui n’a jamais si bien chanté et composé. Même en plein sursaut pop, le Canadien touche ici à l’essentiel : « From Now On », « Wishing Wells » et « Happiness » prouvent ainsi qu’en plus des ballades (superbes, comme d’hab’), Sexmith n’a pas son pareil pour trousser d’impeccables refrains à chanter sous la douche. Sur « Whatever It Takes », il se transforme même en soulman sulfureux : du grand art, sans emphase ni fioritures (en général l’un de ses talons d’Achille). Ron Sesxmith dédie son disque à Johnny Cash, June Carter et Elliott Smith, trois génies de l’écriture auquel il aimerait sans doute qu’on le compare… Qu’il se rassure : s’il continue comme ça, il l’aura, cette reconnaissance tant méritée !
vendredi, 31 décembre 2004 02:00

Winged Life

Jonathan Meiburg et Will Sheff sont les deux leaders d’Okervill River, ce combo country-rock épique et romantique qui n’a pas peur d’envoyer la patate quand il est un peu triste et que le monde part en boudin. Chez Shearwater leurs intentions sont semblables, sauf qu’ici il n’y a aucune poussée d’acné : c’est le calme olympien, et c’est tout aussi bien. « A Hush » en ouverture porte son titre à merveille : c’est comme un doux baiser, du genre « Americana, with love ». Sauf que Maiburg et Sheff n’arnaquent pas le touriste avec des cartes postales : c’est du 100% mélancolie, de l’authentique folk aux refrains accueillants (banjo-piano-xylophone-pedal steel), et plus si affinités (« The Convert » et « Sealed », plus rock). Sur la pochette des oiseaux s’envolent d’un pylône électrique : sans doute ont-ils eu peur du silence bourdonnant qui gisait sous leurs pattes. Moralité : la quiétude a raison de la patience des oisifs. Bien malheureux soient-ils, parce que c’est elle qui enfante la plus belle musique.
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