La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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DEADLETTER
dEUS - 19/03/2026
Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mercredi, 26 novembre 2014 19:04

Boomerang

Originaire de Fort Lauderdale, en Floride, ce guitariste de blues/rock est âgé de 43 ans. C’est un spécialiste du bottleneck et de la guitare slide. Vu sa manière de chanter et de gratter, on l'a souvent comparé au regretté Johnny Winter. Malgré la génération d’écart, il possède une même dégaine ; et puis des cheveux de braise alors que ceux de Winter étaient blancs. Eric a entamé son parcours, alors que celui de Winter était plutôt confidentiel. Sa discographie n’est pas très conséquente. Son premier elpee, "Treat me right" remonte à 1999. Il a publié "Devil's train" en 2001, "Black pearls" en 2003, "Eric Sardinas & Big Motor" en 2008 et "Sticks and stones" en 2011.

Sardinas se produit sous la forme d’un trio. Il est épaulé par le bassiste Levell Price, dont la barbe est plutôt imposante, et le drummer Bryan Killing. Eric amorce "Run devil run" à la guitare Resonator, qu’il amplifie rapidement. La batterie imprime un rythme tribal. A la poursuite du diable, la voix de Sardinas communique sa fureur et son travail sur les cordes est impressionnant. Rock’n’roll, "Boomerang" est imprimé sur un tempo très enlevé. Les musicos assurent les backing vocaux pour leur leader qui vocifère à la manière d’un jeune Johnny Winter. Matt Gruber a accompli un remarquable boulot à la production. Et il tire un maximum du trio. Plus lente, "Tell me you're mine" est une plage interprétée d’une voix frémissante, alors que les percus entretiennent un climat de folie permanente. Les sonorités métalliques du dobro acoustique ouvrent "Morning glory". Les vocaux affrontent les claquements de mains et les accords hallucinants de guitare. La version du "Bad boy blues" d'Eddie Taylor est classique et plutôt primaire. Plus subtil, "If you don't love me" est un blues rock bien équilibré qui ne manque pas de charme. Signé par la célèbre paire Leiber & Stoller, "Trouble" est un blues lent bien ficelé, dont le rythme change radicalement en cours de route, servant alors de tremplin idéal à l’envol décisif de la guitare slide. Caractérisé par ses excellentes interventions de six cordes, "Long gone" revient au rock'n'roll. La cover du "How many more years" de Howlin' Wolf colle parfaitement au style de Sardinas. Et ce n’est pas étonnant. Eric est dans son élément, la voix convaincante et la guitare demeurant constamment aux abois. Baignant dans le delta blues, "Heavy loaded" clôt l’elpee. La guitare Resonator et le kazoo du Hilo Boy Honorady Brigade participent à la folie collective. Sans surprise, cet opus est dédié à la mémoire du regretté Johnny Winter.

 

mercredi, 26 novembre 2014 19:00

I'm feelin' lucky

Ce guitariste new-yorkais jouit d’une belle notoriété sur la scène internationale. Agé de 54 balais, cet homme de poids est issu du Bronx. Son blues, il l’a toujours largement teinté de rock. Il est extrêmement populaire en France. Son premier elpee, "It's Chubby time", remonte à 1991. Et depuis, il a gravé un nombre impressionnant d’albums. I'm feelin' lucky" célèbre ses 25 de carrière sous le pseudonyme de Popa Chubby. L'édition ‘Collector’ est enrichie d’un cd bonus réunissant des enregistrement rares, issus de son parcours pré-Popa ; et en particulier au sein de combos comme Noxcuse et Bloodclot. Les nouvelles plages ont été mises en boîte à New York. Lors des sessions, il a reçu le concours de fameux musiciens, dont le claviériste Dave Keyes, le drummer Chris Reddan et le bassiste Francesco Beccaro.

Dès "Three little words", on entre dans le vif du sujet. Puissante, la voix est au diapason du physique de l’artiste. Il triture ses sonorités de gratte à l’aide de ses pédales. Alimenté par un claviériste talentueux –qui double orgue et claviers– et la trompette de Tipitina Horowitz (NDR : la fille du Popa), ce morceau plutôt agréable est sculpté dans le rock. Un rock qui se révèle plus bluesy sur "I'm feelin' lucky", titre au cours duquel la guitare de Popa bénéficie d’une plus grande liberté de manœuvre. Gratteur créatif au doigté bien personnel, il cisèle ses accords sans relâche. Mike Zito a co-écrit "Rock on Bluesman", un blues à la fois indolent et majestueux de plus de 7 minutes. Les deux acolytes se partagent les vocaux et les soli de guitares. De superbes interventions, caractérisées par celles plus dramatiques de Zito. Cette plage rend hommage au New-yorkais Leslie West, un autre artiste corpulent qui a milité chez Mountain et West, Bruce & Laing. Irrésistible! "One leg at a time" évolue sur un tempo enlevé. Tout est bien en place. La voix est autoritaire. La section rythmique est solide et les cordes prennent crânement leur billet de sortie. "Rollin' and tumblin" est un illustre traditionnel du blues issu de la plume de Hambone Willie Newbern. Il date de 1929. Notre géant travaille sa gratte au bottleneck et nous accorde une relecture puissante de ce classique! Popa et Bob Keys cosignent "Come to me", un excellent blues/rock tapissé par l'orgue Hammond, au cours duquel Miss Dana Fuchs apporte son concours aux vocaux. Rappelant Janis Joplin, sa voix est même particulièrement bouleversante. "Save your own life" et "I'm a pitbull" sont deux pistes languissantes qui conjuguent parfaitement orgue et gratte. Omniprésente, chargé de feeling elle est même hantée par Leslie West… Ballade, "Too much information" est dominée par les sèches et le piano électrique. Roots/rock teinté de blues, "The way it is" clôt l’elpee ; une piste bien structurée et agréable à l’écoute. "I'm feelin' lucky" constitue probablement le meilleur opus de Popa Chubby.

Le Collector se penche surtout sur le passé de l’artiste. Il s’ouvre par Elemental time", une piste qui remonte à 1983. Interprétée sous la forme du power trio, elle implique Popa (alias Ted Horowiez) au chant et à la basse ainsi que Jerry Williams, à cette époque propriétaire du vieux théâtre abandonné qui servait de local de répétition, à la guitare. Et ses interventions sont particulièrement déjantées. Quoique trempées dans l’acide, "Snake break" et "Drop the beat" sont deux compos qui adoptent le rythme du dub/reggae. A ses débuts, Ted s’était produit dans des salles étiquetées ‘punk’. Notamment au CBGB's. Il monte alors un combo baptisé Noxcuse, qui ne revêt plus aujourd’hui qu’un intérêt historique. "Videdo Venus" immortalise un titre datant de cette période. De 1980 très exactement. Et la guitare s’y révèle aussi détonante que délirante. Le plus ancien morceau remonte à 1978. Il s’intitule "My relation". John Gullo partage le chant sur ce track bien punk dans l’esprit de l’époque. Le bonus cd nous réserve d’autres plages expérimentales. Dont "I can't fix you", un piste gravée en 1986, au cours de laquelle Ted se concentre en solo sur la programmation. Il épaule ensuite Joe Lobelle, un poète qui militait contre la drogue, à travers Mike the Cop", un morceau caractérisé par des accords de gratte nonchalants et bluesy. Ted Horowitz and Monster, un backing group composé de deux potes, attaquent "I'm giving up" et "Steef Jam", une jam de plus de 11'. Un seul témoignage contemporain ! Il est accordé par Popa Chubby and Street Docs, un duo de hip hop, pour "Popa Chubby is an old ass man". Pourquoi pas!

 

mercredi, 26 novembre 2014 18:55

You can't keep a good woman down

Un duo mixte drive Low Society : la chanteuse Mandy Lemons et le guitariste Sturgis Nikides. Originaire de Houston, Mandy est depuis contaminée, depuis bien longtemps par la musique des racines, le Texas Blues et le Memphis rock'n'soul. Guitariste et producteur, Sturgis possède une fameuse expérience sur la scène musicale. Ce New-yorkais a ainsi accompagné John Cale, du Velvet Underground. De leur rencontre est né un mélange de hillbilly et de blues du Delta et ainsi que du Texas, le tout épicé d’une bonne dose de rock underground des seventies, pratiqué alors à NYC. Le band avait déjà publié un album en 2011, "High time". Le duo est soutenu par une section rythmique réunissant le drummer Mike Munn et le bassiste Nick Dodson. Les sessions se sont déroulées à l'American Recording Studio de Memphis.

"Crammed & jammed" prend un excellent départ. La slide de Sturgis impose une rythmique lancinante. Très vite, la voix Mandy entre en scène. Rageuse, déterminée, elle émane du fond de la gorge et rappelle une chanteuse mythique texane, feu Janis Joplin. Invité, Rick Steff (NDR : un membre du groupe local Lucero) se charge des parties d’orgue. Le "Voodoo woman" de Koko Taylor est une superbe cover. Un blues ‘à l'arraché’, marqué par les coups de griffes assénés par la slide. La voix de Miss Lemons semble possédée. Sur les planches, elle doit certainement devenir une vraie bête de scène. Pas étonnant qu’elle avoue être une disciple de Koko Taylor. Et Dr Herman Green intervient au saxophone, un vétéran du jazz qui a joué auprès d’une multitude de musicos, dont BB King. "Need yer love" change complètement de style. Une sorte de valse roots pour laquelle Steff est passé à l'accordéon ; une chanson qui pourrait facilement relever du répertoire d’Arno Hintjens. Compo singulière, "Son House says" bénéficie du concours d'une des légendes du blues du Delta, Mr Son House. Encore une bonne roots song qui démontre la richesse du répertoire du combo et l’amplitude vocale de la chanteuse. En outre, la guitare et l'orgue tirent parfaitement leur épingle du jeu, au sein de cette atmosphère plutôt cool. Le piano de Steff talonne la voix autoritaire de Mandy, tout au long de "You can't keep a good woman down", un roadhouse blues bien nerveux. Empreint de douceur, "This heart of mine" est un long blues lent qui permet de bien mettre en exergue le talent des deux leaders. Enrichi de chœurs "Up in your grave" s’inscrit davantage dans la tradition du gospel. Bien sudiste, la compo est enflammée par le bottleneck de Stugis. "Let me ride" est un blues plus traditionnel. Le climat évoque une époque au cours de laquelle les chanteuses commençaient à se frotter au blues. Dans les années 1920, pour être plus précis. Une piste soulignée par les cordes acoustiques de Mr Nikides et les accords du pianiste de jazz issu de Memphis, John Shaw. Mike Munn imprime le rythme du chemin de fer à "No money down", une plage country que colore Nikki de sa guitare steel. "You got a right" est un bon Memphis blues à coloration R&B. L’orgue domine le sujet, alors qu’on assiste à un nouvel envol de la slide! "El diablo" est une ballade roots aux accents traditionnels. La voix est sereine face à un ballet de cordes acoustiques. "Should've known better" est un shuffle à la texane. Lors de cette finale, la section rythmique donne bien l’impulsion nécessaire à l'ensemble. La voix de Mandy est à nouveau souveraine, alors que pour la dernière fois, le saxophone d'Herman Green s’immisce dans le décor sonore. Un excellent album!

 

mercredi, 26 novembre 2014 18:47

Time on our side

Colosseum est une formation qui a participé activement à la révolution musicale insulaire de la fin des 60’s. Elle mêlait blues, jazz et rock. Créative, elle réunissait d’excellents instrumentistes. Sa naissance est la conséquence d’un changement de line up, au sein des  Bluesbreakers de John Mayall. Et il y en a eu un nombre incalculable. En fait Jon Hiseman (drummer) avait entraîné dans une nouvelle aventure le bassiste Tony Reeves et le saxophoniste Dick Heckstall-Smith ; un projet qu’il avait baptisé le Jon Hiseman's Colosseum et dont le line up avait été rejoint par l'organiste Dave Greenslade ainsi que les guitaristes James Roche et James Litherland. Des gratteurs qui vont ensuite céder leur place à Dave Clempson. Le second elpee de Colosseum, "Valentyne Suite", paraît chez Vertigo, un nouveau label qui se lance dans l’aventure. En 1970, Mark Clarke opte pour la basse et un chanteur est engagé, Chris Farlowe. Le vaisseau largue ses amarres et va nous régaler au cours du début des seventies. Mais la pression devient insupportable et le split est inévitable. On retrouve alors ces musicos chez Humble Pie, Atomic Rooster, Greenslade, Tempest ou encore une seconde mouture de Colosseum. Des combos qui vont, à des degrés divers, entrer dans l’histoire du rock. Demeuré populaire, surtout en Allemagne, Colosseum se reforme en 1994, en compagnie des mêmes membres. Malheureusement, le talentueux saxophoniste Dick Heckstall Smith décède en 2004. Il est alors remplacé par l'épouse de John Hiseman, Barbara Thompson, également brillante sur cet instrument. Le dernier elpee studio, "Tomorrow's blues", remonte à 2003! Et l’équipe est à nouveau au complet pour enregistrer « Time on our side », le nouvel elpee. La musique n’a pas changé. Jon Hiseman y veille. En outre, il a sollicité Pete Brown pour écrire les lyrics de 6 plages. Un poète et parolier qui a beaucoup apporté son concours à Jack Bruce. Il a également drivé Piblokto et Battered Ornaments, fin des sixties, début des 70’s. 

Issue de la plume de Barbara Thompson, "Safe as houses" est une excellente compo. La voix de Chris Farlowe est rapidement identifiable. Barbara démontre tout son talent de souffleuse, qu’elle exerce dans l'esprit de feu Dick Heckstall-Smith. Classieux, "Blues to Music" est un titre issu de la plume d’Ana Gracey, soit la fille de Jon Hiseman et Barbara, une piste au cours de laquelle elle accorde une superbe réplique vocale à Farlowe, alors que le saxophone continue d’enchanter. Clempson signe "The way you waves goodbye", un morceau élaboré, caractérisé par une superbe sortie à la guitare et tapissé par l’orgue bien spécifique de Greenslade. Ballade jazz, "Dick's licks" rend hommage au regretté Heckstall-Smith. "City of love" est un titre qui colle parfaitement à l’esprit du Colosseum. La voix de Farlowe est grave et emphatique. Les instruments sont bien en place ; et en particulier les cordes de Clem, irréprochables. "Nowhere to be found" est compo empreinte de tendresse, harmonieuse, agréable et de toute bonne facture. Un sens de l’esthétisme qui alimente "New day". "Anno Domini" devait être le titre maître du long playing. Le choix s’est porté sur "Time on our side". Pourtant cette composition reflète parfaitement l’identité du band. Signée Greenslade, la mélodie est par balisée par l’orgue. L’LP recèle un bonus track, "Morning story". Une piste issue de la plume de Jack Bruce qui vient juste de nous quitter. Mark Clarke en assure le lead vocal. Bien sûr, cet opus ne restitue pas la créativité de la formation, quand elle vivait son âge d'or, mais elle tient parfaitement la route…

 

mercredi, 26 novembre 2014 18:41

Freedom from the Known

Afrikän Protoköl est une formation d'afro-jazz dirigée par le saxophoniste belge Guillaume Van Parys. Elle est née de la rencontre entre Guillaume et Moïse Ouattara, un drummer burkinabé. La musique intègre bien les rythmes traditionnels de l'Afrique de l'Ouest. Les musiciens se produisent à six, parfois sept et symbolisent la diversité multiethnique de cette partie du continent africain. La section rythmique réunit des musiciens issus du Burkina Faso. Soit Moïse, son frère Achille à la basse et Zouratie Kone aux percussions. La section de cuivres implique deux Belges : Guillaume au saxophone alto et Toine Thys aux saxophones soprano et ténor ainsi que l'ivoirien, Yizih également au saxophone ténor. Et parfois, Laurent Blondiau apporte son concours à la trompette.

Dès les premiers instants de "France Au Revoir", les musiciens burkinabés se libèrent déjà à la batterie, aux percussions et à la basse. Le trio de cuivres les rejoint ensuite pour cet afro-jazz inspiré de Fela Kuti. Une plage vivifiante, nerveuse, avant que le tempo ne ralentisse, afin de permettre à l’un ou l’autre instrument de sortir du collectif. D'abord, le saxophone ténor, sans doute de Yizih, rejoint lors de l’accalmie suivante, par le sax soprano de Toine. "On ne tue pas les idées" est issu du même moule, mais il est imprimé sur un autre tempo. Même s’il existe une forme de liberté pour s’exprimer dans l’univers du jazz, il faut reconnaître que tout est bien mis en place, plutôt structuré, surtout dans le chef des différents saxophones. Moïse Ouattara maîtrise parfaitement tous les éléments de ses drums. "African connection" évoque la relation entre un non africain et un africain. Le rythme est pour la circonstance propice au dialogue ; et suivant les ondulations d'une femme africaine, la trompette de Laurent Blondiau d'abord, puis les saxophones et la basse communiquent l'expression de leurs sentiments. "Ya foy" se traduit par ‘Il n'y a pas de problème’ et engage un dialogue entre le percussionniste griot (NDR : le griot africain est en effet le dépositaire de la culture orale) Zouratie Kone et les souffleurs. "I dansè" reflète l'accueil chaleureux accordé aux étrangers et constitue en même temps une invitation à la fête et aux danses. La piste est donc très animée, saccadée, rythmée. Tous les instruments entrent en fusion : percussions, basse, saxophones et trompette, dans un délire collectif! "Troubadou has gone" concerne la liberté du blanc qui peut aller où bon lui semble ; ce qui n'est pas le cas de l'Africain. L'atmosphère est ici calme, mais grave. La liberté a un prix. Les cuivres semblent se concerter et émergent l'un après l'autre, dans un climat très saharien. "Vitamine Z" est envahi par cette poussière ocre balayée par tous les vents qui souffle sur Ouagadougou. Elle est ensuite disséminée par les motos et autres véhicules, accentuant le phénomène de pollution qui rend la vie encore plus difficile. "Ca fait deux jours" et "Longtemps qu'on ne s'est plus vu" suggèrent les rencontres ainsi que les allées et venues des Africains. Les instruments déambulent, se rencontrent, se quittent et finissent par se retrouver. "Le passe-temps vite" met le doigt sur le mode de vie qui diffère entre les Africains et les Européens. Les premiers prennent le temps de vivre. Les seconds courent sans cesse après le temps. A contrario, la rythmique emprunte d’abord un chemin inverse. Les musicos semblent flâner avant de s'enflammer pour participer à une fête du rythme, célébrée tout au long de cet opus. Et "Do not disturb" met un terme à cette fresque colorée…

 

mercredi, 26 novembre 2014 18:37

Live

Sabrina Weeks est originaire de la Colombie Britannique. Cette chanteuse canadienne se produit généralement sous la forme du duo boogie blues en compagnie de son ami guitariste Mike Hilliard. Les deux artistes apprécient également recevoir le concours d’un backing group. En l’occurrence, le Swing Cat Bounce, dont le line up implique le drummer Ed Hilliard, le bassiste Terry Strudwick et le guitariste rythmique Bill White. Le quintet a enregistré ces douze plages en public. Ce qui explique le titre de cet LP : "Live". Ce disque fait suite à deux long playings studio "Tales from Lenny's Dinner" et "Got my eye on you".

Il y a un auditoire, mais on il est plutôt discret. L’opus s’ouvre par "Bad boys", une piste issue de leur premier essai. Plus rock que blues, il déménage, et sert en quelque sorte d’échauffement. La voix de Sabrina est correcte. Mike remplit les espaces vides à l’aide de sa gratte bien amplifiée. Il commence à aligner quelques petits soli sur "Jimme Dee", un blues rock atmosphérique et efficace. Quoique un peu plus rock, "Slide over here" baigne dans un même climat. Et la six cordes s’y révèle de plus en plus passionnante… L’ambiance est de la même trempe sur "Roll it", même si le tempo adopte un profil davantage funky et R&B. Et on a encore droit à une cinquième plage du même tonneau d’affilée, "Happy home". Serait quand même temps que le combo change de registre… Le tempo s’adoucit pour la cover du "You can leave your hat on" de Randy Newman, un titre que Joe Cocker avait traduit en hit. Et enfin, la voix de Sabrina commence à prendre du relief. Le "Strange" d'Ike Turner retombe dans ses travers. Pas très original, il faut le reconnaître. Excellent par contre, "Tarentino" est une composition signée par le couple. Sabrina se montre offensive au micro et les interventions à la guitare sont recherchées. C'est dans cet espace là que le groupe doit s'engouffrer. La reprise de deux compositions du duo Leiber/Stoller confirme bien le Swing Cat Bounce dans le rocking blues dansant, "I can't hear a word you say" et le célèbre "Hound dog" (souvenez-vous des versions d'Elvis Presley et de Big Mama Thornton). "Big boss man", c'est bien entendu le succès universel de Jimmy Reed, en réalité composé par la paire Luther Dixon et Al Smith ; la version est ici totalement funky et donc personnelle, destinée à nouveau à la danse. Et, en finale, Mike se montre inspiré à la six cordes pour le bien enlevé "Got my eye on you". Une formation comme il en existe une kyrielle aux States et au Canada. Le potentiel est présent, mais leur répertoire manque cruellement d’originalité… 

 

lundi, 17 novembre 2014 18:09

Live at Bush Hall 2007

Gary Moore est décédé dans son sommeil, en février 2011, alors qu’il séjournait en Espagne. Il avait 58 ans. Natif de Belfast, ce chanteur et surtout guitariste a marqué son époque, non pas pour sa créativité, mais parce qu’il était parvenu à assimiler la technique des meilleurs gratteurs de blues. A tel point qu’il en était devenu un guitar-hero. Après avoir fait ses premiers pas au sein du trio Skid Row, il s’illustre chez Thin Lizzy, puis participe à la deuxième expérience de Colosseum II, avant d’entamer sa carrière personnelle. Il vouait un culte à Peter Green, le fondateur de Fleetwood Mac. Il lui avait d'ailleurs racheté sa Gibson Les Paul Sunburst, une guitare à la tonalité unique. Pas étonnant qu’en 1995, il lui rende d’ailleurs un hommage, à travers "Blues for Greeny". Et l’année précédente, il avait participé à l’aventure éphémère de BBM (Bruce, Baker & Moore), une réplique du trio The Cream, Gary incarnant alors le rôle d'Eric Clapton. Un épisode au cours duquel, le combo va graver l'album "Around the next dream", chez Virgin. Parmi ses plus grands succès, on épinglera "Parisienne Walkways, sorti en 1979, et "Still got the blues", en 1991.

Cet elpee a été immortalisé le 17 mai 2007, au Bush Hall de Londres. Pour la circonstance, Gary est soutenu par Brian Downey à la batterie (NDR : ils se côtoyaient chez Thin Lizzy), Pete Rees à la basse et Vic Martin aux claviers. Et le leader n’hésite pas à arborer fièrement sa Les Paul Sunburst ! On ne peut pas dire qu’il faisait dans la dentelle, mais brillait dans sa pratique du hard rockin' blues. En outre, il était capable de nous réserver de superbes plages instrumentales, issues de sa plume. Enfin ce blues suramplifié avait séduit bon nombre d’aficionados d’un style, plus que centenaire. Et à se titre, on peut lui tirer notre chapeau.

"If the devil made whiskey" sert d’échauffement. Une attaque primaire chargée de décibels, au cours de laquelle il a déjà recours au bottleneck. Il adapte ensuite le "Thirty days" de Chuck Berry. Si la version ne manque pas d’allure, le traitement est quand même un peu trop hard pour ce classique du rock'n'roll. "Trouble at home" rend un vibrant hommage à Peter Green. Un blues dépouillé, superbement tapissé par les interventions d’orgue Hammond. Il nous réserve également quelques covers de classiques. En l’occurrence le "Eyesight to the blind" de Sonny Boy Williamson II, l’offensif "I'm tired" de Johnny Guitar Watson, le "Walking by myself" de Jimmy Rogers et une version tirée en longueur du "The blues is alright" de Milton Campbell, destinée à faire participer le public ! "I had a dream" est une chanson tendre, au cours de laquelle Gary s’applique au chant. "Gary's blues 1" sert de prétexte à un exercice de style nombriliste. Pas vraiment une bonne idée. "Don't believe a word" est probablement un ‘tribute’ au regretté chanteur de Thin Lizzy, Phil Lynott. Cette plage figurait sur l’elpee "Johnny the Fox", paru en 1976, une superbe ballade d’abord lente qui prend son envol après plus de 5'. Gary n’oublie pas d’interpréter son hit, "Still got the blues". Et en rappel, seul au bottleneck acoustique, il nous réserve l'émouvant "Sundown", une compo signée par le légendaire Son House. R.I.P. Gary!

 

lundi, 17 novembre 2014 18:05

Ragged & dirty

Ce chanteur/guitariste porte un nom de famille prestigieux ; et pour cause, c’est le fils de Gregg (la voix de l’Allman Brothers Band). Agé de 42 balais, Devon a vécu à Corpus Christi (Texas) et à St Louis (Missouri). Il a également participé à l’aventure du supergroupe Royal Southern Brotherhood. Auparavant, il drivait Honeytribe, une formation fondée en 1999 et responsable de deux elpees, "Torch" et "Space age blues". Depuis 2012, Devon a embrassé une carrière individuelle. A son actif, deux long playings : "Turquoise" paru en 2013 et ce "Ragged & dirty", publié ce 20 octobre.

Pour enregistrer ce nouvel opus, il s’est rendu à Chicago, au sein du studio Joyride, un disque qui a été réalisé sous la houlette du notoire Tom Hambridge, également préposé aux drums et aux percus. Lors des sessions, Devon a reçu le concours d’excellents musiciens locaux, dont le claviériste de Buddy Guy, Marty Simmons et Giles Corey, un guitariste qui a publié cette année l’LP "Stoned soul" sur le label Delmark. Hambridge signe plusieurs plages, et tout particulièrement les trois premières.

"Half the truth" débute en force. Devon est au micro. Sa guitare est en embuscade. Et la sonorité de ses cordes est tranchante, alors que l'orgue Hammond de Simmons colore et densifie l’ensemble. Chanteur texan de country et de blues Lee Roy Parnell cosigne "Can't love em all", une plage qui évoque instantanément l’Allman Brothers Band. La voix de Devon est proche de celle de son père et très affûtée, sa gratte semble hantée par feu son oncle, Duane Allman. Remarquable ! Giles Corey se réserve la sèche sur "Leavin'", une excellente piste au cours de laquelle le solo sur les cordes n’est –à la surprise générale– pas accordé par Devon, mais son ami australien Bobby Schneck Jr. Sculptée dans la soul, "I'll be around" est un hit des Spinners datant de 1972. La chanteuse de Memphis, Wendy Woten et Mr Allman s’échangent des vocalises tout au long de cette cover. "Traveling" est issu de la plume de Devon. Enfin ! Un blues funky qui lorgne vers le Royal Southern Brotherhood. Tom étale toute sa dextérité aux percus et les interventions de guitare sont plutôt agressives. Longue plage instrumentale, "Midnight Lake Michigan" ressemble à une jam languissante. Le timbre vocal lugubre et réverbéré affronte l’orgue de Marty, alors qu’audacieuses, les sonorités de cordes opèrent un va et vient permanent. En passant de l’orgue au piano, le climat devient plus atmosphérique. Issu de la plume d'Otis Taylor, "Ten million slaves" est une très ancienne compo. La version est particulièrement offensive. Très puissante, la voix est épaulée par une gratte déjantée, aventureuse. Une voix caverneuse hante "Blackjack heartattack". Les cordes sont acérées, incisives, corrosives. Tom a encore épaissi son jeu aux percus. Un petit joyau ! Blues lent, "Back to you" libère une sapidité soul, suite au retour de Miss Moten au micro. Sammon est aux ivoires, pour "Times have changes", un blues roundhouse qui rocke. Le "Ragged & dirty" de Luther Allison est un blues funky d’honnête facture. M’enfin, difficile de faire mieux que la version originale. Tom et Devon échangent un duo, le premier à la Resonator et le second au xylophone, tout au long de "Leave the city", une piste qui clôt ce superbe opus…

 

lundi, 17 novembre 2014 18:04

Songs from the road (cd + dvd)

Depuis deux bonnes années, ce chanteur/guitariste/compositeur/producteur américain récolte un succès de plus en plus conséquent. Originaire de St Louis, dans le Missouri, il a participé à l’aventure du super-groupe de la Nouvelle Orleans, Royal Southern Brotherhood. Il drive également son propre band, The Wheel et vient également d’accomplir une tournée européenne en compagnie de la chanteuse/guitariste issue de Kansas City, Samantha Fish. Et le label Ruf vient de l'inscrire dans sa série ‘Songs from the road’, qui répertorie ses meilleurs artistes, en live. Le présent package immortalise le concert accordé le 10 janvier dernier, au Dosey Doe, dans la ville nouvelle de The  Woodlands (NDR : c’est au Texas, dans la banlieue de Houston) en dvd et cd. Entre 2008 et 2011, Mike a publié trois excellents opus sur le label Eclecto Groove, avant de signer chez Ruf, écurie pour laquelle il a gravé l’an dernier l’excellent "Gone to Texas". Le line up de The Wheel est identique, soit le remarquable saxophoniste Jimmy Carpenter, le bassiste Scott Sutherland et le drummer Rob Lee. Lewis Stephens apporte son concours aux claviers. Le répertoire a été puisé parmi les quatre derniers elpees studio de notre artiste. Les deux supports diffèrent quelque peu. Le cd recèle 11 plages et le dvd, 13. 

Sur ce dvd, Mike entame son set par "Don't break a leg", un pur R&B. Soutenue par l’orgue et le saxophone, la voix est naturellement puissante. "Greyhound" est le titre maître de cet album paru en 2011. Il nous emmène sur la route, à bord d’un de ces cars qui traversent les Etats-Unis. Excellent ! Mike chante la ballade "I never knew a hurricane", d'une voix un peu ravagée, une roots song qui ne manque pas de charme. Caractérisé par son excellent solo de gratte, trituré par la pédale wah-wah, "Hell on me" est un blues imprimé sur un tempo enlevé. Et à la gratte, c’est loin d’être un manchot ! Coécrite en compagnie de Cyril Neville, "Pearl river" est certainement une des meilleurs compos de l’elpee, une plage qui baigne dans un climat blues/roots. Une chanson dramatique, bouleversante, qu’il interprète d’une voix empreinte d’une grande sensibilité. Blues boogie, "Dirty blonde" repose sur une section rythmique bien en place, permettant à Lewis de se libérer au piano, bientôt suivi par le saxophone et la guitare. Une gratte sèche balise "One step at a time", une chouette ballade signée Anders Osborne au cours de laquelle le saxophone épanche toute sa charge émotionnelle. "Substraction blues" communique d’excellentes vibrations. La guitare entre en transe pour le "Judgment day" de Gary Nicholson. Le public texan attend impatiemment son "Gone to Texas', la plage maître de son dernier opus. A l’issue de ce titre, le public est debout. Et en redemande. Mike revient d'abord seul, armé de sa sèche, pour attaquer le "Let your light shine on me" de Blind Willie Johnson. Ses musicos le rejoignent ensuite sur l’estrade et Mike sort son bottleneck pour jouer de la slide, le remarquable blues "Natural born lover". Et le long playing de s’achever par le tout aussi excellent "Texas flyer" de Freddy King.

Cinq plages du dvd ne figurent pas sur le cd, et trois du cd pas sur le dvd. Le support audio recèle deux ballades. Tout d’abord le "Little Red Corvette" de Prince, tiré du long playing "Today" de Zito, au cours duquel cordes acoustiques et sax sont bien mis en exergue. Puis le superbe "C'mon baby". Et enfin, "Rainbow bridge" un morceau qui rocke et rolle. Pour votre info soit complète, sachez que Zito vient de quitter Royal Southern Brotherhood pour se concentrer sur sa carrière personnelle.

 

dimanche, 09 novembre 2014 12:49

What kind of creature am I?

Toehider est une formation australienne, née en 2008. Son style ? Du prog/rock. Chanteur/compositeur, Mike Mills en est le leader. Le groupe avait publié un premier Ep en 2008, puis douze Eps entre 2009 et 2010 ; soit en moins d’une année. Et en 2011, il avait gravé son premier long playing, "To hide her".

"You and I both lose" ouvre l’elpee. Un titre complexe au cours duquel on a l’impression que le band veut nous en mettre plein les oreilles. Pas un seul moment pour souffler. Le batteur ne ménage pas sa peine. Les riffs de guitare sont puissants et la voix de Mills, plutôt proche de celle de Freddy Mercury, remplit le moindre espace libre. Mike se charge un peu de tout : du chant, de l’écriture, des guitares, des claviers, des drums, du bouzouki, de l'ukulélé, des arrangements, des prises de son, du mastering et bien sûr de la production. Et comme c’est souvent dans le cas, chez ce type d’artiste, il a tendance à en faire un peu trop. Cependant, il faut reconnaître qu’il déborde d’imagination. Et quand il parvient à mettre correctement ses idées en œuvre, il peut vraiment épater. A l’instar des arrangements grandioses opérés sur "Whatever makes you feel superior". Sauf que la voix trempée dans le heavy metal vient un peu gâcher le tout. "The thing with me" est une piste à la fois délirante, excentrique, curieuse et complexe. Les élucubrations se bousculent, sans la moindre relâche. Parfois, l'ombre de Frank Zappa se met à planer… Le titre maître bénéficie d’une intro prodigieuse. Mais les vocaux sont à nouveau difficiles à encaisser, comme si Mercury était sous amphétamines ; et pourtant la structure claviers/basse est digne de la quintessence de Yes. D’ailleurs, lorsque Mills parvient à contrôler sa muse, il est capable de concocter une excellente musique progressive, à l’instar de "Spoilt for chance" ou encore "Whoa!", plus Queen que nature dans la tonalité de l’instrumentation. Plus paisible, "Under the future, we bury the Past" est une excellente plage. Le futur se conjugue parfaitement aux claviers et le passé aux six cordes. Une piste empreinte, par ailleurs, d’une grande sensibilité. Epique, "Meet the Sloth" s’inspire manifestement de Jethro Tull, Mike empruntant même le timbre et les inflexions de Ian Anderson avant de glisser vers une atmosphère réminiscente de Yes. Et enfin, plus court, "Geese Lycan" émarge au Metal hardcore…

Heureusement, en tournée, Mills a recours à un backing group ; constitué en l’occurrence du guitariste Lachlan Barclay, du bassiste Amy Campbell et du drummer Ricky Evensand.

 

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