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Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mercredi, 13 août 2014 12:59

Turnaround blues

Entre Forrest McDonald et le blues, il y a une longue histoire d'amour. Né à Austin, au Texas, il s’installe sur la côte Est des USA, pas loin du site du Newport Jazz & Folk Festival, où se produisent des stars du folk et du rock ; et notamment Bob Dylan qui a alors troqué sa sèche contre une gratte électrique. Il y assiste et rencontre notamment Jimmy Page et Jeff Beck. Il rejoint alors le Boston Rock Symphony, un collectif de 11 musiciens impliquant James Montgomery, à l'harmonica. Début des 70s, il émigre vers Hollywood où il se forge une solide réputation et se lie à bon nombre d’artistes. En 1991, il met le cap sur Atlanta. A l'époque, il pousse les portes du célèbre studio Muscle Shoals et immortalise un solo de guitare qui figurera sur "Old time rock'n'roll ", le hit de Bob Seger. Il fonde ensuite son propre label, World Talent. Il acquiert de plus en plus de notoriété (NDR : tout comme son backing group) et enregistre album sur album. Il apporte alors de plus en plus souvent son concours à la chanteuse Kaylon Ward, devenue depuis Kaylon McDonald… "Turnaround blues" est paru en février dernier. Un disque pour lequel il a reçu le concours de plusieurs de ses anciens musiciens issus d’Atlanta.

Forrest compose et se réserve la guitare. Tony Carey se consacre aux claviers (NDR : au cours des 70’s il a milité chez Rainbow, le band de Ritchie Blackmore).

L'elpee s’ouvre par le titre maître. Pas une nouvelle compo, mais une plage qui remonte à 1972. Elle figurait dans le répertoire de Choker, un combo formé à Hull, dans le Massachussets. Ce shuffle est marqué par la puissance vocale d'Andrew Black. Jon Liebman brille à l’harmo sur "Checking on my baby", un Chicago blues saignant issu de la plume de Junior Wells. Black assure le lead vocal. Et sa voix passe bien la rampe. "River of tears" est un blues lent au bord du désespoir. Une piste bouleversante au cours de laquelle Carey double piano et orgue. Et ses interventions sont remarquables, alors que Forrest libère toute sa sensibilité sur les cordes. La cover du "Cross my heart" de Sonny Boy Williamson est excellente. La six cordes est inspirée, l'harmonica de Liebman puissant et généreux, l'orgue de Carey irréprochable. Issue de la plume de Forrest, "I'm a fool" remonte à 1969. Une ballade blues soul particulièrement mélodieuse que chante Andrew d’une voix passionnée et expressive. Superbes, les phrases dispensées par Forrest sont saturées de feeling ; et pourtant, on a l’impression qu’il en garde toujours sous la pédale. MacDonald est un adepte des tempos lents. Ecrit par James Cotton, "V8 Ford" trempe dans le pur Chicago blues. L'orgue Hammond densifie l’atmosphère, afin de bien mettre en exergue l’harmo lumineux et les accords parcimonieux de la gratte. Un blues de grande classe! La section rythmique pousse les solistes vers les sommets, tout au long de "Rock & roll by bye bye", un smoking blues bien nerveux. La voix particulièrement expressive d'Andrew souligne "Only love", un soul blues aux accents swing. Caractérisé par son exercice brillant aux cordes, "Woman across the ocean" est un Texas blues brûlant inspiré par Freddie King. Southern blues rock, "Funny thing baby" libère une fameuse énergie. Les accords de gratte sont légèrement country et lorgnent manifestement vers le regretté Toy Caldwell, un des ex-guitaristes du Marshall Tucker Band. "Now I know" baigne à nouveau dans le blues pur et dur. Et le duo MacDonald/Blackmore me rappelle celui que formait Jeff Beck et Rod Stewart sur "Blues De luxe" (NDR : une compo qui figurait sur le long playing "Truth, paru en 1968). "Stay or walk away" opère une petite incursion dans le country blues, une chouette ballade chantée par Darrell Cobb. Les deux dernières plages sont instrumentales. Proposées sous forme de jam, elles sont partagées en deux volets. Soit "Two for the money", Part 1 & 2, deux morceaux caractérisés par de très beaux dialogues entre orgue et guitare. Un excellent album!

 

mercredi, 13 août 2014 12:57

Wrapped up and ready

Mannish Boys, c'est la référence du blues band chez Delta Groove, le fameux label de Los Angeles. Un combo dont le style très contemporain, black and white, réunit musiciens noirs et blancs. En fait, les musicos sont des vétérans issus de la scène blues locale de la Cité des Anges. Le groupe avait publié un premier elpee pour cette écurie, en 2004. Il s’intitule "That represent man". Le line up implique toujours les guitaristes Kirk Fletcher et Frank ‘Paris Slim’ Goldwasser ainsi que l'harmoniciste Randy Chortkoff, soit le boss ! Sugaray Rayford se charge aujourd’hui des vocaux et le bassiste Willie J Campbell ainsi que le drummer Jimi Bott, de la section rythmique. De nombreux invités ont participé aux sessions d’enregistrement. Elles se sont déroulées en février dernier, au sein du studio Ardent, à Torrance.

Premier invité à se manifester, le gratteur Monster Mike Welsh (NDR : issu de Boston, il est âgé de 33 ans) ouvre l’elpee par son "I ain't sayin'". Sugaray se consacre aux vocaux et Fred Kaplan au piano. Et déjà, c'est de la dynamite ! Rayford récupère le micro pour "Everything's alright", un West Coast jump signé Roy Brown, auquel participe deux gratteurs. Tout d’abord le Français Nico Duportal. Ensuite, Kid Ramos, de retour après ses sérieux ennuis de santé ! Les interventions à la basse acoustique de Campbell et du saxophone de Ron Dziubla sont de véritables petits bonheurs. Franck Goldwasser chante son "Struggle in my hometown", un funky blues bien nerveux, parcouru par le piano électrique de Rich Wenzel et caractérisé par ses changements de tempo. Kim Wilson est souverain à l’harmo sur "Wrapped up and ready". Il soutient également la voix de Rayford. Son ami Kirk Fletcher s'éclate sur ses cordes avant de céder le relais à Wilson, qui se révèle toujours un véritable seigneur sur son instrument. Du blues 5 étoiles ! Dans ces conditions, pas facile au guest suivant d’embrayer. Et pourtant ! En invitant Steve Freund, Chortkoff savait que la qualité serait au rendez-vous. Et manifestement, "It was fun" est une superbe plage. La voix de Rayford est limpide et puissante ; mais l’art de la parcimonie cultivé par Freund est un pur enchantement ! Chicago blues classique, "I can always dream" laisse souffler ses hôtes. Les Boys y excellent. Paris Slim s’envole face à une section rythmique saturée de groove. "I idolize you" est une pépite issue de la plume d'Ike Turner. Candye Kane est aux vocaux. La diva a entraîné sa gratteuse, Lara Chavez, dans l’aventure. Kaplan siège derrière le piano et Wenzel, l'orgue Hammond, sur cette piste agitée par un rythme de rumba. Particulièrement en forme, Bill Stuve et Dave Kida, deux anciens Mighty Flyers de Rod Piazza, se chargent respectivement de la basse acoustique et des drums. La voix de Rayford est puissante tout au long du "You better watch yourself" de Robert Wilson, un morceau qu’illumine de sa présence le nouveau grand espoir de l'harmonica, Jacob ‘Walters’ Huffman. Ce disciple de Rod Piazza milite aujourd'hui chez les Forty Fours. Dziubla se réserve le saxophone, Kim Wilson l'harmonica et Mike Welsh les cordes sur "Something for nothing", un remarquable blues lent. Randy signe "Can't make a livin'". Il chante ce titre en compagnie d'une nouvelle perle locale, Trenda Fox. Et c’est Fletcher qui est préposé aux cordes. Steve Freund revient chanter son "The blues has made me whole", un Chicago shuffle, au cours duquel le interventions de gratte sont aussi sobres qu’efficaces. La marque de fabrique de son style ! "I have love" évolue sur le rythme du cheval au galop. Sugaray assure les vocaux sur cette piste écrite par Mike Welsh. Bob Corritore souffle dans son harmo et Monster Mike s’autorise une belle envolée. Kid Ramos semble avoir retrouvé la forme. Et il le démontre tout au long du "She belongs to me" de Magic Sam. Paris Slim chante encore son "Don't say you're sorry", une plage très percussive illustrée par une sortie remarquée à la slide. La finale est destinée à se faire et nous faire plaisir. Un hommage à l'inoubliable guitariste de blues blanc qui a sévi dans les sixties, Michael Bloomfield. Kirk Fletcher, Frank Goldwasser et Monster Mike Welsh se succèdent pour enrichir ce témoignage de leurs interventions à la guitare. "Wrapped up and ready" constitue manifestement une des meilleures plaques blues parues en 2014!

 

mercredi, 13 août 2014 12:56

Slam! Bam!

Le MacKenzie Blues Band nous vient du Canada. De l’Ontario, très exactement. Un combo qui a d'ailleurs décroché, en 2014, le Maple Blues Award 2014, comme ‘Best new artist’ (NDR ; il s’agit des Oscars du Blues canadien). Ce quatuor est drivé par un couple. En l’occurrence le guitariste Trevor MacKenzie et la chanteuse Tara MacKenzie. Le duo est soutenu par le bassiste Joel Dawson et le drummer Mike Weir. Le groupe avait publié un premier opus en 2012, "Black road revelation".

Etrange, mais cette œuvre s’ouvre par une brève intro a cappella, réunissant voix féminines et masculines. Une sorte de spiritual baptisé "Prelude". "Down with love" nous plonge ensuite immédiatement dans un univers plus blues rock. Sara se réserve le micro. Les différents instrumentistes mettent le nez à la fenêtre ; Rod Ramsey ou Rob McLean à l’harmo ou encore Drew McIvor à l'orgue, invités pour la circonstance. Sans oublier Trevor à la gratte. Plus enlevé "Sweet stuff" embraie. Une piste au cours de laquelle Trevor semble plus cool sur ses cordes. Les choses sérieuses ne font que commencer. Tara se livre à fond sur "Move on", un morceau plus complexe. Le lead vocal se libère totalement sur le superbe blues "Bone cage". Mike et Joel assurent le backing de leurs voix graves. Et cet échange en devient finalement hypnotique. Excellente piste, "Burned when you play with fire" baigne dans un climat dramatique. La voix de Tara, l'harmonica et les cordes acoustiques entretiennent cette ambiance, avant que Trevor ne s’autorise une sortie déjantée. Il est même particulièrement inspiré tout au long d’"On the other side" une ballade empreinte de tendresse et de charme ; même si parfois, saturé de feeling, la guitare est au bord de la rupture. Drew McIvor signe "Ain't tryin' to hide", une compo intimiste. Soul, la voix de Tara est claire et précise. Elle s’étale sur trois octaves et demie. Une faculté dont l’exercice s’assimile à un art. Les interventions d’orgue et de guitare sont parcimonieuses, mais empreintes d’une grande sensibilité et mélodieuses. "I feel the storm coming" est la plus longue plage du long playing. Elle s’étale sur plus de 8’. Un blues indolent au cours duquel la guitare de MacKenzie s’aventure dans le psychédélisme, un voyage à l’acide, réminiscent d’une certaine époque vécue par la cité magique de San Francisco. "Up! Up! Up!" se singularise par sa rythmique bien marquée et son tempo énergique, un morceau où se mêlent soul, gospel et rock et au cours duquel Tara nous invite à se secouer. Le funk dispensé tout au long de "Higher road" est tempéré. Les échanges opérés entre l'orgue Hammond et les cordes de Trevor évoquent les débuts de Santana. Mais sans les percus. Nuance qui a son importance. Tara chante d’un timbre voluptueux "Spiritual power", un excellent soul blues. Sa voix pénètre intimement dans les accords de gratte, une voix généreuse, raffinée, respectueuse et tout simplement belle, qui monte progressivement en puissance. Cet elpee s’apprécie au fil de l’écoute. Enfin, il faut épingler le graphisme de la pochette réalisée à la manière d'une bande filmée.

 

mercredi, 13 août 2014 12:55

Latenighters under a full moon

Guitariste et producteur, Berdon Kirksaether est de nationalité norvégienne. Un vétéran du blues local. En 1989, il militait chez CIA, un groupe de blues et R&B, célèbre dans son pays. Il tente alors quelques projets plus personnels, publiant notamment, dans cet esprit, l’elpee "Ray of light", en 2010. Il se produit alors en compagnie de Twang Bar Kings, un combo qui implique des musiciens de CIA. Et en 2011, le band grave "Blues", puis en 2013, "Latenighters under a full moon", un disque qui vient seulement d’être distribué sur le reste du Vieux Continent. Lors des sessions d’enregistrement Berdon a reçu le concours d’une section rythmique particulièrement efficace, soit le drummer Olaf Olsen et le bassiste Stein Tumert. Mais également de quelques invités, qui interviennent au gré des plages.

Berdon est un gratteur qui privilégie l’esthétisme. Cet opus est d'ailleurs exclusivement instrumental, et poursuit un thème défini par l'artiste. Trois noctambules sont sortis durant la nuit du samedi au dimanche. Il y décrit tous les états d’âme susceptibles de se succéder : la mise en route, les émotions, la visite des bars, les boissons, la drague et les tensions qui s'en suivent suite à la consommation d'alcool, avant que le trio ne rentre à la maison, sous les dernières lueurs de la pleine lune!

"Go cat go" évoque le départ des noceurs dans une ambiance jazz et swing, au cours duquel l'orgue Hammond de Leo Volski et la guitare dialoguent. Une guitare qui flirte entre blues, rock et jazz. Jazz et rock fusionnent tout au long de "Cool cats on the move", une plage au cours de laquelle les percus d'Olaf Olsen secondent judicieusement la gratte créative. Cordes et orgue Hammond rivalisent de brio sur "Conrad's bar bounty", un bel exercice de style assez proche de l’univers imaginé par Ronnie Earl. Plus cool, teinté d’exotisme, "Rendezvous" adopte un profil blues, susceptible de rappeler le Fleetwood Mac de Peter Green, en fin de parcours. Caractérisé par ses intonations jazz, "Jumping the night away" nous entraîne dans un jump blues, une piste illuminée par les interventions de la guitare. L'ambiance s'échauffe. Les prémices de l'enivrement se précisent. Déjantées, hendrixiennes, les cordes secouent "Midnight haze". "Another one going down" nous baigne au sein d’une atmosphère intimiste, vulnérable, fugitive. Des frémissements latino contaminent ce cool jazz. "Take it away - Takeaway" nous gratifie d’une jam canalisée par une rythmique répétitive. Les cordes de guitare sont sculptées dans le jazz rock, alors que totalement free, le saxophone brode la toile de fond ! "Pitstop by the river" nous entraîne progressivement au sein d’un climat différent. La torpeur est palpable. Avant que la gratte ne décide de poursuivre son périple, tout en douceur, face aux interventions très contemporaines du sax d'Oyvind Sorby. Le chemin du retour est tracé par "Walk and you feet will follow", une piste jazzyfiante, chargée de swing, balisée par les cordes, et relayée par les ivoires de Leo Volski. Le morceau final est une nouvelle jam. Il s’agit également du titre maître. C’est la fin de la nuit. Une période qui semble tirer en longueur, malgré les derniers soubresauts bluesy, aventureux, de la guitare, et les interventions tant du saxophone que du piano électrique…

 

mercredi, 13 août 2014 12:53

Europe Live

Texan, Eric Johnson est chanteur, guitariste et compositeur. Respecté au sein du milieu musical, il vient à peine de fêter ses 60 ans. Il se distingue d’ailleurs tant dans le rock, le blues, le jazz ou la fusion, styles qu’il affectionne. Ses influences sont particulièrement diversifiées : depuis Jimi Hendrix à Mike Bloomfield, en passant par Chet Atkins, Wes Montgomery et Django Reinhardt. Après avoir opéré ses débuts au sein d’obscures formations (NDR : Mariani, un combo de psyché/rock qui a sévi à Austin, et Electromagnets, plutôt branché sur le jazz rock), il acquiert une certaine notoriété en publiant un premier elpee solo, intitulé "Ah Via Musicom", en 1990. Depuis, il a gravé une multitude de cd et de dvd, œuvres qui ont chaque fois été couronnées de succès. En 1996, il tourne en compagnie de G3. Il y retrouve deux autres gratteurs exceptionnels, Joe Satriani et Steve Vai. "Europe Live" a été enregistré lors de son dernier périple accompli sur le Vieux Continent. Immortalisant tout particulièrement celui accordé au Melkweg d'Amsterdam, ainsi que l’un ou l’autre set prodigué en Allemagne et en France! En ‘live’, le trio est soutenu par le drummer Wayne Salzmann et le bassiste Chris Maresh.

Après une courte "Intro", histoire d’entrer dans le bain, "Zenland" ouvre véritablement l’elpee. Une compo qui nous rappelle une certaine époque de Dire Straits. Rythmiques, les accords sont assez proches de ceux dispensés par Mark Knopfler. Néanmoins, pas de doute,  Johnson est un brillant guitariste. Et s’il puise son inspiration au sein d’un éventail de références plutôt large, il possède son style et sa technique. Sa dextérité lui permet de se lancer dans des structures complexes, et sa vitesse d'exécution en impose. Il vit à "Austin". C’est le titre d’une des plages de l’LP. L’une des rares chantées sur ce témoignage live ; une compo caractérisée par une ligne mélodique assez captivante. Autre plage impliquant des vocaux : "Forty mile town". Elle est préfacée par des cordes réminiscentes de Yes ; même le chant évoque Jon Anderson. John Coltrane signe "Mr P.C", un exercice de style de plus de 10’. Et tout au long de cette piste sculptée dans un jazz moderne assez complexe, laissant libre cours à l'improvisation, Johnson étale toute sa virtuosité. Ce qui n’empêche pas Maresh et Salzmann de mettre leur talent en exergue, sur leurs instruments respectifs. "Manhattan" baigne dans un océan de douceur. A contrario, "Zap" se révèle bien plus dynamique. Johnson se divertit à l’aide de ses riffs hards. Chris Maresh dévoile tout son potentiel sur la basse alors que Salzmann martyrise l’ensemble des éléments de sa batterie. "Song for life " est un  intermède acoustique. Quoique nerveux, "Fat Daddy" adopte une nouvelle fois le style rythmique de Mark Knopfler, un morceau parcouru de brillantes envolées psychédéliques. Plus surprenant, Eric s’autorise un blues shuffle puissant, "Last house on the block", une piste qui adresse un clin d’œil appuyé à son regretté concitoyen, Stevie Ray Vaughan. Il nous réserve "Cliffs of Dover", un succès récolté en son temps! Boogie, "Evinride fever" est propice à d'autres exercices de haute voltige. Et cet opus ‘live’ de bonne facture, s’achève par "Sun reprise".

 

mercredi, 13 août 2014 12:51

A real fine mess

Issu de Vancouver, ce duo réunit l’harmoniciste Shawn Hall et le gratteur Matthew Rogers. Les deux Canadiens se sont rencontrés en 2006 et ont alors découvert qu’ils partageaient de mêmes affinités musicales. Ils décident donc de s’associer, afin de pratiquer du folk et du blues. Et au fil du temps, s’intéressent au blues électrique. Ils publient "The blues can kill", un elpee autoproduit, en 2007, l’éponyme "The harpoonist and the Axe murderer", en 2008, et "Checkered past", en 2012. Shawn et Matthew signent l’ensemble de leur répertoire.

Sur ce nouvel opus, Shawn chante et souffle dans son harmonica. Matthew se réserve la guitare, la basse, les pecus au pied et circonstanciellement des claviers. Pour concocter ce long playing, ils ont reçu le concours de musiciens locaux ; et notamment l’organiste Tom Heuckendorff, une section de cuivres ainsi que des chœurs

"Black and blues" est amorcé par des accords rythmiques. Douce, contagieuse, troublante, la voix de Shawn concède des intonations quasi-enfantines. Pourtant, la structure de la composition est plutôt complexe. L'harmonica sort enfin de sa tanière. Mélodieuses, ses interventions séduisent face aux rythmes fiévreux développés par les cordes acoustiques. Une guitare à la coloration particulièrement blues introduit "Do watcha", une piste paradoxalement conventionnelle et personnelle. La voix frêle et douce envoûte, alors que guitare et harmonica tissent une trame hypnotique. "Ter for two" baigne au sein d’une ambiance funky. Matthew double guitare et basse, alors que choristes soutiennent Hill. Diligente, la rythmique épouse un format rock, tout au long de "Mama's in the backseat". Shawn y souffle parfaitement, dans un style toujours aussi singulier. "Closer to death" baigne au sein d’un climat oriental et exotique, une plage curieuse, funkysante, enrichie par les interventions de Heuckendorff à l’orgue Hammond. Imprimé sur un mid tempo, "Feel me now" concède des intonations pop. A cause de la voix. Et puis du sens mélodique. Un morceau enrichi de chœurs et de cuivres. La musique pratiquée par le duo est vraiment originale. Pas facile de lui coller une étiquette. Bien sûr la voix est douce, mais particulièrement expressive. Et puis les interventions à l’harmo sortent tout à fait de l’ordinaire. Le titre le plus singulier est certainement "Don't make 'em like they used to". En général les plages sont assez brèves. Ou plus exactement ne tirent jamais en longueur. "My paradise" trempe dans la soul. Un morceau sobre, léger, au cours duquel la voix, qui s’intègre dans les chœurs féminins, semble dans son élément. Des vocaux qui se rencontrent sur un subtil Bo Diddley beat, lors d’"In and out of love". Le duo apprécie le soul funk percussif. Invitation à se secouer, Sweat this pain" en est une belle illustration. Les vocaux trament habilement "Cry a little", une piste au cours de laquelle la guitare met le nez à la fenêtre, sur un riff qui se répète à l'infini. "In the end" adopte la cadence du galop afin de créer une ambiance boogie, que colore de country blues, l’harmonica. "Act your age" bénéficie d’excellents effets rythmiques et sonores. Dommage que le duo n’ait pas mieux exploité ce créneau. Car, finalement, leur pop explorée tout au long d’« A real fine mess » est fort semblable à celle dispensée aujourd’hui par les Black Keys. Quant à la finale, "A real fine noise", elle constitue la synthèse parfaite du style exécuté par le tandem canadien...

 

mercredi, 13 août 2014 12:49

Trouble at your door

Agé de 43 ans, Alastair Greene est chanteur et guitariste. Il est issu de Santa Barbara, en Californie. Avant d’opter pour la gratte, il a appris à jouer du piano et du saxophone. Des études qu’il a accomplies au ‘Berklee College of Music’ de Boston. Lorsqu’il revient en Californie, début des nineties, il opte pour le rock et le blues. Il fonde l'Alastair Greene Band en 1997 ; une aventure toujours en cours qui lui a permis de publier cinq elpees à ce jour : "A little wiser" en 2002, "Live in L.A" en 2003, "Walking in circles" en 2009, "Through the rain" en 2011, un disque au profil hard rock, et "Now and again", une compilation réunissant 15 titres partagés entre standards et inédits, en 2013. Particulièrement ouvert à la création musicale, Greene a réussi à s’attirer la sympathie d’Alan Parsons, le leader de l’A.P. Project (NDR : c’est également lui qui avait assuré le rôle d’ingénieur du son pour l’album de Pink Floyd, "Dark side of the moon"). Alastair participe ainsi à la confection du long playing de Parsons, "A valid path", en 2004. Il intègre même le touring band d'Alan, dès 2010, en compagnie duquel il continue de se produire ! Enfin Greene a également apporté sa collaboration, en studio, mais également, en tournée, à de célèbres musiciens comme le batteur Aynsley Dunbar, le guitariste français François Goldwasser et l'harmoniciste californien Mitch Kashmar. En janvier 2014, il signe sur le label blues Delta Groove, et plus précisément sur sa branche plus rock, Eclecto Groove. Greene adore se produire en trio. Pour la circonstance, il est soutenu par le bassiste Jim Rankin et le drummer Austin Beede. Une formule power blues/rock que l'AGB explore à la perfection.

"People" nous plonge dans l’univers déterminé et dynamique de l’AGB. Alastair est le seul soliste. Et il en est conscient. Il intègre parfaitement les interventions à la slide, sur cette plage. La machine est bien huilée. Le trio manifeste une efficacité redoutable. Le titre maître me rappelle un autre trio texan. Vous vous en doutez, le ZZ Top. "Back where I belong" nous embarque dans un boogie. La section rythmique est solide et puissante. Insatiable, Alastair fait vibrer son doigt d'acier. Une envie irrésistible à se secouer vous envahit. "Red wine woman" est un interlude roots. Seul, armé de sa guitare Resonator, Greene nous plonge dans le delta blues! Blues/rock direct et musclé, "First born son" constitue une belle rampe de lancement pour un décollage aux cordes. "Love you so bad" est bien plus enlevé. Malgré le tempo, la guitare tient parfaitement la route. Elle se révèle même aventureuse, tout au long de ce blues inspiré par le Delta, tout en évoluant à un rythme de locomotive lancée à toute vapeur sur les rails. Menaçant, "Last train around the sun" est à nouveau hanté par ZZ Top. Les riffs sont déterminés et les chapelets de notes bien senties. Excellent! "Calling for you" change totalement de style. Une plage indolente, introduite par les interventions à l’orgue Hammond d'Erik Norlander. Une compo dont le profil prog est accentué par les accès de gratte discrets mais réverbérés, injectés un peu à la manière d’un David Gilmour. Sean McCue chante en harmonie "Make the devil's day", une piste qui opère un retour au rockin' blues, s’autorisant même un envol aux cordes totalement suranné. Une seule reprise : le "Strange feeling" du regretté Michael Burks, un titre au cours duquel l’aspect dramatique est fort bien restitué! De toute bonne facture, ce long playing s’achève par "The sweetest honey", un brûlot imprimé tout simplement sur un tempo rocker, mais tellement efficace…

 

mercredi, 13 août 2014 12:46

Hometown

Né à Lens, Vincent Bucher est un harmoniciste de blues. Il est âgé de 52 ans. Au cours de sa carrière, il a toujours privilégié les collaborations. Et notamment auprès de Charlélie Couture ; mais également de musiciens africains, comme le Malgache Tao Ravao ou le Malien Lobi Traoré. Il reconnaît pour première influence, Sugar Blue. Il a produit les deux derniers elpees de Matthew Skoller, un harmoniciste blanc dont il est devenu l’ami. Son dernier opus remonte à 2013. Il s’intitule "Vazo". Lors des sessions d’enregistrement, il avait reçu le concours d’un des ses potes, qu’il fréquente depuis plus de 30 ans ; en l’occurrence le multi-instrumentiste malgache, Tao.

"Cheers & Handshakes" évolue sur un tempo soutenu. Pas très puissante, la voix de Vincent est souple. Il nous réserve rapidement une belle sortie sur son harmonica, avant de céder le relais à la guitare de Jérémie Tepper. Sur sa musique à bouche, Vincent dispense des tonalités très personnelles et profondes. Il le démontre sur "The other way around", une piste aux accents country. Mais également sur "Hometown". Une superbe compo qu’il chante d’un timbre empreint d’une grande sensibilité. Il privilégie les plages qui conjuguent simplicité et douceur. A l’instar de "Spare time", une ballade plutôt folk, malgré les interventions de l’orgue ‘vintage’ dispensées par Slim Batteux. Ou du plus intimiste "I'm gone", une plage à la fois belle et dépouillée. Bucher laisse libre cours à son inspiration tout au long de "The 14th jump", un titre au cours duquel il étale toute sa technique. Parfois on ressent également ses influences africaines et caribéennes, dans ses compos. A l’instar d’"I'm buying time", dynamisé par les percussions exotiques de Danny Montgomery et parcouru par le dobro de Tepper. Ou lors du titre final, le bouleversant "Once in a while". Blues boogie, "Don't leave the table" est imprimé sur un tempo nerveux. Un réveil bien tardif ! Avant que l’opus ne replonge dans un climat exotique…

 

mercredi, 13 août 2014 12:44

Handle the curves

Kaye Bohler vit dans la baie de San Fransico. Une chanteuse qui ne manque certainement pas de tonus. La silhouette longiligne, les jambes bien galbées et les formes généreuses, la chevelure abondante, blonde et bouclée, elle brille aussi bien dans le blues, le R&B, la soul, le funk, le jazz que le rock. Elle affiche déjà une belle expérience. Et pour cause, elle sillonne les scènes mondiales depuis plus d’un quart de siècle. Elle est parfois surnommée la ‘Tina Turner’ blanche. Elle chante, compose et drive son propre groupe.

Après avoir gravé "Men and music" en 2000, "Live at Moe's Alley en 2003" et "Like a flower" en 2009, elle nous propose son 4ème elpee. Elle signe les 10 plages de "Handle the curves". Pour enregistrer cet opus, elle a reçu le concours d’excellents musiciens. Pete Anderson, son producteur, se charge des parties de guitare. Pas un néophyte, puisqu’il a notamment bossé pour Dwight Yoakam, Flaco Jimenez, Lucinda Williams ou encore Jackson Brown.

"Doggin' on my man" ouvre l’elpee. Un solide r&b au cours duquel la voix de Kaye se révèle naturellement autoritaire. Les cuivres impriment le tempo, alors qu’Anderson égrène d'excellentes notes funky, sur ses cordes. Sauvages, les attaques de la Lady rappellent incontestablement Tina Turner. "The way I do business" est une compo bien rythmée, un West Coast boogie blues parfaitement balisé par la section rythmique. Pete Anderson se réserve une excellente sortie, au sein d’un univers sonore coloré par les cuivres et les accords de piano dispensés par Michael Murphy. Après la jolie ballade soul "Bubble gum", place au titre maître, "Handle with curves". Cuivres, orgue et arrangements de cordes alimentent ce soul blues lent, une piste au cours de laquelle Kelly Back, un musicien de studio issu de Nashville, tire son épingle du jeu aux cordes. Des chœurs féminins et les cordes d'Anderson envahissent "Backbone", une piste contaminée par un soupçon de funk. "Party time" évolue sur un rythme dansant. On a vraiment envie de se bouger les fesses. Les musicos sont particulièrement en verve ; et en particulier Pete, qui se réserve bien sûr la guitare. Kaye Bohler est avant tout vocaliste. Et elle se révèle vraiment à l’aise lorsqu’elle aborde la soul et le r&b. Lors de compos imprimées sur un mid tempo. Moment le plus opportun pour montrer toute l’étendue de son talent. A l’instar de "Stayed", plage au cours de laquelle le notoire Ron Dziubla s’autorise un envol sur son saxophone ténor. Et dans l’univers du blues, elle ne se débrouille pas trop mal non plus. Comme sur "It's the blues", un morceau réminiscent de Muddy Waters. Tant le tempo que le riff de guitare. Toujours aussi enlevé (NDR : est-ce du blues ou du r&b ?), Family is found" évoque une nouvelle fois Tina Turner, une piste au cours de laquelle Dziubla brille sur saxophone. "Don't take my hope away" clôt l’elpee. Un Memphis R&B lent, émouvant, bien mis en valeur par les interventions à l'orgue Hammond de Murphy…

 

mercredi, 13 août 2014 12:43

Lonesome ghosts

Blue Moon Marquee est un duo canadien. Originaire des Montagnes Rocheuses, près d'Alberta plus précisément, il est considéré comme un gypsy blues band. Le duo réunit le guitariste A.W. Cardinal et Jasmine Colette, une charmante dame commise à la (lourde) contrebasse. Mais également aux drums, un mini kit qu’elle actionne à l’aide de ses pieds. Les deux musiciens se partagent le chant. Ils puisent leurs racines musicales dans un passé lointain. Depuis Lonnie Johnson à Charley Patton, en passant par Django Reinhardt. Après avoir beaucoup bourlingué, A.W. décide de s’établir dans l’Ouest canadien. Il grave alors l’album "Stainless steel heart", en 2012. Il rencontre ensuite Jasmin. Rapidement, le couple décide de faire vie musicale commune. Blue Moon Marquee vient de naître… Pour concocter "Lonesome ghosts", la paire a reçu le concours de quelques invités, dont Mal Temple et Kenton Loewen, tour à tour préposés à la batterie, et circonstanciellement d’un claviériste et d’un violoniste. Cardinal signe la majorité du répertoire.

"What I wouldn't do" est un blues teinté de jazz. Les accords dispensés par Jasmin à la contrebasse sont très alertes. Ceux du piano, assurés par Simon Kendall, complètent parfaitement l’ensemble. Manouche, "Pipeliner blues" accroche instantanément l’oreille. Tout en s’intégrant à l’ensemble, le violon de Cameron Wilson rappelle les bonnes vibrations produites naguère, par le Quintette du Hot Club de France, lorsque Stéphane Grapelli donnait la réplique à Django Reinhardt. "Trouble's callin'" libère un swing naturel, une plage que chante A.W. chante d'une voix volontairement fatiguée, alors que Nathan Shubert se consacre aux ivoires. "Scotch Whiskey » trempe dans un Gypsy blues dynamique. Cardinal semble très inspiré à la gratte électrique, alors que Kendall double impeccablement au piano et à l’orgue Hammond ! Et ce dernier remet le couvert sur l’excellent blues "In the henhouse". La voix douce et séduisante de Jasmine rejoint celle de son partenaire sur "Bishop street", une piste qui allie simplicité et élégance. Cameron Wilson dispense ses interventions slaves, envoûtantes, tout au long du judicieusement intitulé "Gypsy's life". Le duo vit passionnément son blues, tout au long de "Sugar dime". Et en finale, les deux acteurs du Blue Moon Marquee se réservent encore le titre maître, "Lonesome ghosts", des fantômes solitaires qui peuvent tant nous apporter…

 

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