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Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

vendredi, 05 septembre 2014 20:51

Hypnotic Eye

Tom Petty fêtera bientôt ses 64 balais ; et il a toujours bon pied bon œil. Acteur populaire de la musique rock américaine depuis plusieurs décennies, ce chanteur/guitariste floridien avait fondé ses Heartbreakers, au cœur des années 70. Le combo publie son premier elpee en 1976. Il est éponyme. Et déjà on détecte chez l’artiste de réels talents d'écriture. Le long playing recèle d’ailleurs déjà deux hits, "American girl" et "Breakdown". La route est alors tracée et elle nous mène jusqu'aujourd'hui. En 1988, il tentera toutefois une aventure en solo, au cours de laquelle il grave « Full Moon Fever » (NDR : ses deux autres LPs en solitaire, il va les enregistrer en parallèle). Et puis il ne faut pas oublier sa fameuse parenthèse vécue au sein du super groupe Traveling Wilburys, entre 1988 et 1990, en compagnie de Jeff Lynne, Bob Dylan, George Harrison et Roy Orbison, qui accouchera de deux long playings.

Le plus remarquable dans l’histoire des Heartbreakers, c’est la fidélité des musicos à leur leader. Après presque 40 années d’aventure, on retrouve pratiquement les mêmes musicos au sein du line up. Et tout particulièrement le guitariste Mike Campbell et le claviériste Benmont Tench. Leur dernier opus "Mojo", remonte quand même à 2010.

"Hypnotic Eye" constitue le 13ème elpee studio de la formation. La formule n'a pas vraiment changé, puisqu’on y retrouve ce rock mélodique si caractéristique, souvent teinté d’accents pop, et subtilement nourri aux racines américaines, comme le blues.

Très rythmique, "American dream plan B" ouvre la plaque sur un bon riff de guitare. La voix du leader est toujours aussi nasillarde. Campbell, Petty et Scott Thurston entretiennent une excellente combinaison entre cordes acoustiques et électriques. Tout est parfaitement en place pour cette superbe entrée en matière. La section rythmique (Ron Blair à la basse et Steve Ferrone aux drums) introduit "Fault lines". Le tempo est soutenu mais bien cadencé ; les guitares sont bien présentes et à l'offensive. "Red river", c’est du Petty pur jus ! Un titre captivant, sculpté dans le pop/rock. Les claviers de Tench dominent "Full grown boy", une ballade légère et pétillante. Plus classique, "All you can carry" est investi par les cordes de Campbell. Des accents blues ouvrent "Power drunk". On pense inévitablement à ZZ Top ; même la rythmique évoque le trio texan. Mais c’est la voix de Petty qui apporte la coloration personnelle à cette compo. Nerveux, "Forgotten man" ne manque pas sa cible : c’est un hit potentiel ! Excellent ! Autre ballade, "Sins of my mouth" est une chanson empreinte de douceur et de mélancolie. "U get me high" emprunte un riff de guitare stonien, mais épuré de toute âpreté. L’orgue tapisse l’ensemble avant qu’une gratte dissonante et acide ne vienne s’y immiscer. On épinglera sur ce titre, le remarquable travail de mise en forme. "Mojo", le précédent opus, était fondamentalement blues. Et le résultat était tout à fait remarquable. Structuré comme un boogie, "Burnt out town" lorgne vers les Doors. Thurston souffle dans son harmonica alors que Tench siège derrière le piano. Et bien évidemment, c’est la plage que je préfère. De toute bonne facture, ce long playing s’achève par "Shadow people", encore une solide composition qui permet à Mike Campbell de s’autoriser un dernier envol…

 

vendredi, 05 septembre 2014 20:50

Lighthouse

Lighthouse est une formation suédoise drivée par le couple Mats et Linda Brandemark. Avant de se marier, cette dernière avait déjà publié quatre elpees solo. Sous son nom de jeune fille, Malmström, bien sûr. Lui en avait déjà enregistré plusieurs, en compagnie de groupes différents ; et notamment Big Road, Mobben ainsi que Fool & Friends.

Il s’agit donc du premier opus des époux ; une œuvre dont la musique semble venir des States. Et pour cause, elle baigne au sein d’un americana teinté de rock ou de pop, mais particulièrement mélodique.

"Passing me by", morceau qui ouvre le disque, adopte parfaitement ce profil, une plage au cours de laquelle Johan von Felitzen double à la gratte et aux claviers. Faut dire qu’il assure l’essentiel des parties instrumentales. "As good as it gets" maintient le cap. Les arrangements vocaux sont soignés et la guitare se révèle audacieuse. Johan se réserve les claviers et le banjo sur "Darkness (hides behind the sun)", une piste aux accents roots qui mêle folk, country et pop. Il est encore préposé aux cordes et aux claviers sur l’excellent "Struck by lightning", un titre particulièrement mélodieux que chantent Mats et Linda d’une voix très expressive. Ballade folk, "No U-turn" est alimentée par de la mandoline, du bouzouki, de la steel et deux harmonicas. La voix de Linda est limpide tout au long de Queen of hearts", une autre ballade enrichie par les interventions de mandoline, violoncelle (synthétisé par le clavier de Johan), cordes acoustiques et électriques. A la fois riche et harmonieux, "Inside out" illustre leur art à présenter une composition. Sur "Take me back", Linda me rappelle la manière de chanter de la regrettée Sandy Denny, lorsqu’elle militait chez le combo de folk insulaire, Fairport Convention. Plus pop, le délicieux "Got to run free" marche sur les traces de Blondie. La voix de Mats colle parfaitement aux compos americana ; à l’instar de "Loveride". Linda est seule au micro pour attaquer "Memories", une dernière chanson country, parcourue par la lap steel envoûtante de Peter Lindberg.

 

vendredi, 05 septembre 2014 20:48

Terms of my surrender

Originaire d’Indianapolis, cet auteur/compositeur/interprète jouit d’une fameuse notoriété dans l’univers de l’americana. Et dans ses racines, il a bien intégré des ingrédients folk, blues, country et rock. Agé de 62 ans, sa carrière est bien remplie. Dès 1973, il signe un contrat chez Epic, mais ne rencontre guère de succès. Il passe successivement chez MCA et Geffen. Il écrit pour Rosanne Cash, la fille de Johnny. Ils enregistrent en duo, "The way we make a broken heart". Il change à nouveau de label et atterrit chez A&M. En 1987, il publie "Bring the family", elpee pour lequel il reçoit le concours de Ry Cooder, Nick Lowe et Jim Keltner. En 1992, cette même équipe décide de monter un nouveau projet, qu’elle baptise Little Village. Le quatuor grave un opus éponyme, part en tournée et puis se sépare. Depuis, John a repris son chemin sous son propre nom, nous réservant régulièrement ses œuvres. Ce qui lui a permis, au passage, de décrocher quelques awards. Il a composé pour de nombreuses stars : Bob Dylan, Bonnie Raitt, BB King, Eric Clapton, Emmylou Harris, Iggy Pop, etc.

Paru en 2012, son "Mystic pinball" m’avait bien plu. "Terms of my surrender" constitue son 22ème opus studio. Hiatt y plonge ses racines dans le blues acoustique. Un disque dont la mise en forme a été réalisée par son fidèle guitariste, Doug Lancio. Lors des sessions il a bénéficié de la participation de son backing group, The Combo ; en l’occurrence Lancio, Nathan Gehri, Kenneth Blevins et Brandon Young. John est un conteur ; ses onze compositions relatent les événements de la vie et ses expériences personnelles.

"Long time coming" s’ouvre sous la forme d’une ballade acoustique, avant que la guitare amplifiée de Lancio et l'orgue de John Coleman ne viennent apporter une nouvelle dimension à la compo ; un titre dont la beauté et la sérénité sont entretenues par la voix ténébreuse et grave de l’artiste. John chante sur un ton dramatique "Face of god ", un blues à l'ancienne ; il sort même son vieil harmonica de sa poche pour y souffler. De sa voix rauque, il interprète "Marlene", une autre ballade country/folk, mais entraînante, une chanson d’amour au cours de laquelle la pedal steel accentue le sentiment de mélancolie. Lancio apporte une touche de bluegrass à "Wind don't have to hurry", en introduisant le morceau par du banjo, alors que des chœurs féminins enrobent la voix profonde de John, afin de communiquer une certaine intensité dramatique à cette plage. Mandoline et guitare slide alimentent "Nobody knows his name", une superbe ballade sculptée dans le blues. Autre blues, "Baby's gonna kick" bénéficie d’excellents arrangements. A l’agonie, l’harmo pousse quelques cris, bientôt rejoint par les cordes électriques de Lancio. De son timbre de baryton, Hiatt déclame à la manière de John Lee Hooker, le blues particulièrement dépouillé "Nothin' I love", avant d’autoriser une sortie déterminante à la guitare. "Terms of my surrender" est une ballade indolente, cool. D’un ton désabusé, las, il interprète le blues "Here to stay". "Old people" trempe toujours dans le blues, une compo dont la mélodie est remarquablement tramée par la conjugaison des voix. Et l’opus de s’achever par le brillant "Come back home".

 

vendredi, 22 août 2014 10:19

Full moon night in Memphis

Ce chanteur/guitariste nous vient de Floride. Il s’est intéressé à de multiples styles avant de se forger le sien. Du blues tout d’abord. Dont Muddy Waters et Guitar Slim. Du jazz. Notamment Django Reinhardt et Wes Montgomery. Et enfin du métal. En l’occurrence Black Sabbath et Slayer. Excusez du peu! Il joue sur une Epiphone, mais également, une guitare cigar-box maison à deux cordes.

En 2009, à la tête de son trio, baptisé les Red Hots, il décroche le réputé International Blues Challenge de Memphis. Il remporte aussi l'Albert King Award, comme meilleur nouveau guitariste. En 2011, il publie son premier album, "Back of my mind", et embraie l'année suivante par "More bees with honey". Il rejoint ensuite le gratteur Damon Fowler et le claviériste Victor Wainwright pour participer à l’aventure du super groupe floridien Southern Hospitality. Le band grave "Easy Livin'", chez Blind Pig, en 2013. La même année, il immortalise sa tournée européenne, qu’il accomplit en compagnie de ses Red Hots, "Live from the Netherlands". Il apporte encore sa participation à l’ex-Nighthawks Jimmy Thackery, pour un autre opus ‘live’, "As live as it gets".

"Full moon night in Memphis" constitue donc son premier elpee solo, un disque dont les sessions se sont déroulées au Studio 13 de Jeremy Staska, à Fort Lauderdale. JP et Staska, plus souvent impliqué dans la mise en forme d’albums de groupes de hardcore et de métal, coproduisent le long playing. Qui réunit 14 plages dont treize sont signées par JP. Pour la circonstance, il a reçu le concours de son backing group, soit le drummer Chris Peet et le bassiste Todd Edmunds. Mais également d’une belle brochette d’invités.

La guitare largement amplifiée introduit "Full moon night in Memphis". Les cordes sont même menaçantes. La voix de JP s’impose instantanément. Puissante, impressionnante, elle est ensuite rejointe par l'harmonica du redoutable Brandon Santini, un souffleur dont la réputation ne fait que croître. Solides, les riffs de grattes dialoguent et accrochent tout au long de "Back to broke", un funk caractérisé par les interventions vocales élimées, reflet de leur vécu… Volontiers cool et indolent, "Make no sense" adoucit le tempo. La voix profonde et les cordes échangent leur point de vue. JP double à la basse qui épouse les percussions de Raul Hernandez sur "Somethin' ain't right", un blues rock plutôt âpre. Les percussions exotiques de Chris Peet et surtout la guitare réverbérée tirent leur épingle du jeu sur la superbe reprise de "Mean old world" (NDR : attribué ici à T Bone Walker). Caverneuse et charismatique, la voix rappelle le légendaire Howlin' Wolf. JP est rejoint par un autre gratteur, Steve Laudicina, pour "Savin' all my lovin'", blues indolent propice à un excellent duel entre les deux musicos. Steve participe régulièrement aux tournées de la formation. "Reefer man" est un tube décroché jadis par Cab Calloway. La version déménage dans un style pas tellement éloigné du western swing et du dixieland. D’ailleurs, Scott Ankrom au saxophone et Chaim Rubinov à la trompette sont à la fête. "Way back home" adopte un tempo répétitif et hypnotique. Les sonorités dispensées par la cigar box sont lancinantes, primaires et métalliques. Bref, on replonge dans l’univers de Howlin' Wolf. Du jazz manouche amorce "The back room", avant de se muer en funk sous l’impulsion de l'orgue Hammond dispensé par Mark Leach (Buddy Miles Express). "Thorn in my side" est une ballade R&B un peu particulière. Très roots, mais dans l’esprit de Soars, elle s’illustre par une texture de cordes à la fois surprenantes et tellement belles. Encore une ballade : "Viper". Des cordes acoustiques réverbèrent des sonorités gypsy. La clarinette de Scott Ankrom et la trompette s’incrustent dans l’ensemble. Mais cette voix venant d'outre-tombe refait surface. JP se réserve la lap steel, Santini l'harmonica, et la Texane Teresa James (NDR : encore une guest !) le chant sur la piste particulièrement country, "The road has got me down". "Lil' Mamacita" baigne dans une ambiance hispanisante et enflammée ; à cause des sèches flamenco et des percus de Hernandez. Surprenant, cet opus s’achève dans le jump. "Missin' your kissin'" est éclaboussé par le brio du saxophoniste Terry Hanck, alors que les cordes entrent en folie. Excellent!

 

vendredi, 22 août 2014 10:17

The Alabama sessions (Ep)

Son père était d’origine calabraise. Elle est née à Newtown, en Pennsylvanie, un faubourg de Philadelphie, où elle vit d’ailleurs toujours. Agée de 29 ans, Gina Sicilia a chopé le virus de la musique dès son plus jeune âge. Alors qu’elle n’est encore qu’adolescente, elle écrit ses propres chansons. Ce qui ne l’empêche pas de réussir ses études de journalisme. Elle enregistre son premier opus, "Allow me to confess", en 2006, sous la houlette de Dave Gross, qui semble être son compagnon. Elle embraie par "Hey sugar", en 2008 et "Can't control myself" en 2011. Et enfin "It was'nt real" en 2013, pour le label Vizztone. Elle y adapte le succès d’Etta James, "Don't cry baby". Ce qui explique pourquoi, par la suite, on va la comparer à cette célèbre chanteuse de blues.

"The Alabama sessions" est un Ep 5 titres qu’elle autoproduit. L’an dernier, elle a émigré à Nashville. Et en janvier de cette année, elle s’est rendue à Sheffield, dans l’Alabama voisin, pour y entrer aux célèbres Muscle Shoals, afin d’enregistrer ce disque. Cinq compos qui traduisent un changement de cap. Elle veut en quelque sorte y signer sa déclaration d'indépendance, une espèce de survie, selon ses propres mots!

Son backing group a également changé. Le line up réunit ainsi Bryan Farris (guitares et piano électrique), Mike Vargo (basse) et Scott Key (batterie).

Première constation, les cinq plages affichent une coloration différente. "Sinkin' low" est une piste séduisante et rafraîchissante, qui jouit manifestement d’un potentiel pop. La voix de Gina n’a guère changé, mais elle est mise en exergue sous un autre angle. Je préfère "Wasted it all on you", une compo plus intimiste, au cours de laquelle son chant d’une grande pureté se libère de cet environnement de cordes acoustiques, traversé par un solo subtil et discret, dispensé par Farris. Bien plus proche du blues, "I'm in trouble" replonge dans son ancien style. Farris se révèle un gratteur efficace au sein de cette instrumentation qui met une nouvelle fois bien en exergue les vocaux accrocheurs de Gina. "No use at all" est hanté par la Music City de Nashville, une ballade country savoureuse, au cours de laquelle toute la sensibilité naturelle de l'artiste est parfaitement restituée. "My love" est une chanson très personnelle. Confidentielle, même. Elle y exprime ses sentiments, sa passion ou alors elle cache bien son jeu. On en apprendra davantage lorsqu’elle publiera son nouvel album… 

 

vendredi, 22 août 2014 10:08

Son(s) of the blues

Agé de 40 balais, Manu Lanvin est auteur, compositeur, interprète et producteur. C’est le fils de l'acteur Gérard Lanvin. Les premiers artistes qu'il écoute dans sa jeunesse sont Téléphone, Paul Personne et Bernie Bonvoisin (Trust). Au début de ce nouveau siècle, il publie plusieurs albums : "Venir au monde" en 2000, "Tout ou presque" en 2004, "Les Temps mauvais" en 2005 et "Faible humain" en 2007. Année au cours de laquelle il rencontre le chanteur texan Calvin Russell. Il coécrit et coproduit son opus, "Dawg eat dawg". Et collabore encore sur ses deux derniers elpees, "Contrabando" et "The last call, in the heat of the night". En 2012, Manu grave son quatrième long playing, "Mauvais casting", flanqué de The Devil Blues. Il croise alors un autre bluesman américain, devenu populaire dans l'Hexagone, Neal Black, en compagnie duquel il accomplit le "Paris - Texas Tour", en 2013. En janvier 2014, Manu représente la France à l'International Blues Challenge de Memphis.

Pour concocter son nouvel essai, il a pu compter sur le concours de Jimmy Montout à la batterie et Gabriel Barry à la basse. Soit sa section rythmique. En route pour une nouvelle tranche de blues urbain et rageur…

Le titre maître ouvre la plaque, un blues solidement amplifié réminiscent du ZZ Top. La voix est puissante et passionnée. Manu a de l'expérience à revendre, mais il la met au service de sa musique. La guitare suit constamment le chant empreint d’une certaine agressivité. "All night long" emprunte un riff à "Green onions" voire à "Help me". La lame de fond filtre davantage le blues au profit du rock. L’attaque est permanente et cette rage devient contagieuse, provoquant un climat de transe. Brutal, le réveil s’opère dans la langue de Voltaire. Soutenue par la basse de Gabriel et face aux cuivres fiévreux, ce "Merci" est une plage sculptée dans des accords de gratte sereins, légèrement rockabilly. "Just wanna drown" est certainement le meilleur morceau de l’elpee. Un titre imprimé sur un mid tempo et inspiré par le Memphis blues d'Albert King. Le chant est particulièrement soigné et les cuivres sont omniprésents. Mais l’irruption d’une voix proche de l’envoûtement, s’exprimant en français, est plutôt surprenante. Toujours interprété dans sa langue maternelle, "Laisse couler" est un titre bien ficelé qui autorise encore de chouettes envolées de cordes. Les percussions de Jimmy nous convient à une nouvelle fête du rythme tout au long de "Luzern", une piste entretenue par les sonorités artificielles et les cuivres. "Ain't gonna be your dawg" nous entraîne dans le delta. L’harmo impose sa rythmique implacable sur cette compo au son plus métallique. Un violon gémissant introduit "Lorsqu'une femme pleure", une ballade douce-amère, trempée dans le folk roots, que chante nonchalamment Manu, face aux instruments acoustiques. "Back in Montreux" est un rockin' blues plein de vigueur. Lanvin s’est forgé quelques uns de ses meilleurs souvenirs sur cette scène helvète, spectacle que feu Claude Nobs présentait en personne. "Ain't got time for love" concède un court exercice de rockabilly. Caractérisé par une slide incisive et acérée, "Hey hey hey" est le Lanvin boogie attendu. "Goin' down" clôt le long playing, un long blues que Manu interprète d'une voix moins impatiente. Sous un arrangement personnel, ce titre reflète un périple entre le Mississippi, une slide dans le décor, et la Nouvelle Orléans, où il retrouve un des nombreux brass bands locaux.

 

vendredi, 22 août 2014 10:03

Etta does Delbert

De son véritable nom Melissa Prewitt, Etta Britt est une chanteuse de R&B, soul et blues, établie à Nashville. Entre 1979 et 1985, elle a milité au sein du trio de country, Dave & Sugar. En 1989, elle s’est mariée à Bob Pritt, un guitariste de studio notoire. Il faut attendre 2011 pour qu'Etta publie son premier album personnel, "Out of the shadows", sous la houlette de son époux.

Texan, Delbert McClinton est auteur/compositeur/interprète. Agé de 73 ans, il est particulièrement populaire dans l’univers de l’americana, la musique des racines. Mais ce multi-instrumentiste (guitare, piano, harmonica) jouit également d’un excellent crédit dans les milieux du blues. De toute bonne facture, son dernier album, "Blind, crippled & crazy", remonte à 2013.

Bob Britt est le guitariste du Delbert McClinton touring band. On comprend ainsi mieux la corrélation entre le vétéran et Etta, qui a donc décidé de lui rendre hommage à travers cet elpee.

Pour former son backing group, Etta n'a pas du aller chercher bien loin. Si son cher Bob se charge des guitares et Steve MacKey (Pulp) de la basse, elle a entraîné dans l’aventure trois musicos de McClinton, dont le claviériste Kevin McKendree (NDR : auprès de son leader depuis 1997), le drummer Lynn Williams et la saxophoniste Miss Dana Robbins. L’opus réunit 12 plages, dont neuf sont issues de la plume de Delbert ; en outre, cinq sont extraites de "One of the fortunate few", paru en 1997. 

Dès "Somebody to love you", on est plongé dans le bain. Un blues bien rythmé parcouru par la voix caractéristique, au timbre un peu cassé, d’Etta ; une voix idéalement forgée pour ce type de répertoire. Les musiciens sont parfaitement soudés et soutiennent parfaitement leur maîtresse d'un jour! Un riff cher au fidèle Bob colore l'atmosphère d’"Old weakness", une piste qui fleure bon le Sud. McKendree se déchaîne sur ses ivoires. La production met bien en exergue les chœurs masculins de Scat Springs et George Pendergrass, alors que la voix d'Etta mène bien son tout ce petit monde. Et si ce n’est pas une surprise, une pointe d’émotion nous envahit lorsque Delbert rejoint sa protégée pour chanter "Boy you better move on". Miss Britt aborde "Starting a rumor", sa première ballade, une chanson empreinte de délicatesse et de sensibilité, balisée par les cordes de son bien-aimé. Retour au rythme et notamment au funk pour "Lie no better", un morceau que Kevin fait macérer dans le Memphis R&B, à l’aide de son orgue. "Every time I roll the dice" constitue une parfaite illustration de la cohésion entre les musicos. Et on imagine, alors un Rod Stewart, qui viendrait poser sa voix, comme à la plus belle époque des Faces. Excellent ! Tendresse et émotion inondent "You were never mine", une compo caractérisée par des chœurs bouleversants. McKendree a très bien assimilé le style néo-orleanesque. Et il le démontre sur "Best of me", une plage aux rythmes syncopés. Etta interprète successivement le "I'm with you" de Mickey Jupp et une superbe cover de "New York City", un morceau que l’orgue et les cordes de Bob chargent de groove. "The jealous kind" est issu de la plume de Bobby Charles, un hit de ce chanteur/compositeur louisianais, considéré comme un spécialiste du swamp pop et du pur cajun. McClinton l'avait adapté, il y a bien longtemps. "When I was with you" achève ce long playing. Kevin et Etta signent cette chanson destinée à rendre un hommage personnel au maestro, un titre au cours duquel la complicité entre l'orgue et la guitare est à nouveau remarquable…

 

vendredi, 22 août 2014 10:02

Flaming Yak / Vizztone

Agé de 43 ans, Jeremy Baum est né près de Woodstock. Très jeune, il apprend le piano. Il aime alors écouter les Beatles et Sly & The Family Stone. Il passe ensuite à l'orgue. Il apprécie ainsi plus particulièrement Jimmy Smith, Jimmy McGriff et Ray Charles. Il étudie le jazz à New York et milite au sein du band de Murali Coryell (le fils de Larry). Il monte ensuite son propre trio et publie son premier elpee en 2002, "Lost River jams", un œuvre dont le style oscille entre le blues et le funky soul jazz. Son talent lui permet de tourner et d’enregistrer au profit de multiples artistes prestigieux comme Shemekia Copeland, The Blues Brothers Revue, les North Mississippi All Stars, John Hammond, Melvin Sparks et bien d'autres. Mais il néglige alors sa propre carrière. Heureusement, en 2014, il s'enferme dans le studio Fat Rabbit du jeune guitariste Dave Gross. Il y invite une pléiade de musicos notoires. De ses sessions va naître, "The eel" (l'anguille). Ce 4 mai 2014, il a été intronisé ‘Master Blues Artist’ au ‘New York Blues Hall of Fame’. Jeremy est un instrumentiste. Peu de vocaux, donc sur ce long playing.

A première écoute, on imagine "The new pollution" s'ouvrir par des sonorités d’accordéon musette. Pas du tout, l’expression sonore est propulsée par des rythmes soul/jazz. Un exercice de style sur une composition de Beck. L'orgue Hammond libère énormément de groove. Eric Kalb (Jon Scofield Band) balise le tout derrière ses fûts, alors que Jay Collins (Kings County Band / Greg Allman Band) double au saxophone ténor et à la flûte. L’orgue Hammond arrose "Funky monkey", une jam funky qui permet à Myles Mancuso, un jeune guitariste âgé de 18 ans, d’étaler toute sa classe. "Three more bottles" nous entraîne dans l’univers de la New Orleans. Jeremy est passé au piano. Chris O'Leary, également hébergé chez Vizztone, chante et joue de l'harmonica ; il a aussi ramené son guitariste, Chris Vitarello, un autre jeune sixcordiste prometteur. Superbe exercice de style, "Charlie Baum" rappelle le proverbial Ramsey Lewis Trio. La plage macère dans le même climat piano jazz. Dansante, intimiste, elle est dynamisée par la basse acoustique particulièrement tonique de Matt Raymond, un membre du Chris O'Leary Band. "Dance with me" est un classique du combo Orleans. Généreuse, la mélodie est ici alimentée par l'orgue et piano et épicée par les cordes acoustiques et les interventions remarquable de Dennis Gruenling à l’harmo. Pur funk, "Borracho" est une compo issue de la plume d’un groupe obscur qui a sévi au cours des 70’s, Dyna-Might. Sur cette version, l’orgue de Jeremy est soutenu par les percussions d'Eddie Torres (The Mambo King) et une section de cuivres. Myles Mancuso étale une nouvelle fois son talent à la guitare, sur "Pacific Drive", un titre dont l’atmosphère évoque les Crusaders et, paradoxalement, Focus ! Jam funk, "Ain't it funky now" nous transporte dans une ambiance digne du grand James Brown. Vitarello et Scott Sharrard (Gregg Allman Band) sont préposés aux grattes. Et leur rivalité se mue en brillants exercices techniques. La cover du célébrissime hit de Prince, "Purple rain" est épatante. Les échanges opérés entre Vitarello et Baum qui double orgue Hammond et piano, atteignent même un niveau exceptionnel. Et c’est le titre maître qui referme le long playing. Une dernière jam funky passionnante. Les sonorités dispensées par les claviers me font manifestement penser à un autre génie anglais sur l’instrument, Keith Emerson. Mancuso les enrichit d’interventions très électriques, traduisant ainsi l’ambition de Baum de réaliser une synthèse entre Led Zeppelin, les Meters et Tower of Power.

 

mercredi, 13 août 2014 13:05

Heartsoulblood

Après avoir publié un opus éponyme et un live ("Songs from the road"), l’an dernier, ce super groupe de blues rock, issu de la Nouvelle Orléans, nous propose déjà son troisième elpee. Le line up implique trois chanteurs. Soit Cyril Neville, l'un des fameux frères qui symbolise si bien cette Big Easy. Puis Devon Allman, le fils de Gregg et le neveu du regretté Duane. Et enfin, Mike Zito, performer particulièrement doué. Zito et Allman se réservent les guitares. Les cinq musicos participent à l'écriture. Les sessions d’enregistrement se sont déroulées au studio louisianais de Dockside, à Maurice, sous la houlette de Jim Gaines. Et sa mise en forme est impeccable.

"World Blues" célèbre la fraternité sudiste. Solide, l'assisse est assurée par Yonrico Scott et Charlie Wooton. Les trois vocalistes chantent en chœur. Les guitares crachent rapidement leurs flammes ; et déjà à l’avant-plan, la slide est dévorante. Cyril signe "Rock'n'roll", une compo qui porte bien son titre. Elle déménage. Et puis la voix veloutée de Neville prélude les envols des deux grattes, toujours à l'affût! Tramé sur une rythmique syncopée et caractérisé par l’excellente intervention vocale, "Groove on" libère effectivement énormément de groove. Soutenu par la basse, "Here it is" est sculpté dans du pur funk. Zito chante d’un timbre rauque et ravagé. Zito signe la musique de "Callous", une piste qui baigne au sein d’une atmosphère quasi irrespirable. Quoique agonisante, la voix est bien maîtrisée. Les sonorités des guitares sont tourmentées, torturées, mais tellement enivrantes. Toujours issu de la plume du même Zito, "Ritual" opère un retour au southern blues, une plage qui monte irrésistiblement en puissance, avant l’explosion attendue des cordes. Devon Allman signe "Shoulda known", une jolie ballade soulignée par une voix lumineuse. Cyril chante son "Let's ride", un autre funk néo-orléanais imprimé sur un tempo lent. Le climat est dramatique. Toutes en rythme, les grattes se reconnaissent progressivement. Devon Allman se réserve le micro pour attaquer son "Trapped", encore un morceau qui monte graduellement en intensité. Des cordes acoustiques caressent "She's my lady", une ballade empreinte d’une grande douceur, au cours de laquelle tous les vocalistes reprennent le refrain en choeur. Et "Takes a village" s’inscrit dans le même cadre. Une sorte de gospel moderne dont le climat est à la fois dépouillé et riche en tonalités diverses, des variations produites par la sèche et un Resonator aux sonorités métalliques. Remarquable ! "Love and peace" clôt l’opus, une finale très caractéristique de la culture néo-orléanaise. Les percus sont bien mises en exergue, alors que toutes les voix se conjuguent pour propager ce message d'amour et de paix…

 

mercredi, 13 août 2014 13:02

World of strangers

Zoe Muth nous vient de la côte Ouest des States. Chanteuse de folk et de country, elle est surnommée l'Emmylou (Harris) de Seattle. Son premier elpee, "Zoe Muth and the Lost High Rollers", remonte à 2009. Il est suivi par "Starlight Hotel", paru en 2011. Afin de poursuivre sa carrière, elle décide de partir à Austin, au Texas. Elle y rencontre le producteur et bassiste George Reiff. Ce dernier l’invite à enregistrer au studio Finishing School, en compagnie de musiciens locaux, dont le guitariste Brad Rice.

Le timbre vocal de Zoe est cristallin. Et il colle parfaitement à ses ballades country, douces et visionnaires. A l’instar de "Little piece of history", qu’elle interprète face à la guitare jouée en picking de Rice et aux accords du piano de Sweney Tidball. Dans le même esprit, "Mama needs a Margareta" s'enfonce davantage dans le sud profond, une piste au cours de laquelle la pedal steel de Geoff Queen marque bien son territoire. Les percussions de Greg Nies stimulent le tempo de "Make me change my mind". Les sonorités électriques dispensées par la guitare de Brad Rice communiquent une tonalité rock à l’ensemble. "Annabelle" nous replonge dans la douceur. Une douceur à la fois candide et belle entretenue par les instruments à cordes, violon et violoncelle. Plus roots, "April fool" est balayé par les interventions de l’accordéon. Mais également parcouru par celles du violoncelle et d’une pedal steel. Country/rock tonique, "Too shiny" est galvanisé par des grattes bien électriques et hydraté par l'orgue de John Ginty. "Waltz of the Wayward wind" nous replonge dans la sérénité country. Une valse très lente et langoureuse bercée par la pedal steel et les ivoires. Et caressé par la pedal steel de Mike Hardwick, "What did you come back here for ?" (NDR : le morceau final) est un titre qui résume parfaitement le climat de tendresse et de beauté enveloppant cette œuvre.

 

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