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Voix de Femmes 2013 : jeudi 24 octobre

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Avouons-le directement, le festival Voix de Femme a été un réel succès artistique. Une programmation remarquable et diversifiée, des artistes talentueuses et généreuses, des moments d'émotions, des découvertes musicales... Bref, tout ce qu'on a envie de découvrir lors de ce genre d'événement. On regrettera juste quelques options logistiques. Par exemple, celle de choisir une yourte exiguë pour servir de scène aux artistes les plus intimistes. L'idée en soi n'était pas mauvaise mais la vétusté de l'installation a obligé pas mal de spectateurs à écouter ces concerts de l'extérieur. On signalera pour compenser ce bémol que les conditions sonores ont été plus qu'acceptables ; ce qui est presque un exploit des techniciens tant on sait à quel point il est malaisé de ‘faire sonner’ la caserne Fonck. Rappelons également que ce festival ne se limite pas aux concerts mais propose parallèlement des spectacles de danse, des expositions, des ateliers... Comme je n’ai pas le don d’ubiquité, je me contenterai de vous parler de musique et de ces femmes qui ont souvent enchanté mes oreilles.

Le festival commence par le set de Mesparrow, une des révélations de l'année grâce à son premier album "Keep This Moment Alive". Marion Gaume, c’est son véritable nom. Elle est française et frêle comme un moineau, mais sa voix a une puissance et une profondeur exceptionnelles. Seule sur l’estrade, elle est entourée de toute une série de pédales de boucle. Le procédé est simple. Elle entame une mélodie a capella, la met en boucle, puis ajoute un beat et différents sons de bouche ou de claquements de doigts qui singent les instruments traditionnels, eux aussi bouclés, pour enfin chanter par-dessus cette petite symphonie tournoyante. Cet exercice de haut vol demande une concentration impressionnante, mais la Tourangelle maîtrise cette technique de main de maître. Il est vrai que le spectacle est bien rôdé puisqu'elle a enchaîné les dates depuis quelques années.

Mesparrow a la lourde de tâche de lancer le festival et le public est bien timide. Elle demande plusieurs fois qu'il se lève en lançant de malicieux ‘approchez-vous, je ne suis qu'un petit moineau’. Et finit par arriver à ses fins. C'est une salle debout qui l'applaudit lors des derniers morceaux. Tout l'album va être passé en revue. Du single "The Symphony" au délicieux "I Don't Want To Grow Up" et sa rythmique hip hop en passant par les excellents "Next Bored Generation"et "City On Fire" (à mon sens le point culminant du concert). Elle nous réserve également deux morceaux où sa voix entre Billy Holiday et Barbara se pose merveilleusement sur des notes de piano, son instrument de prédilection. Notamment sur une très belle reprise de "Stand By Me". Une autre cover constitue l'occasion d'apprécier son jeu de scène, qui me confiera-t-elle, s'inspire de la danse contemporaine et du théâtre. En effet, reprenant à capella le vieux standard de Cole Porter, "My Heart Belongs To Daddy", elle clôture le morceau en répétant et en déformant des dizaines de fois le refrain comme s'il provenait d'un gramophone bloqué sur le dernier sillon alors que son corps mime un disque voilé. Le concert se termine par une version d’"I Want To Travel" au cours de laquelle sa rythmique tribale en fait remuer plus d'un, avant de convier l'assistance à ‘faire la pédale de boucle’. En effet, elle assure alors l'accompagnement musical sur ce dernier a capella. On ressort de ce concert certain que Mesparrow est à l'entame d'une immense carrière, car ce moineau-là possède déjà l'envergure d'un goéland.

Encore sous l'émotion, je me dirige vers la yourte où se produit Soema Montenegro. Cette dernière est venue chercher les spectateurs sa guitare à la main et les convie à l'intérieur. La place faisant défaut, je me contenterai d'écouter de loin la voix mélancolique de l'Argentine accompagnée seulement par quelques percussions hypnotiques. Une transe légère m’envahit et les chants quasi chamaniques de l'Hispanique finissent par m’emporter. C'est troublant et agréable. Un très joli moment.

Je connaissais très peu Emel Mathlouthi mais sa prestation va me bouleverser. Cette artiste tunisienne plus qu'engagée vit en France depuis 2007. Elle a été une des voix importantes de la contestation contre le régime Ben Ali et continue à présent le combat contre le gouvernement actuel et les dérives islamiques. ‘Ils disent qu'ils n'ont peur que de Dieu mais en fait, ils ont peur de tout sauf de Dieu’ assène-t-elle avant d'entamer le titre "Ya Tones, Ya Meskina" ("Pauvre Tunisie").

Ce petit bout de femme dégage un charisme hallucinant. On sent en elle une force et une rage qui ne peut qu'imposer le respect mais aussi une sensibilité susceptible de vous nouer la gorge. Je l'avoue, je suis tombé sous le charme de cette voix exceptionnelle, de ce visage tour à tour sévère puis radieux, de ce sourire incandescent et de ce regard de braise et malgré tout plein d'amour. A un tel point que je me demande si je peux vraiment être objectif sur le concert. Tâchons tout de même de vous donner quelques détails.

Le groupe qui l'accompagne est constitué d'un guitariste plutôt rock, d'un batteur, d'un DJ prodiguant scratches et sonorités électroniques et d'un violoniste apportant une touche arabisante aux compositions. Le chant d'Emel Mathlouthi est lui aussi très inspiré de la tradition orientale. Les premières compos sont sombres, tendues, plutôt rock. Alternances de moments d'accalmies où toute la place est laissée à la diva et de montées en puissance qui emportent l'assemblée. Ci et là, un solo nous permet d'apprécier tour à tour le talent de chaque musicien. Le ton se fait parfois plus trip-hop comme sur l'excellent single "Ma Lkit" dont les paroles désabusées montrent à quel point l'exil et la solitude ont marqué cette écorchée vive. Mais de manière générale, les morceaux sont bien plus organiques que sur l'album, laissant finalement peu de place aux sonorités électroniques. On saluera tout de même l'osmose entre le DJ et le batteur dont les rythmes entremêlés apportent une densité spectaculaire. La conjugaison de beats et de rythmiques arabes est en tout cas une réelle réussite et entraîne plus d'une fois l'assistance dans une danse transique. Transe qui atteint son paroxysme quand Emel et les musiciens se saisissent de Qraqeb, sorte de castagnettes au son métallique utilisés généralement par les Gnaouas.

Mais la partie la plus émotionnelle est encore à venir. Emel Mathlouthi va nous bluffer en interprétant un chant flamenco avant de nous asséner une reprise d'"Hallelujah" seule à la guitare qui tire des larmes à plus d'un spectateur. Enfin, ce sera une chanson traditionnelle de son pays datant des années 30 reprise en choeur par la petite colonie tunisienne présente qui nous emporte dans un torrent de frissons. Rarement un concert m'a procuré autant d'émotions. Je me suis souvent surpris à sourire emporté par la joie de cette demoiselle à être sur scène, à propager sa sensibilité à fleur de peau. Et en regardant autour de moi, j’ai pu constater que j'étais loin d'être le seul.

Qu'il est agréable d'applaudir de telles artistes. Les trois anges de cette soirée ont eu en commun cette volonté de partager leur histoire sans fard ni posture. Merci mesdames pour avoir communiqué toutes ces émotions… 

(Voir aussi notre section photos ici

 

Hippopotard 2013 : samedi 19 octobre

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Un peu plus de monde que lors des éditions précédentes pour cet Hippopotard, mais pas encore suffisamment pour permettre aux organisateurs d’équilibrer leur budget. A peine 150 personnes, c’est nettement insuffisant. Or, de nombreux médias, presse écrite y compris, s’étaient mobilisés pour soutenir cet événement. Et comme pour accumuler les obstacles, comme par hasard, le passage à niveau sis à Havinnes, qui permet d’atteindre Béclers depuis Tournai, est fermé depuis la veille. Bonjour les déviations !

Votre serviteur et Vincent débarquent dans la Rotonde, alors que Delirium Slap Kid a déjà terminé son set. Place alors au duo humoristique Twin Towers. Affublé de grandes barbes et coiffés de chapeaux de cow-boys, ils ont manifestement le look des ZZ Top. Pour le reste, leur set est manifestement burlesque, mais les reprises proposées sont souvent (volontairement ?) massacrées. Et les vocaux flirtent régulièrement avec le faux. On a même droit à une adaptation d’un standard du pop/rock en picard. Bref, Olivier et Fred ne passeraient même pas le premier tour lors d’une sélection pour The Voice. Par contre, ils auraient leur place, lors d’une séance du cabaret wallon à Tournai.

New Bag, ce sont les locaux de la soirée. Ils s’étaient déjà produits dans le cadre du festival, en 2008. Et leur line up est enrichi d’une chanteuse métisse. Qui possède une superbe voix, soul, complémentaire à celle de Jean-François Decaluwé. New Bag est également un groupe de reprises, et les versions proposées sont à la fois originales et soignées. Sauf que les balances sont catastrophiques. Les basses plombent le concert. Les voix sont noyées dans l’ensemble et aucun instrument n’est mis, même circonstanciellement en exergue. Et pourtant, les musicos ne ménagent pas leur peine, sans se rendre compte de la situation. Un petit tour par la console, nous a permis de comprendre que les responsables de la sonorisation étaient des néophytes et apprenaient un peu sur le tas. Evidemment on ne mixe pas un groupe comme une soirée dansante. Assurer le rôle d’ingé du son nécessite de l’expérience. N’empêche, notre intervention permettra au dernier groupe de bénéficier d’un meilleur support.

Reverend Zack and The Blues Preachers clôturaient donc la soirée. Un quintet drivé par le chanteur/harmoniciste Fred Janus qui tourne depuis pas mal de temps. Et pas seulement dans la région, puisqu’il s’est même produit au Magasin 4. Un combo au sein duquel milite également Jonathan Blondel de Skarbone 14, qui a troqué sa basse contre une énorme contrebasse de couleur rouge. Le line up est complété par deux gratteurs, un bassiste et un drummer. Votre serviteur n’est pas grand spécialiste en blues, mais manifestement le band s’inspire essentiellement des Paladins et de Howlin’ Wolf. Auquel la formation emprunte un titre, au cours de son set. Et pour la compo la plus hypnotique de la prestation, à John Lee Hooker. Fred alterne entre musique à bouche, microphone conventionnel ou astatique. Et les morceaux s’enchaînent naturellement. Seule ombre au tableau, les drums sonnent parfois un peu plats. En cause, l’installation du kit de batterie à même le podium. Le recours à une petite estrade voire à des tapis de sol serait peut-être judicieux pour rendre les martèlements de fûts plus sonores. Sans quoi chaque musico aura droit à son petit billet de sortie, et notamment Jonathan en fin de parcours qui se met à chevaucher sa contrebasse avant d’en jouer, couché sur le dos. Un bon petit concert, même si on sent que les musiciens sont un peu las de jouer le même répertoire depuis un peu trop longtemps. A mon avis, Fred va prendre une pause avant de revenir avec de nouvelles compos ou alors sous une autre formule…

(Organisation Hippopotard)

 

Les Heures IND 2013 : samedi 19 octobre

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La deuxième soirée des heures IND était consacrée au rock. L'occasion d’enfin voir à l’œuvre Holograms, groupe suédois de post-punk qui n'avait pu prester au Micro Festival suite aux problèmes de santé d'un de ses membres. Ces hargneux teenagers étaient précédés par les locaux Scrap Dealers, les indie-rockeurs de Splashh et les arty Dez Mona. On parlera d'un bilan mitigé pour cette soirée. Une petite centaine de personnes seulement peuplait la Caserne Fonck, ce qui avait poussé les organisateurs à se réfugier dans l'Ecurie, une petite salle au plafond bas et à l'acoustique bien loin d'être optimale malgré les efforts désespérés de l'ingé son. Certains artistes non plus n'ont pas vraiment répondu à l'attente...  

La soirée débute par la prestation des Liégeois de Scrap Dealers. L'occasion de constater tous les progrès de cette formation encore jeune. Leur garage-rock est crasseux à souhait et l'énergie appréciable qui s'en dégage est plutôt bien maîtrisée. On est dans la veine des Thee Oh Sees ou de Ty Segall. Cà gueule, çà sue, ça se bouscule sur scène. C'est peut-être un peu trop sérieux parfois. La décontraction viendra au fil des concerts.

Splashh prend la relève. Acclamé par la presse britannique pour leur premier elpee "Comfort", ce quatuor réside à Londres, mais compte deux Australiens et un Néo-Zélandais dans ses rangs. Les influences des deux continents s'entendent mais leur fusion ne me convainc pas toujours. Comme sur l'album, la frêle voix brit-pop noyée sous les effets de Sasha Carlson a tendance à m'agacer. Très subjectivement, elle ne me paraît pas coller à l'indie-rock/shoegaze antipodale. D’ailleurs, les interventions de guitares et les lignes de basse sont souvent empruntées à Kim Deal. On est plongé dans les nineties, mais la copie ne vaut pas l'original. Quelques jeunes filles sautillent sur ces répliques des Pixies que sont "Headspins", "Vacation" ou le single "All I Wanna Do". Les vétérans ont retrouvé des sonorités qu'ils aiment et finalement, n'en demandaient pas beaucoup plus. On s'en contentera.

Dez Mona contraste violemment avec les précédents. Tirés à quatre épingles, les Flamands pratiquent leur pop de chambre avec classe. Le chanteur tente de réveiller une salle qui s'est assise et n'apporte pas beaucoup d'attention au concert. Mais on sent bien que ce n'est pas cette musique-là que les gens sont venus écouter. L'accueil est poli, sans plus. On est admiratif des talents de musiciens des Bruxellois mais cet art-rock mâtiné de jazz qui rappelle la scène anversoise, Moondog Jr en tête, fige un peu l'ambiance.

Mais ce que tout le monde attend, ce sont les Holograms. J'étais curieux de découvrir les Suédois en live. Après un excellent premier album au son brut, entre punk, post-punk et new-wave, et la déception du second, surproduit et presque caricatural à mon sens, je me demandais ce qu'ils pouvaient proposer sur scène. Hélas, le quatuor, bien éméché, va délivrer un set brouillon ; à tel point, qu’on aura même bien du mal à identifier les morceaux. La voix d'Andreas Lagerström, si impressionnante sur disque, manifeste pas mal de faiblesses. On frôle parfois le chant de supporter imbibé et lorsque les mélodies de synthé suivent le chant, le résultat devient même carrément pompier. Le côté ‘hymnique’ du second elpee réapparaît et seule l'énergie impressionnante et quelques lignes de guitare abrasives sauvent quelque peu un concert qui part de plus en plus en sucette. La moitié de la salle s’est déjà vidée lorsqu'Andreas lance une dernière éructation. On espère donc que les Holograms étaient juste bourrés et qu’ils se sont comportés comme des sales gamins en proposant ce concert déstructuré et fort peu inspiré. Ils ont en tout cas déçu les nombreuses personnes venues expressément pour eux. La soirée s'achève, le bar ferme précipitamment. Dans la pénombre de la cour de la caserne Fonck, quelques vieux rockers refont le monde jusqu'à l'extinction totale des feux… et de ce qu’il reste comme lumière…

Holograms + Splashh + Dez Mona + Scrap Dealers

(Organisation Les Ardentes)

 

Les heures IND 2013 : vendredi 18 octobre

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Cette année, les heures IND, organisées par Les Ardentes, avaient décidé de programmer un grand nom du jazz contemporain : Christian Scott. Devant un petit parterre de connaisseurs, le Néo-orléanais nous a gratifié d'un concert presque intimiste au cours duquel on a pu entendre plusieurs extraits de son dernier et ambitieux album "Christian aTunde Adjuah".  Le band du trompettiste était précédé par l'excellent groupe belge, Cruz Control qui tout en douceur a échauffé nos oreilles.

Habitué des salles liégeoise, Cruz Control est accueilli chaleureusement par un public déjà acquis à son jazz fusion. Active depuis une petite dizaine d'années, la formation dégage une vraie joie de jouer qui fait plaisir à voir et la rend directement sympathique. L'atmosphère est feutrée, la musique s'en inspire. Les compositions font régulièrement penser à Weather Report mais la filiation avec Return To Forever et Miles Davis, période Bitches Brew évoqué dans la présentation du groupe, n'est certainement usurpée. Cruz Control semble aimer les longues séquences et n'hésite pas à abuser des mesures composées (merci à un ami jazzman de m'avoir soufflé ce terme technique). Mais ce n'est pas indigeste. Jamais le propos ne deviendra abscons. Alternance de moments enlevés et de parties plus atmosphériques, le concert a une remarquable cohérence. Les relents de funk, de rock et d'electro annoncés me semblent peu évidents, mais on peut trouver ci et là des influences de prog-rock plutôt digestes. Les musiciens sont en osmose et les commentaires sont élogieux dans la salle sur le groove du batteur Stijn Cools et le jeu sur les tempos du bassiste Jérôme Heiderscheidt. Le Fender Rhodes de Julie Dehaye fait resurgir l'esprit de Joe Zawinul. On en revient toujours à Weather Report. Un très agréable moment qui donne envie de découvrir leur premier album "Le comment du pourquoi?".

Christian Scott débarque alors sur les planches, accompagné de son gang de teenagers. Et si on nous souffle que le monsieur a eu des exigences techniques un peu démesurées pour l'endroit, il ne semble pas être affecté par ces contrariétés. Au contraire, il paraît d'excellente humeur et après deux morceaux, se fend d'une présentation pleine d'humour mais surtout très tendre de ses musiciens. On a droit à la biographie intégrale de chacun d'eux et Christian est très fier d'annoncer que son saxophoniste au visage de poupon est à peine âgé de 22 ans et son batteur à la coiffure spectaculaire de seulement un de plus. Un drummer qui apporte une touche urbaine assez intéressante à l’aide de ses rythmiques empruntées au funk et au hip hop, mais qui est également très à l'aise dans les parties influencées par ce que l'on appelle la black indian culture de la Nouvelle-Orléans chère à Christian Scott (fusion de jazz et de musiques traditionnelles africaine et indienne pour faire court). 

Bien entendu, on ne peut s'empêcher de penser à Miles Davis (dont Christian a d'ailleurs repris le rôle dans une tournée récente de la légende Marcus Miller) même si la trompette customisée de Scott évoque Dizzy Gillespie. En fermant les yeux, on peut parfois s'imaginer dans un club de Saint-Germain, dans les années 50, attablé à côté de Juliette Greco ; mais on est vite rattrapé par la Nouvelle-Orléans. Une ville qu'il met en musique avec colère dans le trépidant "Danziger" composé après le passage de l'ouragan Katrina. Colère que l'on retrouve aussi sur le bluesy "KKPD" (Ku Klux Police Dept) inspiré par sa propre expérience du racisme ordinaire. A côté de ces morceaux très enlevés, on a droit à des parties bien plus apaisées évoquant à nouveau Miles Davis période "My Funny Valentine". Les morceaux deviennent alors caressants, intimistes. On flotte au gré des notes bleues de la trompette de Scott sur des ballades romantiques. Un romantisme poussé à son paroxysme lorsqu'il convie son épouse à le rejoindre sur scène. Le chant de cette dernière n'a rien d'exceptionnel mais l'homme est amoureux et ce moment d'intimité assez touchant. Le concert s'achève et Christian semble aussi satisfait que le public. Il restera d'ailleurs assez tard au bar à discuter auprès de ses admirateurs le sourire aux lèvres. "Christian Scott is swag" nous annonce le t-shirt qu'il tente de vendre dans le coin merchandising. Un t-shirt aussi bling-bling que la sorte de collier africain en or qu'il arbore. Mais sa musique est de bon goût. C'est bien le plus important.

Christian Scott + Cruz Control

(Organisation Ardentes)

 

Bozar Electronic Arts Festival 2013 : samedi 28 septembre

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Dernière soirée du Bozar Electronic Festival. Un public bien plus nombreux et plus excité que la veille, venu en grande majorité pour Jon Hopkins et Modeselektor, se bouscule pour pénétrer dans la salle Henry Leboeuf afin d'assister au show audiovisuel du jeune Anglais. Une bonne partie partira après le set du duo allemand, laissant les derniers artistes jouer devant une audience plus clairsemée. Un deuxième jour plus varié dans sa programmation qui va nous procurer pas mal de bons moments.

Nous arrivons alors que la foule se presse pour obtenir un siège dans la salle qui abritera la prestation de Jon Hopkins. Il est accueilli comme une rock star. Dès les premières nappes, on sent que le public présent n'a pas envie d'écouter religieusement la nouvelle étoile montante de la musique électronique. Les filles se pâment : ‘qu'il est beau, qu'il est sexy’ ; et en plus, il joue du piano. Certes, quelques pauvres notes au détour de deux morceaux suffisent pour engendrer l'admiration. Mais les beats se pointent. Le public se lève comme un seul homme, et c'est parti pour l'hystérie. Bien sûr, il faut bien avouer que le jeune artiste a du talent. Il dispense un set ‘live’ bien plus musclé que son excellent album "Immunity". L'electronica abstraite du départ se transforme progressivement en une IDM et une techno franchement dansante, concédant même quelques bribes de sonorités dubstep, sa prestation atteignant son apogée dans le formidable et transique "Open Eye Signal". On saluera donc la poésie de la première moitié de parcours, bien mise en valeur par des visuels colorés, et l'efficacité de la seconde, sans doute moins intéressante musicalement mais démontrant toute la maîtrise d'Hopkins dans l'art délicat de la danse intelligente.

Le temps d'évacuer le piano (tant d'efforts pour trois minutes de notes éparses), d'installer le matériel de Modeselektor et c'est reparti. On a déjà tellement écrit sur le duo berlinois et son goût du show. Et tout y passe, une heure d'entertainment hyper rodé où les deux garnements font s'asseoir et se relever les spectateurs, se photographient, lancent des ‘cà va? Wie gehts?’ au micro, balancent des coups de klaxon quand le beat va reprendre pour finir par la traditionnelle douche de champagne sur les premiers rangs. Et la musique dans ce ‘bazar’? Un bon vieux ‘best of’ où les tubes s'enchaînent ("Kill Bill Vol.4", Happy Birthday", "Evil Twin", ...) pour le plus grand plaisir du public, sans oublier un hommage à Apparat (toujours convalescent après son accident de moto) lors d’une excellente version d’"A New Error", une des pièces maîtresse du nouveau Moderat. L'occasion de regretter amèrement l'absence du troisième larron qui nous prive du show initialement prévu. Enfin, je m'en voudrais de ne pas évoquer les visuels de Pfafinderei. Ici aussi, on sent le service minimum. Un seul membre du trio de VJ a fait le déplacement et il se contente souvent de reprendre les images des clips. Mais les réalisations de ce collectif sont tellement au-dessus de la mêlée qu'on leur pardonne volontiers.

Le temps de changer de salle et d’inhaler l'équivalent de 150 cigarettes en fréquentant le fumoir, il est temps d'aller écouter religieusement un artiste légendaire. En effet, Jaki Liebezeit, le mythique batteur de Can, 75 ans au compteur, s'est installé sur scène avec son vieux complice Burnt Friedman. La programmation, même si elle me réjouit, est audacieuse et attire peu de curieux. On assiste pourtant à une vraie démonstration. Sous des dehors simples, l'exercice d'accorder percussions organiques et pulsations synthétiques est toujours périlleux. Mais les deux hommes sont en osmose depuis bien longtemps. On ne sait d'ailleurs qui a le plus de mérite : Liebezeit, fidèle à lui-même en véritable machine métronomique, ‘un des rares batteurs à pouvoir mêler le funky et le mental’ comme dit la légende ou Friedman, impassible, qui accorde ses bleeps aux rythmiques parfois déroutantes de l'ex-Can. Transe chamanique aux relents de dub, le concert est un long voyage à travers les rythmes, répétitifs mais jamais tout à fait les mêmes. Cette lente évolutivité, chère au Kraut-rock mais aussi à la musique africaine et à la techno, n'est finalement pas si impromptue dans le cadre de ce festival. Les moments les plus paroxystiques sont accueillis par des cris et des sifflets, suscitant un léger frémissement de satisfaction chez ces deux vieux musiciens qui ont pourtant tout vécu. Cela fait plaisir à voir. Ils se retirent sur la pointe des pieds sans que l'on se rende compte que c'est déjà fini. Pudeur germanique sans doute. Fin de l'intermède atemporel.

Nous nous éloignons un peu pendant que Terror Danjah, icône du grime, et son acolyte Champion viennent poser la touche dubstep de la soirée. Le public le plus jeune semble prendre plaisir à sauter sur des sonorités plutôt dub au départ mais qui vont progressivement évoluer vers de la drum&bass. Pas très original mais pas déplaisant.

Nous nous rapprochons pour le dernier ‘live’ de la soirée. Le Canadien Deadbeat, moustache au vent et particulièrement hilare pendant la prestation de Champion, reprend son sérieux et nous replonge dans des sonorités plus froides même si le début est plutôt tek-house. Ensuite, il propose une version musclée de ces dernières productions sur BLKRZ, le label qu'il a créé lorsqu'il s'est installé à Berlin. Et on sent que le son de la capitale allemande a, petit à petit, déteint sur les productions de Scott Monteith. Plus techno que dub à présent, seules des rythmiques dancehall cassent à peine le train-train d'un set un peu trop conventionnel, varié et pourtant monocorde. A cette heure, le Canadien a voulu faire plaisir aux danseurs en oubliant ses fans de la première heure qui attendaient plus de finesse mélodique et de sonorités hypnotiques. Le festival meurt sur un dernier beat...

Le BEAF se veut ambitieux et est assez satisfait de cette édition. On peut donc s'attendre à une programmation au moins aussi prestigieuse l'année prochaine. Peut-être y aura-t-il plus de concerts dans la seule salle destinée à la musique. Le public présent en masse, surtout le samedi soir, s'est en tout cas montré très respectueux des lieux. Un autre encouragement pour les organisateurs.

(Organisation Bozar)

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Bozar Electronic Arts Festival 2013 : vendredi 27 septembre

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Pour sa cinquième édition, la deuxième sous ce nom, le Bozar Electronic Arts Festival a concocté une affiche alléchante. La programmation du vendredi va nous entraîner dans l'univers de la dark techno. Sombres, les lieux le sont également. La plupart des concerts se déroulent dans une longue pièce fort peu éclairée et problème récurrent du festival, souffrent d’une acoustique de piètre qualité. L'austérité des lieux, l'absence de couleurs et les éclairages minimalistes concordent bien avec la musique proposée et offrent un cadre neutre adapté aux visuels. Mais cette pénombre permanente et cet espace confiné au bout d'un dédale de couloirs suscitent plus l'introspection et la solennité que la fête chère aux technophiles lambda. Atmosphère de musée donc, quelque peu figée, renforcée par la présence des gardiens habituels du lieu un rien effrayés par la faune présente, entre jeunes clubbers en singlet et intellectuels à lunettes d'un certain âge.

Nous débarquons alors que le concert d'Emptyset vient de débuter. Les basses sont à peine supportables et nos oreilles sont directement martyrisées. C'est un des soucis de ce festival. Ces grandes pièces aux très hauts plafonds ont une piètre acoustique et les organisateurs ont beau en changer chaque année, aucune n'en offre une à la hauteur de la musique proposée. Soit, on n'en parlera plus. Concentrons-nous sur la musique dispensée par la moitié du duo de Bristol. Il nous propose un live qui évoque le label Raster-Noton, pour lequel il a d'ailleurs officié. Quelques moments expérimentaux où l'on joue sur la saturation et la répétition des sons. Des beats qui arrivent progressivement et se font petit à petit plus réguliers ; mais rien de transcendant. Le visuels de la Française de Joanie Lemercier, très proche de l'imagerie du label allemand précédemment cité, sont un peu monocordes et accentuent l'austérité de la musique. On aurait aimé un début moins agressif, car la mise en train est un peu violente.

Place alors au Britannique Pye Corner Audio qui nous plonge dans des sonorités ambient proches de BO de vieux films de science-fiction avant de poser quelques beats lents par dessus les nappes. De petites mélodies surgissent çà et là puis disparaissent dans le magma. Plus apaisé que le précédent, ce set aurait dû débuter la soirée. On reste quand même parfois un peu perplexe, car certains passages sont peu compréhensibles comme le sont également les visuels, où films de vacances seventies se mélangent à des vues de l'espace et des figures géométriques. Il est décidément bien difficile d'échapper aux clichés dans l'art difficile du veejaying. 

Il est alors temps de passer dans une salle bien plus adaptée à la musique puisqu'elle accueille généralement des concerts de musique classique. Nous nous installons donc confortablement dans des sièges pour assister au clou de la soirée : Borderland le projet de deux figures mythiques de la techno, Moritz Von Oswald (aka Maurizio, boss des légendaires labels Basic Channel et Chain Reaction) et Juan Atkins (pionnier du son de Detroit sous les pseudos, entre autres, de Model 500 et Cybotron). La foule est venue en grande majorité pour ce moment et accueille religieusement les deux légendes. Ici, il n'y aura rien à voir. La scène est plongée dans le noir, juste éclairée par des lampes de chevet. Trois figures figées devant leurs écrans (le neveu de Moritz, Laurens Von Oswald est également de la partie), émergent de la pénombre. Les premières minutes nous entraînent dans l'ambient de l'album du duo sorti sur Tresor. On a un moment peur que le live ne soit qu'une resucée de ce dernier ; mais après quelques minutes des pulsations naissent à la grande joie du public. C'est à la version rythmée que nous allons assister pour notre plus grand plaisir. Chaque apparition d'un beat, même fantomatique, est accueillie par des cris et des applaudissements de l'assistance. On se retrouve tour à tour au cœur des atmosphères techno dub de Chain Reaction puis dans des contrées plus propres à Juan Atkins période Model 500 (le morceau "Treehouse" par exemple). Les informations se font de plus en plus nombreuses et les clubbers ne tiennent plus en place. Au diable l'atmosphère religieuse et un peu guindée des lieux, quelques téméraires osent se lever et s'approcher de la scène, bientôt suivis par une centaine de personnes avides de se déhancher. Bien entendu, on est loin de la techno grasse et peu finaude des méga festivals, chaque son est réfléchi et subtil. On comprend minute après minute pourquoi ces deux personnages qui ne payent pas de mine sont des légendes. La prestation se termine. On emmène péniblement Moritz Von Oswald vers les coulisses et sa lente claudication nous rappelle que l'on a failli le perdre fin 2008 suite à une crise cardiaque pendant un trajet en avion. Une douce impression d'avoir côtoyé l'histoire de la musique électronique pendant une heure nous plonge dans une certaine nostalgie. Pas pour longtemps. Le présent nous attend.

Et ce présent, il est rudement bon. Retour dans le couloir lugubre pour une prestation qui va me bluffer. William Bennett, mieux connu pour son implication chez Whitehouse, le fabuleux groupe de noise expérimental, s'est, au cours des dernières années, lancé dans un projet consacré aux instruments de percussions ghanéens. A partir de ces rythmes, il a concocté une techno tribale ébouriffante sous le patronyme de Cut Hands et c'est en grande partie son dernier album "Black Mamba" qu'il nous propose. Pas mal de spectateurs sont désarçonnés et c'est compréhensible. Le nombre d'informations à la seconde dépasse largement les capacités d'absorption d'un clubber lambda. En outre, elles partent dans tous les sens ; et pourtant, tout est maîtrisé. On a l'impression d'assister à une cérémonie vaudou et fatalement l'état de transe n'est jamais loin. L'amateur de musique africaine que je suis est aux anges. Je suis littéralement happé par cet enchevêtrement de rythmes traversés par des sonorités industrielles. Mes amis semblent moins réceptifs. Peu importe, j'ai vécu un grand moment et je me promets de me procurer sous peu toutes les productions signées Cut Hands.

C'est Vatican Shadow qui reprend le flambeau. Dominick Fernow, artistes aux multiples pseudos dont le plus connu est Prurient, propose sur albums une IDM/techno industrielle aux mélodies synthétiques sombres qui pourrait figurer dans le catalogue Tympanik Audio, par exemple. Mais les mélodies sont quasi-absentes de son live et on doit se contenter d'une dark techno agressive et un peu ennuyeuse. On pourrait s’imaginer participer à une soirée Ant-Zen ou Hymen des années 90. Et on se dit qu'on aurait bien consommé un intermède un peu coloré au milieu de tous ces univers industriels relativement redondants.

Et ce ne sont pas Silent Servant et son comparse Regis qui nous extirperont de ces atmosphères étouffantes. Ils clôturent la soirée. Leur expression sonore est froide, sombre, industrielle, percussive. Un set sans doute plus réussi que l'artiste précédent ; mais mes oreilles sont repues. Elles sont aussi saturées que le son. Les ingénieuses et abrasives saillies noise ajoutées par Karl O'Connor (Regis) sur la techno indus de Silent Servant ne me titillent plus. Il est temps de s'en aller.

(Organisation Bozar)

Voir aussi notre section photos ici 

 

Rock en Seine 2013 : samedi 24 septembre

Pour sa 11ème édition, le festival Rock en Seine proposait une affiche variée de quelque 56 groupes ou artistes, dont plus de la moitié venaient présenter un premier Ep ou album. A l’instar des années précédentes, il investit le vaste domaine de Saint-Cloud, au sud-ouest de Paris. En constante progression depuis sa création, le festival a, une fois de plus, battu son record de fréquentation, alignant deux jours à guichets fermés (vendredi et samedi), soit 40 000 personnes à chaque fois, plus de 38 000 personnes le dimanche, soit un nombre total de 118 000 visiteurs. A l'affiche du samedi, une belle brochette de formations confirmées (Phoenix, Vitalic et surtout Nine Inch Nails, dont c'est le grand retour), mais également quelques unes très prometteuses, qui opèrent leurs quasi-débuts dans un festival de cette envergure.

C'est le cas pour le premier combo auquel nous nous sommes intéressés, In the Valley Below. Ce duo américain, réunissant Angela Gail et Jeffrey Jacob, doit son nom à une chanson de Bob Dylan ("One More Cup of Coffee") et ne compte à son actif qu'un Ep et un single. Mais il manifeste déjà une belle maîtrise. Il pratique une ‘dream pop’ psychédélique, un peu mélancolique, comparable à celle de The Beach House. Sur le podium ‘Pression’, une petite scène 'découverte' lovée à flanc de colline, le couple va séduire un public venu déjà nombreux à quatre heures de l'après-midi. C'est bien entendu la belle Angela qui attire les regards. Dans sa robe en dentelle, couleur blanc cassé, elle remue tout en douceur et grâce ; et sa voix un peu grave fascine. Elle et Jeffrey Jacob se partagent les parties vocales. Et son attitude vis-à-vis de son compagnon est plutôt aguichante. Elle le caresse ainsi sensuellement dans le cou. Après un premier inédit, "Stand Up", très convaincant, la setlist fait la part belle à l’Ep "Hymnal", notamment à "Palm Tree Fire" mais surtout "Last Soul", ma chanson préférée, une petite merveille acidulée, qui évoque bien sûr The Beach House, mais aussi Bat For Lashes, Ladyhawke, voire même Cock Robin. Le son est un peu déséquilibré. Les basses synthés de Jeremy Grant et la batterie de Joshua Clair accaparent trop l'espace sonore, au détriment des très belles harmonies vocales. Pour "Devil", un autre nouveau titre, Angela se fait diabolique, utilisant des chaînes comme élément de percussion. ‘C'est notre premier show en France’, précise-t-elle ensuite, avant d'entamer le très beau "Lover". Puis, place à la chanson la plus connue, "Peaches" ; et le public, assez passif jusqu'alors, se met à taper dans les mains et chanter le refrain. La setlist se referme par un dernier inédit, "Neverminders" et la formation se retire. Un concert en tous points prometteur, qui laisse augurer un premier album de très grande qualité. Je suis devenu fan! Ne les ratez pas en première partie des White Lies fin novembre à l'AB!

Regardez ici l'interprétation de "Peaches": http://youtu.be/nWJ4qOCBkJA

(Setlist: Stand Up, Last Soul, Palm Tree Fire, Devil, Lover, Dove, Peaches, Neverminders.)

Plus tard, sur la ‘Cascade’, la 2ème plus grande scène du festival, située au centre du domaine, c'est l'effervescence car c’est un ensemble français qui va s’y produire : La Femme. Ce combo créé au départ à Biarritz cultive le mystère. Ses membres sont à peine âgés de 20 ans, mais ils ont déjà écumé les salles et publié un 1er album, "Psycho Tropical Berlin". Ils se présentent comme une bande de six potes, juste là pour le plaisir de jouer... et pour boire des bières! Leur expression sonore est le fruit d’un mélange de surf/punk et de pop électro à la française. On pense à Indochine, Taxi Girl, Jacno, Lescop, Daho ou Marie Et Les Garçons, mais en plus déjanté, en plus festif. Live, on est frappés par les trois claviers Nord qui sont alignés au devant de l’estrade. Le leader de la formation, Marlon Magnée, est un chanteur à belle gueule et un excellent claviériste, qui déborde d'énergie. A ses côtés, Clémence Quelennec, également aux voix et aux claviers, apparait comme ‘La Femme’ typiquement française et très attachante. Coiffée d’un petit béret, elle dessine des déhanchements façon 'Twist à Saint-Tropez". Le concert démarre sur les chapeaux de roues par "Amour Dans le Motu" et "Packshot". Chez La Femme, pas d'ordis, pas de séquenceurs : tout est en direct. Même les basses super rapides à l'octave sont réalisées aux synthés par Sam Lefèvre. Dans "Nous Etions Deux", le second single du combo, le rythme est plus lent et on a droit à un slow archétypique, voire même kitsch. Magnée n'hésite pas à fourguer un son d'orgue de foire : ça marche ! Leur morceau éponyme, "La Femme", évoque la musique de Pulp Fiction et le public danse avec délectation. Sacha Got, multi-instrumentiste de talent, exécute ensuite une démonstration au thérémine (NDR : créé en 1919 par le Russe Léon Theremine, cet instrument étrange est constitué d'une antenne verticale). Dans le morceau "Sur La Planche", il démontre également son aptitude au... surf en surfant sur une planche au sein du public : un stage-diving original! Au final, un concert plein d'une saine énergie, un peu fourre-tout mais ce n'est pas grave : on a passé un excellent moment!

(Setlist (tbc): Amour dans le motu, Packshot, Nous étions deux, La Femme, Françoise, Hypsoline, Sur la planche, Télégraphe, Antitaxi, La cabane perchée, Welcome America, La femme ressort.)

Juste à côté, sur le podium ‘Industrie’, c'est un projet belge qui prend le relais : Kid Noize. Son membre principal entretient un mystère à la Daft Punk en apparaissant toujours masqué, tel un primate, échappé de la ‘Planète des Singes’. Mais les mélomanes perspicaces savent très bien qu'il s'agit du leader d'une formation pop-rock belge bien connue... Je n'en dirai pas plus... A ce jour, il ne compte à son actif que quelques mixtapes, des prestations remarquées et un Ep. Energique, son électro véhicule des accents dub. Son set est très dépouillé à la lumière du jour : juste le personnage et ses machines. Dommage qu’il ne soit pas soutenu par un show ou la projection de vidéos, car après quelques tracks, l'attention finit par retomber. Heureusement, la reprise d’"Eisbaer", en milieu de parcours, restitue un peu de punch à l'ensemble. En tout cas, pour les fans d'électro, massés devant la scène, ce sera un réel succès. En attendant Vitalic…

Plutôt que d'aller voir Wavves, nous décidons de camper au plus tôt devant la grande scène, dont Nine Inch Nails doit prendre possession à 20h40. Nine Inch Nails à Saint-Cloud, ça ne s'invente pas... (nail = clou) Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, NIN (ou NIИ) est un groupe légendaire, crée en 1988, dont Trent Reznor est le leader et seul membre permanent. C’est un des pionniers du rock ‘industriel’ (tout comme Ministry) ; mais au fil des années, sa palette musicale s'est étendue pour inclure électro-rock, ambient, trance et synth-pop. En 2009, après avoir gravé 8 albums studio et vendu au total 30 millions de disques, Reznor a décidé de s’accorder une pause pour se consacrer à un nouveau projet en compagnie de sa femme, How To Destroy Angels. Il a coécrit des musiques de films, ce qui lui a valu de décrocher un Oscar, excusez du peu. Mais, en février dernier, à la surprise générale, Reznor ressuscite NIN et annonce rien moins qu'une tournée mondiale et un nouvel album, « Hesitation Marks », dont la sortie est prévue pour le 2 septembre.

Vu la réputation de ‘killer live act’ établie par Nine Inch Nails, les très nombreux fans rassemblés devant la grande scène manifestent leur impatience. Heureusement, il ne pleut pas et il fait déjà assez sombre, ce qui permettra de mettre en valeur le light show. C'est que Monsieur Reznor ne fait pas les choses à moitié : il a emmené sept énormes écrans LED amovibles, qui sont disposés à l'arrière du podium. Quand retentit l'intro de "Somewhat Damaged" dans un vacarme indescriptible, on découvre une toute nouvelle formation sur les planches. Reznor a recruté le bon vieux compère Robin Finck (guitare), Josh Eustis de Telefon Tel Aviv (basse), Alessandro Cortini (claviers) et Ilan Rubin (batterie). Le choix de cet 'opener' vient à propos : plutôt que d'ouvrir par "Copy of A", comme pour d'autres dates de la tournée, Reznor décide de frapper fort dès le début. Pas de chipotage électro, c'est d'emblée le coup de poing dans la gueule. ‘Too fucked up to care anymore!’, éructe Reznor sous un déluge de guitares saturées. On ne peut être plus clair. NIN est de retour et ça va chier!

Après "The Beginning of the End", le band embraie par un "Terrible Lie" lourd et violent. Reznor a l'air en pleine forme et plus énergique que jamais. Pendant "March of the Pigs", le public se lance dans un pogo d'enfer et quelques intrépides se font porter par la foule. Après "Piggy", le spectacle connait une très courte pause et l'énorme classique "Closer" entame la seconde partie, plus sophistiquée, du concert. C'est maintenant que les meilleurs effets lumineux de haute technicité se déploient sur les écrans LED. L'ambiance se calme de plus en plus et en particulier pour "Me, I'm Not" et surtout "Find My Way", le seul extrait du nouvel opus dans la setlist. On passe même à de l'ambient, lorsqu’est abordé "What If We Could?", un extrait de la bande originale de "The Girl With The Dragon Tatoo", suivi du très beau "The Way Out Is Through". Mais le final explosif de ce passage du double elpee culte "Fragile", marque la fin de la partie paisible et on repart plein pot dès "Wish", qui est une tuerie totale (http://youtu.be/luQWjWEKR5c). Les écrans LED répandent des éclairs de lumière éblouissants et toute la plaine de Saint-Cloud explose littéralement sous les hurlements de Trent Reznor.

Moment très rare, à la fin de cette chanson, il remercie le public et les organisateurs : ‘It's nice to be with cool and civilized people’. On ne sait si la pique indirecte est adressée au public du Pukkelpop en Belgique (les fans d'Eminem avaient gâché le concert de NIN) ou aux organisateurs du festival de Reading (qui ont empêché NIN d'utiliser son propre light show). Ce light show fait d'ailleurs merveille sur "Only". Les images pixelisées suivent Reznor en fonction de ses déplacements sur scène. Une technologie signée Moment Factory. La suite, on la connaît : comme d’hab’, NIN termine ses prestations par les hits absolus que sont "The Hand That Feeds" et "Head Like A Hole" (http://youtu.be/nrdNz_jwbms).

L'ambiance atteint son paroxysme lorsque Reznor demande au public de taper dans les mains et qu'un océan de bras se tend devant lui. Un final impressionnant ! Après quelques minutes, NIN revient pour une interprétation inédite, très belle du chef-d’œuvre "Hurt", soutenue par une magnifique vidéo très 'organique'. On n’entend même pas une mouche voler quand Reznor murmure doucement les paroles, déchirantes... ‘I hurt myself today...’ Revivez ce moment magique ici 

Un concert amplement réussi. Un nombre impressionnant de fans dans l’auditoire ont pu communier avec ce groupe hors du commun, que l'on est heureux de revoir comme un vieil ami. Une setlist presque parfaite, un best of imparable, dans lequel manquaient quand même un ou deux nouveaux morceaux ("Copy of A" et "Came Back Haunted"), pour éviter ce petit sentiment de nostalgie. On attend impatiemment l'album et une tournée comme tête d'affiche en 2014…

(Setlist: Somewhat Damaged, The Beginning Of The End, Terrible Lie, 1.000.000, March of the Pigs, Piggy, Closer, Gave Up, Help Me I'm In Hell, Me I'm Not, Find M Way, What If We Could?, The Way Out Is Through, Wish, Only, The Hand That Feeds, Head Like A Hole. Encore: Hurt.)

Après un tel orgasme sonore, nous nous sommes retirés quelque temps dans l'espace VIP pour nous reposer un peu et suivre sur les écrans la prestation de Pascal Arbez, alias Vitalic. Rien de bien particulier à signaler, sinon une succession bien rôdée de hits électro, soutenus par un light show gigantesque, pour le plus grand plaisir des nombreux 'electroheads' qui ont transformé la ‘Cascade’ en énorme nightclub. Au passage, on reconnaît les classiques "La Rock 01", "Terminateur Benelux" et "My Friend Dario". Ils alternent, plus ou moins judicieusement, avec des extraits de la dernière plaque du Dijonnais : "La Mort sur le dancefloor", "No Fun", "Rave Kids Go" et "Stamina".

Sur la grande scène, c'est Phoenix qui a la lourde tâche de succéder à Nine Inch Nails. Bien sûr, la formation versaillaise emmenée par Thomas Mars (le mari de Sophia Coppola) joue ‘à la maison’ et c'est donc devant un public conquis d'avance que se déroule ce concert, dans l'ensemble très réussi. Pour ceux que la voix nasillarde de Bruno Mars dérange, comme votre serviteur, cette expérience sera plus difficile à supporter ; mais les allers-retours entre le site principal et le bar VIP ont eu l'heur d'adoucir l’épreuve. Musicalement, Phoenix pratique une pop assez sophistiquée, combinant rythmiques compressées, guitares vintage, synthés glacés et cadences funk. Les fans se sont régalés à l’écoute de la succession de hits comme "Entertainment", qui évoque beaucoup M83, un autre projet hexagonal d'envergure mondiale, "Lasso", "Lisztomania” ou “Run run run”. Pendant la reprise finale de "Entertainment", Bruno Mars entreprend de surfer sur la foule jusqu'à la régie et de grimper sur l'échafaudage pour remercier ses aficionados. Une cascade qui apparait comme déplacée car Mars n'a ni le charisme ni l'énergie communicatrice d'un Bono! Enfin, à chaque génération ses héros...

Epuisés par cette longue soirée, nous n'avons plus le courage d’accomplir le très long déplacement à pied nécessaire pour assister au concert, très attendu, de Fauve. Il faut dire qu'ils sont programmés sur la petite scène ‘Pression’ à flanc de colline et je n'ose imaginer la cohue qui a dû se presser dans cet espace confiné afin de voir ces petits génies du 'slam' à la française. En plus, la pluie a décidé de faire son apparition et de voler la vedette au ... Blizzard... Une prochaine fois, certainement!

En conclusion, un excellent festival, très bien organisé, que nous recommandons chaudement. Seule ombre au tableau, les files interminables aux bars à houblon, qui ne servaient même pas de bière belge. Une lacune à combler l'année prochaine!

Nine Inch Nails + Phoenix + Vitalic + La Femme + Kid Noize + In The Valley Below

Organisation: Rock-en-Seine
Presse: agence Ephélide

 

Pukkelpop 2013 : samedi 17 août

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Tout au long de cette troisième et dernière journée, les organismes émoussés tentent de retrouver vigueur et enthousiasme au fil d'une affiche démarrant sagement pour se terminer en feu d'artifice, comme le veut la tradition.
Une affiche toujours répartie sur huit scènes et imposant bien sûr quelques choix cornéliens.

Day 3

Pauvre Regina Spektor !

Et pauvres fans désabusés.

Victime de problèmes sonores récurrents, la chanteuse ne pourra offrir que trois titres à celles et ceux venus l'applaudir ; et encore, en formule voix/piano uniquement qui, en l’occurrence, la loge plus près du spectre de Tori Amos que d’An Pierlé.

Sensibles, ces chansons pour filles soulèvent néanmoins, en l'espace de ces dix minutes, quelques poils rescapés de toute récente épilation.

Un pétard mouillé mais qui n'altère pas l'humeur générale.

Ainsi l'arrivée d’Alabama Shakes est accueillie chaudement, non seulement par un ciel à présent parfaitement dégagé, admis par une assistance qui doucement s’amasse devant la Main Stage.

Brittany Howard possède un savoir-faire digne d’un vieux crocodile issu du bayou, et suscite l'admiration. En témoigne quelques bouches figées en un 'O' béat.

La Sudiste a du coffre et tout en réveillant quelques vieux démons féminins, elle ferait bien frémir les plus sceptiques.

Certes l'originalité n'est pas l'élément principal de cette musique aux accents très Roots, mais porté par la voix de sa chanteuse, charismatique sans être belle, elle nous transporte vers les horizons dégagés de l'Alabama où souffle quelques fantômes séculaires chuchotant l’une ou l’autre histoire depuis longtemps oubliée.

De quoi gommer la déception provoquée par le forfait de Neil Young, la veille.

Comparativement, les jeunes de Kodaline ne sont guère transcendants, et leurs compositions outrageusement Pop sont juste bonnes à contenter les amateurs de Coldplay délavé.

Recette éculée et sans inventivité qui suffit à me faire bâiller.

La musique de Holy Other est certes contemplative mais dégage nettement plus d'émotion, quant à elle.

Bien qu'un poil statique, le set du jeune homme élève l'auditoire dans un état de grâce, grâce ( ?!?!) à ses sonorités sensuelles et charnelles.

À l'image de ces mains qui en arrière-plan se saisissent de différentes matières (de la soie à l’aluminium), les malaxent, les triturent, et les froissent lentement.

Par analogie, les sons prennent ainsi forme et se matérialisent sous nos yeux.

Une subtile expérience qui laisse rêveur.

Quelques enjambées plus loin, première incursion dans le Dance Hall pour assister à la prestation ludique des !!! dont les déhanchés so sexy du leader suscitent l'amusement. Moulé dans son petit short Rolling Stone, Nic Offer s'offre en spectacle sans peur du ridicule.

On nage clairement dans le Disco Funk à tendance Pop, et l'attitude débonnaire du chanteur tranche radicalement avec le sérieux des autres membres du band.

Leur set hédoniste se partage entre fans et non fans. Il évolue à la croisée d’une multitude de chemins tout en se jouant des codes en vigueur.

Mais le temps presse, et les aiguilles de mon GPS (Groupes Principalement à Suivre) s'affolent alors que les noms se chevauchent sur le mur de mes désirs.

Puisqu'il choisir, je reviens vers The Soft Moon qui m'avait personnellement déçu lors de son concert au Magasin 4.

Celui de ce soir va démentir ma première impression.

Soit une prestation hermétique oscillant entre une Cold Wave pornographique (en référence bien entendu à l'album de Cure) et une distance digne de Jesus And Mary Chain (bien que Luis Vasquez semble plus timide qu'animé d'une quelconque volonté d'ignorer le public) mais qui génère de véritables secousses de plaisir.

Scellé dans un moule austère, la musique se cristallise et ses éclats teintés d'un gris sépulcral figent l'air chaud emprisonné dans le Castello, jusqu'à lui donner des allures de mausolée.

Comme un long tunnel dont la lumière scintillante au bout vacillerait et menacerait de s'éteindre à tout moment.

Où quand le Rock se fait linceul et vous drape dans son étreinte glaciale.

Pour me réchauffer, je cours vers le Marquee où Bat For Lashes allume les premiers feux d'une féerie enchanteresse.

Enrobée d'une combinaison aux apparences hippies, Natasha Khan va émouvoir (oui, j'ai vu des larmes couler sur les joues de mon voisin) et ravir toutes celles et tout ceux qui se pressaient sous l'immense tonnelle.

D'un naturel déconcertant, elle se révèle drôle et touchante mais surtout extraordinaire.

À l'instar de Björk, son registre vocal et sa technique imposent l'admiration, mais n'étouffent en rien la richesse musicale des arrangements.

Sorte de prisme chamanique conduisant l'oreille jusqu'aux pavillons lointains de rêves contenus dans une petite boîte à musique dont seule l'artiste possède la clé.

Et quand elle-même se perd dans les méandres de ce jardin secret (« Moon And Moon », interrompu faute de s'en rappeler) son sourire guide alors nos pas et nous invite à l'excuser, ce qui du reste nous paraît particulièrement évident.

Absorbé, je mets entre parenthèses la prestation de Crystal Castles qui semble retardée selon un message communiqué sur les écrans géants bordant la scène.

C'est donc Franz Ferdinand qui va prendre le relais en ce qui me concerne.

Un show difficile à aborder, vu de la distance qui me sépare de la grande scène.

Mais ce n'est sans doute pas là l'unique point noir sur le visage éternellement juvénile de ce groupe écossais.

« Walk away » pris en marche, le constat semble le même tout au long de leur discographie. Et si le propos est certes sympathique et que les talons frappent encore volontiers le sol à l'écoute de l'incontournable « Take Me Out », il n'en reste pas moins que FF n'a rien de plus à proposer aujourd'hui qu'en 2004. Se reposant donc sur leurs lauriers, il est donc flatteur pour eux d'occuper encore actuellement une place aussi privilégiée (constat valable pour The Prodigy argueront certains d'entre vous, à la différence près que ces derniers, s'ils n'ont pas d'activité récente, signaient hier un retour remarqué).

Une position qu'il leur faut laisser à l'événement majeur de la soirée ; et pour certains, l’avènement même de ce Pukkelpop 2013.

Mais avant cette apothéose, un petit regard curieux s'impose du côté du Marquee où The Knife Shaking The Habitual Show secoue les mines sceptiques autant qu'il divertit.

Pour leur retour après sept années d'absence, Karin Dreijer Andersson et Olof Dreijer misent sur le show Arty balancé entre avant-gardisme et mauvais goût prononcé.

Pour le peu que j'ai pu en voir, je reste circonspect (NDR : normal, lorsqu’on débarque au moment où est enseigné un énigmatique cours d'aérobic annoncé en grande pompe tout au long du jour) et ne peux condamner un concept à peine entrevu.

Reste une impression colorée et foutraque de joyeux bordel articulé autour d'un bien étrange projet aventureux.

Mais place à la grâce et à la majesté de The XX.

Attendu comme les messies par certains, ignoré pour l'absence de spectacle par d'autres, le trio avait pour mission de justifier sa place sur la Main Stage, en programmation nocturne.

Le fait que la plupart des morceaux bénéficiaient d'une relecture complète jumelée à l'intime connivence palpable entre d'une part Olivier et d'autre part Romy, soit les deux voix qui s'entrelacent comme deux corps épris d'un amour non charnel, ne tardent pas à apporter la réponse à cette équation à deux inconnues.

Car non, définitivement, ceux-là ne forment pas un couple dans la vie ; et si leur entente parfaite dessine en ‘live’ des arabesques suaves, il ne faut en rien négliger le travail du troisième larron, à savoir Jamie Smith qui se réserve les rythmiques synthétiques.

Ces trois musicos tissent donc la trame d'un univers délicat où les mélodies simples se couchent encore brûlantes sur le corps d'une basse aux cordes nouées et sensuelles.

Et au travers du jeu des voix entrelacées mais aussi des regards profondément ancrés dans un désir refoulé, c'est là que se déroule le spectacle.

Plus encore que dans un light show savamment étudié soulignant habilement la richesse de ce spectacle.

Quatorze titres et un épilogue en forme de ‘happy birthday’ pour la chanteuse visiblement émue et qui l'espace d'un instant abandonne sa réserve étudiée cachant mal une timidité maladive.

Un show bouleversant. Et au bout d’une heure dix, il faut reconnaître que le succès était amplement mérité.

Enfin, il restait aux Courtraisiens de Goose à refermer le chapitre.

Balançant sans vergogne son Electro Rock formaté pour plaire au plus grand nombre.

Qu'on ne s'y méprenne. La finalité de cette prestation n’est pas de rejoindre l’inaccessible étoile, car le contrat est rempli haut la main.

Efficace en diable, elle assure un épilogue tout en énergie contrôlée.

Sans doute trop contrôlée.

Une puissante décharge parfois émaillée de sonorités foireuses. Malheureusement. Mais judicieusement rattrapée par un savoir-faire épatant.

Enfin, comme un dernier trait éclatant dans le ciel, cette édition va s’achever dans un bouquet final scintillant de mille feux, dessinant la voie d'une vingt-huitième anniversaire tandis que les derniers fêtards vont s’entasser au sein du Boiler Room…

Organisation Pukkelpop

 

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