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Tommigun fait de vieux os…

Les vétérans belges de l'indie pop signent un retour marquant. Dix ans après la parution de Wooden Son, Tommigun rompt un long silence et dévoile « Heavy Bones ». Ce morceau inaugure un nouvel elpee éponyme, dont la sortie se profile pour le 20 novembre 2026…

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Les Solidarités 2026 : dimanche 6 septembre

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Les organisateurs des Solidarités peuvent se réjouir de la clémence de la météo. Hormis le vendredi où quelques fines pluies éparses ont joué les touble-fête, les journées de samedi et dimanche baignent dans un soleil radieux, idéal pour attirer la foule. Il se murmure d'ores et déjà que cette édition s'avère exceptionnelle sur le plan des ventes.

Du côté de la programmation, l'événement propose une belle affiche. Si le premier volet se centre davantage sur le rock et le second s'oriente vers les familles, ce troisième et dernier chapitre offre un compromis équilibré entre les deux.

Il est un peu moins de 17 heures lorsque la Place des Arts accueille Ben Mazué. C’est l’heure à laquelle votre serviteur arrive à bon port également. Promis à une carrière de médecin, Benjamin Mazuet à l'état-civil opte pour la musique alors qu'il n'a que 25 ans.

Pour ce concert, plusieurs multi-instrumentistes l'entourent. Installés sur des éléments surélevés à des niveaux différents, les musiciens se trouvent ainsi pleinement mis en valeur. L'estrade, elle, est jonchée de fougères ; un décor original qui rapproche l'auditoire de la nature. L'artiste saisit sa guitare sèche sur certains titres, mais une constante demeure : il sautille et parcourt les planches d’un bout à l’autre tel un athlète. Un écran blanc géant domine le podium pour habiller le spectacle en images.

Dès le premier morceau, le leader s'émancipe en descendant au cœur de la fosse. D'emblée, cet amoureux des mots et de l'émotion se dévoile à travers ses compositions. Ses joies, ses peines et ses états d'âme retentissent au gré de ses maux. Auteur-compositeur-interprète, Benji couche ses sentiments sur le papier pour bâtir des mélodies porteuses de sens, pour lui comme pour les autres. Ses récits se révèlent familiers et sincères.

Très loquace, il ressent le besoin d'expliquer la genèse de quasiment chacune de ses chansons. Ainsi, « Quand Je Marche » à peine achevée, il confie l'avoir écrite en s'interrogeant sur la vie et le temps qui passe. Ce titre, couronné par le prix Charles Cros à sa sortie, reste l'un des plus emblématiques de son répertoire, et les spectateurs namurois ne s'y trompent pas en reprenant le refrain en chœur.

L'artiste vient défendre les couleurs de son dernier opus, « Famille ». De son propre aveu, sa tournée aurait dû s'arrêter deux mois plus tôt, mais le succès rencontré a permis d'ajouter plusieurs dates. Les Solidarités en bénéficient, pour le plus grand bonheur des festivaliers. Aujourd'hui marque précisément l'ultime concert de sa tournée. Un élan nostalgique traverse le chanteur et insuffle à sa prestation une intensité particulière.

La famille occupe le centre des débats ce soir-là : celle que l'on construit, celle que l'on regarde grandir et celle qui nous a conçus. Très communicatif, il rappelle que « 10 Ans De Nous » est une composition adressée à la femme qui l'a poussé à embrasser la carrière musicale ; celle-là même qu'il a épousée, qui lui a donné des enfants, et dont il a ensuite divorcé. Les histoires d'amour finissent parfois mal. Il balaie alors l'auditoire du regard où des couples s'enlacent. Il les observe, les envie presque, et confie à haute voix qu'il aurait aimé, lui aussi, prolonger cette union.

Lorsque résonnent les premières notes de « J'attends », sur cette plaine particulièrement dense, une femme apparaît sur l'écran géant dressé derrière le podium. Ben Mazué engage alors par écrans interposés une discussion virtuelle sous la forme de SMS projetés en direct. Ce dispositif, aussi simple qu'efficace, happe instantanément l'assistance. La famille reste chez lui une notion qui le plonge dans un profond spleen et l'interroge sur son envie d'en fonder une nouvelle.

« Nous Deux Contre Le Reste Du Monde » et « Famille », morceau-titre de l'opus, prolongent cette veine intimiste. L'artiste y décrit le foyer tel un cœur autour duquel gravitent les énergies, évoquant une photo aimantée sur le frigo qui formerait une seule et même entité.

« Gaffe Aux Autres », duo enregistré à l'origine sous la forme d'un partage avec Jérémy Frérot, vient ensuite prêcher la bienveillance et l'empathie, valeurs cardinales chez le chanteur. « C'est L'heure » raconte le vertige d'un père devant le temps qui file sur ses enfants. Selon ses propres mots, mieux vaut une belle histoire écourtée qu'une existence médiocre ; une philosophie qui insuffle à « Tailler La Route » une tonalité lucide et apaisée.

« Cette Guerre », qui ouvre habituellement le elpee, résonne ce soir comme un hommage aux combats secrets de chacun. Sur « Rupture », il règle ses comptes par des formules percutantes, déclenchant les rires complices d'une fosse conquise. « Crush » adoucit le propos en narrant l'histoire d'Émilie, qui n'ose avouer ses sentiments à celui qu'elle observe de loin — un récit de courage amoureux que Benji dépeint à merveille.

Intellectuellement torturé, Mazué redonne à la chanson française ses lettres de noblesse. À 45 ans, en pleine maturité, l'homme continue de se chercher et de se réinventer. Il s'épanouit dans ces chroniques du quotidien. Fondamentalement curieux, la nature humaine le questionne, et ses interrogations fusent sans forcément trouver de réponse. Au terme d'un tour de chant d'une heure, il se livre pleinement à travers ses thèmes de prédilection : l'amour perdu, espéré, ou simplement observé chez les autres depuis les planches.

Cap ensuite sur la scène PV, où Imany s'apprête à monter sur l'estrade. Sur le grand écran posé en arrière-plan, un mot s'affiche en lettres capitales : « WOMEN DESERVE RAGE ». L'auditoire s'interroge et cherche la nuance derrière la formule. La chanteuse la lui offre rapidement : les femmes possèdent le droit d'être en colère. Un avis tranché. Si on ne lui connaissait qu'une soul feutrée et un grain de voix mélancolique, l'artiste surprend par son engagement.

La Franco-Comorienne présente « Women Deserve Rage » (2025), son long playing le plus personnel et direct, mêlant pouvoir féminin, réinvention et libération. Après des années de retenue soul, elle revendique ici une parole forte sur l'affirmation de soi. L'artiste a pourtant beaucoup voyagé avant ce tournant. Repérée en 2010 par l'EP « Acoustic Sessions », elle enchaîne avec «The Shape of a Broken Heart » (2011), « The Wrong Kind of War » (2016), puis l'expérience de « Voodoo Cello » (2021) où sa voix s'unissait aux harmonies de huit violoncelles. Une trajectoire qui évoque une Tracy Chapman contemporaine, tant la leader partage cette gravité et cette manière d'habiter un texte.

Fidèle à son nom, qui signifie la foi ou l'espoir en swahili, Imany construit son set comme une traversée. Sur « Your Funeral », elle sollicite directement les aficionados, les invitant à songer aux personnes toxiques de leur entourage. Ce rituel thérapeutique prend un tour inattendu : après un bref échange improvisé, le gouvernement et ses mesures d'austérité s'imposent comme cible collective. Une réponse payante qui rappelle que sa colère trouve un écho concret chez ses fans.

Outre sa formation habituelle, la chanteuse s'entoure d'instruments à vent qui teintent le combo de couleurs soul, en parfaite adéquation avec sa voix éraillée caractéristique. Le sommet émotionnel survient tout au long de « Why Don't You », jolie ballade écrite pour ses enfants, où elle explique que chaque problème finit par trouver sa solution. Une œuvre intime qui touche une large frange du public namurois.

Viennent ensuite les premières notes de « Don't Be So Shy », son titre le plus populaire. Sortie en 2014 pour le cinéma, la chanson décolle l'année suivante grâce au remix des DJ Filatov & Karas, qui la hisse au sommet des classements européens. Des milliers de festivaliers reprennent le refrain en chœur, prouvant que ce tube dépasse le simple succès éphémère.

Le concert touche à sa fin. « I Am Who I Am » permet d'explorer des sonorités plus brutes, véritable manifeste d'émancipation totale dans l'esprit de son dernier disque. Ce morceau referme la prestation sur la note d'affirmation qui l'a traversée de bout en bout. Aux Solidarités, Imany a livré un moment authentique et passionné, révélant une artiste sincère. Rupture, réinvention, renaissance : un triptyque gagnant pour une musicienne à vif.

Retour à la Place des Arts pour retrouver un Christophe Maé fidèle à lui-même.

Si un nom résume deux décennies de chanson française consensuelle, c'est bien celui de Christophe Maé. Né Christophe Martichon à Carpentras en 1975, repéré par le producteur Dove Attia pour incarner Monsieur dans la comédie musicale Le Roi Soleil, l'homme ne se destinait pas à ce genre de carrière. Il interprétait alors du Bob Marley et du Ben Harper dans les pianos-bars du sud de la France, loin des paillettes.

Le succès arrive en 2007 grâce à « Mon Paradis» et son titre fétiche « On s'attache ». S'ensuivent « On trace la route » (2010), « Je veux du bonheur » (2013), « L'Attrape-rêves » (2016) — emmené par « Il est où le bonheur » —, « La Vie d'artiste » (2019) puis « C'est drôle la vie » (2023). Vingt ans de carrière et une bonne cinquantaine de titres débouchent sur un anniversaire célébré en 2025 avec « 50 ans déjà », avant l'ultime opus, « Fête foraine » (2026), qui donne son nom à la tournée.

Sur le papier, la promesse s'avère belle : deux décennies de tubes, un auditoire conquis et des concerts à guichets fermés. Dans les faits, la soirée peine à convaincre. À l'instar de nombreux artistes de variété qui misent sur une sincérité affichée, comme Vianney ou Kendji Girac, Christophe Maé privilégie la proximité et le sourire. Mais l'écriture reste désespérément sage : des refrains taillés pour une mémorisation immédiate, des mélodies solaires qui filent sans surprendre et un univers figé entre la fête foraine et la kermesse de quartier. Les mêmes accords tournent en boucle d'une chanson à l'autre.

Le set défile pourtant à un rythme soutenu. De « Fête foraine » à « La lune », extrait récent écrit en hommage à sa mère, en passant par « Ça va mal », « Une star » ou « J'ai laissé », la formule varie peu : bonne humeur de façade, textes lisses et voix chaude comme unique atout. « Il est où le bonheur », son titre le plus identifiable, tente d'apporter du relief sans y parvenir totalement, car l'ensemble manque de cohérence.

Malgré l'énergie déployée par l'artiste, la plaine commence sensiblement à se vider. Les allées se dégarnissent, les familles amorcent un repli discret vers les sorties. Difficile de trancher : est-ce la faute d'un tour de chant qui peine à retenir l'attention passé le cap de l'heure ou celle du calendrier, un dimanche soir précédant une rentrée matinale ? Un peu des deux, sans doute. Finalement, Maé ne convainc que les plus indulgents. Une prestation qui s'essouffle avant l'heure. Dommage.

Gaëtan Roussel propose l'ultime concert de cette édition hétérogène. Le décor s'avère plutôt minimaliste. Des dizaines d'écrans posés en arrière-plan captent l'attention ; ils servent à projeter des images au gré des compositions. À l'heure dite, après une brève introduction, le chanteur grimpe sur l'estrade et s'installe en position centrale. Une armada de musiciens l'accompagne, ce qui rassure ceux qui craignaient un exercice trop solitaire. Il prévient les spectateurs : la soirée accorde une place de choix à « Marjolaine », son nouveau long playing solo, sans pour autant bouder les incontournables de Louise Attaque. C'est un concert taillé sur mesure pour les fans de la première heure, qui réserve son lot de titres inédits et de surprises.

« Marjolaine » ouvre logiquement les hostilités. Le morceau-titre du nouveau disque donne le ton : une écriture plus mûre, toujours nerveuse, portée par des arrangements rock pleins d'allant. Enchaîne aussitôt « Les Nuits Parisiennes », premier vrai pic d'émotion de la soirée, qui rappelle le talent de compositeur de Roussel. « Passe la vie » et « La frousse » confirment que le nouveau répertoire dépasse le simple exercice de style. La plume reste incisive, la mélodie accrocheuse, et la foule rechante déjà certains refrains. « Amours » ralentit ensuite le tempo, offrant une parenthèse intime, avant que « Je reste là », premier extrait dévoilé de « Marjolaine », ne vienne rappeler pourquoi cet elpee a suscité une telle attente.

Roussel possède une voix remarquable, éraillée, qui touche les tympans sans les heurter : une richesse absolue pour susciter l'émotion. Sa plume se révèle unique, incisive, touchante et légère, ce qui procure à l'ensemble des chansons une beauté simple et sincère. Vient alors l'un des moments les plus inattendus du set : une reprise de « Je vous trouve un charme fou », signée Hoshi, à laquelle Roussel offre une lecture plus rugueuse, presque rock, sans trahir la fragilité du texte original. Une manière habile de tendre la main à une génération d'auteurs sous son influence. « Léa » et « Ton invitation » raniment ensuite la ferveur des premières minutes, deux pépites issues du répertoire de Louise Attaque que la fosse reprend en chœur, avant que « Nos blessures », plus sombre et âpre, ne vienne rappeler que l'écriture de Roussel sait aussi se faire grave, sans jamais sombrer dans le pathos.

Embraient deux reprises supplémentaires comme un clin d'œil appuyé à ses propres influences : « Il y a » de Vanessa Paradis, servie sous une pudeur touchante, puis « Résidents de la République » d'Alain Bashung, dont Roussel reprend l'écriture ciselée avec un respect évident. Le chanteur apparaît alors en gros plan sur les dizaines d'écrans, rappelant l'étendue de son talent. Trois générations de chanson française se croisent en l'espace de quelques minutes, de Hoshi à Bashung en passant par Paradis : la preuve que Roussel évolue naturellement à la lisière de plusieurs époques.

Tout y est : l'émotion, les textes, l'instrumentation, sans oublier le charisme du leader qui communique sans cesse avec un auditoire décidément très réceptif. « Si l'on marchait jusqu'à demain » relance la dynamique sur un tempo plus enlevé, avant que « J'entends des voix » ne confirme la solidité de la formation instrumentale qui l'accompagne ce soir. « Help Myself (Nous ne faisons que passer) », plus habité encore, referme cette section du set sur une note suspendue où sa voix se fait plus fragile.

Influencé par la musique anglo-saxonne, c'est dans la langue de Voltaire qu'il dispense ses incantations. Gaëtan Roussel est parvenu à transformer le succès engendré par Louise Attaque ou Tarmac en une quête de liberté artistique, parfait exutoire pour raconter le quotidien, ses joies et ses travers. Chez lui, tout réside dans la nuance, la subtilité et l'intensité. L'artiste aux multiples facettes fédère simplement, en injectant cette dose d'humanité qui lui est propre. Les écrans disposés intelligemment confèrent à l'ensemble une dimension quasi-cinématographique ; un support visuel qui mène la danse. « Encore » et « Lovés » profitent pleinement de ce dispositif, les images défilant en cadence avec le tempo.

Après avoir invité les milliers de festivaliers à allumer la lampe de leur portable, le chanteur convie la foule à s'envoler lors du tube « J't'emmène au vent », repris en clôture comme un écho à ses années Louise Attaque. L'artiste propose avec conviction un florilège de chansons destinées à procurer un grand plaisir, et l'objectif s'avère pleinement réussi.

Trois jours, autant de visages différents : le rock du vendredi, la marée familiale du samedi, et la chanson plus intimiste dominant les dernières heures, de Ben Mazué à Gaëtan Roussel en passant par Imany. Cette hétérogénéité constitue finalement la vraie signature de cette édition, entre franches réussites (Youssef Swatt's, Ben Mazué, Imany, Roussel) et rendez-vous plus mitigés (Louane, Christophe Maé, Suzane). Les Solidarités confirment leur vocation de festival intergénérationnel ouvert à tous les publics, quitte à y perdre parfois en identité. Rendez-vous est pris pour l'an prochain, avec la curiosité intacte de découvrir le visage de la prochaine cuvée.

(Organisation : Les Solidarités)

Les Solidarités 2026 : samedi 5 septembre

Écrit par

Changement de décor et changement de ton sur le site d'Ecolys.

Après une première journée résolument tournée vers les amateurs de rock, place à une affiche bien plus grand public, où se bousculent quelques-uns des noms les plus populaires de la chanson française actuelle.

Le contraste par rapport à la veille saute d'ailleurs aux yeux avant même le premier accord : là où votre serviteur slalomait, hier, entre quelques poignées de festivaliers déjà trempés jusqu'aux os, c'est une véritable marée humaine qui envahit ce samedi le site namurois.

Les familles, en particulier, ont répondu présentes en nombre, landaus et enfants juchés sur les épaules formant désormais l'essentiel du paysage, entre les stands de restauration et les premiers rangs des podiums. Les Solidarités, décidément, savent aussi se montrer festival pour toutes les générations.

Autre différence, et non des moindres : le ciel, hier si prompt à se montrer capricieux, a cette fois choisi son camp. Un soleil radieux a définitivement chassé la pluie battante de la veille, comme pour mieux accompagner une programmation résolument tournée vers la fête et le partage.

De quoi promettre une journée à l'image de ce nouveau climat : chaleureuse, populaire, et résolument tournée vers le grand nombre.

Originaire de Belgique, la chanteuse Mentissa s'est installée en France afin d'y développer sa carrière. Le contraste par rapport aux prestations de la veille saute aux oreilles. Là où le rock régnait en maître sur la plaine, Mentissa propose une pop chaleureuse, élégante et immédiatement accessible. C'est aussi l'intérêt d'un festival : passer d'un univers à l'autre, multiplier les découvertes et varier les plaisirs.

La chanteuse s'est entourée de musiciens aguerris pour parfaire son set.

Un auditoire plutôt jeune lui réserve un accueil enthousiaste. Mentissa reste liée à son parcours remarqué dans la dixième saison de The Voice France, où elle révèle toute l'étendue de son talent. Ironie du destin, elle devient ensuite coach de l'émission dans sa version belge, une belle étape dans son parcours.

Mentissa ne se cache pas derrière un personnage. Elle évoque ses doutes, ses complexes et ses aspirations. Sa voix claire sert notamment « Balance », où elle revient sur son rapport au corps, les injonctions esthétiques et les sacrifices consentis pour répondre à certains standards de beauté.

Revenue jouer sur ses terres, elle défend logiquement son nouvel opus, « Enfants Difficiles », paru en juin dernier. Le précédent, « La Vingtaine », lui avait permis de collaborer auprès de plusieurs auteurs reconnus, Vianney en tête, fidèle complice depuis ses débuts télévisuels.

Entre pop contemporaine et chanson française, Mentissa livre une prestation solide et maîtrisée. Une mélancolie discrète traverse le concert, nourrie par des arrangements soignés qui apportent profondeur et émotion à l'ensemble.

« Attendez-moi » et « Mamma Mia », deux titres-phares de « La Vingtaine », confirment la belle popularité de la chanteuse auprès de la foule, visiblement conquise dès les premières mesures.

Lorsque résonnent les premières notes d'« Et Bam », chanson écrite et composée par Vianney, Mentissa touche une foule déjà largement acquise à sa cause. Sa voix, capable de nuances délicates, confirme la maturité artistique d'une chanteuse encore jeune.

« Désolée », titre grâce auquel elle avait défendu les couleurs de la Belgique lors de la sélection Eurosong 2025, clôture un concert assez classique dans sa construction, mais très agréable.

Peu à peu, les festivaliers jusque-là statiques se laissent gagner par le refrain et accompagnent l'artiste dans une ambiance chaleureuse.

Un set sans artifices, mais taillé pour rassembler : Mentissa confirme, aux Solidarités, qu'elle a bel et bien pris sa place parmi les valeurs sûres de la pop francophone actuelle.

Miki arrive sur le site d'Ecolys, côté scène PV, visiblement grippée, la voix un peu voilée, le teint pâle des mauvais jours.

Rien n'y change pourtant : dès les premières notes, la Franco-Coréenne retrouve une énergie insoupçonnée, comme si les planches agissaient chez elle en guise de remède le plus fiable qui soit. Preuve, s'il en fallait, que certains maux ne résistent pas à une bonne dose d'adrénaline scénique.

Autre particularité de cette date namuroise : il s'agit ni plus ni moins de la toute dernière étape de sa tournée. Un symbole qui n'échappe à personne, et qui confère à cette prestation une intensité particulière, comme un dernier tour de piste avant la page blanche.

« Yes » n'a, paradoxalement, jamais été sa préférence en matière d'écriture amoureuse, mais il claque comme une évidence en ouverture de concert et cerne complètement l'univers artistique de la jeune dame.

« Ça Pik Un Peu Quand Même », l'un de ses plus grands succès, confirme d'emblée cette mélancolie dansante qui caractérise toute l'œuvre de la frontwoman. Le titre suivant déploie ensuite un groove plus organique, presque western, où la chanteuse démontre une belle aisance scénique malgré la fatigue du corps.

Vient alors « Jtm Encore », lettre adressée à un amour passé, jamais tout à fait refermée. Miki en profite pour interroger une spectatrice au premier rang sur les raisons qui l'ont poussée à quitter son ancien compagnon. Un vrai dialogue se noue entre les deux femmes, la spectatrice se prêtant volontiers au jeu sous les rires complices de la fosse. Pour un peu, on se serait cru autour d'une table de bistrot, entre deux copines refaisant le monde, et les histoires de cœur, un verre à la main.

Deux morceaux plus mordants relancent ensuite la machine, avant qu'un autre titre ne vienne confirmer l'écriture ciselée et volontiers autobiographique de la chanteuse. L'artiste, visiblement soutenue par l'envie malgré la lassitude du corps, continue de créer et d'avancer.

Puis résonnent les premières notes de « Particule ». La fosse, hystérique, connaît les paroles presque aussi bien que l'artiste elle-même, scandant en chœur ce refrain devenu hymne générationnel.

Pour Miki, la chanson prend, ce soir-là, un sens tout particulier : dernière date d'une tournée qui s'achève, elle qui chante « j'suis qu'une particule qui orbite autour de toi » semble, l'espace d'un instant, s'adresser directement à son auditoire, dont elle s'apprête à s'éloigner après des mois de route commune, avant que « Échec et Mat » ne serve de prétexte à un moment de mise en scène particulièrement bien orchestré.

Miki se plante ensuite au centre d'une estrade dédiée à l'occasion à un jeu bien particulier : c'est au tour du public de circuler tout autour d'elle, obéissant au doigt et à l'œil aux consignes de l'artiste, comme suspendue à son geste. Une manière habile, et redoutablement efficace, de mettre en mouvement toute une foule sans qu'un seul mot d'ordre ne soit vraiment nécessaire. Une touche artistique qui referme les débats sur une note à la fois mordante et intense, fidèle à l'esprit de toute une soirée placée sous le signe de la fièvre, au sens propre comme au figuré.

Malgré la maladie, malgré la fatigue d'une tournée qui touche à sa fin, Miki referme son passage aux Solidarités sur une prestation habitée, généreuse, et visiblement soutenue par l'émotion du dernier soir.

Louane débarque Place des Arts. La majorité de l'auditoire réunit des familles : parents, enfants, souvent très jeunes, et même grands-parents. L'artiste ratisse large. Mais la fosse est pleine.

Elle a été révélée lors de la seconde saison de « The Voice ». Actrice à ses heures perdues, c'est surtout son rôle dans « La Famille Bélier », pour lequel elle a remporté un César, qui lui a valu cette reconnaissance médiatique. Depuis, la demoiselle a multiplié les casquettes : représentante de la France à l'Eurovision l'an passé grâce à « Maman » (7e place, tout de même), et plus récemment initiatrice d'un projet baptisé « Solo », dans lequel elle affirmait vouloir s'éloigner de ses complexes d'adolescence pour mieux expérimenter. Sur le papier, la promesse était belle.

Alors que son tour de chant est déjà bien entamé sur des compositions qui sentent le bonbon, « Solo », cri de détresse chargé d'émotion, du moins sur le papier, fait une apparition remarquée.

Mais en alignant des morceaux comme « Avenir » ou encore « La Pluie », l'un de ses plus gros succès, le répertoire devient rapidement gnangnan et pompeux. Il attise toutefois l'éveil chez les plus jeunes. Les Solidarités est un festival intergénérationnel, ne l'oublions pas !

Hormis la fan base qui voit en Louane la déesse de la nouvelle chanson française, ses chansonnettes à deux balles ne prennent qu'un essor tout relatif dans les « portugaises » de votre serviteur. C'est niais et ennuyeux à s'en décrocher la mâchoire.

Mais, pour que la critique soit objective, il est nécessaire qu'il suive le concert jusqu'à son terme, ou presque. C'est donc en manifestant un enthousiasme refréné qu'il se mue en parfait spectateur.

Même si artistiquement la jeune dame peine à convaincre les plus exigeants, sa prestation reste dans la moyenne, les efforts consentis commencent à produire leurs effets auprès de la fan base.

La reprise de « Where Is My Mind ? » des Pixies crée une véritable surprise. L'exercice, plus habité, tranche nettement sur le reste du répertoire et offre, l'espace de deux minutes, un vrai moment de grâce. Comme quoi, quand elle sort de sa zone de confort, la demoiselle sait aussi surprendre.

Grâce à des compositions dans l'air du temps, Louane prend du plaisir et entraîne la fosse dans son show infantile. « Tout Pour Toi », dont le refrain est repris par une bonne partie de la foule, confirme cette règle immuable.

Votre serviteur file tout droit vers la scène PV, Youssef Swatt's va y entamer son set.

Originaire de Tournai, c'est un rappeur dans l'âme, auteur et manager d'artistes belgo-algériens, connu pour son style introspectif, poétique, ancré dans le hip-hop à l'ancienne, tant il reste digne dans ses propos en semant ici et là des messages remplis de bon sens.

Si le Tournaisien n'en est pas à sa première visite sur ce site, il se souvient y avoir posé ses valises en 2015, jamais son retour n'aura semblé aussi habité. Mieux : cette date referme sa tournée. Une manière d'ériger les Solidarités en véritable charnière, comme si la plupart des artistes présents aujourd'hui y avaient, chacun à sa façon, tourné une page de leur carrière.

Il a déjà bien bourlingué. Il compte plusieurs albums à son actif, des collaborations auprès d'artistes belges et français notoires tels qu'Oxmo Puccino (« Le poids des mots ») ou Demi Portion (« Maintenant ou jamais »), et a assuré le supporting act des concerts d'IAM en 2022, mais aussi de Bigflo et Oli en 2023.

Swatt's s'est très vite popularisé lorsqu'il a remporté le concours organisé par l'émission française de rap, Nouvelle École, d'autant plus qu'en apothéose, la finale a été diffusée sur Netflix.

L'histoire de cet artiste s'apparente à un véritable conte de fées. Âgé de seulement 14 ans, il sort un premier EP, « L'Amorce », qui lui permettra d'être repéré par le phénomène belge Scylla. Prolifique, il a déjà gravé « Vers l'infini et au-delà » (2017), « Poussières d'espoir » (2020), « Pour que les étoiles brillent » (2022) et enfin « Chute libre », son petit dernier.

La plaine, ce soir, est loin d'être clairsemée. Preuve, s'il en fallait, que la cote du jeune homme grimpe de jour en jour, et que le conte de fées continue de s'écrire.

Fidèle à son patronyme, Swatt's frappe d'une précision chirurgicale, chaque texte assené comme un coup pesé, jamais gratuit. Et sur les planches, l'homme se révèle aussi joueur que précis : il livre une composition encore inédite, pas même enregistrée en studio, et invite la fosse à sortir les smartphones pour la filmer, laissant aux réseaux sociaux le soin d'écrire la suite de son histoire.

Lorsque le gaillard livre sa version de « L'ordre des choses », extrait de son dernier elpee, ce sera dans une mouture qui n'existe qu'ici, en live : guitare-voix d'abord, presque à nu, avant que ses comparses ne viennent progressivement étoffer le morceau. Un régal !

La complicité qui l'unit à Joseph, son claviériste, saute aux yeux. Logique : les deux hommes se sont rencontrés dans une cour d'école, alors qu'ils n'avaient que sept ans.

Le frontman prévient : celui qui se trouve derrière les ivoires, prêt à en découdre, s'apprête à jouer un titre connu. Lorsque les premières notes de « Personne » résonnent, un morceau interprété notamment lors de la saison 3 de Nouvelle École, Youssef Swatt's glisse, explicitement, un clin d'œil au chanteur dans ses propres paroles.

Le gimmick mélodique de ce titre n'est pas sans rappeler l'esprit des refrains populaires et entraînants, à l'instar de ceux que Renaud a burinés dans le patrimoine de la chanson française. Une filiation reconnue, amplifiée par les liens étroits qui unissent le rappeur à cet univers : il a déjà assuré les premières parties de Renaud, avant de le rejoindre sur les planches.

Couronné de succès d'estime et critique, Swatt's est devenu une figure de proue dans le paysage noir-jaune-rouge.

Précision, complicité, filiation : ce soir, aux Solidarités, la boucle semble bouclée. Une tournée s'achève. Une étoile, elle, continue de grimper.

Si un nom incarne à lui seul la traversée du rap vers la grande chanson populaire française, c'est bien celui de Soprano.

Né à Marseille en 1979, Saïd M'Roumbaba forge ses premières armes dès le milieu des années 90 au sein des Psy 4 de la Rime, repérés par Akhenaton en personne, une filiation qui en dit long sur sa légitimité dans le paysage hip-hop hexagonal.

C'est en 2007, sur « Puisqu'il faut vivre », que l'aventure solo démarre, boostée par le tube « À la bien ». S'ensuivent « La Colombe » (2010), « Le Corbeau » (2011), puis « Cosmopolitanie » (2014), qui amorce un virage pop-rap. Mais c'est surtout à partir de « L'Everest » (2016) que Soprano bascule dans une autre dimension, enchaînant les certifications diamant, à l'instar de « Phœnix » (2018) ou « Chasseur d'étoiles » (2021).

Sincérité, gravité et refrains fédérateurs : la formule Soprano tient en ces trois mots. L'homme n'élude jamais les sujets qui fâchent, harcèlement, deuil, mémoire familiale, sans jamais renoncer à la lumière qui a fait de lui l'un des artistes les plus rassembleurs de sa génération, et le premier rappeur français à avoir rempli un stade.

Malheureusement, votre serviteur n'a pu assister au concert du jeune homme, le moment ayant été plutôt consacré à se rassasier.

Dernière prestation pour cette seconde soirée, celle de Suzane. Autant le dire clairement, l'univers de cette artiste est à mille lieues de celui de votre serviteur.

Si Suzane a bâti sa notoriété sur un discours engagé et une gestuelle insaisissable, son passage aux Solidarités aura confirmé un déséquilibre déjà pressenti à Ronquières : impossible de nier la force visuelle du spectacle, tout aussi impossible d'ignorer sa fadeur musicale. Mais le costume, ici, lui va mieux.

Là où Ronquières donnait le sentiment d'une proposition en décalage par rapport à son public, les Solidarités, et cette journée en particulier, taillée pour un auditoire plus jeune, offrent à l'artiste un écrin qui lui correspond enfin. Suzane n'est plus l'invitée qui détonne ; elle est, ce jour-là, chez elle.

De son vrai nom Océane Colom, l'Avignonnaise se révèle dès 2019, avant même la sortie de son premier elpee. « Toï Toï » paraît l'année suivante et lui vaut la Victoire de la révélation scène. « Caméo » (2022) confirme ensuite une écriture consacrée aux violences sexistes et sexuelles, à l'homophobie ordinaire et aux assignations de genre.

Comme Angèle ou Hoshi, elle appartient à une génération de chanteuses pop qui transforme les planches en espace de témoignage autant qu'en plateau de variétés. Sa récente collaboration auprès de Grand Corps Malade, où elle adopte le point de vue d'un homme le temps d'un slam à deux voix, élargit encore sa notoriété.

Le décor, aux Solidarités, affiche également de l'ambition : une estrade à deux niveaux facilite les déplacements de la chanteuse, sous des rampes LED. Suzane se produit en compagnie d'une armada de danseuses, toutes coiffées d'une perruque rousse. Des bandes assurent l'accompagnement musical et laissent la première place à la chorégraphie.

Et de chorégraphie, il en sera question tout au long du set. Sur « Mouvement », « Dégaine » ou « Virile », les corps oscillent entre brusquerie et retenue, comme pris dans des contraintes invisibles ; sur « Champagne », c'est une table installée au centre du podium que Suzane escalade, entourée de ses choristes, pour un moment de satire sociale mordante.

Difficile de contester que la mise en scène, sur le plan strictement visuel, tienne la route ; c'est même là que le spectacle trouve sa vraie cohérence.

Mais le presque sans-faute chorégraphique ne suffit pas à sauver la prestation musicale, restée en net retrait. Le set, sur « Marche ou rêve », « Un sens à tout ça » ou « Au grand jour », peine à convaincre au-delà de l'électro-pop de circonstance ; et si « Je t'accuse », titre frontal sur les violences sexuelles, ou « T'as raté » cherchent à électrifier le propos, l'ensemble reste froid, sans relief, parfois même soporifique à s'en décrocher la mâchoire.

Alors que « Millénium » esquisse le portrait d'une génération fatiguée et lucide, « Humanoïde » s'en prend au monde algorithmique, « Lendemain de fête » referme le concert sur un appel à vivre avant qu'il ne soit trop tard : les intentions sont là, l'exécution beaucoup moins.

Reste qu'ici, contrairement à Ronquières, Suzane ne s'adresse pas à un public de circonstance mais à celui, naturel, des Solidarités : plus jeune, davantage happé par le geste et le symbole que par l'exigence de l'écriture ou de l'interprétation.

Et c'est précisément là que la proposition cesse de sonner comme un malentendu pour devenir une évidence : cet auditoire-là n'attend pas la même rigueur qu'ailleurs, parce que ce n'est tout simplement pas ce qu'on vient chercher ici.

Le geste politique, la gestuelle habitée, le symbole avant le propos : la grammaire de Suzane et celle des Solidarités parlent, ce jour-là, la même langue.

Gestuelle, générosité et geste politique : Suzane aura eu ce triptyque pour elle aux Solidarités. La musique, en revanche, restera à quai.

Une seconde journée de demi-teinte, allant du bon au très médiocre ! Que nous réserve la suite ?

(Organisation : Les Solidarités)

Les Solidarités 2026 : vendredi 4 septembre

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Si le festival des Solidarités se déroulait jusqu'alors à la Citadelle, il a pris ses quartiers sur le site d'Ecolys depuis 2023, à quelques minutes du centre-ville de Namur, en raison des travaux nécessaires à la restauration complète du Stade des Jeux et du Théâtre de Verdure.

Ce nouvel emplacement est certes moins bucolique, mais il présente l'avantage d'être plat, plus facile d'accès et plus étendu, ce qui permet une meilleure fluidité dans les déplacements. Une aubaine, donc, pour les festivaliers.

Mais que les esprits les plus critiques se rassurent : il se murmure que le festival pourrait retrouver son emplacement d'origine dans quelques années.

En attendant, le festival devra déménager une fois encore, certaines entreprises souhaitant s'implanter dans le zoning. Des réunions de travail devraient d'ailleurs débuter prochainement à cet effet. Wait and see donc...

Le festival des Solidarités est singulier et ne ressemble à aucun autre : il fédère le vivre-ensemble, la justice sociale et la lutte contre les inégalités.

Durant trois jours, il propose une programmation musicale particulièrement qualitative. Mais l'offre ne se limite pas à la musique, puisqu'une kyrielle d'activités gravitent autour de ces thématiques : conférences, spectacles pour enfants, activités ludiques, découverte de la culture hip-hop, programmation off des associations, etc. L'offre est telle qu'elle en donne le tournis !

Depuis ses débuts, les Solidarités soutiennent des artistes émergents ou des découvertes coup de cœur. On pense à Clara Luciani, Aya Nakamura, Hoshi, Juliette Armanet, 47ter, Gauvain Sers, Rori ou Suzane, invités lors de leurs débuts scéniques et dont on connaît aujourd'hui le formidable parcours.

Point de cristallisation dans de nombreuses manifestations, la mobilité demeure, comme les années précédentes, au centre des préoccupations. Des navettes relient le site à la gare ferroviaire et à l'aérodrome, deux endroits capables à eux seuls d'accueillir plusieurs milliers de véhicules.

Côté musique, deux podiums principaux de taille quasi identique se côtoient, la Place des Arts et la Scène PV, tandis que deux estrades plus modestes accueillent des artistes émergents. Il est loin le temps où les planches iconoclastes baptisées Magic Mirrors, empreintes de magie et de mystère, valaient à elles seules le coup d'œil. L'adage « On ne peut pas être et avoir été » prend ici un sens tout particulier !

Il est de tradition que cette première journée soit réservée à un auditoire davantage enraciné dans la culture rock. Ce sera on ne peut plus vrai aujourd'hui !

Lorsque votre serviteur foule enfin le sol namurois, il se presse vers la scène PV pour y découvrir les vétérans de Pony Pony Run Run.

Confidence pour confidence, votre serviteur guettait d'une impatience à peine dissimulée le retour sur les planches du trio nantais, disparu des radars depuis une dizaine d'années.

« Intro » à peine amorcée, le ciel namurois s'invite à son tour dans l'équation : les premières gouttes tombent sur le site d'Ecolys au moment précis où le trio attaque son set. Le chanteur, pince-sans-rire, ne laisse pas passer l'aubaine et lâche, sourire en coin, que le timing est « relativement bien choisi ». La formule fait mouche et donne d'emblée le ton d'une soirée où l'autodérision servira de parapluie.

Sur les planches, difficile d'ignorer que les frangins Réchin Lê Ky-Huong et leur acolyte Antonin Pierre ont quelques années de plus dans le coco depuis leurs premiers pas médiatisés. Le temps a œuvré, mais l'énergie, elle, n'a visiblement pas pris une ride.

Vêtu d'une espèce de robe et de grandes chaussettes rayées, le guitariste arbore un look aussi improbable qu'assumé, à mi-chemin entre l'excentricité pop et le défi vestimentaire pur et simple.

Si dix années d'absence suffisent parfois à essouffler une monture, elles n'auront visé, chez Pony Pony Run Run, qu'à affûter le trot.

Sur les planches des Solidarités, ces vieux briscards ont prouvé, le temps d'un set aussi dense que direct, que l'on ne dresse pas si facilement un cheval fougueux : celui-là galope encore comme au premier jour.

Le ciel, lui, avait pourtant décidé de jouer les trouble-fête : une pluie battante s'est abattue sur le site au moment où le trio est monté sur les planches. Il n'en aura pourtant rien été. Malgré l'averse, c'est bien le feu qui a pris dans la fosse : ambiance électrique, chaleur immédiate, comme si Pony Pony Run Run avait pour vocation de sécher les nuages à coups de riffs.

L'entrée en matière file tout droit au but : « Intro » sert d'écurie de départ, puis « Can't Get Enough » lance immédiatement la charge, presto. « 1997 (She Said It's Alright) » et « Out Of Control » enchaînent sans reprendre souffle, le trio imposant d'emblée son évidence : synthés eighties acérés, guitares en lame de rasoir.

Les riffs, précisément, cisèlent chaque titre d'une précision chirurgicale, tandis que la basse, elle, martèle chaque note comme on frappe un métal encore chaud : section rythmique en forge, guitare en lame.

« Boom » et « Belong » creusent le sillon dans cette même veine incisive, avant que « Show Me » ne vienne rappeler à quel point l'écriture du trio a toujours su marier l'électro et la power pop sans jamais sacrifier l'un à l'autre.

Puis vient « Never Give Up », et le titre, ce soir-là, sonne moins comme une chanson que comme une profession de foi. Car s'il y a une chose que votre serviteur retiendra de cette prestation, c'est bien celle-ci : l'absence totale de lassitude chez des musiciens qui pourraient, à l'instar de tant d'autres formations revenues sur le devant des planches après une décennie de silence, se contenter de jouer les nostalgiques de service.

Rien de tel ici. Pony Pony Run Run n'est pas revenu pour ressasser, mais bien pour courir !

Et puis vient l'attendu et le nécessaire « Hey You », hymne générationnel s'il en est, dont les premières notes suffisent à ébranler la fosse. Et c'est là, précisément, que la foule offre au concert sa touche la plus inattendue : point d'adolescents en émoi, mais des rangs de vieux rockers aux cheveux gris, chantant chaque syllabe d'une ferveur intacte, comme on retrouve un serment d'adolescence qu'on croyait pourtant enterré. Le temps, décidément, ne mord pas sur tout le monde de la même façon, pas plus que la pluie, ce soir-là, n'aura mordu sur l'ardeur de la fosse.

En toute fin de prestation, quelques quidams sont conviés à rejoindre les planches pour un moment de danse collective, refermant ainsi la course sur une note tout aussi vive que l'ouverture, sans temps mort ni complaisance. Et franchement, à les voir se trémousser d'un enthousiasme plus débridé que chorégraphié (K-way passé par-dessus le manteau, pluie oblige), on pense davantage à une bonne blague partagée qu'à une démonstration de professionnels des parquets.

En tout cas, pluie battante, look décalé et tubes intacts, Pony Pony Run Run aura prouvé, sous l'averse, que son retour n'a rien d'un feu de paille.

Skip The Use compte parmi ces rendez-vous que votre serviteur ne pouvait manquer en cette après-midi namuroise.

Certains festivaliers, dans la fosse, semblent pourtant ignorer la formation qui va monter sur les planches dans quelques instants. Lorsqu'on leur rappelle qu'il s'agit du combo lillois porté par Mat Bastard, les regards changent et deviennent complètement médusés.

Normal : cette formation a atteint des sommets rarement approchés par un band rock hexagonal. Né en 2008 sur les cendres du groupe punk Carving, le quintette a publié un premier elpee éponyme en 2009, avant que « Can Be Late » (2012) ne lui vaille, l'année suivante, la Victoire de la musique de l'album rock. Séparé en 2016, le combo s'est reformé quelques années plus tard et livre aujourd'hui « Love & Anxiety », son tout dernier disque. Après les frasques solo de son frontman, le voilà de retour au complet, visiblement animé d'une envie intacte d'en découdre.

En fond de podium trône un grand cœur blanc : signe que la troupe est venue pour donner et recevoir de l'amour. Ce sera aussi le fil conducteur d'une prestation qui va marquer les esprits.

Les premières notes se perdent à l'horizon ; ça décoiffe sec ! Le son est bien rock. Malsain même. Et l'attitude, plutôt punk.

Dès « Anxiety », qui ouvre le bal, la mécanique impressionne : ce n'est plus une simple bande de potes surexcités, mais bien une machine de guerre rodée, où chaque musicien connaît sa place au millimètre près. Le batteur, en particulier, frappe ses fûts d'une vigueur qui confine à la démonstration de force, un jeu musclé, sec, qui cravache littéralement le tempo et tient la salle en respiration.

« Good Old Days » et « Say That You Love Me » confirment cette impression : le quintette, professionnel jusqu'au bout des doigts, ne laisse rien au hasard, ni les transitions, ni les silences calculés, ni les montées en tension.

Les riffs, eux, restent entraînants, irrésistibles. « Second Love » puis « Silence » font sautiller, déhancher, pogoter toute une fosse déjà acquise. Un noyau réunissant plusieurs dizaines de personnes s'agite, corps contre corps, telle une offrande servie au grand sioux qui la leur avait demandée.

Sur les planches, la mise en scène distille son propre mystère. L'un des guitaristes porte une cagoule cloutée, lui conférant un côté bourreau : jamais son visage ne sera dévoilé. Le secret reste total ! Le préposé aux synthés, lui, arbore une cagoule plus sobre, rouge, laissant deviner ses yeux.

Par intermittence, des images défilent en fond de podium, mettant en scène des personnages eux aussi cagoulés. Décidément, la cagoule est maîtresse des lieux.

« We Are Good » et « Ghost » relancent la machine, avant que le frontman n'égrène quelques tubes qui ont marqué les vingt ans de tout un pan de la fosse, à une époque où la radio nationale belge s'appelait encore PureFM, devenue depuis Tipik, selon ses dires, sous les rires du public belge, qui, lui, ne reste jamais insensible aux joutes verbales du gaillard.

À un moment parfaitement inattendu, un gamin tranquille, accompagnant ses parents, est gentiment pris pour cible par Mister Bastard. Hissé sur les planches, il devient l'espace de quelques minutes un véritable compagnon de route. Pour le remercier de cette collaboration brève mais intense, le généreux chanteur lui offrira, ainsi qu'à ses parents, une place pour le concert que le combo donnera prochainement au Cirque Royal de Bruxelles.

Celui dont les frasques sont connues et reconnues invite ensuite les quidams à scanner un énorme QR code projeté sur les planches : « une place achetée, une place gratuite », lance-t-il, au grand désarroi des membres de son équipe. Mais personne ne parvient à effectuer la manœuvre, le réseau internet étant totalement indisponible à ce moment précis. Du grand n'importe quoi, assumé et savouré.

« Cup Of Coffee », « PIL » et « People In The Shadow » referment la partie la plus incisive du set, toujours portée par cette même rigueur d'exécution qui distingue les grands rodés des planches des simples entertainers.

Un pogo plus tard, les musiciens s'offrent, en guise de dessert, un moment de pur bonheur : plongés dans la fosse, ils livrent une reprise punk et furieuse de « Boys Don't Cry » du mythique The Cure. Osée, mais magistrale.

L'équipe s'éclipse alors, tandis que retentit « Porcherie » et son fameux refrain « La jeunesse emmerde le Front national » du band Bérurier Noir.

Amour, mystère et anarchie : Skip The Use n'a, décidément, rien perdu de son insolence.

Changement radical d'ambiance sur la scène PV : après les vieux briscards, place à la nouvelle génération, celle de Sam Sauvage, jeune auteur-compositeur-interprète venu du Boulonnais et révélé au grand public par ses clips postés sur Instagram.

Il affiche un air de dandy, un peu à la manière de Pierre De Maere, que les Solidarités ont eu le plaisir d'accueillir lors d'une précédente édition.

Il grimpe sur les planches, l'air hagard et complètement désarticulé, engoncé dans un costume mal ajusté. Ses musiciens sont habillés tout de blanc, la panoplie assumée des gars qui n'ont jamais vraiment su comment se tenir en société, mais qui en ont tiré une signature.

Auteur-compositeur-interprète, Sam Sauvage jongle aisément entre chanson et pop française, un équilibre qu'il confirme d'entrée dès « Les Gens Qui Dansent (J'Adore) », ouverture idéale où l'on perçoit, çà et là, des intonations à la Stromae, mâtinées d'une écriture bien plus corrosive. Les cheveux hirsutes à l'instar d'un savant fou, le jeune homme emmène immédiatement son auditoire dans son univers déluré et instable.

« Le Chant Des Sirènes » ouvre ensuite une parenthèse plus feutrée, presque envoûtante, où la voix grave et suave du chanteur, déjà reconnaissable entre mille, prend toute sa dimension. La comparaison à l'énergie de l'ouverture n'en est que plus saisissante.

Épaulé par ses comparses, Sam évoque, sur « J'Suis Pas Bo », des moments de malaise liés à son apparence et une quête d'identité artistique à travers son style. Aujourd'hui, à le voir sur les planches, force est de constater qu'il semble avoir largement surmonté cette période difficile, l'autodérision ayant visiblement pris le pas sur la gêne.

Entre liberté, désamour et jeunesse désinvolte, le garçon solitaire s'épanche encore un peu plus sur « Ne T'en Fais Pas Pour Elle », avant qu'un clin d'œil appuyé à ses propres origines ne vienne ponctuer le set : sur « Boulogne », référence directe à sa ville natale, la fosse découvre un Sam Sauvage plus ancré, presque nostalgique, loin de l'image de dandy parisien qu'on voudrait parfois lui coller.

« Hypocrisie » et « Je Ne T'aime Plus » enchaînent, incisifs, enrichis par des textes délicats à la fausse candeur, grâce auxquels l'artiste est parvenu, en très peu de temps, à s'attirer la sympathie d'un auditoire pourtant pas nécessairement acquis à sa cause.

Puis vient « Un Cri Dans Le Métro », récit urbain et poétique où l'on retrouve toute la plume ciselée et romantique d'Hugo Brebion, à l'état civil. « Avis De Tempête » relance ensuite la machine sur un tempo plus mordant, avant que « Garder Le Sourire » ne vienne, l'espace d'un refrain, jouer les contrepoints lumineux dans un répertoire pourtant volontiers désabusé.

Malgré ses apparences, sa dégaine et ses pas hésitants, le bonhomme promet qu'il n'est « Pas Bourré », sous les cris hilares d'une fosse déjà largement conquise.

« La Fin Du Monde » referme les débats sur une note à la fois grinçante et tendre, fidèle à l'esprit d'un artiste qui n'a jamais cherché à choisir entre gravité et légèreté.

Après une prestation d'à peine une heure, Sam Sauvage a gagné son pari : dévoiler son univers, et gagner la sympathie d'un auditoire qui, pour une bonne partie, n'était pas nécessairement venu pour lui.

Il fait nuit noire lorsque les vétérans d'Orchestral Manoeuvres In The Dark (plus connus sous l'acronyme OMD) montent sur les planches.

La pop et le rock, en général, ont connu un nouvel essor dès le début des années 80, et notamment sous une forme plus électronique. Les synthés et les boîtes à rythmes se sont donc intégrés à la solution sonore, quand ils ne se sont pas substitués à l'instrumentation organique. Un choix qu'a opéré, dès l'origine, ce duo anglais.

Le light show discret se mêle à l'obscurité, alors qu'on entend les premières notes d'« Atomic Ranch », suivies de celles d'« Isotype ». Deux morceaux au son très contemporain, davantage instrumentaux qu'à vocation de tube, qui constituent une entrée en matière atmosphérique typique du duo. De l'électronique, de l'intelligence dans la composition, et cette dose d'on-ne-sait-quoi qui creuse la différence.

La fan base namuroise est peuplée de sexagénaires assumés, cheveux gris fièrement portés, ventre nostalgique et peau burinée par les décennies. L'âge et la sagesse font bon ménage !

Faut dire que la formation fondée par Andy McCluskey (chant, basse, guitare) et Paul Humphreys (chant, claviers) en 1978 a enregistré son premier single, « Electricity », en 1979, et son premier album, éponyme, début 1980.

Contrairement à ce que d'aucuns pourraient croire, cette étape belge ne s'inscrit pas dans une tournée d'adieu : la « Summer of Hits Tour » qui les mène cette année à travers l'Europe se veut avant tout une célébration de leur répertoire, quarante-huit ans après leurs débuts.

Les deux amis semblent impressionnés par l'accueil très chaleureux que leur réserve la fosse noire/jaune/rouge.

Le décor est minimaliste. Un écran géant est dressé en toile de fond. Paul Humphreys est planté à droite devant son synthé. Un autre préposé au clavier est posté à gauche du podium. Le batteur s'installe légèrement en retrait, son kit recélant des fûts en tout genre. Vêtus de noir, ils affichent tous la soixantaine bien sonnée. Ils sont perchés sur des estrades, ce qui permet de les distinguer très distinctement.

« Electricity » embrase véritablement le set. La communion s'opère rapidement entre les musiciens et la fosse. Andy devient complètement hystérique. Sans doute peu doué pour la danse, son corps est tout à coup pris de saccades violentes, ses bras ne cessent de rouler, tandis qu'il arpente la scène de long en large. Une attitude qui va perdurer l'intégralité du set. Son visage dégouline de sueur.

Parfaitement à l'aise tant à la guitare qu'à la basse, il reste proche de son public, venant régulièrement taper ses paluches dans celles de ceux qui ont la chance d'assister au show, près des barrières.

« Messages » puis « History Of Modern (Part I) » creusent ensuite un sillon plus nostalgique, rappelant de bons vieux souvenirs à celles et ceux qui les ont connus à l'époque. Une période que les moins de vingt ans ne peuvent, eux, pas connaître.

À 67 ans, la voix d'Andy McCluskey reste quasiment intacte, un exploit au regard de tant d'autres artistes de sa génération.

Pour « (Forever) Live And Die », Andy se consacre au clavier, tandis que Paul se charge des vocaux. Contrairement à son comparse, sa voix souffre, épisodiquement, de quelques petites faiblesses. « If You Leave » et « Souvenir » enchaînent, imparables.

« Joan of Arc (Maid of Orleans) » constitue le point d'orgue. La jouissance onirique est alors à son comble, la fosse au bord du malaise, l'ambiance à son paroxysme. Andy invite l'auditoire à frapper dans les mains pour accompagner cette fameuse rythmique syncopée dont le duo a le secret.

« The Rock Drill » et « Veruschka », tous deux issus de leur dernier opus en date, « Bauhaus Staircase », prouvent que le tandem n'est pas venu uniquement pour ressasser le passé.

Retour ensuite aux classiques : « So In Love » ne manque pas d'attrait.

Le duo aime la Belgique. Pour le lui rappeler, il se lance dans une « Locomotion » qui n'a pas pris une ride, un des plus gros succès du groupe dans le pays, à l'époque de sa sortie.

« Sailing On The Seven Seas » relance une dernière fois la machine, avant que « Enola Gay », caractérisé par ses beats froids et synthétiques, ne signe le clap de fin d'un concert qui restera ancré dans les mémoires. Une chanson aux relents particuliers, puisqu'elle narre l'histoire de l'avion qui a largué la bombe atomique sur Hiroshima. Une tragédie de l'histoire de l'humanité, transformée et embellie ici par la seule puissance de la musique.

Sous l'effet de l'émotion, Paul et Andy viennent saluer chaleureusement une fosse décidément très réceptive, alors que le sample continue de produire, durant de longues minutes, cette rythmique devenue un véritable hymne.

Ne leur faites pas l'injure de les traiter de vieux ringards. Non ! Durant plus d'une heure, ils ont accompli un travail éblouissant, extraordinaire, bien loin des archétypes du genre.

Résistance, résilience, résurgence : Andy et Paul sont peut-être des papys, mais des papys qui n'ont manifestement pas fini de faire de la résistance.

Girls In Hawaii ne s'était plus produit depuis plusieurs années, à l'exception de la tournée célébrant les vingt ans de son premier opus, « From Here To There », en 2023, qui avait rempli l'Ancienne Belgique quatre soirs durant.

Né au début des années 2000, le quintette s'est imposé au fil du temps parmi les repères de l'indie rock européen. De « From Here To There » (2003) à « Nocturne » (2017), en passant par « Plan Your Escape » (2008) et « Everest » (2013), la formation a bâti, disque après disque, un univers musical qui accompagne toute une génération d'auditeurs, celle qui a grandi à ses côtés, et qui se retrouve ce soir sur la plaine namuroise.

Cette étape des Solidarités s'inscrit dans la tournée européenne relancée cet été, amorcée par une semaine de résidence et de répétitions au Manège de Mons. Elle accompagne la sortie annoncée d'« Eldorado », cinquième album du quintette et premier chez Capitane Records, attendu pour ce mois de septembre, soit quelques semaines à peine après ce passage namurois. Une manière, pour la formation, de rôder son nouveau répertoire directement devant l’auditroire, avant même que le disque ne soit dans les bacs.

Sur les planches, cinq silhouettes bien connues du public belge s'installent sans effet inutile. Pas de mise en scène tapageuse, pas de superflu : Girls In Hawaii a toujours préféré laisser parler la musique plutôt que l'esbroufe visuelle, et cette philosophie se confirme d'entrée. La foule s'est déplacée surtout pour entendre, moins pour voir !

Le combo ouvre le bal par « Is It Happening Right Now? », titre extrait du disque à paraître et premier à avoir été porté aux oreilles des auditeurs radiophoniques. Le morceau oppose matières organiques et textures synthétiques, invite à lever les yeux vers le ciel et à savourer l'instant présent : un choix d'ouverture qui sonne presque comme un manifeste, celui d'une formation qui refuse de se contenter d'un simple exercice de nostalgie.

L'accueil se révèle chaleureux, la fosse accompagnant déjà les premiers refrains d'un titre qu'elle découvre pourtant à peine. Très vite, « Eldorado », lui aussi inédit, dévoile une écriture plus rythmée, plus brute, presque conceptuelle, qui déroute agréablement une partie de l'auditoire, davantage habitué aux mélodies plus feutrées du quintette.

Le souvenir de Denis Wielemans, ancien batteur du combo disparu dans un accident de la route en 2010, demeure présent lors des concerts de Girls In Hawaii. « Misses », extrait d'« Everest », lui adresse un hommage sobre et sensible, nourri d'une retenue qui en dit plus long que n'importe quelle emphase. Ce disque, né dans un contexte de deuil et de reconstruction, reste sans doute l'un des plus accomplis de leur parcours, et son empreinte continue, plus de dix ans après, de planer discrètement sur chacune de leurs prestations.

L'atmosphère gagne peu à peu en tension. Sur l'entraînant « Found In The Ground », le batteur imprime sa cadence à la charley, à la ride, à la caisse claire et à la grosse caisse, d'une régularité métronomique qui tranche sur la fougue apparente du morceau. La voix légèrement éraillée du chanteur, elle, prend tout son relief, portée par des harmonies vocales soignées qui rappellent à quel point le quintette a toujours cultivé un sens aigu du détail.

« Not Dead » suit, titre qui retrouve une place de choix dans le nouveau tour de chant de la formation, résonnant presque comme une affirmation, ce soir-là, tant le combo semble avoir traversé les années sans jamais réellement s'essouffler.

« Drifting In The Summer Rain » et « Birthday Call » alternent ensuite inédit mélancolique et pièce plus ancienne, extraite de « Plan Your Escape », preuve que la formation n'a jamais rompu le fil entre ses différentes époques : les nouvelles compositions cohabitent naturellement auprès de celles d'il y a près de vingt ans, sans rupture de ton ni effet de couture visible.

La précision instrumentale, constante tout au long du set, se confirme sur « Who's To Blame », « Guinea Pig », respectivement extraits d'« Eldorado » et de « Nocturne », et « Not Your Fault », où rythmique syncopée et chœurs dessinent un ensemble aux couleurs nettes. Plus de deux décennies après ses débuts, le quintette conserve une réelle force de proposition, loin d'une formation qui se contenterait de vivre sur les acquis de son répertoire passé.

Quelques minutes plus tard, l'incontournable « Switzerland », où l'électro et le piano servent la mélodie, ravive l'élan du combo et rappelle, s'il en était besoin, sa capacité à concilier délicatesse mélodique et efficacité live. « Rorschach », tout en guitares saturées, est aussitôt servi dans une tension maîtrisée, le morceau gagnant en intensité jusqu'à son ultime déflagration.

Avant de quitter les planches, le combo livrera évidemment une parenthèse attendue, « Flavor », caractérisée par son intro de basse répétitive. Un titre qui referme finalement les débats dans une dernière montée en intensité, laissant le public namurois dans un état d'épuisement heureux.

Girls In Hawaii signe un retour solide aux Solidarités, sans renier vingt ans de répertoire, et confirme sa place parmi les formations majeures de l'indé-pop belge.

La soirée se refermera un peu plus tard sur Faithless, tête d'affiche de cette première journée de festival. Votre serviteur n'aura hélas pas eu l'occasion d'assister à cette ultime prestation, la fatigue et la générosité de la programmation ayant eu raison de sa présence jusqu'au bout de la nuit. Aux dires de ceux qui y étaient encore, le combo londonien aurait clôturé les festivités dans l'énergie qu'on lui connaît. De quoi, sans doute, nourrir un prochain compte-rendu.

(Organisation : Les Solidarités)

Ronquières Festival 2026 : dimanche 9 août

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En temps ordinaire, la situation paraîtrait banale. Pourtant, après des semaines de sécheresse, la fine pluie éparse conserve quelque chose d’irréel. Au lieu d’ouvrir leurs parapluies, les festivaliers tendent les bras pour accueillir ces quelques gouttes.

Comme les deux jours précédents, ce troisième volet réserve autant de place aux découvertes qu’aux artistes confirmés.

Première découverte sur le podium Bâbord : Billie. Si l’hérédité constituait un genre musical, elle pourrait s’y inscrire sans effort.

Fille de Matthieu Chedid, elle choisit pourtant une voie de traverse, loin de l’ombre paternelle, et façonne son propre territoire sonore : un rock au féminin, nourri de guitares saturées et d’une mélancolie franche. Elle grandit très tôt dans un milieu artistique. Dès l’âge de six ans, elle étudie le piano et intègre le chant à son quotidien.

Sur les planches, Billie rejoint une formation dont les musiciennes se consacrent à la basse et à la guitare ; seul le batteur est un homme. Son nom, décliné en plusieurs polices sur la toile de fond, constitue l’unique décor et traduit l’éclectisme revendiqué de sa musique.

Elle chante en français et inscrit ses textes dans une pop légère, adaptée à ce début d’après-midi. Son micro customisé attire l’attention et devient presque un personnage du set.

Guitare électrique en main, elle aborde des thèmes universels qui versent parfois dans la mièvrerie, de la meilleure amie à l’amour « avec un grand A », précise-t-elle. Son écriture cherche néanmoins à dépasser l’intime.

Billie se produit en concert depuis un an seulement, mais maîtrise déjà les codes du live et manifeste une affection particulière pour l’auditoire belge. Jeune et investie, elle accompagne ses chansons d’une gestuelle expressive. Son exigence se vérifie lorsqu’elle reprend un morceau depuis le début, insatisfaite de son exécution.

À l’affiche du Ronquières Festival parmi plusieurs pointures, Billie n’est pas encore une tête d’affiche, mais mérite l’attention. Son aisance, sa présence, son univers pop et son timbre éthéré devraient rapidement la distinguer.

Dix minutes plus tard, votre serviteur gagne le podium Tribord.

Si la Star Academy a rendu Marguerite Dedeyan familière du petit écran, l’épreuve du concert obéit à d’autres exigences.

Révélée lors de la douzième saison, en 2024, puis confirmée l’année suivante par l’EP « Grandir », la jeune Parisienne originaire de Neuilly-sur-Seine arrive à Ronquières sous une étiquette encombrante.

Le décor donne le ton : trois grandes marguerites disposées de part et d’autre se tournent vers le ciel, tandis que de grands yeux peints sur la toile de fond fixent l’horizon. La scénographie reste candide, à l’image du concert.

Le concert débute par « La Fée », puis enchaîne « Les Avions », « Frida », « La Boss », « Snipeuse » et « Crash Test ». Les chansons peinent toutefois à décoller. L’univers et les thèmes demeurent convenus et visent surtout un jeune auditoire.

Marguerite possède pourtant le sens du contact. Elle échange souvent auprès de la fosse, interpelle et sourit. Mais sa manière parfois enfantine de construire le spectacle finit par l’affaiblir : à trop chercher l’adhésion, elle perd en crédibilité auprès des spectateurs les plus aguerris.

Une séquence se distingue néanmoins : sa reprise d’« As It Was » de Harry Styles, convaincante, suggère des pistes artistiques qu’elle gagnerait à approfondir. Sur « Bellevie », « La Maison » puis « Première Dauphine », le ton demeure inchangé.

On retient toutefois un geste généreux : Marguerite interrompt le concert pour signer un autographe à une jeune admiratrice repérée dans la fosse. Cette proximité, elle, paraît sincère.

Le set se conclut sur « Les Filles, Les Meufs », morceau de résilience qui suscite une réponse enthousiaste de la foule.

Généreuse mais encore trop tendre, Marguerite devra affermir son propos pour s’imposer durablement.

Après une heure de concert, Marguerite peine encore à éclore.

Le dimanche du Ronquières Festival devait culminer par la prestation de la Montréalaise Charlotte Cardin, mais un imprévu bouleverse le programme. Atteinte d’une laryngite aiguë, l’interprète de « Feel Good » observe, sur recommandation médicale, un repos vocal strict et annule au dernier moment un concert très attendu en Belgique.

L’organisation dispose de quelques heures pour réagir. L’artiste belge Lost Frequencies, déjà passé par Ronquières en 2024, prend finalement le relais.

Derrière ce nom devenu une marque se cache Felix De Laet, Bruxellois né en 1993. En 2014, son remix d’« Are You With Me », titre du chanteur country Easton Corbin, atteint la tête des classements dans plusieurs pays européens.

Depuis, l’ancien étudiant en sciences économiques à la Solvay Brussels School compte parmi les artistes belges les plus écoutés dans le monde. Entre deep house et tropical house, il collabore notamment auprès d’Aloe Blacc, Calum Scott et James Blunt. Son arrivée transforme ainsi un contretemps en temps fort de la soirée.

La foule massée au pied du DJ indique que ce remplacement satisfait plusieurs milliers de spectateurs.

Les plus attentifs relèvent, pendant le set, un clin d’œil du DJ à l’artiste absente.

Pour votre serviteur, ce quatorzième Ronquières s’achève par le concert d’Iliona ; les artistes suivants, Disiz et Macklemore, évoluent dans un rap auquel il reste peu sensible.

Révélée par « Moins Joli » en 2021, après les EP « Tristesse » (2020) et « Tête Brûlée » (2022), puis par son premier disque « What If I Break Up With You ? » (2025), Iliona figure parmi les artistes à suivre de cette édition 2026.

Le forfait de Charlotte Cardin redistribue les horaires du dimanche. Iliona se produit finalement sur le podium Tribord à 19 h 50, un créneau qui exige une présence solide.

Vêtue d’un petit short, de grandes chaussettes blanches et d’un diadème, Iliona cultive une esthétique de femme-enfant qui constitue sa signature visuelle.

Deux objets occupent le fond du décor : une imposante chaussure rouge et ce qui ressemble à un lecteur MP3 géant, vert. Leur signification demeure difficile à saisir et leur cohérence échappe encore à votre serviteur.

Iliona n’est pas la seule femme sur les planches : des musiciennes assurent la basse et la batterie, ce qui prolonge son parti pris visuel.

La fosse s’est pourtant clairsemée : seule une poignée de spectateurs reste. Iliona ne fédère-t-elle pas encore assez, ou l’heure du repas détourne-t-elle la foule de ce créneau réaménagé ? Impossible de trancher.

La comparaison vient naturellement : Iliona rappelle Lio par sa posture, son jeu de séduction et jusque dans son grain de voix. La filiation esthétique paraît nette.

Sur le fond, malgré son investissement, l’artiste ne convainc pas pleinement. Son tour de chant en français manque d’élan ; des compositions comme « Le Lapin » ou « Club Penguin » accentuent cette impression. Sa proposition semble surtout destinée à de jeunes enfants et aux parents qui les accompagnent.

Le rendez-vous paraît donc manqué : les intentions esthétiques ne compensent pas une écriture encore trop légère pour ce créneau.

Cette édition s’achève néanmoins sur un bilan plutôt positif. Il faut saluer le choix de programmer de nombreux artistes belges plutôt que de poursuivre à tout prix une tête d’affiche internationale. L’invitation surprise de Will Smith lors de l’édition précédente avait pesé sur un budget déjà serré, sans convaincre pleinement sur le plan artistique.

Le pari se révèle payant : Oscar and the Wolf, Adèle Castillon, Suzane, Roméo Elvis et Hooverphonic rappellent que la Belgique dispose de suffisamment de talents pour nourrir plusieurs éditions centrées sur sa propre scène musicale.

Le choix des podiums et des espaces annexes mérite aussi une mention. Repensé, le site offre davantage de respiration et facilite nettement les déplacements, loin de la cohue reprochée à certaines éditions précédentes. Cet aménagement améliore concrètement l’expérience festivalière, au même titre que la programmation.

Certaines voix émergentes convainquent moins. L’ambition et la présence ne suffisent pas toujours à compenser des moyens vocaux limités. Cette tendance interroge la place accordée à la promesse plutôt qu’à la maîtrise. Malgré une organisation rigoureuse, Ronquières n’échappe pas entièrement à cette évolution, partagée par de nombreux festivals.

(Organisation : Ronquières Festival)

Ronquières Festival 2026 : samedi 8 août

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En ce samedi estival, quelques noms éveillent, sinon un intérêt particulier, du moins la curiosité. Comme la veille, les prestations oscillent entre l’excellent et le très médiocre sur les différents podiums du festival de Ronquières.

Il est un peu moins de 16 heures lorsque l’auditoire découvre une jeune femme frêle au pied du podium Tribord. C’est ISE.

Si un nom s'affichait, en cette seconde journée, en lettres jaune et orange sur l'écran géant du plan incliné, assez grandes pour qu'on ne puisse s'empêcher d'y lire une forme d'urgence, c'est bien celui d'ISE.

À vingt ans à peine, la jeune Limbourgeoise suit déjà un parcours rapide : victoire à ‘De Nieuwe Lichting’ de Studio Brussel en 2024, passages remarqués à Rock Werchter, Pukkelpop, Sziget et Best Kept Secret, premières parties de Hozier et Gavin DeGraw, puis sortie, en début d’année, de son premier elpee, « Suitcase Child ». Le disque-titre évoque une enfance partagée entre deux maisons, une petite valise à la main. Sur le podium, ce récit rejoint celui d’une artiste qui enchaîne les grandes affiches du royaume.

Entourée d’un quatuor, la jeune chanteuse ouvre son set sur « Powerless » et « Just A Lie ». Les nappes de synthé adoucissent une musique qui repose surtout sur la guitare et la rage.

Certains effets de guitare — réverbérations suspendues et delays qui prolongent la note — rappellent The Haunted Youth, autre habitué des podiums belges qui érige la pédale d’effets en instrument à part entière.

La voix frappe surtout, tout comme une présence scénique déjà mûre. Son grain rauque et sa façon de reculer avant d’attaquer un refrain évoquent Dolores O’Riordan. ISE associe fragilité apparente et force contenue. Son écriture rappelle aussi 10,000 Maniacs par cette manière très nineties d’unir mélodie limpide et texte sensible, sans éloigner la pop de la gravité.
« Goodbye Letter », titre de la percée et de la victoire à ‘De Nieuwe Lichting’, clôt le set sur une note mélancolique. Les nappes de synthé allègent l’ensemble sans diluer l’esprit rock. L’écriture conjugue ainsi énergie brute, mélodie et guitares aériennes.

L’attention résistera-t-elle à l’effet de nouveauté ? Au regard de la ferveur de la foule, qui danse et chante, ainsi que de la maturité de la jeune femme, ISE semble disposer des atouts nécessaires pour poursuivre sa route au-delà du pays.

Certains retours surprennent. Douze ans après « Zinzin » (2013) et une longue éclipse, Jeronimo retrouve un grand podium sous le ciel estival de Ronquières.

Ce retour relance une question : Jeronimo paraissait-il définitivement retiré ? Après plusieurs années de silence, ce nom lui rend une identité directe que ses autres projets — Raid Aérien, Everyone Is Guilty ou Thamel — n’offraient pas de la même manière.

Sa trajectoire alterne exposition et retrait : succès critique au début des années 2000, disparition volontaire, retour discret, puis nouveau silence. À 53 ans, le musicien revient sur les planches sans chercher à effacer ces intermittences.

Ses guitares chargées de réverbération et de vibrato rappellent la fin des années 1980. Ce son de jeunesse relève autant de la mémoire que d’un choix esthétique. Son parcours, né dans le vivier artistique liégeois de cette époque, conserve une urgence rugueuse et un goût pour les marges.

Pendant ces années d’éloignement, l’artiste continue pourtant de jouer et multiplie les projets collectifs : Saint André, The Engines of Love ou les Loved Drones, auprès de Miam Monster Miam. Ces formations lui permettent de rester musicien tout en partageant le poids d’une identité publique.

Sur le podium, Jeronimo s’appuie désormais sur une formation élargie : Guillaume Vierset, Gaëtan Streel, Laeticia Collet, Jérôme Danthinne et Charlotte Lamby. Ce nouveau line-up revisite des classiques réarrangés et renouvelle leur dynamique.

Ce retour s’appuie sur un nouvel opus, « La difficulté des rêves », paru en avril. Le disque naît de prises brutes enregistrées dans une pièce transformée en studio sous les toits d’une vieille ferme. Ce cadre marque autant le processus que les aspérités acoustiques du résultat.

L’objet paraît presque sans structure de soutien : aucune major et un pressage artisanal. Après l’expérience accumulée, publier un long playing de cette manière relève autant d’une liberté retrouvée que d’une nécessité. Le répertoire provient d’un ensemble abondant de morceaux, ensuite resserré jusqu’à n’en garder qu’une poignée.

Plus profondément, que signifie « La difficulté des rêves » au sens le plus littéral ? Quels sont les rêves que le Jeronimo d’hier n’a pu voir aboutir ?

Entre les ambitions de jeunesse et la réalité de l'industrie, le fossé s'est creusé avant d'être comblé par une acceptation apaisée.

Sur cet elpee, la musique précède les textes. Werner Moron, plasticien et non-musicien, intervient alors comme déclencheur. Son regard extérieur rompt les automatismes d’une écriture solitaire, où l’auteur maîtrise habituellement chaque étape.

Malgré la présence d’un auditoire nombreux, la fosse conserve de larges espaces. La proposition de Jeronimo peine manifestement à trouver sa place dans la programmation du festival.

Sur la pelouse de Ronquières, la setlist relie le passé au présent tandis que l’artiste revisite plusieurs étapes de sa vie.

De « Dans l’infini des premières fois » à « Un été inoubliable » et « A Monaco », le choix des morceaux convainc. Les guitares grondent tandis que les percussions impriment leur élan.

La setlist réserve toutefois une déception : « Irons nous voir Ostende ? » est écarté, au regret des fans de la première heure qui attendaient cet hymne en concert.

L’émotion emprunte ensuite un autre chemin. Jeronimo interprète « Un avion pour Londres », présenté comme un ‘invité spécial parmi nous’, en hommage à Marc Morgan. La reprise exprime une tendresse retenue et salue une figure fraternelle de la musique belge.

Car si le long playing doit beaucoup aux longues promenades méditatives avec sa fille Jeanne, une genèse intime maintes fois racontée, on se prend à songer aux secrets de fabrication. Y a-t-il une ligne précise de ce nouveau répertoire qu'il ne pourrait pas encore lui expliquer, un pan de vie trop abrupt pour des oreilles filiales ? Peut-être bien.

Lorsqu’il quitte l’estrade sous les acclamations, le chemin parcouru apparaît clairement. « La difficulté des rêves » témoigne d’une inspiration restée vive, désormais moins pressée et plus durable.

Après cette séquence, Fatal Bazooka prend possession de Tribord.

Projet musical humoristique incarné par le comédien français Michaël Youn, Fatal Bazooka se produit notamment en compagnie de Vincent Desagnat et Benjamin Morgaine.
Trouvant son origine en 2002 dans un sketch du Morning Live sur M6, le projet est notamment connu pour ses singles « Fous ta cagoule » (2006), « Mauvaise foi nocturne », « J'aime trop ton boule », « Trankillement » et « Parle à ma main » (2007).

La foule se presse en masse. Le succès populaire du projet confirme l’attrait d’un divertissement immédiat, même si sa valeur musicale reste discutable.

Lorsque votre serviteur s'extirpe du point presse, le concert de Pommelien Thijs a déjà débuté.

Le festival de Ronquières mêle les genres, bouscule les habitudes et alimente chaque année les discussions parmi les festivaliers.

Cette édition ne déroge pas à la règle : la venue de Pommelien Thijs divise. Certains festivaliers contestent sa place à l’affiche ; d’autres saluent l’accueil d’une figure majeure de la pop actuelle. Attendue ou critiquée, l’artiste de 24 ans suscite le débat.

Dès les premières notes d’« Ik Moet Gaan », l’artiste flamande investit le podium. Sa voix éraillée et incisive rappelle l’énergie frondeuse d’Avril Lavigne et donne à ses mélodies une tonalité adolescente.

La scénographie repose sur un grand escalier placé au centre de l’estrade. Pommelien Thijs le parcourt sans relâche pendant des titres pop-rock tels qu’« Entertainment » et « Erop of eronder ».

Cet élément structure l’espace et rythme chaque morceau, de la douceur de « Meisjes van honing » à la tension de « Tegenwoordige tijd ».

Entre deux titres, de « Het beste moet nog komen » à « Authentiek », elle s’adresse naturellement à la foule en français comme en néerlandais. Cette aisance linguistique renforce le lien entre les deux communautés.

Au fil d'une setlist menée tambour battant, traversant les éclats de « Zilver », le magnétisme de « Medeplichtig », les questionnements de « Cassandra » ou encore l'interpellation directe de « Ben je klaar ? », le public se prend au jeu.

Quand retentissent les dernières notes d’« Atlas », la conclusion s’impose : malgré les réserves, Pommelien Thijs défend une pop énergique qui trouve sa place sur les grands podiums d’été.

Rilès grimpe ensuite sur le podium de Tribord. Il se distingue de nombreux artistes français par un répertoire entièrement chanté en anglais, où le hip-hop croise la soul, le RnB et le gospel.

S'il aborde des thématiques variées (l'amour, sa santé mentale, sa volonté de réussir, son histoire personnelle), le rappeur entretient un rapport particulier au temps. Au cours de son œuvre, il a disséminé une énigme autour de cette notion dans plusieurs titres et clips, toujours non résolue à ce jour. Véritable autodidacte, il enregistre, produit et mixe tous ses projets depuis sa chambre rouennaise, accumulant plus de 300 millions de vues et de streams.

Cheveux hirsutes, précédé d’un chant guerrier, le trublion entame son tour de chant. Une horde de danseurs envahit rapidement l’estrade, court, virevolte et bondit.

Et à l'instar de la prestation remarquée de Suzane lors de cette édition, le concert de Rilès laisse un goût pour le moins mitigé, oscillant rapidement entre l'attente polie et l'ennui manifeste.

Le constat apparaît vite : les danseurs occupent l’espace et soutiennent le spectacle par une chorégraphie millimétrée, tandis que l’artiste peine à habiter l’immensité du décor. L’intérêt visuel du set repose donc surtout sur sa troupe.

La prestation aurait pu apporter une respiration durant cette après-midi moite. Elle s’étire pourtant et devient monotone. Une dynamique répétitive et le manque de relief musical en direct empêchent le concert de décoller.

Pour réveiller un parterre gagné par la torpeur, le show se termine sur une séquence déroutante. Rilès invite deux spectatrices à le rejoindre sur l’estrade, puis les laisse plusieurs minutes sans indication claire. Elles errent sous les regards amusés ou gênés de l’assistance.

Pour conclure, Rilès retire sa veste en cuir, reste torse nu et saisit une guitare électrique. Cette dernière pirouette rock’n’roll, surtout visuelle, n’efface pas l’impression d’un concert inégal et trop long.

Pour conclure la soirée, direction le frontstage afin d’assister au concert de Suede, nouveau contraste dans la programmation de Ronquières.

Lorsque Suede monte sur les planches, la faible affluence surprend au regard de la renommée internationale de la formation et de sa place dans l’histoire de la britpop.

Les premiers rangs sont remplis et l’ambiance répond présente, mais le band joue devant une foule clairsemée. Les Anglais n’en livrent pas moins une prestation solide.
Le spectacle sollicite autant les oreilles que les yeux. Un écran placé derrière les musiciens diffuse textes et images au rythme des chansons, renforçant la dimension théâtrale du concert.

Visuellement, la formation montre le passage des décennies : ses musiciens affichent l’expérience de vétérans des planches, à l’exception de la percussionniste, plus jeune que ses partenaires.

Dès l’ouverture, « Disintegrate » donne le ton, avant que « Trash » et « Animal Nitrate » n’accentuent la tension.

Après ces morceaux vigoureux, le concert change de registre sur « Personality Disorder ». Cette ballade piano-voix met en valeur Brett Anderson et les nuances sombres de son timbre, qui évoque Nick Cave. À l’écran, les poses monochromes d’une jeune femme prolongent l’atmosphère du titre.

Suede alterne ensuite les climats. « June Rain », interprétée délicatement, précède une descente de Brett Anderson dans la fosse, où il salue une spectatrice au premier rang.

Les moments plus légers rappellent l’énergie du leader. Pendant « Filmstar », Anderson fait tournoyer le câble de son micro comme un lasso.

Aux dernières notes de « Beautiful Ones », l’auditoire, peu nombreux mais conquis, mesure la qualité de la prestation. Suede n’occupe peut-être plus la même place médiatique qu’autrefois, mais ses compositions et l’engagement de Brett Anderson distinguent encore le band.

La nuit couvre désormais la plaine du Ronquières Festival. Une grande partie des festivaliers quitte les lieux. Bâbord ou Tribord : deux podiums, deux dernières options pour achever la soirée.

(Organisation : Ronquières Festival)

Lokerse Feesten 2026 : vendredi 7 août

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Lokeren bat son plein. Les passants se croisent sur les trottoirs pavés, tandis que les terrasses et la foire attirent une foule nombreuse. Une file d’une centaine de mètres se forme aussi devant l’entrée de l’autre festival, le gratuit Fonnefeesten. Bien que cette soirée des Lokerse Feesten n’affiche pas complet, il faut se frayer un passage dans les rues étroites qui longent le site avant d’y entrer.

Régionaux de l’étape et lauréats du concours de talents ‘De Nieuwe Lichting’ de Studio Brussel, Sons ouvrent la soirée et conquièrent rapidement l’auditoire. Les premiers pogos de la journée s’enclenchent — ce seront aussi les derniers, tant les premiers rangs se densifient ensuite. Leur garage rock décape toujours, quelque part entre Osees et Ty Segall. Comme d’habitude, le band rejoint la foule pour l’une de ses compositions.

L’ambiance retombe ensuite d’un cran lors de l’arrivée d’Anna Calvi. Après un long solo de guitare, la batterie lance « Rider to the Sea », qui ouvrait déjà son premier disque en 2011. Salué par la critique, celui-ci précède un opus plus discret en 2013, puis un troisième moins convaincant en 2018. Ce soir, sa chevelure blonde et le décor ocre, tirant parfois vers le rouge, s’accordent au coucher du soleil. L’interprète occupe le centre du podium, tandis que son batteur et sa claviériste restent en retrait, de part et d’autre des planches. L’auditoire réagit peu, faute d’échanges. Il faut attendre « Desire », à mi-parcours, pour voir l’atmosphère s’animer. Sur « Don’t Beat the Girl Out of My Boy », Anna libère toute sa puissance vocale, puis reprend « Strange Weather » qu’elle a écrit en compagnie de David Byrne. En final, « Wish » multiplie les riffs de guitare, joués à bout de bras ou à genoux au bord de l’estrade. Anna Calvi quitte ensuite les lieux sobrement. Si au fil du temps, le concert a gagné en intensité et séduit par sa voix haut perchée ainsi que ses compositions, un ou deux musiciens supplémentaires ou davantage d’échanges auraient mieux servi ce format de grand festival.

Direction le Club Studio Brussel, deuxième espace plus intimiste qui réserve chaque année de bonnes surprises. HIQPY le confirme ce soir. La formation multiplie les apparitions en festival, du Suikerrock à Pinkpop, en passant par Werchter. La foule remplit l’espace devant le podium et gagne même les escaliers et les estrades latérales. La chanteuse précise rapidement que le quatuor vient d’Amsterdam — l’accent néerlandais ne laisse guère de doute. Leurs compositions s’orientent pourtant vers le shoegaze, tandis que l’attitude du guitariste évoque un univers situé entre Hole, pour l’énergie rock de sa chanteuse blonde, et la dream pop de leurs voisins de Tramhaus. Des morceaux tantôt juvéniles et pop, tantôt plus nerveux et abrasifs s’enchaînent sans temps mort. Une formation à suivre, qui apporte un souffle neuf à cette petite salle principalement consacrée aux DJ sets ce soir.

Les années semblent épargner Suede, tout comme son leader Brett Anderson, dandy svelte. Des cohortes de fans de longue date se pressent derrière les barrières de la grande scène. Certaines imaginent le chanteur les enlacer pendant « June Rain ». Le concert démarre en force par « Disintegrate », titre d’ouverture de leur dixième et dernier opus, « Antidepressants », paru fin 2025. Suivent les succès de leur période de gloire, « Trash » et « Animal Nitrate », puis « Personality Disorder », extrait du précédent long playing, « Autofiction », sorti en 2022. Brett Anderson s’y jette au sol et conserve cette position durant « The 2 of Us », longue ballade soutenue d’abord par la claviériste, puis par le guitariste. Le contraste apparaît alors entre les deux périodes de la formation : les tubes pop glamours du milieu des nineties et le post-punk plus marqué des deux derniers elpees. Le leader et ses musiciens, tous vêtus de noir, soulignent encore cette évolution. « She Still Leads Me On », guidé par la basse, rend hommage à la mère de Brett. Le chanteur invite la foule à applaudir les mamans, puis sollicite de nouveau ses mains lors du final « Beautiful Ones », dont les ‘la, la, la, la’ sont repris en chœur. Après un dernier bain de foule au contact des premiers rangs, il conclut : ‘Lokerse Feesten, you are beautiful’.

La popularité d’Editors, en Belgique, reste une énigme. Alors que la formation joue dans des salles intimistes comme le 106 à Rouen, le Palladium à Cologne ou le Razzmatazz à Barcelone, elle se produira au Sportpaleis d’Anvers début 2027. La foule se densifie encore et l’accès au podium devient difficile. Le concert débute vigoureusement par « The Racing Rats » et « Munich ». Comme chez Suede, la diversité des compositions parcourt les différentes périodes et les disques du band. Cette maîtrise, parfois trop poussée, rend toutefois l’ensemble prévisible et minuté. À l’inverse de Brett Anderson, Tom Smith limite ses interventions à quelques formules polies. « No Harm » et « An End Has a Start » rompent néanmoins cette monotonie, avant l’inévitable « Papillon » en clôture.

Il est déjà une heure du matin, mais une centaine d’amateurs d’électro rejoint encore le Club Studio Brussel pour (Miss) Kittin. La DJ française maintient éveillée une fosse clairsemée mais réceptive. Forte de vingt-sept ans de carrière et d’une notoriété acquise en France comme à l’étranger, notamment en Allemagne, Caroline Hervé maîtrise l’art d’enchaîner ses classiques techno et electroclash.

En quittant le site, un dernier regard vers la scène principale révèle le contraste que propose le DJ set de Stijn Van de Voorde et Otto-Jan Ham. Plus convenu, voire franchement brutal, il évoque le grand bal populaire d’un village de Flandre. Le signal est clair : après une journée bien remplie, il est temps de regagner ses pénates.

Les photos du festival signées Wim Herbaut sont là

(Organisation Lokerse feesten)

SONS, ANNA CALVI, HIQPY, EDITORS, KITTIN, Stijn Van de Voorde, Otto-Jan Ham.

Ronquières Festival 2026 : vendredi 7 août

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Il y a quelques années, les problèmes de mobilité menaçaient la pérennité du Ronquières Festival. Cette année, les organisateurs privilégient la fluidité des déplacements sur le site.

La disposition du site a donc été revue dans son ensemble. Autrefois éloignées, les scènes « Babord » et « Tribord » se trouvent désormais côte à côte. Cette proximité facilite le passage de l’une à l’autre et limite les mouvements de foule. L’espace en pente, jadis occupé par une scène, accueille désormais des milliers de festivaliers sur l’herbe, le temps d’une pause ou d’un concert.

Les espaces dédiés aux boissons et à la nourriture ont eux aussi été repensés, désormais concentrés aux endroits les plus stratégiques.

Le principe du festival demeure inchangé : offrir convivialité et détente.

Lorsque votre serviteur rejoint le parterre, Léo Meynard, alias St Graal, s’apprête à terminer sa prestation.

Ce retour compte pour l’artiste : en 2023, une météo particulièrement capricieuse avait entraîné l’annulation de son concert. Il revient donc prendre sa revanche.

Révélé pendant le confinement grâce à des vidéos virales sur TikTok, puis distingué par le Prix du public aux Inouïs du Printemps de Bourges en 2022, il compose seul, sur ordinateur, une électro-pop romantique et dansante, représentative de la nouvelle chanson francophone. Après « Pulsions » et « Le Cœur qui cogne » (2022), il publie « Les Extraordinaires Histoires d’Amour de St Graal » (2024), puis « Les Dernières Histoires d’Amour de St Graal » (2026).

Durant quarante minutes, le jeune artiste, seul sur les planches, alterne synthé et guitare pour tenter de réveiller un auditoire encore apathique.

Ses compositions, marquées par une écriture pop contemporaine accessible, ne suffisent toutefois pas à sortir la foule de sa léthargie.

Est-ce l’horaire qui est en cause ? Le manque de consistance des compositions ? Dans tous les cas, le résultat global reste en deçà des attentes.

La seule véritable surprise survient en fin de prestation, lorsque le gaillard et son équipe — sa sœur comprise — brandissent une armada de pistolets à eau, pour le plaisir de ceux qui se massent aux premiers rangs.

Et si la musique n'était pas simplement destinée à être écoutée, mais plus largement à être partagée, dansée et… arrosée ?

Tribord toute ! Adèle Castillon baigne dans la musique depuis son plus jeune âge. Alors qu'elle n'a que 13 ans, elle compte déjà des millions de vues grâce à des vidéos qui font la part belle au second degré et à l'autodérision.

Forte de ce succès, elle publie dès 2018 « Amour plastique » aux côtés de Matthieu Reynaud, son compagnon dans la vie comme sur les planches. Un premier elpee, « Euphories », paraît ensuite sous le nom de Videoclub, avant leur séparation en 2021. Ne dit-on pas que les histoires d’amour finissent mal, en général ?

Elle est accompagnée de deux lascars : l'un se charge des fûts, tandis que l'autre se partage entre la six-cordes électrique et les nappes de synthé.

Pour seul décor trône, sur la grande toile posée en fond de scène, un ersatz de trousseau de clés géant dont on distingue notamment un cœur rouge et ce qui ressemble à un « I » de couleur bleue.

Adèle entend surprendre l’auditoire. Elle entame le premier morceau depuis les coulisses : « Amour plastique », évocation d’une histoire musicale passée — mais tout à fait révolue ?

Dans des élans mélancoliques et des textes intimistes, tels « Alabama » ou « Gabrielle », l’artiste exprime l’amour et la déception. Miss Castillon transforme ainsi son hypersensibilité en force.

L’artiste propose « Sensations », composition éponyme, pop, colorée et subtilement dansante. Le récit demeure pourtant tragique : elle y raconte son addiction aux opiacés, commencée fin 2019, puis la cure de désintoxication suivie au début de 2023. La chanson agit comme un pansement.

Adèle est une artiste fragile, espiègle et remplie d'amertume. Entre espoirs et amour déchu, elle s'épanche sous des allures positives, même lorsqu'elle reçoit ce « SMS », résumant trois ans d'amour et annonçant une rupture et, dans la foulée, la dernière chanson de la carrière de Videoclub. Une idylle qui prend fin, mais donnera naissance à une carrière tout aussi riche qu'intéressante.

La fan base est bien représentée : les jeunes reprennent aisément chaque refrain. La chanteuse enchaîne sur un titre inédit, « Été avec toi », où sa signature vocale sert un propos destiné aux plus romantiques.

Dans une ambiance euphorique, la demoiselle conclut sur « En boucle », titre paru en 2025 en featuring auprès de GP Explorer et Zamdane. La voix nouée, elle demande si l’être aimé pense encore à elle. Une question demeure : peut-on se remettre de son premier amour ?

Le bateau tangue : il faut virer de bord vers Babord !

Si Suzane a bâti sa notoriété sur un discours engagé et une gestuelle habitée, son passage au Ronquières Festival aura surtout confirmé un déséquilibre : impossible de nier la force visuelle du spectacle, tout aussi impossible d'ignorer sa fadeur musicale.

De son vrai nom Océane Colom, l’Avignonnaise se révèle dès 2019, avant même la sortie de son premier elpee. « Toï Toï » paraît l’année suivante et lui vaut la Victoire de la révélation scène. « Caméo » (2022) confirme ensuite une écriture consacrée aux violences sexistes et sexuelles, à l’homophobie ordinaire et aux assignations de genre. Comme Angèle ou Hoshi, elle appartient à une génération de chanteuses pop qui transforme les planches en espace de témoignage autant qu’en plateau de variétés. Sa récente collaboration auprès de Grand Corps Malade, où elle adopte le point de vue d’un homme le temps d’un slam à deux voix, élargit encore sa notoriété.

Le décor de Ronquières affiche pourtant de l’ambition : une estrade à deux niveaux facilite les déplacements de la chanteuse, sous des rampes LED.

Suzane se produit en compagnie d’une armada de danseuses, toutes coiffées d’une perruque rousse.

Des bandes assurent l’accompagnement musical et laissent la première place à la chorégraphie.

Et de chorégraphie, il en sera question tout au long du set. Sur « Mouvement », « Dégaine » ou « Virile », les corps oscillent entre brusquerie et retenue, comme pris dans des contraintes invisibles ; sur « Champagne », c'est une table installée au centre du podium que Suzane escalade, entourée de ses choristes, pour un moment de satire sociale mordante.

Difficile de contester que la mise en scène, sur le plan strictement visuel, tienne la route ; c'est même là que le spectacle trouve sa vraie cohérence.

Mais le presque sans-faute chorégraphique ne suffit pas à sauver la prestation musicale, restée en net retrait. Le set, sur « Marche ou rêve », « Un sens à tout ça » ou « Au grand jour », peine à convaincre au-delà de l'électro-pop de circonstance ; et si « Je t'accuse » - titre frontal sur les violences sexuelles - ou « T'as raté » cherchent à électrifier le propos, l'ensemble reste froid, sans relief, parfois même soporifique à s’en décrocher la mâchoire.

Alors que « Millénium » esquisse le portrait d'une génération fatiguée et lucide, « Humanoïde » s'en prend au monde algorithmique, « Lendemain de fête » referme le set sur un appel à vivre avant qu'il ne soit trop tard : les intentions sont là, l'exécution beaucoup moins.

Reste que Suzane s'adresse avant tout à sa base, un public acquis d'avance, davantage happé par le geste et le symbole que par l'exigence de l'écriture ou de l'interprétation ; un public qui, précisément, n'attend pas la même rigueur qu'ailleurs.

Gestuelle, générosité et geste politique : Suzane aura eu ce triptyque pour elle à Ronquières. La musique, en revanche, restera à quai.

Et oui, parfois, en festival, la forme l'emporte sur le fond !

Il est un peu moins de 20 heures lorsque Roméo Elvis, enfant prodige du rap belge, foule l’estrade, entre ferveur populaire et ambiguïtés persistantes.

Si la présence de Roméo Elvis sur l'affiche du Ronquières Festival avait de quoi réjouir ses inconditionnels, elle n'a pas manqué de raviver un malaise plus embarrassant. Six ans après avoir reconnu publiquement des attouchements sur une jeune femme dans une friperie bruxelloise - des faits qu'il avait lui-même qualifiés d'inappropriés avant de présenter ses excuses, le rappeur continue de fouler les plus grandes scènes du pays comme si de rien n'était. Un contraste frappant quand on sait qu'ailleurs, l'industrie musicale n'a pas toujours fait preuve de la même mansuétude. Cet été encore, Patrick Bruel a dû renoncer à l'ensemble de ses dates estivales - y compris en Belgique - sous la pression des organisateurs eux-mêmes, tandis que plusieurs DJ techno, dont le Belge Odymel, voyaient leur nom rayé des line-up après des accusations comparables. Deux poids, deux mesures, qui posent une question dérangeante : l'éthique a-t-elle encore voix au chapitre face à la garantie de faire vendre des tickets ?

Ronquières, en tout cas, a tranché : la tête d'affiche a été maintenue envers et contre tout.

Escorté d’un acolyte aux platines, préposé au scratching, Roméo Elvis investit le podium Tribord pour son unique date de l’été.

Dès les premières mesures, un étrange personnage vert, animé et projeté en fond de scène sur l'écran géant, souhaite la bienvenue aux festivaliers massés devant le Plan incliné ; une mise en scène espiègle qui plante d'emblée le décor d'un show pensé comme un spectacle total.

L'entrée est fracassante : « Drôle de question », à la sèche, claque comme une évidence, et confère instantanément à l'artiste une forme d'aura auprès d'un public déjà acquis à sa cause.

La suite parcourt un vaste répertoire. Angèle étant absente ce soir-là, Roméo Elvis confie à la fosse le soin de la remplacer le temps d’une reprise improvisée de « Tout oublier » (2018), extrait de « Brol », premier opus de la chanteuse, couronné notamment par une Victoire de la musique.

Et puisqu'on reste en famille, ou presque, le jeune homme enchaîne avec un « Ceiling » du feu de Dieu — une démarche qui n'a sans doute rien d'anodin, ce titre ayant fait l'objet d'un duo avec le projet pop Oscar and the Wolf, mené par Max Colombie, qui se produira justement plus tard dans la soirée. Sonorités lumineuses, refrain festif, alternance entre anglais et français : le morceau fait mouche.

À travers ce spectacle, les aficionados découvrent un Roméo Elvis entraînant, plein de ressources, et bénéficiant d'un capital de sympathie rarement observé sur les planches de Ronquières.

L'artiste sait aussi se faire touchant : l'hommage à son grand-père disparu, reflété par « 300 (Henri) », déjà interprété lors de sa session live pour Colors, cueille littéralement l'assistance. À la fin du morceau, Roméo Elvis modifie les paroles pour adresser ses adieux à son grand-père, prénommé Henri, alors en fin de vie, confiant au public avoir voulu, par ce geste, lui offrir la plus belle façon de dire au revoir. Le silence qui suit en dit long.

Jusque-là, seule la fan base massée devant le frontstage semble pleinement réceptive. L’artiste change alors de registre et invite un cercle plus large de festivaliers à participer à plusieurs pogos, à condition qu’ils se déroulent dans le respect et la bonne humeur.

Alors que les températures estivales commencent à s'estomper, Roméo Elvis, lui, proclame l'inverse par le biais de « Chaud », dont le refrain entêtant clame une envie de mettre le feu, à qui voudra bien s'y frotter. Le public, à son paroxysme, répond en chœur.

C'est alors que l'artiste choisit d'évoquer la douloureuse période des attentats avec « Morale » (2015), premier jalon d'une trilogie devenue culte aux côtés de « Chocolat » (2019) et « Tout Peut Arriver » (2022). Il y questionne l'état d'esprit, la santé mentale, les remises en question personnelles, les doutes de la jeunesse et la dualité entre choix de vie et conscience, le tout enrobé d'une bonne dose d'autodérision, à l'instar d'un Damso ou d'un Caballero dans leurs moments les plus introspectifs.

Le set s'achève en douceur. Ironie du sort, un Roméo Elvis pourtant au mieux de sa forme referme la boucle sur « Malade », extrait de Chocolat (2019), où il chante, non sans autodérision, le mal de tête que lui inflige cette histoire qui le rend malade. Sympa, en effet. 

Avant de quitter l’espace sous les applaudissements, le Bruxellois annonce à l’auditoire un nouvel opus pour 2027 et confie que Ronquières représente la date la plus importante de sa tournée.

Grâce à son flow hypnotique et ses textes caustiques, dispensés d'un baryton puissant sur un ton nonchalant, le Bruxellois de souche s'est amusé à dévoiler ici et là des pans de vie et des états d'âme que seuls les vrais fans apprécieront, mais qui lui permettent de revenir aux fondamentaux. D'autres y verront plutôt le reflet d'un ego surdimensionné et une forme de narcissisme qui semble bien lui coller à la peau.

Ferveur, énergie et ambiguïté : la Belgique aura, une fois de plus, tout pardonné à son enfant terrible.

Autre lieu, autre style. Hooverphonic au Ronquières Festival, aucun doute, c'est la grâce intacte d'une valeur sûre !

Si une formation résume trente ans d’évolution de la pop belge, c’est sans doute Hooverphonic. Né en 1995 à Saint-Nicolas, le trio d’Alex Callier et Raymond Geerts se forge un nom dès 1996 grâce à « 2 Wicky », titre retenu pour la bande originale de « Stealing Beauty » de Bernardo Bertolucci et présent sur son premier opus, « A New Stereophonic Sound Spectacular » (1996).

Depuis ce trip-hop originel, d’une froideur élégante, le trio évolue vers une pop orchestrale et cinématographique. Plusieurs disques jalonnent ce parcours : « Blue Wonder Power Milk » (1998), « Hooverphonic Presents Jackie Cane » (2002), « No More Sweet Music » (2005) et « Reflection » (2013). « Mad About You » (2000), extrait de « The Magnificent Tree », devient entre-temps un classique transmis d’une génération à l’autre.

Après son passage à l’Eurovision en 2021 pour « The Wrong Place », le combo renoue récemment avec ses racines électroniques grâce à « Fake Is The New Dope » (2024).

À Ronquières, Hooverphonic choisit le dépouillement : décor minimaliste, lumières sobres et peu d’artifices. Des instruments à cordes enrichissent toutefois l’ensemble et soulignent la dimension cinématographique des compositions.

Au centre de ce dispositif : Geike Arnaert, la voix historique du groupe, pour le plus grand bonheur des fans présents ce soir-là. Classieuse, toute de noir vêtue, elle impose d'emblée une présence scénique sobre et magnétique, à des lieues des artifices habituels des grandes scènes de festival.

L'entame, confiée à « 2 Wicky », plante immédiatement le décor feutré du concert. Se succèdent « The Wrong Place », « You Love Me to Death », « Hiding in a Song » et « Anger Never Dies », qui déroulent un fil conducteur tout en contrastes : tantôt lumineux, tantôt sombre, jamais prévisible. « Romantic » et l'incommensurable « Eden » viennent ensuite creuser ce sillon mélodique, avant un sommet suspendu dans le temps : « Vinegar & Salt ».

Le morceau cueille littéralement l'assistance, enrichi par une voix de Geike Arnaert d'une précision inouïe, frôlant par instants l'extinction. Un fragile équilibre, tenu de bout en bout, qui vaut à lui seul le déplacement.

« Jackie Cane » et « The Night Before » relancent la mécanique avant l'un des moments les plus attendus de la soirée : « Mad About You », repris en chœur par un public conquis d'avance. « Badaboum » et « Amalfi » poursuivent sur cette lancée.

« Sometimes » referme doucement la parenthèse avant que « The World Is Mine » ne vienne clôturer le concert sur la note la plus rythmée de la soirée, entraînant un public jusque-là recueilli dans un déhanché collectif et joyeux.

Un set efficace et d’une grande précision.

À l'heure du bilan, difficile de ne pas ranger cette prestation parmi les plus belles de la journée. Grandes envolées, riches contrastes, touches subtiles et mélodie envoûtante : Hooverphonic aura une fois de plus prouvé que la pop peut se faire cinéma sans jamais perdre en intensité.

Sobriété, précision et émotion : la formule, décidément, n'a pas pris une ride.

Last, but not least, Oscar and the Wolf se chargera de l'extinction des feux avant que la musique électronique ne prenne le relais aux quatre coins du site.

Si le loup hurle à la lune avant de chasser sa proie, celui qui gagne le podium de Ronquières semble surtout avoir convié l’orage. En fond de plateau, de gros nuages sombres restent suspendus, contrastant fortement avec la douceur de la soirée d’été.

Max Colombie, à la ville, chanteur de synthpop belge, a toujours eu le sens du contraste : après avoir gravé deux EP remarqués, il sortait en 2014 un premier long playing baptisé « Entity », d'abord au Benelux puis dans le reste de l'Europe. Suivront « Infinity » (2017), « The Shimmer » (2021), puis « Taste » (2024), qui consacrera définitivement l'artiste sur les plus grandes scènes du continent. Sans oublier son featuring avec Roméo Elvis, en huit titres, sur « Jardin », gravé en 2025.

L’introduction distille longuement sa tension avant l’éclatement de l’orage. La foule patiente sous des nappes électroniques croissantes, puis le loup surgit des coulisses et rejoint le devant du podium. Un vaste dispositif lumineux accompagne ensuite chaque silhouette tout au long du spectacle.

« Universe » ouvre les hostilités, suivi de « Dancing Machine » et « Breathing », qui donnent le ton d'un set aussi dansant qu'habité. Alors que « You're Mine » élargit le spectre sonore, « Forever Alone » et « Break Away (Spiral) » referment ce premier chapitre, plus introspectif, plus feutré.

Vient alors l’un des temps forts de la soirée. Max Colombie reprend « Losing My Religion » de R.E.M., pari délicat tant le titre demeure associé à Michael Stipe. Il se l’approprie pourtant par une interprétation intense, tandis que le parterre reprend le morceau en chœur.

La suite déroule « Joaquim », « Nostalgic Bitch » et « How You Disappear », avant un moment que le public espérait sans trop y croire.

À l’approche de la fin du concert, alors que la nuit recouvre le Plan incliné, Roméo Elvis rejoint l’estrade pour un duo sur « Lose My Baby ». Les deux artistes belges, en apparence opposés, trouvent rapidement un terrain commun.

Le set se referme sur une salve de tubes : « Angel Face », « Warrior » - hymne devenu chant de ralliement des Diables Rouges, « Princes », « Fever » et enfin « Strange Entity », qui vient boucler la boucle avec une énergie intacte.

Le loup quitte alors la scène sous une pluie de confettis, laissant derrière lui des nuages qui n'auront finalement jamais menacé que pour mieux électriser la soirée.

Entracte de choix dans la soirée belge de ce vendredi, Oscar and the Wolf aura, une fois de plus, prouvé qu'il n'a besoin ni de longs discours ni d'artifices superflus pour transformer un parterre de festivaliers en meute conquise.

Orage, lumière et confettis : la formule fait mouche, immanquablement.

Globalement, si quelques éléments sont venus entacher la qualité de cette première journée de festival, l'ensemble aura livré des prestations de bonne facture.

Que nous réserve la suite ?

Line up :

Tribord : Clarence Pinko – Adèle Castillon – Roméo Elvis – Oscar & The Wolf

Babord :  St Graal – Suzane – Hooverphonic – Trinix

(Organisation : Ronquières Festival)

Dour festival 2026 : dimanche 19 juillet

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Bon nombre de festivaliers anticipent déjà le rush des départs prévu ce lundi. Sacs à la main, certains gagnent leur véhicule dans l’espoir de quitter le site plus calmement. Ils se souviennent sans doute de ces années où il fallait patienter des heures, sous un soleil de plomb, avant de retrouver le bitume.

Votre serviteur doit malheureusement écourter sa journée, pour raison familiale. Dommage, car ce clap de fin aligne encore de belles affiches, dont Ghinzu, The Experimental Tropic Blues Band ou Interpol. Sur le papier, il s’agit même sans doute de la journée la plus riche musicalement.

À la suite de la défection d’Odezene, Eosine se produit à 18 heures. Une bonne nouvelle : programmée en début d’après-midi, la formation aurait probablement attiré moins de monde.

En attendant, cap sur la Boombox pour découvrir Elea.

Jeune pousse de la pop francophone, Elea s’est fait remarquer par des compositions introspectives et une sensibilité artistique immédiate. Entre mélodies accrocheuses et confidences intimes, la chanteuse s’est frayé un chemin jusqu’aux grands festivals, séduisant un auditoire sensible à sa sincérité.

Sous ses airs parfois fragiles, Elea affirme une identité visuelle claire. Sur les planches, elle a enfilé un pantalon trop court, un bonnet qui lui donne un petit côté écolier et, détail plus inattendu, une cravate.

Au fond du podium, son nom s’affiche en grand, ponctué de clins d’œil pleins d’autodérision : un bonnet rose posé sur le ‘E’ et le ‘A’, une cravate sur le ‘L’. Ces signes distinctifs renforcent l’univers graphique de la tournée. La jeune artiste maîtrise déjà quelques recettes du marketing.

Côté line-up, elle est épaulée par un bassiste et un batteur, tandis qu’un DJ, installé au centre de l’estrade, soigne l’habillage sonore et les rythmiques du set.

Dès les premières notes de titres entraînants comme « Nouveau départ » ou « Tout recommencer », le ton est donné. Elea se livre au fil du concert, évoquant auprès de la foule son goût pour la musique classique et Eddy de Pretto. Pour lui rendre hommage, elle interprète une version très personnelle de « Random », exercice qu’elle aborde avec assurance.

C’est toutefois sa reprise de « Creep » de Radiohead qui surprend le plus. Elle y mêle français, anglais et incursions rap dans une version ample, efficace, qui réveille la fosse. La tension grimpe encore au son de « Briller » et de « Passionnée de toi ».

Pour remercier les aficionados venus nombreux, elle présente en exclusivité « Pour moi », un titre inédit annoncé pour le mois d’août. Plus ambiancé et rythmé que ses morceaux habituels, il laisse entendre une orientation plus marquée vers le rap.

Enfin, pour prendre congé de ses hôtes, elle propose une relecture d’un titre de Maître Gims, moins spectaculaire que les moments précédents, mais assez légère pour refermer la prestation sans lourdeur.

L’Atelier accueille ensuite Kaat Van Straelen.

Figure montante du paysage musical, Kaat Van Straelen séduit par un univers situé entre pop organique, mélodies soignées et textes intimistes. Grâce à des compositions ciselées et une présence lumineuse, l’artiste s’est peu à peu imposée sur des affiches plus exposées, affirmant une signature singulière.

Sur les planches, la formule reste épurée, efficace et résolument rock. Le combo réunit un bassiste, une chanteuse, un guitariste et un drummer. Le bassiste, chevelu comme un lion, imprime une présence visuelle sauvage qui contraste agréablement avec la finesse des mélodies.

Devant une salle pleine à craquer, l’échange fonctionne bien. Au fil du set, la formation alterne rythmes accrocheurs et chansons plus douces, mettant en valeur la voix poignante et cristalline de la chanteuse.

Si la connexion semble réelle entre Kaat Van Straelen et la fosse, votre serviteur, lui, n’accroche pas. Une proposition plus appétissante attend peut-être du côté de la Petite Maison dans la Prairie : High Vis s’y colle.

Originaire de Grande-Bretagne, High Vis s’est rapidement imposé parmi les formations marquantes du punk et du post-hardcore actuels. Entre urgence abrasive, mélodies directes et textes ancrés dans la réalité de la classe ouvrière, le band a gagné une solide réputation sur les circuits alternatifs internationaux.

Sur l’estrade, le line-up va droit au but : deux guitares, un préposé au chant et un batteur redoutablement nerveux.

Dès l’intro et le brûlot « Drop Me Out », l’énergie jaillit. Ça part dans tous les sens, et la foule réagit immédiatement. Le combo enchaîne les salves sonores, traversant des morceaux tendus comme « Walking Wires », « Altitude » et l’implacable « Out Cold ».

Le frontman se dépense sans compter, harangue l’auditoire et accentue la tension de chaque titre. À sa droite, le guitariste ne ménage pas non plus ses efforts : ses gestes amples martèlent les accords et donnent du relief à « Mob DLA », « 0151 » ou encore « Guided Tour ».

La tension ne retombe pas lorsque surgissent les riffs incisifs de « Choose to Lose » et la charge de « Mind’s a Lie ».

Guidé par une voix âpre, le set s’achève sur « Trauma Bonds ». La foule ressort secouée, mais convaincue par une prestation viscérale et sans concession. De la rage, de la sueur et peu de place pour le compromis.

Il est 18 heures : Eosine peut entrer en piste.

Lorsque les musiciens d’Eosine grimpent sur l’estrade, on mesure à peine qu’un combo aussi jeune puisse déjà bénéficier d’une telle popularité. Emmenée par Elena Lacroix, à la guitare électrique et au chant, la formation compte quelques EP à son actif, dont « Obsidian » (2021) et « Carolline » (2023), mixés et masterisés par Mark Gardener himself, l’un des chanteurs-guitaristes du légendaire Ride.

Entre dreampop et shoegaze, Eosine esquisse un univers qui évoque Slowdive ou Cocteau Twins, tout en cherchant à s’en distinguer par une couleur sonore propre.

Toute l’équipe est vêtue de blanc. Serait-ce l’immaculée conception ? Elena Lacroix s’installe d’un pas sûr, entourée d’un batteur, d’un second guitariste et d’un bassiste chevronné. Au milieu de cette esthétique vaporeuse, un détail plus décalé attire l’œil : le second guitariste arbore une coupe mulet, touche amusante dans ce tableau soigneusement composé.

La voix peine à se dégager en début de set, mais la chanteuse corrige rapidement le tir et trouve sa place dans le mix.

Entre les morceaux, Elena s’adresse à l’auditoire en français, en néerlandais puis en anglais, chaque fois sans hésitation, ce qui crée une proximité immédiate.

Le combo dégage une belle énergie, taillée pour le live. Dès les premières notes de « Digitaline » ou de « A Scent », la voix laisse entendre des intonations qui rappellent Björk, tandis que les guitares oscillent entre reverb, chorus et delay.

Les compositions flirtent avec une abstraction sidérale et entraînent l’auditoire dans un climat presque cosmique. Le set gagne peu à peu en intensité avant de se refermer sur des vagues hypnotiques, marque de fabrique du combo.

Elena Lacroix manie sa guitare avec précision, tandis que la frappe du batteur alterne souplesse et rigueur.

Eosine signe ainsi un show carré et maîtrisé, confirmant son aisance sur les planches. Vaporeux, précis et cosmique : un triptyque idéal pour clore cette édition.

L’édition 2026 du festival de Dour s’achève ici. Entre le départ de son organisateur historique, Damien Dufrasne, lié au festival depuis 35 ans, un déficit structurel et les stratégies financières des actionnaires, l’édition 2027 pourrait réserver bien des surprises. Et pas forcément les meilleures.

(Organisation : Dour festival)

Dour festival 20026 : samedi 18 juillet

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Et de trois ! Une journée supplémentaire commence à peser dans les guiboles. Même si le site paraît moins étendu cette année, il faut encore avaler pas mal de kilomètres, les podiums restant bien éloignés les uns des autres.

Les températures, plus respirables que lors des deux jours précédents, offrent un vrai répit aux festivaliers.

La journée se place sous le signe de la détente et de la découverte. Votre serviteur file donc vers la Petite Maison dans la Prairie, l’un des hauts lieux du rock, pour y écouter une toute jeune demoiselle du nom de Théa.

Propulsée par une ascension rapide sur le circuit indépendant francophone, Théa s’impose comme une voix singulière, entre urgence punk, esthétique pop et production électronique acérée.

Elle passe sans peine des climats intimistes de « Echo » ou « PTSMR » aux décharges sonores de brûlots tels que « h4rdro0ck3r ». L’autrice-compositrice-interprète s’est taillé une solide réputation sur les planches. Habituée des clubs underground et des tremplins alternatifs qui l’ont aguerrie, elle promène aujourd’hui sa gouaille et sa rage sur les grands podiums de festivals, auprès d’une jeunesse en quête d’authenticité brute.

Sur les planches, le regard accroche d’abord une batterie rose installée au milieu des projecteurs, tandis que les amplis, placés à l’opposé, affichent le même coloris flashy. À les voir ainsi trôner, on croirait presque le matériel sponsorisé par la Commune de Boussu, voisine du festival, dont le rose passe pour la couleur préférée de la Bourgmestre, affectueusement surnommée Barbie dans l’intimité. C’est dire !

Théa ne s’embarrasse pas toujours de délicatesse, et c’est précisément ce qui nourrit sa force. Tandis que résonnent des titres percutants comme « Hannah Montana », « Allo ? C Moi » ou l’euphorique « Enfants D’la Rave », elle livre ce soir « Bby me laisse pas », composition faussement nostalgique traversée par des beats proches de l’électro-rock. Elle n’abandonne jamais son goût pour le récit cru, notamment sous « Anxiolytiques » et son refrain cathartique – On a baisé une dernière fois. C’est fin, c’est frais et ça se mange sans faim.

Entre deux décharges sonores comme « Guillotine » ou l’entêtant « Cavale ! Cavale ! », l’artiste dessine un versant plus nuancé et réellement intéressant.

Ses textes, chargés d’une rage manifeste, parlent à une foule jeune qui semble connaître l’artiste sur le bout des doigts. Elle scande d’un même élan des titres comme « Qui Fera Taire les Kidz Fucked Up ?? », plus portée à vibrer collectivement qu’à reprendre sagement des refrains balisés.

Au cœur de cette déferlante électrique, le set prend soudain une tournure plus intime grâce à « Juste ami ». En version piano-voix, le registre change, et son grain vocal particulier trouve pleinement sa place, laissant entrevoir une fragilité plus directe.

Fidèle à ses convictions et à l’esprit frondeur de ses prestations, l’artiste ponctue aussi son passage de prises de parole antifascistes et antiracistes, qui donnent une autre portée au concert.

Une chose est sûre : le passage de Théa à Dour ne laisse guère indifférent. C’est cru, brut et sincère.

À une encâblure de là, la curiosité de votre serviteur le pousse vers l’Atelier, non pas pour bricoler, mais pour y voir Lézar. Pas l’animal, mais la formation, pardi !

Né dans le bouillonnement du circuit alternatif, Lézar s’est peu à peu faufilé dans le paysage musical en cultivant une esthétique singulière, loin des sentiers battus.

Nourri d’influences éclectiques, le projet s’est structuré au fil des répétitions et des passages locaux, jusqu’à trouver sa place dans l’effervescence de grands rendez-vous comme Dour.

Sur l’estrade, le quatuor réunit guitare, basse, batterie et chant, ce dernier incarné par une chanteuse à la présence affirmée.

L’univers proposé se situe à mille lieues de l’ambiance nerveuse à laquelle votre serviteur venait de s’habituer. Il doit bien se rendre à l’évidence : préférant d’autres horizons, il décide sagement de changer de crèmerie.

Et la déception ne s’invite pas au programme. Bob Vylan constitue sans doute l’une des belles surprises de cette édition 2026.

L’hémicycle de la Petite Maison dans la Prairie affiche complet. Signe que le spectacle annoncé risque de secouer les lieux.

Originaire de Londres, Bob Vylan réunit Bobby au chant et Bobbie à la batterie. À la croisée du punk, du rap et du rock alternatif, le duo s’est rapidement taillé un nom sur le circuit international grâce à des prestations viscérales et à un engagement politique tranché, qui bousculent les codes des grands festivals européens.

Sur le podium, un grand écran occupe l’arrière-plan. S’y succèdent des images de nature et, surtout, des textes politiquement engagés. La configuration s’avère minimale : un chanteur, un batteur et une bande-son percutante, qui renforce les compositions du duo.

La musique de Bob Vylan secoue d’emblée : elle respire une énergie foutraque et nerveuse.

Dès les premières notes de titres comme « We Live Here », « Down » ou l’explosif « GYAG (Get Yourself a Gun) », le ton est donné.

Le frontman, engagé et tendu comme un ressort, ne tient pas en place. Il bouge, sautille sans discontinuer et galvanise la foule au rythme de morceaux incisifs tels que « Makes Me Violent », « Take That », « Northern Line » ou le cynique « Sick Sad World ». Qu’il enchaîne l’urgence de « Ring the Alarm », la lourdeur moite de « Wicked & Bad » ou l’ironie mordante de « Pretty Songs », il occupe l’espace scénique par une intensité constante.

Entre « I Heard You Want Your Country Back » et l’implacable « Hunger Games », on retient aussi l’hommage rendu à Stephen Lawrence.

Pour rappel, ce jeune étudiant noir britannique de 18 ans a été assassiné en 1993 à un arrêt de bus de Londres, lors d’une attaque raciste qui a profondément ébranlé le Royaume-Uni et mis en lumière les failles institutionnelles ainsi que le racisme systémique de la police britannique.

En invoquant sa mémoire, le duo ancre sa prestation dans une réalité historique et militante forte. Rage, mémoire et frontalité : voilà le triptyque Bob Vylan.

Pour terminer cette journée, place aux déjantés de TVOD. Derrière cet acronyme ne se cache pas une chaîne de télévision, mais une bande de joyeux lurons déchaînés dont l’objectif consiste à contenter une foule exigeante musicalement.

Dans la lignée des formations qui raniment l’urgence du rock indépendant, TVOD s’est forgé une solide réputation au fil de prestations intenses. Entre nostalgie vénéneuse, énergie post-punk et tension abrasive, le sextuor s’impose comme une valeur sûre à suivre sur les scènes alternatives européennes.

Sur les planches, le line-up est complet et généreux : une batterie, une basse, deux guitares, un clavier et un chant. Côté style, le frontman annonce la couleur grâce à un t-shirt jaune à manches longues flanqué du logo Martini, clin d’œil rétro assumé qui donne le ‘la’ de la performance.

La formation délivre une sonorité héritée des années 80-90. Dès que résonnent « Uniform », « Pool House » ou l’implacable « Car Wreck », les guitares suintent la distorsion et le batteur claque ses baguettes sur les fûts par une précision rageuse, rappelant la grande époque des vieux briscards du rock.

Mais les frasques survoltées du chanteur justifient à elles seules le détour et propulsent le show dans une zone délicieusement foutraque. Il court, hoche la tête frénétiquement et sautille sans répit sur des salves sonores telles que « Super Spy », « MUD », « Ex-Boyfriend Beat » ou le cinglant « Clorox ». Entre deux accélérations sauvages comme « Pilots », « Rerun » ou le percutant « PIT », il mène la danse de bout en bout, pour le plus grand bonheur des aficionados massés au pied du podium.

Alors que la tension grimpe au son de « Meetings », « Wet Brain », « Wells Fargo » et de l’hymne incandescent « Party Time », le set s’embrase pour de bon.

Sous les vagues sonores hypnotiques de « Alien » et de l’entêtant « Mantis », les musiciens finissent par emboîter le pas de leur gourou. Dans un élan collectif, la troupe entière s’abandonne à un final où elle s’écroule sur les planches, couchée au sol et happée par la transe.

Nostalgie, transe et sueur : TVOD vient à bout des derniers organismes encore debout.

Plus rien de vraiment apaisant n’apparaissant au menu, votre serviteur préfère tourner les talons et parcourir les quelques kilomètres qui le séparent de son cocon.

(Organisation : Dour festival)

Dour Festival 2026 : vendredi 17 juillet

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Hormis la tête d’affiche du jour, aucun nom de l’affiche ne parlait vraiment à votre serviteur. Tant mieux : c’est souvent dans ce genre de brouillard que son flair aime s’aventurer.

Direction la Petite Maison dans la Prairie, où le nez le mène tout droit vers Yoa.

En quelques années, Yoa s’est imposée parmi les nouveaux visages de la pop française. Après une poignée d’EP, la chanteuse franco-suisse a publié en janvier 2025 son premier long playing, « La Favorite », disque très personnel où elle aborde la santé mentale, les relations amoureuses, les violences sexuelles et l’identité. Cette progression rapide lui vaut, en 2025, la Victoire de la Musique de la Révélation Scène.

C’est autour de cet opus qu’elle pose pour la première fois le pied à Dour. Elle aborde l’exercice dans une décontraction communicative, à l’aise devant une foule qu’elle doit pourtant encore convaincre en partie.

Avant le concert, elle fixe une règle simple : le respect demeure la base de toute prestation. On aime ou on n’aime pas ; si la proposition ne convient pas, il suffit de partir.

La remarque prend tout son sens dans un festival comme Dour, dont la diversité de programmation permet à chacun de trouver chaussure à son pied parmi les podiums et les univers les plus variés.

Dès les premières minutes, la chanteuse impose une présence singulière, soutenue par une voix profonde qui tranche avec l’image fragile et aérienne que son univers pop électronique pourrait laisser supposer.

Sur les planches, Yoa est rejointe par deux danseuses. Le trio compose rapidement un ensemble cohérent, les trois artistes évoluant en réelle harmonie. La synchronisation réussie des danseuses prolonge les morceaux plutôt qu’elle ne les illustre platement. Le mouvement devient une composante du spectacle et lui apporte une dimension visuelle inattendue.

C’est ce caractère surprenant qui frappe surtout. Yoa ne se limite pas à aligner ses titres. Le set joue sur les contrastes, entre chansons douces, presque intimistes, et morceaux plus dansants, nourris d’électronique. Cette alternance évite au concert de s’installer dans une seule ambiance et révèle plusieurs facettes de son univers.

Parmi les titres interprétés, « 2013 » s’inscrit pleinement dans cette proposition à la fois personnelle et contemporaine. Yoa chante exclusivement en français, plaçant ses textes au cœur d’un spectacle où musique, voix et chorégraphie dialoguent en permanence.

La prestation aurait toutefois gagné en crédibilité par une prise de risque vocale plus marquée. Yoa chante sur bande-son, choix qui laisse une légère frustration au regard de la qualité de sa voix et de la maîtrise de son univers scénique. Cette voix profonde mériterait un dispositif live plus affirmé. Le contraste entre cette présence vocale singulière et l’usage d’une bande enregistrée donne parfois l’impression que le spectacle aurait pu franchir un cap.

Reste une première apparition à Dour convaincante. À l’aise devant l’auditoire, soutenue par deux danseuses parfaitement calées et capable de passer naturellement de la douceur à des rythmiques plus dansantes, Yoa propose un spectacle équilibré. Il confirme surtout que son univers ne se limite pas à une pop électronique introspective : sur podium, l’artiste entend aussi mettre les corps en mouvement, sans renoncer à la sensibilité qui constitue l’une de ses forces.

Toujours à la Petite Maison dans la Prairie, changement radical d’ambiance pour le show de Peaches.

La Canadienne, figure incontournable de l’electroclash et de l’electropunk depuis le début des années 2000, s’est bâti une réputation internationale grâce à une musique provocante, décomplexée, et à des performances qui brouillent les frontières entre concert, geste artistique et cabaret. Par son nouvel opus, « No Lube So Rude », elle prolonge son travail autour du corps, de l’identité et des normes sociales.

Autant le préciser d’emblée : Peaches n’a pas choisi la demi-mesure.

Dès son entrée sur les planches, le ton est donné. La chanteuse transforme presque chaque chanson en nouveau tableau. Pratiquement chaque titre s’accompagne d’une tenue différente, faisant basculer le concert vers un défilé surréaliste. Cette succession de costumes participe à la volonté de surprendre, de provoquer et de jouer sur les codes.

À ses côtés, deux danseuses aux allures volontairement ambiguës complètent le dispositif. Corps, costumes et accessoires brouillent les repères et rendent difficile la distinction entre les identités et les genres représentés. Peaches entretient elle-même ce flou, laissant planer le doute sur ce qu’elle souhaite donner à voir. La surprise, elle, tient bon jusqu’au bout.

Les deux comparses se livrent à des chorégraphies physiques, laissant les corps s’exprimer hors des conventions. La synchronisation entre les trois artistes fonctionne particulièrement bien et donne au spectacle une cohérence visuelle nette. Peaches et ses deux partenaires forment un véritable trio, où la danse pèse autant que la musique.

C’est là que réside la force de cette prestation. Une fois encore, le recours à une bande-son trouble pourtant légèrement l’ensemble. Comme pour Yoa, le spectacle aurait sans doute gagné en impact par une interprétation live. La présence scénique de Peaches, son expérience et sa capacité à capter l’attention auraient pu soutenir un dispositif musical plus organique.

Le volet visuel prend toutefois vite le relais. Impossible de décrocher les yeux de l’estrade. Chaque morceau apporte son lot de surprises, de changements d’apparence et de situations décalées. On ne sait jamais vraiment ce qui va arriver ensuite, et c’est précisément ce qui tient la foule en haleine.

Le set cherche clairement à provoquer le rire ou le choc. Peaches travaille cette frontière sans choisir totalement son camp. Elle provoque, amuse, interpelle et pousse l’auditoire à s’interroger sur ce qu’il regarde. Le corps devient outil artistique, terrain de jeu et parfois arme de provocation.

Musicalement, le personnage central évoque un improbable croisement entre Nina Hagen et Anne Clark. De la première, elle retient cette capacité à repousser les limites de la performance et à transformer l’extravagance en langage artistique. De la seconde, elle conserve cette froideur électronique et cette manière d’utiliser le corps comme instrument au service d’une musique qui ne cherche pas forcément à séduire.

Le résultat tient autant de la performance artistique que du spectacle musical. Peaches ne vise pas la prestation conventionnelle : elle impose son univers, ses codes et ses ambiguïtés. Si l’absence de véritable interprétation live laisse un léger goût d’inachevé, la richesse du dispositif visuel et la complémentarité entre la chanteuse et ses deux danseuses maintiennent l’attention.

Dans l’enceinte de la Petite Maison dans la Prairie, Peaches livre finalement un show à son image : provocateur, déroutant, drôle, parfois déstabilisant, impossible à enfermer dans une case. Un spectacle où l’on hésite entre rire, surprise et simple abandon au mouvement.

Votre serviteur se poste ensuite face à la Main Stage, coincé parmi une brochette de jeunes gaillards qui ne doivent pas dépasser la vingtaine, pour y (re)voir Orelsan.

Le rappeur caennais n’est plus vraiment à présenter. Depuis ses débuts à la fin des années 2000, Orelsan s’est imposé comme l’une des figures majeures du rap français. De « Perdu d’avance » à « Civilisation », en passant par « Le Chant des sirènes » et « La fête est finie », il a bâti une carrière jalonnée de succès populaires, de textes générationnels et d’une capacité rare à faire évoluer son personnage sans perdre son identité. Ses disques l’ont porté bien au-delà du seul cercle rap, jusqu’à en faire l’un des artistes francophones les plus populaires de sa génération.

Le frontman débarque soutenu par une machine scénique parfaitement huilée. Le concert se construit comme une succession de chapitres, autant de séquences qui structurent la progression du spectacle et de la narration. Cette architecture permet à Orelsan de naviguer entre différentes ambiances et plusieurs périodes de sa carrière, tout en conservant un fil conducteur.

Les chorégraphies témoignent d’un vrai travail de mise en scène. Les mouvements s’enchaînent précisément, tandis que l’écran géant installé en fond de plateau diffuse des visuels qui renforcent l’atmosphère de chaque morceau. L’ensemble apparaît spectaculaire, millimétré et pensé dans le détail.

Le concert démarre par « Yoroï », avant « Basique », qui plonge immédiatement la fosse dans l’univers du rappeur. « La Quête », « Le Pacte », « Plus rien », « Ailleurs » et « Boss » installent ensuite progressivement la dynamique du set.

Orelsan alterne les titres issus de ses différentes périodes, faisant voyager l’auditoire dans une discographie désormais particulièrement riche. Le medley « Pour le pire / Jimmy Punchline / Le Chant des sirènes / À l’heure où j’me couche / La pluie / Rêves bizarres » revisite plusieurs morceaux emblématiques, avant « Encore une fois » et « Défaite de famille ».

Le spectacle ne manque pas de moments forts. « Oulalalala », « L’odeur de l’essence », « Tellement d’amis », « Du propre » et « SAMA » maintiennent la pression, tandis que « Soleil levant », « Les Monstres » et « Athéna » apportent d’autres nuances à un set qui joue constamment sur les contrastes.

La foule connaît les paroles et ne se prive pas de le signaler. Orelsan peut compter sur une armée de fans qui reprend les morceaux à ses côtés et transforme la Main Stage en gigantesque karaoké. Le rappeur, lui, se dépense sans compter : il court, saute, harangue l’auditoire et multiplie les déplacements, comme s’il cherchait à repousser ses propres limites.

La dernière partie du concert s’articule autour de « Jour meilleur », « Épiphanie » et « La Terre est ronde », offrant une conclusion plus apaisée après un spectacle mené tambour battant.

Et pourtant, malgré cette énergie, quelque chose semble manquer. Orelsan se dépense sans compter, mais le spectacle paraît par moments si calibré, si maîtrisé, qu’il perd un peu de spontanéité. Tout est là : chorégraphies, écrans, effets visuels, scénographie et artiste infatigable. Derrière cette impression de perfection, il manque peut-être un supplément d’âme. Et la vieille bagnole posée sur les planches, depuis laquelle il se poste parfois pour chanter, ne change pas vraiment l’affaire.

Le contraste frappe d’autant plus que la discographie d’Orelsan repose largement sur une écriture personnelle, parfois intime, souvent introspective. Sur podium, cette dimension semble par moments reléguée derrière une production spectaculaire qui privilégie l’efficacité.

Le pari reste largement réussi sur le plan du divertissement. Le spectacle est solide, professionnel et visuellement impressionnant. Orelsan maîtrise les codes de la grande scène et sait comment entraîner une foule venue avant tout pour lui.

Cette foule, justement, était particulièrement dense. Le parterre, pris d’assaut par les fans du rappeur, chantait chaque refrain, reprenait chaque punchline et célébrait son idole.

Orelsan aura donc livré un spectacle sans faute technique majeure, soutenu par une scénographie ambitieuse et une énergie communicative. Un show efficace, même si, derrière cette machine parfaitement réglée, on aurait aimé retrouver davantage de cette part intime qui nourrit la richesse de l’artiste.

Avant de filer vers ses pénates, votre serviteur s’offre un dernier détour dans l’hémicycle de la Petite Maison dans la Prairie, pour y attraper le spectacle d’Oklou, alias Marylou Mayniel, productrice, chanteuse et compositrice française peu à peu imposée comme l’une des figures singulières de la nouvelle pop électronique.

Après plusieurs projets, dont la mixtape « Galore » en 2020, elle franchit une nouvelle étape par « choke enough », son premier véritable disque studio, sorti en février 2025. L’opus confirme son goût pour les atmosphères éthérées et les expérimentations électroniques, quelque part entre ambient, pop rêveuse et pulsations club.

À Dour, Oklou vient précisément défendre cet univers particulier, difficile à enfermer dans une catégorie. La Petite Maison dans la Prairie se transforme alors en bulle hors du temps, loin de l’agitation des autres podiums. La prestation cherche davantage à installer une atmosphère qu’à provoquer une déferlante d’énergie.

Oklou impose rapidement une présence retenue. Sa voix fragile et délicate se pose sur des nappes électroniques qui confèrent au set une dimension presque irréelle. Ici, pas question de chercher l’efficacité immédiate ni de multiplier les effets spectaculaires : tout se joue dans les textures, les nuances et les silences.

La musique flotte entre deux mondes. D’un côté, des compositions intimes et cotonneuses qui invitent à l’introspection ; de l’autre, des rythmiques plus électroniques rappelant les origines club de l’artiste. Ce contraste constitue l’une des forces de son univers et évite au concert de sombrer dans la monotonie.

Il faut pourtant accepter de se laisser porter. Oklou ne livre pas un spectacle construit autour d’une succession de tubes destinés à faire chanter la foule d’un festival. Son approche est plus sensorielle. Elle demande au spectateur de prendre le temps d’entrer dans son univers, de se laisser absorber par ces sonorités parfois étranges, parfois mélancoliques, mais toujours travaillées.

Cette proposition peut dérouter dans le contexte de Dour. Là où certains podiums cherchent à faire exploser les corps, Oklou semble plutôt vouloir les suspendre. Son concert fonctionne comme une parenthèse, une respiration au milieu du tumulte.

L’auditoire de la Petite Maison dans la Prairie semble progressivement se laisser gagner par cette atmosphère. Les compositions prennent une dimension immersive et esquissent un langage sonore propre à l’artiste.

C’est peut-être là que réside la singularité d’Oklou. Là où la pop électronique contemporaine cherche souvent à impressionner par la démesure, elle choisit la suggestion, voire l’intuition. Ses morceaux progressent par petites touches, construisant des paysages sonores dans lesquels la voix se fond plutôt qu’elle ne s’impose.

La prestation ne cherche donc pas à conquérir Dour par la force, mais plutôt à l’apprivoiser. Oklou propose une expérience musicale délicate, expérimentale et profondément personnelle, qui confirme la place particulière qu’elle occupe aujourd’hui dans le paysage électronique français.

À la Petite Maison dans la Prairie, la Française aura finalement offert un moment suspendu, quelque part entre rêve éveillé et réalité numérique. Le concert ne se donne pas immédiatement, mais gagne à être appréhendé comme une immersion. Dans le tumulte d’un festival comme Dour, cette capacité à créer une véritable bulle sonore constitue déjà une forme de réussite.

Un moment dense, traversé d’une intensité discrète. Une seconde journée qui s’achève dans l’amour. C’est aussi ça, Dour !

(Organisation : Dour Festival)

Dour festival 2026 : jeudi 16 juillet

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Pour sa 36e édition, le Dour Festival n’a pas seulement revu sa programmation : il a aussi repensé une partie de son architecture. Six espaces thématiques — Last Arena, De Balzaal, Boombox, PMP, Dub Corner et L’Atelier — ont redessiné la circulation sur le site, tandis qu’une journée d’ouverture inédite, « The Opening », lançait les festivités dès le mercredi, quatre podiums déjà en activité. Une entrée en matière destinée aux habitués, le temps de prendre ses repères.

Côté logistique, l’organisation a revu le dispositif de parkings et de navettes : quatre zones de stationnement, reliées notamment depuis Anderlecht, Berchem, Hal, Vilvorde, Malines, Nivelles et la gare de Quiévrain. Depuis le 1er mars, la TVA sur les nuitées est passée de 6 à 12 % en Belgique, une décision gouvernementale susceptible de peser sur la formule camping, pilier économique du festival. Le secteur événementiel doit désormais composer avec des marges toujours plus étroites.

Le sold-out n’a pas été atteint cette année, sans doute en raison de coûts élevés et d’une affiche moins riche que lors des éditions précédentes. Mais au-delà des chiffres et des plans de site, la même faune continue de donner à Dour sa texture singulière. Ici, la mode n’obéit à aucune règle : déguisements improbables, tenues bricolées la veille au fond d’une tente, looks proches du dénuement complet, le tout dans une indifférence générale. N’y mettez pas bobonne, elle y perdrait son dentier !

Le site semble ainsi échapper aux codes vestimentaires habituels, comme si la plaine douroise devenait, pendant cinq jours, un territoire soustrait au regard extérieur. À intervalles réguliers, où que l’on se trouve, jaillit le cri de ralliement devenu totem sonore : un ‘Dourrreeeehhhh’ » lancé à pleins poumons, repris d’un espace à l’autre, rappelant que malgré les nouveaux podiums et les parkings réorganisés, l’essentiel demeure : cette communion chaotique propre au festival.

Après environ quarante-cinq minutes de marche sur les terres douroises, votre serviteur atteint enfin le site sous un soleil de plomb. Direction la Last Arena, espace principal planté face au VIP. À cette heure de l’après-midi, la foule reste clairsemée. C’est YĪN YĪN qui ouvre le bal.

Les membres de YĪN YĪN sont d’abord des gens de la nuit. Leur amitié s’est construite sur le terrain, au fil de soirées DIY qu’ils organisaient avant même d’envisager de monter une formation. Le déclic survient lorsque Yves Lennertz et Kees Berkers enregistrent une cassette inspirée des musiques du sud et du sud-est asiatique. Le duo s’installe, entouré d’une montagne d’instruments, dans un local de répétition loué près de Maastricht, puis y grave plusieurs morceaux en trois jours.

Pour donner vie à ces titres sur les planches, les deux musiciens sollicitent des amis le temps d’un concert. Ce soir-là, le duo devient quatuor, rejoint par Remy Scheren à la basse et Robbert Verwijlen aux claviers. Cette spontanéité, née de l’urgence et de l’amitié plutôt que d’un calcul de carrière, restera la marque de fabrique du combo en studio comme en répétition. YĪN YĪN puise aussi son énergie dans les concerts : le contact direct auprès de l’auditoire nourrit un son pensé pour mettre les corps en mouvement.

Au fil du temps, la formation a enrichi sa palette, intégrant davantage de samples, de boîtes à rythmes et de synthétiseurs. Le line-up a évolué : Yves Lennertz a cédé la guitare à Erik Bandt en 2023, avant que Jérôme Scheren ne succède à Robbert Verwijlen aux claviers début 2025. C’est donc l’équipe actuelle — Kees Berkers, Remy Scheren, Erik Bandt et Jérôme Scheren — qui s’est produite à Dour, fidèle à l’esprit fondateur tout en affirmant une identité sonore renouvelée.

Sur le papier, YĪN YĪN tient du pari improbable : un quatuor néerlandais de Maastricht nourri au psych-rock thaïlandais des années 60-70, relevé de funk, de disco et d’expérimentations électroniques. Sur le podium, ce grand écart trouve d’abord sa logique. Le band montre pourtant vite ses limites. Privé de chant, le set repose entièrement sur l’échange instrumental entre section rythmique, riffs de guitare précis et nappes de synthés. Le groove ne relâche jamais la pression et installe une atmosphère hypnotique, mais son caractère répétitif finit par désarçonner.

En fond de plateau, un écran géant diffuse des images dominées par un rouge omniprésent, sans véritable fil conducteur. Surtout, aucune interaction ne vient rompre la distance : pas un mot, aucun regard appuyé vers l’auditoire, comme si la formation jouait pour elle-même. Le résultat laisse une impression paradoxale : une musique fascinante dans l’idée, maîtrisée techniquement, mais plus adaptée à une écoute solitaire, , verre de whisky dans une main et joint dans l’autre qu’à l’électrisation d’un champ de festival un jeudi soir.

Puisque Dour reste le terrain de la découverte, cap sur la Petite Maison dans la Prairie pour écouter Quentin Lepoutre, alias Myd, musicien, producteur et ingénieur du son français. S’agissant d’un set purement électronique, votre serviteur n’y restera guère plus de dix minutes avant de chercher une matière plus organique à la Boombox, où se produisent Scylla & Furax.

Derrière Scylla se cache Gilles Alpen, rappeur, slameur et poète belge dont la voix rauque et l’écriture affûtée ont marqué le rap francophone. Originaire de Drogenbos puis installé à Forest, il découvre l’écriture à l’adolescence, refuge qui deviendra sa voie. En 2002, il fonde le collectif OPAK auprès de Karib, L’AB7, Masta Pi et DJ Alien. Deux disques collectifs posent les bases : « L’Arme à l’œil » (2004) et « Dénominateur commun » (2006). Sa carrière solo démarre en 2009 par l’EP « Immersion », puis s’affirme avec « Abysses » en 2013, opus salué par la critique et classé 7e de l’Ultratop belge.

Sa collaboration auprès du pianiste Sofiane Pamart donne naissance à « Pleine Lune » et « Pleine Lune 2 », où rap et musique classique cherchent un équilibre entre puissance brute et contemplation. En 2025, il s’associe à Furax Barbarossa pour « Portes du désert », prélude à une tournée commune. Le duo opte ici pour un dispositif minimaliste : l’un au chant, l’autre au son, une configuration qui laisse toute la place à l’écriture et au dialogue des deux voix. Cette sobriété convient à un rap français qui n’a pas besoin d’artifices pour exister.

C’est pourtant là que le bât blesse. Entre Scylla, Bruxellois à la voix grave, et Furax Barbarossa, Toulousain au flow tranchant, les codes du genre s’enchaînent sans grande surprise. Dans les textes comme dans la gestuelle, les poncifs reviennent : mains levées pour faire répondre l’auditoire en chœur, punchlines calibrées pour déclencher l’ovation, postures de défi face à la fosse et vocabulaire scénique déjà connu des amateurs. La recette fonctionne malgré tout. Le public, nombreux devant la Boombox, suit le duo, reprend les refrains et scande les couplets les plus connus.

Scylla et Furax Barbarossa parviennent ainsi à fédérer une foule conquise d’avance, la gardant dans leur poche du premier au dernier titre. La preuve qu’une écriture solide et une complicité de plateau bien rodée suffisent parfois à emporter l’adhésion, même lorsque la surprise manque.

La Main Stage entre ensuite en effervescence : Zwangere Guy s’apprête à livrer un set appelé à marquer cette journée et probablement déjà le festival. Né à Anvers, l’artiste s’est imposé au fil des années comme l’une des figures les plus singulières du rap flamand, grâce à une plume affûtée et un franc-parler sans filtre. De ses débuts sur les planches anversoises à des collaborations qui ont dépassé les frontières linguistiques du pays, il a bâti une trajectoire qui l’amène aujourd’hui bien au-delà du seul auditoire néerlandophone.

Sur scène, l’homme attire l’attention, vêtu d’une étonnante tenue verte qui tranche sur le reste de l’affiche. Il est épaulé par deux comparses affairés aux machines, façonnant en direct la matière sonore du set. Ce qui frappe surtout, c’est sa gymnastique linguistique : Zwangere Guy passe du flamand au français, qu’il maîtrise impeccablement, puis à l’anglais, changeant de langue au gré des morceaux afin que le plus grand nombre puisse le suivre.

Certaines compositions mêlent d’ailleurs langue de Molière et de Vondel, matérialisant sur disque cette porosité linguistique qu’il pratique déjà sur les planches. Un compromis à la belge, en somme. Le public flamand s’est déplacé en nombre pour soutenir son artiste. Et pour cause : il rappelle lui-même qu’il s’agit de la première invitation d’un artiste flamand sur l’affiche de Dour. La démarche vise clairement à rallier la foule à sa cause. C’est aussi sa septième apparition sur le site, mais la toute première sur la Main Stage, progression qu’il dit vivre avec fierté.

Il confie vouloir écrire davantage en français, tout en évoquant certaines craintes face à une concurrence déjà bien installée, de Damso à Orelsan en passant par d’autres poids lourds du genre. Cette réserve paraît pourtant peu fondée : la langue de Molière lui convient et pourrait lui ouvrir les marchés francophones, donnant à sa musique une résonance plus large.

Il faudra attendre la fin du set pour entendre une bonne vieille guitare électrique s’inviter dans le mix, preuve qu’instruments organiques et rap peuvent encore cohabiter. Le concert se révèle solide, stimulé par des morceaux énergiques et une fosse très réceptive : une belle surprise de cette édition 2026. Même lorsque l’idiome empêchait de saisir tout le propos, on percevait un artiste enragé face à certaines idéologies politiques, exprimant plus clairement, à d’autres moments, son aversion pour la droite et les fascistes.

Cette première journée s’achève donc en demi-teinte, oscillant du médiocre au très bon. Un peu comme le climat belge, capable de traverser plusieurs saisons en une seule journée.

(Organisation : Dour festival)

Mons au Carré 2026 : mercredi 1er juillet 2026

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Girls In Hawaii ne s’était plus produit depuis plusieurs années, à l’exception de la tournée célébrant les vingt ans de son premier opus, « From Here to There », en 2023, qui avait rempli quatre soirs l’Ancienne Belgique. Né au début des années 2000, Girls In Hawaii s’est imposé au fil du temps parmi les repères de l’indie rock européen. De « From Here To There » (2003) à « Everest » (2013), en passant par « Plan Your Escape » (2008), la formation a bâti un univers musical qui accompagne toute une génération d’auditeurs.

Cette date montoise lance une nouvelle tournée européenne, précédée d’une semaine de résidence et de répétitions au Manège de Mons. Elle accompagne la sortie annoncée d’« Eldorado », attendu en septembre. La première partie revient à Alice George Perez, artiste située entre folk contemporain et art-pop. La chaleur est telle, ce soir-là, que même les spectateurs les plus motivés patientent dehors avant l’arrivée des musiciens sur les planches, histoire de préserver leurs forces.

Un quart d’heure avant l’horaire prévu — la projection du match sur écran géant impose de composer par le calendrier sportif — Antoine Wielemans, Lionel Vancauwenberghe et leurs musiciens gagnent les planches et ouvrent le bal par « Is It Happening Right Now », un titre inédit extrait du prochain disque. Le morceau oppose matières organiques et textures synthétiques, invite à lever les yeux vers le ciel et à savourer l’instant présent. L’accueil se révèle chaleureux. Très vite, « Eldorado », lui aussi inédit, dévoile une écriture plus rythmée, plus brute, presque conceptuelle, qui déroute agréablement une partie de l’auditoire.

Le souvenir de Denis Wielemans, ancien batteur du combo disparu dans un accident de la route en 2010, demeure présent lors des concerts de Girls In Hawaii. « Misses », extrait d’« Everest », lui adresse un hommage sobre et sensible. Ce disque, né dans un contexte de deuil et de reconstruction, reste sans doute l’un des plus accomplis de leur parcours. L’atmosphère gagne peu à peu en tension. Sur l’entraînant « Found The Ground », le batteur imprime sa cadence à la charley, à la ride, à la caisse claire et à la grosse caisse, tandis que la voix légèrement éraillée du chanteur prend tout son relief.

« Not Dead » suit, titre qui retrouve une place de choix dans le nouveau tour de chant de la formation. La précision instrumentale, constante tout au long du set, se confirme sur « Who’s To Blame » et « Not Your Fault », deux nouvelles compositions où rythmique syncopée et chœurs dessinent un ensemble aux couleurs nettes. Plus de deux décennies après ses débuts, le quintette conserve une réelle force de proposition.

Quelques minutes plus tard, l’incontournable « Switzerland », où l’électro et le piano servent la mélodie, ravive l’élan du band. « Rorschach », tout en guitares saturées, clôt ensuite cette première partie de set dans une tension maîtrisée. La formation quitte les planches pour mieux y revenir presque aussitôt, par « Changes Will Be Lost », « Goddess » — dernier inédit de la setlist — puis « Monkey », extrait de « Nocturne », paru en 2017.

« This Farm Will End Up In Fire », morceau doux-amer à la mélancolie enveloppante, installe un moment de sérénité collective, chaque musicien reprenant en chœur son refrain entêtant. « Flavor », caractérisé par son intro de basse répétitive, referme finalement les débats dans une dernière montée en intensité.

Girls In Hawaii signe un retour solide, sans renier vingt ans de répertoire, et confirme sa place parmi les formations majeures de l’indé-pop belge.

(Organisation : Sumons)

LaSemo 2026 : dimanche 12 juillet

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Ce dimanche referme la 19e édition de LaSemo, qui attire sur ses plaines plusieurs dizaines de milliers de festivaliers.

Dans l’ensemble, l’affiche étaait moins intéressante que lors des éditions précédentes : les organisateurs ont concentré leurs moyens sur quelques têtes d’affiche internationales, au détriment des découvertes. Un choix économique, donc, qui pèse sur l’équilibre artistique.

Votre serviteur rejoint d’abord la guinguette pour assister à la prestation de Rau Ze.

Né en 2022 de la complicité entre Rose Perron (voix) et Félix Paul (claviers, réalisation), le duo s’impose en quelques années comme l’une des révélations les plus solides du paysage québécois.

Lauréat des Francouvertes dès sa première année d’existence, Rau_Ze décroche en 2024 le Félix de l’Album R&B/Soul de l’année pour son premier opus, « Virer nos vies », avant d’être nommé Révélation Radio-Canada 2024-2025.

Sa signature auprès du label parisien WLab (Wagram Music) en 2025 accélère son implantation européenne, grâce notamment à des passages remarqués au Paléo Festival, au Festival Avec le Temps et au Luzern Festival. LaSemo prolonge ainsi une trajectoire déjà bien engagée sur le Vieux Continent, pour une première apparition belge du duo.

Sur les planches, la majorité des titres proviennent de ce premier disque, paru il y a deux ans. La voix de Rose Perron et les nappes de claviers de Félix Paul dessinent une musique douce et enveloppante, à la croisée de la soul et du jazz.

Entre « Sumerset », « Virer nos vies » et « Pas la peine », le duo installe un groove délicat et invite à une écoute attentive.

Le set touche à sa fin lorsque votre serviteur gagne la prairie pour écouter Xavier Rudd, figure majeure du folk-roots.

Multi-instrumentiste originaire de Torquay, dans le Victoria, en Australie, Xavier Rudd se forge depuis le début des années 2000 une réputation d’homme-orchestre marqué par la culture aborigène : didgeridoo (parfois trois à la fois, en respiration circulaire), guitare Weissenborn slide, banjo, harmonica, percussions… Révélé par « To Let » (2002), il bâtit une discographie dense et engagée — « Solace », « Food in the Belly », « White Moth », « Dark Shades of Blue », « Koonyum Sun » au sein de Xavier Rudd & The United Nations, « Spirit Bird » (son plus grand succès), « Nanna », « Storm Boy », jusqu’à « Jan Juc Moon » en 2022. Sa musique, ancrée dans un folk-roots teinté de reggae et de blues, relaie aussi un message constant en faveur des peuples et cultures aborigènes.

Après une pause discographique, il revient sur les planches dans un format resserré et exigeant : seul aux commandes, il agence en direct boucles, instruments et paysages sonores, rejoint depuis 2025 par la multi-instrumentiste Lisa Purmodh. LaSemo s’inscrit dans sa tournée européenne 2026, qui le mène ensuite aux Vieilles Charrues une semaine plus tard.

Xavier Rudd impressionne par sa précision. Un homme, un podium, une pile d’instruments qui se répondent en boucle : le musicien occupe une place singulière dans le paysage musical mondial grâce à une pratique poussée très loin, celle du live looping.

Sur le podium, il combine en temps réel guitare, synthétiseurs, didgeridoo et percussions diverses. Chaque son est capté, bouclé, puis superposé, jusqu’à former sous les yeux de la foule une architecture musicale complète — sans overdub, sans studio, sans filet.

Sa musique, essentiellement instrumentale et improvisée, navigue entre ambient, world et méditation sonore. Ce choix artistique forge une identité immédiatement reconnaissable, entre rituel et expérimentation.

La maîtrise technique de Xavier Rudd reste impressionnante. Mais au-delà de la prouesse, son approche touche autant à la contemplation qu’à une forme de soin sonore, loin de l’énergie festive habituelle des festivals.

Enfin, le dernier concert suivi par votre hôte lors de cette ultime journée est celui de l’increvable Puggy, trio belge réunissant le chanteur-guitariste Matthew Irons, le bassiste Romain Descampe et le batteur Egil ‘Ziggy’ Franzén.

Fondée en 2005 à Bruxelles, la formation explore une pop-rock acoustique traversée de légères influences latines.

Irons est loin d'être un inconnu : il s’est notamment investi comme coach dans le télécrochet The Voice Belgique.

« The Way We Thought It Was », composition tirée du nouvel opus, ouvre le concert. Pendant que Matt cisèle les riffs, Romain malmène ses cordes, tandis que le troisième larron pilonne fûts et cymbales, raide comme un piquet. L’ensemble sonne énergique, rock et direct.

La tension monte, la fosse réagit, et la sueur perle vite sur le front des musiciens lorsque « Never Give Up » embraye. « I Do » baigne dans une atmosphère ample, renforcée par des claviers largement syncopés.

Puis « Something Good », extrait de « Are We There Yet – After Sunset », prend le relais et confirme la maturité acquise par le combo depuis ses débuts. Plus structuré, « Change the Colors » libère des sonorités pop-rock dansantes, héritées de l’identité première de la formation, ici dans une version acoustique qui nuance le morceau.

Matt reprend ensuite ses six cordes électriques pour « On My Mind », composition aigre-douce qui lui permet de grimper allègrement dans les aigus.

Mais les vieux titres conservent leur pouvoir. Après quelques pitreries, les musiciens changent de registre : Matt reprend la gratte semi-acoustique et entame une ballade délicate, dans une configuration résolument atmosphérique. « How I Needed You » berce l’auditoire.

Pour maintenir le cap et retenir l’attention des festivaliers, désormais plus nombreux, « Last Day on Earth » laisse les percussions décoller, tandis que la basse encaisse une série d’assauts. Le morceau frappe par ses riffs singuliers et son solo tonitruant, parfaitement tenu par Irons lors du bridge.

Un moment suspendu : la frontière entre l’estrade et la plaine s’estompe au profit d’un élan collectif.

Le set approche doucement de son terme. « When You Know » constitue l’un des piliers d’un show solide, pacouru par de belles progressions au clavier et un solo de batterie nerveux. La foule répond présente, tandis que le trio entretient une énergie fédératrice.

L'édition s'achève ici pour votre serviteur, l'affiche ne présentant plus guère d'intérêt.

Cette édition restera marquée par des températures caniculaires et un line-up recentré sur quelques valeurs sûres.

Que réserve la 20ème  édition ?

(Organisation : LaSemo)

LaSemo 2026 : samedi 11 juillet

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La chaleur écrase encore davantage le site que la veille. Par endroits, une fine pluie semble pourtant tomber du ciel. En y regardant mieux, elle provient des grands ventilateurs-brumisateurs installés un peu partout pour rafraîchir les festivaliers… et, pourquoi pas, les idées.

Il faut donc du courage, et sans doute une pointe d’inconscience, pour passer une journée entière sous un soleil de plomb. Le parc d’Enghien offre heureusement de larges zones arborées. Sans cette ombre bienvenue, tenir le rythme relèverait de l’exploit.

À son arrivée sur le site, votre serviteur rejoint la Prairie, l’espace le moins ombragé du festival, où Sam Sauvage ouvre les festivités de l’après-midi. Mieux vaut s’armer contre la canicule.

Révélé par les clips publiés sur Instagram, Sam Sauvage cultive une allure de dandy qui rappelle parfois Pierre de Maere, accueilli ici même lors de la précédente édition du LaSemo.

Le chanteur grimpe sur les planches d’un pas hésitant, le regard perdu, le corps volontairement désarticulé. Auteur-compositeur-interprète, il navigue aisément entre chanson française et pop contemporaine, comme l’illustre « Le Chant des sirènes ».

Cheveux ébouriffés, silhouette de savant fou, le jeune artiste entraîne vite la foule dans un univers décalé et instable, où résonne notamment « Les gens dansent (j’adore) ».

Entre liberté, désillusions amoureuses et jeunesse désinvolte, Sam Sauvage poursuit son introspection par « J’suis pas bo », morceau qui évoque, dans son propos, « Allô maman bobo » d’Alain Souchon. Il enchaîne ensuite par « Je ne t’aime plus », récit poétique qui confirme son goût pour une écriture sensible et imagée.

À la ville, Hugo Brebion manie les mots finement. Sa plume romantique s’appuie sur des textes à la fausse candeur qui séduisent rapidement l’auditoire.

Derrière une allure fragile, une démarche maladroite et une présence volontairement décalée, Sam Sauvage maîtrise son personnage. Au fil du concert, il entraîne les festivaliers dans un univers burlesque et théâtral, où l’excès reste sous contrôle.

L’eau accompagne décidément cette journée caniculaire. Cette fois, direction la Guinguette, nichée au cœur des bois, pour assister au concert de Julie Rains.

Contrairement aux éditions précédentes, la Guinguette adopte cette année un décor plus épuré. Les vieilles caisses en bois et les vinyles disséminés sur l’estrade disparaissent au profit d’une scénographie plus sobre.

L’auditoire répond présent. Il y a foule dans cet écrin boisé, sans doute l’un des espaces les plus agréables du festival en cette après-midi brûlante. Les bières fraîches et les glaces deviennent d’ailleurs les vedettes du moment.

Julie Rains, de son vrai nom Julie Rens, est chanteuse, compositrice et multi-instrumentiste bruxelloise. Elle se révèle d’abord au sein de Juicy, le duo formé auprès de Sasha Vovk, où jazz contemporain, soul, R&B et humour s’entremêlent jusqu’à imposer le projet sur le paysage francophone belge. Depuis, elle poursuit une trajectoire solo sous le nom de Julie Rains et développe un univers plus introspectif, teinté de pop électronique.

Épaulée par un seul musicien, l’artiste façonne en direct un paysage sonore nourri de machines électroniques. Le tandem construit un répertoire où se croisent pop alternative, electronica, ambient, soul, jazz contemporain et influences world.

Cette prestation lui permet de défendre son premier EP, « Lentement ».

Malheureusement, des titres comme « Tu mens » ou « T’as perdu » peinent à rallier la foule. Plusieurs éléments peuvent expliquer cette réserve : des compositions parfois répétitives, une interprétation peu contrastée et une approche sonore bruitiste qui finit par créer une distance.

Même « Doucement », proposé dans une formule piano-voix plus intimiste, ne décolle pas vraiment.

Julie Rains reste une artiste dont on apprécie surtout la démarche novatrice et la recherche esthétique, davantage que la profondeur émotionnelle des compositions.

Après une vingtaine de minutes, retour vers la Prairie pour le concert de Mentissa.

Originaire de Belgique, la chanteuse s’installe en France afin d’y développer sa carrière. Le contraste par rapport à la prestation précédente saute aux oreilles. Là où Julie Rains privilégie les expérimentations électroniques, Mentissa propose une pop chaleureuse, élégante et immédiatement accessible. C’est aussi l’intérêt d’un festival : passer d’un univers à l’autre, multiplier les découvertes et varier les plaisirs.

Vêtue d’une étonnante tenue à froufrous qui souligne son tempérament pétillant, la chanteuse s’entoure de musiciens aguerris.

Un auditoire plutôt jeune lui réserve un accueil enthousiaste. Mentissa reste liée à son parcours remarqué dans la dixième saison de The Voice France, où elle révèle toute l’étendue de son talent. Ironie du destin, elle devient ensuite coach de l’émission dans sa version belge, une belle étape dans son parcours.

Mentissa ne se cache pas derrière un personnage. Elle évoque ses doutes, ses complexes et ses aspirations. Sa voix claire sert notamment « Balance », où elle revient sur son rapport au corps, les injonctions esthétiques et les sacrifices consentis pour répondre à certains standards de beauté.

Revenue jouer sur ses terres, elle défend son nouvel opus, « Enfants difficiles ». Son précédent disque lui avait permis de collaborer auprès de plusieurs auteurs reconnus, parmi lesquels Vincha — fidèle partenaire de Ben Mazué —, Yannick Noah et Claudio Capéo.

Entre pop contemporaine et chanson française, Mentissa livre une prestation solide et maîtrisée. Une mélancolie discrète traverse le concert, renforcée par les interventions du violoncelle qui apportent profondeur et émotion à l’ensemble.

En injectant beaucoup d’humour, elle joue ensuite les entremetteuses et invite les célibataires présents à trouver l’âme sœur pendant « Close to You ». L’atmosphère gagne encore en douceur lors de « Parce que c’est toi », interprété en version piano-voix auprès d’Alex au clavier.

Lorsque résonnent les premières notes de « Et bam », chanson écrite et composée par Vianney, Mentissa touche une foule déjà acquise à sa cause. Sa voix, capable de nuances délicates, confirme la maturité artistique d’une chanteuse encore jeune.

« Désolée » clôture un concert assez classique dans sa construction, mais très agréable. Peu à peu, les festivaliers jusque-là statiques se laissent gagner par le refrain et accompagnent l’artiste dans une ambiance chaleureuse.

La soirée réserve encore une dernière surprise. Mentissa revient sur les planches en compagnie de son petit frère pour interpréter « Enfants difficiles », morceau qui donne son nom à l’opus et à la tournée. La conclusion se veut intime et symbolique.

Retour à la Guinguette pour retrouver Bernard Minet, figure familière de toute une génération. Révélé au sein des Musclés, il marque aussi les années Club Dorothée grâce à une multitude de génériques de dessins animés devenus cultes.

À 72 ans, le chanteur continue de faire vivre ce patrimoine télévisuel sur les planches. Aux côtés du Bernard Minet Metal Band, projet lancé en 2020, il revisite ses grands succès dans des versions rock et metal. Cette formule lui permet aussi de se produire régulièrement lors de conventions dédiées à la pop culture.

Artistiquement, la proposition ne brille pas par sa subtilité. Mais ce n’est manifestement pas ce que la foule vient chercher. Les tubes de toute une époque touchent instantanément les aficionados, quelle que soit leur génération. Les plus anciens replongent dans leurs souvenirs d’enfance, tandis que les plus jeunes découvrent, souvent amusés, ces refrains emblématiques.

L’ambiance reste bon enfant. On chante, on rit, on retrouve le temps de quelques morceaux l’insouciance des mercredis après-midi devant Club Dorothée. La force de Bernard Minet tient sans doute là : offrir, le temps d’un concert, une parenthèse régressive où le plaisir l’emporte sur le reste.

Il y a des concerts qu’on attend longtemps sans trop y croire. Celui de Vanessa Paradis, samedi soir au parc d’Enghien, appartient à cette catégorie. Seule date belge de son année 2026, inscrite dans la programmation XXL de cette 19e édition du LaSemo, la chanteuse retrouve une foule venue de plusieurs générations pour l’un des rendez-vous les plus attendus du festival.

Dès les premières notes de « Trésor », le ton s’installe : pas d’artifice ni de démonstration de force, mais une élégance naturelle qui accompagne l’artiste depuis près de quarante ans.

Longiligne, la chevelure en mouvement, elle occupe l’estrade par une grâce féline, ce mélange de retenue et d’abandon qui nourrit sa singularité. À 53 ans, la voix a peut-être perdu un peu de son mordant d’antan, parfois légèrement voilée, mais elle conserve cette proximité rare, cette capacité à transformer une plaine bondée en espace presque intime.

« Marilyn & John » et « Divine idylle » embrasent rapidement la fosse : votre serviteur observe une marée de smartphones se lever à l’unisson, tandis que les refrains repris en chœur témoignent de l’attachement de l’auditoire à l’artiste.

« Les initiales des anges » enchaîne, introduite par quelques mots pudiques autour d’un souvenir personnel. La plaine se tait alors, suspendue à sa voix.

La setlist, pensée comme une traversée de carrière, alterne habilement les tempos. « Ces mots simples » et « Sunday Mondays » apaisent le rythme avant que « Commando » ne relance l’énergie rock, servi par une formation très soudée — sept ou huit complices visiblement heureux de jouer ensemble, auxquels Vanessa Paradis rend hommage à plusieurs reprises au fil de la soirée. « Élégie » et « Pourtant » suivent dans la même élégance discrète, avant que « Dès que j’t’vois » ne remette la foule en mouvement.

Le concert prend ensuite des accents plus intimes grâce à « Les épines du cœur » et « Just as Long as You Are There », où la chanteuse retrouve ce grain de voix anglophone hérité de ses collaborations new-yorkaises.

« Il y a » et « Love Song » prolongent cette parenthèse feutrée avant l’un des temps forts de la soirée : « Joe le taxi ». Le tube, immanquable sans devenir lassant, ressurgit dans une version dansante qui transforme instantanément la Prairie en dancefloor à ciel ouvert.

L’ombre de Serge Gainsbourg plane naturellement sur la fin du set, par « Mi amor », puis « Dis-lui toi que je t’aime » et « Tandem », rappelant combien la rencontre entre le songwriter et la toute jeune Vanessa Paradis a marqué la chanson française.

Le concert se referme sur « Bouquet final », titre phare du nouvel opus « Le retour des beaux jours ». Clin d’œil du programmateur ou hasard de setlist, l’expression sonne en tout cas comme un adieu bien trouvé.

Après plus d’une heure sur les planches, Vanessa Paradis quitte la Prairie sous les applaudissements nourris d’une foule conquise, laissant place à Nile Rodgers & Chic pour la suite de la soirée disco-funk.

Ce passage au LaSemo confirme qu’au-delà des modes et des générations, Vanessa Paradis conserve l’art de transformer un rendez-vous populaire en moment suspendu.

(Organisation LaSemo)

LaSemo 2026 : vendredi 10 juillet

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Le festival LaSemo ne ressemble à aucun autre. Pour son dix-neuvième anniversaire, le rendez-vous du Parc d’Enghien affronte une équation délicate : un contexte économique qui pèse sur le portefeuille des Belges et une météo caniculaire qui éprouve autant l’organisation que les festivaliers.

Malgré la chaleur et les contraintes budgétaires, l’esprit du festival demeure intact, solidement inscrit dans cet écrin de verdure fort de quatre siècles d’histoire.

L’expérience LaSemo tient d’abord de l’immersion. Le festival cultive une approche globale où la musique n’est qu’un chemin parmi d’autres vers la convivialité. Espaces de bien-être, conférences, cabaret et fameuse ‘papoterie’ composent un microcosme accueillant.

La dimension écologique, souvent réduite ailleurs à un argument marketing, structure ici l’événement. Le recyclage intégral des ressources et les toilettes sèches rappellent que l’art de la fête gagne à s’inscrire dans une sobriété concrète.

C’est dans ce cadre, orchestré par l’inclassable Jean-Jean — moustache british et humour pince-sans-rire en guise de signature — que la programmation démarre.

Lorsque votre serviteur prend place parmi les badauds, Gaël Faye investit le podium de la prairie, à une encablure du château.

Seule date belge de l’artiste, le concert s’impose vite comme un moment à part, où littérature et rap dialoguent sans se trahir.

Après deux premiers disques solos et deux EP restés relativement discrets, il publie « Lundi méchant » en 2020. Son nom résonne plus largement en 2022 grâce à sa participation à l’EP « Éphémère » aux côtés de Grand Corps Malade et Ben Mazué.

Entre « Petit Pays » — auréolé du Goncourt des lycéens — et « Seuls et Vaincus », extrait de « Lundi Méchant », on retrouve ce qui fonde la réputation scénique de Gaël Faye : une manière très personnelle de tordre le verbe et de faire claquer la langue sans sacrifier le sens.

Sa plume, saluée par la critique littéraire comme par l’auditoire des salles de concert, circule entre l’intime et le politique : l’enfance heureuse à Bujumbura, la guerre qui emporte tout, l’exil à Versailles, puis cette question qui traverse son œuvre : comment bâtir une humanité commune après la déchirure ?

Sur les planches, le rappeur devient conteur, soutenu par des musiciens qui accompagnent ses variations de flow : tantôt conversationnel, presque intime, tantôt plus tranchant sur les textes rageurs.

Le passage en piano-voix constitue le temps fort, une option audacieuse que son entourage lui avait pourtant déconseillée. À tort…

Cette mise à nu révèle la force de ses compositions et dépasse la frontière entre amateurs de rap et lecteurs de son œuvre littéraire.

En clôture, les chœurs soulignent son statut : celui d’une voix singulière, capable de transformer la mélancolie en élan lumineux.

La soirée bascule ensuite dans un tout autre registre lorsque Julien Doré rejoint à son tour le podium de la prairie.

La plaine affiche complet. Il faut dire que le gaillard à la chevelure… dorée s’est révélé il y a quinze ans lors du casting de Nouvelle Star, en France, où il interprétait « Excellent », une composition signée Sharko.

Cette reprise permet alors à David Bartholomé et à ses acolytes de toucher une nouvelle audience ; elle connaît même un succès « culte », relayé ensuite par de nombreux joueurs de ukulélé sur internet. « I Need Someone » suivra la même trajectoire.

Depuis, Doré surprend régulièrement par des disques iconoclastes, des clips peuplés d’animaux et des messages percutants sur les réseaux sociaux.

Doré signe une entrée fracassante depuis les coulisses. Vêtu de blanc, il se présente devant une foule fidèle tandis que l’hymne belge « Chef, un p’tit verre on a soif » retentit durant de longues minutes.

Face au défi posé par le match Belgique-Espagne, l’artiste privilégie un pragmatisme efficace et amusant : en avançant son concert d’une heure, il transforme une contrainte logistique en moment de communion.

Dès l’ouverture sur « Le Lac », le ton est donné : une introspection sensible, mêlée à une célébration de la nature et du féminin. La suite du set aligne les tubes — « Kiss Me Forever », « Coco Câline » ou encore « Les limites » — tandis que les paroles s’affichent sur écran géant, façon karaoké. Chaque membre de son équipe bénéficie aussi d’une présentation amusante.

Chez Doré, le sérieux reste poreux. La reprise des « Démons de minuit » et l’invitation lancée à quelques festivaliers de rejoindre son canapé installé sur l’estrade pour suivre le match installent un climat de proximité.

Fidèle à son goût du mélange, l’artiste alterne moments de précision musicale et instants de pur délire, jusqu’aux apparitions de ses pandas et diplodocus fétiches.

Le live, puissant et énergique, conserve une sincérité teintée d’introspection. Juju reste égal à lui-même : lorsqu’on force le cours des événements, on les abîme.

Très second degré et proche d’un auditoire qui le suit depuis les débuts, l’artiste semble moins jouer un rôle qu’habiter pleinement son univers.

Habitué aux fantaisies visuelles et aux créatures qui peuplent ses clips, Doré invite ici ses compagnons les plus improbables : diplodocus affectueux et pandas fétiches.

Même si le spectacle flirte parfois avec le surdimensionné, Doré livre une prestation surprenante, généreuse, loufoque et surréaliste, où l’ampleur du dispositif n’efface jamais le dialogue constant noué avec la fosse.

Au terme de cette journée, le rappel sur la comptine « Ah les crocodiles » résume l’ADN de LaSemo : ne jamais se prendre trop au sérieux tout en défendant une réelle exigence artistique.

La Belgique s’incline finalement 2-1 face à l’Espagne, ce vendredi à Los Angeles, en quart de finale de la Coupe du monde 2026, et manque ainsi la demi-finale contre la France.

Le malheur des uns nourrit parfois le soulagement des autres… Doré se retire, sourire aux lèvres, tandis que la Belgique ne retrouvera pas la France en demi-finales de la Coupe du monde 2026.

(Organisation : LaSemo)

 

Mons au Carré 2026 : vendredi 3 juillet

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Troisième jour de festival, troisième immersion. Direction l’Arsonic, ancienne caserne montoise transformée en Maison de l’Écoute.

Dans cet écrin architectural, pensé pour l’écoute, deux formations rappellent que la puissance musicale tient parfois à peu de chose : une voix, un instrument, une présence juste.

L’Arsonic ne ressemble à aucun autre lieu. Par sa vocation d’espace dédié aux expérimentations sonores et aux installations artistiques, la salle propose une expérience d’écoute très particulière.

Son architecture, autour d’une jauge modulable de 280 places et de gradins qui se font face, oblige toutefois les artistes à penser leur placement. Chaque positionnement devient alors un choix scénographique.

Moon on Earth relève ce défi de manière radicale : les musiciens tournent le dos à une partie des spectateurs installés sur le petit gradin.

Formation emblématique du folk-rock montois, Moon on Earth signe ici son retour après douze ans de silence discographique. Mené par Julien Crête, également figure du paysage médiatique local et vice-président du Club de la Presse Hainaut-Mons, le combo montre que dix-sept années d’existence n’ont pas altéré sa cohésion.

Aux côtés de Johanne Lovera (chant, xylophone), Charlotte Danhier (violoncelle), Hugo Simoens (accordéon) et Nicolas Sanna (guitare), la formation livre un set de vingt minutes, bref mais dense.

Dans cette configuration dépouillée, les harmonies vocales se déploient avec douceur sur des titres tels que Over Me ou Great Song.

Le choix de jouer de dos peut dérouter une partie de l’auditoire, mais il recentre l’attention sur l’intime et sur le son. La salle reste suspendue à ces notes qui résonnent dans l’Arsonic avec une grande netteté.

Après le départ de Moon on Earth, le centre de l’arène accueille un piano Yamaha, placé de manière à offrir cette fois une perspective équilibrée à l’ensemble de l’auditoire.

C’est là que s’installent An Pierlé et Koen Gisen, partenaires à la ville comme sur les planches depuis 1997.

Dès les premières minutes, An Pierlé fixe le cadre : le concert prend la forme d’une traversée de leur parcours, une rétrospective épurée où chaque chanson se débarrasse de ses arrangements studio pour retrouver son élan initial.

Piano, voix et saxophone : une formule minimale, mais d’une efficacité immédiate. Sur des titres comme Mud Stories (2013), la chanteuse habite pleinement le morceau, martèle le clavier d’une conviction fébrile tandis que ses talons marquent le rythme sur le parquet.

Tout au long de la soirée, l’artiste privilégie la proximité, ponctuant le set d’anecdotes sur sa trajectoire de femme et de musicienne. Elle évoque les coulisses du métier, notamment ses négociations mouvementées auprès de son ancienne maison de disques, ou encore la difficulté des relations de longue durée, tout en lançant un regard complice vers Koen Gisen. Pour prolonger cet échange, elle invite la foule à participer à un rituel de partage : chacun peut consigner ses ressentis dans un carnet dédié, et le concert prend ainsi une dimension collective.

L’émotion s’intensifie lorsque des couples montent sur le podium pour une danse lente et sensuelle, qui modifie peu à peu l’atmosphère du lieu.

Koen Gisen, fidèle à sa discrétion, reste en retrait et accompagne le jeu de sa partenaire sans chercher à s’imposer. Leur collaboration, amorcée dès le deuxième disque de l’artiste, trouve ici de nouveaux reliefs, notamment dans une version ample et hypnotique de Sing Song Sally, tirée de l’opus Helium Sunset.

La surprise vient d’une incursion dans le répertoire francophone par une interprétation sensible d’Avec le temps, de Léo Ferré. L’auditoire reprend le refrain en chœur dans une atmosphère recueillie. Cet hommage, dans le prolongement de ses reprises passées — on pense à Il est 5 heures, Paris s’éveille — confirme son aisance à s’approprier les classiques.

En explorant son répertoire plus récent, notamment Imaginary Summer, extrait de Wiga Waga (2021), An Pierlé relie les époques et transforme les souvenirs liés à sa grand-mère en matière poétique.

Pendant une heure vingt, le duo construit une parenthèse intense, où la simplicité permet d’aller au plus près des chansons.

À l’Arsonic, musique, mots et images se croisent et invitent à écouter autrement : soi-même, les autres, le temps qui passe.

La musique d’An Pierlé ne se contente pas d’adoucir les mœurs : elle réapprend à habiter le silence.

(Organisation : Sumons)

Mons au carré 2026 : jeudi 2 juillet

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Au lendemain d’un Girls In Hawaii à guichets fermés, le duo bruxellois COLT — désormais quintette — livre au Théâtre le Manège l’une des dernières dates d’une tournée longue de trois ans, entre électro-pop lumineuse et rock urbain.

COLT n’est pas une découverte pour l’auditoire belge : la formation repose sur Coline Debry et Antoine Jorissen, deux amis bruxellois de longue date.

Longtemps actif en binôme autour d’une électro-pop ciselée, le projet élargit depuis son line-up et s’aventure aujourd’hui vers un registre plus rock, sans abandonner sa fibre électronique sur certains titres. Deux musiciennes assurent claviers et basse ; un musicien tient la batterie.

Sur les planches, Coline adopte une tenue sobre. Antoine, lui, arbore un kimono d’aïkido — discipline qu’il pratique et dans laquelle il détient la ceinture marron — personnalisé par sa partenaire.

« Premier », plage d’ouverture de leur dernier opus, Saveur Cœur Abîmé, paru l’an dernier, lance le concert. Le morceau condense une série de premières fois vécues depuis l’adolescence.

Après « Lionnes », le set se poursuit par « Petite Féline ». Les Bruxellois dégagent une énergie solide malgré la chaleur étouffante. Coline signale d’ailleurs que ces températures provoquent souvent des saignements de nez chez Antoine, au grand dam des premiers rangs, puis riposte en invitant la fosse à observer les chaussettes bariolées de flammes de son complice.

Aux claviers, Antoine accompagne chaque coup de grosse caisse d’un balancement du buste. Cette présence physique souligne la complicité évidente entre les deux musiciens : regards, sourires, réflexes communs, dialogue musical constant.

Coline Debry et Antoine Jorissen se connaissent depuis la crèche ; leurs parents gardent, eux aussi, le contact. À l’adolescence, les deux amis découvrent une passion commune pour la musique, qui les mène naturellement à fonder COLT.

Depuis, le duo gagne en visibilité : les festivals s’enchaînent jusqu’à New York, tandis que leurs clips faits maison, largement relayés sur TikTok et Instagram, diffusent leur univers bien au-delà des salles de concert.

Le grain chaud de la voix de Coline installe d’emblée une couleur singulière. Antoine se concentre davantage sur la production, les synthés et les effets. Ensemble, ils élaborent un mélange d’électro, de pop, d’indie et de folk, une palette qui fait dialoguer des registres pourtant éloignés.

La musique de COLT conserve un élan positif, solaire, tandis que les textes révèlent souvent une mélancolie discrète, parfois une tristesse plus nette, à l’image de « Compte à rebours », composition qui regarde vers la fin du monde.

Coline profite de ce moment pour inviter l’auditoire à penser aux peuples vivant dans la crainte, notamment en Palestine ou au Yémen, avant d’enchaîner logiquement par « Chaos ».

Elle traverse ensuite la foule pour rejoindre la régie son. La pénombre s’installe, le silence dure quelques secondes, puis « ODIO » surgit, chanté en lyrique dans la langue de Verdi. Antoine, sous un faisceau bleu, s’installe au piano. L’instant suspend le temps.

Visiblement heureuse de retrouver le podium, Coline enchaîne par « Désolée », puis « Demi-mot », titre écrit après le décès rapproché des grands-parents de la chanteuse. La chanson avance comme une déclaration d’amour et de résilience. « Fleuve » referme cette prestation sur une intensité intacte.

Ce soir-là, COLT captive un auditoire éclectique par une fusion personnelle d’électro-pop et de rock urbain.

On retient surtout la diversité, la maturité et la sincérité d’un duo encore capable de déplacer ses lignes.

(Organisation : Sumons)

Live is Live 2026 : dimanche 28 juin

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Après une première édition organisée en 2022 sur la plage de Zeebruges (NDR : un écho au défunt Beach Festival des années 90), Live is Live a posé ses valises à Anvers, sur le site du Middenvijver. Deux éditions suivent en 2023 et 2024, avant une pause en 2025, assortie de la promesse d’un retour. Les affiches précédentes ont accueilli The National à deux reprises, Editors, The War on Drugs, dEUS ou encore Grace Jones, sans toutefois atteindre le sold-out.

Cette édition ne l’atteindra pas davantage, même si l’on espère que le festival poursuivra sa route. En cause, sans doute, des tarifs élevés : 125 euros l’entrée, davantage encore pour l’accès au front stage. Chaque soir mise sur une tête d’affiche censée attirer la foule — Robbie Williams le samedi, Nick Cave aujourd’hui, Iron Maiden le lundi — tandis que le reste du programme paraît moins fédérateur. D’autant que le festival se concentre sur une seule scène : cinq à sept formations se succèdent au fil de la journée.

Pourtant, ce dimanche avait de quoi susciter l’engouement. Après l’annonce de Nick Cave & The Bad Seeds dès octobre 2025, l’organisation clamait que l’Australien choisirait lui-même le reste de l’affiche. De quoi provoquer une première ruée vers les tickets (NDR : votre serviteur compris). Fin février 2026, la question se pose toutefois : qui a réellement tranché ?

Les Belges de Das Pop ouvrent la journée, Beth Orton propose un folk un peu désuet, et Benjamin Clementine repasse par notre plat pays, où on peut le voir presque chaque année (NDR : en 2025, il était à l’AB puis au Gent Jazz), souvent dans un cadre mieux adapté à son registre. S’ajoutent encore, ces dernières semaines, les annulations de Lykke Li, pourtant deuxième nom de l’affiche, puis d’Anna von Hausswolff.

Entre ce remaniement, la canicule, les embouteillages et un parking éloigné dont les navettes se repèrent difficilement (NDR : on vous épargne les détails), notre arrivée se décale vers 17 h.

Eefje de Visser entame alors son set. La Néerlandaise est active sur la scène musicale depuis une bonne vingtaine d’années et bénéficie d’un solide relais sur les télévisions nordiques, ce qui explique sa récente participation au festival Best Kept Secret. Elle reste pourtant presque inconnue du côté francophone. Sur les planches, elle apparaît en chemisier rouge, ouvert sur un haut de maillot décolleté, et en training : une allure qui évoque Mel C, jusque dans certaines chorégraphies. Malheureusement, quelques compositions empruntent aussi cette voie. Deux choristes plus jeunes, vêtues de noir, l’épaulent (NDR : on a chaud pour elles, même si d’énormes ventilateurs tournent à proximité). L’une des deux claviéristes adopte le même style et rejoint parfois les chœurs, ce qui multiplie les couches vocales. L’ensemble rappelle alors un girls band. À droite, en hauteur, un batteur et un guitariste bidouilleur de consoles complètent la formation. La set list oscille entre dream pop de chez Wish et morceaux nettement moins indie, le tout dans la langue de Vondel. Pas vraiment de quoi séduire ceux venus pour les têtes d’affiche. Les applaudissements restent mitigés au salut final ; seules les premières rangées clairsemées acclament franchement.

Les artifices disparaissent pour l’artiste suivant. Le décor redevient sobre, à l’image de l’arrivée de Johnny Marr. À sa droite, son claviériste, également second guitariste, s’installe tandis que le batteur prend place en retrait. Le bassiste se positionne près de lui, côté gauche. Le Mancunien salue brièvement l’auditoire, visiblement plus mature et plus réceptif que lors du set précédent, puis gagne rapidement le centre du podium, guitare en main et micro devant lui. Il ouvre par deux titres phares de son dernier elpee, « Look Out Live! », paru en 2025 : « Armatopia » puis « Generate! Generate! ». Toujours sobre dans sa communication, mais souriant, il lance : ‘Thank you guys, nice to see you and be back’, avant d’attaquer l’une des nombreuses reprises de sa formation culte, The Smiths : « This Charming Man », qui commence à faire danser la foule. Ensuite, Johnny enlève quelques couches, parcourt l’avant et les côtés de l’estrade, sourit largement et esquisse même de petits pas de danse. Il présente « Spin » comme ‘my brand new single, I hope you would like it’. Effectivement, ce nouveau titre tient la route. Les compositions des Smiths qui suivent fonctionnent tout autant, dont l’inévitable « How Soon Is Now ? », son démarrage en riffs et son solo de guitare en pleine relance. On se serait en revanche passé de « The Passenger » d’Iggy Pop : non que l’interprétation démérite, mais elle donne à la fin des airs de cover band. Le set se referme toutefois sur un beau moment au coucher du soleil, lorsque « There Is a Light That Never Goes Out » est repris en chœur par une partie de l’audience. Johnny Marr ne possède pas le timbre de Morrissey, l’ancien chanteur des Smiths — cela s’entend surtout sur ce dernier morceau, où l’émotion perd en intensité —, mais il compense par sa sympathie et ses riffs nerveux. L’ambiance grimpe nettement avant le plat de résistance.

On apprend, un peu tard, qu’une deuxième scène s’est ouverte. Baptisée Forest Stage, elle mérite son nom : elle se niche sur le côté droit du site, à l’ombre des grands arbres. Aucune mention du line-up ne figure sur le site officiel, nouvelle lacune organisationnelle. Dommage, car les Australiens de Floodlight s’y sont produits avant Johnny Marr, devant un auditoire clairsemé, trop peu de festivaliers ayant reçu l’information à temps. Lorsque nous y jetons un œil, c’est Gala Dragot, autre parfaite inconnue des francophones, qui occupe les lieux. Elle s’est révélée via The Voice Kids au nord de la Belgique, puis au fil d’autres prestations sur VTM. Seule au clavier, elle laisse sa voix envelopper ce petit morceau de plaine, dans une veine proche de Geike Arnaert.

La foule se dirige déjà vers la grande scène pour Nick Cave & The Bad Seeds. On prend alors conscience que la barre des 30 000 personnes est franchie. Le front stage, vendu 50 % plus cher, ne se remplit jamais totalement, tandis que la masse s’accumule juste derrière. Mieux vaut être près et prêt : le set démarre en force, quelques minutes en avance. « Get Ready for Love » s’enchaîne aussitôt sur « From Her to Eternity ». Autant le préciser d’emblée : la playlist ne connaîtra pas de temps mort.

Comme à son habitude, le vétéran australien passe près de 80 % du concert hors du podium, au contact des premiers rangs. Une passerelle surélevée relie l’espace de sécurité au front stage, et il s’autorise, de temps à autre, quelques incursions en crowdsurfing au-dessus de la fosse. Au milieu du set, « Bright Horses » marque un sommet. Le titre, chargé d’émotion, évoque la perte d’un être cher, et le cheminement du deuil. Il renvoie au décès tragique de son fils Arthur, survenu en 2015 dans le sud de l’Angleterre. Cette tension atteint son paroxysme lorsqu’il se conclut au piano.

Nick Cave retrouve ce piano face à Jane Ramus, l’une de ses choristes soul, chargée de remplacer PJ Harvey sur le duo « Henry Lee ». Suit « Mercy Seat », qui monte en puissance et voit une nouvelle fois Warren Ellis malmener son violon. Juste derrière, Nick bondit littéralement sur le refrain de « Papa Won’t Leave You, Henry » ; les premiers rangs l’accompagnent, chœurs compris. La première partie se termine par un « Hollywood » plus calme, presque gospel. Le band ne quitte pas longtemps les planches et revient rapidement pour un long rappel. « I have to concentrate about playing harmonica », lance alors le leader sur une courte intro de « City of Refuge », moment qu’il choisit pour saluer un jeune ado juché sur les épaules de son père et rester près de lui. Sur « Weeping Song », l’absence de Blixa Bargeld se ressent encore : le morceau, comme d’autres ce soir, perd une partie de sa rugosité post-punk. L’invitation à taper des mains casse d’ailleurs un peu le charme initial. En clôture, « Wide Lovely Eyes » ravive l’impression de grande messe, avant un « Into My Arms » qui prend des accents de cérémonie funéraire. Nick Cave assure encore, comme toujours en live. Reste que certaines compositions s’étirent ce soir, lestées par les chœurs gospel et des dialogues plus calibrés. L’ensemble sonne donc moins rock que lors d’autres rendez-vous.

Organisation : Live Is Live (en collaboration avec FKP Scorpio)

Eole Music Experience 2026 : du 26 au 28 juin

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Fondé en 2010 par la famille Ewbank de Wespin, le Domaine du Chant d’Éole, à Quévy, près de Mons, s’impose aujourd’hui comme le plus vaste vignoble de Belgique, sur 54 hectares.

Si ses bulles jouissent d’une belle réputation, le festival organisé entre ses vignes commence lui aussi à trouver sa place.

Pour sa deuxième édition, l’Éole Music Experience réunit, du 26 au 28 juin, Stephan Eicher, Puggy, Mustii, Alice on the Roof, Bastian Baker, Doowy, Lemon Straw ou encore The Magician. La programmation vise une jauge limitée à 3 000 festivaliers sur l’ensemble du week-end, autour d’un podium unique, des restaurants du domaine et d’une offre œnotouristique assumée.

Les fortes chaleurs de cette fin juin contraignent votre serviteur à déclarer forfait pour la soirée d’ouverture du vendredi 26 juin. Dommage : Puggy y déploie son énergie devant une foule conquise, tandis qu’Alice on the Roof défend son nouvel opus et que Sennen Bay, projet anglophone du Montois Marc Pinilla (Suarez), complète l’affiche. The Magician clôture ensuite la soirée.

Le samedi affiche quelques degrés de moins que la veille, assez pour rendre l’air plus respirable. Contrairement à beaucoup de festivals, celui-ci ne s’étire pas jusqu’au bout de la nuit : les traces de la première soirée restent donc discrètes sur les visages.

Cette deuxième soirée tient ses promesses : l’électro-pop lumineuse de Doowy, le folk-rock écorché de Lemon Straw et le rock théâtral de Mustii se succèdent sur l’unique estrade du site, avant qu’un orage n’écourte la fête.

Le set de Doowy lance la soirée. Derrière ce patronyme, sans rapport avec le cuisiniste homonyme, on retrouve Thibaud Demey, ex-musicien de Lost Frequencies et de Mustii, entouré ici d’un clavier et d’une guitare électrique. Le projet possède déjà du métier et dégage une énergie mûrie au fil des concerts.

Après deux EP remarqués et des concerts complets à la Rotonde puis à l’Orangerie du Botanique en 2024, Doowy franchit un cap grâce à la sortie de son premier disque, annoncée dans la foulée d’un retour à l’Ancienne Belgique le 29 septembre 2026.

Révélé par une électro-pop solaire nourrie d’influences disco, l’artiste belge séduit par son énergie directe et son naturel. En noir, chaussé de Dr Martens, il cultive une allure de bad boy qui accroche les regards de l’auditoire.

La formation ouvre logiquement sur un registre électronique, avant de laisser les guitares soutenir des titres plus introspectifs, dont « Jouer seul », chanson lumineuse sur l’amour de soi, fraîchement sortie.

Le set, bien construit, alterne morceaux dansants et plages plus mélancoliques, fidèle à une écriture focalisée sur l’exploration des émotions.

Parmi les temps forts, « INSTAddict », nourri par les échanges auprès de la foule, questionne la place croissante des réseaux sociaux dans l’industrie musicale. « Mon étoile », dédié à la mère du frontman, disparue prématurément, apporte l’un des moments les plus intimes du set.

Au terme d’une heure de concert, Doowy imprime sa marque dans les vignes du Chant d’Éole.

Place ensuite à Gianni Sabia et à Lemon Straw. Originaire de Frameries, le chanteur a aiguisé ses premières armes scéniques à New York, où il interprétait des reprises dans le métro tout en travaillant dans un bar. Le nom du quatuor renvoie à la paille et au citron qu’il servait alors.

Ce soir, Grégory Chainis se consacre à la basse, Boris Lori la guitare steel et Martin la batterie. Le line-up traverse une zone de turbulences en 2017, lorsque le claviériste Xavier Bouillon — lui-même successeur de Renaud Lhoest — quitte le navire et pousse Sabia à envisager un temps une carrière solo. L’arrivée de Chainis et de Martin redonne depuis un nouvel élan au band.

La guitare steel, signature sonore de la formation, ouvre le bal sur « Game », titre qui met en valeur les vocalises chaudes et puissantes de Sabia. Le frontman, longtemps hanté par la crainte de finir sa carrière à l’usine, se livre par une intensité rageuse, entre folk, rock, blues et pop.

Très en forme, le combo enchaîne sur un convaincant « Angels Never Die », extrait de l’opus « Puzzle », dominé par la lap steel que Boris joue à l’horizontale au bottleneck (NDR : technique consistant à glisser un objet cylindrique sur les cordes pour former les accords).

Lemon Straw convainc surtout dans le registre du spleen, à l’instar de « Home », composé par Gianni à 15 ans dans sa chambre. Le set se referme sur « Leave Me Alone », morceau rock et incisif propulsé par la basse de Grégory.

La prestation, solide malgré une météo exigeante, rallie un auditoire réceptif. On regrette toutefois l’absence de « See You On The Other Side », titre éponyme du premier elpee, ballade écrite pour Renaud Lhoest, arrangeur et multi-instrumentiste bruxellois (Yann Tiersen, Pierre Rapsat, Dominique A), disparu en 2014 après une longue maladie.

Dernier rendez-vous de la soirée, et sans doute le plus attendu : Mustii. Dans une salopette pailletée qui évoque une boule à facettes, l’artiste belge confirme une trajectoire en mouvement, où les références rock et new-wave prennent peu à peu le dessus sur la pop, pour un résultat plus électrique et plus mordant.

Acteur, auteur, compositeur et interprète, Thomas Mustin maîtrise les codes des planches : prestations théâtralisées, gestes millimétrés, présence physique constante. Cette précision interroge toutefois : à force de chorégraphie et de dramaturgie, l’artiste laisse parfois peu de place à la spontanéité du moment.

« 21st Century Boy », dans un registre pop-électro plus aérien, met en valeur sa puissance vocale. Les références aux années 80 — Pet Shop Boys, Culture Club — rappellent aussi une identité queer pleinement assumée depuis son adhésion à la communauté LGBTQIA+.

Le concert bascule vers un climat plus intime lors de « It’s Happening Now », titre éponyme d’un deuxième disque remarqué, où Mustii évoque son oncle Michel, atteint de schizophrénie et décédé après une longue maladie. Les guitares dominent et confirment les aspérités du nouveau son du Belge.

« Feed Me », au tempo frénétique, et « The Maze », plus torturé, racontent le parcours sinueux de l’artiste. Ce dernier titre renvoie à l’échec de sa participation à l’Eurovision 2024, où il interprétait « Before The Party’s Over », repris ici en guise d’outro.

Entre post-punk, glam rock, pop et électro, Mustii passe d’un univers à l’autre sans se laisser enfermer dans un style. Ce concert, l’un des plus personnels de sa carrière, l’amène à évoquer ses zones d’ombre et ses excès sur la trame d’une fête qui semble ne jamais s’arrêter. Une prestation exigeante, tenue de bout en bout.

Alors que le ciel bleu domine toute la journée, les nuages s’amoncellent en fin de soirée. Des alertes météo annonçant de violents orages entraînent une sortie rapide du site, sans ternir le bilan positif de cette deuxième journée de festival.

(Organisation : Eole Music Experience)

Eole Music Experience 2026 : dimanche 28 juin

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Un violent orage avait frappé la région la veille et laissé de nombreux dégâts derrière lui. Le domaine du Chant d’Éole semble pourtant épargné : les vignes restent intactes, tout comme le podium.

Dans ce décor préservé, la dernière journée du festival rassemble plusieurs artistes de premier plan, parmi lesquels Pia, Bastian Baker et Stephan Eicher, venu présenter son projet parallèle aux côtés de son fidèle batteur Simon Baumann, alias Osomo.

Un duo face aux machines

Peu après 20 h 30, les deux musiciens prennent place sans un mot. Devant eux, une batterie minimaliste et un impressionnant arsenal de machines : MPC, Elektron Rytm et effets analogiques soigneusement sélectionnés dans ce que Stephan Eicher qualifie volontiers de « musée personnel ».

L’ouverture surgit d’emblée par « Eisbaer », hymne intemporel de Grauzone, formation fondée par son frère Martin Eicher, à laquelle Stephan participe au début des années 1980. Plus de quarante ans après sa sortie, le morceau conserve son pouvoir de fascination et provoque aussitôt la réaction de la foule.

Un laboratoire électro

À 65 ans, Stephan Eicher multiplie encore les expériences artistiques. Tandis qu’il défend son dix-huitième opus, Poussière d’or, et poursuit la tournée de son spectacle Seul en scène, mis en scène par François Gremaud, il explore auprès d’Osomo un territoire plus inattendu : une électronique organique nourrie de racines new wave.

Né presque par hasard d’un court intermède électro conçu pour son spectacle théâtral, le projet se transforme rapidement en véritable duo après une invitation des fondateurs du mythique club lausannois Dolce Vita. Cette collaboration donne naissance à une formule pensée avant tout pour les clubs, où l’énergie du dancefloor prime sur le confort des salles traditionnelles.

Sur les planches, cette philosophie prend tout son sens. L’espace reste volontairement dépouillé, entièrement dévolu aux machines et aux textures électroniques. Les morceaux s’enchaînent, de « Noise Boys » à « Toutes les filles du Limmatquai », dans un alliage assumé d’électro, de new wave, d’italo-disco et de post-punk. Plutôt que de céder à la nostalgie, le duo revisite son héritage en le confrontant aux possibilités des technologies actuelles.

Cette approche singularise le projet. Là où de nombreuses productions contemporaines privilégient une perfection presque clinique, Eicher et Baumann revendiquent le goût du risque, de l’accident et de l’imprévu. Le concert prend ainsi des allures de laboratoire sonore : les classiques y côtoient des titres plus confidentiels du répertoire d’Eicher, comme « Combien de temps », extrait de Silence (1987), ou « Two People In A Room », issu de I Tell This Night (1985).

Retour à la chanson

La seconde moitié du concert modifie progressivement l’atmosphère. Stephan Eicher abandonne un instant les machines pour retrouver la guitare. Le climat gagne en intimité lorsque surgit « Tu ne me dois rien », extrait d’Engelberg (1991), rehaussé par les mots de Philippe Djian. L’émotion s’installe sans rompre le fil conducteur du spectacle.

Puis vient un ultime clin d’œil. Guitare électrique en main, Eicher livre un faux rappel particulièrement énergique par « Déjeuner en paix ». Ce classique de 1991, immense succès populaire, retrouve ici une vigueur nouvelle, comme si l’artiste réconciliait les deux facettes de son univers : l’expérimentation électronique de ses débuts et la chanson qui l’a imposé auprès du grand public.

Une liberté intacte

En un peu plus d’une heure, Stephan Eicher et Osomo ont démontré que revisiter son passé n’oblige pas à le figer. Leur proposition écarte le simple exercice nostalgique pour privilégier l’invention permanente. Après plus de quatre décennies de carrière, le musicien bernois conserve ainsi une liberté rare dans le paysage francophone.

Lorsque les dernières notes s’évanouissent, les spectateurs quittent progressivement le site. Les vignes du Chant d’Éole poursuivent leur œuvre, tandis que les échos du concert se dissipent dans la nuit. Il reste cette impression persistante d’avoir assisté à un moment singulier. Pour « Combien de temps » ?

Organisation : Eole Music Experience

Les Nuits Botanique 2026 : samedi 23 mai

Cette journée des Nuits du samedi 23 mai est consacrée au style rock indie / post-punk et au programme, figurent quelques véritables brûlots, parfaitement en phase avec la chaleur étouffante qui inonde le site du centre culturel.

Neuf ans après leur premier passage aux Nuits, avant Sleaford Mods, Shame revient à Bruxelles et l'énergie est intacte. Le groupe de post-punk londonien n’a rien perdu de sa fougue scénique. Le chanteur et frontman, Charlie Steen, torse nu et habité, a une nouvelle fois dirigé le public en faisant preuve d'une autorité presque animale, transformant l'espace de la Fountain Stage en une fosse à pogo.

Dès le premier titre, « Concrete », le ton est donné : urgence, sueur et rage. Les morceaux plus récents issus de “Cutthroat”, “Cowards Around”, “Nothing Better”, “Quiet Life” et “Lampião“ tiennent magnifiquement la route. Le son, cependant, est assez brouillon, mais n'est-ce pas là une des caractéristiques du punk ? ‘On va vous jouer du folk allemand !’, ironise Steen et la formation se lance dans un dernier galop effréné ponctué par “One Rizla” et “Cutthroat”.

A peine remis de ce déferlement d'énergie brute, les festivaliers sont ensuite invités à se déplacer vers l'Orangerie. ’Here comes the Suuns’, pourrait-on chanter, en paraphrasant les Beatles ! Depuis leur formation, en 2007, à Montréal, les Canadiens de Suuns construisent un univers sonore hypnotique et ce, en affichant une maîtrise impressionnante. Ils laissent s'entremêler indie-rock, krautrock, shoegaze et neo-psychedelia, révélant un style unique et novateur. Emmenés par Ben Shemie, Ils assurent une prestation remarquable, principalement axée sur leurs nouvelles compositions, tout en offrant, en clôture, une superbe interprétation de leur classique « 2020 », sorti en 2013. Un vrai régal!

Retour vers la Fountain Stage pour découvrir la sensation post-punk de ces dernières années : Molchat Doma. Le trio biélorusse est un véritable OVNI. Il est passé du statut de groupe obscur à celui de stars internationales, grâce à "Судно" (’Sudno’, qui signifie ‘Vaisseau’), un morceau qui est devenu viral suite aux vidéos sur Tik-Tok, capitalisant des centaines de millions de vues sur les différentes plates-formes.. Au cours des dernières années, leur son a évolué pour incorporer des sonorités électro.

Sur les planches, c'est le chanteur, Egor Shkutko, qui est le point focal de l'attention. Vêtu d’une longue robe noire et arborant une barbe fournie, il offre un spectacle visuel pour le moins singulier. On pourrait le comparer à un Raspoutine postapocalyptique. Ses déhanchements sont saccadés et sa voix caverneuse donne à l'ensemble une tonalité mélancolique typiquement slave. La setlist s'articule autour de leur dernier album, l'excellent ’Belaya Polosa’ (’White Stripe’), paru en 2024 sur le label américain Sacred Bones Records. Epinglons la magnifique compo “III”, rehaussée de sonorités de synthés hypnotiques, empruntées à la new-wave mais aussi au krautrock. Le public, présent en nombre, réserve un accueil triomphal à la formation biélorusse, qui a prouvé qu'elle était bien davantage qu'un phénomène TikTok!

Signalons qu'en lever de rideau, Sword II, le band d’Atlanta, avait séduit les festivaliers grâce à ses sonorités très 90’s, bien présentes sur leur album « Electric Hour ». Cameron Picton, ex-bassiste de Black Midi, avait, quant à lui, présenté son nouveau projet My New Band Believe, dont le premier opus éponyme est paru il y a peu. On avait pu découvrir une musique ambitieuse, à la croisée du folk baroque et de la pop intimiste, sublimée en ‘live’ par une instrumentation riche et théâtrale.

L’affiche proposait également Maria Somerville • Horse Lords • Ugly • Stonks • Rafael Toral • Sergeant • Truthpaste • The Family Men • Yamila • Alice George Perez • Amanda Mur.

Molchat Doma + Shame + Suuns

(Organisation : Botanique)

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