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Chroniques

Edie Brickell

Picture perfect morning

Flanquée des New Bohemians, Edie Brickell avait enregistré deux elpees en 1986 et 1990 ; et puis surtout décroché un hit avec "What I am" en 1989. Mariée depuis peu à Paul Simon, elle s'est tournée vers une carrière solo. En épousant un personnage aussi illustre, elle dispose aujourd'hui d'une marge de manœuvre beaucoup plus large (ça rime !) Elle a ainsi pu bénéficier du concours de toute une série de grosses pointures. Notamment Dr John, Art et Cyril Neville, Barry White et David Bromberg. Et puis de la coproduction de Roy Halee, ami inséparable de Paul, avec lequel il partage le travail en studio. Tout au long de "Picture perfect morning", Edie affiche une vulnérabilité sauvage, capricieuse, une vulnérabilité qu'elle injecte à l'aide de sa voix désarmante, cristalline, languissante dans ses chansons ; des chansons qui ne parviennent malheureusement que trop rarement à s'extraire d'un climat trop confidentiel...

 

Daniel Figgis

Skipper

Imaginez la confection d'une bande sonore cinématographique pour un film hypothétique. Un périple au sein de l'ambient prévisiblement indéfini (NDR : c'est pas de nous, mais de la bio) ; ou encore le "Tubullar Bells" de Mike Oldfield exorcisé par les claviers cathédralesques d'Eyeless In Gaza (NDR : c'est de nous, mais ne le répétez à personne !). La fascination exercée par le monde des poissons exotiques dans un aquarium... En fait, "Skipper" laisse la porte ouverte à une multitude de rêves et de suppositions. Et Daniel Figgis est l'auteur de ces élucubrations atmosphériques exclusivement instrumentales. Il en assure toutes les parties de claviers. Harmonium, mellotron et piano, pour être précis. Et s'il s'est entouré d'une pléiade de musiciens qui se partagent une multitude d'instruments (guitare, basse, flûte, viole, violon, etc.), c'est uniquement pour signer les arrangements de ses compositions.

 

Slave Master

Under The Six

Sans l'originalité de ses textes, ce groupe yankee ne serait qu'un autre combo de funk-metal. Des lyrics composés par un certain Shabazz qui filtre toutes ses visions sociales, politiques, religieuses et historiques à travers la conscience de l'islam. Pourquoi pas pourvu qu'elles ne conduisent pas à l'intégrisme ! Instrumentalement, Slave Master ne manque pourtant pas d'étoffe, puisqu'il bénéficie de la présence de Michaël Hampton (Parliament, Funkadelic), du vétéran Mackie (Bad Brains) ainsi que du chanteur Gary ‘Mudbone’ Cooper (Bootsy's Rubber Band). Mais Allah seul sait pourquoi la solution manque cruellement de relief et ne parvient que trop rarement à faire passer le coran (!)

 

Herman Brood

Fresh Poison

Herman Brood flanqué de sa romance sauvage a décroché, voici une bonne quinzaine d'années, quelques hits avec des singles comme "Saturday Night", "Still Believe" et "Never Be Clever". Un flambée plutôt impressionnante qui va toucher tant les Pays-Bas que les charts internationaux, avant de s'éteindre presque aussi vite qu'elle ne s'était embrasée. "Fresh Poison" consacre la reformation de cet ensemble néerlandais. Malheureusement, si l'enthousiasme est demeuré intact, son pop rock n'est plus guère passionnant ; les dix-sept chansons de ce "Fresh Poison" ne parvenant plus qu'à nous faire regretter le passé de HB&HWR...

 

Fight

Mutations

Rob Halford est un peu la figure de proue de ce quintet puisque avant de fonder Fight, ce chanteur compositeur relevait de Judas Priest, groupe de hard rock qui a connu un énorme succès commercial à la fin des seventies. Rob possède toujours cette voix braillarde, sursaturée, un organe vocal qui vous écorche littéralement les oreilles. Il s'est même acheté une conscience politique; probablement aux fins d'étoffer ses lyrics. Mais paradoxalement, son nouveau groupe cherche un compromis entre le trash de Metallica et le nombrilisme d'AC/DC. C'est en tous cas ce que "Mutation", qui n'est pas tout à fait un nouvel album puisqu'il est partagé entre titres ‘live’ et remixes, est parvenu à nous infliger...

Sloan

Twice removed

"Smeared", premier album de ce quatuor canadien (Halifax), croulait sous un éventail de références aussi riche qu'électrique. Depuis My Bloody Valentine à Sonic Youth, en passant par Unrest, Chapterhouse, Vaselines, Ride et Pursuit Of Happiness. Les Byrds également. A cause du soin apporté aux harmonies vocales. Des harmonies vocales toujours aussi raffinées sur "Twice removed". Mais au service de mélodies beaucoup plus léchées, feutrées même, découpées à la manière des Lemonheads. Ce qui s'explique aisément lorsqu'on sait que les douze fragments de ce CD ont été composés à la guitare acoustique avant d'être remodelées sous un format pop. Rafraîchissant !

 

The Buck Pets

To the quick

Après une bonne dizaine d'auditions, nous nous demandions bien ce que nous allions raconter au sujet de ce disque ; d'autant plus que l'absence de bio ne nous facilitait pas la tâche. Pour bénéficier d'une telle bienveillance, vous vous doutez certainement que ce CD est d'excellente facture. Et vous avez amplement raison. Mais c'est au fil des écoutes que nous avons pu commencer à nous faire une idée précise du contenu. Il est riche. Très riche même. Avec pour ligne de conduite, une pop électrique dont l'intensité varie entre les Pixies, Cell, Neil Young et les New Christs ; et pour sens mélodique une sensibilité proche de ce que les Cars développait à leurs débuts. Le vocal, rappelant même, à certains moments, celui de Ric Ocasek. On a même droit, en final, à un titre moulé dans le mod pop mid sixties à la sauce Who ; réminiscent de "Won't get fooled again", pour être très précis.

 

Grant Lee Buffalo

Mighty Joe moon

Nous attendions beaucoup du deuxième opus de ce trio californien, et nous n'avons pas le droit d'être déçus. Car ce "Mighty Joe moon" est un petit chef-d'œuvre d'émotion et de lyrisme. Gant Lee Buffalo y projette ses visions tentaculaires, filmiques, d'une Amérique amorale, dangereuse, au bord de la folie. Des visions alimentées par des histoires de présidents assassinés, de feuilletons de TV séries B, de chauffards de poids lourds, de sportifs déchus, etc. Un album sombre, douloureux, aux mélodies simples et plaintives, que berce, dans un enchevêtrement subtil et fascinant de tonalités acoustiques et électriques ébréchées, cinglantes, languissantes ou satinées, la voix imposante, douloureuse, au timbre toujours aussi savoureusement proche de Mike Scott, de Grant Lee Philipps. Un must !