La première ébauche de Beguiling Junior

Le mystérieux duo Beguiling Junior, formé par Kaya Wilkins (Okay Kaya) et Oli Burslem (YAK), s'apprête à dévoiler son tout premier elpee intitulé « First Cut ». Attendu pour le 2 octobre 2026, ce disque marque la naissance officielle d'une collaboration aussi…

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Tommigun fait de vieux os…

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Biohazard 8/8/26
Ora Cogan
Chroniques

Jason Ricci

Rocket Number 9

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La machine Delta/Electro Groove est parfaitement huilée. Ce nouvel opus est habillé d’une superbe pochette. Dominée assez nettement par la couleur rouge flamboyante, elle s’ouvre sur un assemblage assez psychédélique. Et croyez-moi, la nouvelle musique de New Blood brûle de mille feux ! Elle est même incandescente voire incendiaire. Pourtant, si le blues est bien présent, l’expression sonore embrasse une multitude d’autres horizons, oscillant du rock au punk sauvage, en passant par la country et le jazz (NDR : s’autorisant même la liberté de création d’un John Coltrane ou d’un Charlie Parker). Nonobstant la complexité de sa musique, New Blood s’attaque à un public large. Pour y parvenir, les musiciens ont intérêt à se révéler de redoutables techniciens. Et c’est tout à fait le cas. Que ce soit le chanteur/harmoniciste Jason, le guitariste Shawn Starsky, le bassiste Todd Edmunds ou le drummer Ron Sutton. La production a été confiée au Britannique John Porter, réputé pour avoir mis en forme des œuvres de BB King, Buddy Guy, Morrissey ou encore des Smiths.

L’elpee s’ouvre par une plage cruciale intitulée "The rocker". Et il faut oser ! Une compo puissante, nerveuse, agressive, libérant une énergie très punk. La palette de sonorités dispensée inouïe. C’est le gratteur Shawn qui se met le premier en évidence. Les changements de rythme sont impressionnants. Le tempo cataclysmique laisse ainsi parfois la place au silence presque complet. Les références aux drogues sont claires. Jason chante en manifestant beaucoup de fougue et de colère jusqu’à ce qu’il laisse enfin éclater l’harmonica, serré rageusement entre ses doigts. Ballade R&B, "I’m a new man" rappelle les Rolling Stones d’une certaine époque. L’importance accordée au rythme est prépondérante ; mais ce sont à nouveau les éclairs des solistes, essaimés alternativement par Shawn et Jason, qui illuminent l’espace sonore. Ricci signe “Loving eyes”. Et il est particulièrement fier de cette longue épopée atmosphérique, née d’un croisement hypothétique entre Junior Kimbrough et des Byrds (NDR : c’est ce qu’il déclare !). Encore qu’au fil des écoutes, on se demande si elle ne s’inscrit pas davantage au cœur d’une démarche tardive des Doors. Sans la voix de Morrison bien entendu. Le New Blood se mue alors en jam band susceptible de donner libre cours à son imagination. A l’infini. Jason est capable de débiter un nombre impressionnant de notes, en utilisant cette fameuse technique de l’overblowing, à laquelle il a recours régulièrement ; et cette technique lui permet d’étendre l’échelle de son instrument sur trois octaves. Recherchée, sa musique laisse la porte ouverte aux invités. A l’instar de "Dodecamedron", une page instrumentale aux accents délibérément jazz, confiée au saxophoniste californien Michael Peloquin. Son intervention flirte magistralement avec celle de l’harmonica, pendant que Buck Weed se consacre à la basse acoustique. La musique balise la ligne mélodique du jazzyfiant "Mr Satan". Un hommage éclatant à l'un de ses maîtres : Adam Gussow, le partenaire de Sterling ‘Satan’ McGhee! (NDR : le duo Satan & Adam pardi!) Bien jolie ballade, "Deliver is" embrasse sa part de douceur et de mélodie. Les échanges entre harmo et cordes sont clairs et parfaits. Blues lent presque classique, "The way I hurt myself" adopte un profil texas blues à la Stevie Ray Vaughan (NDR : si vous voyez ce que je veux dire). Jason chante passionnément ce morceau imprégné par le feeling de Starsky. Ricci est également susceptible de laisser éclater ses émotions. A l’instar d’un Charlie Musselwihte, lorsqu’il est atteint par un sentiment de désespoir. Remake d'un titre composé par Ricci, en 1996, pour son album "Down at the Juke", "Snowflakes and horses" a conservé l’influence très palpable de David ‘Malon’ Kimbrough. Il est vrai qu’à l’époque, il a vécu à Holly Springs. La musique est coriace. Sans la moindre concession, le tempo écrase tout sur son passage. Instrumentaux, "The blow zone layer", "The eternal is" ainsi que "Sonja", un morceau empreint de douceur orientale, focalisent notre attention sur la virtuosité des différents musiciens. De très bonne facture, cet opus s’achève par une réécriture d'un titre de Sun Ra, un chantre du free jazz. L’approche est semblable à celle d’un Zappa. Le vocal agressif affronte la douceur et la légèreté de l’instrumentation. Une fresque musicale étrange, récréative et tellement différente. Le blues de demain?  

Phillip Walker

Going back home

Écrit par

Ce "Going back home" constitue sans aucun doute le meilleur album de blues paru en ce début 2007. Phillip Walker est aujourd’hui un vétéran. Il fêtera, en effet, bientôt ses 70 ans. Né à Welsh en Louisiane, il a passé sa jeunesse à Port Arthur, au Texas. Il a accompli ses premières sessions en compagnie de Roscoe Gordon et de Clifton Chenier. Depuis 1959, il vit à Los Angeles où il a acquis une réputation internationale et enregistré un bon nombre d'albums. L'idée maîtresse de ce "Going back home" impliquait un retour de l’artiste à ses sources. A la musique de la Louisiane et du Texas qui l'ont tant inspiré. Randy Chortkoff a mis tous les meilleurs musiciens de son écurie Delta Groove à sa disposition : les Hollywood Blue Flames, le drummer Richard Innes, le pianiste Fred Kaplan ainsi que l’harmoniciste Al Blake ; mais également les excellents Jeff Turmes et Rusty Zinn, respectivement bassiste et guitariste.

Phillip ouvre l’opus par le "Lying woman" de Percy Mayfield. Un démarrage dans le plus pur funk, digne d’un big band. Rusty se charge de la rythmique tandis que David Woodford et Turmes se réservent les saxophones. Phillip chante d'une voix émouvante mais décontractée. Il prend son envol, en économisant les notes qu’il arrache littéralement au couteau de ses cordes. Pour attaquer le "Mama bring your clothes back home" de Lowell Fulsom, il passe alors au plus pur style west coast. Une adaptation très sophistiquée, très swing, au cours de laquelle sa guitare, plongée dans une ambiance cabaret parfaitement restituée, se révèle absolument délicieuse. Les musiciens se procurent leur ticket de chemin de fer et s’embarquent vers le Sud. Le rythme est saignant tout au long de "Mean mean woman". Fred Kaplan se démène au piano tandis que la guitare largement amplifiée de Zinn  prend le large. La voix de Walker est absolument superbe. Il la module, la force, lui fait vivre son texte. Elle se révèle même audacieuse et irrésistible tout au long du "Blackjack" de Ray Charles. Il chante alors sur un tempo très lent, dialogue avec sa guitare, la fait hurler, agoniser, éclater. Du grand art! Randy Chortkoff a signé trois chansons pour Phillip. Notamment "Honey stew". Un boogie blues vivifiant. Zinn s’y déchaîne pendant que Rob Rio assure aux ivoires. "Lay you down", également. Un R&B bien cuivré destiné à servir de théâtre aux joutes en relief opérées entre les deux gratteurs sortis de leur réserve. Une émotion pure nous envahit, lorsqu’il fait revivre Sam "Lightnin' Hopkins sur "Don't think 'cause you're pretty". La version est poignante, saisissante. L'harmonica d'Al Blake y apporte une pointe de tristesse évidente. Un très grand moment ! Nous nous attardons dans le sud profond pour le "Leave my money alone" de Lonesome Sundown. Une plage subtilement rythmée, imprégnée par ce son Excello rencontré à Baton Rouge. Jeff Turmes trace une ligne de basse imparable. Cette situation a le don d'exciter Mr Walker qui se déchaîne sur ses cordes. Retour à la douceur pour la cover de "Bad blood". Rob Rio y cajole son piano. On s’imagine pénétrer dans l'ambiance enfumée d'un joint de New Orleans. Champion Jack Dupree est le créateur de ce titre menaçant. C'est quand il joue le blues lent que Phillip vit le plus sa musique. Il la sent, la ressent, la respire à travers tous les pores de sa peau. Ses cordes et lui ne font plus qu'un. Alors il peut hurler le blues qui le hante. Et le merveilleux "If you see my baby", un morceau à nouveau signé Lonesome Sundown, en est la plus belle illustration. Flanqué d’Al Blake, il chante son "Sweet home New Orleans". Encore un blues paresseux embourbé dans les marais de la Louisiane... Cet album de grande classe s’achève par un hommage à Frankie Lee Sims, un long et  majestueux boogie intitulé "Walking with Frankie"...

 

Monks

Demo tapes 1965

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Mi sixties, un quintet de GI’s américains fonde un quintet : The Five Torquays. Et commence à tourner à travers l’Allemagne. Rapidement, il change son patronyme en Monks et entre en studio pour y enregistrer un premier album : « Black monk time ». Se proclamant l’antithèse des Beatles, la formation pratiquait une sorte de pré-garage/punk caractérisée par un banjo électrique dérangé, des drums sans cymbales, des vocaux frénétiques, une guitare tour à tour surf, chargée de feedback ou triturée par la pédale wah wah (le soliste aurait-il influencé Jimi Hendrix ?), des lyrics dadaïstes ainsi qu’une intro quasi-systématique de leurs compos réservée à l’orgue d’église. Sans oublier le (très) peu d’attention accordé au sens mélodique. Julian Cope leur a réservé un espace dans son livre. Ce qui explique, sans doute, le regain d’intérêt pour cet ensemble dont le drummer est décédé en 2004. L’opus a bien sûr été remis en forme. Et recèle deux compos des Five Torquays ainsi qu’un inédit. 

James Deano

Le Fils du Commissaire

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Bon sang dis ! Deano, le « Branleur de Service » (titre de son maxi sorti en 2003) décide d’en finir avec l’onanisme égoïste, pour se répandre sur 17 tracks.  Le « Fils du Commissaire » s’affuble fièrement de la moustache paternelle, mais déballe un esprit d’autodérision qui lui sied à merveille. Deano est apparu dans le hip hop vers 1996, laissant de côté les accords de Metallica qu’il jouait en boucle sur sa gratte. Bien décidé à dérider la scène parfois trop austère du hip hop, il se crée un personnage atypique pour le milieu. Champion du calembour, il envahit de son charisme toutes les scènes où il se produit (en première partie de Starflam, par exemple). Armé d’un humour détonnant, il se délecte de ses propres effets de scène, et c’est en grand enfant qu’il soulève les foules, tant en Belgique qu’en France. La France d’ailleurs, où il commence à avoir, là aussi, son petit succès. Utilisateur pertinent de l’autobiographie, Deano est tellement convaincant dans ses textes qu’on arrive à croire toutes les histoires qu’il raconte. Elles sonnent toujours juste et sentent le vécu. A l’instar des tranches de vies qu’il présente, on se retrouve auditeur de notre propre vie, avec nos colères, nos bons moments et le comportement de nos potes parfois lourdauds, mais souvent attachants.

Grâce à ce premier elpee, James D se fait tailler un costume blanc hypra classe. La qualité des coutures y encercle le bon goût, la fraîcheur mais aussi la maturité. Malheureusement, difficile de garder immaculé ce genre de vêtement. Il faut avouer quelques petites tâches apparues au revers. Si des morceaux excellemment drôles comme « El Playboy », « Le Fils du Commissaire », « Les Gens sont Stressés » ou « Ma Vie de Célibataire » s’intercalent dans l’hilarité générale entre des petits bijoux tels que « Chercheur d’Univers » (au riffs puissants), « Riz Sauce Rien », « Les Femmes » et « Loin de la Vérité », il y a malgré tout, deux belles saloperies à éviter impérativement si l’on veut savourer sans aigreur l’excellente galette : « Sans Exception » et « Les Blancs ne Savent pas Danser ». Le premier s’autorise un featuring vomitif, en la personne de Diam’s. Single destiné à la promo, le second est trop commercial pour être honnête, et ne reflète absolument pas l’esprit de l’elpee. Ces deux morceaux puent l’esprit mercantile à plein nez. Mais dans le fond, pourquoi Deano n’en profiterait-il pas un peu lui aussi, pour remplir ses poches au passage ? Hormis donc, les deux horreurs précitées, cet album –pas tout à fait– hip hop, mérite plein d’encouragements et j’avoue pour ma part, lui consentir le respect !

The Magnetic Fields

Distortion

Écrit par

The Magnetic Fields ne lâche pas le morceau. Neuf ans après l’indispensable « 69 Love Songs » et quatre après le beaucoup moins légendaire « I », Stephin Merritt et sa bande reviennent, flanqué d’un nouvel essai hanté par l’amour du leader pour les mélodies brutes. Les premières notes de « Three-Way », plage d’ouverture de ce nouveau recueil, donnent parfaitement le ton. « Distortion » lorgne en effet de la plus délicieuse des manières vers un côté shoegaze à la Jesus & Mary Chain. Sans atteindre le brio de ces derniers, The Magnetic Fields apporte sa touche personnelle à un genre trop effacé, la formation n’ayant rien modifié à la formule gagnante née de la rencontre entre les vocalises paritaires d’un Stephen Merrill sépulcral et celle d’une Shirley Simms rayonnante. L’œuvre recèle de potentiels grands classiques comme l’estival « California Girls » où Simms étale toute son animosité envers les jeunes Californiennes ou « The Nun Litany » contant les fantasmes surprenants et indubitablement peu catholiques d’une nonne. La formation aurait cependant pu se passer de quelques frivolités telles que la fausse comptine de Nöel, « Mr. Mistletoe », et le caricatural « Zombie Boy ». Mais, dans l’ensemble, cette « Distortion » énergisante ne manquera pas de ravir les fans de la première heure.

 

Aaron Stout

Queens live in caskets

Écrit par

Comment classer l´oeuvre de ce jeune songwriter débarquant d´outre-Atlantique ? Pour vous donner une vague idée, on pourrait parler de ‘folk-country-psychédélique’. Pourtant, les artistes ont toujours haï les étiquettes, surtout lorsqu´elles veulent tout et ne rien dire ! Encore pourrait-on simplement utiliser le terme ‘lo-fi’ pour cet album paru depuis 2004, mais seulement distribué chez nous aujourd’hui. Un travail réalisé pratiquement seul par Aaron Stout, ‘entre ma chambre et ma cave’, comme il le dit lui-même. C´est Stout en personne qui se réserve tous les instruments, si l´on excepte les quelques notes de slide guitar apportées par Matt Frick.

« The Coronation » ouvre le bal par une frappe de batterie lourde comme du plomb et un theremin strident. Le theremin, c´est cet instrument aux sifflements étranges qui a connu son heure de gloire grâce aux « Pet Sounds » des Beach Boys et au « Whole Lotta Love » de Led Zep. Un outil de savant fou dont Stout use voire abuse, mêlant ballades acoustiques et sonorités zarbis, de l´extrêmement lo-fi « Space Station » à ce « Fountain Of Youth » chuchoté, sans oublier ce final totalement à contre-pied qu´est l´électro « Story Of My Life ». Si ce cocktail est quelque peu déroutant, on ne peut qu´être subjugué par la voix torturée et dépressive de Stout. C’est d’ailleurs elle qui domine réellement cet album et laisse entrevoir un futur intéressant pour cet artiste atypique.



Pantaleimon

Cloudburst

Andria Degens est une proche de David Tibet, et à l’écoute de cet EP on ne peut que penser au mysticisme béat de Current 93 : même ambiance spirituelle, qui vous emporte loin de toute velléité terrestre, quelque part au-delà des nuages, d’où le titre. Armée d’un dulcimer (une sorte de cornemuse à cordes qui se joue à plat sur les genoux), d’un bouzouki et d’un tambourin, Andria Degens a composé à l’origine ces quatre titres pour l’artiste Susan Stenger (« Soundtrack for an Exhibition »). Elle chante sur le dernier (« Numinosum »), telle une Anne Briggs des temps modernes. Autant vous dire que « Cloudburst » sonne comme une longue ritournelle quasi médiévale (« Crystalline Rain », référence à Linda Perhacs ?), vingt minutes d’ascèse acoustique, de pure lévitation. Imaginez Colleen reprendre du Pentangle : tout le monde dit ‘Oooooom’, en signe de béatitude.

Datarock

Datarock Datarock

Écrit par

Le duo norvégien Datarock n’est pas du genre à se creuser les méninges trop longtemps. Ah ça, non ! L’art de la subversion, il le concède gracieusement aux autres. Datarock, lui, préfère agir dans la simplicité, le commun, le ‘déjà entendu’. Un petit coup de synthé kitsh par ci, un petit coup de guitare par là et une voix monotone pour arroser le tout. En deux temps trois mouvements, la formation réussit l’exploit de faire chier son monde, sans aucune gêne. Bien au contraire, elle en est fière et en fait carrément son fond de commerce, n’hésitant pas à publier deux versions du même recueil (contenant quelques variations dans la tracklist). Dans son infinie sagesse, elle permettra tout de même à l’auditeur de se réveiller à quelques reprises (« I Used To Dance With My Daddy », « The Most Beautiful Girl », « Fa-Fa-Fa » et « Ganguro Girl »). Juste assez pour transformer ce « Datarock Datarock » en disque aussi vite écouté qu’oublié.