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Chroniques

Laura Gibson

Beasts Of Seasons

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A chaque automne, une multitude de chanteuses folk anglophones reviennent sur le devant de la scène. C’est comme la chute des feuilles. Laura Gibson figure dans le lot. Une jeune Américaine issue de Portland, dans l’Oregon. Eponyme, son premier album remonte déjà à 2004. Mais elle s’est surtout illustrée en collaborant à différents projets, dont ceux de Colin Meloy (The Decemberists) ou Laura Veirs. « Beasts Of Seasons » constitue déjà son quatrième elpee. Aussi une question me traverse l’esprit, cette œuvre est-elle susceptible de l’extraire d’un relatif anonymat, que sont parvenues à quitter Alela Diane ou Essie Jain ?

La pochette semble symboliser l’arrière saison et les soirées tranquilles au coin d’un feu de bois. C’est donc, en fin de soirée et en toute quiétude que j’ai décidé de me farcir cet opus. Après avoir écouté la première plage, « Shadow On Parade », il y a de quoi faire la moue. Les sept minutes de la compo sont parfaitement exécutées, mais suscitent un profond ennui. La suite oscille entre jolies petites chansons folk (« Sleeper », « Funeral Song ») et comptines relativement insipides (« Postures Bent, « Where Have All Your Good Words Gone ? ») Mais un titre se démarque du parcours un peu trop monotone de ce disque : « Spirited ». C’est la composition la plus rythmée du tracklisting, aussi. Imparable et abordée dans l’esprit de Feist, elle laisse deviner ce qu’aurait pu devenir la bête si son maître s’était décidé à s’éloigner des sages sentiers battus du folk. Ou si vous préférez si elle avait pris des risques au lieu de demeurer une élève bien appliquée du mouvement folk.

L’elpee est divisé en deux volets bien distincts. Mais on ne sait pas trop pourquoi, tant l’ensemble est homogène. La référence au vinyle, probablement. Ces réserves ne doivent toutefois pas passer sous silence la voix de Laura Gibson : agréable, enfantine et douce. La musique est également finement arrangée. Le piano et les cordes se taillant la part du lion. La folkeuse américaine abuse toutefois du ‘fingerpicking’.

Verdict ? Un autre album de folk. Laura Gibson part en tournée, printemps prochain, en compagnie de Damien Jurado. Mais à cette époque, le bois est déjà bien vert, plein de sève, et il n’y a plus guère de feuilles mortes à ramasser. Dommage que Laura ne se fait plus souvent violence. N’injecte pas plus souvent une dose de folie dans ses compos. A l’instar de ce remarquable morceau intitulé « Spirited ». Bien sûr, si vous êtes séduits par l’élégance des arpèges, ce « Beasts Of Seasons » devrait vous ravir. Personnellement, cette lenteur mortifère désespérante m’a plombé la soirée…

William Fitzsimmons

Goodnight

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Derrière sa barbe et ses petites lunettes, William Fitzsimmons est un homme plein de bonnes idées. Et un auteur interprète aussi doué que Sam Beam (Iron & Wine). Ce qui est un gage de qualité en soi. Le don largement exploité sur ce ravissant « Goodnight », il le doit à ses deux parents aveugles, musiciens de formation. Ceux-ci auront flanqué un instrument entre ses petits doigts avant même qu’il ne prononce son premier mot. Et maman et papa peuvent être fiers du résultat. « Goodnight », troisième ouvrage de leur rejeton, est sans conteste un travail d’orfèvre. Pas étonnant donc qu’il soit également le disque de la révélation.

Relevé d’un poil d’electronica, « Goodnight » n’aurait pas fait figure d’intrus au sein de la discographie d’Iron & Wine. Le folkeux de Pittsburg accomplit un travail soigné comme pas deux. Les mélodies, coiffées de splendides vocalises, y sont d’une délicatesse hors norme. William Fitzsimmons est l’un de ces artistes qui s’adresse directement à la sensibilité de ses auditeurs et marque sa cible à tous les coups. Et un artiste qui fait la nique à Kanye West en réinterprétant de manière magistrale l’une de ses compositions les plus moyennes (« Heartless », inédit dispo sur les plateformes de téléchargement légal) ne mérite rien d’autre qu’un immense respect. « Goodnight » est l’un des incontournables de 2009.

 

Chromeo

DJ Kicks

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Etre invité à produire un DJ Kicks est un gage de confiance qu’aucun artiste electro qui se respecte, n’aurait l’audace de décliner. Deux ans après avoir fait appel aux services de Hot Chip et Booka Shade, le label !K7 a eu l’excellente idée de se tourner vers Chromeo pour ressusciter sa collection. Le principe de celle-ci est simple : l’artiste invité compile et mixe une série de morceaux, récents ou poussiéreux. De préférence peu connus ou sous-estimé au moment de leur sortie. En y ajoutant un petit inédit de son cru, pour la forme. Et l’exercice sied à merveille aux Canadiens qui se sont manifestement fait plaisir en dépoussiérant les plus improbables de leurs vinyles.

En attendant la sortie de leur prochain recueil, prévu pour 2010, le duo s’amuse à engendrer des unions cocasses entre R’n’B, Disco et Pop des années ‘80, Funk ou encore Space Disco. Ainsi, Château Marmont, l’excellent Lifelike ou le duo lui-même côtoient Shazam, Val Young ou les inattendus Diane Tell et Pierre Perpall ! Comme pour la plupart des « DJ Kicks », le tracklisting interpelle à première vue, mais devient très rapidement addictif. Malgré quelques enchaînements douteux, Chromeo s’en sort haut la main, même lorsqu’il concède une reprise inopinée d’« I Can’t Tell You Why », un morceau extrait du répertoire des Eagles.

Ce nouveau DJ Kicks en bonne et due forme plaira essentiellement aux fans de la formation mais également à ceux qui s’étaient déjà trémoussés sur la compile du même nom, signée par The Glimmers. Et, pour ceux qui n’en ont jamais assez du son vintage de Chromeo, le duo prolonge le plaisir sur son site officiel en offrant en téléchargement gratuit son sympathique nouveau single, « Night By Night ». Fonkay ! http://www.chromeo.net

 

BLK JKS

After Robots

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Les formations pop/rock issues d’Afrique du Sud ne sont pas légion. J’ai donc été envahi par une certaine forme d’enthousiasme, lorsque je me suis lancé dans la chronique de cet album de BLK JKS(à prononcer Black Jacks). Un quatuor né en 2000 ; mais qui a dû attendre neuf longues années avant d’enregistrer son premier album. Et pas pour n’importe quelle écurie ! Chez le label indépendant américain Secretly Canadian, au sein duquel on retrouve notamment Antony & the Jonhsons, Yeasayer et Bodies of Water. Et il leur aura fallu presque autant de temps pour que le continent américain s’intéresse enfin à leur existence. C’était en 2008, lorsqu’ils ont assuré le supporting act de Diplo au sein de la nation arc-en-ciel.

Pour concocter « After Robots », le groupe a reçu le concours de Brandon Curtis, le chanteur de la formation psyché-prog The Secret Machine. Faut dire que la solution sonore proposée par BLK JKSest le fruit d’un mélange de rock, prog, jazz, reggae, psychédélisme et de musique africaine. Un disque qui souffle cependant le chaud et le froid. L’originalité du groupe procède surtout de leurs lyrics, qu’ils chantent tantôt en zoulou ou en xhosa (NDR : ce sont les deux premières langues officielles d’Afrique du Sud) mais également en anglais. Et puis de leurs rythmes tribaux. Dans cet esprit, des morceaux comme « Molalatladi », « Kwa Nqingetje » ou encore l’acoustique « Tselane » constituent la quintessence de l’œuvre. Malheureusement, le combo souffle le froid, lorsqu’il marche sur les traces de Mars Volta. En moins luxuriant. Encore que parfois, leurs envolées n’ont rien à envier à celles d’un King Crimson. Quoique pour les amateurs de prog, ce soit un compliment. Mais pour les autres, on frise l’indigestion.

 

The Big Pink

A Brief History of Love

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Après avoir remporté le NME Philip Hall Radar Award du meilleur premier album et avoir essuyé les râles dithyrambiques de la presse britannique, « The Big Pink » se présente naturellement comme la curiosité outre-Manche de cette rentrée musicale 2009.

« The Big Pink » (pseudonyme se référant à l’album « Music From The Big Pink » de The Band) est l’histoire de deux passionnés immodérés de musique noise, Robbie Furze et Milo Cordell (créateur du label Merok Records). Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que le duo londonien signe son premier elpee sous le célèbre label indépendant 4AD. « A Brief History Of Love » évoque effectivement une sonorité shoegazing familière au label londonien à la fin des années 80. Genre shoegaze/noisy terriblement à la mode ces derniers temps. Le retour sur les planches des sublimes My Bloody Valentine n’est-il pas un indicateur du renouveau de cette scène ?

Rien n’est laissé au hasard sur ce premier opus. Soigneusement élaboré aux Electric Lady Studios de New-York, « A Brief History Of Love » a bénéficié d’une production infallible assurée par Rich Costey (Muse, Interpol, Rage Against The Machine…) et Alan Moulder (My Bloody Valentine, Yeah Yeah Yeahs…) « The Big Pink » assurera d’ailleurs la première partie de Muse sur sa tournée britannique.

L’architecture musicale de ce premier album est époustouflante. Une tracklist bâtie à l’image d’une cathédrale de glace qui navigue sur les flots glaciaux et aseptiques de l’amour. Un univers riche, dense et hautement atmosphérique qui se pose sur des textes dramatico-romantiques. Lieu où Milo Cordell dépeint le kaléidoscope de l’amour. Celui qui reflète ‘tous les aspects multiples du cœur… Le bon, le mauvais, l’ennuyeux, le passionnant, l’onirique, le    cauchemardesque…’ Imagerie amoureuse violentée par des torrents de guitares aux  insensibles distorsions, crissements et saturations monomaniaques. Une mixture entre drame et rêve résolument additive. Des textes qui voyagent sur des nuages bruitistes et des humeurs de My Bloody Valentine ou Cocteau Twins. Un grand rock anglais aux saveurs de Death In Vegas qui nous transporte et innove. Car le binôme londonien, expert des techniques de studio, ne se morfond pas dans une stérile nostalgie. « Velvet » et « Too Young to Love » posent des guitares noisy sur une texture électronica austère. Des strates savamment superposées qui régalent un atmosphérique romantique aux dimensions majestueuses.

Le neurasthénique morceau éponyme chanté en duo avec la délicieuse voix psalmodie de Joanne Robertson en est la substance. Un art minimal, dépouillé, écrin parfait pour définir l’humeur fragile, insane et doucement mélancolique qui traverse l’esprit de l’album. Magnifique !

Un premier opus qui se distingue par sa complexité technique maîtrisée et sa facture de qualité. Un rock anglais entier et impartial qui ravira les accros de la musique britannique des années 80-90 et plus !

The Big Pink se produira ce mardi 03 novembre 2010 à L’Ancienne Belgique. Et on avance déjà une nouvelle pour l’année prochaine en compagnie de The xx. A suivre…       

 

Partchimp

Thriller

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Aujourd’hui, il existe probablement deux manières d’essayer de faire son trou dans le monde du rock. La première consiste à copier le style d’un artiste renommé en espérant que son succès fasse tâche d’huile. La seconde réclame le petit truc inédit qui rendra votre musique personnelle et indispensable au paysage musical actuel. Pour se différencier des autres, Partchimp a décidé de jouer très fort. Très très fort. Amplification et distorsion poussée au maximum sur un rock très noisy aux relents de stoner.

Cette originalité est elle suffisante pour rendre le groupe indispensable et le pousser vers un avenir radieux ? En tout cas, cette méthode semble fonctionner en Angleterre, où « Thriller », leur troisième galette, bénéficie de réactions dithyrambiques auprès de la presse spécialisée. C’est même à se demander si les Grand-Bretons ne sont pas un tantinet chauvins. Car, là où ils entendent la perfection sonique, des murs de guitares dévastateurs et le summum de la créativité, j’ai bien peur de n’entendre que le son de guitares grasses, désaccordées et amplifiées au maximum. Une enfilade de riffs lourds et sans grand intérêt. Le noise rock de Partchimp évoque un Melvins du pauvre ou du Monster Magnet (période « Spine Of God »), joué avec des moufles ; mais il pourrait encore s’en tirer plus ou moins honorablement, si il n’y avait pas ce chant. Alors de deux choses l’une : ou leur vocaliste n’est pas arrivé en temps et en heure lors des sessions d’enregistrement, et le groupe s’est vu forcé de recruter le premier pochetron rencontré dans les environs du studio pour le remplacer, et c’est pathétique ; ou ils on vraiment choisi un chanteur complètement naze, et c’est tout aussi pathétique. A lire nos confrères de la presse anglaise, la formule est travaillée et mûrement réfléchie. Un groupe dont les desseins sont sans doute trop subtils pour votre serviteur, probablement…

I might be wrong

Circle the yes (1)

Écrit par

Est-ce un hasard si le jeune groupe berlinois I might be wrong a choisi pour nom le titre d’une chanson de Radiohead ? Si une anxiété similaire à celle du groupe anglais habite leur univers, c’est avec bien plus de retenue qu’elle s’exprime ici. Leur nouvel album « Circle the yes » s’écrit comme une boucle, une marche sur place, dans un espace rempli de questions et d’hésitations. ‘We circle the yes, we strike the no, we struggle for maybe – we do nothing at all’ était l’un des chœurs repris en boucle, dans un disque précédent.

Lisa von Billerbeck, songwriter et chanteuse du groupe, également illustratrice de talent, a intitulé l’un des morceaux « Salomon », en référence à cette artiste juive berlinoise qui, en pleine Grande guerre, entreprit de peindre sa vie entière par de très nombreuses petites gouaches étonnement contemporaines. De manière similaire, et pourtant sans narcissisme, I might be wrong butte sur l’impossibilité d’être. La douceur et le bruit des doigts glissant sur les cordes rappellent par moments les Kings of Convenience, l’économie d’effets exprime la tension retenue, la mélancolie tragique.

La répétition de courts thèmes musicaux et textuels (chantés ou presque parlés) évoque cet objet insolite mais néanmoins fascinant où deux boules de métal suspendues à des fils s’entrechoquent et perpétuent le mouvement inlassablement. Joli mais… On aimerait que cette linéarité décolle un peu, que les sages Berlinois osent prendre une direction un peu plus franche, car l’hésitation devient, à la longue, légèrement ennuyeuse.

Part Chimp

Thriller

Écrit par

Aujourd’hui, il existe probablement deux manières d’essayer de faire son trou dans le monde du rock. La première consiste à copier le style d’un artiste renommé en espérant que son succès fasse tâche d’huile. La seconde réclame le petit truc inédit qui rendra votre musique personnelle et indispensable au paysage musical actuel. Pour se différencier des autres, Part Chimp a décidé de jouer très fort. Très très fort. Amplification et distorsion poussée au maximum sur un rock très noisy aux relents de stoner.

Cette originalité est elle suffisante pour rendre le groupe indispensable et le pousser vers un avenir radieux ? En tout cas, cette méthode semble fonctionner en Angleterre, où « Thriller », leur troisième galette, bénéficie de réactions dithyrambiques auprès de la presse spécialisée. C’est même à se demander si les Grand-Bretons ne sont pas un tantinet chauvins. Car, là où ils entendent la perfection sonique, des murs de guitares dévastateurs et le summum de la créativité, j’ai bien peur de n’entendre que le son de guitares grasses, désaccordées et amplifiées au maximum. Une enfilade de riffs lourds et sans grand intérêt. Le noise rock de Part Chimp évoque un Melvins du pauvre ou du Monster Magnet (période « Spine Of God »), joué avec des moufles ; mais il pourrait encore s’en tirer plus ou moins honorablement, si il n’y avait pas ce chant. Alors de deux choses l’une : ou leur vocaliste n’est pas arrivé en temps et en heure lors des sessions d’enregistrement, et le groupe s’est vu forcé de recruter le premier pochetron rencontré dans les environs du studio pour le remplacer, et c’est pathétique ; ou ils on vraiment choisi un chanteur complètement naze, et c’est tout aussi pathétique. A lire nos confrères de la presse anglaise, la formule est travaillée et mûrement réfléchie. Un groupe dont les desseins sont sans doute trop subtils pour votre serviteur, probablement…

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