Les rituels étranges de This Is The Kit

This Is The Kit sortira son septième opus studio, « Ghost Coat », ce 15 janvier 2027. En attendant, il a partagé le single et « Skim a Stone ». Enregistré au cœur des Rockfield Studios dans la vallée de la Wye, au sud-est du Pays de Galles, ce disque place…

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Fred Schneider

Just Fred

Pour enregistrer son premier album solo, le vocaliste des B 52's a reçu le concours de trois groupes différents. Tout d'abord, Deadly Cupcake, formation circonstancielle impliquant Russel Simins du Jon Spencer Blues Explosion, Rick Sims autrefois membre de Supersucker et des Didgets ainsi que le bassiste de Tar, Tom Zaluckjy. Ensuite, Six Finger Satellite, ensemble yankee de néo post punk. Enfin Shadowy Men on a Shadowy Planet, un des nombreux backing groups de Steve Albini. Un Steve Albini que l'on retrouve d'ailleurs à la production de ce morceau de plastique secoué par l'esprit le plus agressif du punk pop. Celui des Heartbreakers, notamment. A cause de cette débauche d'électricité cinglante, vibrante, dispensée comme à la plus belle époque de Johnny Thunders. Mais également la forme du pop. Celle des B 52's. Et pas seulement parce que la voix véhémente, déclamatoire de Fred nous rappelle qu'il est toujours et encore le chanteur d'un des deux plus grands groupes d'Athens (NDR: l'autre, vous vous en doutez, répond au nom de REM), mais à cause de ce rythme caractéristique, épileptique, irrésistible qui a ouvert la voie au post punk insulaire. Un tempo qui se laisse même parfois ici emporter dans le psychobilly tribal des Cramps...

Shaker

Kiss me

Versez une dose de New Order (ou à défaut d'Electronic), une de Crowded House, une de Visage et une dernière de Naked Eyes (de préférence cuvée 83) dans le gobelet ad hoc. Ajoutez-y de la glace sophistiquée avant d'agiter technologiquement dès que le shaker est reconstitué. Dénoyautez quelques Jesus Jones de leur hip hop. Placez en trois à quatre quartiers dans chaque récipient et servez le contenu de ce cocktail dans un cristal préalablement frotté d'harmonies vocales satinées. Vous venez ainsi de préparer un breuvage bien onctueux, mais dont le parfum commercial ne devrait allécher que le monde très superficiel des ex-radios libres...

 

The Sex Pistols

Winterland concert

N'imaginez surtout pas que les Pistols viennent de sortir un deuxième album " live " pour consacrer leur reformation (NDR: Pourquoi, le premier est sorti?). Faut pas rêver! Comment voulez-vous qu'ils pompent un max de frics à leurs aficionados? " Winterland concert " nous renvoie en 1978, à San Fransisco. Un concert où le line up était encore composé de Cook, Jones, Rotten et bien sûr du défunt Sid Vicious. Un document fort intéressant, même si la qualité des enregistrements laisse parfois à désirer. Mais au moins qui épingle la plupart des standards du groupe. Depuis " God save the Queen " à " No fun ", cover des Stooges, en passant par " Anarchy in the UK ", " Pretty vacant ", et quelques autres...

The Smashing Pumpkins

Pisces iscariot

" Pisces Iscariot " n'est pas le nouvel album d'un des groupes les plus importants des nineties, mais nous aurions pu le croire. En effet, s'il n'est sorti aux States, il y a déjà deux ans, ce morceau de plastique qui ne réunit que des faces B de singles, des reprises et des " Peel sessions " présente tous les ingrédients nécessaires et indispensables à la réalisation d'un album événement. Tout y est. Sensibilité, profondeur et mélancolie pour les ballades telles que " Soothe ", " Blew away " ou " Whir ". Agressivité, puissance musicale et ferveur pour les titres plus âpres, difficiles comme " Frail and bedazzled " ou " Pissant ". Le tout marqué par cette volonté profonde d'innover. Smashing Pumpkins n'a plus rien à voir avec cette scène grunge qui a fait son temps. Il représente aujourd'hui toute une génération en manque de projet, d'espoir et risque fort bien dans quelques années d'être l'image de toute la musique américaine des années 90, tels que l'étaient les Doors ou le Velvet Underground, durant les sixties. Indispensable!

 

Sleeper

The it girl

Après avoir milité pour la cause de la new wave de la new wave, à l'instar d'Echobelly, d'Elastica et de Darling Buds, sur son premier elpee ("Smart"), Sleeper s'oriente aujourd'hui vers une forme musicale plus mod, plus glamour. Plus mod à cause des textes de Louise Weener qui traduisent, un peu comme chez Ray Davies des Kinks, une vision ironique de la société britannique. Des textes qui stigmatisent la corruption des partis politiques et désapprouvent la censure des opinions. Plus mod à cause du ton utilisé dans les chansons. Maniéré, lyrique, avec arrangements et orchestrations, plus proche de Blur que de Pulp, mais dans une version féminine. Plus glam dans l'esprit de la new wave du début des eighties. Pensez à Blondie, Katrina & the Waves ou à Altered Images; les inflexions vocales de Louise, frôlant même parfois celles de Nena. "The it girl" laisse cependant une place à deux fragments sculptés dans la britpop post "Inbetweener": "Lie detector" et "Dress like your mother"; et puis un excellent "Sale of the century", single contagieux, amer et mélancolique...

 

Skycraper

Superstate

Au sein de ce trio londonien, on retrouve l'ex-chanteur/guitariste de Milk, Vic Kemlicz, ainsi que l'ancien bassiste de Swervedriver, Adi Vines. Ne tenez cependant pas de conclusion trop hâtive, puisque ce Skycraper cherche un compromis entre le grunge et le hardcore post industriel. Un compromis pas toujours facile à négocier, puisque si certaines compositions ont une fâcheuse tendance à patauger dans la boue seattlenesque, d'autres s'abandonnent un peu trop facilement dans le métal bruitiste. Dans le pire des cas avec la férocité de Metallica, voire d'Anthrax. Dans le meilleur, suivant un code post punk institué par les Young Gods, Ministry et surtout Killing Joke. On comprend alors beaucoup mieux la présence de Roli Mosiman à la coproduction. Mais curieusement, les deux meilleures compositions du disque répondent à des critères hymniques, mélodiques, empruntés aux Silencers. "Bed of nails", tout d'abord. Et puis "Coming down day" caractérisé par le groove particulièrement contagieux, ce riff de guitare très accrocheur et ses effets spéciaux psychédéliques du meilleur goût. Dommage que tout l'album ne soit pas de cette trempe!

Skyclad

Irrationnal anthems

Mais qu'est-ce qu'un violoniste aussi doué peut faire dans un groupe pareil. Retenez son nom: George Biddle. Il joue également du piano et des claviers. Mais alors à l'archet, c'est un véritable virtuose! Au sein d'une formation de folk punk, du style Levellers, on comprendrait encore sa collaboration. Mais au profit d'un ensemble de hard rock aussi limité, c'est plutôt tragique. Enfin hard rock à la limite du métal pur et dur, vous voyez le topo! Un guitariste qui écrase ses riffs, l'autre qui se prend pour Van Halen; et pour corser le tout un chanteur atteint de laryngite aiguë. Et ce n'est pas l'interprétation exclusivement instrumentale de la danse du sabre de Khatchatourian qui recollera les morceaux. Alors, dans ces conditions, coupez!

 

Skiploader

From can through string

Tout comme Pond et Everclear, Skiploader nous vient de Portland, dans l'Oregon. Mais si les deux premiers cités émargent au grungecore classique, Skiploader manifeste dans cette expression davantage de sophistication mélodique et surtout d'originalité. Nous avions d'ailleurs déjà pu le constater lors de la sortie de son mini elpee, "Anxious, restless", en décembre dernier. Skiploader pratique une musique riche, complexe même, aux vapeurs austères mais terriblement grisantes. Sorte de décoction alcoolisée préparée à base de Dig, de Foo Fighters, d'Hüsker Dü et de Minutemen. A la saveur tantôt popcore, tantôt punkcore ou même progcore. Manifestant une rage adolescente venimeuse responsable de lyrics angoissants, cruellement contemporains, chantés et composés par son leader, Tom Ackerman...

 

Silkworm

Libertine (Réédition)

Réédité aujourd'hui sur Matador, "Libertine" avait fait l'objet d'une chronique en 1994. Un album dont les mélodies sombres et claustrophobes rejoignaient l'univers de la lo-fi de Swell, Sebadoh et Smog. A l'époque, nous avions surtout souligné la faiblesse des performances vocales de Tim Midgett et d'Andrew Cohen. Voix beaucoup trop étouffées par rapport au timbre vibrant et clair de Joel R L Phelps. Aussi, en apprenant que ce dernier avait quitté Skilworm, nous ne donnions pas cher de la peau du nouvel opus. Et pourtant, le trio semble s'être bien remis de ce départ. Très bien même. En accouchant d'un excellent "Firewater". Sculpté tantôt dans la popcore des Pixies. Sans la rage vocale de Frank Black, bien sûr. Mais avec la même violence électrique et la même efficacité mélodique et contre mélodique. Tantôt dans le garage crazyhorsien. Lorsque l'intensité mélodique devient monochrome. Ou encore avec une versatilité aussi dérangeante que chez Pavement. Quand le réalisme, la satire ou l'écologie commencent à s'imbiber d'alcool. Pas à brûler. Mais bien à boire. De la "Firewater". Anisette ou bourbon. Un verre à boire plutôt qu'un ver à soie. Pourquoi pas?

Michelle Shocked

Mercury poise

Tout comme Billy Bragg, Michelle Shocked est aussi bien capable de dénoncer les injustices sociales ou de vilipender le pouvoir politique capitaliste que de s'épancher à travers une prose autobiographique. Sans le moindre accès de sentimentalisme, mais avec un réel talent pour aiguiser des phrases mordantes et drôles. Née au Texas, mais émigrée depuis quelques années en Angleterre, cette folksinger se démarque cependant du créneau traditionnel en n'hésitant pas à s'aventurer dans le blues, le skiffle, le gospel, le ragtime, le swing ou le jazz. " Mercury Poise ", compilation qui couvre une période de sa carrière sise entre 88 et 95, en est une excellente illustration...

Shed Seven

A maximum high

Shed Seven vient de frapper fort. Très fort même. A l'instar de la pochette de leur nouvel album. Illustrant un strike! Encore un ensemble insulaire qui témoigne de la bonne santé actuelle de la scène britpop. A contrario des formations du pays de l'Oncle Sam qui semblent marquer le pas depuis quelques mois. "A maximum high" figurera certainement parmi les "musts" de cette année. Douze fragments sculptés dans la pop mélodique, électrique. Depuis les cuivrés, trempés dans la même arrogance que celle des frères Gallagher, "Getting better" et "Going for gold" jusqu'aux huit minutes de psyché garage de "Parallel lines" en passant par l'irrésistible touching pop de "Where have you been tonight?" (Sad Lovers & Giants), les accès de postcard (Smiths?) de "Ladyman", de "This day was ours", voire de " Bully boy " (Morrissey?), le bolanesque, glamour "Falling from the sky", les tendres "On standby" et "Magic streets" (Bluetones?) et enfin la ballade romantique enrichie d'un clavecin "Out by my side", pour une hypothétique rencontre entre les Stones et Modern English. Et si on vous affirme que Shed Seven, c'est un peu un cocktail d'émotion de Suede, de sens mélodique d'Oasis, d'attitude, de sauvagerie de Radiohead, de fraîcheur des Smiths et de groove des Stone Roses. Croyez-le!

 

Solid Gold Hell (New Zealand)

The blood and the pity

Depuis Clock DVA et Birthday Party, nous n'avions plus entendu quelque chose d'aussi sordide et torturé. Même le chanteur possède un timbre aussi ravagé que celui d'Adi Nelson ou de Nick Cave. Mais pour retrouver quelque chose de plus ou moins ressemblant, il faut remonter un peu plus loin dans le temps. Fin des sixties. Avec une formation qui répondait au nom de Juicy Lucy. Responsable en 1970 d'une formidable cover de Bo Diddley, " Who do you love ". Caractérisé par un timbre vocal tout aussi ravagé, mais surtout par la performance d'un certain Glenn Campbell (NDR: rien à voir avec le crooner du même nom) à la steel guitar. Oui mais, imaginez-vous qu'au sein de Solid Gold Hell, le chant est assuré par un autre Glen Campbell. Pseudonyme? Probablement! Mais ces coïncidences vous permettront peut-être de vous faire une idée plus ou moins exacte du néo blues pratiqué par cet ensemble néo-zélandais...

 

Soft Parade

Get Well Soon

En 1992, cet ensemble batave avait bénéficié du concours de Dave Stewart pour enregistrer "Puur", son premier album. Production, studio et même label (Anxious). Un très chouette disque qui n'avait cependant pas récolté le succès escompté. Quatre années plus tard, Soft Parade revient avec un deuxième opus. Mais réalisé dans des conditions plus modestes. D'abord, les sessions d'enregistrement se sont déroulées à Tilburg, leur ville natale. Par souci d'économie, seules les bandes ont transité par Londres au Livingstone Studio. Pour y être remixées par John Mallison. Enfin, "Get well soon" est tout simplement autoproduit. Si le line up du quintette n'a pas changé, il faut reconnaître que le rôle du claviériste a été réduit à sa portion congrue. Il brille même par son absence sur les sept premiers titres. La texture épouse soit les caprices semi-acoustiques, ‘sydbarettiens’, de Robyn Hitchcock ; ou nous plonge dans l'univers velvetien, indolent, arty de Mojave ou de Tarnation. A partir du huitième morceau, Dirk Brouwers entre dans la danse, et infiltre progressivement ses sonorités fiévreuses dans la mélodie. Son phrasé ‘manzarekien’ refait naturellement surface. Et nonobstant le vocal hymnique, curieusement inspiré par Bono (pas le Band!), les portes (!) du psychédélisme s'ouvrent à nouveau pour célébrer une folle et douce Soft Parade...

 

Smoking Popes

Born to quit

Les Smoking Popes affichent un line up unique en son genre, puisqu'il est partagé entre trois frangins: Matt, Elie et John Caterer, flanqués d'un quatrième larron qui répond au nom de Mike Felumlee. Manquait plus que ce dernier soit également de la famille et nous pouvions décréter que les Ramones avaient laissé en héritage un digne successeur. Encore qu'il est vrai que ceux-là n'étaient, paraît-il, que des faux frères. Les Ramones constituent une bonne introduction à la musique de ce quartet yankee, dont le presque mythique tempo 4/4 revient régulièrement à la surface. Mais pas pour y exploiter un punk caricatural. Non, plutôt pour y revitaliser un power pop nourri à la fois au garage et au britpop. En termes plus imagés pour y réaliser une synthèse entre la musique des Buzzcocks, des Luminarios, de Lightning Seeds et des Smiths. La superbe voix de John Caterer campant d'ailleurs un hybride entre celle d'Ed Kowalczyk (Live), Martin Rossiter (Gene) et de Morrissey. Une voix très en avant qui communique une sensibilité profonde aux mélodies mélancoliques de ce "Born to quit"...

 

Smog

The doctor came at dawn

Nul n'aurait un jour imaginé que Léonard Cohen aurait laissé un héritier naturel. Et pourtant, Bill Callahan mérite assurément ce legs. On se demande d'ailleurs pourquoi il enregistre encore sous le patronyme Smog, puisque sur ce " The doctor came at dawn ", il fait pratiquement cavalier seul. Un peu à la manière de Bill Oldham, matière grise de Palace. Ne vous attendez donc à rien de très réjouissant sur cet opus, mais plutôt à un épanchement d'émotion, de mélancolie, et de tristesse hors du commun. Né d'une instrumentation minimaliste pathétique, obsessionnelle, partagée entre cordes de guitares acoustiques languissantes, accords de piano désolés, austères, accès de violoncelle furtifs, éclaboussures de tambourin et arrangements symphoniques épars quoique luxuriants. Le tout découpé entre silences, lourds de conséquences. Que meuble lugubrement, cruellement la voix douce, profonde, légèrement nasillarde de Bill. Beau et triste à la fois!

 

Patti Smith

Gone Again

Écrit par

Hormis la confection du très dispensable "Dream of life", publié en 1988, Patti Smith ne s'est guère manifestée au cours des quinze dernières années. Elle a bien écrit l'un ou l'autre recueil de poésie, mais s'est surtout consacrée à l'éducation de ses enfants, tout en envisageant de revenir à la scène dès qu'ils seraient assez grands pour l'accompagner en tournée. Malheureusement elle a perdu coup sur coup son mari Fred ‘Sonic’ Smith (ex-guitariste de MC5) et son frère Todd. C'était il y a deux ans déjà... Aussi vous ne serez pas étonnés d'apprendre que ce "Gone again" est dédié à la mémoire de ses proches trop tôt disparus. Méditation sur notre séjour sur terre avant d'atteindre l'au-delà.

Pour enregistrer "Gone again", elle a reçu le concours de quelques amis fidèles. Notamment Jay Dee Daugherty, Tom Verlaine et Lenny Kaye. Un Kaye qui coproduit l'opus en compagnie de Malcolm Burn. Un parterre d'invités au sein duquel on retrouve, mais d'une manière plus épisodique, des artistes tel que John Cale et Jeff Buckley. Une oeuvre bien équilibrée, climatique, le plus souvent abordée avec un esprit proche de celui du Velvet Underground circa Nico. Où la magie ‘morrisonienne’ peut opérer instinctivement. Tout en réservant une part de sa muse au minimalisme acoustique, héritage toujours très vivace de son admiration pour Dylan... L'opus épingle, en outre, une ballade country: "Dead to the world". Une superbe composition enrichie d'orchestrations symphonique: "My madrigal". Un fragment directement inspiré par le Jefferson Airplane, à l'époque ou il planait encore: "Ravens". Et puis surtout "Summer cannibals", hit single en puissance, viscéralement syncopé, sauvage, chanté avec ce vocal très caractéristique, guttural, sensuel, de Patti. Un retour en force pour la première artiste punk qui soit parvenue à allier poésie et rock 'n'roll…

 

Swans

Soundtrack for the blind

Swans a donc décidé de mettre la clef sous le paillasson. Enfin, plus exactement, Michaël Gira et Jarboe ont décrété qu'ils n'enregistreraient plus sous le patronyme Swans. Et ce " Soundtracks for the blind " constitue l'épilogue de l'histoire de ce groupe, dont la naissance remonte déjà au tout début des eighties. Un testament, présenté sous la forme d'un double CD, dont le deuxième disque est essentiellement partagé entre bruitages expérimentaux, prises " live ", remixes et versions retravaillées, parmi lesquelles figure un véritable morceau d'anthologie de près de 16 minutes, " Helpless child ". Plus conventionnel, l'autre disque privilégie les compositions hypnotiques, spectrales, majestueuses, pathétiques dans leur tragédie humaine... Une œuvre pour laquelle, le drummer d'Iggy Pop, Larry Mullins, et celui de Ministry, Bill Rieflin, ont participé...

 

Swans

Die Tür ist zu

Tout comme Nick Cave, Michaël Gira est un romantique manqué, un voyeur poursuivi par l'autodérision. Un romancier dont l'œuvre conceptuelle dénonce chez son auteur une double personnalité. Faut-il le croire, lorsqu'il proclame la fin prochaine de Swans, alors que l'ossature du groupe se limite à sa compagne Jarboe et à lui-même? Faut-il le croire, lorsqu'il nous annonce la sortie d'un double album, déjà intitulé "Soundtrack for the blind"? Faut-il le croire lorsqu'il lie cet épilogue à une ultime tournée mondiale? En attendant, il nous propose un EP qui comptabilise un peu moins d'une heure. Rien que le premier titre dépasse les 21 minutes. Un morceau qui aborde l'ambient psychédélique, avant de revenir à une incontournable progression de cordes, hantée par la voix morne, creuse de Gira. Jarboe apporte également son concours aux claviers et puis surtout ses arabesques vocales mélancoliques sur l'une ou l'autre composition de ce "Die Tür ist zu" (NDR: traduction: les portes sont ouvertes). Notamment pour l'adaptation acoustique de "Mother father", rebaptisée "M/F" pour la circonstance, et puis sur "4RP". Un album qui implique également une version écourtée de "The sound", enregistré live au Schach Hof de Brême.

 

Supersuckers

Sacrilicious

Ne rigolez pas, mais nous venons de découvrir les Snuls yankees! En plus rock, bien sûr. Mais embourbés dans le même humour salace et malséant. Parfois, c'est même pire! Rien que le nom du groupe est évocateur. Ne nous demandez d'ailleurs pas de le traduire. Pas plus que les titres "Run like a motherfucker" ou "Born with a tail". Un discours trivial que l'on retrouve constamment dans les lyrics. Dommage, parce que le quatuor manifeste une énergie punkysante digne de Cosmic Psychos. Avec de nombreux relents de country. Peut-être qu'en se pinçant le nez ou en se bouchant les oreilles...

Supermodel

Clumba mar

Issu d'Egham, dans un coin perdu de l'Albion, Supermodel dispose d'un potentiel créatif particulièrement éclectique. Aucun des quinze fragments de ce "Clumba mar" ne ressemble d'ailleurs à un autre. Même si basiquement, l'expression évoque surtout Menswear. Mais un Menswear qui goûterait un peu à tous les râteliers sonores. Depuis le psychédélisme (Mercury Rev?) à la cold wave (Jesus & Mary Chain) en passant par le punk originel du Manic Street Preachers, la noisy avant-gardiste de Telstar Ponies, le glam de T Rex et la pop extravertie de Supergrass. Une seule constante: le son filandreux, mordant chargé d'ironie, de malice et d'exubérance juvénile. Basse élastique, cordes de guitare bourdonnantes et gémissantes, vocaux abrasifs mais savoureux apportant tout leur charme et leur mordant à ce pop contemporain dérivatif...

 

Super Furry Animals

Fuzzy logic

Tout comme Gorky's Zygotic Mynci, Super Furry Animals est issu du Pays de Galles, et n'hésite pas à composer et à chanter dans son dialecte natal. Mais, apparemment, sur son premier album, les musiciens se sont résolus à ne s'exprimer qu'à travers la langue de Shakespeare. Business oblige! Un groupe dont le cheminement est plutôt inhabituel, puisque avant de s'intéresser à la pop, le groupe pratiquait de la techno. Ce qui explique sans doute pourquoi Super Furry Animals estime être étranger à la nouvelle scène britpop incarnée par Marion, Shed Seven, Bluetones, Menswear, Cast et consorts. Faut dire que si mélodiquement le groupe possède certaines affinités avec le glamour de Supergrass, la solution sonore est truffée d'effets spéciaux psychédéliques (Syd Barrett ?), de bruitages électroniques (Chemical Brothers?) et d'arrangements. Arrangements vocaux aussi sophistiqués que chez Weezer. Arrangements orchestraux comparables à ceux que Jeff Lynne réservait aux elpees d'ELO. Le tout abordé sur un ton humoristique, pasticheur, plus proche du burlesque de Bonzo Dog Dog Band que des Beatles circa "You know my name"...