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Brussels Summer Festival 2018 : mercredi 15 août

En ce jour férié, la foule est encore plus nombreuse que la veille. Normal, la Place des Palais est dorénavant ouverte au festival. Malheureusement les horaires de passages sont identiques à ceux du Mont des Arts. Aussi, il faut opérer des choix cornéliens entre les têtes d’affiche ou alors zapper rapidement entre les différents concerts…  

La soirée commence par The Inspector Cluzo dont le communiqué de presse précise fièrement que le groupe pratique du funk sans bassiste. En fait, au départ (NDR : c’était il y a une dizaine d’années), il était prévu qu’un bassiste vienne enrichir le line up. Mais il ne s’est pas présenté, lors des premières répétitions. Le duo batterie/guitare a donc décidé de poursuivre son aventure sous sa forme initiale. Ce n’est pas la première fois qu’il se produit au BSF, puisqu’il avait déjà été programmé en 2013 et 2014. La paire est particulièrement complémentaire et en parfaite osmose : voix, solos, envolées en crescendo, etc. En outre, sur les planches, ils sont très proches l’un de l’autre. Ce qui rend la scène bien trop grande pour eux. Mais leur énergie semble inépuisable. Une énergie bien nécessaire, quand on sait que quelques heures plus tard, le tandem partait en Colombie pour participer à un des plus grands festivals, d’Amérique du Sud. Gratuit, par ailleurs. Un périple bien chargé, et qui s’arrêtera une nouvelle fois en Belgique, et plus précisément au Botanique de Bruxelles, le 14 février 2019.  

Assister à un concert de Raphaël constitue un moment au cours duquel on se sent en parfaite harmonie au sein du public. Faut dire que bien souvent, Monsieur est aussi venu pour faire plaisir à Madame. De retour fin 2017 pour un nouvel album intitulé « Anticyclone », le Français n’a guère tourné depuis. Et on le ressent dès le début du set, qui démarre en retard. L’intro a cappella du morceau d’ouverture, « Et dans 150 ans », est plutôt judicieux. Mais lorsqu’il clame haut et fort dans son refrain, ‘Alors, souris !’, faudrait alors qu’il applique personnellement cet impératif. C’est vrai que son ingé-son rencontre quelques soucis techniques ; mais bon, on ne peut pas dire qu’il prend du plaisir sur les planches ce soir. Reconnaissons quand même qu’il restera placide, tout son spectacle, malgré ces contretemps. Soutenu par le claviériste de Benjamin Biolay (NDR : excellent par ailleurs), un batteur et un bassiste, le Parisien déroule une set list qui tient la route à défaut d’être vraiment passionnante. Une petite surprise quand même, la présence de Clara Luciani en guest (NDR : cette ex-La Femme qui a déjà apporté son concours à Nouvelle Vague était programmée plus tôt en journée, au même endroit). Et cette contribution va apporter un peu plus d’enthousiasme et de douceur sur des titres comme « Peut-être » et « Eblouis par la nuit ».

Le temps de remonter les marches vers la Place des Palais, et le set de Matmatah touche à sa fin. Jusqu’en 2008, date de sa séparation, la formation bretonne a rencontré un succès certain. Mais depuis 2017, année de sa reformation, elle a du mal a rebondir. Faut dire que des querelles internes la privent du concours de son guitariste originel. Lors du final, la troupe hexagonale se fait un peu chambrer, suite à la dernière Coupe du Monde de football. « L’apologie » (NDLR : l’apologie du cannabis, pour rappel) bénéficie d’une version longue. Tout au long de « Les moutons », les trois frontmen chantent presque a capella comme lors d’une fest noz (NDR : seuls le batteur et le claviériste apportent un léger accompagnement musical). Un dernier titre dont les textes devraient quand même être réactualisés, car, non, Jean-Marie Lepen n’est plus une cible…

Les techniciens s’activent ensuite pour installer le matos nécessaire au grand show de Shaka Ponk. Un spectacle autant visuel que sonore. C’est que le band s’est forgé une réputation de geeks et d’imagerie virtuelle. A l’image de cet hologramme en intro de concert montrant leur fameuse mascotte primate en activité (NDR : et baptisé judicieusement « The white pixel ape intro »). Frah déboule d’ailleurs sur les planches en adoptant une démarche de gorille. Il est suivi par une Sam plus sexy que jamais (NDLR : voir photos ). Sans grande surprise, le set s’ouvre par le single « Killing Hallelujah », une plage issue du dernier opus, « The evol’ ». La passerelle qui s’avance vers la fosse sert de poste d’exhibition pour Sam ou de rampe de lancement pour le stage dive et crowdsurfing de Frah sur le titre « On fire ». Un début de set joué tambour battant, lorgnant vers le punk voire le métal dissonant, malgré les nombreux samples, destinés à adoucir l’expression sonore. Et à ce propos, on a bien cru que Bertrand Cantat allait débarquer comme guest, deux mois après avoir déclaré son retrait définitif de la scène, à l’Ancienne Belgique. Mais faux espoir puisque sa voix sur l’intro et les choeurs de « Palabra mi amor » sont également le fruit de samples. Une chanson qui déclenche des circle pits. Ou plus exactement un léger pogo. Le public réunit de nombreux bobos brabançons et pas des metalheads qui fréquentent le Graspop ou le Hellfest, quand même ! Mais lorsque le combo attaque/massacre (biffer la mention inutile) « Smells Like Teen Spirit », une adaptation pourtant encensée par les fans, il est temps de tirer sa révérence…

Lors de son dernier concert accordé à Bruxelles, en mars dernier, Camille avait défrayé la chronique. Comme à Paris, l’imprévisible artiste avait prolongé son concert de l’AB en entraînant les fans, après le show, dans les rues de Bruxelles. Pour y chanter ensemble, une compo à la gloire de la ville, jusque la grand-place. Malheureusement, ce soir, le dernier zapping vers le Mont des Arts ne sera guère convaincant. Il est en effet difficile de passer d’un déluge sonore et visuel, à un set raffiné comme celui de Camille. Et il est encore moins évident de rentrer dans son univers et son jeu de scène théâtral. Jouant des voix, des chorégraphies et des percussions, le band emmène le peu de spectateurs encore présents dans un grand ballet indescriptible. Les trois choristes rejoignent les deux percussionnistes (NDR : vêtus de robes, efféminés, pour ressembler aux autres musicos) afin de créer une troupe de chorégraphes décalés. « Ta douleur » joué dans un final de percussions en crescendo déclenche quand même une belle salve d’applaudissements de la part des quelques centaines de spectateurs encore présents, à minuit...

(Organisation BSF)

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W-Festival 2018 : mercredi 15 août - Bauhaus

C'est une vague, voire même un tsunami new wave (?!?!) qui a déferlé sur les scènes du W-Festival, au Mont-de-l'Enclus, ce long week-end du 15 août. Jugez plutôt : pas moins de 62 groupes ou artistes se sont relayés pendant les quatre jours de ce qui est bel et bien devenu le plus grand festival 'dark' de l'année en Belgique, voire même en Europe.

Il est vrai que la musique des années 80 et les sonorités plus sombres redeviennent 'in' ces derniers temps ; et de plus en plus de formations s'inspirent de la synthpop, la cold wave ou l'EBM. Les organisateurs ont donc eu la bonne idée de mélanger les 'classiques' des années 80, comme Marc Almond (Soft Cell), D.A.F., Kim Wilde, ABC ou Propaganda (sous le patronyme de D:uel) à des grands noms de la 'darkwave' des 90’s (Project Pitchfork, Front Line Assembly, Die Krupps), sans oublier d’y insérer les 'petits jeunes' qui montent, comme par exemple, She Past Away ou Ash Code.

Cerise sur le gâteau, le festival s’ouvre, ce mercredi soir, par un concert exceptionnel de Peter Murphy. L'ex-chanteur de Bauhaus célèbre, cette année, les 40 ans du mythique combo anglais. David John Haskins, alias David J, son bassiste emblématique, participe à cette tournée anniversaire…

Vu la programmation de ce concert hors festival qui coûte quand même 60€, seuls les véritables fans se sont déplacés pour la cérémonie. Néanmoins, l'imposant chapiteau 'Wave' est quand même quasi-rempli à l'entame du show ; ce qui équivaut à plus ou moins la capacité de l'AB.

Bauhaus a été fondé, en 1978, à Northampton, par Peter Murphy, Daniel Ash, Kevin Haskins et David J. C’est le clip d'introduction du film « Les Prédateurs » (The Hunger) qui l’a révélé au grand public. Il y interprétait « Bela Lugosi's Dead », derrière un grillage, lors d’une soirée post punk décadente. Au cours de sa brève carrière, il a jeté les bases d'un genre musical nouveau, le rock gothique, en combinant le punk et le glam rock, tout en affichant un côté théâtral et cinématique sombre inspiré des films de vampires des années 30. Après sa séparation, en 83, Peter Murphy forme un éphémère duo (Dali's Car) en compagnie de Mick Karn, le bassiste de Japan, mais se concentre surtout sur une carrière solo au succès inégal. Il va publier huit albums qui vont embrasser un éventail beaucoup plus large de styles musicaux. Bauhaus se reforme brièvement à deux reprises. D’abord pour un périple accompli en 1998, puis entre 2005, pour un autre (notamment avec Nine Inch Nails) et l’enregistrement d’un elpee recelant de nouvelles compositions, "Go Away White".

Les dernières apparitions de Bauhaus en Belgique remontent à 2006. S’il avait réservé un très bon concert à l'Ancienne Belgique, celui accordé dans le cadre des Lokerse Feesten s’était révélé décevant, reflétant les évidentes dissensions entre les musiciens. C'est donc en manifestant un grand intérêt et une grande curiosité que les mélomanes attendent ce concert.

Lorsque le chanteur charismatique monte sur les planches, il est flanqué, bien entendu, de David J, mais également du batteur Marc Slutsky et du guitariste John Andrews, un gratteur qui milite au sein du backing group de Nena. Habillé d'un long kimono bleu marine et d'une longue chemise blanche, son look est totalement différent de celui auquel il nous avait habitués. En outre, une barbe grise et une moustache fournie lui confèrent l'apparence d'un patriarche. Il est vrai qu'il affiche quand même 61 balais au compteur...

Par contre, tant au niveau des prestations vocales que dans son attitude, il est clair qu'il assure un maximum! La formation entame le set en douceur par "King Volcano", une valse quasi-acoustique interprétée dans la pénombre. Mais ce calme relatif est de courte durée car, après « Kingdom's Coming », le rouleau compresseur se met en marche. Ainsi, caractérisé par son riff de basse saturé, carrément métallique, ‘blacksabbathique’ même, « Double Dare » constitue le premier brûlot du show. Extrêmement sauvages, les parties vocales sont exécutées à la perfection par Murphy. Sa maîtrise est étonnante et il varie la distance entre le micro et sa bouche afin de moduler la puissance des sons émis par sa voix... Et quelle voix ! Une voix profonde de baryton qui vous glace le sang dans les basses et explose de puissance dans les aiguës. 

« In the Flat Field » déclenche une première grosse réaction au sein de l’auditoire. Et quelques pogos commencent à se déclencher. Murphy va ensuite puiser dans un répertoire un peu moins connu de Bauhaus pour en extraire des perles comme « God in an Alcove », « Boys » et surtout le magnifique « Silent Hedges ». Second hit du groupe de la soirée, l'extraordinaire club-killer « She's in Parties » demeure un hymne incontournable pour toute soirée 'dark' digne de ce nom. Au moment du break, Murphy se place à côté du drummer pour jouer du melodica et l’accompagner aux percussions. On est en plein dub-reggae ! Poursuivant sur sa lancée, la formation nous offre ensuite un autre sommet : « Kick in the Eye ». La basse quasi-funky/disco de David J insuffle un groove irrésistible au morceau alors que le déhanchement de Murphy est particulièrement élégant…

Mais le moment est déjà venu pour le titre emblématique de Bauhaus : « Bela Lugosi's Dead », un chef-d'oeuvre de 9 minutes paru en 79, considéré comme la première chanson ‘gothique’ de l'histoire du rock. On attendait évidemment les musiciens au tournant sur ce titre et le résultat est époustouflant. En fermant les yeux, on imagine Bauhaus renaître de ses cendres. La foule et Murphy chantent à l'unisson ‘White on white, translucent black capes, back on the rack... Bela Lugosi's Dead’. Un superbe moment...

A partir de cet instant, une succession imparable de purs joyaux, dont le lumineux « The Passion of Lovers », au cours duquel Murphy virevolte comme un derviche, vont déferler. Puis « Stigmata Martyr », qui nous crucifie sur place et pour terminer, « Dark Entries », provoquant un joli pogo au sein des premiers rangs.

En premier rappel, Murphy surprend ses fans en choisissant d’attaquer « Severance », une reprise de Dead Can Dance. Très calme, la composition installe une ambiance plus recueillie, propice à la compo suivante, « Hollow Hills ». Ce long morceau est une pure merveille de rock psyché dark, comme si le « The End » des Doors était revisité par des vampires. Dans l'obscurité presque complète, rond et menaçant, le son de la basse se répand… Encore un moment magique, qui flanque la chair de poule ! Enfin, l'explosion finale sera atteinte lors de deux reprises que Bauhaus interprétait en concert, pour rendre hommage à ses idoles. Tout d'abord, le « Telegram Sam » de T. Rex et enfin, « Ziggy Stardust », ce titre de Bowie auquel le groupe avait rendu une seconde vie.

Au moment de quitter la plaine, force est de constater que Peter Murphy a réussi son pari. Musicalement, c'était parfait et surtout, le ‘godfather of goth’ a démontré qu'il avait conservé l'énergie et la motivation pour ressusciter le moribond Bauhaus et ce, de très belle façon ! Pas de doute, Peter Murphy est toujours le Prince des Ténèbres...

(Organisation : W-Festival)

 

Brussels Summer Festival 2018 : mardi 14 août

Tradition perpétuée pour ce festival bruxellois né en 2002 (NDR : à l’origine baptisé Eu'ritmix). Et pour cause, le ‘pass’ est toujours vendu à prix démocratique, notamment quand on opte pour un ‘early bird’ (NDR : une cinquantaine d’euros). Petit changement toutefois cette année dans la durée, puisque le BSF est réduit de 10 à 5 jours, pour justement conserver ces prix abordables tout en condensant la programmation… selon les déclarations des (nouveaux) responsables de l’organisation...
Pour ce premier jour, la grande scène de la Place des Palais n’est pas encore ouverte. Mais qu’importe, car le programme est déjà bien chargé sur les trois autres lieux (le Mont des Arts, la Madeleine et la Place du Musée). Vers 14 heures, le sold out est décrété, même s’il est toujours possible d’acheter un ‘pass’ pour l’ensemble du festival. Les files sont un peu longues pour d’abord récupérer son bracelet, puis aux contrôles de sécurité, mais c’est devenu le lot de tous les festivals…

La soirée débute par Thérapie Taxi aux Mont des Arts. Son premier elpee, « Hit sale », paru en février, a instantanément cartonné. Et ce suite au single éponyme, enregistré en compagnie de Romeo Elvis (NDR : il est également à l’affiche, ce vendredi 16 août). A l’instar du titre explicite, « Salope », les textes des chansons sont assez crus. Ils traitent aussi bien d’amours déchus (NDR : et c’est un pléonasme), de revanche sur ses ex, de sorties et de débauches nocturnes. Sur les planches, le duo de vocalistes déboule l’un à la suite de l’autre. Raphaël a les yeux assez éclatés. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire l’apologie de la consommation de drogues entre deux morceaux ; ce qui jette un peu un froid dans l’auditoire. La belle Adélaïde se déhanche et reste un peu plus en retrait. Sur « Pigalle », quartier où la paire s’est rencontrée, le turbulent leader débouche une bouteille de rhum et la boit au goulot, mais en la partageant avec la foule. En fin de set, avant d’attaquer le tube « Hit sale », le groupe choisit une choriste/fan dans la fosse pour les rejoindre sur l’estrade. Et elle assure plutôt bien son rôle. Le jeune public semble conquis par une prestation que le combo pourra reproduire, en octobre prochain, à l’AB…

Changement d’ambiance à la Madeleine. Peu d’éclairage pour accueillir Birdpen, qui va nous réserver un show plutôt intimiste. Le patronyme du groupe s’inspire du nom de ses deux leaders, Mike Bird et David Penney, qui a longtemps milité chez Archive. On est bien loin du show époustouflant de ce dernier accordé, Place des Palais, quelques années plus tôt. La voix douce de David se pose sur des compos psyché/prog. Atmosphériques, également. C’est plutôt sympa, mais ce style de concert aurait pu être programmé un peu plus tard dans la soirée. Sûr, qu’il aurait été davantage apprécié. Car il est à peine 20h30 et l’envie de découvrir d’autres artistes est plus forte que celle de se poser et savourer le spectacle à sa juste valeur.

Et en revenant aux Monts des Arts, l’ambiance est toute autre. Le changement est même culturel, car on passe d’un rock anglo-saxon à de l’électro/folk orientaliste. En l’occurrence, celui de Soviet Suprem. Vêtus de tenues de généraux, Sylvester Staline et John Lénine bondissent sur toute la largeur de la grande scène. En toile de fond, on remarque la présence de deux grands calicots, sur lesquels figurent leurs portraits, mais représentés sous la forme d’une propagande, colportée en U.R.S.S., début du XXème siècle. Plantés en retrait, deux MC/claviéristes empoignent, de temps à autre, une clarinette ou une mandoline. Plutôt simplistes, les textes des refrains ont de quoi faire sourire, mais trop répétitifs, les morceaux finissent par lasser…

Retour donc à la Madeleine, où l’accès s’avère plus difficile que prévu. Le set est sold out. Ce qui explique notre arrivée tardive dans la salle pour assister à celui de Sonnfjord. Malgré son patronyme scandinave, la jeune formation est issue de Bruxelles. Ce qui explique, sans doute, l’engouement manifesté par la foule, ce soir. Marie-Laetitia semble visiblement émue devant une telle assemblée. ‘C’est la deuxième fois qu’on joue au BSF mais ce soir vous êtes particulièrement nombreux et ça nous fait chaud au cœur’. Elle gardera son sourire durant toute cette fin de prestation. La douceur de sa voix colle aussi bien aux compos sculptées dans la pop indie qu’aux ballades atmosphériques. Parfois, l’expression sonore évoque Hooverphonic, même si Sonnfjord aura encore besoin de temps pour atteindre le statut de cet autre groupe belge…

La foule est nettement moins dense en clôture pour le concert des Négresses Vertes. Une figure marquante du rock alternatif français de la fin des 80’s, mais qui s’est séparé à la fin des 90’s. Il s’est reformé cette année pour partir en tournée (NDR : il s’est d’ailleurs produit au sein de salles intimistes comme à Huy ou Louvain), afin de fêter la sortie de son album, « Mlah ». Sur le côté gauche du podium, on retrouve Stéfane et Iza Mellino, deux musicos qui sont restés très actifs, à travers leur projet Mellino. Hormis l’accordéoniste (NDR : un jeune !) et feu Helno (NDR : victime d’une overdose, en 1993, le chanteur charismatique est décédé en 1993 ; et son absence est toujours aussi préjudiciable), les cinq autres musiciens sont issus du line up originel (NDR : qui en comptait quand même alors une dizaine, à l’époque). Et revoir Les Négresses Vertes, c’est se replonger plus d’un quart de siècle dans le passé. La formation s’était produite dans le cadre du festival de Dour, en 1992 et 1995, mais également au sein de la défunte salle bruxelloise, La Luna. Bref (une petite heure), le set va se concentrer sur les titres-phares : « Voilà l’été », « L’homme des marais », « Zobie la Mouche », « Il », … Le band y met beaucoup de bonne volonté et tente de communiquer sa bonne humeur ; mais manifestement, il n’est plus l’étoile de nos nuits, et ne chante plus de la même manière, nos joies et nos folies, lors du final, « Sous le soleil de Bodega ». Sous un éclairage rouge éblouissant, qui rend encore plus difficile le travail de notre photographe, outre les nombreuses contraintes imposées, le septuor hexagonal massacre ce dernier titre. Plombé par une ligne de basse assourdissante et subissant un traitement électro inapproprié, il achève une prestation qui laissera bien des regrets. Seuls les inconditionnels y trouveront encore, probablement, leur compte… 

(Organisation BSF)

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Lokerse Feesten 2018 : dimanche 12 août

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Pour la dernière journée des Lokerse Feesten, la programmation est partagée entre hip hop et électro/pop. A l’affiche figure donc, Sevn Alias, Lil Kleine et Blackwave d’un côté et Clean Bandit ainsi que Zara Larsson, de l’autre. Pour sa 44ème édition, le festival a accueilli 144 000 festivaliers en 10 jours.

D’origine surinamienne, Sevaio Mook aka Sevn Alias est né aux Pays-Bas. A l’instar de ses  compatriotes, Kraantje Pappie, Jebroer et Boef, ce rappeur squatte les ondes radiophoniques néerlandophones, depuis quelques années. Normal puisqu’il dispense son flow, dans la langue de Vondel.

Un préposé aux machines s’installe derrière son matos, posé sur une table haute. Le reste du podium est abandonné à l’artiste pour exécuter son show, dans un style fortement contaminé par ses racines caribéennes. Il harangue constamment la foule. Dès le début, des canons à confetti sont propulsés dans la fosse ; et sous le light show de couleur jaune, c’est féerique. Jeune et surtout féminin, le public réagit au quart de tour. Sevn n’en oublie pas son mégatube, « Gass », paru en 2016. En 30 minutes, l’Amstellodamois va démontrer toute l’étendue de son talent. Dommage que son set soit, cependant, aussi court…  

Egalement batave, Lil Kleine est tout aussi populaire chez les ‘Oranje’. Tant comme acteur que rappeur. On change de Dj. Lil débarque une casquette de basketteur vissée sur le crâne. Il ôte rapidement son marcel pour exhiber fièrement ses pectoraux aux filles. Ce qui déclenche l’hystérie sur la plaine. Faut dire que très présent sur les réseaux sociaux, il possède une solide base de fans. Pour endiguer tout éventuel envahissement de scène, deux gorilles veillent de chaque côté. Particulièrement interactif, Klein sollicite constamment l’auditoire. Il l’invite à jumper, balancer les bras ou se déplacer de gauche à droite. On va même avoir droit à des ‘round circles’, phénomène plutôt rare dans l’univers du hip hop. Son single, « Alleen », met carrément le souk sur la Grote Kaai. On en oublierait presque le canon à confetti, mais sous un éclairage bleu et vert…

Un public plus âgé attend impatiemment Clean Bandit ; et avant que la formation ne monte sur l’estrade, les aficionados se rapprochent du podium. Pendant le soundcheck, le feu d’artifice sert d’apothéose avant la lettre. Une immense estrade est posée sur la scène. Elle est destinée à accueillir deux claviéristes, dont Jack Patterson, également préposés, suivant les morceaux, à la guitare ou à la basse. Luke se charge du drumming électronique et du chant. Pas de trace de la violoncelliste Grace Chatto, remplacée par une fille sexy, vêtue de rouge. Soit la même couleur que les salopettes des deux chanteuses, Kirsten Joy et Yasmin Green, qui se réservent le lead vocal à tour de rôle ou chantent en harmonie, dans un registre plutôt soul. Pas de trace, non plus de la violoniste, Neil Milan Amin-Smith qui, apparemment, a quitté le navire… 

Opérant une fusion entre classique et électronique, la musique de Clean Bandit est alimentée par des instruments organiques. Pas de bandes préenregistrées. Mais sur disque, le combo a régulièrement recours à des invitées, pour assurer les vocaux. Comme Zara Larsson (NDR : elle est programmée dans la foulée) l’avait été pour « Symphony ». Imprimé sur un tempo électro, « Real Love » met bien en exergue ivoires et violon. Un violon qui domine « Stronger », un morceau funky et très dansant. Dansant comme la plupart du répertoire de Clean Bandit. Un répertoire au sein duquel, il ne va pas oublier ses hits, « Rather Be », « Rockabye » ou encore « Solo », ainsi que quelques titre issus d’un futur elpee, dont la sortie est prévue pour septembre. Et le set de s’achever par « Rather Be ». Prestation classieuse pour ce combo insulaire…

Setlist : « Symphony », « Real Love », « Extraordinary », «  Disconnect »,  « Stronger », « Cologne », « Come Over », « Solo », « I Miss You », « Telephone Banking », «  Should'Ve Known Better », « Rockabye », « Piece Of You »/ « Tears », « Rather Be ».

L’an dernier Zara Larsson devait déjà se produire dans le cadre des Lokerse Feesten. Mais elle avait dû déclarer forfait et avait été remplacée, au pied levé, par Anne-Marie. Agée de 20 printemps, cette Suédoise va nous proposer un show bien huilé, à l’américaine

L’estrade surélevée est toujours dressée, en retrait. S’y produiront quatre musicos : un drummer, un claviériste, un batteur et un guitariste. Juste devant se plantent deux choristes et quatre danseuses. Et en arrière-plan, des vidéos seront projetées sur un écran géant. Luxuriant, le light show implique de nombreux stroboscopes. 

Zara est vêtue d’un shorty, d’un body et d’une veste à damiers noirs qui forment un ‘Z’ sur fond blanc. Blonde, elle est plutôt sexy. « Never Forget You » entame le show, un morceau qu’elle interprétait en compagnie du chanteur britannique, MNEK, sur disque. Zara se trémousse à l’avant du podium. Les iPhones illuminent déjà la plaine. La foule reprend le refrain en chœur. Les danseuses accompagnent parfaitement Zara dans sa chorégraphie. La voix de Larsson et celles des choristes sont puissantes. Elle n’en oublie par ses tubes « Uncover », « I Would Like », « Symphony » et « Lush Life ». Elle s’assied au bord du podium pour interpréter les morceaux les plus tendres, dont « Dont’ Let Me Be Yours » et un « I Can’T Fall In Love Without You », au cours duquel sa voix est soutenue par les accords du piano. Elle s’autorise un bain de foule, moment choisi par les spectateurs pour réaliser quelques selfies. Plus dansants et très électro, les covers de Tine Tempha (« Girl Like »), David Guetta (The One’s For You ») et Drake (« In My Feelings) vont véritablement faire mouche, au sein d’une foule enthousiasmée par sa prestation.

Setlist : « Never Forget You », « Sundown », « Girl Like » (Tinie Tempah cover), « This One's for You » (David Guetta cover), « Don't Let Me Be Yours », « Make That Money Girl », « TG4M », « I Can't Fall in Love Without You », « I Would Like », « In My Feelings » (Drake cover), « Ain't My Fault », « Only You », « Wanna », « Symphony » (Clean Bandit cover), « Uncover », « Lush Life ».

L’an prochain, les Lokerse Feesten se dérouleront du 2 au 11 août…  

(Organisation : Lokerse Feesten)

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Dur dur les cailloux !

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Nesles publie un nouveau clip intitulé « Le Dur, Les Cailloux ».

Cette chanson évoque la filiation entre un père et son fils et montre sa quête pour la chair de sa chair.

Ce titre est issu de l’album « Permafrost »

Le clip est disponible ici .

Indochine dénonce la violence policière et le racisme !

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Après La vie est belle (certifié single d'or) et Un été français, Indochine présente son nouveau single, Station 13. Ce nouvel extrait de l'album 13, déjà écoulé à plus 350.000 exemplaires, démontre une nouvelle fois que le groupe sait encore mobiliser son public.

A cette occasion, Indochine vient de révéler le clip de Station 13 réalisé par Bouha Kazmi à Cape Town ! Dans cette pellicule, Indochine dénonce les violences policières et le racisme encore présents dans notre mode usant d’extraits choquants dans clip en noir et blanc.

Le clip disponible ici .

Lokerse Feesten 2018 : samedi 11 août

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Outre les Djs, l’avant dernier jour des Lokerse Feesten va nous plonger au sein d’un univers électro-indus rétro. Et pour cause, Gary Numan et Front 242 y sont programmés. Compte-rendu.

Gary Numan est considéré comme l'un des pionniers de la musique électronique contemporaine. Son dernier opus, « Savage » (Songs From A Broken Word) », est paru en septembre 2017, une œuvre qui dépeint un monde post-apocalyptique, ravagé par une catastrophe écologique et au sein duquel l'Occident finit par fusionner avec l'Orient…

Gary Numan, les cheveux de couleur geai, déboule sur les planches. Il empoigne son pied de micro, comme s’il s’emparait d’une lance avant de combattre. A l’instar de ses musicos, il a enfilé une tenue à franges de teinte brune. Une estrade est réservée à gauche pour le drummer et une autre à droite pour le claviériste (NDR : un barbu !) Planté au centre du podium, un clavier est posé sur un fly case. Il est destiné à Gary. Et juste devant, une gratte est posée sur son trépied. Des peintures de guerre ornent leurs visages dont la croix d’Indochine, sur le front de Numan. La trilogie « Pressure », « Halo » et « The Fall » est dispensée d’une traite. Des vidéos sont projetées sur un écran, à l’arrière du podium. Les gratteurs exécutent également des danses hostiles et complexes, tout en triturant leurs instruments et en les poussant à la limite de la rupture. La musique est à la fois sombre, tourmentée, angoissante, sauvage et glaciale. Même l’attitude de Numan est agressive. Androgyne, hypnotique, sa voix est grevée d’un accent ‘british’ très prononcé. Il ne se consacre aux claviers pour deux titres et ne se sert de sa guitare que pendant une vingtaine de secondes. Avant « My Name Is Ruin », un roadie apporte un pupitre à partition, et l’installe à gauche de Gary. Une fille blonde, d’allure frêle, rejoint le band. Gary nous la présente : il s’agit de sa fille, Persia. Ce seront les seules paroles prononcées par Numan au cours du set. Elle assure les backing vocaux d’un timbre cristallin. Le public connaît parfaitement les paroles du refrain, et les reprend en chœur. Si la plupart des morceaux sont issus du dernier long playing, en fin de parcours, les inévitables « Cars » et le final « Are Friends Electric ? » achèveront brillamment le set. C’est d’ailleurs ces compositions que votre serviteur attendait impatiemment, parce qu’ils ont bercé son adolescence. Nostalgie, quand tu nous tiens…

Setlist : « Pressure », « Halo », « The Fall », « Metal », « Ghost Nation », « Bed of Thorns », « Me! I Disconnect From You », « Pray for the Pain You Serve », « Here in the Black », « My Name Is Ruin », « Down in the Park », « Cars », « When the World Comes Apart », « Are 'Friends' Electric? ». 

Depuis 2003, date de la sortie de « Still and Row », Front 242 n’a plus enregistré de nouveau matériel, mais inlassablement, il continue de tourner, en puisant dans son back catalogue, pour alimenter ses shows ; des compos, très souvent, revisitées. Le set du band va durer 75 minutes. Et il y a du monde sur la place. Amusant, mais parmi les aficionados, certains ont enfilé un vieux t-shirt à l’effigie du band ; et d’autres, de tous récents, probablement achetés sur le stand merchandising, particulièrement bien achalandé. Deux estrades sont posées sur le podium : une pour le préposé aux percus électroniques et l’autre, le claviériste/machiniste. Richard 23 vient tapoter sur ces claviers de temps à autre. En arrière-plan des vidéos sont projetées. Collant parfaitement aux compos, elle alternent clips vintage, reviennent sur la guerre du Vietnam (‘Apocalypse now’) ou s’évadent dans le psychédélisme quand ils n’optent pas pour des messages abstraits… Calqué sur les beats électro, le light show émane essentiellement du haut du chapiteau. Impressionnant et luxuriant, il tétanise littéralement les premiers rangs. Surtout à cause des stroboscopes, bien trop aveuglants...

Il est loin le temps où les musicos paradaient en tenue militaire (NDR : c’était en 1981 !), aujourd’hui ils sont tous habillés de noir. Cependant, la lutte partisane est toujours d’actualité, tout comme le blitzkrieg, sur les planches… « Moldavia » (« Tyranny ») ouvre le show. Les deux chanteurs portent des masques de couleur noire. Immobiles, ils fixent l’assemblée, avant d’exécuter des mouvements saccadés, remuant dans tous les sens, suivant le tempo de la musique. Le son est puissant, violent même. « Take On » est davantage dansant. Une invitation au karaoké défile sur l’écran. On peut y lire : ‘Body’, répété plus de 30 fois. C’est un rituel destiné à animer « Body To Body » (« Two in One », 1983). Le public entre en transe, jumpe, agite les mains afin d’exécuter, à sa manière, une danse robotisée.

Toujours à la pointe de la technologie, Front 242 ne va pas se contenter de nous refourguer les versions originales de ses compositions, mais prend le soin de les remodeler, à l’instar de « W.Y.H.I.W.Y.G », dispensé lors du rappel ou de « Commando Mix »…

« Headhunter » et autre « Funkhadafi » constituent, bien sûr, toujours les points d’orgue du concert. Tout comme l’époustouflant « Funkhadafi », amorcé par le recours à la machine à fumée. Une prestation 5 étoiles pour les papys du rock indus. La génération 3.0. peut en prendre de la graine…

Place ensuite aux sets de deux des meilleurs DJ’s de la planète : 2 Many DJ’s et Cherry Moon… qui malgré leurs succès n’ont jamais rien apporté de neuf à la culture musicale…

Setlist : « Moldavia », « Take On », « Body To Body », « Together », « Religion », « Triple X Girlfriend », « Quite Unusual », « Loud », « Funkahdafi », « No Shuffle », « U-Men », « Commando Mix », « Don’T Crash », « Headhunter », « Im Rhythmus Bleiben », « Welcome To Paradise ». 

Rappel : « W.Y.H.I.W.Y.G. », « Masterhit ».

(Organisation : Lokerse Feesten)

Voir aussi notre section photos, sur le site nl, ici

Un livre de photos sur le W-Festival

Le W-Festival, le festival qui fait revivre la new-wave, se déroulera la semaine prochaine à Amougies, près de la frontière française. C'est le moment qu'a choisi Philippe Carly, le photographe belge bien connu, pour publier un livre de photos consacré à l'édition 2017 du festival. Le superbe objet de 30 cm sur 30 compte 96 pages et propose de très beaux instantanés en noir et blanc d'artistes et de groupes aussi divers que Front 242, Human League, Blancmange, Lene Lovich, Anne Clark, Red Zebra, China Crisis, T'Pau, etc. Adoptant un angle unique et une précision chirurgicale, Philippe Carly réussit à saisir l'esprit de ces artistes qui ont marqué l'histoire de la musique dans les années '80.
 
Une mise en bouche idéale pour se préparer à l'édition 2018 du W-Festival, qui s'annonce comme l'événement 'dark' de l'année, avec plus de 60 concerts répartis sur 4 jours. Sans oublier, en lever de rideau, le concert exceptionnel de Peter Murphy, qui célébrera les 40 ans de Bauhaus. Le livre de Philippe Carly y sera évidemment en vente mais vous pouvez aussi le commander sur le site du photographe.
 
Pour plus d'infos sur le festival : www.w-festival.com.
 
Rappelons au passage que Philippe Carly a publié, il y a un an, un livre référence sur le Plan K, Joy Division et le post-punk, un livre dans lequel on trouve bien entendu sa célèbre photo de Ian Curtis, qui a fait le tour du monde.

Lokerse Feesten 2018 : mercredi 8 août

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Il s’agit déjà de la sixième journée des Lokerse Feesten ; et elle est consacrée au mouvement musical punk ; accueillant pour la circonstance, The Living End, Suicidal Tendencies, Turbonegro, Bad Religion et Dropkick Murphys. Depuis quelques années, traditionnellement, le dimanche est consacré au métal et le mercredi suivant, au punk. Notons que lors de ce festival, le timing est toujours scrupuleusement respecté.

The Living End ouvre les hostilités. Un power trio australien qui pratique une forme de punk/rock/psychobilly. Son line up réunit le chanteur/guitariste Chris Cheney, le contrebassiste Scott Owen et le batteur Andy Strachan. Ils sont considérés comme des stars au pays des kangourous ! D’ailleurs, il y a déjà 24 ans qu’ils sont dans le circuit. Punkabilly, « Second Solution » ouvre le set. Bien en avant, la contrebasse est parfaitement en phase avec le drumming. Les titres proposés son issus des elpees, « The Living End », « White Noise » et « Modern artillery ». Plus rock, « Don't Lose It » semble taillé pour la bande FM. Caractérisé par ses interventions de gratte stridulantes, « How Do We Now » a davantage de pêche. Chris manifeste toute sa fougue à travers la voix. Et « Roll On » met tout le monde d’accord. On a même eu droit à un hommage à d’illustres compatriotes, en l’occurrence AC/DC. Une bonne entrée en matière !

Setlist : « Second Solution », « Roll On », « End Of The World », « Don't Lose It », « How Do We Know », « Raise The Alarm », « Who's Gonna Save Us? », « Prisoner of Society », « E-Boogie ».

En 2016, Suicidal Tendencies était programmé lors du ‘metal day’. Aujourd’hui le quintet est à l’affiche du ‘punk day’. Originaire de Venice, en Californie, le band est drivé par Mike Muir. Malgré ses 55 balais, il n’a rien perdu de son énergie. Le line up est complété par Ra Díaz à la basse (NDR : il avait déclaré vouloir assister à de nombreux circle pits sur la Grote Kaai), le drummer Dave Lombardo (ex-Slayer) ainsi que les guitaristes Dean Pleasants et Ben Weinman, qui a remplacé Jeff Pogan, pour cette tournée… Le groupe pratique du skate/punk mâtiné de trash. Mike Muir parcourt des kilomètres sur l’estrade, tout au long du set. Ses mouvements sont un peu détraqués. On dirait qu’il lance une balle de la main avant de la rattraper. Lombardo est époustouflant derrière ses fûts. Sa rapidité à frapper sur ses deux grosses caisses est hallucinante. En fin de set, « Cyco Vision » va donc provoquer ce fameux tsunami circulaire, tant souhaité par Díaz ; et avant d’attaquer « Pledge Your Allegiance », Muir invite une cinquantaine de fans à rejoindre le band sur le podium pour participer à l’apothéose de ce concert. Nouvel album, « Still Cyco Punk After All These Years » paraîtra en septembre prochain. Et Suicidal Tendencies a promis de revenir, notamment, en Belgique, pour le défendre… 

Setlist : « You Can't Bring Me Down », « I Shot The Devil », « Clap Like Ozzy », « Freedumb », « War Inside My Head », « Subliminal », « Cyco Vision », « Pledge Your Allegiance ».

Turbonegro (Turboneger en norvégien) est issu de Nesodden, près d’Oslo. Son mélange de heavy metal, rock et punk, il l’a baptisé ‘deathpunk’. Le line up du groupe est relativement instable. Il implique deux guitaristes, un bassiste vêtu d’une salopette dorée, un drummer et un claviériste, jouant souvent de dos et affichant une attitude théâtrale. Sans oublier le nouveau chanteur. En l’occurrence Anthony Madsen-Sylvester. Charismatique, tatoué de la tête aux pieds, c’est un véritable showman. Il est partout à la fois et harangue constamment la fosse, ne la laissant jamais reprendre son souffle. Mais casquette de marin vissée sur la tête, ce Viking ressemble plutôt à un gros nounours. Moustachu et barbu, il aurait pu figurer dans une pub pour une célèbre marque de ‘fish sticks’. Le sextuor va nous réserver l’un ou l’autre morceau de son dixième opus, « Rock'n' roll Machine », dont trois titres en début de set. Le vocaliste demande à la foule si elle a déjà eu l’opportunité de l’écouter. Hormis quelques bras levés, on ne se bouscule pas au portillon. Après avoir interprété le « Bohemian Rhapsody » de Queen, que l’auditoire reprend en chœur, Sylvester prétend qu’il s’agit d’une de leurs compos (NDR : humour nordique ?)…

Setlist : « Well Hello », « Rock N Roll Machine », « Hurry Up & Die », « Get It On », «Hot for Nietzsche », « All My Friends Are Dead », « Wasted Again », « John Carpenter Powder Ballad », « Special Education », « The Age of Pamparius », « I Got Erection ». 

Issu de Los Angleles, Bad Religion est considéré comme un des meilleurs groupes punk de la planète. Caractérisé par ses textes politiquement engagés, ses compos sont brèves. Sur les planches, il va d’ailleurs nous en fourguer 25 en 60 minutes. Dont 10 titres en rappel ! Le show s’ouvre par « You Are (The Government) », que Greg Graffin, le frontman, annonce tout simplement comme une chanson punk et s’achève par « Pessimistic », juste avant l’encore. Curieux, mais en général très prompt à colporter les idées de son évangile punk, il faudra attendre les 20 dernières minutes du concert, avant qu’il ne se mette réellement à communiquer. Sans quoi, sa voix puissante et ce trio de guitaristes complémentaires, responsable de riffs incisifs, graisseux et chargés de testostérone, vont nous en mettre plein les portugaises…

Après les guêpes, place aux moustiques. Dropkick Murphys, ce sera pour une autre fois. En outre, il est minuit trente, et la fatigue commence à gagner votre serviteur. Il rejoint donc ses pénates. Mais il a consigné la prochaine visite de ce band démoniaque, dans son agenda. Ce n’est donc que partie remise.

(Organisation : Lokerse Feesten)

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The Magpie Salute... sur les cendres des Black Crowes…

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The Magpie Salute publiera son premier album, « High water », ce 10 août. Constitué, pour la plupart, d’ex-membres des Black Crowes, le groupe a enregistré cet elpee, au Dark Horse Studio, à Nashville, sous la houlette de Rich Robinson. Douze titres nourris au  rock'n' roll, blues et psychédélisme…

Un troisième morceau issu de ce long playing, intitulé "Sister Moon, fait l’objet d’une vidéo et c’est ici

Tracklisting

“Mary The Gypsy”
“High Water”
“Send Me An Omen”
“For The Wind”
“Sister Moon”
“Color Blind”
“Take It All”
“Walk On Water”
“Hand In Hand”
“You Found Me”
“Can You See”
“Open Up”

Cypress Hill voit des éléphants roses…

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« Elephants on acid », c’est le titre du nouvel album de Cypress Hill, qui sortira ce 28 septembre. Il s’agira de son neuvième opus. Un disque qui brise un silence de 8 longues années…Une tournée mondiale devrait suivre…

Tracklisting

1. Tusko (Intro)
2. Band of Gypsies
3. Put Em in the Ground
4. Satao (Interval)
5. Jesus Was a Stoner
6. Pass the Knife
7. LSD (Interval)
8. Oh Na Na
9. Holy Mountain (Interval)
10. Locos
11. Falling Down
12. Elephant Acid (Interlude)
13. Insane OG
14. The 5th Angel (Instrumental)
15. Warlord
16. Reefer Man
17. Thru the Rabbit Hole (Interlude)
18. Crazy
19. Muggs is Dead
20. Blood on my Hands Again
21. Stairway to Heaven

https://www.cypresshill.com/

 

Alexis Taylor

Beautiful Thing

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Alexis Taylor est une des têtes pensantes des mythiques geek dansants, Hot Chip. A l’instar de ses compères Joe Goddard et Al Doyle, respectivement chez The 2 Bear et New Build, il s’est autorisé une petite virée en solitaire, pour assouvir ses propres aspirations musicales.

Produit par Tim Goldsworthy (co-fondateur de DFA en compagnie de James Murphy du LCD Soundsystem), « Beautiful Thing » constitue quand même son quatrième opus solo. Une œuvre au cours de laquelle il explore des paysages plus mélancoliques, mais légèrement moins électro-pop. Tel un Elton John indie, Alexis Taylor expérimente, à l’aide de ses claviers foutraques. Tout comme sur les albums de Hot Chip, la première écoute est déroutante. Mais au fil de celles-ci le charme commence à opérer. Et on finit par se laisser griser en savourant le piano sautillant qui dynamise « Beautiful Thing », les notes presque kitsch qui dégringolent tout au long du pluvieux « Out of Time », l’électro dansante et déviante alimentant « Suspicious of Me » ou encore l’atmosphère vaporeuse enrobant la ballade « A Hit Song ». A travers des schémas totalement décomplexés, Taylor est parvenu à tracer une route unique en son genre…

 

Moonreich

Fugue

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Deux ans après avoir publié un prometteur « Pillars of Detest », Moonreich nous propose son nouvel LP, sobrement intitulé « Fugue ». Force est de constater que du chemin a depuis lors été parcouru. Alors que le précédent album studio restait dans les clous, réservant un Black Metal certes efficace mais plutôt classique et linéaire, les premières minutes de ce dernier effort laisse d’entrée de jeu révéler une plus grande liberté d’écriture. La thématique de la fugue y est déclinée en deux compositions : « Every Time She Passes Away » et « Every Time the Earth Slips Away ». Un même riff froid et corrosif, particulièrement efficient, donne le ‘la’ des deux morceaux. Le premier titre, plus rapide et plus brutal, est particulièrement carré et ravageur. De quoi être agrippé par le col et trainé dans la boue sans avoir pu vous rendre compte de ce qui se produisait. Chargée de colère et de haine la voix de L. dégaine ses paroles, telles des rafales d’AK47. L’expression sonore est sale et graveleuse. D’ailleurs, on ne peut s’empêcher de penser aux prouesses vocales de Mortuus, qui milite chez Marduk et Funeral Mist. La démonstration de force passée, la seconde déclinaison de « Fugue » sonde davantage le Black Metal ambiant. Le temps est étiré en longueur (plus de 180 secondes de plus que le premier morceau) ; et on retrouve ce même riff exploité à l’envi. Les lyrics son prononcés d’abord de manière quasi-robotique, avant de recouvrer, de longues minutes plus tard, vigueur et amertume.

Le reste de l’opus est empreint de cette nouvelle rage fougueuse qui alimente la première piste, lorgnant de temps à autre vers le Brutal Black Metal. Le climat se révèle tour à tour oppressant, apocalyptique ou suffocant. Et les compos sont habillement charpentées afin de ne jamais lasser. Les quelques instants plus paisibles sont immédiatement compensés par une rafale de blast. Tout est constamment réglé pour se servir des antagonismes : des instants calmes mais flanqués d’une double pédale, des riffs qui pourraient paraître joyeux mais bien vite souillés par les éruptions malsaines de L., la permission de reprendre son souffle avant d’être une fois de plus roué de coups. Il s’agit là certainement d’une des forces de cet LP : entretenir une tension permanente entre des opposés. ‘Breath in – til your lungs detonate, bring the poisoned air in every particles, breath out – til your heart is stone-shaped’, phrase qui figure sur le morceau « Rarefaction », reflète le climat géneral de cet opus. Un long combat entre les pulsions de vie et celles de mort, où la grande faucheuse finira inéluctablement par l’emporter. L’évolution du band est ici remarquable et lui confère une identité, autant visuelle (quel artwork !) que musicale. A suivre de près.

Frankie Cosmos

Vessel

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Inépuisable vivier de talents, New-York révèle, à une cadence insolente, des artistes en devenir. A l’instar de Greta Kline, aka Frankie Cosmos… Cette artiste au pedigree **** (NDR : c’est la fille de l’acteur Kevin Kline que l’on a vue dans ‘Un Poisson Nommé Wanda’ et de l’actrice Phoebe Cates icône des ‘Gremlins’) vient de graver « Vessel », son troisième opus, un parfait recueil de morceaux anti-folk, aux fortes réminiscences pop.

Bien qu’impliqué comme guitariste chez Porches, elle a trouvé néanmoins le temps de graver 18 pistes, sur ce long playing ; de petites comptines introspectives très susceptibles de toucher votre petit cœur sensible au folk légèrement lo-fi. A conseiller aux aficionados d’Adam Green et de Moldy Peaches…

 

Sean Carney

Hundred Acres

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Sean Carey est surtout connu pour son boulot exécuté auprès de Justin Vernon, chez Bon Iver, comme drummer et vocaliste. Pourtant, le natif d’Eau Claire (NDR : c’est dans le Wisconsin) mène un projet personnel depuis 2014. Et il tient parfaitement la route. « Hundred Acres » constitue déjà son 3ème opus solo.

Maintenant, n’imaginez pas que la musique de Sean Carey se contente de marcher sur les plates-bandes de Bon Iver. Bien sûr, on reconnaît la voix si présente dans les chœurs de ce dernier. 

Et rien que l’image reproduite sur la pochette donne le ton. Elle évoque un retour à la nature. Sculptés dans une forme de folk sophistiqué, les morceaux constituent autant de coins, dans la forêt, à explorer. De balades bucoliques au cœur de l’Amérique des espaces verts. Quoique essentiellement acoustique, l’instrumentation (sèche, violon, piano, …) est riche, mais discrète. Bien sûr, l’ensemble est enrichi par le concours d’une lap steel ainsi que de quelques touches de synthés et d’ingrédients électroniques, que se réserve Justin Vernon en personne. Paisible, la voix de Carey est régulièrement soutenue par des chœurs, auxquels participe Gordi, une jeune songwritrice australienne qui avait reçu l’aide de Carey, lors des sessions d’enregistrement de son premier elpee.

Résultat des courses, l’expression sonore dispensée tout au long de ce « Hundred Acres » navigue à la croisée des chemins de celles développées par Asgeir et Sufjan Stevens. Dommage que l’ensemble manque un peu de punch. Un zeste d’adrénaline aurait permis à cet LP de sortir de l’ordinaire…

 

A Place To Bury Strangers

Pinned

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Depuis 2003, année de sa fondation, A Place to Bury Strangers, s’est forgé une solide notoriété sur la scène musicale alternative. Il est d’ailleurs reconnu comme un des groupes les plus bruyants de la Grosse Pomme.

Depuis la sortie de son dernier opus, le groupe a vécu quelques changements de line up. Le batteur, Robi Gonzalez, a décidé de quitter le navire après la dernière tournée du band. Il a été remplacé par Lia Simoni Braswell, une ex-Le Butcherettes. « Pinned » constitue le cinquième elpee du combo et le troisième publié chez Dead Oceans. Et c’est un petit tournant dans la discographie de A Place to Bury Strangers.

Pourtant, dès le morceau qui ouvre le long playing, « Never Coming Back », on se rend compte que la musique du combo new-yorkais n’a guère baissé en intensité. Le tempo est frénétique. Lia Braswell assure les chœurs. Ses backing vocals sont même quasi-omniprésents. Mais si la ligne de basse est toujours aussi appuyée et directrice et les sonorités, bien saturées, l’ensemble se révèle un peu moins noise… lorgnant même parfois vers la pop, baissant même quelque peu la garde tout au long du post-punk « There’s only one of us » ainsi que « Situations Changes » et s’autorisant même un accès mélancolique, tout au long du ténébreux « Was it Electric »…

Le concours de Braswell a forcé le band à évoluer. Sans perdre pour autant son identité. Certains mélomanes vont apprécier. Les aficionados de la première heure, sans doute moins. A mon humble avis, la mutation est judicieuse… et surtout réussie…

 

Tusks

Dissolve

Écrit par

Tusks, c’est le projet d’Emily Underhill. Etablie à Londres, cette jeune productrice/multi-instrumentiste avait déjà gravé deux Eps, avant de publier ce premier opus. Ce qui lui avait permis, notamment, d’assurer la première partie d’Asgeir. « Dissolve » est paru sur le label anglais One Little Indian (Asgeir, Bjork, Jesse Malin, …)

Pour un premier essai, elle s’en sort plutôt bien. Sa synth-pop véhicule des accents dubstep. Une musique froide voire glaciale, mais élaborée, au cours de laquelle les sonorités de gratte et les nappes de synthé se conjuguent à la perfection, alors que parfaitement maîtrisée, la voix de l’artiste vient se poser sur l’ensemble, n’hésitant pas à monter dans les aigus, à l’instar du titre maître de l’opus. Si la plupart des plages sont atmosphériques, certaines sont balisées par les ivoires. Et « Ivy » en est certainement la plus belle illustration.

Plusieurs écoutes sont cependant nécessaires, avant de pouvoir apprécier une expression sonore chargée de nuances et dont les mélodies se révèlent au fur et à mesure…

 

Esperanzah 2018 : dimanche 5 août

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Le troisième jour et dernier jour de l’Esperanzah va se dérouler, à nouveau, sous la canicule. Les organisateurs ont qualifié cette dix-septième édition d’Esperanzah d’exceptionnelle. A cause de la programmation, du public attentif et curieux (NDR : 37 000 festivaliers quand même, dont de nombreuses têtes blondes) et d’une météo favorable. Manifestement, le succès était au rendez-vous.

On débute la journée face au podium ‘Alpha’ où se produit Belcirque. Un sextuor féminin qui puise ses influences dans le swing, le jazz, le blues et la pop, mais également la musique traditionnelle américaine et africaine, en tirant parti d’un violon, d’une contrebasse, de tas de percus, de cuivres, d’harmonies vocales, d’une gratte électrique et semi-acoustique. Quant aux paroles, elles sont interprétées tour à tour en français, néerlandais ou anglais…

Direction scène ‘ jardin’ pour le set de Mélanie De Biaso, une des plus belles voix du jazz en Belgique, mais également à travers le monde. Douce, captivante, lancinante, envoûtante, elle s’inscrit dans la lignée des Nina Simone voire de Betty Davis. Pas étonnant qu’elle ait été surnommée la Billie Holiday belge. Elle entame le set en solo. Rien que sa voix et une flûte traversière, pendant 15 bonnes minutes. Le pianiste et le drummer sont quasi au chômage technique. Elle va nous proposer de larges extraits de son dernier elpee, « Lilies », publié en 2017. Ses compos baignent au sein d’un cocktail de blues, jazz, lounge, pop et d’électro. Les orchestrations sont soignées. Son charisme est tellement impressionnant que sa prestation va fasciner un auditoire silencieux et presque en contemplation…

La grosse surprise va nous venir du podium ‘Alpha’, où se produit Studio Shap Shap (NDR : ‘Shap Shap’ est le bruit produit par martèlement d’un marteau sur une enclume). Un collectif issu de Niamey, au Niger. Il va nous réserver de larges extraits de son premier opus, « Château 1 ». Le combo implique Arobasse (basse), Ousseini (soliste à cordes Molo et Komsa), Le Popo (cithare Kindé), Boubé (chant et gymnastique), Sakina (piano, mao, balafon, chant) et le percussionniste Oumarou Mai Douma, un type un peu fêlé sur les bords, mais particulièrement efficace, qui tape sur des instruments faits maison : une calebasse et une peau de chèvre tendue font l’affaire. Ce qui va lui valoir la sympathie du public. Et le tout est enrichi par quelques sonorités électro, afin de donner à l’expression sonore, un aspect plus contemporain. Vieux et édenté, Boubé slame parfaitement son texte en nous racontant l’histoire et les origines du band. En outre, il est encore suffisamment alerte pour exécuter des pas de danse en tous genres. Et envoûtante, la voix de Sakina accentue cette impression de transe vaudou. Si vous souhaitez mieux connaître cette formation, parfois comparée à Staff Benda Bilili voire à  Konono n°1, on vous invite à découvrir son clip baptisé « Indépendance », ici...

Direction ‘Jardin’ pour le slam de Fabien Marsaud, aka Grand Corps Malade. Sa béquille bien calée dans la main gauche, il tient son micro, dans la droite. Il vient nous parler de son « Plan B », titre de son dernier long playing, en toute simplicité et décontraction. Mélancoliques, ses textes sont appuyés par une orchestration rock puissante. Il existe, sans doute, un plan A et un B… L’artiste plaisante en revenant sur la rencontre de coupe du monde de football, qui a opposé la France à la Belgique. Ce qui déclenche des quolibets dans l’auditoire. Pourtant, le gars est sympathique, mais son humour particulièrement décalé. Ce qui va finalement lui permettre de recueillir les acclamations d’un public multigénérationnel. Grand Corps Malade est programmé dans le cadre du festival des Libertés, cet automne.

Après une pause restauration bien méritée, place à Mélissa Laveaux. D’origine haïtienne, cette Canadienne n’a pas renié ses origines. En 2016, elle était retournée dans son pays de naissance afin de s’y ressourcer en sonorités, mélodies, ambiances, hymnes vaudous et histoires indigènes. Avant de composer un répertoire qu’elle interprètera en créole sur son troisième album, « Rayo siwèl ». Et ce sont des titres de cet LP qu’elle va nous réserver ce soir. Sur les planches, elle se consacre au chant et à la guitare électrique. Elle est soutenue par une jolie et talentueuse bassiste et un drummer. Mélissa nous parle de ses racines, de l’amour, de la vie quotidienne, des dieux vaudou, et des Américains qui ont occupé son pays pendant de nombreuses années. C’est une féministe qui ne mâche pas ses mots. Elle est néanmoins attachante, mais ce soir, elle manque quelque peu d’interactivité. Caractérisée par ses rythmes entraînants, sa musique salée/sucrée incite normalement à la danse. Raison pour laquelle elle s’inquiète verbalement du manque de réactivité de la foule. Mais les festivaliers n’ont plus guère envie de remuer le popotin. La température est suffocante et le moindre geste pompe de l’énergie. Et puis on arrive au terme de cette édition 2018 de l’Esperanzah…  

Pas de Gogol Bordello au menu pour votre serviteur. Il y était pourtant très attendu. Mais ces trois jours passés sous cette chaleur sur le site de l’abbaye de Floreffe ont beau avoir apporté tellement de satisfaction, la fatigue aura raison de l’envie d’assister à ce show. Séduit par le festival, son concept, sa programmation et son cadre, Musiczine répondra présent en 2019…

(Organisation : Esperanzah)

 

Ronquières 2018 : dimanche 5 août

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Seconde et dernière journée sur le site du plan incliné de Ronquières.
Le farniente n’est pas au programme de votre serviteur, même si une bonne sieste dominicale aurait été la bienvenue
De surcroît, c’est toujours la canicule. Une chaleur tropicale s’est lourdement abattue sur toute la Belgique. Les festivaliers peinent à rester debout.
La popularité dont jouit le festival a dépassé les frontières. De nombreux anglophones ont débarqués.

Au loin, résonnent les incantations de Thérapie Taxi. Bis repetita puisqu’il s’et déjà produit la semaine dernière dans le cadre des Nuits Secrètes, à Aulnoye-Aymeries. Du déjà vu !

Cette ‘thérapie de taxi’ balaie large puisque le style campe un patchwork entre pop, rock et rap. Apparemment, le concert va bientôt se terminer.

Suivant son habitude, le trio bouscule les convenances en dispensant des textes crus. « Bisous tendres » provoque un ‘roulage de pelle’ à grande échelle.

« Hit sale » ne fait pas davantage dans la fine dentelle. Une gonzesse, hôtesse d’un jour, monte sur l’estrade pour scander à la foule en délire que ‘Ici tout l'monde déraille, tout l'monde déraille/T'es cent fois trop, cent fois trop bonne/T'as beugué nos entrailles, beugué nos entrailles/T'es mille fois trop, mille fois trop sexe’

Cette « Salope » met tout le monde d’accord !

Une constance dynamique booste le combo et fait le bonheur des plus jeunes… à défaut de parfaire un cursus en langue de Molière…

Intergalactic Lovers prend la relève côté bâbord. Depuis 2008, les Alostois ont bien bourlingué. Notamment en Europe, mais également en Russie et au Japon.

Les guitares punchy se posent sur la voix sensible et assurée de Lara Chedraoui.

Naviguant quelque part entre ceux d’Interpol et de Yeah Yeah Yeahs, l’univers sonore, tour à tour ténébreux ou coloré, s’observe tel un prisme tantôt mélodique, tantôt abrupt. Lorsqu’il n’embrasse pas tout ces antonymes en  même temps…

La formation flamande ne parvient pas (s’)enflammer. La sincérité ferait-elle défaut ?

Si d’aucuns prennent possession de la scène comme d’un terrain de jeu où il fait bon vivre et s’amuser, Lara et ses potes font mine de ne pas l’entendre de cette oreille. C’est vraiment dommage !

Les compos sulfureuses de Tamino parviendront-elles à nous rendre un peu de baume au cœur ?

Flanqué d’un batteur et d’un claviériste, l’Anversois s’exprime dans un français assez approximatif. Qu’importe !

A peine quelques centaines de personnes se sont pressées devant le podium, alors que le talent du gaillard a séduit l’Hexagone, lorgnant même vers les Pays-Bas, Paris et Londres.

Clope dans une main et pinte dans l’autre, de petites grappes humaines se sont constituées. Elles se sont assises sur ce qui ressemble plus à de la terre battue qu’à une plaine verdoyante. Faut dire que les guindailleurs de la veille n’ont pas fait les choses à moitié…

La musique coule dans les veines de ce chanteur/auteur/compositeur d’origine égyptienne depuis sa tendre enfance. Il a suivi les traces de son père. Sa mère, pianiste, lui a inculqué les préceptes de la culture musicale. En outre, le grand-père, Muharram Fouad, star dans son pays, était considéré comme l'une des plus grandes voix, au cours des sixties…

On le sent proche de l’expression artistique de Maarten Devoldere (Warhaus) dont il assurera d’ailleurs les premières parties à l'Ancienne Belgique.

Hypnotique, sa voix androgyne aurait pu naître d’une rencontre entre celle de feu Jeff Buckley et l’ex-Arid, Jasper Steverlinck. Elle impressionne lorsqu’elle grimpe dans le registre aigu, comme si elle était redevenue sur le moment enfantine, tout en bénéficiant du volume sonore produit par la capacité thoracique issue de sa maturité.

Les notes aériennes sont légères, presque éphémères, s’envolent et se posent délicatement, calmement. Elles s’effacent pour revenir chaloupées. C’est chaud et suave à la fois !

Ses compos enivrantes invitent au voyage de l'autre côté de la Méditerranée ; celui dont lequel Tamino cultive l’émotion !

Une prestation qui désarçonne !

Autre endroit, autre style : Nada Surf.

Décidément, la programmation a de quoi donner le tournis. De nombreux quinquas se sont agglutinés, comme des guêpes autour d’un pot de miel. Faut dire que depuis ses débuts, le groupe est toujours parvenu à fédérer…

Le leader s’exprime dans un français impeccable. Normal, puisque lui et Lorca ont fréquenté le lycée français de New-York. Il a aussi vécu à Paris entre 5 à 12 ans, lorsque ses parents étaient enseignants.

C’est justement son anniversaire. Une femme lui souhaite ardemment en agitant une pancarte cartonnée. Elle est excitée comme une puce(lle) !

Matthew Caws (guitare, chant), Daniel Lorca (basse, chant) et Ira Elliot (batterie) ont recruté un quatrième larron ; en l’occurrence le guitariste Doug Gillard, rencontré lors de l’enregistrement de « If I Had a Hi-Fi » (2010), un album consacré aux reprises où il posera sa patte sur trois titres. « You Know Who You Are » scellera définitivement cette collaboration judicieuse.

Lorca a une sacrée tignasse. Ses dreadlocks vont jusqu’au creux du dos. Ses cheveux n’ont probablement plus vu de peigne depuis des lustres…

Le groupe célèbre les 15 ans de « Let Go », sans aucun doute l’opus préféré des fans de la première heure, un disque qui recèle des titres incontournables, dont le fameux « Blonde on Blonde ».

Catalogué comme groupe indé au sein de l’univers du rock alternatif ou de power pop, le band peut se targuer d’être responsable d’une discographie relativement constante dans la qualité des chansons.

Le set sera tantôt puissant et lumineux, tantôt un brin mélancolique. Les compos planantes et ravageuses procurent un véritable feu de joie et d’allégresse.

Les guitares sont rageuses et font grimper les décibels. Parfois, l’ombre de Nirvana plane… subtilement…

C’est sur « Popular », chef-d'œuvre et pierre angulaire d’une carrière bien remplie, que les membres de NS toucheront le cœur et l’âme du public.

Faut dire que cette compo fédère une énergie libératrice qui sert encore aujourd’hui d'hymne pour toute une génération.

Les grondements d’applaudissements résonnent à mille lieues. Totalement mérités !

En guise de conclusion, à défaut d’avoir surpris le public, Nada Surf a eu au moins le mérite de le combler le temps d’une petite heure d’un set qui aura ravivé bien des souvenirs…

Il est temps de se rassasier. N’espérez surtout pas faire de la diététique une priorité. Hormis frites, pâtes industrielles sauce bolo imprégnée de mouchettes ou encore hamburgers brunis par les vicissitudes du temps, rien de bien intéressant…

Les files sont plus longues que la veille. Le temps de se rassasier, le trio anversois Triggerfinger a terminé sa prestation depuis un moment…

Dans ce genre de manifestation, des choix drastiques s’imposent…

Maintenant, place aux ‘filles’. N’y voyez là aucune désignation sexiste, mais tout simplement Girls In Hawaii.

Votre serviteur attend maintenant depuis une demie heure devant la crash que déjà on se sent serré comme des sardines. La comptine de Sébastien prend ici tout son sens. Heureusement que l’odeur n’y est pas…

Les Belges drainent du people. Faut dire que leur popularité est aussi grandissante que leur répertoire est impressionnant.

« Indifference », issu du dernier « Nocturne », marque le ton d’un concert qui sera survitaminé.

Pour la petite histoire, le clip a été tourné dans la Gare Centrale de Bruxelles, loin du bruit et de son agitation quotidienne dans le cadre de la campagne ‘La Belgique, autrement phénoménale’, destinée à redorer l’image du plat pays chez nos voisins.

La rythmique est diablement convaincante. Les grattes puissantes finissent par se perdre au-delà des nuages. Le son est à la fois très contemporain et organique. Une perle de toute beauté !

Fausse ballade douce extraite du triste et mélancolique « Everest », opus paru en 2013, « Switzerland », est largement hantée par la disparition accidentelle du batteur Denis Wielemans, petit frère d’Antoine (chant), survenue trois ans plus tôt.

Une chanson qui renvoie à quelque chose de lumineux et dangereux à la fois pour s’effacer sur la pointe des pieds, laissant « Misses », torrent jouissif, convaincre les oreilles des plus réticents.

L’amertume et la mélancolie cèdent rapidement le relais à une compo up tempo baptisée « Walk ». Le leader met en garde ses fans en lui signifiant ‘Profitez-en, c’est la seule chanson où on peut danser !’ La messe est dite…

Les Brabançons wallons tiennent fièrement à remercier Sébastien Beaumont, backliner (NDR : en gros celui qui gère l’installation du matos) pour tous les services rendus, au cours de ces derniers mois.

« Birthday Call » est spécialement dédié à Matthew Caws (Nada Surf). ‘Nous les écoutions beaucoup lorsque nous étions jeunes’ lance Wielemans. Joli et bienveillant clin d’œil intergénérationnel…

Caractérisé par ses envolées synthétiques, « Guinea pig » vient clôturer un set à la dimension surréaliste sans jamais dénaturer la nature même du band dont la pop reste malgré tout le fer de lance.

Le show ne souffrira d’aucun moment faible. Toute la discographie est finement balayée pour le bonheur des mélomanes lambda et des plus exigeants.

Kyo semble clairement incarner le groupe destiné aux plus jeunes au vu des centaines de milliers de jeunes filles qui poussent des coudes pour débarquer les premières sur le site.

Les t-shirts à l’effigie du quatuor se dressent comme un étendard aux couleurs bleu-blanc-rouge.

Fondé en 1994, ce combo français est drivé par Benoît Poher (chant et guitare) et implique ses potes Florian Dubos (guitare), Nicolas Chassagne (guitare) et Fabien Dubos (percussions et saxophone).

Ils avaient déjà foulé la plaine du RF, il y a trois ans. ‘C’était notre plus beau concert. Les Belges sont les meilleurs’, avouent-ils. On ne mesure pas toujours la sincérité des propos, mais force est de constater que ces compliments donnent le sourire aux organisateurs et renforcent leur confiance pour les années futures…

Les lumières se tamisent. D’un bleu profond, la pénombre laisse à peine entrevoir le minois du chanteur qui approche maintenant la quarantaine…

Le drummer habituel est remplacé par un inconnu. Impossible de connaître la cause de cette désaffectation aussi soudaine qu’imprévue.

Les premières notes d’« Omega interlude » déclenchent quelques larmes sur les joues des plus fragiles. Une intronisation bien étrange puisque ce titre est issu de l’elpee « 300 lésions », un disque publié en 2004.

« White trash » lui succède. Une décennie sépare cette compo de la précédente que déjà la peur de sombrer dans l’oubli atteint « Je cours ».

Sur fond de violence familiale, de maltraitance et d'alcoolisme, « Sarah » prend une dimension très profonde lorsque Benoît pose son grain de voix délicat et éthéré sur une nappe synthétique du plus bel effet.

Si à une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, les briquets étaient légion, les smartphones illuminent désormais cette chanson dont la volupté est vite oubliée à cause de « Ton mec » dont la thématique brosse l’adultère.

Si la recette de Kyo repose avant tout sur des textes introspectifs et des accords passe-partout, elle n’en demeure pas moins efficace. De textes incisifs et introspectifs, couchés sur une bande son moderne et modulaire…

Bref, un live à la hauteur de ce que tout festivalier est en droit d’attendre. Et ça, peu de groupes peuvent se targuer d’y parvenir.

Avant de « Tout envoyer en l’air », un petit détour chez les « Poupées Russes » s’impose afin d’y faire une « Dernière Danse ». Qui s’y frotte, s’y pique ! Résultat : « Je saigne encore »

Fort du succès rencontré, gageons que la bande à Benoît s’efforcera de garder le « Contact » !

Il est presque minuit lorsque Lily Allen pointe de bout du nez. Le temps de rejoindre la voiture, de sortir du parking, de faire une file interminable et de rejoindre mes pénates, trois bonnes heures au moins se seront écoulées. Trop peu pour moi, faut se lever à 5 heures 30 du mat’ !

Pourtant jeune festival, Ronquières a une fois de plus démontré qu’il avait tout de ses grands frères !

A l’année prochaine vieux frère !

(Organisation : Ronquières Festival)

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Esperanzah 2018 : samedi 4 août

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Deuxième jour de l’Esperanzah, et c’est toujours la canicule sur le site de l’Abbaye de Floreffe… une journée qui promet de bonnes vibes, vu la présence de Juicy. On épinglera quand même le respect scrupuleux du timing tout au long du festival et l’excellente qualité du son sur les 3 scènes.

La navette de bus a pris un peu de retard. Et lorsqu’on débarque côté ‘Jardin’, la prestation de Bai Kamara JR. vient de s’achever. Cap donc vers l’‘Alpha’ pour celle de Nawaris. Le sextuor est encore occupé de réaliser son soundcheck. Hussein Rassim en est la cheville ouvrière et la tête pensante. Originaire d'Irak, ce virtuose de l’oud (NDR : un luth oriental) a quitté sa terre natale, à cause de la guerre, une situation qui ne lui permettait pas de vivre librement de son art. Et pourtant, ce jeune musicien est considéré comme un véritable monument chez lui. A l’issue d’un long parcours, il a donc débarqué à Bruxelles, comme réfugié…

Sur les planches, il est accompagné par la violoncelliste Juliette Lacroix et le saxophoniste/flûtiste Manuel Hermia, mais également par trois percussionnistes, dont l’autre vocaliste Saif AL Qaisi (NDR : également un migrant irakien), le drummer Stephan Pougin (qui double au djembé) et enfin Robbe Kieckens, qui se sert de percus hautes issues du folklore marocain. Le répertoire oscille entre compos traditionnelles irakiennes et personnelles, mais également nord-africaines, et même sculptées dans le blues touareg, des compos au cours desquelles les instruments, le chant aussi parfois, se rencontrent, jouent, engagent des conversations, tout en laissant une belle place à l’improvisation. Atypique, ce band est venu défendre son premier LP, « Migration » (voir clip du titre maître, ici, paru en janvier 2018).

En écoutant cette musique, on ne peut que penser aux influences puisées par Robert Plant, en Orient et au Moyen-Orient. Les interventions de la violoncelliste apportent cependant un feeling mélancolique aux compos, le plus souvent instrumentales. Ce qui n’empêche pas la voix de Saif Al Qaisi de se révéler particulièrement mélodieuse ; quand il chante, of course…  « The Way Back » relate la transhumance vécue par Hussein à travers les Balkans, avant son arrivée, en Belgique, dès 2015. Car on a beau rêver d’horizons lointains, en écoutant cette expression sonore, on ne peut s’empêcher de penser à la guerre, au terrorisme et au fanatisme de Daesh, qui ont ravagé cette région du monde…. Une première claque musicale pour cette seconde journée à Esperanzah.

Il faut se résoudre à affronter la canicule pour se rendre, côté ‘Jardin’ et y découvrir Liniker E Os Caramelows. Fondé en 2015, ce band brésilien ne doit, sans doute, pas être incommodé par la chaleur, car il va faire encore monter la température de quelques degrés en mettant une belle ambiance sur la plaine. Sa jeune chanteuse, Liniker Barros, est transgenre et jouit d’une énorme popularité au pays des cariocas. Le combo pratique une forme de soul/funk tropicale et cuivrée qu’il a baptisé ‘Fonzy’. Les mélodies sont sucrées. Entre le saxophoniste et une des percussionnistes, on ressent une grande complicité. L’autre préposé aux percus, Pericles Zuanon, est particulièrement efficace. Une plantureuse vocaliste assure les chœurs, et sa voix baigne dans le blues et le gospel, alors que suave, celle de la lead recèle du groove. Elle s’y révèle d’ailleurs particulièrement émouvante, lors des compos imprimées sur un tempo lent… 

Sur le podium ‘Alpha ‘, Oum va bientôt grimper sur les planches. On reste donc en Afrique, mais plutôt dans le Maghreb et plus exactement au Maroc. Révélation 2013 de la musique méditerranéenne, elle allie sensibilité et puissance à travers un cocktail qui agrège tradition arabe (chants sahraouis, rythmes gnaouas, etc.) et influences occidentales (jazz, soul, afrobeat, gospel, etc). Sur son troisième opus, « Soul Of Morocco », elle a décidé de chanter en dialecte marocain, la darija.

Plutôt jolie et chaussée de lunettes fumées, Oum a revêtu des habits locaux de couleur jaune. Elle est soutenue par Damian Nueva à la contrebasse, Yacir Rami à l'Oud, Inor Sotolongu aux percussions et Lonrenz Rainer à la trompette. Et toute cette troupe va nous présenter des extraits de son dernier album « Zarabi » ainsi que de « Soul Of Morocco ». Ce dernier elpee évoque un Maroc pluriel, où le désert côtoie les palmeraies et les plaines verdoyantes. La voix d’Oum oscille entre vocalises perçantes et chœurs légers ; et suivant les morceaux on décèle des nuances berbères, égyptiennes, gnawa ou andalouses. Une superbe découverte et l’un des coups de cœurs des programmateurs de l’Esperanzah.

Cap vers le ‘Jardin’, pour une des sensations de ce festival, Goran Bregovic. Bien que constamment assis sur son siège, afin de se consacrer à la gratte, le comparse d’Emir Kusturica, tout de blanc vêtu, dirige un véritable orchestre. Ils sont douze sur les planches. Dont une majorité de cuivres : contrebasse à vent, bugle, cor de chasse, saxo, clarinette et trompette. A côté du leader, on remarque la présence d’un percussionniste au matos minimaliste qui participe également aux vocaux. Sans oublier le concours de deux choristes vêtus de costumes traditionnels. Essentiellement balkanique, la musique proposée intègre une multitude d’influences qui oscillent du rock à la pop, en passant par le reggae, l’électro, le classique, le liturgique et même le tango… Et en live, le résultat est un véritable tsunami sonore. Lorsque la troupe attaque le célèbre chant révolutionnaire italien, « Bella Ciao », 10 000 personnes entrent alors en ébullition. Le public danse, jumpe et est envahi par une onde de ferveur. Et des morceaux comme « Kalasjnikov », « Duj Duj », célèbre pour son bordel désorganisé, ainsi que la perle « Gas Gas », vont littéralement mettre le feu à la fosse. Comme s’il ne faisait pas encore assez chaud…

La plaine est noire de monde, lorsque Juicy monte sur l’estrade. Et votre serviteur ne veut, pour rien au monde, manquer la prestation du duo réunissant Julie Rens et Sasha Vonck. Non seulement elles sont bourrées de talent, mais également jolies, sympathiques et accessibles. Issues du conservatoire, elles cherchent à remettre au goût du jour le r&b et le hip hop des années 2000, dans un style minimaliste et très électrique. Sasha se réserve la guitare et Julie, la boîte à rythmes. Les deux filles se consacrent également aux synthés, samplers et vocaux. Et on est parti pour 60 minutes de folie. Le set s’ouvre par « Warp », une nouvelle compo. Affublées de longs manteaux rouges et coiffées de chapeaux à franges, les filles parcourent les planches dans tous les sens pendant près d’une minute. Avant, enfin, de poser leurs voix. Elles ôtent vestes et couvre-chefs pour laisser apparaître des salopettes de couleur banche, dont les manches sont rabattues au niveau des hanches. Chaud dedans, chaud dehors. Elles interprètent « For Hands On Ass », a capella. Tout au long de « Mouldy  Beauty », elles ondulent sur place en brassant l’air à l’aide de leurs bras. Avant« Something Is Gone », ma voisine me souffle dans le creux de l’oreille que l’on doit s’accroupir. Avant de sautiller comme les filles. Cover de Diam’s, « La Boulette » déchaîne les passions. Nu soul, « Didn't Knock » fustige un certain Théo Franken. Les noms d’oiseaux volent bas. Et le set de s’achever par deux autres nouvelles chansons, « Bolly Wood » et Da Beat ». Juicy se produira ce 31 août, dans le cadre du Crammerock.

Coup de mou pour votre serviteur. Il est tard, la route du retour est encore longue, et il y a encore un troisième jour de festival, ce dimanche. Dommage pour le concert de Bernard Lavilliers. Ce sera pour une prochaine fois…  

(Organisation : Esperanzah)

Ronquières 2018 : samedi 4 août

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Le plus fidèle des festivaliers s’est de nouveau invité sur le site de Ronquières. Absent l’année dernière, il se fait très insistant depuis plusieurs semaines déjà, dans les toutes les organisations, petites ou grandes…
Mais de qui s’agit-il donc ? Du soleil pardi ! L’herbe verte a laissé place à des brindilles de paille roussies. Dire que 365 jours plus tôt, il fallait mettre sa casaque et son paletot ! Si les longues averses entrecoupées de brèves éclaircies avaient alors jeté l’opprobre et plombé l’ambiance, elles auraient été accueillies à bras ouverts, lors de cette septième édition…Heureusement que le dessous du plan incliné procure de vastes espaces ombragés. On se console comme on peut.
De nombreux points d’eau dispersés aux quatre coins du site permettent de se désaltérer pour pas un rond. Mais il faut s’armer de patience, le précieux sésame a un prix : de longues files ; et elles sont interminables…
Pas de grands changements notoires pour ce RF, si ce n’est un espace aménagé à l’extrême droite de la plaine permettant d’y placer encore plus de ‘food trucks’, autrefois concentrés en fond de parcelle, côté bâbord.
Le bracelet au poignet est désormais équipé d’une puce électronique facilitant l’achat de boissons ou de nourriture. Exit donc les cartes bancaires peu pratiques et encombrantes…
Un sold out est annoncé. 42 000 âmes sont attendues. Pas étonnant, car il y en a vraiment pour tous les goûts : du hip-hop au folk, en passant par le rap et le rock. Sans oublier un fleuron de la musique électro, Henri PFR. Une affiche aussi populaire qu’éclectique donc…

Lorsque votre serviteur débarque, Caballero & JeanJass sont sur le point de terminer leur set.

Une banderole géante rappelle qu’il s’agit d’une tournée destinée à défendre « Double Hélice 2 », la suite d’un premier projet commun qui avait mis tout le monde d'accord, en 2016.

Flanqués d’un Dj, ils scandent à qui veut bien l’entendre que ‘Celles qui sucent des bites, toujours les mêmes’ tout en invitant la foule à former un cœur à l’aide des mains, de manière à mettre l’amour en sécurité. On ne peut pas dire que les deux gaillards font dans la fine dentelle…

Le temps de cerner ces nouveaux porte-drapeaux de la scène hip-hop belge, que « Bruxelles arrive » sonne le glas. Une manière de visiter la capitale tout en restant chez soi.

Asaf Avidan se produit sur la ‘stage’ de gauche.

Il n’a pour seules compagnes que deux ou trois sèches posées à ses côtés et attend patiemment que les pompiers finissent d’arroser les spectateurs à grands coups de jets d’eau. C’est impressionnant ! Que feriez-vous si vous receviez sur la tronche l’équivalent de plusieurs jours de pluie en une seule fraction de seconde ?

Si de nombreuses personnes se délectent de ce torrent artificiel, mais providentiel, d’autres complètement lavées vont pousser une gueulante virulente à l’égard des ‘firemen’. Généreux et téméraires, oui, mais un peu fous tout de même !

C’est en 2006 que l’artiste a démarré sa carrière. D’abord soutenu par un backing group, baptisé The Mojos, puis sous son propre nom.

Auteur-compositeur-interprète, il se destinait initialement au cinéma d’animation. Sa passion pour le chant et la musique est soudainement née lorsque sa fiancée de l’époque met les voiles. Comme quoi, se faire larguer a parfois du bon…

Hautement perchée, hantée par Janis Joplin, Jeff Buckley ou encore Robert Plant, sa voix est reconnaissable entre mille...

Lorsqu’il exhibe son organe (vocal), l’assemblée se mure dans le silence et écoute presque subjuguée. Le temps s’arrête…

Ensuite, il y a ce corps. Fragile et athlétique à la fois. Une esthétique qui canalise l’attention des jeunes filles scotchées aux premiers rangs, salive dégoulinante sur les joues. Faut dire que le type est d’une beauté et d’un charisme à couper le souffle.

Les compos sont déchirantes, lancinantes, authentiques et personnelles. La mort est une obsession chez lui. A l’âge de 21 ans, il a failli succomber à un lymphome (cancer du sang). Ce qui peut expliquer sa vision de l’existence…

De temps à autre, il porte un harmonica en bouche ou se saisit de mailloches pour parfumer un peu plus encore l’habillage musical. C’est très épuré…

Le set s’écoute sans vraiment se vivre. Les gens se parlent (et s’assèchent) dans un brouhaha  sans vraiment tendre attentivement l’oreille au set qui se déroule sous leur yeux. La prestation est-elle trop ouatée en beau milieu d’après-midi ?

« One Day/Reckoning Song », hymne mondial qui a trusté largement les charts depuis qu’un Dj allemand s’en est emparé en 2013, mettra d’accord les plus indécis. Doigts délicatement posés sur sa gratte, son timbre de voix magique et majestueux déchire, retentit, provoque une déflagration ressentie à des centaines de mètres à la ronde. On cerne à ce moment toute l'étendue de ses émotions et sa créativité, sans aucune distinction de genre…

Le parterre est enfin conquis et se rend seulement compte qu’il vient d’assister à un moment d’anthologie… Un peu trop tardivement semble t-il.

Loïc Nottet lui emboîte le pas.

Chanteur et compositeur belge, c’est un produit issu de l’émission The Voice.

Propulsé à la suite de sa victoire en 2014, le Carolo est ensuite sélectionné pour représenter la Belgique au Concours Eurovision de la chanson l’année suivante où il termine à la 4ème place, grâce à un premier single qu'il a composé himself.

Lui et ses mucisos ont revêtu un accoutrement plutôt sobre. Blazer noir au-dessus d’une chemise blanche col mao. Sympa, mais osé par une chaleur pareille…

Une voix ‘off’ baragouine un propos en anglais pendant que des images inondent, en filigrane, la toile tendue à l’arrière du podium…

Dès « Mud Blood », il affiche ses prédispositions pour la danse. Ses deux compagnons d’arme et lui-même entreprennent des mouvements ordonnés, rythmés et remplissent énergiquement l’espace scénique.

Ca court ! Ca virevolte ! Les corps presque dénudés se chaloupent, flirtent pour plus d’étreinte sur fond de souplesse et de don de soi. Comme tirés par un fil invisible, les membres donnent l’impression d’être complètement désarticulés…

L’équipe a emporté une garde-robe bien achalandée. Quasi un costume par danse !

Si la gonzesse semble apprécier sa tenue de soubrette, style vieille pute de luxe, c’est dans sa longue robe blanche qu’elle est la plus sexy. Les galbes de son corps laissent plus d’un spectateur troublé…

Cette prouesse artistique recèle bien des efforts ; surtout quand on entend le souffle court du jeune homme de 22 ans qui parvient à peine à reprendre ses mots entre deux compos.

Il faudra attendre « Million Eyes » pour que cette parenthèse gestuelle laisse place à un moment plus doux et vaporeux, au cours duquel la voix du jeune homme prend une dimension fantasmagorique lorsque les aigus retentissent…

Il s’agit de sa dernière date. Il tourne depuis un an et demi et estime qu’il est temps de prendre du repos. ‘Je suis certain que mon équipe va me faire une surprise’ déclare-t-il, avant d’enchaîner par « Hungry Heart ».

Déguisé en clown flippant et schizo, salopette rouge, pull jaune et chaussettes orange, il s’attaque à « Doctor », puis prend congé de ses invités sur « Rhythm inside », caractérisé par son ‘rapapa tonight’ légendaire…

A tribord, maintenant, un prodige de la chanson française, en la personne de MC Solaar, y est programmé...

C’est d’un pas résolu qu’il débarque sur l’estrade, un béret blanc vissé sur la caboche…  

Son dernier opus, « Géopoétique », a été sacré disque de platine seulement un mois après sa sortie. Faut donc pas s’étonner de l’engouement populaire qu’il suscite aujourd’hui…

Vingt-six ans après avoir gravé « Bouge de là » et une décennie après la sortie de son précédent opus, Claude Honoré M'Barali n’a pas pris une ride et sa verve pointue et naturelle est demeurée intacte…

Son « Intronisation », plage titulaire de son dernier elpee, laisse entrevoir une musique solaire et positive où on apprend que ‘tout a commencé là-bas, dans la ville qu'on appelle Maisons-Alfort/En jean, en short ou en djellabah’...

Le temps de régler son « Sonotone », il exécute un bon en arrière en interprétant « Qui sème le vent récolte le tempo », titre issu du premier LP, paru en 1991. Le flow transgresse le poids des âges…

Son obsession textuelle laisse transposer des suggestions profondes et légères à la fois. Un véritable travail d’orfèvre pour ce chercheur de phrases.

Tout au long du formidable « Les Mirabelles », Solaar narre l’histoire d'un village de la Marne pendant la première guerre mondiale sur fond de rap. Son flot de guerre froide dira t-il.

Sa musique et la qualité littéraire de ses proses sont le fruit d'inspirations diverses, allant de Serge Gainsbourg –à qui il rendra hommage à travers « Nouveau western »– et aux musiques africaines (ivoiriennes, maliennes, tchadiennes), en passant par les classiques noirs américains (jazz et rap US).

« Bouge de là » et « Victime de la mode », titres-phares, ravivent pas mal de souvenirs au sein de l’auditoire…

La douceur de « Caroline » contraste avec un « Da Vinci Claude » diablement remuant. Pour prolonger cette ambiance festive, il propose au parterre de « Zomné des Zombies ».

Enfin, en préambule au rappel durant lequel « Solar pleure », alors que « La vie est belle », il présente généreusement l’équipe qui l’accompagne : Tom Fire, producteur et musicien reconnu et Maureen Angot, l’une des candidates les plus talentueuses de la saison 7 de The Voice. Elle se réserve une chanson, au cours de laquelle elle communique à son timbre soul, un relief chaud et granuleux digne d’Amy Winehouse. Grandiose !

Le spectacle s’achève, laissant des étoiles dans les yeux. Un MC… solaire !

Dernier concert de la journée en compagnie du mythique Etienne Daho

La star est engoncée dans son éternel blouson de cuir noir, toujours aussi trop étroit. Les fans se sont empressés. Faut dire que c’est sa seule date belge…

La soixantaine bien sonnée, d’aucuns s’étaient émus il y a encore quelque temps d’une certaine fragilité dans la voix. Etonnement, elle est devenue plus sensuelle, grave et maîtrisée.

S’il passe en revue des titres énergiques et puissants où les guitares grondent et tournoient, c’est sur des ballades à la rondeur absolue, à l’instar de « Week-end à Rome », où il pose délicatement un organe humble et fragile ou encore « Ouverture », que son authenticité prend véritablement tout son sens.

Poète des temps modernes, la texture vocale est uniforme, délavée et sublimée par un tremblement et une assonance d’une subtilité à toute épreuve.

Joli pied de nez à cette chaleur tropicale qui frappe l’Europe depuis quelques semaines quand il ose « Les flocons de l’été » où il aime à rappeler que… ‘c’est l’hiver en été’

S’il s’agit pour lui du « Premier jour du reste de ta vie », pour bon nombre de fans, c’est à tout le moins un des plus beaux !

Avant de regagner mes pénates, un petit détour vers le set d’Henri PFR s’impose. Il est vêtu d’un tee-shirt blanc et pantalon noir. Vu son visage de poupon, il ne doit afficher qu’une vingtaine de printemps, à tout casser. Ses deux mains triturent une série de consoles pour une déferlante qui se prolongera jusqu’à une heure du mat’…

A force de naviguer entre tribord et bâbord, votre serviteur tangue. Il est temps de lever l’ancre !

(Organisation : Ronquières Festival)

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