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Showstar

Showstar

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Showstar, c’est ce quatuor belge quelque peu boudé par les médias ‘classiques’, à moins que ce ne soit eux qui fuient la presse. Et pourtant… Il y a dans les douze titres proposés par Showstar de quoi les aduler et en faire un fer de lance de la musique belge, connu et reconnu du grand public. C’est bon, c’est vibrant, c’est dans les lignes de conduite du genre sans jamais être dénué d’intérêt ou d’originalité… Oh, bien sûr que l’ensemble du disque n’est pas exempt de tout reproche, mais les erreurs sont faites avec un feu d’une ardeur perdue depuis longtemps au sein de nos frontières.

Cet album a été enregistré un peu à la hâte au sein d’un navire londonien. Cette urgence transpire dans plus d’un morceau, elle nous envahit. C’est presque un mode d’emploi pour apprendre à la dompter! On s’imagine aisément les accompagner dans ce bateau, à braver des interdits, prêts à se laisser emmener partout et nulle part au gré des vagues de mélodies toutes armées de cette brutalité silencieuse, prêts à prendre un nouveau départ. Mais quelle est la destination ? Peu importe! L’important, c’est de le vivre, de le ressentir, d’accepter l’imprévu pas après pas, de comprendre qu’on ne possède rien d’autre que soi, que l’autre, qu’on ne fait qu’emprunter tout ce qui nous passe entre les mains, entre les oreilles aussi. Escale sur une île déserte ; pour qu’éclate la colère individuelle, pour qu’elle nous libère. Et puis la magie, entre mirage, miracle et réalité. Un trésor aussi. Il donne envie de se rassembler autour et vient briser la solitude qui commençait à nous peser. Et l’heure est donc au partage. Plus la moindre animosité, c’est en communion que se poursuit ce périple. Poursuit, oui. Car il ne se termine pas. Pas tant qu’il y aura quelqu’un avec l’envie d’aller encore à la découverte d’autres cieux, d’autres étendues marines, d’autres horizons inexplorés, et que ce quelqu’un en emmène d’autres dans son sillage.

C’est à cette croisière que les douze titres de Showstar nous invitent. Il ne reste plus qu’à boucler la valise et embarquer dans cette aventure.

 

Puggy

Colours

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Ils sont trois, ont élu domicile en Belgique et connaissent un succès critique croissant depuis leurs débuts ! Ajoutons qu’ils sont depuis toujours plébiscités par un public mélomane. Bien sûr, on parle de Puggy.

Après trois albums et plus de 500 dates à travers le monde, le plus cosmopolitique des groupes belges vient juste de publier son dernier né, enregistré entre Londres et Bruxelles ! Le quatrième. Et il s’intitule « Colours » !

En une petite dizaine d’années (NDR : la formation est née en 2005), le trio est parvenu à imposer son style pop british, plutôt addictif, en gravant des titres comme "When You Know",  "Last Day On Earth (Something Small)", "I Do" ou encore l’inévitable "To Win The World"

Produit par David Kosten, le nouvel opus témoigne une certaine volonté de sortir d’une zone de confort dans laquelle les gars s’étaient, sans doute, encroûtés !

Puggy se renouvelle donc et signe un disque assez éclectique dans son approche et sa musicalité. Pari osé !

Les sonorités pop/rock dansantes qui ont forgé l’identité du band sont toujours bien présentes ; et "Lonely Town », l’excellentissime « Where It Wants To Be" ou encore "Fight Like You're Fighting" en sont de belles illustrations. Lancinantes à souhait, ces compositions risquent de résonner encore longtemps dans vos têtes, la période des festivals passée ! Une ode à la perfection même ! La quintessence musicale !

Plus surprenantes par contre, les touches électro font leur apparition de manière insupportable sur "You Are" ou plus discrètement sur "Gods Could Give" où l’intro piano laissait pourtant arguer un morceau plus constructif.

Si la prise de risque est appréciable, la (mauvaise) surprise est de taille ! Pourquoi donc le trio s’est-il aventuré sur ce genre de plates-bandes d’un nouveau genre ? Est-ce parce que c’est ancré dans l’air du temps ! Quoi qu’il en soit, le résultat reste assez décevant ! C’est sans intérêt et commercial à souhait ! Un détail qui fait tâche !

Si l’auditeur lambda y trouvera une certaine satisfaction, pas sûr que l’aficionado des premiers jours y trouve son compte !

Presque obligées (et bienvenues pour le coup), quelques jolies ballades toutes en douceur viennent bercer les conduits auditifs : "Anything For You", "Got It Alone" ou encore "This Time", grâce à des nappes qui lui confèrent une configuration atmosphérique. 

Etendard de la scène belge, le groupe qui interprète exclusivement ses titres en anglais s’inscrit donc dans une puissante mouvance directionnelle, pas toujours parfaitement maîtrisée !

L’essai est plutôt convaincant dans son ensemble ! Mais si le mélange des couleurs est effectivement intéressant, celui des styles l’est beaucoup moins !

Reste à espérer, au final, que les couleurs ne s’estompent pas et finissent par devenir tristement monochromes.

Elias Nardi

Flowers Of Fragility

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Paru fin septembre 2015, le troisième opus d’Elias Nardi Group fait suite à « Orange Tree », gravé en 2010, et « The Tarot Album », en novembre 2012. Le line up du combo réunit Daniele Di Bonaventura au bandonéon, Didier François au Viola d’Amore a Chiavi (un violon moderne à tête du Cupidon), Nazanin Piri-Niri à la flûte, Carlo La Manna à la Fretless Bass et Six String Bass ainsi que la tête pensante, Elias Nardi, qui se consacre à l’oud.

Oscillant quelque part entre jazz, classique, prog (Yes ?) et new age, la musique proposée tout au long de « Flowers Of Fragility » est instrumentale. Originale également. Mais elle nécessite plusieurs écoutes avant d’être appréciée à sa juste valeur. Sans doute à cause des parties improvisées.

Si les cordes apportent une forme de mystère, la flûte sert de fil conducteur à un périple versatile, fait d’arabesques, entretenu par l’oud, qui nous conduit inévitablement en Arabie.

Violon et cordes limpides entretiennent une mélancolie glacée tout au long d’« Impermanenza », un spleen qu’intègre parfaitement le bandonéon. Des cordes torturées qui entrent en conflit sur « Riflessioni », avant que les interventions de flûte ne ramènent la paix. Et le reste baigne au sein d’un même univers, parfois proche d’un certain Karim Baggili…

Mont-Doré

Fractures

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Contrairement aux paisibles et verdoyants paysages auvergnats évoqués par son patronyme, ce quintet établi à Bruxelles préfère les climats bruyants et violents. C’est du moins ce qui transparaît, après avoir écouté son premier opus intitulé « Fractures », un disque publié sur le label bruxellois Black Basset Records (NDR : sur lequel sont également hébergés Ed Wood Jr., Quadrupèdes et electric)noise(machine ) et mixé par Magnus Lindberg (Cult of Luna).

Le long playing s’ouvre paisiblement par « Before We Go », avant de monter en crescendo et de produire une avalanche de décibels, dès le cri de ralliement. Car, à partir de « Don’t Go Wasting Your Devotion », le band passe à la vitesse supérieure en nous assénant du punk hardcore qui ne fait pas dans la dentelle. Un titre rapide, puissant, et qui fait plaisir ! Pour « Let’s Not Slam Doors Anymore », le ‘chanteur’ nous réserve toute sa palette de couleurs émotionnelles, avant que l’expression sonore ne reparte de plus belle. Si Mont-Doré envoie le bois, il n’en oublie pas pour autant de calmer, circonstanciellement, le jeu. A l’instar de « The Longest Silence Even Heart ». Tout est dans la nuance comme dirait l’autre…

En gravant « Fractures », Mont-Doré confirme qu’il a un beau potentiel. Son punk-hardcore aux accents post-rock constitue une véritable bouffée d’air frais. Que demande le peuple !

 

Janiva Magness

Love wins again

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Séduisante, Miss Janiva Magness est âgée de 59 ans. Elle compose et chante. Du blues et de la soul. "Love wins again" constitue déjà son douzième album. Janiva n'a certes pas connu que des joies dans son existence ; pourtant, elle se déclare aujourd'hui heureuse, car c'est l'amour qui est au-dessus de tout.

Elle ouvre l’elpee par "Love wins again", un morceau de soul dansante, tapissé élégamment par l’orgue Hammond d'Adrian Schierbaum. Superbe, la voix de Janiva est soutenue par les backing vocaux de Dave Darling. Et ils s’intègrent parfaitement à l’ensemble. C’est également son producteur, un personnage qui a beaucoup bossé en compagnie de Brian Setzer (Stray Cats) mais aussi de Tom Waits. Il signe aussi "Real slow", une plage qui baigne dans le même style. La mélodie est instantanée. La voix de Janiva légèrement rauque, mais délicieuse. Empreinte de sensibilité, elle est encore bien mise en relief sur l’indolent "When you hold me", un morceau enrichi par l'orgue Hammond et le saxophone d'Alfredo Ballesteros. "Say you will" est une autre chouette ballade soul. Les interventions de Darling à la gratte sont parcimonieuses. Profond, intense et tendre, "Doorway" constitue certainement le meilleur titre du long playing. Et il met en exergue une très belle conjugaison entre voix féminine et masculine, probablement celle de Darling, devant des cordes acoustiques. Un échange vocal qu’on retrouve sur "Just another lesson", une autre ballade harmonieuse, empreinte de douceur. Si on retrouve la chaleur naturelle de l’orgue Hammond tout au long de "Moth to a flame", ce blues est subtilement découpé dans les accords d’une guitare (NDR : serait-ce celle de Zach Zunis?) Cette gratte s’excite tout au long de "Your house is burnin'", une plage de pur funk qui remue, secoue même ! "Rain down" est une autre ballade au cours de laquelle on savoure la voix exceptionnelle de Janiva. Une seule véritable reprise, le "Long as I can see the light" de Tom Fogerty. L’adaptation est impeccable. Guitares et banjo servent de trame à une piste destinée à mettre à nouveau en lumière, l’organe vocal de Magness. A vous flanquer des frissons partout ! Et particulièrement homogène, l’LP s’achève par une compo à la fois belle et sentimentale, mais plutôt solennelle, "Who will come for me".

 

Jeremy Loops

Trading Change (De Luxe)

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Lorsqu’on observe une photo de Jeremy Loops, on remarque ses longs cheveux blonds et son look de surfeur. Et on le verrait bien pratiquer ce sport en Australie. Après vérification, il appert que cet activiste pour la cause environnementale est originaire d’Afrique du Sud. Son premier elpee, « Trading Change », a fait un carton dans son pays ; ce qui a permis à l’artiste de décrocher le prix de l’album pour l’année en 2014 ainsi que le MTV Best Pop alternative, en 2015. Et il traversera bientôt toute l’Afrique pour se produire dans le cadre des festivals estivaux en Europe. Il est d’ailleurs programmé à Couleur Café le 3 juillet et dans le cadre du Brussels Summer Festival, ce 13 août. Et ses chansons risquent de faire mouche. Jeremy a l’art de reprendre à son compte tout ce qui peut flatter l’oreille. En mêlant subtilement surf/pop (trop) léchée et folk. Principe : il construit des boucles de guitare et les superpose, avant de venir y greffer un harmonica, un banjo,… Un peu à la manière de Jack Johnston. Encore que le Sud-africain y insère parfois des chants tribaux (NDR : histoire de rappeler ses origines), à l’instar de « Sinner ». En outre, lors des sessions d’enregistrement, il a bénéficié du concours de quelques invités. Dont le rappeur local Motheo Moleko, qui pose ses mots sur « Down South », un single en puissance. Autre guest, Jamie Faull vient brièvement souffler dans son saxophone sur « Mission to the sun ».

Trop stéréotypés, les morceaux qui figurent sur ce « Trading Change » n’ont certainement pas recueilli les faveurs de votre serviteur. Eventuellement, ils pourraient servir de fond sonore, lors d’un barbecue entre amis. On parie même que son single deviendra un tube. Mais ils ne laisseront pas de souvenir impérissable…

Jeremy Loops se produira à l’Ancienne Belgique ce 29 octobre 2016.

 

Lieutenant

Au Coeur de L'Arène

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Lieutenant est un groupe issu de la Cité Ardente. Un quintet drivé par le chanteur/guitariste, Laurent Van Ngoc. Le line up est complété par le clarinettiste Vincent Hargot, le drummer Pierre Mulder et la violoniste Anne-Claude Dejasse, qui a remplacé Pauline Van Ngoc depuis juillet 2014. En ‘live’, le combo implique trois autres instrumentistes : la violoncelliste Aurélie Potty ainsi que les violonistes Damien Chierici et Arno Polet (alto). De quoi former une solide section de cordes. Le band a publié un premier Ep, début 2013.

En gravant « Au Coeur de L'Arène », Lieutenant a voulu faire un tir groupé, puisque douze compos de l’elpee (NDR : dont les dessins illustrant le livret ont été réalisés par le drummer, Pierre Mulder) sont répercutées à travers un bouquin réunissant autant de chapitres, signé par Philippe Lecrenier et illustré par Pierre Mulder, à travers le même nombre de peintures. Les musiciens s'intéressent vivement à toutes les formes d'art (littérature, cinéma et arts plastiques) ; ce qui constitue une source constante d'inspiration. Un projet autant ambitieux qu'audacieux. Mathias Malzieu, le leader de Dyonisos, monte régulièrement ce type de projet.

A l'origine, la formation puisait ses influences dans le folk et la pop acoustique. Et notamment chez Belle and Sebastian ainsi que King of Convenience. Simon and Garfunkel également, mais eux sont américains. Les lyrics étaient alors torchés dans la langue de Shakespeare. Mais au fil du temps, c’est celle de Molière qui a pris le dessus. Afin de mettre des mots pour marquer les émotions et donner un sens à l'ensemble. Et puis, l’expression sonore s’est également teintée de jazz et de classique…

Découpé en 13 pistes, l’elpee a bénéficié du concours de Thomas Belhom (Tindersticks, Calexico) à la mise en forme. Le disque ressemble à une bande dessinée : un montage et une succession de petites histoires racontées comme un 'Marvel Comics' réaliste, qui traitent de sujets comme l'isolement, le désespoir, la solitude ou la peur. Conceptuel, « Au Coeur de L'Arène » est un peu une fable contemporaine qui raconte l'histoire de Victor, un marionnettiste, ivre de liberté, vivant dans un monde imaginé par Georges Orwell.

Contrebasse ronflante, clochette et accords d’ivoires agressifs alimentent « Paradis Perdus », la plage qui ouvre le long playing, avant que la basse n’impose toute sa gravité.

La fumée envahit le cerveau comme une fumée de cigarette. Nous sommes « En tête à tête ». Une question se pose 'Est-ce que tu veux jouer le jeu ? '

Sur fond de gratte, « Ecume » est exécuté en slam. Superbe !

C’est « L'Ame En Bandouilière » que le capitaine de vaisseau conduit l'embarcation pour la suite du voyage, de plus en plus torturé...

« Tout Est Ecrit » baigne au sein d’un climat à la fois manouche et balkanique. Cordes imposantes et chœurs mettent le cap vers l’Est. Soudain, un combat éclate entre ces cordes et la clarinette, mais personne n'en sort finalement vainqueur. Un conflit qui reprend sur « Océan de pluie ». A cause des percus sauvages. Avant que le violoncelle ne remette de l’ordre dans un univers sonore plutôt symphonique.

Nous sommes au bord du précipice sur « Manège De Fin Du Monde », peut-être afin de tomber sur l’« L'Epine Au fond Du Coeur » léguée par un certain Serge Gainsbourg.

Des sonorités distordues envahissent « Interlude ». Le spectre de Bertold Brecht rôde. Les ivoires entretiennent une atmosphère propice à la « Peur ». Avant de reprendre la route des Balkans.

« Millions De Corps Solitaires » est une compo qui remonte à plus de 5 ans. Et elle figurait sur l’Ep d’un projet précédent, baptisé We Have Souls. Ecrite dans la langue de Shakespeare, elle a été traduite en français.

Une lueur d’espoir renaît. On aurait retrouvé le « Paradis Perdus Acte II ». Avant de revenir vers « Le Coeur De l'Arène », dénouement de ce concept album.

Damien Jurado

Visions of us on the Land

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« Visions of us on the Land » constitue déjà le 4ème volet de la très fructueuse collaboration entre Damien Jurado et le producteur aux mains d’or, Richard Swift. Alors, confirmation ou essoufflement ? Surtout quand on sait que le deuxième et le troisième –bien que remarquables– n’ont pas atteint le sommet auquel était parvenu à accéder « Saint Bartlett », inscrit au panthéon des albums cultes ; de ceux qu’on emmènerait sur cette fameuse île déserte… 

Les nouvelles visions de l’Américain, satisfait de la suite donnée à l’odyssée métaphysique de son alter ego, déjà (anti)-héros de ses deux précédents opus, part aujourd’hui en voyage à travers un ersatz des Etats-Unis, en proposant 17 pistes sculptées dans un folk antique aux tonalités psychédéliques. La ligne de basse est profonde. Le climat est chargé de reverb. Opérés par l’ami Swift, les arrangements de cordes et de piano sont judicieux. Marchant sur les traces de Nick Drake (« Prisms ») ou s’autorisant des expérimentations dignes de Bill Callahan (un « Mellow Blue Polka Dot » qui emprunte une mélodie à sa trilogie), Damien creuse son propre sillon en parfait artisan, quelque part entre folk et pop déviante ; et rien ni personne ne pourra l’écarter d’une trajectoire, une impressionnante croisade musicale qu’il a entamée depuis déjà 12 opus…

 

Steve Hill

Solo Recordings – Volume 3

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La musique de ce jeune chanteur/guitariste canadien baigne dans le blues/rock. Très apprécié au pays de l’érable, il a déjà décroché une multitude de prix. C’est également un véritable homme orchestre, capable de se produire seul sur scène, pour y jouer, en même temps, à l’aide de ses pieds, d’une grosse caisse, de la caisse claire et de la pédale Charleston. Au cours des dernières années, il a publié plusieurs albums solo. Dont "Solo Recordings Volume 1", en 2013, et le "Volume 2", en 2015. Place donc au troisième épisode de cette fresque personnelle, qui s’intitule tout simplement "Volume 3". Au menu, ses propres compos ainsi que quelques adaptations de traditionnels du blues.

Manifestement, cet artiste québécois n'est pas un personnage banal. On l’imagine debout, armé de sa guitare, manoeuvrant ses différentes caisses. Il s’approche du micro et attaque "Damned", un rockin' blues puissant et sans concession. Ses notes de gratte collent parfaitement à sa voix. Dans le même esprit, il embraie par le dense et offensif "Dangerous", continuant de se multiplier aux percus. Il nous propose un medley consacré à Muddy Waters, partagé entre "Still a fool" et "A Rollin Stone". Tout au long de cette adaptation, son riff est écrasant, menaçant, oppressant même. Totalement hanté par son blues, il retrace ainsi l'axe qui relie le Delta du Mississippi et la grande cité de Chicago. Steve empoigne sa sèche et fixe son rack autour du cou ; il peut ainsi chanter, gratter et souffler dans son harmonica. Et notamment sur le folk/blues "Slowly slipping away". "Rhythm all over" émarge de nouveau au blues/rock. Le bottleneck fixé au doigt, il démontre son talent à la slide. Downhouse blues bien électrique mais à la trame plutôt lourde, malgré le recours à l’harmo, "Smoking hot machine " est imprimé sur un mid tempo. Hill nous réserve "Trouble times" et "Emily", deux titres de folk traditionnels. Les accus rechargés, Steve en revient au blues largement amplifié à travers "Can't take it with you". Enthousiaste, il nous accorde un medley personnel, en combinant "Rollin' & tumblin" et "Stop breaking down". L'artiste donne tout ce qu’il a dans le ventre pour restituer ces grands moments de l'histoire du blues. Tout en rendant un hommage évident à la grande légende du Delta, Robert Johnson! Et Steve brille de nouveau sur sa gratte acoustique tout au long de "Going down the road feeling bad". Il clôt l’elpee par "Walking grave", un rockin' blues puissant, âpre, écrasant voire même tragique. Avant que la plage ne vire au boogie furieux, emporté par une guitare décidément insatiable…

 

The Drink

Capital

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En ces premiers jours de canicule, entamer la chronique de The Drink semblait une idéale idée afin d’étancher sa soif de musique… Le trio londonien était parvenu à nous enivrer tout au long de son premier elpee, « Company », fruit d’un subtil cocktail entre rock mutin –conduit par la voix de Dearbhla Mynogue– et mélodies en or. Un mix désarmant entre les guitares aiguisées de Television et les mélodies bubblegum des Breeders ou même des Shangri-Las. Les morceaux irrésistibles sont légion tout au long du générique de « Capital », son second essai : depuis le tempo hypnotique imprimé chez « The Coming Rain » à la rythmique quasi-disco adoptée sur « You Won’t Back at All », en passant par l’ambiance plus élégiaque et cotonneuse qui baigne « I’ll Never Make You Cry », un peu dans l’esprit de Beach House. « Capital » réunit une pluie de singles indie pop très susceptible des vous désaltérer, jusqu’à plus soif…

 

Jeff Chaz

Sounds like the blues to me

Écrit par

Fils de médecin, Jeff Chaz est originaire de Lake Charles, en Louisiane. Il apprend à jouer du trombone et de la trompette avant d’opter pour la guitare. C’est à cette époque que sa famille s’établit en Californie. Jeff prend goût au blues, mais décide d’émigrer à Memphis pour y vivre sa nouvelle passion. En 1996, il rejoint la Nouvelle Orléans où il décroche un job de musicien. Le reste est anecdotique. Mr Chaz est cependant devenu progressivement un enfant chéri du blues local, et plus précisément du vieux Carré Français et de Bourbon Street. Il publie son premier elpee, "Tired of being lonely" en 2001, embraie par "Cookin' in old grease" en 2004, "In exile" en 2006, "Live in New Orleans" en 2010, et "Chronicles" en 2013, tous sur son propre label, JCP. Les sessions de "Sounds like the blues to me" se sont déroulées au sein du studio Radionic, à Jefferson, en Louisiane. Il produit et signe presque toutes les plages de cet elpee, qui en compte douze.

Le titre maître ouvre la plaque, un blues légèrement funky. Jeff possède un style très personnel, riche, technique, à la guitare. "Make love to you in the sand" est une piste amusante qui baigne dans un climat néo-orléanais. La voix est autoritaire, les cuivres sont bien présents ; mais si la gratte s'inspire du style de BB King, elle se distingue également par sa touche originale. Un spectre qui plane encore sur le très downhome "Hitchhiking in the rain", un blues lent qui transpire le vécu. Les interventions au piano de John Autun s'intègrent parfaitement dans ce blues dépouillé, au cours duquel la voix est chargée de passion. Cuivres et orgue Hammond transportent "I am the blues" dans l'univers blues de Memphis, un univers au sein duquel la guitare est toujours aussi insatiable. "You look so good to me" adopte un schéma similaire. Le tempo est enlevé, tout au long de cette compo chargée de swing au cours de laquelle John Autun tire son épingle du jeu à l’orgue. Blues atmosphérique, "Mysterious, exotic lady" concède des intonations jazz, un morceau caractérisé par une excellente nouvelle intervention à la six cordes. Humoristique, "I'm goin' after Mody Dick in a rowboat" est imprimé sur un tempo exotique. Inventive, la guitare se fraie un chemin entre les percussions de Doug Belote. "Four in the morning" trempe dans la même atmosphère. Le coq se met à chanter ; ce qui inspire encore la guitare de Mr Chaz. Southern R&B lent, "Will you be mine" est hanté par la voix d'Otis Redding. Douloureuse, elle transpire le vécu. Intense, classieux, le solo de guitare est chargé de feeling. La meilleure plage de l’opus. Jeff déambule à nouveau dans les rues de la Nouvelle Orléans tout au long de "Walkin' with my baby", théâtre d'une nouvelle sortie remarquable sur les cordes. "The Mt Vernon Blues" est un superbe instrumental. "You're bound to get us both hung" clôt l’elpee. Jeff fait vibrer toute sa sensibilité sur ce blues lent savoureux. Un excellent album !

 

(The Reverend) Shawn Amos

Loves you

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Issu de New York, Shawn Ellie Amos est compositeur et producteur. Mais il se consacre surtout au chant. Comme sa mère qui avait été artiste de cabaret, sous le pseudonyme de Shirl-ee May. Elle a cependant mis fin à ses jours en 2003. L'année précédente, Shawn avait gravé son premier elpee, "In between". Et en 2005, il a publié "Thank you Shirl-Lee May", en hommage à sa maman. Il a été réédité en 2014 avec un Ep 6 titres, "The Reverend Shawn Amos tells it".

Il y a belle lurette qu’il s’est établi à Los Angeles. Il a bossé pour l’écurie Rhino, participant notamment à la confection d’un recueil consacré à Quincy Jones. Avant de passer sur le label Shout! Factory, où il a ainsi apporté sa participation à certains long playings de Solomon Burke. Les sessions d’enregistrement de "Loves you" se sont déroulées à Shreveport, en Louisiane. Un LP découpé en douze plages, dont dix sont issues de sa plume. 

L’opus démarre en force par "Days of depression", un blues dépouillé aux accents primaires d’une tribal song. Les percus sont sommaires. Les voix des Blind Boys of Alabama sont magiques. "Brand new man" change radicalement de style. Un funk/rock énergique caractérisé par des changements de tempo. Différents musicos entrent en lice. Chris ‘Doctor’ Roberts d’abord ; et sa guitare est débordante. Des cuivres également. Soit les saxophones de Miss Mindi Abair (elle milite aussi bien dans le jazz que la pop) et la trompette de Lewis Smith. Bien balancé, "Boogie" est imprimé sur un mid tempo. Talonnée par le piano d'Anthony Marinelli et bien soutenue par celle de Missy Andersen (NDR : de couleur noire, cette excellente vocaliste est originaire de Detroit, mais réside à San Diego), la voix d’Amos est autoritaire, alors que le Reverend se met à souffler de bonheur dans son harmonica. Tout comme sur l’excellent r&b, "Brothers keeper". Ou l’accrocheur "Will you be mine". Et encore "Hollywood Blues". Autre r&b, "You're gonna miss me (when I get home)" est à la fois funkysant, dansant et entraînant, un morceau illuminé par la qualité des différents instrumentistes. Amorcé par les cordes de Roberts, "Juliet Bound" campe un blues pur et dur. Et le Reverend s’y enfonce encore plus profondément sur "The outlaw". La gratte est bien sentie. Puissante, la voix force le passage. Une seule véritable reprise, le "Bright lights, big city" de Jimmy Reed, un classique qu’il interprète en compagnie de la jolie Mindi Abair et que balise les ivoires de Marinelli. "Put together" est un autre r&b funkysant alimenté par l’orgue B3, les cuivres, les percussions de Brady Blade et la guitare déjantée de Roberts. Et de bonne facture, cet opus s’achève par le flemmard et intimiste "The lost boy I'm losing you", un r&b tapissé par l’orgue Hammond, qui met en exergue de bien jolies voix.

 

After All

Waves of Annihilation

Écrit par

L’herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin. L’adage horticole n’a jamais été aussi vrai chez After All, groupe de Thrash originaire de Bruges, maniant le riff effréné depuis maintenant… 29 ans ! Une longévité qui n’est pourtant pour eux pas synonyme de célébrité. Peu de chances en effet que les metalheads citent After All parmi les bands de Metal les plus connus du plat pays. À tort. Armés déjà de huit elpees studio, les Belges reviennent au début de l’été, un nouveau skeud sous le bras, intitulé « Waves of Annihilation ».

Dix morceaux de pur concentré de Thrash, nourris circonstanciellement au Heavy, offrant un ensemble homogène, riche, varié qui n’a certainement rien à envier aux plus grands du genre. Mais ne vous attardez pas sur la pochette de l’album, évoquant dans les tons verts et mauves ‘flashy’ et d’un goût douteux quelques zombies difformes attirés par un vaisseau spatial perché dans le ciel. Ce genre d’illustration de science-fiction de série B pourrait vous priver d’un bon moment d’écoute. Car c’est bien là un des points forts de cet opus : on prend un foutu pied à l’écouter. Certes, les thrasheux ne réinventent pas le style (NDR : personne ne leur a demandé de le faire d’ailleurs !), mais ils parviennent à insuffler une telle énergie dans leurs compositions que les cervicales ne résistent pas bien longtemps à la saine tentation du headbanging. Après avoir foulé les planches pendant presque trois décennies, le quintet se permet aussi de multiplier les clins d’œil. Comme sur « Fall in Line », un morceau qu’on pourrait qualifier, sans prendre trop de risques, de tribute à King Diamond. A cause de l’ambiance, de la structure de la composition et de la voix haut perchée de Sammy Peleman. Ou encore ce riff d’ouverture, d’inspiration peut-être beaucoup moins volontaire, mais néanmoins similaire, de « None Can Defy », très proche de celui dispensé sur « Freedom », un morceau tiré de l’avant-dernier LP de Channel Zero, « Feed’Em With a Brick ».

« Waves of Annihilation », c’est tout simplement trois quarts d’heure de Thrash incisif qui ne vous lâche pas d’une semelle. Le combo vous balance dans les dents tout son savoir-faire acquis depuis trois décennies. Pas le temps ici de s’ennuyer, les Brugeois vous tiennent en haleine, nourris par un rythme rapide et effréné, des soli en cascade et, sans oublier, car c’est peut-être là un des atouts incontestables du groupe, une voix puissante et aiguë qui n’est pas sans rappeler celle de Rob Halford himself, leader incontesté des légendes de Judas Priest. Pas de doute, « Waves of Annihilation » mérite de devenir une valeur sûre, non seulement pour les fans du genre, qui devraient être conquis dès la première écoute, mais également pour tous les amateurs de musique rapide aux accents old school.

Various Artists

Blues for Big Walter

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Feu Walter Shakey Horton est surtout connu sous son sobriquet ‘Big Walter’. Il est considéré comme un des plus grands harmonicistes de blues. Originaire du Mississippi, il a vécu de nombreuses années à Memphis, dans le Tennessee. Il avait enregistré pour le label Sun de Sam Phillips. Dans les années 50, il s’est établi à Chicago, la capitale du blues urbain. Les responsables du label de Washington, Ellersoul Records, ont pris l'excellente initiative de publier un recueil pour rendre hommage à ce musicien talentueux. Et il s’intitule "Blues for Big Walter". De nombreux musiciens ont participé aux sessions d’enregistrement de cette compile. Certains sont notoires, quelques uns le sont un peu moins, et d’autres encore sont franchement méconnus. Né en 1921, Walter Horton est décédé en 1981. Il était à peine âgé de 60 ans.

"Someday" est une ouverture royale, un shuffle torride alimenté Kim Wilson à l'harmonica, Bill Stuve à la basse, Bob Welsh au piano ainsi que le jeune Jon Atkinson (NDR : c’est le leader des Silver Kings), au chant et à la guitare. Excellent ! Deux plages témoignent du passé glorieux de Walter ; et elles sont exécutées par Bob Corritore, harmoniciste issu de Phoenix. "She loves another man" remonte à 1992. C’est Jimmy Rogers, le mythique guitariste du Muddy Waters Band qui y chante et joue de la guitare. Dans le même rôle, Robert Lockwood, le contemporain de Robert Johnson, se réserve "Rambling on my mind". Le vétéran  Henry Gray siège derrière le piano, pour cette plage qui date de 2001. Mark Wenner, le leader intemporel des Nighthawks de Washington se consacre au micro sur les classiques "Worried life" et "Walking by myself". Il souffle comme lorsqu’il était au sommet de son art. Un bel hommage ! Steve Guyger (NDR : originaire de Philadelphie, cet harmoniciste a régulièrement côtoyé Jimmy Rogers ; et même jusque sa mort, en 1987) adapte deux plages. Tout d’abord "If it ain't me", puisé au sein de sessions réalisées en Finlande. Puis "Little Boy Blue", au cours de laquelle sa voix manifeste énormément de vécu. Natif de San Francisco, Mark Hummel est un des harmonicistes contemporains les plus talentueux. Il se révèle bouleversant tout au long de "Hard hearted woman", pour lequel il reçoit le concours de Bob Welsh au piano, et l'instrumental "Easy", de Sue Foley et Shorty Lenoir, aux guitares. Le « Sugar Ray medley » constitue certainement le plat de résistance de cette compilation. 18 minutes quand même ! Sugar Ray Norcia est préposé au chant et à l’harmonica, Anthony Geraci au piano et Mike Welsh à la guitare. Et le résultat est tout bonnement brillant ! Inconnu au bataillon, Andrew Alli est un jeune musicien qui nous vient de Richmond, en Virginie. Agé de 27 ans, il drive son groupe Mainline. Il excelle tout au long de "Evening shuffle" et "Easy II". Li'l Ronnie Owens est l’harmoniciste maison du label Ellersoul. Il participe à trois pistes, dont l’incontournable "Need my baby". Et soutenu par le gratteur Terry Garland, il se montre intenable sur "Think Big"…

 

Les R’tardataires

Ne pas en perdre une seconde…

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Les R'tardataires sont venus présenter leur nouvel opus, « Rien ne sert de courir », au Reflektor de Liège, ce samedi 21 mai. C’est la release party. Et elle se déroule devant leur public, venu en nombre. C’est même sold out. Un auditoire réunissant toues les générations, et même des petites têtes blondes. Manifestement, ces rappeurs ratissent large. La structure de la salle est idéale et l'acoustique y est parfaite.

En supporting act, les organisateurs ont décidé d’inviter Ya-Ourt. Aka Karim Billion, il est issu de Langres, en Haute-Marne. Autodidacte, il se sert uniquement de sa voix, qu’il triture, pour produire différents effets ou reproduire toute une panoplie d’instruments. En quelque sorte, il pratique du Human Beat Box. Il vient de publier un Ep 4 titres, intitulé « Ya-Play ». Garanti sans le moindre… instrument !

L’univers de cet artiste est complètement décalé. Le personnage est haut en couleur. Il adopte un style vestimentaire panaché, à l’instar de ses influences musicales éclectiques. Aujourd’hui, il a enfilé une veste napoléonienne et a coiffé une casquette de rappeur bigarrée. Il s’installe derrière une table devant laquelle est tendue une toile noire. Il explique le fonctionnement de sa loop machine et de la tablette placée devant lui. Un principe apparemment bien compris par l’auditoire. C’est le micro dans les mains qu’il entame ses performances vocales. Il est ainsi aussi bien capable d’imiter les sonorités de basse que celles d’une guitare. Assez interactif, son trip nous entraîne d’abord du côté de Kingston. Un périple de 40 minutes qui va se révéler plein de surprises…

Karim chante également en ‘Yaourt’, soit une technique au cours de laquelle l’artiste émet des sons, des onomatopées ou des syllabes (yéyé, aï, yaw, woud, noï, for, si, yem, etc.) susceptibles de ressembler à un idiome qui existe. Mais qui n’existe pas. Et pourtant, le mélomane lambda a l’impression que le baragouin utilisé est cohérent. Surtout s’il ne connaît pas l’anglais, que Karim essaie de faire passer comme tel. Musicalement, les compos touchent un peu à tous les styles, depuis le rock au reggae, en passant par le blues, l'électro, le rap, le funk, le trip hop, l’afro beat et la world (surtout balkanique). Bref, le spectacle de Ya-Ourt a bien chauffé la salle.  

Une toile est tendue derrière le drummer. On peut y lire pour l’instant le nom du groupe : ‘Les R’tadataires’. Mais elle va surtout servir à la projection de clips. « Intro » ouvre le set, un morceau qui à travers des métaphores, telles le vol d'un papillon ou un coucher de soleil, évoque le stress de l’existence. Les être humains sont pressés. Au propre comme au figuré. Et seuls survivront, le fort, le roi ou le surhomme. Mais également Les R'tardataires. Les vidéos symbolisent le temps qui défile. Le set embraie par le titre maître du nouvel elpee. Max et Ced sont assis sur un tabouret et bénéficient du concours d’un duo de cuivres, omniprésent, pour attaquer ce reggae. « Rien ne sert de courir ». Ce n’est pas la course contre la montre. On a même le temps. Un tonnerre d'applaudissement salue cette compo taillée pour la bande FM. « On Choisit Pas » constitue la suite logique. Un morceau imprimé sur un tempo latino et aux textes totalement décalés : ‘On doit sortir les doigts du cul, on ne choisit pas sa famille, ni ses parents. Il faut avoir les pieds sur terre’. Aux cuivres, Antoine et Seb s’imposent à nouveau. Tout en occupant l’espace scénique, Max et Ced font monter graduellement la pression.

Place ensuite à un petit medley réunissant des titres issus du premier LP, « Je Suis En Retard / Pêche Aux Moules / Onanaoo ». Une ode à la drague aux paroles explicites. Enfin, pour ce qui concerne les moules. Max et Ced vont rechercher des petits paniers d'osiers avant d’aborder le premier single issu du dernier long playing, « Forêt Enchantée ». Préface au mélodica par le claviériste (Quentin Nguyen) et clappements de mains préparent la cueillette des framboises. Une satire des dessins animés signés Walt Disney. Schizo, Blanche Neige parle aux oiseaux. Merlin s'est suicidé. Les Aristochats ont piqué pompes et oseille. Un scénario tramé sur un cocktail de ska et de reggae remis au goût du jour. Drummer, Aurélien Wynant souffle dans un pipeau. Look à la Angus Young, Sébastien Hogge soutient l’ensemble de sa guitare rythmique. Les guests se succèdent. Dont deux vocalistes qui entament « Rien De Nouveau », sur un tempo latino. « Rêve Américain » met le cap vers le Nouveau Continent. Et tout particulièrement New York ; comparé… à la Cité Ardente. Un morceau sculpté dans le hip hop, même si les cuivres lui servent de fil conducteur. Ced et Max frappent dans les mains et commencent à mettre le souk. « Zion » repart vers Kingston, mais en se référant à Babylone. Des images de mécanismes d’horlogerie trottent sur l’écran.  

« Interlude James Brown - I Feel Good » prélude l'hilarant « Les Biftons ». Question existentielle et nerf de la guerre. Bouillant, le gratteur semble hanté successivement par Angus Young et Jimi Hendrix, notamment lorsqu’il frotte les cordes de sa gratte dans son cou. Ced y met un terme. Musclé, « Rock It » émarge au métal. Même si le délire est plutôt pop. Le public rentre dans le jeu et hue les MC's. Ced et Max reprennent place sur les tabourets. Entretemps, la musique oscille du jazz à la techno, en passant par le ska, le rap et le rock. Une forme de pot-pourri interactif. « Bienvenue Au Saloon » est bercé par un rythme country voire américana. 'Tonton' apporte à boire aux musicos. Idéal pour amorcer une histoire –à prendre évidemment au second degré– consacrée à un alcoolique. Le très radiophonique « Monte Le Level » clôt le show, une compo qui nous catapulte une dernière fois, en Jamaïque. Une fin de spectacle qui provoque une véritable ovation dans le public.  

« Chopons Les » entame le rappel. Ced et Max ont enfilé leurs gilets pare-balles, sur lesquels est mentionné dans le dos ‘POULET’. L’objectif est de niquer la police. Mais sur un ton humoristique. Le délire est complet. « Natural » est une chanson d’amour. Au cours de laquelle la foule est invitée à s’accroupir, avant de participer à un jump collectif. Les invités reviennent sur l’estrade pour vivre un périple censé nous conduire de l'Afrique profonde à l'Amérique du Sud. Et le spectacle de s’achever par « Les Parasites » (NDR : dont la vidéo est visible ici).

Votre serviteur a passé une excellente soirée en compagnie des R'tardataires dont le spectacle à taille humaine méritait de ne pas en perdre une seconde…

(Organisation : Reflektor)

Les Nuits Botanique 2016 : vendredi 20 mai

Le Cirque Royal accueillait ce vendredi 20 mai une soirée assez particulière. Et plus particulièrement un ‘ciné-concert’ au cours duquel Mogwai était invité à interpréter la bande originale qu’il a composée spécialement pour le documentaire ‘Atomic : Living In Dread Promise’. Il n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il avait déjà signé la B.O. de la série française ‘The Revenant’ ainsi que celle d’un reportage consacré à Zidane.

Réalisé par le Britannique Mark Cousins, ce film a été diffusé sur la BBC 4, dans le cadre du 70ème anniversaire des bombardements qui ont touché les villes d'Hiroshima et de Nagasaki. Donc on pouvait s’attendre à un spectacle conceptuel plutôt qu’à un concert ou un documentaire.

Pas de première partie. A 20 heures, il y a encore une file interminable devant le Cirque Royal. Faut dire que les fouilles –bien légitimes en cette période trouble– ne facilitent pas son accès. Vu les circonstances, le show ne commencera que vers 20h30. Les lumières s'éteignent. Sans émettre le moindre mot, sans concéder le moindre signe, les cinq musiciens prennent place sur leur chaise, qu’ils ne quitteront d’ailleurs plus avant la fin du show. Difficile de faire plus statique ! Aucun micro n’a été installé sur l’estrade. Pas vraiment nécessaire, puisqu’il n’y aura aucune interaction entre l’auditoire et le quintet qui s’éclipsera, sans même lui adresser le moindre regard, dès sa prestation terminée. Bref, c’est bien le documentaire projeté derrière la formation qui doit focaliser tous les regards. Pourtant, les morceaux atmosphériques de Mogwai collent parfaitement aux images d’archives projetées. Et créent des atmosphères variées. On passe ainsi de l’hécatombe causée par les bombardements à la psychose de la guerre froide en passant par les progrès de la science en matière de santé. Bref, le sujet est vraiment intéressant. Sauf que les commentaires sont incompréhensibles. Il aurait fallu prévoir des sous-titres. D’autant que le combo écossais n’est pas avare en décibels ; à tel point que le volume sonore devient parfois excessif. 

En conclusion, si au départ le concept semblait passionnant, vu la qualité de la bande-son et du documentaire, il faut reconnaître que le résultat n’a pas été à la hauteur des attentes. L’auditoire s’est retrouvé coincé entre un concert et une projection. Une sensation plutôt frustrante. Car si le public a entraperçu Mogwai, il n’a pas davantage disposé d’un confort suffisant pour apprécier le film. Un Cirque Royal en configuration totalement assise, aurait été sans doute un choix plus judicieux…

Béber

Mogwai

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Ce vendredi 20 mai, il y a du peuple dans la Rotonde pour accueillir deux groupes belges, The Sunday Charmers et Konoba ; mais également un français, parisien plus exactement, Naive New Beaters, qui est venu présenter de larges extraits de son futur elpee, « A la folie ».

The Sunday Charmers ouvre la soirée. Fondé en 2014, ce power trio, ma foi fort classique, réunit le drummer Morgan Legrelle ainsi que deux membres de Recorders, soit le bassiste Florian Donnet et le chanteur/guitariste Etienne Donnet. Légèrement teintée de psychédélisme, sa pop est élégante et sucrée. Le vocaliste est parfois encore un peu hésitant, mais en prenant un peu de bouteille, il devrait facilement tirer vers le haut, un groupe qui ne manque finalement pas d’allure…

Konoba s’était produit dans le cadre du festival ‘Propulse’ en 2015. Aujourd’hui, sur l’estrade, il dispose de bien plus d’espace que lors du rendez-vous des arts et de la scène, auquel il avait participé l’an dernier. On y retrouve le chanteur Raphaël Esterhazy, le guitariste Maxime Simon (Solkins, Whylanders), dont la moustache ferait pâlir de jalousie les acteurs des Brigades du Tigre, ainsi que le préposé à la basse et aux synthés, Maxime Honhon (NDR: un autre Solkins). Et puis un batteur. Un barbu ! Ces trois derniers ont enfilé des chemises de couleur lilas (NDR: la même qui est mise en vente au stand merchandising). Raphaël a opté, de son côté, pour une autre de couleur blanche, de type officier, enrichie de motifs rouges.

Le set s’ouvre par « Smoke And Mirrors ». Le light show est aveuglant. Les deux claviéristes sont aux commandes. Raphaël tapote sur sa machine. Il se déhanche et se balance. Sorte d’hybride entre Joe Newman (Alt-J), Beck et Gotye, sa voix semble habitée. Il y a des beats électro, mais ils ne sont pas trop envahissants. La mélodie est accrocheuse. L’auditoire commence à remuer. Raphaël prend la place de Maxime derrière les claviers. Ce dernier empoigne la basse et se consacre alors au micro. Big Moustache récupère une gratte dissimulée sous son clavier. Raphaël signale que c'est la quatrième fois qu'il foule les planches de la salle et semble ravi d'y revenir. Simplement, en grimpant chaque fois d’un cran dans la programmation, il espère décrocher un jour la tête d'affiche (NDR : ce sera peut-être lors de la sortie d’un album dont la date de sortie se rapproche de plus en plus). Tout au long d’« I’M A Wolf » les harmonies sont atmosphériques. « Love » s’ébroue sur des gazouillis d'oiseaux. De quoi patienter jusqu’à l’été, qui tarde à arriver. Mr Honhon s’y distingue à la semi-acoustique. La voix de Raphaël monte dans les aigus. Ses paluches sont aussi expressives que celles de feu Joe Cocker. 

Il invite les spectateurs à se serrer les mains et les épaules pour se faire des câlins. Toute la salle est en communion avec les artistes qui viennent au contact dans la fosse bien remplie. Raphaël embraie par une nouvelle compo : « Dancing In The Moonlight » ; c’est le futur single dont la sortie est imminente. Et il est bien taillé pour la bande FM. Raphaël a été abandonné par ses complices. Il est donc seul sur l’estrade et enlève le jack de sa gratte semi-acoustique pour attaquer « Winning Is For Loosers » ‘unplugged’. Une compo au cours de laquelle, il va démontrer tout son talent. « On Your Knees » est un morceau empreint de douceur. C’est devenu un rituel, Raphaël s’agenouille. Et certainement pas dans « L'indifférence », un titre interprété dans la langue de Voltaire…

De son véritable nom Michael Bensoussan, David Boring est le chanteur de Naive New Beaters. C’est aussi le fils du cinéaste Philippe Clair. Et puis il est également acteur. Sous un pseudo, qu’il a baptisé Esteban. Ses deux autres compères ont également opté pour un surnom. Le préposé au machines et synthétiseurs a choisi celui d’Eurobelix et le gratteur de Martin Luther BB King. Le line up implique également une section rythmique assurée par deux filles plutôt sexy.

Leur mix de pop, disco, hip-hop et rock est destiné à enflammer les pistes de danse. On est donc curieux de voir le résultat. Tous les membres du band ont enfilé des salopettes de couleur blanche, taguées, légèrement moulantes.

Les musicos ne se prennent pas au sérieux. Et tout particulièrement le vocaliste dont les déhanchements sont calibrés. Il chante dans un anglais à l’accent hexagonal particulièrement prononcé. Et plaisante entre les morceaux. De quoi permettre au spectacle de baigner dans la bonne humeur. Pourtant, son humour est très souvent à prendre au second degré. Il occupe tout l'espace scénique et de temps à autre, vient frapper dans les mains des spectateurs sis aux premiers rangs. Cet excellent showman possède un don inné pour chauffer son public. Il lui demande de lever les bras, les menottes, d’applaudir et de remuer le  popotin. Et les spectateurs s’exécutent. Ils dansent, jumpent, s’éclatent… comme les musicos sur les planches.

Quand il n’adopte pas un style funk, le guitariste s’autorise l’un ou l’autre solo. On a parfois l’impression qu’il se prend pour Slash.

Un bateau fait son apparition sur l’estrade. Un type vêtu d’un short et chaussé de palmes part alors surfer sur cette embarcation dans la foule. On est alors dans le délire absolu. D’après les déclarations du chanteur, ce figurant enterrait sa vie de garçon et ses parents étaient dans la salle. Bref, on après un tel show festif, on peut rentrer chez soi le cœur léger…

Setlist NNB : « Break » / « Words  » / « Hurt  »/ « Shit Happens » / « Live » / « Good » / « Heal Tomarrow » / « Montecristo » / « La On Da » / « Bang Bang » / « Made To Last » / « Long » / « Get Love » / « Can'T Choose » / « Run Away » / « Jersey ».

Didier Deroissart

Naive New Beaters + Konoba + The Sunday Charmers 

(Organisation : Botanique)

 

Ma Z, et c’est du Belge !

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Lors d'une tournée accomplie en 2013, Dweez (Morgan Tuiziz) et Jay (Jerry Delmote) décident de mettre en boîte quelques nouvelles compositions en captant l’énergie sur le vif. Une batterie percutante et précise, une ligne de basse fluide (NDR : celle de Mich', alias Michel Vrydag) ainsi que des riffs de guitares incisifs servent une mélodie pilotée par la voix de Mr Woody (Matthieu Van Dyck).

La rythmique implacable de Z condense le meilleur d'une époque ou l'on osait tout. Les mélodies entêtantes, obsédantes, gonflées au son intersidéral transcendent les genres pour atteindre le tribal et l'instinctif. Du rock pur et dur comme les puristes l’aiment.

Le band : Mr Woody- voix
                  Dweez- guitare
                 
Mich' – Basse
                  Jay – Drums

Ils seront en concert :

le 27-05-2016 à l'Annexe de La Louvière.

le 13-08-2016 au festival Parkrock de Saint-Ghislain.

le 09-09-2016 au Titans Club de Lens.

le 24-09-2016 au Rock Station à Morlanwelz

La vidéo, c'est par ici  

http://www.z-bandofficial.com/

https://www.facebook.com/ZBandOfficial/?fref=ts

https://soundcloud.com/zbandofficial

 

Les Nuits Botanique 2016 : jeudi 19 mai

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En ce jeudi 19 mai, dans le cadre des Nuits du Botanique, le Cirque Royal reçoit trois formations qui à elles seules assurent de beaux lendemains au rock et à la chanson française. Radio Elvis, Nicolas Michaux et Feu ! Chatterton, ont tous publié leur premier album cette année et ont recueilli les éloges de la critique tant en France qu’en Belgique. La soirée promettait donc d’être –ma foi– fort sympathique…

Il est plus ou moins 19 heures, et face au Cirque Royal, il commence à y avoir du peuple. Un public hétéroclite issu de tous les horizons et multigénérationnel y fait la file. Une demi-heure plus tard, alors que l’hémicycle est bien rempli, Radio Elvis monte sur le podium. Le trio parisien est venu défendre son dernier elpee, « Les Conquêtes ». Pierre Guénard (chant et guitare) débite ses textes imagés sur une musique minimaliste mais entraînante, canalisée par la batterie et la basse. Même si les morceaux ne sont guère notoires, il faut bien reconnaître que contagieux, ils sont d’une rare efficacité. Le public semble en tout cas conquis lorsque le combo vide les lieux, après un set d’une bonne trentaine de minutes (pour les photos, c’est ici)…

Nicolas Michaux jouit déjà d’une solide popularité en Belgique. Avant de se lancer en solo, ce Liégeois d’origine, aujourd’hui établi à Bruxelles, militait au sein de la formation pop/rock Eté 67. Son premier album, « A la vie, à la mort », n’est plus une découverte ; et pour cause, c’est la troisième fois qu’il le défend au Botanique. Enfin, pour la circonstance, au Cirque Royal. Vu l’accueil qui lui est réservé, il a d’ailleurs dû laisser un bon souvenir lors de ses précédentes prestations. Nicolas Michaux se plante au centre du podium, derrière son imposante gratte. Il est soutenu par un batteur, un guitariste et un bassiste. Dès le départ, on sent l’artiste particulièrement à l’aise. Il glisse d’ailleurs quelques commentaires entre ses morceaux. Sa voix claire et faussement nonchalante passe parfaitement la rampe. Sa musique est entraînante et bien plus tranchante que sur disque. Les musicos sont loin d’être statiques –a contrario de bon nombre de leurs contemporains– et s’agitent au rythme des compos. Et en 45 minutes, Nicolas va passer en revue l’essentiel de son elpee.

Il est 21h30. Le public est fin prêt pour accueillir la tête d’affiche. La salle est bien remplie. Ce n’est pas la première fois que Feu ! Chatterton se produit dans le cadre des Nuits. En 2015, il était déjà programmé. Nuance, mais elle est d’importance, il a publié depuis son premier LP, « Ici le Jour (a tout enseveli) », décroché une victoire de la musique, dans la catégorie ‘Révélation scène’, squatté différents plateaux TV et participé à plusieurs grands festivals. Ce qui explique pourquoi le show est passé de la Rotonde au Cirque Royal. Une sacrée promotion pour une formation qui le mérite amplement. 

Vêtu d’un costume trois pièces, les cheveux tirés en arrière et la petite moustache parfaitement taillée, Arthur Teboul a une allure de dandy. C’est le maître de cérémonie et il se plante au milieu de l’estrade. Il est flanqué d’un backing group réunissant deux gratteurs, un bassiste et un drummer. Feu ! Chatterton ouvre le set par « Ophélie » et embraie sur « Fou à lier », deux morceaux parfaits pour chauffer le public. Le son est nickel. Arthur Teboul pose ses textes sur la musique en gesticulant dans tous les sens, lorsqu’il n’esquisse pas quelques pas de danse, alors que ses comparses bondissent aux quatre coins de la scène. Les spectateurs sont directement conquis. Avant d’entamer « Côté Concorde », il amorce le sujet en déblatérant des paroles loufoques qu’il déverse avec une rapidité déconcertante. Superbe, le light show est adapté aux différentes compos. Ainsi, il entretient une ambiance cosy tout au long du paisible « Les Camélias » et baigne au sein d’un climat plus chaud et ondoyant sur l’épatant « La mort dans la pinède ». Avant de s’éclipser, le groupe ne pouvait pas passer à côté du single « Boing ». Un titre qui fait littéralement mouche. En rappel, Feu ! Chatterton nous réserve « La Malinche », trahissant ainsi les (légères) influences électroniques des Français. Les quelques lignes de synthé vont même suffire pour faire danser la foule, déjà chauffée à blanc pendant plus d’une heure. Difficile de mieux conclure une chouette soirée !

Ce soir, le rock ‘en français’ (et non pas français !) a trouvé une relève. Au-dessus du Cirque Royal planait les fantômes de Bashung, Gainsbourg et Noir Désir. Dorénavant rassurés par leurs dignes héritiers, ils peuvent reposer en paix (pour les photos, c’est ).

Radio Elvis + Nicolas Michaux + Feu! Chatterton

(Organisation : Les Nuits Botanique)

Jambinai

Un tsunami sonore à l’acoustique irréprochable…

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Jambinai s’était produit en décembre 2014 au sein d’une Rotonde enfiévrée. Et votre serviteur avait alors pu vivre le meilleur concert de cette année. Comme le groupe était de retour, et plus particulièrement à l’AB Club, il ne pouvait manquer ce nouveau rendez-vous.

Inwolves assure le supporting act. En débarquant à la fin de sa prestation, difficile d’en relater quelque chose de concret. Le volume sonore me semblait excessif ; des conditions qui n’accrochent guère mes oreilles sensibles.

Jambinai  (잠비나이 en coréen) est une formation de post rock issue du Pays du Matin Calme (Corée du Sud). Sa spécificité, c’est de conjuguer instrumentation contemporaine et folklorique (taepyongso, haegeum, geomungo, jungju, piri, etc.) Suivant la bio, cette formation est considérée comme la plus novatrice sur la scène sud-coréenne, car elle est parvenue à créer une nouvelle forme de musique mêlant, sans tomber dans la dissonance, tradition et modernité. Soit un subtil cocktail de heavy post rock, de folk metal, d'électro et de tradition indigène.

Au sein des petites salles, le line up est réduit à trois musicos. Mais dans les plus grandes, le trio de base est enrichi d’une section rythmique. Ce mercredi, c'est sous la forme d’un quintet que le combo va se produire.

Tous les musicos sont assis, sauf le guitariste Ilwoo Lee. Derrière son imposant geomungo (une sorte de cithare coréenne), Eun Young Sim est assise en mode tailleur. Elle pince ou frotte ses cordes à l’aide de bâtons en bambou de longueurs différentes. Elle s’installe à droite sur une petite estrade. Elle joue également du xylophone. Celle de gauche, Bomi Kim, se réserve le haegeum, un vieil instrument à cordes frottées semblable au ehru chinois. Il a été imaginé, il y a environ mille ans environ. Il est formé d'une caisse de résonance en bambou ou en bois, tendue par une peau de serpent à une extrémité de la tige, et les deux cordes sont frottées par un archet à crin de queue de cheval. Mais le personnage central est certainement Ilwoo Lee. Il joue du piri (flûte en bambou) et de la guitare (à sept cordes !), parfois les deux en même temps, mais également, du taepyongso (petite trompette coréenne) et se sert d’une loop machine. Il est le seul à s’exprimer en anglais.

Le show va durer plus d'une petite heure. Chaque artiste est éclairé par des lampes de couleur blanche pivotantes. Ce qui communique une ambiance mystérieuse, voire mystique au spectacle.

Le set s’ouvre par « Time Of Extinction », un extrait du nouvel opus. C'est la chanson qui a fait connaître Jambinai. Qui la joue depuis longtemps. Mais elle n’avait pas encore été gravée sur un long playing. Toujours issu du dernier essai, « They Keep Silence » (6’) est une compo à vous glacer le sang. Habile, Eun Young Sim semble hantée par son geomungo, pendant qu’Ilwoo Lee, d’une voix caverneuse, entame des incantations chamaniques dans sa langue natale. Solides, percus et section rythmique privilégient l’efficacité (Dokyo 13 à la basse et Myounghoon Ryu aux drums). Les filles extirpent des sonorités incroyables de leurs instruments. Mélancoliques, lancinantes, celles de Bomi épousent celles de violons, lorsqu’ils n’empruntent pas le miaulement d'un félin. Déchirant ! Galvanisée par les riffs de gratte torturés d’Ilwwo Lee, la troupe se lance dans une véritable cacophonie mélodieuse sur « Empty Pupil Part 1 ». Et dans le même registre, « Echo Of Creation » se révèle encore plus expérimental. Caractérisé par son intro de flûte, « For Everything That You » constitue certainement la perle du nouvel opus. Et son lustre entretient un climat étrange. Le set s’achève par « Connection » (9’30). Le morceau est dédié aux victimes des attentats. Ilwoo y brille longuement sur son taepyongso. Puis chaque musico entre progressivement dans la danse. Et on retrouve cette forme de cacophonie organisée, mais à l’acoustique irréprochable. Un peu dans l’esprit de Sigur Rós, mais qui se convertirait ponctuellement au metal ténébreux, quitte à déclencher un tsunami sonore… 

Un petit selfie des artistes et du public et les artistes s'éclipsent. Les filles emportent leur instrument. Le public réclame un rappel. Au cours duquel Jambinai va accorder « Grace Kelly ».

La date de sortie de « A Hermitage », son nouvel opus, est prévue pour le 17 juin 2016 ; mais il était déjà disponible au stand merchandising.

Jambiani se produira en concert le 19 juin 2016 à Izel (province du Luxembourg), dans le cadre des fêtes de la Musique, auxquelles participeront également GrandGeorge, Dr Feelgood et Romano Nervoso. Votre serviteur devrait être de la partie...

(Organisation : Ancienne Belgique)

Les Nuits Botanique 2016 : mercredi 18 mai

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CocoRosie est venu présenter son album « Heartache City », paru en 2015, dans le cadre des Nuits Botanique. De quoi secouer le Cirque Royal. Sur scène, le duo yankee a décidé de jouer des morceaux qui associent le rap, le chant lyrique et le beatbox. Un mélange audacieux. Compte-rendu. 

La soirée commence par Benoît Lizen, flanqué de l’Orchestre de Mons. Son premier LP, « Naomka », est sorti l’an dernier. Pendant une bonne demi-heure, le chanteur belge va nous interpréter des chansons dans une langue qu’il a inventée : le ‘Galionka’. Un mélange d’espagnol, de portugais et d’anglais. Ses ballades mélancoliques sont enchanteresses. Les couleurs chaudes de sa guitare lap steel –à l’instar de celle qu’il pose sur ses cuisses– ou acoustique collent bien à sa voix bluesy et nasillarde. Mais la suite est moins convaincante. Les harmonies du Mons Orchestra, soit une batterie, une clarinette, une trompette, un cor et un trombone, ont beau tenter de restituer un peu de vigueur à l’ensemble, la magie n’opère pas. Dommage ! Après un petit interlude, place à la tête d’affiche de la soirée…(pour les photos, c'est ici)

Driiiiiiing. Le téléphone sonne. Le Cirque Royal sort de sa léthargie pour accueillir les sœurs Bianca ‘Coco’ et Sierra ‘Rosie’. Le silence est rompu. Tandis que la chanteuse d’opéra émet les premières inflexions, sa frangine, coiffée de dreadlocks et vêtue d’un short, monte sur l’estrade. La voix si singulière de Rosie transperce la salle, quasi-comble. Le set commence par l’un des singles du dernier LP, « Heartache city ». Le rêve peut commencer. Le beatboxer Tez remplace la batterie. Ses beats se marient impeccablement au flow continu de l’artiste coiffée d’un bonnet qui rend hommage à Bob Marley.

Les minutes passent sans pour autant que le rêve ne s’achève. Les mélanges de sonorités au clavier, au beatbox et les voix si particulières des deux interprètes semblent fasciner une grande partie de l’auditoire. Le duo semble choisir un style de chant qui rappelle le rap. Le tempo est lent. Une formule reproduite sur « Tim and Tina » et « Un Beso ». La sauce ne prend pas encore tout à fait. Les artistes patinent dans leurs ballades mélancoliques. Peut-être faut-il voir dans ces fragments une porte d’entrée dans leur univers si personnel ? Quoi qu’il en soit, le rêve se poursuit.

« Lemonade » entame la deuxième partie du spectacle. Cette compo notoire est issue de leur elpee « Grey Oceans », publié en 2010. Les fans applaudissent dès l’entame des premières notes au piano. La voix du beatboxer est de plus en plus présente. D’ailleurs, CocoRosie quitte le plateau et laisse Tez montrer tout son talent de boîte à rythmes humaine. Et seul, il parvient à enflammer le public.

La suite est dominée par la voix opératique. Mêlée à des sonorités de guitare ou de synthétiseur. Le tempo est lent. Le combo préfère la voie de la simplicité. La ‘zénitude’ semble se propager dans cet amphithéâtre. Le cœur bat au rythme des kicks et des ‘tsss’, techniques utilisées par les beatboxers. Les anciens Eps « Madonna », « End of time » ainsi que « God Has A Voice, She Speaks Through Me» ne sont pas oubliés. Sur ce dernier titre, un invité vêtu d’une burqa est venu apporter sa collaboration. Sa voix androgyne se mêle à celle du duo. Les morceaux font mouche mais la setlist ne montre pas toute la mesure du talent des artistes. Ils peinent à arriver au sommet de leur art. Jusqu’à ce que la dernière partie du concert nous montre un groupe libéré de sa musicalité plutôt mélancolique. Rosie souffle dans sa flûte en roseau tandis que sa sœur est virevoltante sur les cordes de sa harpe électrique. Le tempo va crescendo. La température de la salle monte d’un cran. Tez ne s’essouffle pas. Au contraire. Le public manifeste tout son enthousiasme. Après le single « R .I.P. Burn face », les musiciens retournent en coulisses mais les mélomanes les rappellent illico. La soirée se clôture par « We are on fire ».

CocoRosie est un groupe aux multiples facettes. La variété des instruments utilisés et les couleurs sonores très chaudes que le duo féminin apporte démontrent une grande force créatrice. Parfois, on aimerait que le combo sorte de sa zone de confort créative pour nous apporter un espace musical plus dynamique. N’empêche, le public, ce soir, a été conquis (pour les photos, c'est ).

CocoRosie + Benoît Lizen

(Organisation : Botanique)

 

Les Nuits Botanique 2016 : mardi 17 mai

Ciné-concert « Les Premiers, Les Derniers »

A nouveau une initiative originale et exclusive à mettre à l'actif des organisateurs des Nuits Bota : un ciné-concert au Cirque Royal consacré au film de Bouli Lanners : ‘Les Premiers, Les Derniers’. Parallèlement à la projection du long métrage sur grand écran, le compositeur de la bande originale, Pascal Humbert a été invité à jouer les morceaux à la guitare en 'live', sur la scène.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, ce dernier est un bassiste/guitariste/compositeur français impliqué dans les projets 16 Horsepower / Wovenhand (en compagnie du génial David Eugene Edwards) et Détroit (avec Bertrand Cantat).

Cerise sur le gâteau, le Palois sera accompagné ce soir par des invités de marque : Catherine Graindorge, violoniste belge notoire, Koen Gisen, le partenaire d'An Pierlé, préposé pour la circonstance au saxophone, et enfin, Jérémie Garat, au violoncelle. Un cinquième siège est prévu, mais il est vide et est destiné à la surprise finale !

Installé dans la pénombre à gauche de l'écran, le quatuor nous livre une introduction avant que les premiers paysages sombres et gris du film apparaissent sur l’écran. Rappelons brièvement le scénario, qui suit deux chasseurs de ‘prime’ modernes, interprétés de main de maître par Albert Dupontel et Bouli Lanners. Cochise et Gilou sont à la recherche d'un GSM, que leur client veut récupérer. L'action se déroule dans les campagnes désolées du nord de la France, entre autoroutes désaffectées, chancres industriels et pavillons de banlieue. Il y a ici un parfum de road movie américain.

On n'est donc pas étonné que Bouli Lanners ait choisi Pascal Humbert pour composer une musique qui doit résonner dans de grandes étendues balayées par le vent. Un peu comme l'avait réalisé Ry Cooder pour 'Paris, Texas'. La gratte utilisée par Humbert est d'ailleurs une acoustique de type 'Dobro', équipée d'un résonateur métallique autour de la rosace, qui diffuse ce son si caractéristique du Sud des Etats-Unis.

Le thème principal de la bande originale, « One Bear With Me », composé par Lilium, le projet solo d'Humbert, trouve ici un écho tout particulier, grâce aux violons et au saxophone. Parfois, il se sert d’une pédale 'loop' afin de tracer automatiquement des lignes répétitives ou des 'samples' préenregistrés. Les musicos suivent le film et leurs partitions sur un écran LCD placé devant eux. Quant au public, il regarde religieusement la projection, comme hypnotisé par cette musique aux frontières du folk, du classique et de l'ambient.

Sur « Fugue », Humbert se sert d'un 'bottleneck', ce goulot de bouteille qui permet de glisser sur les cordes de la guitare. Ce qui renforce encore le côté 'texan' du son. Une véritable invitation au voyage. Le côté organique de la bande originale souligne l'approche carrément existentielle de Bouli Lanners, qui mêle dans son oeuvre la religion, la mort, la violence, la solitude et la condition humaine.

Au moment où le long métrage approche de son terme, on remarque que la cinquième chaise de musicien est maintenant occupée par un homme barbu. Il commence à chanter doucement et… sa voix est immédiatement reconnaissable. C’est Bertrand Cantat en personne. Accompagné par le quatuor et par un batteur, il interprète « Maybe I », la superbe ballade écrite pour le film. Sa voix est cassée et tout en retenue, s'imposant discrètement au-dessus des volutes sonores (à voir ici). Dès les dernières notes, le public applaudit à tout rompre et l’ensemble se lance dans un tout dernier titre. Votre serviteur apprendra par la suite qu'il s'agit d'une improvisation, inspirée par des harmonies et un chant hispanisants. Bertrand Cantat y libère sa voix, qui prend les accents d'un chanteur de flamenco.

A la fin du morceau, les musiciens viennent saluer devant la scène sous un tonnerre d'applaudissements. Logique, on vient d’assister à un événement unique. Le film était sublime et la musique, divine. On ne peut que les recommander chaudement. Et on salue au passage le Bota qui, décidément, parvient à nous étonner chaque jour un peu plus. Ce soir, le Cirque Royal était, à nouveau, l'écrin d'un spectacle... royal. 

Philippe Blackmarquis

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Ce soir, l’Orangerie accueille l’une de trois ‘Nuits’ consacrées au Hip-Hop. Tous les artistes présents s’expriment uniquement en français. A l’affiche : le Belge Roméo Elvis / Le Motel ainsi que des deux Français Alpha Wann et Georgio. Il sont tous venus présenter leurs projets respectifs, parus il y a peu.

Roméo Elvis est le premier à fouler les planches de l’Orangerie devant un auditoire à moitié rempli. Flanqué de son producteur/DJ Le Motel et de Swing (membre de l’Or du Commun), le rappeur bruxellois déborde d’énergie ; et il le démontre d’entrée de jeu. En outre, il est extrêmement proche du public. Le collectif Yellowstraps le rejoint le temps de quelques titres, notamment pour y interpréter « Assurance », afin de communiquer une touche plus groovy à ce début de parcours.

Les sonorités et les textes proposés par Roméo Elvis nous rappellent, non sans un brin de nostalgie, ceux des années 90-2000, période considérée encore par beaucoup aujourd’hui comme l’âge d’or du rap français. Une ambiance 90’s remise au goût du jour et bien palpable sur son dernier Ep, « Morale », dont les compos collent parfaitement à l’humour et le sens de l’autodérision pratiqués par le Bruxellois. Roméo Elvis a également le don de nous tenir en haleine tout au long de « La voiture » et « La valise » qui forment à eux deux une storytelling très réussie, mettant en scène deux protagonistes dans l’échange d’une fameuse valise.

Le rappeur ponctue sa prestation par « 2013 », en référence à l’année de publication de son premier projet. Le morceau sert de remerciement à ses fidèles aficionados, au fil du temps, de plus en plus nombreux. Une belle manière de conclure une prestation d’une grande qualité.

Après 15 minutes de pause, la salle est presque comble pour accueillir Alpha Wann, membre des collectifs notoires L’Entourage et 1995. Le Français est venu défendre son récent projet, « Alph Lauren 2 ». Il est accompagné de DJ Lo’ et de Caballero. Et la présence du Bruxellois réjouit énormément la foule. Ce dernier va largement mériter sa place dans le set d’Alpha Wann en interprétant quelques titres de son répertoire comme le très efficace « Le Pharaon Blanc » et « Repeat », issu de son dernier essai qu’il partage avec Jean Jass.

Alpha Wann jouit d’une réputation de rappeur très technique, un talent qu’il va parfaitement démontrer lors d’un freestyle improvisé et tout au long du morceau « Barcelone », bien repris en chœur par le public. Le Don, dont le show est composé de ses deux volumes d’« Alpha Lauren », conclut par l’incisif « Lunettes Noires », caractérisé par son couplet de « Caramelo », titre signé L’Entourage.

Tout comme Roméo Elvis, Alpha Wann et Caballero ont livré une prestation d’une très grande qualité et tout aussi énergique, mais ces deux derniers se sont montrés bien plus proche d’un public –davantage réceptif– que lors du set d’ouverture accordé par le Belge. La présence de Caballero a sans aucun doute apporté un plus à la prestation d’Alpha.

Troisième et dernière artiste à se produire ce soir : Georgio. Il débarque au sein d’une Orangerie partiellement vidée de son auditoire, à l’issue du spectacle précédent. Le second rappeur français de la soirée, qui s’inspire directement de la Scred Connexion, s’inscrit dans la même veine que ses prédécesseurs. Si Georgio est un rappeur solo, c’est pourtant un quatuor qui grimpe sur l’estrade, dont son ami Sanka ainsi que deux machinistes…

La set list va essentiellement puiser des titres au sein de son dernier opus, « Bleu Noir ». Excellent et particulièrement varié, son concert va durer une bonne heure. De quoi permettre au public de découvrir tout le talent et la diversité du répertoire de Georgio. Entre les morceaux les plus émouvants tels que « Rêveurs », « La Celle de Saint Cloud » et « Malik », l’ambiance devient de plus en plus électrique et tout particulièrement sur les compos les plus rap, à l’instar d’« Appel à la Révolte ». Sur ce titre, les pogos se multiplient dans la fosse. Et Georgio ainsi que son acolyte Sanka vont même y participer l’espace de quelques instants.

Si l’auditoire semblait moins réceptif au show de ce dernier artiste, Georgio n’a rien à envier aux autres présents ce mardi. Son talent est indéniable ; et à coup sûr, c’est un des rappeurs à suivre dans le futur.

Amateurs de belles plumes et bons flows, le public de l’Orangerie a été plus que comblé lors de cette soirée Les trois protagonistes y ont mouillé le maillot et ont partagé cet enthousiasme avec une foule, qui ne s’est pourtant pas déplacée suffisamment en masse, pour un événement d’une telle qualité…

Thomas Hubin

Roméo Elvis & Le Motal + Alpha Wann + Georgio

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Suivant les commentaires recueillis en attendant l’ouverture de portes, il appert que le public est bien moins nombreux pour assister à l’édition 2016 des Nuits que l’an dernier. Bien sûr, certains spectacles se sont déroulés devant un auditoire comble ; et puis la Nuit Belge a fait le plein. Mais La Rotonde a accueilli rarement plus de 50 personnes. Plus ou moins 120, ce mardi, pour vivre le show de Jamie Lawson, et en supporting act, Lylac. Manifestement, depuis les attentats, le mélomane lambda hésite à aller voir et écouter des concerts. En outre, ce soir, le temps est froid.

Amaury Massion était venu présenter le nouvel opus de son projet Lylac (« Living By The Rules We’Re Making »), au sein de la même salle (qu'il connaît parfaitement), en janvier dernier, dans le cadre de sa release party. Ce soir il est uniquement accompagné par la violoncelliste Thècle Joussaud.

Le supporting act, Amaury le connaît mieux que quiconque. Que ce soit au sein de My TV Is Dead ou de Lylac. Mais tout au long de ce set, il va nous proposer des versions acoustiques de « By a tree » et « Living By the Rules we're making », les deux opus de son dernier projet.

Au milieu du podium, trône un siège haut. Juste devant, sur une petite estrade, on remarque la présence d’une pédale destinée aux percussions électroniques. Et de chaque côté, s’appuient deux grattes. La première est en filage métallique et réverbère des sonorités limpides. Plus classique, la deuxième est en filage nylon ; idéale pour le picking, elle est propice au flamenco.

Après une petite intro constituée de chants d'oiseaux, Amaury attaque le mélancolique « My Bird », titre qui ouvre le nouveau long playing, un sentiment de spleen qu’accentue les interventions du violoncelle. Le voyage initiatique nous conduit de « Rome » au Nouveau Continent. S’il fait escale à « Mexico », il est surtout destiné à nous permettre de parcourir les grandes plaines sises à l’Ouest des States. Et « Lilac Wine » en est certainement la plus belle illustration. Ecrite en 1950, par James Shelton, cette chanson a été popularisée par des écorchés vifs comme Nina Simone et Jeff Buckley. Pour « I Forget Who I Am », pas d'ambiance psychédélique entretenue par un sitar comme lors de la release party. Mais un folk particulièrement dépouillé. Ce soir, curieusement, alors qu’il s’exprime parfaitement en français, Amaury avait décidé de ne causer qu’en anglais. Sans doute pour rester sur son île. D’ailleurs, c’est « The Island » qui clôt la prestation de Lylac.

Place ensuite à Jamie Lawson. Né à Plymouth, ce chanteur/guitariste anglais est âgé de 40 ans. Eponyme, son quatrième LP est paru l’an dernier et il est devenu disque d’or en Grande-Bretagne.

Vêtu d’une chemise de bûcheron, l'artiste déboule seul sur les planches armé de sa gratte semi-acoustique. Sa voix est douce, claire, cristalline et atmosphérique. Elle me fait penser tour à tour à son pote Ed Sheeran (NDR : dont les cheveux sont également roux), Jack Johnson et même Milow. De quoi faire craquer le public féminin. Sa technique à la gratte évoque également ces musicos, mais surtout Michael David Rosenberg (Passenger) ainsi que James Taylor, dont il pourrait incarner le fils naturel.

L’auditoire écoute religieusement le songwriter et l’acclame entre les morceaux. C’est un périple au cœur du Nord des States auquel l’artiste nous invite à participer tout au long du mystique « Cold In Ohio ». C'est la première fois qu’il pose les pieds sur le sol belge et il nous le signale. Le public l’applaudit pour le remercier. Les compos de Lawson libèrent une sensibilité à fleur de peau et touchent l’âme. « Silent Rain » est une toute nouvelle chanson. Il l’inaugure en ‘live’ et elle est de toute beauté. Timide, il demande aux spectateurs si cela leur a plu. Vu les acclamations, c’est une certitude. Il adapte remarquablement le « Letter Never Sent/ Brown Eyed Girl » de Van Morrison. Avant d’achever son set par le « Ahead Of Myself », au cours duquel Jamie divise la foule en trois parties pour organiser un récital polyphonique (NDR : tiens, c’est une technique qui devient rituelle !) et le résultat, atteint lors du refrain, est tout bonnement épatant.  

Même s’il semble timoré voire fragile, Jamie est un artiste enthousiaste, passionné. En outre, il ne manque pas d’humour. Il faut cependant reconnaître que ce soir, le public était composé de mélomanes qui connaissent parfaitement cet artiste. Certains reprenaient même les paroles en chœur. Et ont vivement apprécié les moments aux cours desquels sa voix est devenue plus sauvage afin de servir des compositions nerveuses. Un type sympa qui le prouvera encore au stand merchandising. A découvrir d’urgence avant qu’il ne squatte les grandes salles !

Didier Deroissart

Jamie Lawson + Lylac

(Organisation : Botanique)