La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

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Farfouiller dans la Pure Carrière…

Après des années de chaos et de réinvention, Pure Carrière revient avec « Farfouiller », une ode brute, étouffante mais libératrice à l'ennui, au chaos et à la mort. Née des racines du slacker punk, cette pièce marque un nouveau départ et un retour en force.…

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Les frères James au secours de Ray La Montagne…

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Non, ce ne sont ni Jessie et Frank, mais Jim et Ray, membres de My Morning Jacket qui nous concernent ici. Et ils ont mis en forme le nouvel opus du crooner folk, Ray LaMontagne. Un sixième elpee qui paraîtra le 4 mars prochain. Son titre ? « Ouroboros ».

http://ouroboros.raylamontagne.com/

 

Hugo et son intérieur ...

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Avec Avalanche, son 4e album, Hugo explore de plus sombres paysages qu’auparavant

Sans quitter la veine très mélodique qui le caractérise, l’auteur de La Nacelle et de L’Homme du Soir plonge cette fois avec délice dans un bain de paranoïa sentimentale (Quand tu n’es pas là), de sexualité cauchemardesque à la "It follows" (A l’intérieur), frottant sa voix juvénile et solaire aux guitares inquiètes de Jérôme Mardaga, son complice de scène.

Hugo ne renonce pas pour autant aux plaisirs pop et naifs, en témoignent Hey mon ami !, sucrerie malicieuse et claire en compagnie de Romain Guerret d’Aline, ou Michel D., espièglerie pop et post punk mêlant atmosphère fantastique et hommage sincère à Michel Delpech.

Avalanche ouvre de nouvelles voies (voix) au french pop singer, plus atmosphériques et plus troubles.

Le clip est disponible ici .

Vampire en pyjama ou la radioscopie émotionnelle du combat d'un sur-vivant

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"Vampire en pyjama" est le nouveau western (sous la neige) de Dionysos.

Si on pouvait planter un micro dans le cœur de Mathias Malzieu, on entendrait ce disque. Il y invente des histoires vraies, tirées de fées réelles. Radioscopie émotionnelle du combat d'un sur-vivant.

Après 22 ans de groupe, 4 disques d'or, le film « Jack et la mécanique du cœur » nommé aux Césars et short listé aux Oscars, les livres de Mathias Malzieu publiés dans plus de 25 pays (les livres, c'est un peu plus d'un million de vente dans le monde et le film un million d'entrées), des projets solo vivifiants de Babet et Corleone, Dionysos remet les compteurs à zéro avec un "nouveau premier album" avec l'équipe Columbia (Sony Music) et Auguri.

Cliquez ici et laissez vous emporter dans ce monde imaginaire.

 

Halestorm

Du show dans le show…

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C’est la quatrième fois que votre serviteur assiste à un concert de Halestrom ; et il ne s’en lasse pas. Faut dire que la chanteuse/guitariste est particulièrement sexy. Et puis elle ne manque pas de talent, tant à la gratte qu’au micro. Ce qui ne gâte rien. Halestrom est une formation pennsylvanienne fondée en 1997. A sa tête, un frère et une sœur Lzzy et Arejay Hale, qui n’ont alors que 10 et 13 ans. C’est même le paternel qui se charge alors de la basse. Il sera ensuite remplacé par Joe Smith, toujours au poste. A l’actif du combo, trois elpees, dont le dernier, « Into The Wild Life », est paru en 2015. C’est cet opus que la formation est venue défendre. L’AB Box est sold out.

Il revient à Wilson d’assurer la première partie. Un quintet issu de Detroit réunissant le chanteur Chad Nicefield, le bassiste James Lascu, le drummer Matt Puhy ainsi que les gratteurs Jason Spencer et Kyle Landry. Les 5 musicos arborent fièrement de superbes tatouages sur les bras.  

Le set s’ouvre en force par « Give 'Em Hell ». Quoique hurlé mais mélodieux, rocailleux et énergique, le chant colle parfaitement au rock’n’roll pur et dur du band. Son attitude  'Sex, Drugs and Rock'n'roll' ne manque d’ailleurs pas d’humour. Le bassiste est gaucher. Comme Macca ; mais ici s’arrête la comparaison. Son attaque sur son manche est autrement sauvage. Chad se frappe constamment la poitrine, comme s’il devait faire son mea culpa, ou se secoue violemment la tête. Il invite l’auditoire à former des ‘round circles’. Sans grand succès ! Il devra d’ailleurs attendre le dernier morceau, « Snake Eyes », pour qu’une dizaine de spectateurs acceptent de le porter audacieusement à bout de bras. De ce concert, on épinglera l’excellente cover du « Hair Of The Dog » de Nazareth. Une bonne entrée en matière. (Pour les photos c'est ici)

Place ensuite à Halestorm. Une batterie imposante trône sur une estrade, au milieu du podium. Jeans de couleur bleue, blouson de cuir noir et body bien aéré, Lzzy déboule sur les planches. Les deux Joe (Hottinger et Smith), respectivement deuxième guitariste et bassiste se plantent de part et d’autre. Le son est nickel. Le light show impressionnant. « Apocalyptic » (« Into The Wild Life ») ouvre les hostilités. Lzzy focalise tous les regards. C’est la star de la soirée. D’ailleurs de nombreux aficionados portent des t-shirts à son effigie. Les compos sont imprimées sur un train d’enfer. La voix de Lzzy est sableuse. Elle change de gratte pratiquement à chaque morceau, mais se sert le plus souvent d’une ‘Jacksons’ de couleur blanche. Pendant « Love Bites (So Do I)», elle lève une main vengeresse puis se met à triturer sa gratte. Ravi, le public applaudit et reprend le refrain en chœur. Avant d’aborder « I Am The Fire », un roadie vient apporter à Lzzy une guitare à double manche. Et elle y étale toute sa technique. Sa dextérité sur ses manches est même déconcertante. Tout au long de « Rock Show » (« The Strange Case Of…»), Joe Hottinger s’autorise un solo de gratte revanchard. Lzzy vient régulièrement affronter son frangin devant ou carrément sur l'estrade, à l’aide de la sienne.

En fin de parcours, Arejay se réserve un solo de batterie de plus de10 minutes. Il utilise des sticks de différentes longueurs et martèle ses fûts en sautant sur place. Un autre show dans le show !  (Pour les photos, c'est )

(Organisation: Ancienne Belgique)

 

 

 

 

Kodaline

Ce soir, les bouchons à Bruxelles, c’était dans les oreilles…

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Il est 18h30, et la file est déjà longue devant l’AB. Elle commence même à hauteur de l'entrée du Music Village. Vous vous en doutez, le concert programmé ce soir est sold out. D’ailleurs toute la tournée européenne de Kodaline affiche complet. En 2013, la formation avait encore foulé les planches du Bota. A deux reprises. A la Rotonde, puis l’Orangerie. Le supporting act n’est pas précisé sur l’affiche. Il s’agit –renseignements pris– d’un combo espagnol qui répond au nom de L.A.. Et c’est lui qui va créer la (bonne) surprise.

Vu la place prise par l’imposant matos de Kodaline, il n’en reste guère pour cette première partie. Les quatre musicos se placent donc en ligne. Un drummer, coiffé d’un chapeau de cow-boy, un chanteur/guitariste, son bonnet enfoncé sur la tête, un autre gratteur et un bassiste. D’après son site web, le band impliquerait six musiciens. Faut croire que deux d’entre eux sont restés à la maison.  

La voix du chanteur est captivante et évoque tour à tour Bono ou Marcus Mumford. D’ailleurs le folk/rock endiablé et nerveux de L.A. lorgne manifestement vers Mumford and Sons. Lumineers, également. La conjugaison des grattes est lumineuse, digne des meilleurs groupes yankees. L’un des sixcordistes découpe des riffs graisseux, vitaminés, alors que le second arrondit les angles. Et pourtant, le sens mélodique est soigné. En outre, le son est nickel. En 30 minutes, L.A. va dispenser de larges extraits de son album « From the City to the Ocean Side ». En applaudissant chaleureusement le public semble avoir apprécié.

Le line up de Kodaline implique Stephen Garrigan (chant, piano, guitare), Mark Prendergast (piano, guitare) Vinny May Jr (drums) et Jason Boland (basse). Une formation irlandaise dont le début de l’aventure remonte à 2011. Son deuxième elpee, « Coming Up For Air », est paru l’an dernier.  

Le rideau est tiré pour opérer le changement de matériel. Aurait-on droit à une surprise ? Quand il tombe, on remarque la présence de 18 rampes verticales recelant de petites lampes leds qui entourent l'estrade sur laquelle est installé le drummer. Mark dispose d’une belle panoplie de claviers. Stephen change de gratte quasiment après chaque morceau. Il la troque contre un synthé à deux reprises. « Ready » baigne au sein d’un light show aveuglant de couleur bleue. Une des couleurs dominantes du show. L’autre ? La mauve ! Lorsque Stephen débarque, il tourne le dos à l’auditoire, empoigne un tabourin garni de cymbalettes et invite la foule à applaudir. Message reçu 5 sur 5 par le public féminin. Celui des premiers rangs connaît les paroles des chansons et les reprend en chœur. Et quand Stephen lance un ‘Brussels’, les acclamations redoublent d’intensité.

Mais, il y a un problème. L’instrumentation est trop puissante par rapport à la voix de Stephen, qui sur disque, se révèle douce, précise et capable d’envolées magistrales dans les aigus. Un volume sonore tellement excessif, que votre serviteur doit régulièrement s’enfoncer des bouchons (NDLR : de circulation ?) dans les oreilles. Pourtant, lorsque l’expression sonore adopte un profil acoustique ou semi-acoustique, les compos passent parfaitement la rampe. A l’instar de « Way Back When », « Brand New Day », « The one » ou encore « Love like this », que Stephen interprète seul, en grattant sa sèche ou en soufflant dans son harmonica. Et si ses quelques interventions au piano sont superbes, elles sont trop rapidement étouffées par le reste de l’instrumentation. Pourtant, le public est chaud-boulette…

Ainsi, en fin de spectacle les filles, en délire, se mettent à hurler de joie… pendant que les portugaises de votre serviteur essuient les plâtres. D’ailleurs, il n’attendra pas le rappel pour vider les lieux…

(Organisation : Live Nation)

Filiamotsa

Like It Is

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« Like It Is »… constitue une injonction définitive, résumant à merveille le contenu assez brut de ce nouvel album, concocté par le duo français Filiamotsa, formé par Anthony Daguerre (batterie) et Emilie Weber (violon). Mixant un son résolument noise, développant des structures complexes et s’autorisant des envolées de cordes, le groupe nancéien –adepte des collaborations– a fait cette fois appel au mythique hollandais GW Sok, ex-vocaliste de The Ex, pour chanter des morceaux aussi hargneux que mélodiques, des titres qu’il interprète de sa voix si particulière et quasi-déclamée dans un registre proche de Mark E. Smith ; mais aussi au guitariste Olivier Mellano, que l’on a vu aux côtés de Psykick Lyrikah, Domnique A, Mudflow ou encore Laetitia Sheriff… Bref, cet elpee recèle 7 titres variés mais cohérents. Ainsi l’expérimental « Bholab/Blub » répond à la plage d’ouverture –décapante et dissonante– « The Little Shop », tandis que « Sleepy Tigers » laisse la part belle à une impressionnante tension électrique. Tout au long de cet elpee, Filiamotsa ne concède aucun compromis ; et si « Like It Is » n’est pas toujours facile d’accès, ‘C’est Comme Ça’, certains trésors cachés doivent se mériter (« Maybe ») !

 

Will Butler

Policy

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Attention, il ne s’agit pas de Win Butler, mais de Will, son frère, qui après avoir passé plus de 10 années dans son ombre, a décidé de se lancer dans une aventure solo. Un frangin qui milite, bien sûr, également au sein du groupe canadien Arcade Fire. Et pour un premier album, il faut admettre que le jeune William a dû supporter une pression peu banale. Car inévitablement, les comparaisons se sont mises à pleuvoir au sein de la fratrie Butler…

Pourtant, entre la musique d’Arcade Fire et celle de Will, il n’y a guère de similitude. Enfin, sur cet opus solo. Découpé en 8 plages, en une petite demi-heure, « Policy » trahit finalement bien la personnalité de cet artiste, déchaîné sur les planches, mais timide dans la vie quotidienne. L’expression sonore navigue d’ailleurs le plus souvent à des années-lumière du band montréalais. Pas de grandiloquence, mais des chansons brèves et légères. Tour à tour paisibles ou entraînantes. Les plus calmes n’ont, en général, guère d’intérêt. « Finish What I Started » est même complètement plat et presque embarrassant. A contrario, les plus rock passent bien la rampe. A l’instar d’« Anna » dont la construction tramée sur quelques accords est totalement surprenante et bien sentie. Une compo qui se révèle, en outre, très dansante. Mais c’est le sauvage et lyrique « What I Want » qui emporte tous les suffrages. Soutenu par un backing vocal judicieux (NDR : serait-ce Win ?), cette piste aurait pu figurer dans le répertoire de la formation canadienne.

Pour un premier essai en solitaire, Will n’a convaincu qu’à moitié. En fait, c’est lorsqu’il parvient à se forger sa propre identité (« Son of God », « Anna »), qu’il est le plus intéressant. Le reste du temps, il semble constamment chercher un fil conducteur. Mais en vain. Ce sera peut-être pour la prochaine fois. C’est tout ce qu’on lui souhaite !

 

Harley Young

Flinders Parade

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Depuis Brisbane, en Australie, Harley Young et son ‘backing band’ –The Haymakers– expédient « Flinders Parade », un recueil de chansons pop/rock lyriques (« Ghost Trap ») et souvent inspirées (« Chook Raffle Lady »). Adoptant un profil classique et marchant sur les pas d’orfèvres mélodiques, comme la formation anglaise injustement méconnue The Leisure Society, le songwriter ‘aussie’ débute pied au plancher par l’immédiat « Margate GF », dont l’énergie communicative et la fragilité rappellent Jens Lekman ; avant de passer au plus mélancolique « Balls Deep in Boondall », et d’embrayer par des morceaux qui ne lassent jamais, depuis la première à la dernière note. 

A travers sa musique, Harley Young reflète sincèrement son amour pour la pop et le rock. Réalisé apparemment en prise directe et sous une forme brute de décoffrage, l’enregistrement de « Flinders Parade » favorise une incarnation idéale. L’album veut rendre hommage à la ville natale de l’auteur et particulièrement à son quartier de Sandgate ; et à l’écoute du titre maître particulièrement ensoleillé, on a vraiment envie de traverser les océans pour prendre des vacances aux Antipodes !

 

Behemoth

De plus en plus proche des limbes…

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Dimanche soir, la ville portuaire d’Anvers baigne dans une atmosphère sombre. Non seulement à cause des conditions climatiques maussades, mais surtout suite au débarquement de quatre grands noms de la scène extrême. Embarqués dans une croisade blasphématoire de quinze dates au cœur du Vieux Continent, les mercenaires d’Inquisition, Entombed A.D., Abbath et Behemoth sont venus déverser dans le Nord du pays leur flot de hargne, de haine et de versets inspirés par le Malin. Les grenouilles de bénitier n’ont qu’à bien se tenir.

L’avis de tempête ne rebute visiblement pas les amateurs du genre. Le Trix affiche sold out, et ses alentours sont rapidement envahis par une marée de voitures. Plus une place de libre, il faut jouer de la carrosserie pour pouvoir garer son engin parmi les 1 100 metalheads du jour. Quelques courageux tentent d’allumer leur cigarette devant les portes de la salle de concert ; d’autres, beaucoup plus nombreux, préfèrent jouer l’ambiance aquarium en s’entassant dans une salle vitrée servant d’intermédiaire entre le monde extérieur et l’arène du jour. Mais vu le monde déjà présent à l’intérieur, il ne fait aucun doute que la majorité des badauds ne veut pas manquer une miette des méfaits du jour. Et on ne peut leur donner tort.

Alors qu’il ne s’agit que du premier concert de la soirée, c’est néanmoins une fosse déjà bien dense qui accueille les Américano-colombiens d’Inquisition. Loin d’être des inconnus dans le milieu, (mal)traitant le riff depuis maintenant vingt-huit ans, le duo pratique un Black Metal brut de décoffrage que les puristes pourraient qualifier de Raw. Visage grimé du classique ‘corpse-paint’ blanc et noir, Dagon, fondateur et guitariste/chanteur (NDR : sa voix est particulièrement nasillarde), arpente les planches d’un pied de micro à l’autre. Pas toujours facile d’occuper l’espace quand on est seul aux avant-postes. Le style lent et répétitif ne manque néanmoins pas sa cible et parvient assez rapidement à captiver l’auditoire. Les headbangings sont timides, mais le public reste compact tout le long du set. Si les sept titres dispensés sont issus des cinq derniers LP du combo, la part belle est néanmoins faite à son dernier, « Obscure verses for the Multiverse ». Bien que finalement un peu linéaire, et frappé malheureusement de quelques problèmes posés par le système sans fil de la guitare, Inquisition va néanmoins laisser une bonne impression et offrir une belle entrée en matière sous des auspices mystiques.

Le Trix a beau être comble, l’endroit est respirable et on ne se marche pas dessus dès qu’on bouge le petit orteil. Par contre, retenez-vous de tout besoin pressant ou d’une envie soudaine de vous procurer des tickets de boissons, au risque de vous retrouver coincé pour un bout de temps. Le stand merchandising est visiblement également victime de son succès : seules les tailles de guêpe parviennent à faire le choix dans le panel des t-shirts, hoodies et autres gilets frappés aux effigies des groupes à l’affiche. Le succès de la tournée était peut-être sous-estimé…

Quoi qu’il en soit, les Suédois d’Entombed A.D. s’apprêtent à monter sur l’estrade. Deux structures sont disposées de part et d’autre du podium, laissant apparaître un double motif de tête de corbeau sur fond noir. Eux non plus ne sont pas des novices en la matière, les artistes proférant un Death Metal old-school, depuis 1987. Définitivement une affiche de talents confirmés. Les membres débarquent tour à tour sur les planches, l’impressionnant bassiste Victor Brandt imposant sa stature de viking. L’ambiance est décontractée, les membres prennent plaisir à partager leur Death Metal bien gras avec la fosse. Malgré sa position en bas de l’affiche, les Scandinaves sont néanmoins autorisés, pour le plus grand plaisir de toutes et tous, de livrer un set de dix morceaux. Telle une vieille marionnette de clown échevelée, Lars-Göran Petrov reprend des forces en s’abreuvant de houblon Made in Belgium, entre chaque morceau ; mais c’est surtout sa voix gutturale qui impressionne. Un show tout en puissance, caractérisé par quelques envolées consistantes de Nico Elgstrand à la gratte. Une prestation qui va encore davantage ancrer leur notoriété au pays des growls.

Place à présent à la première tête d’affiche de la soirée. Abbath est en effet annoncé comme ‘co-headliner’ dans la programmation. Ancien guitariste et vocaliste du mythique Immortal, un des premiers combos de Black Metal, Abbath avait signifié, au cours de l’année 2015, qu’il comptait revenir sur le circuit au sein d’un groupe dont le patronyme serait le sien. Et qui impliquerait notamment l’ex-Gorgoroth et God Seed à la basse. On n’est pas loin du super groupe. Ici non plus, pas de fioriture, tous comme les deux bands qui les ont précédés. Les artistes se contentent d’un backflag frappé de leur logo, en arrière-plan. Creature –c’est le pseudo du batteur Gabe Seeber– opère son entrée. Il est coiffé d’un inquiétant masque aux allures diaboliques. Et est suivi par le nouveau gratteur de la formation, Ole André Farstad, le visage peint de blanc, hormis une fine ligne barrant de bas en haut son œil gauche et sa bouche. Arrive ensuite l’inquiétant et mystérieux King, au regard froid et perçant, précédant l’icône Abbath en personne. Longue chevelure noire, deux grands triangles de la même couleur couvrant ses yeux –contrastant avec le reste de son visage peint en blanc– il a le corps recouvert d’une armure en cuir rigide de couleur noire. Malgré son apparence de guerrier des ténèbres, l’artiste est également connu pour son autodérision vis-à-vis de son personnage et de ses postures ultra stéréotypées, auxquelles le public ne va évidemment pas échapper ce soir. Une heure de prestation, pendant laquelle la formation va exécuter, pour le plaisir de la fosse, aussi bien des nouveaux morceaux issus du nouvel opus (NDR : c’est le premier et il est éponyme) que des compositions nées au cours des grandes heures de gloire d’Immortal, telles que « One by One », « Tyrants » ou encore « All Shall Fall ». Les titres s’enchaînent, conférant au show cette impression de rouleau compresseur. Outre ses mimiques habituelles, Abbath balance maladroitement un ‘Hello Netherlands’ à mourir de rire. A contrario du bassiste, qui prend la poudre d’escampette dès la fin du set, Abbath décroche, à la demande d’un fan une des setlists scotchée sur un retour, et la lui remet, en affichant un grand sourire. Le geste en était presque touchant.

Les esprits ont bien été soignés aux petits oignons (ognons ?), et sont fins prêts à se prendre de plein fouet les morceaux autant possédés qu’envoûtants (envoutants) de Behemoth. Les Polonais sont réputés pour leur précision autant que leur esthétisme, tant pour leur musique que leurs prestations ‘live’. Ils se sont créés un univers qui, pour l’occasion, se traduit par une scénographie impressionnante. Trois pieds de micro sont plantés sur l’estrade. Tous en fer forgé, de couleur gris foncé et au design incurvé, ils sont surmontés par des têtes de serpents enroulés autour de pentagrammes inversés. Ils tiennent la fosse en joue. Placée au centre, la batterie est surélevée. Elle est entourée de deux écrans, au bas desquels sont posées des marches métalliques afin que les musiciens puissent y grimper. Un énorme backflag est hissé en fond de scène, non pas frappé du logo du band, mais bien d’une symbolisation d’un feu, le tout entouré d’un triangle irradiant. Ce même symbole figure également sur le pied de micro réservé à Nergal, chanteur/guitariste de la formation. Les techniciens s’affairent autour des pieds de micro, veillant à régler pilepoil les dispositifs pyrotechniques. Cerise sur le gâteau : deux bâtons d’encens sont accrochés dans le bas de la structure métallique du frontman. Il est 22h30 précise, la messe noire peut commencer.

La salle est plongée dans l’obscurité. La foule hurle, mêlant sa voix à celles de psalmodiassions féminines et plaintives, similaires à des cris de chamanes envoûtées. Les senteurs de l’encens commencent à se propager, des fragrances propices à la stimulation de ces parties de l’imaginaire collectif induisant une séance d’exorcisme. Deux grosses flammes tournoient autour de la batterie. Seth et Orion, respectivement guitariste et bassiste de la formation, sont plantés en haut des marches, devant les écrans. Nergal, quant à lui, rejoint petit à petit son micro et débute le lent et puissant « Blow Your Trumpets Gabriel ». Le combo va interpréter, en première partie, les neuf morceaux de leur dernier album, « The Satanist », dans un climat glauque, sombre et froid. Des projections brutes et crasseuses en noir et blanc de rituels, de désenvoûtements et autres services mystiques couvrent le spectacle d’une chape ténébreuse. Sans compter l’attitude délibérément distante, glaciale et possédée des artistes qui ne ce cessent de fixer leurs fans dans la fosse. Vêtus de guenilles en cuir –garnies de clou– ils paraissent fraîchement sortis des abysses diaboliques afin de célébrer leur liturgie satanique. Une mise en scène mûrement réfléchie, qui laisse apparaître, entre deux morceaux, tantôt une femme vêtue comme une sorcière africaine, balançant son encensoir en direction de la foule, tantôt Nergal lui-même, profitant de cette obscurité dans laquelle la salle est plongée, afin de débouler vers la fosse, calice à la main, pour distribuer des hosties frappées du logo du groupe. La fosse se bouscule, se presse vers l’avant afin de recevoir la divine manne du chanteur. Un ensorcellement généralisé où toute âme a fini, à un moment ou à un autre, par être contaminée.

Les lumières s’éteignent, changement d’ambiance, le venin est désormais diffusé dans les corps. Les Polonais reviennent afin de s’assurer qu’ils sont parvenus à mettre à genoux les derniers survivants, en interprétant tout d’abord « Pure Evil and Hate », opérant ainsi un bond de vingt-deux années en arrière, avant de poursuivre par les surpuissants « Antichrist Phenomenon » et « Conquer All ». Seth est au bord du podium quand il lance les premières notes de « Chant for Eschaton 2000 ». Du sang commence à couler sur le coin de ses lèvres, et se transforme en écume rougeâtre. Il respire un grand coup et finit par cracher le contenu de sa bouche sur les premiers rangs, définitivement souillés par les artistes. Ces derniers achèvent d’interpréter le morceau et quittent définitivement le lieux, aussi froidement qu’ils étaient arrivés.

Behemoth a une fois de plus démontré qu’il est devenu une valeur sûre de la musique extrême, tant musicalement que visuellement. En vingt-cinq années de carrière, Behemoth est passé du Black au Death Metal pour finalement, depuis quelques long playings, parvenir à transcender une synthèse de ces deux styles. Il crée, innove et, au risque de se casser les dents, ose franchir des lignes pourtant peu accessibles. Plus le temps passe, plus il prend de l’altitude en s’exposant par le riff et l’image. Ce qui lui permettra de traverser encore, dans le futur, bien des frontières qui le séparent des limbes, où nul ne s’est plus aventuré depuis des siècles et des siècles…

(Organisation : Biebob/Rocklive)

Discovery Box III : samedi 6 février 2016

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Il s’agit déjà de la troisième édition du Discovery Box, un petit festival qui se déroule dans la salle communale Baudouin IV, à Braine-Le-Comte. Cet événement est organisé par l’association Organic. Ce soir, The Experimental Tropic Blues Band constitue la tête d’affiche. C’est la toute dernière date du combo le plus déjanté de la scène belge, avant qu’il ne rentre en studio pour enregistrer son quatrième elpee. En général, fin de tournée, les artistes n’hésitent pas à se lâcher ; et Jeremy (alias Dirty Wolf ou Dirty Coq) ne va pas s’en priver. Un deuxième podium, de dimension respectable, a été installé, devant la scène principale. Elle est destinée à accueillir les artistes. 

(run) SOFA ouvre donc les hostilités. Un trio carolo réunissant le chanteur Antoine Roméo, le guitariste Julien Tassin et le drummer Wilson Rose. A cet instant, on ne dénombre qu’une cinquantaine de personnes dans la salle. Evidemment, le chanteur invite le public à s’approcher de l’estrade. Pas facile d’entamer un festival, quand il y a si peu de peuple. « Intro » (of course !) ouvre le set, un instrumental atmosphérique qui tient la route. Le bassiste est gaucher, mais ce n’est pas Macca ! Antoine –chapeau vissé sur la tête– débarque ensuite sur les planches pour attaquer « Champignon ». Dès « Let Me Stay », il empoigne une gratte électrique. Si sa voix peut envoûter, elle manque quand même de relief. Peu importe, elle colle à la musique du band. Antoine ne tient pas en place et arpente le podium de long en large. Avant que ne se produire un coup de théâtre. Le drummer abandonne ses fûts et cède ses baguettes au photographe. Un relais, ma foi, judicieux, car le remplaçant se révèle plutôt doué à la batterie, alors que Wilson se prend pour mime Marceau, sans pour autant avoir le visage grimé de blanc. L’expression sonore évolue alors au cœur d’un cocktail de math rock primaire et de psychédélisme. Single, « Papillon » se singularise par son riff de guitare agressif et une voix légèrement vocodée. Un morceau dont la vidéo nous replonge carrément au sein des 70’s (voir ici

Ilydaen embraie. Il vient de publier un album baptisé « Maze ». Ce power trio, qui pratique une forme de post/math/rock aux relents métalliques de nature scandinave, implique le chanteur/bassiste Erick Braun, le guitariste Daniel Schyns et le drummer Anthony Leusch. Les musicos sont issus de La Calamine et rencontrent un franc succès au Grand-duché de Luxembourg, en Allemagne et aux Pays-Bas. Instrumentalement, la précision des instrumentistes est manifestement germanique. Donc irréprochable.

Dès les premiers accords de gratte dispensés par Daniel sur « Lux » –et ils sont incisifs– on est scotché par sa dextérité. Il semble hanté par Steve Vai, Jeff Beck et Joe Satriani à la fois ! Notre regard se focalise le plus souvent sur son manche. Sa technique est sidérante ! Faut dire qu’il peut aussi compter sur une section rythmique particulièrement solide. Tour à tour sauvages, percutantes, atmosphériques, les compos défilent comme de véritables claques. Quoique agressif, « 1/121 » se distingue par son sens mélodique, les vocaux achevant le morceau par une intervention délicatement atmosphérique. Une belle surprise !

La salle se peuple progressivement, mais ne dépassera jamais la barre de la centaine de spectateurs. La dernière fois que Thyself s’était produit en ces lieux, il n’y avait que 4 personnes pour les applaudir. Faut dire que c’était juste après les attentats de Paris. Ce soir, l’auditoire est quand même plus conséquent. Constitué de barbus, ce quatuor namurois réunit les gratteurs Florestan Thiry et Benoit Petit, le drummer Ulysse Wautier et le bassiste Lucas Serruya. Le premier assure le lead vocal. Les deux derniers les chœurs. Les musicos reconnaissent pour influences majeures Radiohead, Portishead, James Blake, Archive, Alice in Chains et Queens of The Stone Age. Un Ep éponyme à l’actif de ce combo, dont la musique oscille entre l’alt et le post rock. Et un album est en préparation. Lauréat du concours Verdur Rock et finaliste du Concours Circuit, il s’est produit dans le cadre de l’édition 2015 du festival ProPulse.

Le set s’ouvre par « Framus » et « Behind Clouds », deux morceaux qui font la part belle aux six cordes. Une des grattes est frémissante, l’autre plus sauvage. Tout au long de « Behind Clouds », la voix est atmosphérique. Caractérisé par son intro post rock, « Wasted All » lorgne carrément vers Archive. Plus accessible, « Come To Pray » est un titre plus pop et sucré, à la rythmique légèrement reggae. Sympa comme prestation !

Pour le concert de The Experimental Tropic Blues Band –qui fête ses 15 ans d'existence– aucune setlist n’a été prévue. Le trio achève sa tournée consacrée au concept ‘The Belgians’. Il s’attend donc à des projections pendant le show. Les trois musicos s’installent dans la fosse et attaquent immédiatement le répertoire. Jeremy a décidé de faire le show. Il annonce que nous sommes tous réunis pour parler d'une sujet difficile : l'amour. Pour lui, c’est important ! Il va d’ailleurs insister à de nombreuses reprises sur cette question. Et invite tout le monde s’exécuter. Son système 3 pièces le démange. Il ne l’exhibera pas, car la tirette semble coincée. Grand amateur de gingembre, il incite à pratiquer le Gang Bang. La pression commence à monter, surtout du côté de quelques meufs qui semblent particulièrement excitées. Sans pour autant passer à l’acte. Devil D'inferno est intrigué par les frasques de ses compères. Qui va lancer le premier riff ? Il doit imprimer le tempo. Dirty Coq continue de tailler une bavette avec les spectateurs, alors que les deux autres se lancent dans une ancienne compo. Place ensuite à une sorte de rockabilly improvisé. Jean-Jacques reprend le contrôle, mais dès le titre suivant, Jeremy entre dans un nouveau délire et sollicite un ticket. Lors d’un blues old school les deux sixcordistes s'affrontent en duel, manche contre manche. J-J souffle dans son harmo, alors que Dirty Wolf complimente les filles. Il empoigne la bouteille d’une d’entre elles et avale d’une bonne rasade de moinette. Il déteste la bière et préfère le Jack Daniel's. Résultat, il recrache le liquide au sol. Il extrait de sa poche arrière ‘un baby bamboo’, c’est-à-dire une sèche au gingembre. Dès qu’il l’a allumée, l’odeur nauséabonde emplit l’espace. Il vocifère dans le micro. Et nous fait croire que n’est Noël. Il invite Boogie Snake à produire un riff sur sa gratte. Ce dernier s'exécute. C’est le moment choisi par le trio de se lancer dans un titre de garage/rock burné, au cours duquel Jeremy glisse quelques mots en français : ‘Hey baby, si tu veux faire l'amour avec moi, tu dois être agile et mobile’. Place ensuite à une version originale d’un titre de Run DMC. Jeremy signale que le band a pas mal voyagé, mais confesse que les plus bizarres, ce sont eux. Ce délire va durer pendant deux bonnes heures, au cours desquelles on aura droit à des titres de leur répertoire, pas mal de reprise de standards de l’histoire du rock’n’roll et même à des jams. Lors de l’une d’entre elles, un spectateur récupère le micro de J-J et s’improvise quatrième membre du band. Un vrai show de rock’n’roll !

(Organisation : Centre Culturel de Braine Le Comte)

The Experimental Tropic Blues Band + Thyself + Ilydaen + (run) SOFA + ex-Zero Tolerance for Silence

 

The Rhythm Junks

Les nouvelles roots du blues…

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The Rhythm Junks réunit des vieux briscards issus de la scène blues, roots et jazz du Nord de la Belgique. A l’origine, le line up impliquait Steven De Bruyn, Tony Gyselinck (Toots Thielemans) et le vétéran Roland Van Campenhout. Le trio s’était ainsi produit à l’AB en 2010, dans le cadre de la sortie de l’album « Fortune Cookie ». Et votre serviteur avait eu l’opportunité de rencontrer les deux premiers cités. Depuis Roland a cédé sa place à Jasper Hautekiet (Amiral Freebee).

Célébrant ses 11 années d’existence, la formation vient de publier son quatrième elpee, « It Takes A While ». Et a donc décidé de repartir en tournée pour le défendre. Elle va même assurer le supporting act de Balthazar et de Triggerfinger.

Si la salle n’est pas sold out, elle est copieusement garnie. Posée devant lui, la valise de Steven recèle des tas d’instruments : une panoplie d’harmonicas, des machines pour amplifier le son, un sequencer (qu’il a baptisé synthé graphique) et un looper. Il dispose même d’un ‘omnichord’. Egalement baptisé auto-harpe, cet instrument électronique de construction japonaise ressemble à une gratte sans manche, et il libère des sonorités métalliques analogues.

Dès « How Long », Steven improvise. Il jongle entre ses différents harmos et exploite déjà son micro américain ainsi que de sa loop station, alors que la section rythmique adopte un profil, ma foi discret. L’impro terminée, il adresse un regard à Jasper, dont la basse se met à vrombir. Un peu fort, quand même. Steven est en grande forme. Il sautille ou danse en soufflant dans sa musique à bouche. Coiffé d’un chapeau mou de paille, Tony martèle ses peaux et ses cymbales. Et il est plus que convainquant derrière ses fûts. Le morceau ne dure que 180 secondes sur l’elpee, cette version ‘live’ dépasse les 8 minutes.

« Calling Massala » rend hommage à Massala, une artiste que Steven a rencontré lors d’un festival de jazz à Nairobi (Kenya). Elle apprend la musique à des enfants. Séduit par le projet, il lui a envoyé 150 harmonicas. Et a aussi accordé des cours via Skype à l’éducatrice.

Steven abandonne son harmonica pour empoigner le fameux omnichord, dont il extrait des sonorités vraiment singulières. Tout en donnant parfois de la voix. Et le public d’applaudir sa prestation, à plusieurs reprises.

Place ensuite à « Why Would I Worry », le premier single du long playing. Steven triture les boutons des machines placées devant lui. Il passe de nouveau d’un harmo à l’autre, dont deux imposants qui communiquent une touche blues/roots au morceau, nonobstant le recours à l’électronique. Enfin, pas à travers des beats electro, mais simplement pour servir d’amplification à son instrument de prédilection. Précision quand même, sa voix reste naturelle. Elle n’est ni triturée par un vocodeur ou un quelconque filtre.

« The Game Is Up » atteint sa pleine puissance ; faut dire que la frappe de Tony est particulièrement énergique. Il se réserve son petit solo lors de « Shopping Again ». Pour deux plus anciennes compos, « Hunters » et surtout « Some People » (« Pop Off »), Steven utilise son fameux synthé graphique. Des compos qui font mouche.

« Checking In » lorgne manifestement vers le r&b des Stones. Celui de leurs débuts. Un titre au cours duquel l’harmo libère une belle dose d’agressivité.

Pas de cuivres, comme sur l’album « Pop Off », pour « Join Da Bus » ; mais la version parvient quand même à mettre le souk dans l’auditoire. D’ailleurs, à ce moment précis, l’expression sonore voyage entre la Jamaïque, l’Afrique et la Louisiane…

Steven manipule ses machines pour alimenter « Winter Bones ». Et notamment cet omnichord. Enfin, « Trying To Listen » semble déchiré entre électro et blues/roots, plongeant le mélomane dans une atmosphère empreinte de mystère. Ce qui n’empêche pas les trois musicos de briller sur leurs différents instrus.  

Plus étrange encore, « Headphone City » évoque… dEUS….

Deux titres seront accordés lors du rappel. D’abord le paisible « Ofline Land », compo qui opère un retour aux années 70 voire 80. Puis « Best Kept Secret », un blues fangeux mais sans gratte. Une invitation à naviguer dans le Delta, pour sillonner le bayou, en barque, sous le regard sournois des alligators, qui rêvent sans doute de croquer ces Rhythm Junks

(Organisation : Ancienne Belgique)

GrandGeorge

La preuve par six !

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GrandGeorge se produit dans la Rotonde ce vendredi 5 février, un concert destiné aux pros du spectacle. Il y a un peu plus de monde que les deux jours précédents.

Né à Versailles, Benjamin GrandGeorge est âgé de 34 ans. Il s’était établi à Bruxelles, à cause de son job (NDR : il est ingénieur). Et avait pris une année sabbatique pour se consacrer à la musique. C’est un de ses potes qui va transmettre une de ses maquettes chez PiaS, où il signe en 2013. Il rencontre le producteur/mixeur américain Mark Plati (David Bowie, Bashung, Puggy), sous la houlette duquel il publie son premier Ep « So Fine », dont le titre maître l'a fait connaître au grand public. Il vient de publier son premier  album, « So Logical ». Depuis, il a tout lâché pour vivre sa passion. Et ce choix lui réussit apparemment très bien.

Sur les planches, Benjamin –armé de sa sèche– est soutenu par le bassiste Nicolas L'Herbette et le drummer Samuel Rafalowicz, deux musiciens chevronnés qui viennent de l’univers du jazz. D’une durée de 30 minutes, le set proposera 6 morceaux. La preuve par six ?

Et s’ouvre par le titre maître du nouvel opus, « How Long ». La mélodie est tellement contagieuse, qu’une fois enregistrée dans la boîte crânienne, on n’arrive plus à s’en débarrasser. Place ensuite à son tube de l'été 2015, « So Fine ». Il y injecte une belle dose d’énergie et y met tout son cœur. Son entrain et sa bonne humeur sont communicatifs.

GrandGeorge signale que la prochaine chanson synthétise bien son projet. Il adore les mathématiques, la musique en général et tout particulièrement celle qui vient de l’Afrique. Une chanson tout au long de laquelle, il s'est amusé à faire côtoyer des rythmes et des mesures qui ne sont pas sensées être compatibles. Et c’est le batteur qui amorce ce « Fading Away ». Habité par son chant, GrandGeorge se balance. Il tâte du djembé. Puis de ses cordes, entame un duel avec le bassiste. Les manches des instruments se frôlent. On ressent les vibrations au sol et on a envie de danser. Mais par respect pour le public, on reste collé à son banc. La gratte s’impose naturellement tout au long de « So Logical », le morceau maître du dernier elpee ; une plage à la jolie mélodie. GrandGeorge signale que réserver un titre qui ne figure pas sur l’album aux prestations ‘live’ est plutôt sympa. Son titre ? « Good Old Money ». Une compo ska/pop sautillante et sucrée qui adresse un petit clin d'oeil aux traders, puis opère une petite incursion dans la soul et le Delta.

Avant de terminer le set, il présente ses musicos. Et reconnaît être devenu un hôte régulier de la Rotonde (NDR : résidence et concerts). Et y revient d’ailleurs ce 18 février. Il troque sa sèche contre une électrique. Et achève la prestation par un morceau de funk incendiaire, « Petit Dej ».

(Organisation : ProPulse)

Phil Anselmo se retire pour un moment

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Phil Anselmo, ancien frontman de Pantera et actuel vocaliste de Down et de Superjoint, a annoncé cet après-midi sur son site Internet qu'il faisait momentanément un pas de côté, suite à la polémique engendrée il y a de cela quelques jours montrant l'artiste, visiblement éméché, se targuant à la fin d'un concert d'un salut nazi suivi d'un "White Power" pour le moins déplacés.
 
Les réseaux se sont ensuite enflammés, bon nombre d'artistes donnant leur point de vue quant à cet acte douteux (voir notamment le coup de gueule de Robb Flyn, leader de Machine Head). Phil Anselmo s'est ensuite expliqué, par écrit puis par vidéo, expliquant qu'il ne pensait pas cet acte, qu'il avait abusé du vin blanc et qu'il en était profondément désolé. Ce mea-culpa n'a apparemment pas apaisé les esprits, tant et si bien que l'artiste a fini par annoncer aujourd'hui qu'il comptait faire un pas de côté pendant une période de temps encore indéterminée.  "Mes compagnons de route doivent aujourd'hui subir les conséquences de mon comportement, je tiens donc à m'en excuser publiquement auprès d'eux. Jamais je n'ai voulu leur nuire, c'est pourquoi je leur ai suggéré en privé de continuer leur chemin sans moi", a notamment indiqué Anselmo. 
 
Les groupes dont il fait partie n'ont pour le moment pas encore réagi quant à cette décision. Le Festival FortaRock en Allemagne avait quant à lui déjà annoncé hier qu'il annulait la prestation de Down en juin prochain, suite au comportement de leur chanteur.
 
 
 

Milo Gonzalez

Entre nylon et métal…

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Le premier ‘jeudi acoustique’ de l'année 2016, programmé au Salon de Musique à Silly, se déroule ce 4 février. Une formule inédite pour la région. Un artiste vient présenter son répertoire. L’entrée est gratuite. A la fin du show, on fait passer le chapeau. A l’affiche, ce soir, Milo Gonzalez, un jeune virtuose de la guitare issu de Venice Beach, en Californie. Capable de s’exprimer à travers le classique, le flamenco, le punk, le blues, le bluegrass ou le psychédélisme, il se sert d’une guitare dont les cordes sont partagées entre métal et nylon…

Une cinquantaine de spectateurs se sont déplacés pour applaudir le prodige américain. « Battle Squids » ouvre les hostilités, une compo nerveuse abordée dans l’esprit de Rodrigo y Gabriela. Deux minutes trente au cours desquelles il affiche déjà tout son savoir-faire. Il est habile de ses dix doigts. Cinq se consacrent sur les 3 cordes du haut (métalliques) et cinq sur les 3 cordes du bas (nylon). Milo raccorde sa gratte après chaque chanson.

Milo Gonzalez enlève chaussures et chaussettes afin d’optimaliser son contact avec les différentes pédales de distorsion placées devant lui. « Desert Marauder » baigne dans un climat classique alors que « Purple Green Ice » nous entraîne dans le flamenco. Sur disque, cette dernière compo dure 3 minutes. En ‘live’, le double. La dextérité manifestée sur le manche, par l’artiste, est stupéfiante. Une B.O. idéale pour sonoriser un documentaire consacré à une aurore boréale.

Pas de percus pour « Sun And Moon », un titre folk que Milo chante d’abord d’une voix douce, avant de tenter de la pousser dans les aigus. Sans doute pour couvrir le léger brouhaha propagé par l’auditoire. Pas convainquant. Pas grave, c’est surtout sur sa gratte qu’il est balaise. A l’instar d’« Ice Age », qu’il achève en picking. Il est enfin à la hauteur, au micro, sur « Encounter », un titre réminiscent de Neil Young. Mais également tout au long du dernier titre du set, « Like A Book ». En rappel, il nous réserve une version d’un morceau signé par le légendaire pianiste, Erik Satie. Et franchement, en privilégiant les trois cordes en nylon, il réussit parfaitement cette interprétation…

(Organisation : le Salon de Silly)

Lieutenant

Tout le monde en a pris pour son grade…

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L’édition 2016 du festival Propulse débute ce mercredi 3 février. C'est un peu l’équivalent de l'Eurosonic, mais il se déroule en Belgique ; un événement destiné à mettre en vitrine les artistes noir jaune rouge.

Lieutenant est un quintet liégeois drivé par le chanteur/guitariste Laurent Van Ngoc. A l’origine, la formation puisait allègrement ses influences dans la pop acoustique anglo-saxonne (Simon & Garfunkel, Love, Belle & Sebastian, Kings of Convenience) ; et les lyrics étaient torchés dans la langue de Shakespeare. Puis au fil du temps, celle de Molière a pris le relais, afin de mettre davantage les mots sur les émotions. Faut dire que les musicos s’intéressent également à toutes les formes d’art. Et notamment la littérature, le cinéma ainsi que la peinture. Qui constituent également une source d’inspiration de leur ‘songwriting’. Le combo vient de publier un premier opus, « Au Coeur De L'Arène », un disque qui a bénéficié du concours de Thomas Belhom (Tindersticks, Calexico) à la mise en forme. Pour concocter ce concept album, les musicos ont également mis en commun leurs propres influences, qui oscillent du jazz au classique, en passant par le folk et la pop. 

Outre le leader, le combo implique le pianiste/bassiste Philippe Lecrenier, le drummer Pierre Mulder, le gratteur/clarinettiste Vincent Hargot et la violoniste (NDR : très sexy, par ailleurs) Anne-Claude Dejasse. En ‘live’, le combo est enrichi de trois autres instrumentistes : la violoncelliste Aurélie Potty ainsi que les violonistes Damien Chierici et Arno Polet (alto). De quoi former une parfaite section de cordes. Ils sont huit sur l’estrade.

Juste au dessus de la table de mixage, quatre toiles sont exposées. Sur scène, le décor est soigné, à l’instar de la pochette du long playing. Un texte en slam est déclamé sur fond de gratte, avant que le band n’attaque « Ecume ». Le discours militant achevé, Laurent se plante devant le micro. Les accords de guitare sont presque classiques. La musique est empreinte de douceur. Et les textes incitent à poser une réflexion sur l’égoïsme de notre monde contemporain : ‘L'homme moderne abandonne le compromis pour embrasser l'utopie ; il noie ses angoisses dans l'absolu’…

« Tout est écrit » baigne au sein d’un climat balkanique et manouche, en même temps. A cause de la clarinette. Les cordes communiquent un sentiment de mélancolie. Les chœurs prennent leur envol. Vers l’Est. Comme ceux de l'Armée Rouge. Pour les militaires, c'est le même combat. Une guérilla éclate entre les cordes et cette clarinette ; mais aucun belligérant n’arrive à prendre le pouvoir. « Manège de fin d'un monde » est balisé par les ivoires. Laurent a abandonné sa gratte. C’est le Lieutenant (NDR : le capitaine ?) du navire ; et il dirige le périple (NDR : la croisière ?) de sa voix et de ses mains, alors que l’embarcation est bercée par les cordes languissantes d’Anne-Claude…

Les percus s’agitent tout au long de « L'épine au fond du coeur », compo pour laquelle Laurent a récupéré sa guitare semi-acoustique et qui s’achève en force par la conjugaison des interventions de clarinette et de cordes.

Des cordes qui se déversent sur « Océan De Pluie » et se chamaillent avec les percussions, avant que le violoncelle ne reprenne le flambeau, au sein d’un climat symphonique. Anne-Claude, qui est venue épauler Laurent aux vocaux, rencontre un léger problème de micro. Un nouveau texte est déclamé avant que les ivoires n’installent une atmosphère propice à la « Peur ». Et lorsque le titre commence à s’animer, c’est pour opérer un retour vers les Balkans, avant un retour au calme. Et le set de s’achever en beauté par « Le coeur de l'arène », morceau qui génère une lueur d’espoir… Ce soir, tout le monde en a pris pour son grade…

(Organisation : ProPulse)

Various Artists

Blues Harp Women

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L'harmonica a toujours été un instrument privilégié dans l’univers du blues. Il est peu encombrant, facile à transporter et peu coûteux. Le blues originel, d'avant-guerre, a enfanté des harmonicistes qui sont parvenus à se forger une belle notoriété (De Ford Bailey, Will Shade et Lewis Noah, notamment) ; mais c’est lors du Chicago blues d'après-guerre, que la musique à bouche a vécu son âge d'or, révélant des légendes telles que Little Walter, Sonny Boy Williamson, Junior Wells et la liste est loin d’être exhaustive. Quand le blues s’est coloré de blanc, d’autre artistes se sont distingués, et en particulier Charlie Musselwhite, Paul Butterfield et Kim Wilson. Et les dames alors ? Et bien elles se sont illustrées et s’illustrent encore. La plus prestigieuse a certainement été Willie Mae Thornton, mieux connue sous le sobriquet de Big Mama Thornton. Originaire de l'Alabama, elle est décédée en 1984, à l’âge de 57 ans seulement. Elle a décroché un succès en 1952, grâce à "Hound Dog", quelques années avant qu'Elvis Presley ne le chante! Et c'est en écoutant Big Mama que le producteur Norman Davis a eu l'idée de monter cette collection réservée aux souffleuses. Elles ne sont pas moins de trente pour perpétuer la légende. Certaines sont connues, mais la plupart ne le sont guère. Thomas Ruf a donc publié une double compile pour mettre en exergue ces instrumentistes…

Sur la première plaque, Paula Rangell ouvre cet imposant cortège. Depuis 1979, elle drive ses Pontiacs, un blues band issu de la Nouvelle Orléans. Son "Harmonica girl" est particulièrement nerveux. La charmante New-yorkaise Roxy Perry se réserve le rythmé "Roadmaster". Etablie basée à Seattle, Stacy Jones est une excellente chanteuse de blues contemporain ; elle a aussi du souffle et le démontre à travers un solo bien senti sur ce funky "Heavy water". Instrumental, "Down home shakedown" nous replonge dans les années 60. Big Mama Thornton y partage un duo avec un autre harmoniciste (Big Walter Horton?) Authentique, classieux, ce morceau vous flanque une véritable claque. Artiste de country/blues, Lynn Ann Hyde est issu de Portland, dans l’Oregon. Elle a gravé quelques elpees en compagnie de Stu Kinzel. Elle adapte le "32-20 Blues" de Robert Johnson. Fastidieux de citer toutes les souffleuses, chacune s’exprimant suivant son propre talent. Je ne pourrai les citer toutes, car elles possèdent toutes une bonne dose de talent. Aussi, concentrons-nous sur les meilleures. Dont la Californienne (NDR : elle est issue de San Francisco) Beth Kohnen qui s’illustre sur l'instrumental "Ain't easy", et Trina Hamlin (NDR : elle vient de Minneapolis) pour "Down to the hollow".

Passons au deuxième volume. Qui s’ouvre par "Cash is king". A l’harmo, Jenny Kerr, une autre Californienne (également issue de San Francisco). Multi-instrumentiste, elle est également capable de briller à guitare, au banjo et au piano. Bostonienne, Cheryl Arena souffle depuis près de trente ans ; et elle brille tout au long de "Blues got me". Talentueuse, Annie Raines est également issue de la capitale du Massachussetts. Agée de 23 ans, elle compte déjà quelques albums à son actif. Et forme un duo en compagnie du chanteur/guitariste Paul Rishell. Ses interventions sont aussi redoutables qu’efficaces lors du superbe boogie instrumental "Lookin' good". Australienne, Marion Turner forme aussi un duo au sein de Salty Dog, auprès du guitariste Steve Plater. Et sa prestation est plus que solide tout au long de "He's gone". Pour le reste, on épinglera encore Dana Dixon pour le boogie blues  "Crazy Maisie", qu’elle chante également. La Française Christelle Berthon pour sa version pure du classique "Summertime". L’Italienne –établie en Oregon– Cécilia Loforti, très à l’aise pour exécuter "Doctor C". Et dans un registre country/blues, Rhonda Rucker, authentique dans son interprétation de "Rhonda Alla Blue". Si tout n’est pas parfait, cette collection a le mérite d’exister…

 

Sunn O)))

Kannon

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Tout néophyte qui écouterait pour la première fois cet album pourrait penser qu’on se fout de sa gueule. Et il aurait tout à fait raison. Trois morceaux qui oscillent autour de dix minutes chacun, au cours desquelles il ne se passe… rien. Trois introductions lugubres, noires et planantes. Punt aan de lijn !

Mais cette première frustration passée –il s’agit quand même d’un groupe dont le vocaliste n’est autre qu’Attila Csihar, celui de Mayhem, légendaire groupe norvégien de Black Metal– il est nécessaire de se rappeler que Sunn O))) milite dans un genre relativement méconnu : le drone (Trad : bourdon). Car ce style minimaliste se sert de certaines notes ‘bourdonnantes’, tirées en longueur et répétées, qui alimentent de longs morceaux atmosphériques.

Mises dès lors en contexte, ces compositions tendent alors à prendre une autre facette. Tel un mauvais songe éveillé, le sol ne cesse de se dérober. Une nage libre, sans bords à portée de main. Une ambiance sombre et lugubre à souhait, malsaine et possédée. Des voix dérivant directement de l’inconscient, invitant à sombrer dans la folie, telles les sirènes du chaos. Il serait tout à fait illusoire de chercher à fuir ; vous vous enfonceriez graduellement dans le magma boueux du désespoir. Une forme d’hypnose destinée à accomplir un voyage spirituel pris à contresens, touchant de temps à autre ce qu’il peut y avoir de plus détraqué et de plus noir en l’homme et au-delà.

Cet album, le huitième de la formation américano-hongroise, nous entraîne dans un périple vers l’inconnu, une expérience promise à l’exploration de la part sombre du psychisme. Mais un parcours initiatique destiné néanmoins à un public plus qu’averti, tant les compositions se veulent hermétiques et volontairement hors d’accès. Amateurs de mélodie, de structures et de refrains faciles à fredonner : fuyez tant qu’il est encore temps. Seuls les plus atteints d’entre vous parviendront à tirer une jouissance de ce triptyque.

 

Keith Stone

The Prodigal returns

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Keith Stone est un enfant de la Nouvelle Orléans. Pas tout à fait un enfant car, âgé de 50 ans, il est déjà considéré comme un vétéran de la scène locale. Il est parvenu à assimiler tous les courants qui alimentent la musique néo-orléanaise : jazz, blues, R&B, funk, dixieland et Brass Band. Stone a fait ses armes chez Willie Lockett & The Blues Krewe. "The Prodigal returns" constitue son premier long playing. Il a été enregistré chez lui, en Louisiane, sous la houlette de David Hyde, également préposé aux parties de basse. Hyde avait participé aux sessions d’enregistrement de l'excellent album de Fo' Reel, "Heavy water", fin 2014.

Le court "Prélude" instrumental s'ouvre par le piano de Dr John. Il nous entraîne dans les rues du quartier français de New Orleans. On entend le bruit produit par une calèche, puis d’une fanfare, celle d’un brass band, qui parcourt habituellement ces quartiers. R&B largement cuivré, "Better things to do" évolue dans un registre proche du southern soul de Memphis. La voix de Keith est puissante. Sa guitare est particulièrement affûtée. Nelson Blanchard double orgue et batterie. Des cordes empreintes d’une grande sensibilité amorcent "First love", un superbe blues lent. Autoritaire, austère, la voix domine ce blues tapissé par l'orgue et les ivoires de Blanchard. Et si le solo de guitare est excellent, Stone prolonge volontairement ses notes pour obtenir un effet dramatique. Autre excellent blues, "Cindi Leigh" véhicule des accents zydeco, des accents entretenus par l'accordéon de Bruce ‘Sunpie’ Barnes et le frottoir d'Andy J Forest ! Et au cœur de ce climat naturellement cool, le saxophone ténor de Mike Broussard s’évade. Une forme de soul indolente mais chaleureuse baigne "Take me home". Elaine Foster participe aux chœurs et Keith injecte énormément de feeling sur ses cordes, tout au long de ce morceau au cours duquel les cuivres excellent : Lacy Blackledge à la trompette ainsi que Mike Broussard aux saxophones ténor et baryton. "New Orleans Moonlight" est bien ancré dans la ‘Crescent City’, un titre de soul/blues cuivré abordé dans l’esprit de Dr John, alors que les interventions de cordes dépouillées lorgnent vers BB King. La basse de David Hyde et les percussions de Nelson Blanchard sculptent "Time to move on" dans le funk. Bobby Henderson se réserve un bijou de solo sur son saxophone alto avant de céder le relais à Stone, inspiré par Albert King. Henderson est passé au ténor sax pour "Make me feel alright", un rock'n'roll contaminé par les rythmes de la Louisiane. La trompette de Blakckedge et la guitare de Stone colorent "Buster's Place" (NDR : le Buster's est un restaurant local réputé dans la Soul Food), un instrumental paradoxalement ‘no jazz’. Bénéficiant d’excellents arrangements, "The prodigal returns" est un morceau de funk au cours duquel Keith triture ses cordes à l’aide de son jeu de pédales. Longue finale instrumentale, "Just a closer walk with Thee" revient à la case départ : le piano magique de Dr John, la guitare tout en feeling, la voix, l'orgue de Blanchard et, enfin, le brass band avec trompette, sousaphone, trombone et saxo alto. Un excellent album!

 

Ht Roberts

Old Light

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Depuis 1997, Ht Roberts publie album sur album, des œuvres sculptées dans un folk intemporel. Et il bonifie avec le temps. Si mes calculs sont exacts, « Old Lights » constitue son 10ème opus. Armé de sa gratte, ce ménestrel est responsable de morceaux au plus près de l’os, caractérisés par des mélodies inaltérables, toujours puissantes, même si 1000 fois entendues, qu’il creuse dans le sillage de figures tutélaires, souvent rabâchées, telles que Bob Dylan ou Willie Nelson. La voix d’Herman Temmerman (le ‘Ht’) rappelle celle de Sam Beam (Iron & Wine). Une voix qu’il accompagne de quelques accords de sèche, mais surtout d’une instrumentation plus spécifique oscillant du banjo à l’harmonica et d’un backing vocal, afin d’offrir davantage de variations à son expression sonore et ainsi d’accentuer certaines émotions. Minimalistes mais chaleureuses, les 11 compositions d’Ht Roberts sont véritablement ces ‘Vieilles Lumières’ chaleureuses et rassurantes (« Emma’s Land ») annoncées par un artiste belge à découvrir –enfin– de toute urgence…

 

Pinetop Perkins & Jimmy Rogers

Genuine Blues Legends

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Ces deux légendes du Chicago blues ont milité, à des moments différents, au sein du Muddy Waters Band.

Chanteur, harmoniciste et compositeur, Jimmy était avant tout guitariste. Il militait au sein du backing group de Muddy Waters, au cours de la grande époque des 50’s. Il est parti trop tôt, des suites d'un cancer, en 1997. Il était âgé de 73 ans.

Joseph William ‘Pinetop’ Perkins était pianiste. En 1969, il avait remplacé le remarquable Otis Spann, au sein du groupe de Muddy Waters. Plus tard, il va sévir chez le Legendary Blues Band. Il est mort dans son sommeil en 2011. Il avait 97 ans.

Ces deux artistes mythiques se connaissaient, bien entendu, depuis longtemps. Un soir de mai 1988, au Grand Auditorium d'Ellsworth (NDR : c’est dans le Maine), ils se retrouvent au sein de l'excellente formation, Little Mike and The Tornadoes, un combo drivé par l'harmoniciste Little Mike Markowitz. La même année, ce combo va participer aux sessions d’enregistrement du premier opus solo de Pinetop, "After hours", paru chez Bling Pig.

Les quatre premières plages sont réservées à Pinetop Perkins, flanqué des Tornadoes. L'harmonica de Little Mike introduit le "Kidney stew" d'Eddie 'Cleanhead' Vinson. Pinetop chante et se consacre aux ivoires, mais le premier envol est accordé par le gratteur des Tornadoes, Tony O'Melio, rapidement suivi par Little Mike. Tout au long du classique de Tommy Tucker, "High heel sneakers", ainsi que du remarquable "Had my fun" de St Louis Jimmy Oden (NDR : un long blues lent), on assiste à de très beaux échanges entre le piano et les cordes d'O'Melio. Perkins chante enfin le boogie woogie "For you my love". Jimmy Rogers entre enfin en scène pour chanter trois morceaux. Tout d’abord le célèbre "Big boss man" de Jimmy Reed. Puis le superbe blues lent "All in my sleep", au cours duquel, parcimonieux, les accords de grattes libèrent un maximum de feeling. Et enfin, son plus grand succès, "The last time", un titre qu'il avait enregistré en 1952. Pinetop reprend le micro pour aborder le tendre "When I lost my baby", avant qu’il n’attaque son hit intemporel "Pinetop's boogie woogie", bien épaulé par les cordes de Rogers et l'harmo de Little Mike. "Pine and Jimmy's Jump" clôt cet LP. Les deux légendes du blues ainsi qu’un étincelant Little Mike en profitent pour prendre leur pied…

 

John McKinley

Window on the World

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John McKinley est originaire de Roswell, au Nouveau Mexique. Adepte du blues/rock, ce chanteur/guitariste/compositeur confesse volontiers ses influences, qu’il puise généreusement chez les artistes issus du Texas voisin (Freddie King, Johnny Winter et ZZ Top !) ; mais également à la tradition mexicaine ainsi qu’aux expérimentations de Frank Zappa. Aujourd'hui, John vit au Canada, à Kitchener, dans l'Ontario. "Window on the World" constitue son premier elpee. Lors des sessions d’enregistrement il a reçu le concours de son fils, Darius, à la basse, Ben Rollo, à la batterie, ainsi que Darryl Romphf, à la seconde gratte. Ce dernier assure, en outre, la production.

Instrumental, "Dirty nails" ouvre l’opus. Un morceau sculpté dans le rockin' blues, caractérisé par des accès de guitare très dynamiques, mais aux motifs un peu trop éclatants voire artificiels, dispensés dans un registre métallique. Les arrangements de "One a ponce a time"  baignent dans le jazz rock, une plage complexe au cours de laquelle lors du refrain, la voix de John est soutenue par des chœurs bien masculins. Plus blues, "Welfare Mama" est teinté d’exotisme, dans l’esprit de Carlos Santana. Les vocaux ne manquent pas de charme. Les accords de gratte son élaborés. Sporadiquement, des voix féminines –celles des Divines– s’invitent. "Cuando yo me voy" puise au cœurs des racines mexicaines. Danny Castro se charge des percus. Des chœurs mâles reprennent le refrain en chœur. Le spectre de Carlos Santana plane à nouveau. En formule trio, "Stratitude" passe bien la rampe. La technique de McKinley est particulièrement soignée tout au long de ce morceau de rock patiné de jazz et aux effets sonores bien maîtrisés. Le leader regorge d'idées ; mais il faut pouvoir les canaliser. Le rôle du producteur est donc essentiel. Des cordes acoustiques introduisent le rock/blues puissant "Rev it up". La guitare est overdubbée sur "Keep the door cracked open", un blues pétillant assez rythmé, au cours duquel le fiston Darius McKinley semble bien inspiré sur sa basse. Long blues lent dépouillé, coloré de jazz, "P-Nutt-Butt-Ah" est épicé à la sauce McKinley. Et pour cause, la plage prend un virage à 180°, lorsque John se lance dans un solo particulièrement complexe, aux sonorités largement amplifiées. La section rythmique le pousse à se surpasser sur "Life's a bitch", un blues rock nerveux, torturé, et surtout de bonne facture. Plus classique, enrichi par les voix féminines des Divines, "Cool night breeze" est une piste plus classique. La sortie de cordes rappelle même des maîtres britanniques du style, comme Jeff Beck ou Jimmy Page. Séduisante, "Passionate man" est une plage qui concède des accents pop. "Ontarian song" clôt cet LP. Un titre quasi instrumental qui baigne dans la musique traditionnelle canadienne. Essentiellement acoustique, il recèle une partie amplifiée fort originale, consécutive à l’intervention progressive du violon de Melissa Barry, avant que la voix éthérée de Rachel Lee Cousineau n’entre en scène…