La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare,…

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Life Of an Owl In Alaska

Nom d'un hibou, comme c'était chouette !

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Life Of An Owl In Alaska est un trio guitare/basse/batterie qui trouve son équilibre dans l'émotion, la mélancolie et cette saine colère à laquelle nous avons tous droit. Il pratique du post-rock et fréquente principalement le milieu underground. A son actif, un Ep paru le 19 avril dernier, chez God Hates God Records. Il s’intitule "My first Kill" et ses trois titres adoptent des noms de ville : « Paris », « San Marino » et « Kiev ».

Les mélodies sont principalement produites par la guitare électrique.

Elles reposent sur des suites d'arpèges dont les notes, tantôt caressées, tantôt attaquées vigoureusement s'entrechoquent et s'harmonisent sur des nappes d'échos habillement poussées aux extrêmes.

D'un point de vue rythmique, basse et batterie s'accordent parfaitement et se greffent subtilement aux compositions de leur acolyte.

Mention spéciale au batteur.

Il ne joue pas les morceaux, il les vit, les transpire et leur permet de prendre une troisième dimension.

Visuellement, il s'agit là d'un atout non négligeable quand on se partage les planches à trois.

Une diffusion vidéo pour les ‘live’ serait la bienvenue. Sans doute les musicos y pensent-t-ils.

Et puis, ce nom de groupe : Life Of An Owl In Alaska (La vie d'un hibou en Alaska)

Rien que ça les amis !

Mais tout est dit ! Enfin presque.

En quelques mois d'existence, le combo a déjà accordé quelques concerts.

Le premier s’est déroulé à Lille le 9 avril 2015. Et les suivants, à Sedan, Mons, Dour et Honnelles.

Il se produira ce 16 mai du côté de Jumet, à l'Open Fest.

Une aventure outre-Manche est programmée, mais on n’en sait pas plus.

Polar Polar Polar Polar était programmé dans la foulée. Il a également fait un tabac, mais dans un style différent. Quoique toujours post rock. C’est-à-dire, sans chanteur…

Un samedi 9 mai, j'ai entendu de la musique, j'ai poussé la porte et je suis entré... 

(Concert privé)

C.W. Stoneking

Le présent conjugué au passé…

Écrit par

Il s’agit de la troisième soirée passée d’affilée, par votre serviteur, à l'Ancienne Belgique. Il y a 37 ans qu’il la fréquente, soit depuis l’âge de 16 ans. Et il s’en est déroulé des concerts d’anthologie, sous ses yeux et les oreilles grandes ouvertes. Ce soir, le spectacle est intégralement consacré à des découvertes. Soit C.W. Stoneking et en supporting act, Fernando Gonzalez. La salle est en mode flex (théâtre assis)

Fernando Gonzalez est un guitariste qui pratique le finger-picking. En Belgique, Jacques Stotzem et Antoine Goudeseune en sont également de dignes représentants. Chiliens, ses parents et grands-parents étaient des guitaristes professionnels. S’il a choisi la nationalité belge, ce sixcordiste talentueux est à la fois inspiré par le classique et le flamenco. Il est également professeur au Conservatoire d'Anvers.

Sur les planches, Fernando est soutenu par un pianiste. Pas courant d’assister à ce type de spectacle à l’AB. Il prend place sur un siège, à droite du podium. Il tient sa gratte un peu à la manière de Django. Il signale qu'il va interpréter de la musique classique et latine. Le concert s’ouvre en duo par une superbe reprise d'Astor Piazzola. De Vivaldi à Marco Pereira, les adaptations sont superbes. Le set baigne dans une ambiance latine. La guitare devient carrément agressive pour « La Vie Est Brève » de Manuel Falla (NDR : ce pianiste espagnol a bossé en compagnie de Claude Debussy et Maurice Ravel). L’artiste a perdu sa setlist. Un petit moment de silence suivi rapidement de l'hilarité générale au sein de l’auditoire. Ouf, Fernando l’a retrouvée et peut poursuivre le concert qu’il achève par un titre signé par l'Argentin Abel Flery. Grâce à sa technique, Gonzalez nous a carrément bluffés. Une belle entrée en matière…

Place ensuite à Christopher William aka C.W. Stoneking. Très particulière, sa voix s’adapte parfaitement à son répertoire. Perso, je pensais qu’il était issu du Sud des States, tellement il a un accent à couper au couteau. Mais non, il est australien. Peut-être existe-t-il, au pays des kangourous, un Delta et un Bayou, tellement sa musique est contaminée par le blues et le roots.

Le podium est parsemé de plantes exotiques. Un squelette trône devant la batterie et une perruque blanche sur un présentoir. C.W. monte sur l’estrade. Il est armé de sa gratte et se plante juste devant le drummer, Jacob Kinniburgh. Deux charmantes choristes vêtues de robes charleston, prennent position à gauche. Il s’agit de Maddy et Memphis, aka The Kelly Sisters. Andrew Scott, le contrebassiste/bassiste, choisit le côté droit. Stoneking joue du blues, mais un blues qui oscille du plus classique à celui des années 30, et qu’il teinte de swing, de jazz, de roots et de gospel. Ce n’est pas le premier show de l’artiste en Belgique. Son fan club est assez conséquent. Et on va s’en rendre compte au cours du show.

« How long » ouvre le bal. C’est un extrait de son nouvel opus, « Gon' Boogaloo ». Les sonorités de gratte (une Fender jazzmaster - Firemist de 1965) sont vintage et lo fi. On a l’impression de déambuler au sein des rues de Détroit pour ce titre très années 40. Chœurs gospel et grosse caisse font pétiller l’ensemble. Le décor roots est planté. La voix de CW est impressionnante. Andrew a opté pour la contrebasse sur « I'm The Jungle Man ». C.W. a davantage recours au spoken word qu’au chant et il est remarquablement secondé par les voix féminines. Le swing est omniprésent, mais il manque de cuivres. Des aficionados commencent à jumper, à droite de l’auditoire. Gospel/soul, « The Love Me Or Die » (NDR : tiré de « Jungle Blues »), nous entraîne dans un vieux club de jazz enfumé, pour y siffler un tord-boyaux, comme à l’époque de la prohibition. Suranné et langoureux, « Mama Got The Blues » est beau à pleurer. Idéal pour danser un slow. Les choristes ont rejoint les loges. La suite du spectacle sera plus festive…

« The Thing I Done » passe en revue flamenco, roots, reggae et même ska (la section rythmique !) On a franchement envie de danser. Tout comme pour « The Jungle Swing ». De vieilles perles remises au goût du jour et qui enchantent. Le présent conjugué au passé. Pas de cuivres ni de banjo pour « Jungle Blues », un morceau qui pourrait servir de bande sonore à un film muet. Les filles opèrent leur retour pour « Good Luck Charm », une compo à l’atmosphère ‘philspectorienne’ qui nous rappelle les sixties et tout particulièrement The Ronettes et The Crystals. « Tomorrow Gon' Be Too Late » est un blues ténébreux et poignant.

« He's Been A Shelter For Me » est une cover de The Soul Sirrers datant de 1961. Bien épaulé par la chorale soul, C.W. épate la galerie. « Get On The Floor » est un rockabilly endiablé, « The Zombie » un titre plus sombre et « Talking Lion Blues », une chanson récréative. Le set s’achève par une brillante interprétation du titre maître de son dernier opus, « We Gon' Boogaloo », un rock’n’roll enflammé réminiscent de Jerry Lee Lewis. Le dernier album est passé dans son intégralité à la moulinette.

Tout au long du show, C.W. interagit avec l’auditoire. Mais excusez-moi l’expression, mais putain, j'ai passé une belle soirée ! Dur, dur de revenir dans notre siècle. Je pense ne pas emprunter la DeLorean du Professeur Emmett Brown, mais m’exiler dans le Mississipi australien.

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

 

Les Nuits Botanique 2015 : samedi 9 mai

Pour ouvrir les Nuits Botaniques 2015, les organisateurs nous proposaient une nuit très électro au cours de laquelle allaient se produire des artistes en concert et des DJ sets, au sein de trois salles du Botanique : l'Orangerie, la Rotonde et le Grand Salon. Le point commun entre les artistes programmés : ‘Une vision forte de ce que la scène électronique bouillonnante a en stock cette année, et une personnalité musicale marquante qui les fait surgir de la multitude des productions actuelles’.

Dès minuit vingt, on se presse dans la Rotonde pour (re)découvrir Elizabeth Bernholz aka Gazelle Twin. Issue de Brighton, cette Anglaise s'était distinguée dès 2011, en publiant « The Entire City », une petite merveille de dark art-pop/synth-pop. On y identifiait l'influence de Kate Bush mais aussi du légendaire John Foxx, en compagnie duquel elle collabore. En 2014, changement de cap au profit d'une musique expérimentale, industrielle, voire bruitiste : c'est « Unflesh ». Dans la Rotonde, cet avatar est proposé sous la forme d'une Gazelle Twin habillée en jogging bleu électrique et affublée d'un bas nylon qui déforme son visage. Elle est accompagnée d'un acolyte aux commandes d'un contrôleur Ableton.

Qu'il s'agisse de « Guts », « Anti-Body » ou « The Belly of The Beast », la musique est sombre, déstructurée et la voix, trafiquée par de multiples effets. On pense surtout à The Knife / Fever Ray et à Björk mais aussi parfois à Pharmakon, tant la démarche est radicale et sans concession. Un concert que l'on prend comme un coup de poing en pleine face... Perso, surtout fan de son premier opus, je suis resté sur ma faim. J'attends impatiemment sa 3ème production qui, je l'espère, synthétisera les deux Gazelle Twin.

Direction le Grand Salon pour découvrir une des curiosités des Nuits Botaniques 2015 : Walter Hus. C'est lui qui interprétait le générique de fin du film « The Sound Of Belgium », une adaptation pour Orgue Decap du cultissime « Universal Nation » du producteur electro trance Push. L'Orgue Decap est un instrument inventé par W. Hus : il se compose de flûtes d'orgue et de différents instruments (percussions, accordéon,...), le tout est piloté par des automates programmables reliés à un ordinateur et un clavier. Ce soir, l'orgue de barbarie version 2.0 se la joue techno au travers d'une programmation qui fait la part belle aux rythmes modernes. L'étrange orchestre impose une ambiance unique, hypnotique. Le compositeur gantois accuse 56 ans mais semble s'amuser comme un petit fou. On est en plein surréalisme belge et... ça fait du bien. Courrez voir Walter Hus : il est ‘résident’ au Grand Salon pendant toute la durée des Nuits.

Un passage rapide par l’Orangerie pour voir Clark, un des artistes incontournables du label Warp. Attention, on parle ici de Chris Clark, pas de Dave Clarke, un autre DJ techno anglais notoire ! Agé à peine de 35 ans, Clark a gravé son septième elpee, fin de l'année dernière. En live, c'est de la techno de qualité, très mélodique, combinée à des touches noise, classical, ambient et post-rock. Le musicien se sert de ses machines derrière une table, et la scène est illuminée par les créations de l'artiste visuel Julian House, du label Ghostbox. Les beats sont compulsifs, adossés à des murailles sonores glacées d'où émanent des myriades de textures électroniques de toute beauté. L'ambiance générale est fascinante, assez 'dark' (à nouveau) : il y a un côté apocalyptique, 'dystopien' dans cette bande-son de fin du monde.

Forcé l’opérer des choix cornéliens, on quitte Clark pour retourner dans le Grand Salon, car... C.A.R. est au programme. C.A.R., acronyme de ‘Choosing Acronym Randomly’ (assurément un des noms de groupes les plus originaux), est le nouveau projet de la Franco-britannique Chloé Raunet (ex-Battant). Lumineux et radical, son premier disque, paru fin de l'année dernière sur Kill The DJ, a tout de suite impressionné. J'avais découvert son titre « Idle Eyes », grâce à mon cher collègue Pierre Sensurround, dans le cadre de notre émission WAVES, sur Radio Vibration. Mais c'est surtout le remix de ce titre par Roman Flügel qui m'avait impressionné, au point de le passer plusieurs fois lors de mes DJ sets. Je ne serai pas déçu par le show de C.A.R. Accompagnée par Thorbjorn Kolbrunarson aux claviers, Chloé Raunet propose un mélange subtil et glacé de pop synthétique eighties et de sonorités martiales. Ou si vous préférez, réalise la fusion entre l’inspiration berlinoise, baroque mais aussi ténébreuse et la légèreté pop aérienne et furtive. Affichant un look de tomboy synthétique, elle chante d’une voix fragile et nous réserve des moments intenses et envoûtants. Je réclame « Idle Eyes » et, quelques minutes plus tard, à l'entame du morceau, l'artiste se dirige vers votre serviteur pour lui faire un 'high five'. Sympa ! Très chouette concert ! 

Retour vers la Rotonde pour assister à la prestation de Blanck Mass, la moitié de Fuck Buttons. Projet solo de Benjamin John Power, Black Mass a publié un 2ème long playing sur l'excellente écurie Sacred Bones. On y retrouve ces élans épiques propres à Fuck Buttons, mais aussi des sonorités chaleureuses émanant de la techno nineties, des drones puissants laissant un espace considérable pour des sub basses envoûtantes. Les rythmiques quasi tribales font le reste. Le tout nous renvoie évidemment à cet indie post rock électronique qui est la marque de fabrique des Buttons. Et le public du Botanique ne s'est pas trompé, transformant la Rotonde en un dancefloor sous transe.

Plus tard, dans l'Orangerie, Helena Hauff, la productrice / DJ hanséatique (Hambourg !), nous a balancé une sélection de tracks puisée dans les sonorités EBM, wave et new beat des 80’s, qu'elle a confrontée à des productions plus récentes aux accents electro, acid et techno. 

Malheureusement, vu l'heure tardive, nous n'avons pas pu voir Orphan Swords mais un vent favorable nous a signalé que sa prestation avait été en tous points remarquable. Pour rappel, ce duo belge exécute une techno abstraite et industrielle, au sein de laquelle on décèle des éléments de la scène noise électronique. On attend son prochain disque, publié sur l'excellent label français Desire Records.

Dans l'ensemble, cette nuit a été une vraie réussite. Seul bémol, les superpositions de concerts nous ont confrontés à des fameux dilemmes : il aurait peut-être fallu concentrer la programmation dans deux salles et permettre aux concerts de se succéder sans se concurrencer…

Néanmoins, très audacieuse, elle nous a permis de découvrir des artistes hors normes, passionnants et attachants. On notera avec plaisir que la dominante musicale était très noire, très 'dark', un cadre sonore idéal pour les hiboux nocturnes que nous sommes...

(Organisation : Botanique)

Lightnin' Guy

A l'instinct et au feeling !

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Ce soir à l'Ancienne Belgique, il y a du peuple. Dans la grande salle c'est sold out pour le set du quatuor ostendais The Van Jets ; et au Club également, pour la release party et la première date de la tournée européenne de Lightnin' Guy Verlinde. Pour votre serviteur, c'est le second spectacle à l'AB en 2 jours.

Lightnin' Guy est un jeune bluesman belge issu du Nord du Pays. Il est d’ailleurs né le 22 mars 1976 à Aartrijke, un village situé à proximité de Bruges. Très connu et apprécié en Wallonie, il est hébergé par le label français Dixiefrog, une écurie au sein de laquelle on retrouve Beverly Jo Scott, Bjorne Berge, Dom Flemons, Duke Robillard, Joe Louis Walker, Fred Chapellier, Lucky Peterson et j'en passe. Depuis le début de ce millénaire, il accorde une centaine de concerts par an aux Pays-Bas et en Belgique ; en outre il a déjà été programmé dans les principaux festivals tels que le légendaire Blues Peer ou le Gouvy And Blues. Il vient de publier « Better Days Ahead ». Avant de se lancer dans une carrière individuelle, il avait gravé 7 elpees, au sein de The Mighty Gators, One Man Band et Hound Dog Taylor. Il a même enseigné le blues à l’école, en compagnie de Tiny Legs Tim, dans le cadre du projet éducatif ‘Blues In Schools’. Il a joué en compagnie d’Ina Forsman, le représentant de la Finlande lors de l’édition 2014 de l'European Blues Challenge, qui s’était déroulée à Riga. Déjà en 2013, lors de la présentation de l'album « Inhale My World », il avait séduit et conquis un AB Club comble. Il a également assuré la première partie du show mémorable de John Mayall, en 2014. Pour l’anecdote, ce vétéran (NDR : il a 82 balais), y avait accueilli son public à l’entrée, puis vendu ses cds au merchandising avant et après le spectacle. Et Guy avait également joué en première partie de cette légende, au Blues Café (Classic 21) de Francis Delvaux. C’est là que je l’avais découvert.

Arrivé sur place vers 19h15, Guy traverse la salle en saluant chaque spectateur. Il vient tester une de ses trois guitares fétiches, dont une Dobro (NDR : sa carcasse métallique explique sa résonance très particulière) et puis disparaît derrière la scène, pour se diriger vers les loges.

Le concert démarre à 20h30 précises. Pas de supporting act. Et on est parti pour 120 minutes de set. Rares sont encore les artistes qui dépassent le cap d’1h30 de prestation. Une belle forme de respect vis-à-vis du public et des aficionados. Le Club est blindé ou en mode boîte à sardines, si vous préférez. Guy squatte d’abord seul sur le podium. Ses trois musicos sont adossé contre le mur, à droite. Après un petit discours bilingue, ponctué d’un sourire ravageur, il attaque « Grinnin' In Your Face », a capella. Il s’agit d’une cover de Son House, un des premiers pionniers du Delta blues. L’auditoire est déjà sur le cul.

Guy empoigne sa Dobro et s’attaque à « Don't You Cry », un extrait de « Blood For Kali », opus paru en 2012. Un gospel poignant qui raconte l'exode des ‘boat people’. Son backing group, The Mighty Gators, le rejoint sur l’estrade. S’installe à gauche, le guitariste Toon Vlerick, à droite, le bassiste Karl Zosel, et derrière ses fûts, Thierry Stiévenart. Le plus lessinois des quatre qui a emmené avec lui son fan-club.

Guy chante d’une voix proche de Bertrand Lani (NDR : le petit frère du leader de Fred and The Healers) « Sacred Gound », une compo qui trempe dans l'americana pur jus. Ou dans le bluegrass, selon. « Heaven Inside My Head » est un extrait du nouvel opus, un blues électrique presque hard, caractérisé par des interventions de grattes huileuses, graisseuses. Guy ne respecte pas la setlist. Elle est même aléatoire. Il joue à l'instinct et au feeling. Un mot ou un geste, un peu dans l’esprit du Boss, et les musicos embrayent. Le combo parvient à sublimer le « What A Wonderful World » de Louis Armstrong, sans avoir recours aux cuivres. Balayé par des guitares lancinantes, « Feel Alive » est un boogie teinté de rhythm’n’blues qui se mue, fin de parcours, en americana. Les sixcordistes écrasent leurs pédales wah wah sur le plus sauvage « Into The Light ». Un régal ! La température vient de grimper de quelques degrés. A ma droite, quelques mamies sont au bord de l'évanouissement.

Toon excelle à la slide tout au long de « No Time To Waste », tiré de « The Banana Peel Sessions », un long playing paru en 2010. Dommage qu’il n’y ait pas de cuivres. Nouvelle compo, « Call On Me » replonge dans le bluegrass et la country. « Inhale My World » est une ballade empreinte de tendresse. C’est aussi le titre maître d’un LP gravé en 2013. Guy plaisante avec les spectateurs des premiers rangs. Il leur déclare habiter Gand, mais être originaire du point le plus haut de Bruges, à une altitude de 52 mètres. Il faut le croire sur parole. Impossible de vérifier ses propos. Encore un titre récent, « Wild Nights ». Guy nous réserve sa première intervention à l'harmonica. Et elle est splendide ! Place à « Me And My Blues », un slow blues crapuleux, au cours duquel les mamies ne se tiennent plus. Le concert est presque terminé. Après un « Mr Maxwell Street », qui permet au public de jumper, il achève le set par le classique « Bon Ton Roulet ». Chanté en acadien et adapté par les plus grands, il se traduit en français par « Laissez les bons temps rouler ».

Lors du rappel, le quatuor aborde le titre maître du dernier elpee, « Better Days Ahead ». Très pro, Guy Verlinde est une véritable bête de scène, mais également un type très sympa.
En outre son talent ne l’empêche pas d’entretenir un contact permanent avec son public. En tout cas, très énergique son show était vraiment superbe. Que demande le peuple ?

(Organisation : Ancienne Belgique)

Charlie Winston

Quel showman !

Écrit par

Ce soir, tout le monde croise les doigts pour que le concert ne soit pas encore reporté à une date ultérieure, comme déjà, précédemment, à deux reprises. Charlie Winston était attendu à l'Ancienne Belgique le 24/11/2009. Malade, il avait fait faux bond. Le show avait cependant été reporté à Forest National ; et il avait été magique. Pour son deuxième passage à l’AB, prévu le 26/03/2012, dans le cadre de la présentation du 2ème LP, victime d’une hernie discale, il avait à nouveau dû déclarer forfait. Le spectacle avait été également reporté au 08/04/2012. En débarquant à l’AB, pas d’affiche d’annulation. Ouf ! C’est une bonne nouvelle. Je me place donc dans la file, en attendant l'ouverture des portes. Adulé en Belgique et dans l’Hexagone, Charlie Winston est pourtant méconnu en Grande-Bretagne. Et pourtant, il est né dans les Cornouailles et chante dans la langue de Shakespeare. Le spectacle est sold out !

 C’est en 2007 que Charlie rencontre Peter Gabriel. Ce dernier l’invite à assurer la première partie de sa tournée européenne. Deux ans plus tard, il publie son premier long playing, « Hobo », qu'il étrenne sur tous les continents. En 2011, il embraie par « Running Still ». Considéré comme un tournant dans une carrière, son troisième, « Curio City », vient de paraître. Sur son propre label. Enregistré au sein de son studio londonien, il est celui de la maturité. Charlie s’est chargé de toute l’instrumentation, sauf des drums. Il en a assuré également la production. Mixé par Ruahdri Cushnan (Ed Sheeran, Mumford And Sons), l’LP marque un virage électro.

Le supporting act est assuré par le nouveau batteur de Charlie, Sam Walker. Un homme-orchestre, qui se réserve la guitare électrique ou acoustique, les percus, le synthé et le chant. Il est venu défendre son premier elpee, « Point ». C’est Charlie en personne qui vient présenter son musicien, appelé à squatter le podium toute la soirée. Sympa ! 30 minutes de set qui démarrent à 19h45. Après avoir interprété un premier titre paisible, l’artiste commence à mettre du rythme dans ses compos. Sa voix est assez particulière et il excelle tant à la gratte acoustique qu’électrique. Il est assis sur un cajon, pas seulement pour s’en servir comme siège, mais pour le marteler du pied à l’aide d’une pédale de grosse caisse. Il parle à la foule entre ses compos ; et en français !

Sam s’accompagne à la fois aux claviers et aux percus sur la jolie ballade « This Is The Blues » ; et s’en sort parfaitement. Plage d’ouverture de son opus, « Dreamtime », permet à la voix et la six cordes de s’envoler graduellement. Dominé par les claviers, « Blood Cells » baigne davantage dans l’électro. Pas mal du tout ! Sa palette de styles est variée. Elle est même diablement capable de se colorer de folk, de bluegrass ou de rockabilly.

C'est la troisième fois que Charlie affronte le public de l'Ancienne Belgique. Le backing group de Charlie a été renouvelé. Plus de Ben Edwards à l’harmo, ni de Medi à la batterie, remplacé, bien sûr, par Sam Walker. Le line up est complété par un bassiste chevelu, et surtout talentueux ; et d’un claviériste, qui harangue constamment la foule. Hobo est vêtu d'un costume trois pièces à damiers verts pailletés et coiffé d’un chapeau mou neuf de la même couleur que le costard. Il se plante au milieu de la scène, sur une estrade surélevée et lumineuse. En arrière-plan, juste derrière le drummer, 8 rangées d'immenses miroirs vont se mouvoir en fonction du light show.

Pendant l’intro, la scène baigne dans les lumières bleues. Charlie est précédé par ses trois musiciens, pour monter sur le podium. Le set s’ouvre par « Too Long », une plage issue du nouvel elpee. La setlist épinglera d’ailleurs 9 autres pistes de ce disque : « Evening Comes »,« Truth », « Lately » , « Wilderness », « Say Something », « Another Trigger », « Just Saying », « A Light (Day) » et « A Light (Night) », morceau qui termine le show.

L’auditoire écoute religieusement ses compos les plus paisibles. Puis prend manifestement plaisir à écouter ses nouvelles chansons au profil davantage électro. A l’instar de « Just Saying » et « A Light (Day) », deux pistes découpées dans les guitares funkysantes qui invitent à rejoindre le dancefloor. Et même « In Your Hands » a subi le même traitement. Charlie en profite pour faire son jogging dans la fosse qu’il termine en hauteur sur un fly-case, juste à gauche de la table de mixage. Il va également saluer sa maman assise au troisième rang du balcon.

Le fond de commerce de Winston demeure bien sûr ancré dans le folk/pop. Des chansons contagieuses qu’on se surprend à fredonner sous la douche. Caractérisé par son sifflotement, « Lately » en est un parfait exemple.   

Charlie pousse la chansonnette sur « Saint-Claude » de la Reine Christine et embraie par le bouleversant « I Love Your Smile ». Un grand moment du concert au cours duquel le public donne de la voix. A la sauce électro, « Like A Hobo » enflamme littéralement l’auditoire, avant qu’« A Light (Night) » n’achève le show en douceur.

Lors du premier rappel, on a droit à trois titres. D’abord « Constant Sorrow / Speak To Me » que votre serviteur découvre pour la première fois. Puis une cover surprenante et chargée d’émotion du « Back To Black » d'Amy Winehouse, qu’il dédie à deux amis décédés. Et enfin « Kick The Bucket », au cours duquel il danse comme un automate, alors que le light show monte du dessous de la petite estrade, sur lequel Charlie est érigé.  

Second rappel sous les applaudissements, avant que Charlie Winston n’attaque « My Life As A Duck », a capella. Showman hors pair, il nous a accordé un excellent concert, ce soir. Sa voix, la richesse de l’instrumentation et l’excellent son, même si la basse me paraissait légèrement vrombissante, ont fait le reste…

Setlist :  Intro – Too Long (Jump On The Back)– Evening Comes – Truth –Lately – Wilderness – Say Something – Suburbs– Another Trigger– Hello Alone – In Your Hands – Saint-Claude (Christine and The Queens cover ) / I love Your Smile – A Light (Day) – Just Saying – Generation Spent – Like a Hobo –A Light (Night)

Rappel 1 : Constant Sorrow / Speak To Me – Back To Black (Amy Winehouse cover) – Kick The Bucket

Rappel 2 :  My Life As A Duck (a capella)

(Organisation: Live Nation)

Voir aussi notre section photos ici

Josh Smith

Over your head

Écrit par

Agé de 35 balais, Josh Smith est chanteur et guitariste de blues. Il a passé la majeure partie de sa jeunesse à Fort Lauderdale, en Floride. Il n'a que 13 ans lorsqu’on lui propose le poste de guitariste, chez les Rhino Cats. Les artistes de passage se bousculent alors pour aller écouter le jeune prodige. A 14 ans, il publie son premier opus, "Born under a blue sign". Et son deuxième, l'année suivante, "Woodsheddin". Smith continue ses études tout en poursuivant sa carrière musicale. Il se produit désormais sous le patronyme de Josh Smith and the Frost. Le combo grave l’elpee "Too damn cold", sous la houlette de Jim Gaines. En 2002, il s'établit à Los Angeles. Depuis, Smith continue à aligner album sur album. En 2010, il est signé par le label blues allemand Crosscut. Son dernier long playing, "Don't give up on me" datait de 2012. Lors des sessions d’enregistrement d’"Over your head", Josh a reçu le concours du bassiste Calvin Turner et du batteur Lemar Carter.

Il est certainement tombé dans un bain ‘hendrixien’ au cours de son enfance. Et dès le premier titre, c’est flagrant. Un blues lent intitulé "How long" qu’il chante d’une voix bien ferme. Et son premier envol est impressionnant de maîtrise. Le riff qui découpe "Over your head" est implacable, un blues/rock pour lequel il bénéficie de la participation d’un autre jeune gratteur de classe, Joe Bonamassa. Et les deux solistes rivalisent d'audace, nous entraînant dans un trip psychédélique. "When I get mine" trempe dans le blues. La basse de Turner comble bien tous les espaces. La guitare libère énormément de sensibilité. Jeff Babko, un musicien brillant qui a notamment accompagné Robben Ford, Larry Carlton et Sheryl Crow, siège derrière l’orgue pour "Still searching", une plage cool aux accents jazz et swing, davantage parlée que chantée. Le gratteur italien Chicco Gussoni apporte son concours sur "First hand look", un blues/rock dont les riffs puissants sont dignes du Mountain de Leslie West. Les cordes s’y croisent et s’entrecroisent comme lors d’un véritable ballet. Instrumental, "…And what" est imprimé sur un tempo enlevé. Josh et Kirk Fletcher, guitariste californien de couleur noire (Mannish Boys, ex-Fabulous Thunderbirds), y opèrent leurs échanges. Un mur de notes introduit "Smoke and Mirrors", une piste tragique, à nouveau très ‘hendrixienne’, époque Band of Gypsies, au cours de laquelle Josh étale toute sa virtuosité. "Pusher" revient à un blues plus classique, réminiscent d’Albert King et de Robben Ford. Charles Jones, chanteur de southern soul notoire, est au micro pour "Better off", un long soul blues qu’il interprète délicatement d’une voix chargée de passion, épaulé par les interventions de Jeff Babko au piano électrique. "You'll find love" est un blues plus classique au cours duquel apparaît par magie, le légendaire harmoniciste Charlie Musselwhite. Et il y affiche beaucoup de détermination. "How long", la plage d'ouverture, est reprise brièvement. Les 2 000 premiers exemplaires de cette œuvre sont enrichis d’un bonus cd. Il y recèle trois versions éditées pour la radio et deux plages live, dont "The way you do", un blues lent classique de plus d’un quart d’heure, tapissé par des interventions d’orgue…

 

Psykick Lyrikah

Jamais Trop Tard

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Psykick Lyrikah se résume à un trio. Autour du MC Arm, gravitent Olivier Mellano (guitare) et le bien nommé Robert Le Magnifique (basse et machines). Il n’est « Jamais Trop Tard » pour bien faire, et tout particulièrement pour écouter le 6ème opus de Psykick Lyrikah, un crew breton dont la musique baigne dans un climat plutôt singulier propice à un hip-hop déviant, ténébreux, envoûtant, auquel il est difficile de ne pas succomber… lentement mais sûrement… Entre instrumentaux organiques (« La Ligne Rouge ») et explorations électroniques (« Mon Visage »), le trio rennais, sous le joug du flow souvent ésotérique mais toujours perçant et menaçant d’Arm, signe des plages au charme insidieux, évoluant entre révolte et poésie désabusée (« Jamais Trop Tard »). Quoique variées et puissantes, les plages ne sont pas destinées à panser vos plaies, mais nous invitent à explorer les émotions les plus sombres (« Invisibles », morceau auquel participe Iris), les plus claustrophobes (« Le Souffle ») avant d’opérer un retour salvateur vers le calme jazzyfiant (« Le Soir Pour Toi »). « Jamais Trop Tard » devrait satisfaire les aficionados du rap, peu gâtés par les fadaises voire les récentes conneries (second degré ou pas), commises par Booba, La Fouine et consorts…

 

Peter Novelli

St Amant Sessions

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Peter Novelli est louisianais de pure souche. Il vit à la Nouvelle Orléans et fréquente de longue date le quartier français. Chanteur, guitariste et compositeur, il aime mêler les différentes saveurs sonores louisianaises : blues, jazz, zydeco, cajun, boogie. Il avait déjà gravé deux opus. Le premier, "Peter Novelli", paru en 2011, avait bénéficié de la participation de Dr John, Paul Barrère (Little Feat), Augie Meyers (Texas Tornados) et Greg Fingers Taylor. Le deuxième, "Louisiana Roots &Blues", publié en 2012, avait reçu le concours de Chris Thomas King et Chubby Carrier. Pour les sessions de son nouvel elpee, il s’est retiré dans le Sound Shack de Brian Brignac à St Amand, non loin de Baton Rouge.

Le soleil darde ses "Louisiana sunrise". Sonny Landreth est préposé à la slide. Un maître sur l’instrument. Ses interventions sont lumineuses et imparables. Nous sommes au cœur des bayous. L'atmosphère est sereine. La section rythmique (Chris Senac à la basse et Brian Brignac aux drums) sert de trame à "Boudin ", une plage funk instrumentale, sculptée par Novelli à la gratte. Peter passe au zydeco, pour chanter "Je ne sais quoi", épaulé par l'accordéon cajun de Sammy Naquin (leader de Big Easy Zydeco). Blues classique, "Spirit passing by" est imprimé sur un mid tempo. Une belle opportunité offerte par Peter pour s’autoriser un solo aux sonorités saturées. Peter nous parle de l'époque où il jouait chaque jour dans les bars de Bourbon street, devant des armées de touristes indifférents, sur "Bourbon street blue", une ballade acoustique. Il préfère (à raison) se rendre à Frenchmen street, une rue toute proche, où les vibrations musicales du jazz et du blues sont bien plus présentes et authentiques. Et en fin de parcours, l'ambiance monte d'un cran. "Woman in my dreams" rend hommage à JJ cale. Le climat est relax. Laidback, la guitare brille devant claviers de Kevin McKendree. Le spectre de l’artiste disparu plane… Un des sommets de l’opus ! Très jolie ballade blues, "Story in your mind" est une plage indolente. La voix de Peter est grave. Kevin siège derrière l'orgue Hammond. Invité, Bob Henderson souffle dans son saxophone. Et Novelli nous réserve ici sa plus belle sortie sur les cordes. Instrumental nerveux, "Shreveport stomp" nous entraîne au nord de la Louisiane. "Thinkin' or drinkin'" nous ramène dans le zydeco. L'accordéon de Sammy Naquin, le saxophone ténor de Bobby Henderson et les cris féminins d’Elaine Foster alimentent cette atmosphère festive propice au Mardi Gras. Et le long playing de s’achever par deux nouveaux instrus. De jolies cartes postales qui mettent en vitrine les différentes facettes de la musique louisianaise. Tout d’abord "I-10 Boogie", balayé par une guitare alerte et souligné par le piano bien néo-orléanais de McKendree. Enfin l’irrésistible "Zydeco Ride", sur lequel Chubby Carrier se consacre au frottoir et à l'accordéon…

 

Nneka

My Fairy Tales

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Nneka est née à Warri, une mégalopole nigériane cernée par les entreprises de raffinerie, où, très jeune, elle donne de la voix dans la chorale de sa paroisse. Un événement dramatique la pousse à s'exiler en Allemagne, le pays de sa mère, à l'âge de 19 ans, où elle étudie l'anthropologie à l'université de Hambourg.

Nneka pratique une forme de néo-soul. Sa notoriété, elle se l’est forgée en sortant constamment des sentiers battus. « My Fairy Tales » constitue son cinquième elpee. Et pour la circonstance, elle a décidé d’explorer davantage l’univers de l’afrobeat.

L'album a été enregistré entre la France, le Danemark et le Nigéria. Cinq chansons sont produites par le Français Mounir Maarouf, deux par le collectif danois Silver Bullit mais également une par The Slag, aka Marcus Nigsh et Nneka herself. Le tout a été mixé par James Bonzai Caruso qui a notamment bossé pour Method Man et Mary J Blige.

Le thème de l’opus aborde les aspects positifs de la relation amoureuse, le sens de la responsabilité à l’égard les enfants, l'importance de la culture, de l'éducation et des valeurs identitaires.

« Believe System » consomme ses premières doses d'afrobeat. Un véritable retour aux sources pour cette belle jeune femme dont la voix douce et sensuelle est très susceptible de vous envoûter. Un peu comme lors d’une séance du culte vaudou. Caractérisé par ses excellentes vibrations, « Babylon » nous entraîne à Kingston. Un des meilleurs titres du long playing.

« My Love, My love » et « Book Of Job » constituent les deux premiers singles extraits de cet opus. Des sonorités dub et reggae envahissent « Book Of Job », une compo dont la thématique se penche sur le bien et le mal. Trop court, « My Love, My Love (Reprise) » est tout à fait dispensable. Mais il est la suite logique du titre précédent. « Local Champion » est criblé de dub. Subtilement électro, « Surprise » incorpore des tonalités afro et caribéennes. Nneka plaide la cause africaine à travers « Bray For You ». Et dénonce les forfaits perpétrés par Boko Haram aux femmes. Et l’LP de s’achever par un nouveau titre d’électro/dub, « In Me ».

Greg Nagy

Stranded

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Chanteur/guitariste et compositeur de blues, Greg Nagy est âgé de 52 balais. Il est issu de Flint, dans le Michigan, le lieu de naissance de la General Motors. Il milite dans les milieux du blues et de la soul, depuis plus de vingt ans. Ses deux premiers elpees, il les a enregistrés début de ce millénaire, au sein de Root Doctor. Il est immédiatement épinglé pour son timbre vocal délicatement soul. Dans la foulée, il publie "Cadillac Club", un live, avant de voler de ses propres ailes. Gravé en 2009, "Walk that fine thin line" constitue son premier opus personnel. Il y dispense un blues teinté de soul, r&b, rock et gospel. Il embraie par "Fell toward none", en 2011. Et début 2015, il nous propose son nouvel LP, "Stranded", un disque pour lequel il a reçu le concours de nombreux amis, et tout particulièrement de Jim Alfredson aux claviers et percussions. Il sévissait déjà chez Root Doctor et a participé à la confection des deux long playings solos. C’est d’ailleurs Jim qui co-produit ce dernier opus.

La plaque s’ouvre par le titre maître, une superbe compo signée Rick Whitfield, un artiste qui relève de la Tamla Motown. Tapissée chaleureusement par l’orgue Hammond, la ligne mélodique est riche pour cette invitation à la danse. La voix de Greg est profonde, savoureuse, remarquablement soul, alors que d’abord discrète, la six cordes se dévoile progressivement. Une approche très proche d’un Robert Cray au sommet de son art. Excellent! Ballade r&b, "Walk out that door" est imprimée sur un rythme subtil et léger. Caressantes, les interventions d’orgue dispensées par Alfredson procurent une sensation de bien-être. "Ain't no love in the heart of the city" est issu de la plume de Michael Price et Dan Walsh, une compo que Bobby Blue Bland a transformé en hit dès 1974. Tout en sensibilité, les percussions de Scott Veenstra et les accès de basse minimalistes de Joseph Veloz déflorent littéralement nos oreilles. Greg égrène des notes aussi parcimonieuses que profondes. Une douceur extrême qu’on retrouve sur l’indolent "I won't give up", un morceau au cours duquel Jim double piano et orgue. Simplement belle, "Run away with you" est une plage qui baigne dans un même climat. Les voix de Marcia Allen et Jen Sygit épousent celle de l'artiste, alors que l'orgue Hammond tire à nouveau son épingle du jeu. Memphis blues, "Long way to Memphis" évolue sur un tempo lent. Il naît une intensité palpable dans le travail opéré par la voix, tour à tour naturelle ou subtilement trafiquée de Nagy. Alfredson injecte judicieusement des interventions primaires à l’aide de son piano électrique. Plus nerveuse, "Still doing fine" est une piste qui opère une fusion entre jazz et soul. Enrichie de chœurs féminins, elle est manifestement plus élaborée. Jim épaule Scott Veenstra, préposé aux percus, pour tramer le funk de "Been such a long time". Autre titre r&b, "Sometimes" accorde toute liberté aux cordes de Zach Zunis (NDR : un pote californien) qui vagabonde à travers le décor sonore. D’excellent facture, ce long playing s’achève par une cover du claviériste Kevin McKendree (NDR : il a longtemps sévi au sein du Delbert McClinton Band et milite aujourd’hui chez le Mike Henderson Band), "Welcome here", une dernière ballade soul, au cours de laquelle la voix de Greg Nagy se révèle à nouveau particulièrement expressive...

 

Moslyve

Have faith

Écrit par

C’est lors du festival parisien ‘Rock en Seine’, en 2009, que deux amis, Amaury (batterie) et Sylvain (guitare-chant), décident de constituer un groupe. C’est la naissance de Moslyve dans sa forme primitive.

Enregistré dans l’urgence et quasi dans la plus grande spontanéité, le premier LP est accueilli favorablement par Magic et DLMDS. Ce qui encourage le combo à s’investir davantage et de privilégier la qualité. Cet encouragement lui donne aussi des ailes qui lui permettront de s’envoler vers un succès d’estime amplement mérité.

Nicolas Leroux, devenu notoire par l’entremise de son band Overhead, est devenu la véritable charnière dans l’histoire du combo. Ses conseils avisés et sa rigueur professionnelle ont été d’un grand secours. Du second long format, « Slave to modern age », ont été issus l’Ep « Walk Inside », et un premier 45 tours, « Lucky 13 ».

Le départ du batteur a été une véritable remise en question. Afin d’assurer les engagements live, notamment à l’International, un appel du pied a été lancé au drummer de Chinese Robots. Le bassiste a également été sollicité en renfort rythmique. De fil en aiguille, ils ont activement participé à la trilogie.

Prolifique, Moslyve a enregistré trois long playings en seulement six années d’activité au sein du paysage indé.

Pour des raisons qui lui appartient, la formation a aujourd’hui, décidé de tirer sa révérence.

En guise d’adieu donc, ces artistes dans l’âme ont donc pris le parti, non pas d’offrir aux aficionados un opus, mais trois ! Enfin, pour être précis, une déclinaison en trois versions façon triptyque : “Have Faith”, “Faith In The Sound” et “Faith”.

La démarche est intéressante et particulièrement audacieuse par les temps qui courent. Elle ne peut être comprise que par celles et ceux qui vouent un culte sans nom à la beauté formelle au détriment de tout autre valeur mercantile. L’artistique reste la pierre angulaire de cette approche musicale ; l’envie inextricable d’explorer l’univers de chaque chanson et d’en tirer le meilleur résultat, revisité façon Moslyve bien sûr !

Une revanche prise à l’égard de celles et ceux qui les ont boudés trop longtemps. Ou alors, un clin d’œil. C’est selon…

La version officielle du deuxième volet s’intitule « Have faith ». Neuf titres qui privilégient l’accessibilité ! Ce long format aurait pu constituer un joli clap final. Il est plus pop, moins complexe et moins torturé que ses deux petits frères.

Marqué par des sonorités de guitares ici et là atmosphériques (« Winning Days »), mais aussi parfois plus ravageuses et incisives (« Thousand », « Clue »), ce disque pousse l’auditeur dans des retranchements subtils et l’invite à découvrir de manière intuitive le cursus de cet éphémère band au talent non conventionnel.

On mettra en exergue au passage l’excellent « Flowers », une ode rétro aux senteurs seventies où voix lead et chœurs flirtent érotiquement avec les nappes synthétiques. Un bijou !

Moslyve

Faith in the Sound

Écrit par

C’est lors du festival parisien ‘Rock en Seine’, en 2009, que deux amis, Amaury (batterie) et Sylvain (guitare-chant), décident de constituer un groupe. C’est la naissance de Moslyve dans sa forme primitive.

Enregistré dans l’urgence et quasi dans la plus grande spontanéité, le premier LP est accueilli favorablement par Magic et DLMDS. Ce qui encourage le combo à s’investir davantage et de privilégier la qualité. Cet encouragement lui donne aussi des ailes qui lui permettront de s’envoler vers un succès d’estime amplement mérité.

Nicolas Leroux, devenu notoire par l’entremise de son band Overhead, est devenu la véritable charnière dans l’histoire du combo. Ses conseils avisés et sa rigueur professionnelle ont été d’un grand secours. Du second long format, « Slave to modern age », ont été issus l’Ep « Walk Inside », et un premier 45 tours, « Lucky 13 ».

Le départ du batteur a été une véritable remise en question. Afin d’assurer les engagements live, notamment à l’International, un appel du pied a été lancé au drummer de Chinese Robots. Le bassiste a également été sollicité en renfort rythmique. De fil en aiguille, ils ont activement participé à la trilogie.

Prolifique, Moslyve a enregistré trois long playings en seulement six années d’activité au sein du paysage indé.

Pour des raisons qui lui appartient, la formation a aujourd’hui, décidé de tirer sa révérence.

En guise d’adieu donc, ces artistes dans l’âme ont donc pris le parti, non pas d’offrir aux aficionados un opus, mais trois ! Enfin, pour être précis, une déclinaison en trois versions façon triptyque : “Have Faith”, “Faith In The Sound” et “Faith”.

La démarche est intéressante et particulièrement audacieuse par les temps qui courent. Elle ne peut être comprise que par celles et ceux qui vouent un culte sans nom à la beauté formelle au détriment de tout autre valeur mercantile. L’artistique reste la pierre angulaire de cette approche musicale ; l’envie inextricable d’explorer l’univers de chaque chanson et d’en tirer le meilleur résultat, revisité façon Moslyve bien sûr !

Une revanche prise à l’égard de celles et ceux qui les ont boudés trop longtemps. Ou alors, un clin d’œil. C’est selon …

« Faith in the sound » est le plus ambitieux des trois opus. Ici, Moslyve a laissé libre cours à l’expérience de Ly last Stand qui mixe les onze titres, procurant ainsi une ode récréative amusée en guise de départ.

Il y a un véritable lâcher prise. Une démarche presque militante. Une cérémonie d’adieu à contre-courant en quelque sorte. Subjuguant !

Une poudre d’escampette en forme de happy end, il fallait oser !

Ce n’est qu’un au revoir mes frères …

 

Moslyve

Faith

Écrit par

C’est lors du festival parisien ‘Rock en Seine’, en 2009, que deux amis, Amaury (batterie) et Sylvain (guitare-chant), décident de constituer un groupe. C’est la naissance de Moslyve dans sa forme primitive.

Enregistré dans l’urgence et quasi dans la plus grande spontanéité, le premier LP est accueilli favorablement par Magic et DLMDS. Ce qui encourage le combo à s’investir davantage et de privilégier la qualité. Cet encouragement lui donne aussi des ailes qui lui permettront de s’envoler vers un succès d’estime amplement mérité.

Nicolas Leroux, devenu notoire par l’entremise de son band Overhead, est devenu la véritable charnière dans l’histoire du combo. Ses conseils avisés et sa rigueur professionnelle ont été d’un grand secours. Du second long format, « Slave to modern age », ont été issus l’Ep « Walk Inside », et un premier 45 tours, « Lucky 13 ».

Le départ du batteur a été une véritable remise en question. Afin d’assurer les engagements live, notamment à l’International, un appel du pied a été lancé au drummer de Chinese Robots. Le bassiste a également été sollicité en renfort rythmique. De fil en aiguille, ils ont activement participé à la trilogie.

Prolifique, Moslyve a enregistré trois long playings en seulement six années d’activité au sein du paysage indé.

Pour des raisons qui lui appartient, la formation a aujourd’hui, décidé de tirer sa révérence.

En guise d’adieu donc, ces artistes dans l’âme ont donc pris le parti, non pas d’offrir aux aficionados un opus, mais trois ! Enfin, pour être précis, une déclinaison en trois versions façon triptyque : “Have Faith”, “Faith In The Sound” et “Faith”.

La démarche est intéressante et particulièrement audacieuse par les temps qui courent. Elle ne peut être comprise que par celles et ceux qui vouent un culte sans nom à la beauté formelle au détriment de tout autre valeur mercantile. L’artistique reste la pierre angulaire de cette approche musicale ; l’envie inextricable d’explorer l’univers de chaque chanson et d’en tirer le meilleur résultat, revisité façon Moslyve bien sûr !

Une revanche prise à l’égard de celles et ceux qui les ont boudés trop longtemps. Ou alors, un clin d’œil. C’est selon …

Troisième chapitre, « Faith » constitue une version alternative de la version officielle.

Mixé par le leader du groupe, l’elpee reprend notamment quelques unes des chansons figurant sur « Have faith », telles que « That day », « All of a sudden », « Crisis », « Faith » ou encore « Thousand ».

Il s’agit d’un support audacieux dans sa démarche intellectuelle, mais qui n’apporte hélas aucune plus value à l’ensemble de l’œuvre. L’absence de véritable prise de risques est flagrante !

Cet adieu aux armes fait office de vilain petit canard parmi la trilogie ! Dommage !

Mary's Little Lamb

Fortune & Chance

Écrit par

Mary's Little Lamb est un poème écrit au XIXème siècle écrit par l’Américaine Sarah Josepha Hale, un essai qui raconte l'aventure d'une fillette, Mary Sawyer, qui avait, pour animal de compagnie, un agneau, qu’elle emmenait à l'école. Un épisode qui a inspiré Buddy Guy pour écrire un blues, au cours des sixties, repris bien plus tard, et avec succès, par Stevie Ray Vaughan. C'est enfin le patronyme choisi par un groupe roots issu du Nord du pays, qui pratique une forme d’alt country. Bart Hendrickx en est le leader, mais surtout le chanteur/multi-instrumentiste. Il est épaulé par cinq musicos : le bassiste Bert Cuypers, le batteur/percussionniste Mike Van Daele ainsi qu’une section de cuivres impliquant Bart Geens au cornet et bugle, Michael De Weerdt, également au cornet mais aussi aux percus, ainsi que Sander Augustynen au trombone et tuba. Leur opus a été autoproduit, afin d’en soigner tout particulièrement les parties vocales. Bart chante à la manière du légendaire Johnny Cash, alors que quatre membres du backing group assurent les chœurs.

"Pariah" ouvre la plaque. Une plage originale, très élaborée, country, voire americana, caractérisée par le recours aux cuivres dispensés à la manière de Calexico et d'un instrument singulier que se réserve Hendrickx lors du refrain, le marxophone, soit une sorte de cithare. Cornet et bugle introduisent le très rythmé "Sugar coat", une piste dynamisée par les percussions et au cours de laquelle le lead singer est secondé par les backing vocaux.  Indolente, "I can't go wrong" est une valse roots légère, qui figure dans la B.O. de la série TV De Ridder. "The outlaw" trempe dans la country, mais dans l’esprit des westerns spaghetti d'Ennio Morricone, une plage alimentée par la guitare réverbérée de Bart, le violon de Nina Van Campen et les percussions de Mike Van Daele. Excellent ! Instrumental, "Mirage" baigne au sein d’un même climat. On y emprunte les chemins poussiéreux parcourus par les cow-boys, justiciers et hors-la-loi autrefois, traverse les villes fantômes de l'Ouest, dans une atmosphère peuplée d’accords de guitare surf et de cuivres. Un univers aventureux également reflété à travers le plus allègre "Cursed City", que balaie la lap steel de Rudi Van Everbroeck (invité pour la circonstance), la guitare réverbérée de Bart et les trompettes. Et "Lift the curse" prolonge ce périple filmique. Lap steel et xylophone enrichissent "Little worries", une ballade que Bart chante naturellement de son timbre grave. De bonne facture, "Fire in the core" constitue une première incursion dans le blues. Plage lente et majestueuse, "A long way from home" adopte une rythmique plus rock. Amplifiée et toute en reverb, la gratte séduit par son audace. Une seule reprise : celle du "Lost highway" de Leon Payne. Composé en 1949, ce titre avait été popularisé par Hank Williams, l’année suivante. Nous sommes alors très proche du country originel. De bonne facture, cet elpee s’achève par une ballade lente et royale, que Bart et Miss Jorunn Bauweraerts chantent en duo, alors que la basse acoustique de Bert Cuypers communique une certaine gravité à l’ensemble...

  

Toots Lorraine

Make it easy

Écrit par

Miss Toots Lorraine a fait ses classes dans le théâtre, la danse, le jazz et le blues. Elle puise ses références vocales chez Ella Fitzgerald et Big Mama Thornton. Elle a accompli sa carrière auprès de son époux, Chad Mo. Marqué par le style jump, ce guitariste est un disciple de T-Bone Walker, BB King, Buddy Guy et Duke Robillard. Lorraine est épaulée par un backing group baptisé The Traffic, un combo qui réunit le drummer notoire June Core (Charlie Musselwhite Band), le bassiste Mike Philips et le claviériste Lorenzo Farrell (Rick Estrin & the Nightcats). Et qui pratique du west coast jump d’excellente facture. Elle avait publié un premier opus en 2011, "Wrapped in blues". Les sessions d’enregistrement de ce nouvel elpee se sont déroulées au sein des studios du guitariste Chris 'Kid' Andersen, Greaseland. Et la production a été assurée par Chad Dant (Cheb Mo). Vu la présence d’un tel éventail de musiciens talentueux, le résultat ne pouvait que rencontrer notre satisfaction.

Le titre maître ouvre l’elpee, une compo légèrement teintée de swing que pilote June Core. La voix de Toots est claire et distincte. Invité, Aki Kumar souffle dans son harmo, un musicien issu de Bombay qui s’est illustré, au cours des dernières années, chez Tip of the Top et Little Jonny and the Giants. Les interventions de gratte dispensées par Chad Mo sont inventives, incisives et empreintes de sensibilité. Aki tire à nouveau son épingle du jeu sur le dépouillé "When did you stop tryin'", un slow blues, ma foi, fort classique. Lorenzo siège derrière les ivoires. Chad égrène parcimonieusement des notes minimalistes. Texas blues, "Let your tears fall baby" est imprimé sur un tempo plus enlevé, une compo issue de la plume de Don Robey, alias Deadric Malone, fondateur du label Peacock. Tous les musicos tirent leur épingle du jeu. Tant la section rythmique, élégante, légère (la basse acoustique de Mike Philips) que les ivoires et la six cordes. Blues lent, "Get back to lovin'" baigne au sein d’un climat fin de soirée, une plage hantée par l’esprit de T-Bone Walker. Tapissée par l’orgue Hammond, elle est balayée par les accords de gratte cool et magiques de Chad Mo. La voix de Toots est puissante et passionnée tout au long de "Satisfied", une plage bien rythmée et nerveuse. Kid Andersen, le prodige norvégien, caresse ses cordes de son toucher si caractéristique. Toots est soutenu aux vocaux par Chad Mo et Kid Andersen pour aborder le traditionnel "Wade in the water", une excellente composition teintée de jazz. Et la sortie aux cordes est lumineuse. La cover du "Built for comfort" de Willie Dixon baigne dans un climat chicagoan. Une piste dynamique entretenue par le piano de Farrell, l'harmonica d'Aki et bien sûr les cordes de Chad Mo. Miss Lorraine chante d’une voix sensuelle "Wrong side of love", un blues empreint de tendresse. L’orgue Hammond irrigue "Chad Mo shuffle", un instrumental que domine les cordes du maître de séance. La cover du "Low down dog" de Joe Turner est imprimée sur un tempo enlevé, un morceau de west coast jump au cours duquel Toots est dans son élément. Aki Kumar prend un billet de sortie à l’harmo alors que Chad brilles sur sa six cordes, nous rappelant les maîtres du genre, Hollywood Fats et Junior Watson. Toots murmure ses mots tout au long de "Hindsight", un blues particulièrement lent. Lorenzo siège derrière l’orgue et Kid Andersen se consacre au piano sur ce titre exquis et qui mérite le respect. D’excellente facture, cet elpee s’achève par le "Love the world" de Jimmie Vaughan et Dr John, un extrait de l’elpee "Strange pleasure" qui nous plonge au sein d’une ambiance hypnotique.

 

Les Gauff´ Au Suc´

Gauff' Qui Peut !

Écrit par

En 2003, Les Gauff'’ Au Suc’ tirent leur révérence après avoir publié « Vamos A Las Vegus ». Supposé posthume, « Un Dernier Pour La Route » paraît l’année suivante. Puis silence radio. En 2014, le groupe liégeois fête ses 20 ans d'existence et remonte sur les planches pour quelques concerts. Quarante dates quand même. Le suc n’a plus droit au chapitre.

Le combo vient enfin d’enregistrer un nouvel opus, intitulé « Gauff' Qui Peut ! » Le line up actuel réunit Francis Joskin à la guitare et au chant, Willy Peters à la basse, Pol Boubiet aux claviers, Marcel Teugels aux drums et le disc jockey DJ Didjé. Le livret qui accompagne l’elpee est préfacé et illustré par Pierre Kroll.

Les Gauff' avec ou sans suc, permet une totale déjante. L’humour au troisième degré y est garanti. En ‘live’, leur bonne humeur est communicative. Ce sont un peu les petits frères de Jean-Luc Fonck (Sttellla). La belgitude dans toute sa singularité, boostée par une bonne dose d'autodérision.

« Ah Quel Bonheur (Les Plaisirs Solitaires) » et « T'Habites Denain (Un Peu De Géo) » abordent, évidemment, des thèmes scatologiques. On y visite toutes les villes de Wallifornie (lagéo) pour une petite leçon d'anatomie humoristique (la bite de nain). « Assis D'Ici (Le Bon Gros Hard Rock Pour Les Petites Personnes » rend un hommage bien perso aux dinosaures aussies. Avant qu’ils débarquent à Dessel, en juillet prochain. Le printemps est propice au jardinage. Il est donc temps d’y cultiver des zygomatiques, en semant des « Youpla (Leçon De Plantage De Chicon) » déjantés. « DiX Jockeys (Faites-Nous Dix Bises d'Ibiza) » adresse un clin d’œil à Nile Rodgers. Et invite à rejoindre le dancefloor. « Je suis Bien (Marcel Au Soleil) » nous relate des vacances passées à la Mer du Nord. « Tout Petit Pays (L'hymne à notre Belgique) » prend à contre-pied The Experimental Tropic Blues Band, et tout particulièrement leur concept album, « The Belgians », mais dans l’esprit d’Elmer Food Beat.

« Montrez-Les Nous (Naked Blues) » campe un slow langoureux (NDR : qui a dit crapuleux ?) et cuivré… Et si même les filles le disent… « Le Cowboy Kabon (Pas pour Les mous) » pourrait servir de B.O pour un western, dont l’épilogue se produirait dans une 'barake à frites'. Dérision subtile ! « Ca N'ira Pas sais-tu (Enfin un rap intelligent) » marche sur les traces des R'tardataires. Et « La Minute De Silence (Pour Toutes Vos Manifestations Funestes) » clôt cet LP particulièrement réussi, dans le style. L'accent principautaire est de  rigueur pour un vrai moment de bonheur….

 

The John Steel Singers

Everything's a thread

Écrit par

Quelques semaines après avoir célébré la sortie du splendide album de Pond, le side project du collectif Tame Impala, l'Australie se rappelle de nouveau à notre bon souvenir. Grâce au premier opus de The John Steel Singers, un quintet fondé en 2007 par Tim Morrissey et Scott Bromiley, un combo responsable d’une musique psyché/pop/rock. A première écoute, on est un peu noyé sous les sonorités luxuriantes ; mais au fil des lectures, elles vous accrochent insidieusement.

Les 12 plages d’« Everything's a thread » libèrent une énergie contagieuse. Ligne de basse caoutchouteuse (« Happy Before »), chœurs à profusion, claviers en couches et guitares lumineuses (le titre maître) alimentent des compos toutes en relief et hautes en couleur. Et afin de donner davantage de variation à l’ensemble, le combo n’hésite pas à adopter un tempo languissant, à l’instar de « There is a Bird » ou « The AC ».

Manifestement, ce band a du potentiel. Et pas seulement parce qu’il marche sur les traces de ses compatriotes, Tame Impala. D’ailleurs, en signant chez Full Time Hobby, il rencontre déjà une forme de reconnaissance…

 

Mike Henderson

If you think it's hot here

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Chanteur, guitariste et compositeur, Mike Henderson est originaire du Missouri, mais il s’est établi depuis très longtemps à Nashville où il s’est forgé une solide réputation dans les milieux du blues et du bluegrass. Fin du dernier siècle, il avait fondé, en compagnie de quelques amis, le label Dead Reckoning, sur lequel il avait enregistré trois elpees, sous le patronyme de Mike Henderson and the Bluebloods : "Edge of night", "First blood" et "Thicker than water". En 2001, il tourne et enregistre avec Mark Knopfler. En 2006, il monte un combo de bluegrass, The Steeldrivers". Le banc commet deux long playings. Mike collectionne les nominations et autres Awards. "If you think it's hot here" marque un retour au blues. Un disque paru sur l'excellent label Ellersoul (NDR : c’est à Ashland, en Virginie). Les sessions se sont déroulées au Rock House à Franklin, tout près de Nashville, dans le Tennessee. Pour la circonstance, Mike a bénéficié du concours du bassiste Michael Rhodes, du drummer Pat O'Connor à la batterie et du talentueux claviériste Kevin McKendree qui se charge également de la production.

L’opus démarre très fort par "I wanna know why", un blues primaire que chante Mike d’une voix de mauvais garçon. La slide est sur le fil du rasoir et déjà le piano Kevin libère toute son énergie. Dans l’univers du blues et du boogie, c’est le meilleur à Nashville! Deux claques se succèdent alors. Deux titres issus de la plume de Hound Dog Taylor. Tout d’abord "Send you back to Georgia", une plage qui déménage. Solide, la section rythmique porte ses deux solistes vers les sommets. Mc Kendree est intenable tout au long de ce boogie de très grande classe qui permet à la slide de rayonner au sein de ce climat tempétueux. Ensuite "It's alright". La rencontre entre les ivoires et la slide y fait à nouveau merveille. Mike et R.S Field, le célèbre producteur de Nashville, cosignent "If you think it's hot here", une ballade R&B que chante Mike, d’une voix expressive et chargée de relief, alors que Chris et Morgane Stapleton participent aux choeurs. Introduit par des accords de gratte d’une grande pureté, "Weepin' and moanin'" est un blues de toute bonne facture. Le MH Band attaque ensuite une série de covers. Le "Mean red spider" de Muddy Waters. Une version très nerveuse, caractérisée par le travail impeccable opéré par la section rythmique et le piano insatiable de McKendree, destinée à propulser la slide au zénith. La reprise du "If I had possession" de Robert Johnson est très respectueuse de l'originale. Mike est d’abord seul au micro armé de sa gratte et de son son bottleneck. Il est ensuite rejoint par ses partenaires. Syncopé, le piano de Kevin est à nouveau épatant. Henderson chante encore l’"Unseen eye" de Sonny Boy Williamson II, un Chicago blues qu’il interprète d’une voix chargée de passion dévorante et empreinte d’une grande sensibilité. "Matchbox" est un blues traditionnel. Ecrit par Blind Lemon Jefferson, il sera repris plus tard par le rocker Carl Perkins. L’adaptation est revue et corrigée par Mike Henderson et Kevin McKendree. Un boogie furieux responsable de bonnes vibrations. "Gamblin 'blues" retourne dans le downhome blues. La slide est, pour la dernière fois, en effervescence sur ce morceau composé à l'origine par le Texan Melvin ‘Lil' Son’ Jackson. Mike et Kevin cosignent la finale. Instrumentale, "Rock house blues" est une piste qui s’inscrit dans l'esprit du blues originel d'avant-guerre. Un album de très grande classe !

 

Ghost Town Blues Band

Hard road to hoe

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Cette formation nous vient de Memphis. Elle pratique du funky blues et du R&B. C’est à Memphis qu’est né le label Stax, véritable vitrine du southern soul. En 2013, Ghost Town Blues Band a été finaliste de l'International Blues Challenge, qui se déroule dans leur fief ; et l’année suivant, il a décroché la deuxième place. 

Réunissant le drummer Preston McEwen et le bassiste Alex Piazza, la section rythmique est puissante. Le line up est complété par le chanteur/guitariste Matt Isbell, le claviériste Jeremy Powell ainsi que deux cuivres, Suavo Jones au trombone et Richie Hale au sax ténor. Le groupe avait déjà publié deux albums, "Dust the dust" en 2010, et "Dark Horse" en 2012. Matt Isbell avait déjà gravé un opus solo, "Once there was a cigar box". Les douze plages ont été mises en boîte au studio Ardent. Et c’est bien sûr, à Memphis !

"Hard road to hoe" nous transporte dans le climat du delta. Primaires, les percus sont dispensés à l'aide d'un balai électro-acoustique et d'une pelle. La ‘cigar box guitar’ est rapidement rejointe par les cuivres. La musique peut alors prendre sa vitesse de croisière, sous les riffs métalliques assénés par Isbell. Une superbe entrée en matière caractérisée par une large palette d’émotions sonores. Le piano de Jeremy Powell nous plonge alors dans du pur rock'n'roll, bien enlevé, digne de Jerry Lee Lewis ("Big Shirley"). Matt en profite pour prendre son envol sur sa gratte. "Tip of my hat" est une célébration des rythmes néo-orléanais. Les percus sont particulièrement mises en exergue. Ravagée, la voix de Matt est proche de celle de Dr John. Brandon Santini le seconde aux vocaux, avant que ce souffleur de génie (NDR : il est toujours du même patelin) ne prenne un billet de sortie sur sa musique à bouche. Tous les musiciens sont bien en place et apportent leur concours à l’ensemble. Santini est encore présent pour attaquer "Doggy". Nous sommes toujours au cœur de la ‘Crescent City’. L’ambiance baigne dans le soul/jazz. Jeremy est passé à l’orgue alors que Matt chante à nouveau dans un registre proche de Malcolm Rebennack. En vagabondant à travers les rues de New Orleans, on croise un brass band festif qui attaque le bref "Mr Handy Man". Il s’agit, en fait, d’un hommage rendu à un artiste considéré comme un maître à Memphis, WC Handy. Ce titre prélude "Hate to see tou go", un R&B local. Suavo Jones tire son épingle du jeu au trombone avant de céder le relais au saxophone de Richie Hale. Une plage au cours de laquelle, Miss Vicki Loveland soutient Matt aux vocaux. "Tied my worries to a stone" est un autre r&b investi par les rythmes du sud. Le leader libère ses cordes largement amplifiées, alors que l'orgue Hammond tapisse discrètement l’expression sonore. "Dead sea" marque le retour de la boîte à cigare dont la caisse de résonance, stimulée par bottleneck, réverbère des sonorités particulièrement métalliques. La voix d'Isbell est autoritaire. Un sommet de l'album ! Plus classique, "Nothin' but time" est un blues lent à la ligne mélodique soignée. L'orgue Hammond talonne les superbes interventions vocales. Un contexte qui permet aux cordes de prendre leur envol. "Dime in the well" nous plonge au sein du Mississippi. La slide en impose. La voix est primaire. Et la cigar box est dans son élément. Ballade soul, "Seventeen" se métamorphose progressivement en Memphis blues, dans l’esprit du grand BB King. De toute bonne facture, cet elpee se referme dans le climat paisible du delta. Matt chante doucement et chaleureusement "Road still drives the same", une plage hydratée par l’orgue Hammond et que Matt illumine de son bottleneck…

 

Erazer

L’océan des âmes

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Quoi de neuf au Royaume des Morts ?

Venus du fin fond des abysses, après avoir bravé Hadès en personne, Erazer nous propose son premier LP : « L’océan des âmes ». Les Français nous démontrent qu’il n’y a pas que le Chablis en Yonne, mais aussi une nouvelle école du métal que le label M&O Music a choisi de porter à nos oreilles. Car « L’océan des âmes » est une œuvre à vocation pédagogique,  pour ceux qui douteraient que le métal est un art et pas un vulgaire bruit de fond. Pour preuve, cet album, qu’il serait réducteur de cantonner dans le tiroir Death tant on y rencontre d’influences et une volonté de proposer une technique musicale maîtrisée, tout en simplicité, sans fioritures incongrues. Si, dès la première écoute, j’ai eu l’impression que les musicos s’étaient sûrement procuré l’intégrale de Sepultura, d’autres points de vue sont apparus : ceux des ficelles du Death viking et américain, du hardcore, et même des arrangements stoner voire blues. Manifestement, le combo a une véritable envie de proposer une musique de qualité. L’intégration de la batterie comme élément à part entière est très appréciable. Elle joue avec les autres instruments, sans se contenter de la noyade provoquée par le recours aux doubles pédales. Les constructions musicales sont parsemées de fractures rythmiques qui accentuent l’impression de Death progressif. Tout est fait pour que l’ensemble ne soit en rien ‘chiantissime’ comme certains albums de Death où il est parfois nécessaire de vérifier si on a changé de piste.

Puissance, énergie et originalité, c’est ce qui caractérise l’œuvre d’Erazer. Mais « Pourquoi l’océan des âmes ? », me direz-vous ? Parce qu’Erazer s’assume aussi au niveau vocal. Si les thèmes restent les classiques de la détresse, de la peine, des regrets et des souffrances de l’âme, les variations de chant sont aussi au registre. Erazer nous distille un growl polyglotte anglais-français-démon accompagné de voix claires et graves. Sur plusieurs titres, on se demande d’ailleurs si Nick Holmes de Paradise Lost n’a pas été invité au chant.

En 10 titres et un peu moins de 45 minutes, Erazer parvient à satisfaire les amateurs avertis du genre et à convertir certains allergiques au Death. D’autres ne s’y sont pas trompés puisqu’ils ont déjà été draftés par Lofofora, Mass Hysteria ou encore No Return pour assurer certaines de leurs premières parties.

On chausse son scaphandre et on s’y plonge !

The Boom Band

The Boom Band (Deluxe Edition)

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The Boom Band est un nouveau supergroupe. Qui a relevé le pari un peu fou de faire cohabiter cinq solistes. En l’occurrence Paddy Milner, une étoile du piano et de l'orgue et pas moins de quatre guitaristes. Soit l’ex-Hoax Jon Amor, aujourd’hui leader du groupe de rockin' blues, Amor ; Marcus Bonfanti, qui repris le rôle du regretté Alvin Lee, chez Ten Years After ; Mark Butcher patron au sein de son MB Band ; et Matt Taylor, le leader des Motives. Vu le cv des gratteurs, on pouvait s’attendre à se farcir du hard rockin' blues propice aux orgies de cordes. Et bien non, comme les musicos l’ont annoncé, cet opus fait la part belle au blues, southern rock et country. Le cinq gentlemen britannique se partagent les compositions, le chant et bien entendu les envolées en solo. Chacun apporte modestement sa pierre à l'édifice et c'est tant mieux. Le collectif a quand même intégré une section rythmique qui réunit Steve Rushton (Imelda May/Jeff Beck) aux drums et Scott Wiber (Saint Jude) à la basse.  

L’opus s’ouvre par une bonne tranche de southern rock. Taylor a écrit et chante ce "We can work together", une solide compo qu’il a écrit et chante. Dense, le climat sonore est davantage yankee qu’insulaire. Les vocaux sont soignés. Un fameux challenge, quand on sait qu’il y a six chanteurs au sein du line up. Il n'y a pas un seul instant de répit au sein des compos. Les petites incursions de gratte fusent de partout. Marcus Bonfanti signe et chante "Diamond in the rust", une plage à l’intro légèrement psychédélique, mais dont la suite est sculptée dans de l’excellent blues. La voix de Marcus s’y révèle naturellement puissante. Sa gratte et celle de Taylor sont aventureuses. Une construction audacieuse qui implique également le piano de Milner. Un premier sommet pour cet opus! "Under the skin" est issu de la plume de Mark Butcher. Paddy Milner siège derrière l’orgue Hammond pour ce r&b vivifié par la voix expressive de Mark. Chaque sixcordiste possède un style différent, ce qui explique la richesse sonore affichée par le Boom Band. Wiber, le bassiste, signe "Sweet Alberta", une piste qui baigne dans une ambiance roots rock ; un morceau bien charpenté qui lorgne vers le country rock et se distingue par de nombreuses interventions vocales. Jon Amor a composé "Moonshine". Il se réserve également le micro tout au long de cette ballade indolente à la mélodie accrocheuse et enchanteresse. Marcus et Matt s’y consacrent à la slide. Miler et Wiber ont co-écrit "Waste my time", un funk chanté par Paddy. Jon Amor et Mark Butcher parviennent à s'extraire de l’ensemble en propageant des effets sonores à l’aide de leurs pédales. Instrumental, "Monty's time" met en exergue les différents solistes, sans pourtant tomber dans le nombrilisme. "Favour Bank shuffle" opère un retour dans l’americana. Les ivoires de Paddy Milner adoptent un profil néo-orléanais. Les grattes électriques, la slide de Bonfanti et les cordes acoustiques de Matt enrichissent l’ensemble. "When you come home" est une piste acoustique ; un superbe country blues au cours duquel la voix de Marcus affronte les chœurs, pendant que Taylor s’illustre à l’aide de sa slide resonator. Matt est au micro pour "Red eye of the devil", une finale qui permet à chaque musico de s’autoriser un envol. Mais cet excellent opus recèle encore quatre bonus tracks unplugged : "Nobody's fult but mine", un traditionnel qu’interprète Amor d’un ton autoritaire, le "Can't find my way home" de Stevie Winwood, que se réserve Butch en y injectant beaucoup d’émotion dans le timbre, "You can bring me flowers" et une cover de "We can work together".