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La fresque de Vincent Delerm

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Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mardi, 30 novembre 2010 01:00

Name the day

John Nemeth est originaire de Boise, dans l'Idaho. C’est là qu'est née sa passion pour le blues. En se produisant dans les clubs locaux, il est remarqué par le génial gratteur Junior Watson. Nous sommes alors en 2001. Quelques mois plus tard, il se retrouve impliqué comme chanteur au sein du Junior Watson Band. A cette époque, il grave également deux elpees autoproduits : "The jack of harps" en 2002, et dans la foulée, "Come and get it", en compagnie du Watson Band. En 2004, il s'établit à Oakland, dans la baie de San Francisco, pour suivre sa copine. Une très bonne idée, car dès l'année suivante, il est embarqué dans l’aventure des Rockets d'Anson Funderburgh. Il y remplace, un Sam Myers atteint d’un cancer de la gorge et de plus en plus souffrant. En 2006, il signe chez Blind Pig. Il y publie aussitôt "Magic touch", flanqué des Rockets. En 2009, il s’associe à Elvin Bishop pour concocter "Love me tonight".

John est très attaché au R&B des sixties. Celui du fameux label Stax de Memphis. Il est donc soutenu par une section de cuivres et un orgue Hammond pour se mesurer à "Breakin' free", un brûlot imprimé sur un tempo élevé. John chante d’une voix purement soul. Sa première sortie à l’harmonica est brillante. La plage éponyme nous plonge dans l’univers des Wilson Pickett, Eddie Floyd, Arthur Conley et autres Sam & Dave. Nemeth possède l’organe rêvé pour accomplir cet exercice de style. Bob Welsh attaque ses cordes à la manière de Steve ‘The Colonel’ Cropper. L'orgue et la ligne de cuivres continuent de baliser "Do you really want that woman", une plage dynamisée par un tempo funky. John chante comme l'une de ses idoles, James Brown. Il est épaulé par des chœurs masculins. Nemeth se réserve un second billet de sortie à l'harmonica. Et le résultat ne manque pas d’allure. "Heartbreak with a hammer" prend alors la direction de Chicago pour opérer un retour dans l’univers purement blues. Notre néo-Californien s’y révèle éblouissant et nous démontre qu’il a également très bien assimilé le style de Little Walter. Inspiré, Welsh se hisse à la hauteur de son partenaire, sur ses cordes. Retour à Memphis pour "Tuff girl". Austin Delone siège derrière les claviers pour cette chanson qu’il chante dans l’esprit d’Otis voire de Solomon Burke, tout en manifestant un réel panache. Les lumières s'éteignent enfin. Le tempo ralentit. Il interprète "I said too much", une plage lente, la même flamme dans la voix. La subtilité et la finesse de ses cordes vocales illuminent encore "You know", une autre plage caractérisée par une nouvelle sortie réussie sur l'harmonica chromatique. Autre compo lente, "Why not me" est abordée à la manière d'Otis Redding. Remarquable ! L'album s’achève par "Funky feelin'", un morceau évidemment sculpté dans le funk ; un dernier exercice de style périlleux, qu’il accomplit fructueusement à l'harmo. En août 2010, il avait décroché la première place du Living Blues Award, consacrant le chanteur de blues le plus remarquable.

 

mercredi, 24 novembre 2010 23:42

Busted broken and blue

24 Pesos n’est pas une formation texane ou mexicaine, mais bien insulaire. Il faut d’ailleurs avouer que la scène blues britannique, n’est plus très prolifique. C’est donc une bonne surprise. Les musiciens sont issus de Londres et du Sud de l’Angleterre. Leur leader n’est pas un inconnu, puisqu’il s’agit du chanteur/guitariste/compositeur Julian Burdock. Habitué des circuits belges, il avait monté, il y a quelques années, un trio répondant au patronyme de Waterzooi, un combo impliquant une section rythmique tournaisienne. Il se produit encore régulièrement sur le Vieux Continent, en compagnie de musicos locaux, sous le patronyme de Julian Burdock Blues Experience.

Il aime, par-dessus tout, la musique qui remue : le funk et le blues. Il a monté 24 Pesos en 2008, un quartet au sein duquel milite le bassiste Silas Maitland (NDR : également producteur de l’opus), l'organiste Moz Gamble et le batteur Mike Connolly. Le band avait publié un premier elpee en 2009 : "The boogie worm"

"Maxwell street" est une ouverture royale. Le son du dobro est métallique. La voix de Burdock sort vraiment de l'ordinaire. Rocailleuse, elle véhicule un vécu certain. Elle nous entraîne dans cet univers sonore rythmé à souhait. Tous les acteurs sont bien en place. En trame de fond, les sonorités de l'orgue Hammond apportent une densité judicieuse à la compo. La slide en profite pour se libérer. Julian a du métier. Sa musique est excitante. Comme si vous aviez des fourmis dans les jambes. Nous avons tous envie de regagner Maxwell Street, ce soir. L’orgue est toujours bien présent pour le funkysant "Never saw the devil", une obsession des bluesmen. Nos Pesos s’inspirent ici manifestement du géant texan disparu, Freddie King. La section rythmique est imparable. Direction les grands espaces du delta du Mississippi pour un "Waitin' at the station", toujours imprimé sur un tempo soutenu. Julian double avec bonheur et panache, slide et harmonica. "In the summertime" (NDR : non, non, ce n’est pas le hit de Mungo Jerry) baigne au cœur d’une atmosphère torride. La slide et l'harmo sont toujours à l'avant-plan. Julian malmène son bottleneck comme un vétéran du sud. Ses partenaires répondent à son chant conquérant. Le band possède un style bien propre et affiche une cohésion qui force le respect. Les compos sont solides. Orgue et slide dialoguent à haut niveau, tout au long de "Lowdown sweet and dirty", une compo qui mêle gospel, blues et soul, en lorgnant vers Memphis. Outre leur delta funk, les Pesos injectent un zeste de rap sur "Live my life to sing the blues". Une plage puissante, musclée, dévastatrice. Le registre vocal de Julian est particulièrement ample. Et il le démontre tout au long la douce ballade soul, "Somebody else". Swing et le jump alimentent le titre maître, une compo réminiscente des Stray Cats de Brian Stezer. "Day become night" campe le slow blues de circonstance. En finale, "Neckbones and gumbo" nous replonge dans ce que les 24 Pesos font le mieux : le funky blues. Cette voix chaleureuse, les cordes et l’orgue : tout nous rappelle la Nouvelle Orléans et en particulier l’ensemble mythique Little Feat. Un chouette album !

mercredi, 24 novembre 2010 23:30

Don't let the devil in

Les Copeland est issu du Canada. De Colombie Britannique, très exactement. Il est âgé de 45 balais. Dans le domaine des cordes, c’est un véritable expert. Il a d’ailleurs assimilé des tas de styles, depuis le Mississippi Delta blues au jazz, en passant par le celtic folk et le finger picking Piemont. Il excelle aussi bien sur la gratte acoustique qu’électrique. Il a composé 14 des 15 plages de son premier opus.

L’intro de "That needing time" est très rythmique, percussif dans l'attaque des cordes acoustiques. Il me rappelle Bert Jansch, un musicien britannique. Sa voix est grave et assurée. Grâce au re-recording, il inocule discrètement quelques doses de slide électrique. La production est bien équilibrée. Instrumental, "Ry cooder" rend évidemment hommage au célèbre guitariste américain, féru de musique world et traditionnelle américaine. Le son de la slide est à la fois métallique et d’une grande pureté. La voix de Copeland impressionne tant elle se révèle naturellement autoritaire. Et "What's your name", un duo qu’il partage en compagnie de Michael Frank, le boss du label Earwig, préposé pour la circonstance à l’harmo, en est une belle illustration. Les est un gratteur prodigieux. Son jeu paraît simple, mais en réalité il est d'une savante complexité. En outre, il parvient à produire ses effets au moment le plus opportun. Il interprète "Distant train" en picking, un blues de bonne facture, dans l’esprit des meilleurs artistes du style! Le thème du chemin de fer hante également "Riding the sky train". Il glisse subtilement son bottleneck sur son manche, arrachant parfois des sonorités orientales. Douce ballade folk, "Silently" est parcourue par le souffle délicat de son harmonica. Une seule reprise : "Anna Lee" de Robert Nighthawk. Un Chicago blues remarquable, empreint de sensibilité et d’émotion, au cours duquel Les est rejoint par un second six-cordiste, le vétéran David ‘Honeyboy’ Edwards (NDR : Copeland a tourné pendant 14 années au sein du backing band du légendaire bluesman), dont le jeu est plus fragile, hésitant même, mais tellement authentique. David est toujours au poste pour le sombre "How's that drummer", dont l’histoire raconte l'épisode au cours duquel le drummer s’est taillé avec la compagne de Les! Les aime aussi beaucoup le jazz. Surtout mélodique. Et son phrasé, proche de Charlie Christian, est impeccable tout au long de l'instrumental "Ginseng girl". "Wet paper bag" évolue dans le même style, mais manouche. Ce qui lui permet de s’évader sur ses cordes acoustiques. Chargé d’émotion, très dépouillé, "Everyday people" constitue le dernier blues de l’elpee. Michael Frank souffle ultimement dans sa musique à bouche lors du titre maître, une plage qu’il chante à la manière d’un protest singer. Empreinte d’une grande délicatesse, la finale est instrumentale. A vous couper le souffle ! Une compo très belle, bouleversante, intitulée "Crying for an angel". Elle reflète les sentiments éprouvés par l'artiste, comme illuminé par cette douceur angélique. Dans le style, cet opus est de très bonne facture. En outre, les textes, qui ne figurent malheureusement pas au sein du booklet sont remarquables…

 

mercredi, 24 novembre 2010 23:28

Retro-active

Mark Hummel est un des meilleurs harmonicistes contemporains, et je l’avoue, un de mes favoris. Ce passionné de la musique à bouche organise depuis de nombreuses années de remarquables concentrations de souffleurs baptisées ‘Harmonica blowouts’, au cours desquelles il partage la scène en compagnie des plus adeptes les plus notoires de cet instrument de poche. James Cotton, Billy Boy Arnold, Magic Dick, Jerry Portnoy, Charlie Musselwhite, Rick Estrin, James Harman, et bien d’autres y ont déjà participé. Responsable d’une bonne quinzaine d'albums à ce jour, et après avoir décroché une nomination aux Blues Music Awards, en 2010, Mark nous propose une nouvelle et excitante collection de 16 plages ; et comme d’habitude, toute une série de potes sont venus l’épauler…  

L’ouverture est surprenante. Une plage funky et dansante intitulée "Funky way", que Mark chante d'un timbre soul très assuré. Rusty Zinn imprime une rythmique implacable et Chris Burns colore le tout de son orgue Hammond. La première sortie à l'harmonica est particulièrement puissante. La voix de Mark est convaincante tout au long de "The price of love", un R&B soutenu par les cuivres. Zinn s’y révèle remarquable. Une tonalité R&B qui s’étend sur "Never no more", même si tous les acteurs y glissent une touche swing jazz. Hummel retrouve son partenaire des Blues Survivors, Charles Wheal, aux cordes, pour attaquer "One more time", du west blues classique d’excellente facture. Un Wheal qui remet le couvert lors du tout aussi étincelant "It's my life, baby". Plages instrumentales, "Rollercoaster" et "Ready steady stroll" démontrent toute la maîtrise de Hummel à l’harmo. Mark, Zinn et Kid Andersen conjuguent leurs guitares sur "My baby's so sweet", une plage rythmée, aux accents des swamps louisianais. Mark est également un spécialiste du slow blues classique. Et "Honeybee blues" en est une parfaite illustration. Balisée par le piano de Bob Welsh, la reprise du "I want to be loved" de Muddy Waters passe bien la rampe. Mais c'est sur "Strange things happening" que Mr Hummel se réserve sa meilleure sortie. Un véritable sommet ! Andersen se charge des drums pour "Lord oh lord blues", un country blues chaleureux. Invité, Steve Lucky siège derrière les ivoires, pour le ludique, "Highway rumba", une compo imprimée sur un tempo syncopé. "Before the beginning" réverbère les accents ténébreux des bayous. Un autre summum de l’opus. Bob Welsh est passé à l'orgue, Paul Revelli se charge des percussions, alors que dans un style très proche du grand Peter Green, Steve Feund nous prodigue une merveilleuse intervention aux cordes. Et pour couronner le tout, Mark ose une sortie très originale à l'harmo. Hummel a de nouveau réalisé un album de haute facture et se retire en acoustique, lors d’un "Can't be successful" au cours duquel il échange un duo bouleversant en compagnie d’un certain Charlie Musselwhite, à la guitare…

mercredi, 17 novembre 2010 23:29

Eatin’ dirt

D’origine texane, Morry Sochat s'est établi à Chicago, en 1990. Dix ans plus tard, il décide d’apprendre à jouer de l’harmonica. Auprès d’un maître du style : Joe Filisko. Il monte ensuite ses propres formations : The Shakes, Tongue & Groove et enfin, the Special 20s, en 2005. L'année suivante, ce band publie son premier opus. Il est éponyme. Il est suivi trois ans plus tard, par "Swingin', shufflin', smokin'", un elpee produit par Nick Moss. Le groupe rencontre un franc succès et tourne inlassablement.

Début 2010, le combo entre en studio sous la houlette de Jimmy Sutton. Sutton est chanteur et bassiste. Il drive un ensemble de rockabilly, The Four Charms, un combo au sein duquel milite le remarquable guitariste Joel Patterson. Au sein du line up de Morry, figure deux six-cordistes, Jim St.Marie et Shoji Naito, le bassiste Ted Beranis et le drummer Marty Binder. Mais depuis 2010, il a engagé une petite section de cuivres : le trompettiste (également claviériste) Doug Corcoran et le saxophoniste Chris Neal.

L'album démarre en force par le titre maître, un superbe Chicago south side blues inspiré par Elmore James. Caractérisé par son célèbre riff à la slide, la compo déménage. Néanmoins, tout est parfaitement en place. Morry attaque "She's a betty" sur un tempo très rock'n'roll, la rage au ventre, l'harmo entre les dents. Invité, Brother John Kattke est très en verve au piano. St Marie égrène sa gamme de riffs à la Chuck Berry. Le rythme demeure soutenu tout au long de "Someone to love". Morry est au micro. Naitoa a pris le relais à l'harmonica. Guest prestigieux, Billy Flynn se réserve les cordes. Et il y démontre tout son talent. "Meet me in Chicago" change de registre. Au menu : swing et jazz. Une approche bien mise en évidence par les ivoires et la merveilleuse trompette de Corcoran. Dave Herrero est un tout bon gratteur. Il a forgé son expérience à Austin, avant de s'établir dans la Windy City. Il se met dans la peau d’Otis Rush pour nous balancer "Empty rockets". Et il réalise cette réincarnation avec un réel bonheur. Sochat tire enfin son épingle du jeu sur l'instrument chromatique, tout au long d’"Apple of my eye". A cet instant, il me rappelle même William Clarke. Et c’est un compliment! "Natural born lover" campe un boogie particulièrement fougueux. Jimmy Sutton (NDR : le producteur) a ramené sa guitare et marque de son empreinte "Riot up in love", un rock'n'roll déchaîné, de toute bonne facture, au cours duquel les musiciens en présence se mettent, à tour de rôle, en évidence, pendant que Morry souffle comme un forcené! Si "Yo-Yo" est parcouru par les interventions d’une slide, la finale, "Fried chicken & Waffles", trempe dans le swing. Deux reprises seulement. Tout d’abord le "Mother-in-law blues" de Don Robey, une plage qui figurait au répertoire d'Anson Funderburgh et de Sam Myers. Puis le "Telephone blues" de George Smith, un classique réservé à l'harmo chromatique. "Eatin' dirt » ne souffre d’aucune faiblesse. Un pur bonheur !

mercredi, 17 novembre 2010 23:20

Harmonica Blues

Bob Corritore est un harmoniciste talentueux, mais peu notoire auprès du public qui apprécie le blues. Sa passion pour la musique à bouche, il la répercute également à travers son club, le Rhythm Room à Phoenix, en Arizona, un club particulièrement prisé par les bluesmen. Sans oublier l’émission qu’il présente sur KJZZ, ‘Those lowdown blues’, sa propre ‘newsletter’ et ses implications dans le domaine du blues, loin d’être exhaustives. 

Il a publié son premier elpee en 1999 : "All Star Blues sessions". Chez Hightone. Un disque pour lequel il avait bénéficié du concours de nombreux invités : Bo Diddley, Jimmy Rogers, Pinetop Perkins, Robert Lockwood, Henry Gray, Kid Ramos, Bob Margolin, et j’en passe. Il signe plusieurs opus pour ce label, dont "Rhythm Room Bluers", en 2001. Il a également enregistré deux long playings en compagnie du guitariste noir, issu du Mississippi, Dave Riley : "Travelin' the dirt road" en 2007 et "Lucky to be living" en 2009, mais chez Blue Witch.

Delta Groove, le label blues dont la production est la plus conséquente au cours de ces dernières années, a décidé de rendre hommage à cet harmoniciste prestigieux. Comment ? En passant en revue ses 20 années passées au service de l’harmonica. Sur cet album partagé en quinze plages. Je serais incapable de vous répertorier l’intégralité de sa discographie. Elle est bien trop riche. Mais la sélection proposée ici a vraiment de quoi enthousiasmer. A l’harmo, Corritore flirte avec le plus grand art. L’artiste a assimilé tous ses maîtres : Little Walter, Sonny Boy Williamson, James Cotton, Junior Wells, …

"What kind of man is this?" ouvre les hostilités. Dans toute sa splendeur, la diva, Koko Taylor, libère toute sa puissance vocale. Impressionnant. Louisiana Red est un grand ami de Bob. Ils ont partagé si souvent les mêmes planches. Il apporte son concours à "Tell me 'bout it", une compo qui transpire le Chicago Southside, au cours de laquelle Bob souffle divinement. Elle remonte à juillet 2009. Robert Lockwood Jr chante passionnément le "That's all right" de Jimmy Rogers. Pour la circonstance, Henry Gray est préposé au piano. "Tin pan alley" constitue certainement la meilleure plage de cet opus. Un morceau très lent et mélancolique magnifié par la voix désespérée de Big Pete Pearson, un résident du Rhythm Room. On retrouve Gray pour l’interprétation de son "Things have changed", un titre au cours duquel il épanche toute sa sensibilité. Eddy Clearwater est particulièrement tonique pour attaquer son "That's my baby". Corritore s’y révèle sous son meilleur jour ! Little Milton chante "6 bits in your dollar", un boogie royal de plus de 7' qui clôt l’elpee. On épinglera encore la participation de deux des plus vieilles légendes encore vivantes du blues. Tout d’abord Pinetop Perkins, 97 ans, pour "Big fat Mama". Puis Honeyboy Edwards, 95 balais, sur "Bulble bee". Deux plages immortalisées en 2007. Un superbe album auquel j’attribuerai 5 étoiles !

mardi, 09 novembre 2010 01:00

Diversions

Thierry Crommen est un harmoniciste belge. Agé de 52 ans, il s’est forgé une belle notoriété au sein du milieu particulier de la musique à bouche. Il est vrai qu'en Belgique, est né l’un des plus redoutables souffleurs contemporains : Toots Thielemans. Il est d’ailleurs devenu une légende vivante, dans l’univers du jazz. Thierry est lui aussi un instrumentiste pur et dur. Il ne chante pas et se concentre donc sur ses harmonicas. Psychologue de formation, il est un parfait autodidacte et a librement choisi d’embrasser une carrière de musicien professionnel, revendiquant des références plus que respectables : Toots bien sûr, mais aussi Stevie Wonder. Et puis Jean-Jacques Milteau. De nationalité française, ce dernier est un brillant disciple du blues. Thierry a longtemps bossé en compagnie de Michel Fugain et, par la suite, côtoyé tout ce que la Belgique possède comme musiciens réputés. Sa carrière solo, il l’a entamée auprès de l'excellent gratteur Jean-Jacques Stotzem. Ensemble, ils ont publié l'album "Different ways". En 1997. Il monte ensuite son trio, impliquant Erno au piano et Chris De Pauw aux guitares. Le groupe grave "La nouvelle donne", en 2004. Le line up passe à un quartet, lors de l’arrivée du bassiste Achim Tang. Sous cette formule, le combo sort alors "Versions originales", en 2007. Le même band s’est donc réuni, en studio, dans la bonne cité ardente de Liège, pour nous délivrer cette nouvelle collection instrumentale, intitulée "Diversions".

"Sortilège" ouvre l’elpee. Une compo qui baigne au sein d’un climat paisible. Les cordes acoustiques, le piano et la contrebasse –responsable d’accords particulièrement graves– prennent leurs quartiers avant que ne pointe l'harmonica de Thierry. Son jeu est original, subtil et empreint de fraîcheur. Les climats se succèdent, des climats au cours desquels chaque instrument a sa place. La virtuosité de TC est naturelle. Sa musique de racines est traversée d’éclairs jazz. Tang signe "So long", une compo très dépouillée, plongée au sein d’un océan de mélancolie ; mais cette tristesse est toujours parfaitement contenue, autorisant circonstanciellement les accès hispanisants des cordes, bien mis en valeur par Chris. La démarche opérée sur "What changed?" n'est pas vraiment différente. La ligne mélodique est infaillible. L’harmonica peut disserter sur ce canevas très cohérent. Ce sens mélodique est aussi présent sur "Undercover", une compo issue de la plume de Pierre Van Dormael. Jolie ballade, "The substitute" aurait pu être soulignée de vocaux ; mais il revient à l’harmonica de remplir ce rôle. Il évolue bien à l'avant-plan, tandis que cordes et ivoires se délectent en toile de fond. Un climat latino envahit "Rumores de tormenta", un tango dynamique soutenu par les cordes aux sonorités graves et épaisses de Tang. "A.B.O.F.A" est un nouvel exercice de style manouche. D’une grande virtuosité ! Chargé de swing. Très climatique. Au cours duquel, Chris de Pauw s’autorise une escapade très fringante dans le monde du blues. Ce dernier apporte également sa touche personnelle à "Ma confidence", une plage dont la beauté naturelle procède de son feeling mélodique contagieux. L'harmonica se multiplie tout au long de l'intrigant "Le Chercheur d'ombres". Et cette fresque éclatante s’achève par "Back to Bach", un titre paradoxalement classique et détonant.

dimanche, 23 janvier 2022 10:27

Full house Head

Bouclez vos ceintures. En route pour les quartiers gris et poussiéreux de Brooklyn, où le mal de vivre règne, l'atmosphère est lourde, menaçante, suffocante même. L'ombre mystérieuse de Paul Major émerge. Ce n'est plus un gamin. Il a du vécu. C’est aussi le leader, l'âme, le chanteur et le guitariste d'Endless Boogie. Il est soutenu par trois comparses : Jesper Eklow, Mark Ohe et Harry Druzd.

"Empty eye" est une ouverture royale. Une plage qui nous replonge au début des seventies lorsque les vagues blues et psychédélique s'étaient émoussées pour céder le relais à un rock excitant, vivace, débridé, débarrassé de ses règles, un rock plus hard, mais pas encore métal. Les morceaux s'allongeaient pour laisser libre cours à la nature exploratoire des différents instrumentistes. Afin qu’ils puissent se divertir jusqu'à l'excès, de manière à expérimenter de nouveaux sons. C'est à cette époque précise que Major a puisé ses références : l'aventure, le trip ; mais ce voyage est modulé par une assise répétitive, développée par ses complices. Sur "Tarmac city", le doute n'est plus permis. L'attaque est frontale, violente. Paul éructe ses vocaux comme Johnny Rotten durant l'état chaud de 1977. Il y a manifestement une approche punk dans le message ; mais l’expertise instrumentale est bien présente. L’artiste malmène ses cordes, tout en les maîtrisant parfaitement. La qualité est toujours bien au rendez-vous. Une sorte de relation sado-maso entre le musicien et son instrument s’établit! Sérénité et torpeur se croisent et se rejoignent pour entreprendre une longue épopée déchirée entre douceur et amertume : "Slow creep". La guitare pose d’abord ses jalons. Progressivement les claviers s’infiltrent. On entre alors dans une sorte de blues jam extrême. Le flux sonore serpente lentement mais sûrement, pendant que la rythmique embarque tout sur son passage, un peu à la manière du mythique Velvet Underground (NDR : ils étaient également new-yorkais !) Paul chante ce blues désespéré et libère ses cordes dans un accès de transe susceptible de communiquer la nausée. La fureur du punk refait surface, mais dans l’esprit du MC5 voire des Stooges sur "Mighty fine pie". Une violence inéluctable envahit l’atmosphère, où se mêlent sang et sueur. Le ténébreux Major domine cependant bien son sujet. Il aligne des riffs implacables comme les Stones rêveraient de reproduire. Cette rage au ventre se perpétue tout au long de "Top dollar speaks his mind". Monolithique, la rythmique lorgne à nouveau vers le Velvet Underground ; à moins que ce ne soit vers les dieux anglais du space rock, Hawkwind. Ecorchée et tranchante, la guitare n'épargne personne. Endless Boogie aborde "Pack your bags" comme un Hendrix déjanté. Le son baigne dans l'acide le plus pur. L’attaque est corrosive, convulsive, destructrice. Rien ne reste intact. Assoiffé de sang, cet enfant du culte vaudou nous torture! Le bulletin de santé ne s'améliore guère pour "New pair of shoes". La voix est grave. Elle communique toute sa souffrance mentale et physique. Et comme ce scenario attendait son épilogue, une plage live de plus de 22' clôture cette œuvre sans concession. Intitulée "A life worth leaving", elle pénètre lentement, progressivement dans nos oreilles. Rappelez-vous des longs développements dont les Doors étaient friands. Des moments qui nous entraînaient au cœur de trips psychédéliques ultimes, enrichis de diapositives multicolores… Périple d’un autre temps…

 

mercredi, 03 novembre 2010 01:00

London days

B.B. & the Blues Shacks est plus que probablement le meilleur groupe de blues sur la scène allemande. Dirigé par les frères Michael et Adreas Alt, respectivement harmoniciste/vocaliste et guitariste, cette formation implique également Denis Koeckstadt au piano, Henning Hauerken à la basse et Bernahrd Egger aux drums. Leurs débuts remontent à 1994, année au cours de laquelle, ils publient "Feelin' fine today". Quatre elpees paraîtront ensuite chez Stumble. Puis, ils signent pour Crosscut, le label blues de référence en Allemagne. Ils y ont aligné "Midnite diner" en 2001, "Blue Avenue" en 2003, Live at Vier Linden" en 2005 et "Unique taste" en 2008.

Le titre de ce nouvel opus ne laisse planer aucun doute : l'album a été enregistré à Londres. Au studio Toe Rag, très exactement, sous la houlette de Liam Watson, un producteur qui a notamment travaillé pour les White Stripes et Hugh Cornwell (ex-Stranglers).

L'album s’ouvre par "Real good times", une compo qui nous entraîne dans l'ambiance Stax des années 60. Du R&B entraînant et dansant imprégné par l’orgue d’un prestigieux invité teuton, Raphael Wressnig ; et enrichi par une section de cuivres. Percutant, "This time baby" embraie dans le même style. Les cuivres et l'orgue sont toujours bien présents. La voix autoritaire de Michael est renforcée par des chœurs masculins. Dennis signe une brillante sortie au piano. Les Blues Shacks reviennent dans un style qui correspond davantage à leur identité, en injectant une énorme dose de swing dans "High class lonely", un morceau au cours duquel Andreas sort un bijou de solo, sur le fil du rasoir, digne de Jimmie Vaughan. Michael en souffle de bonheur dans l'harmonica qu'il est enfin parvenu à extraire de sa poche. En toile de fond, Wressning soigne l’expression sonore de ses interventions à l’Hammond B3. Ballade soul, "Just you" est finement ciselée. Chicago blues puissant, "Between the lines" est imprimé sur un tempo élevé. Les styles de Little Walter et Billy Boy Arnold ont adopté un traitement moderne. La cohésion des musiciens est remarquable. Michael chante "It hurts so good", sur un tempo relax, balayé de chœurs doo wop. Sillonnant ces routes du Sud, Andreas se sent inspiré et libère ses cordes face aux cuivres médusés! Cette utilisation du doo wop si populaire dans les fifties hante cet elpee. Et se révèle remarquable tout au long de "My baby's alright", une compo proche d'un shuffle texan à l’intensité dévastatrice, au cours de laquelle l'harmo nous transperce l’âme. Manifestement, ce sont les parties vocales qui ont surtout bénéficié du travail opéré dans ce studio londonien. Ce qui explique pourquoi Mr Alt chante aussi majestueusement les indolents "How long can you go" et "Once in a while". Deux plages absolument remarquables. Retour à Memphis pour défier "Fools getting stronger", un morceau qui sonne plus BB King que nature ; et pour cause Andreas parvient à faire revivre Lucille, sur le Vieux Continent. "Miss wrong" nous traîne vers la Nouvelle Orléans, une compo agitée par des percus si caractéristiques, et balisée par les accords de piano syncopés dispensés par Koeckstadt, dans l’esprit de Professor Longhair. "Turnaround" marque le dernier retour au style Stax. L’opus recèle un bonus track : "Autumn sunset". Un swing blues tout en délicatesse et subtilité que Michael conduit à la manière de Toots Thielemans. Excellent!

mercredi, 27 octobre 2010 20:20

I feel like playing

Lorsque Ron Wood prend le relais de Mick Taylor, pour assurer le rôle de guitariste chez les Rolling Stones, en 1975, la nouvelle ne surprend guère. Et pour cause, son look colle parfaitement à celui des Stones. Et puis, il jouit d’une fameuse expérience. Il a sévi comme bassiste au sein du Jeff Beck Group et milité comme guitariste chez les Faces, auprès du sémillant vocaliste Rod Stewart. Il sévit toujours chez la bande à Jagger/Richards, mais régulièrement, il se réserve l’une ou l’autre aventure en solitaire. Si son dernier elpee, "Not for beginners", remonte déjà à 2001, "I feel like playing" constitue déjà son septième long playing solo.

Le cd s’ouvre par "Why you wanna go and do a thing like that for", une ballade interprétée tout en décontraction, trempée dans le blues, nonobstant ses accents country. Elle semble sortir tout droit des sessions d'un album des Rolling Stones, époque "Sticky fingers", alors même que Ronnie n'avait pas encore rejoint le groupe. Une compo de bonne facture, caractérisée par des guitares superbement découpées par Ronnie et Slash. Dommage que la voix est un peu limite. Un peu comme si Ron forcer son timbre pour le calquer sur celui de Dylan. Trempé dans le pur reggae, "Sweetness my weakness" est un peu lourd, mais repose sur une jolie mélodie. Ronnie se charge des parties d’orgue et partage une nouvelle fois de bonnes lignes de cordes auprès de ex-Guns 'n Roses, Slash. Les choses sérieuses démarrent dès "Lucky man". Un rock solide, entraînant, joyeux, au cours duquel son ancien pote des Faces, Ian McLagan, siège derrière l'orgue. La plage est illustrée par des échanges royaux entre Ronnie et Bob Rock, un guitariste canadien qui avait autrefois bossé pour Metallica. Superbe ballade bluesy, "I gotta see" lorgne du côté du regretté Rufus Thomas. Ivan Neville (le fils d'Aaron des Neville Brothers) est préposé aux claviers. La guitare est bien réverbérée : c’est celle de Billy Gibbons. Billy embraie sur un boogie rock solide mais tempéré, "Thing about you". Les cordes du leader de ZZ Top sont bien mises en évidence. Le son gras de la Gibson Les Paul domine le sujet. Ronnie nage dans le bonheur et force sa voix de fausset, soutenu par Blondie Chapin (un ex-Beach Boys) et Bobby Womack, un vocaliste de soul particulièrement notoire. Ballade bien rythmée, "Catch you" est balisée par un riff de dobro acoustique. Classique du blues, le "Spoonful" de Willie Dixon était sensé nous ramener dans l’univers primaire du blues. Mais cette version est funkysante. Jim Keltner malmène ses fûts. Slash est revenu aux côtés de Ron pour partager une attaque de cordes virulentes. Le chant est largement appuyé par celui de l'ami Bernard Fowler. Une cover tout à fait détonante ! "I don't think so" baigne au sein d’une atmosphère torride. Proche du style des Stones, ce rock déménage littéralement. Les voix de Fowler, Chapin et Womack assurent l'essentiel. McLagan se déchaîne au piano, pendant que Wood décoche son meilleur solo. Plutôt hard, "100%" ne manque pas de détermination. Gratteur particulièrement doué, Waddy Wachtel est venu apporter son soutien. Traversées de sonorités orientales, les cordes se muent en invitation au trip psychédélique. Un autre grand moment! Notre Ronnie sort un harmonica pour aborder "Fancy parts"teinter, un blues/rock funky marqué au fer rouge par la slide de Slash. Et croyez-moi, le résultat est stupéfiant ! Tramé sur un riff acoustique et enrichi de vocaux féminins, "Tell me somethin" revient au style bluesy rock des Stones. De toute bonne facture, cet opus s’achève par "Forever", une ballade lente, puissante, au cours de laquelle Slash et Ivan Neville étalent toute leur classe et leur talent…