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Jean-Claude Mondo

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lundi, 21 juillet 2014 15:30

444

Dans l’univers du blues, The Nighthawks est certainement l'une des plus anciennes formations qui fréquente encore le circuit des bars et des clubs. Du blues que le combo mêle au R&B, doo wop et rockabilly. La figure de proue est Mark Werner, membre fondateur qui drive le combo depuis 1972. Un chanteur/harmoniciste dont les bras sont intégralement tatoués. Sa réputation, le groupe de Washington DC l’a bâtie sur le duo Mark Werner/ Jimmy Thackery. Guitariste, ce dernier embrassera une carrière solo dès 1986. Par la suite, toute une série de gratteurs vont défiler : Jimmy Hall, Jimmy Nalls, Danny Morris, Pete Kanaras, … Depuis plus de dix ans, ce rôle est assuré par Paul Bell. Le line up est complété par le bassiste Johnny Castle et depuis 2010 du drummer Mark Stutso. Les quatre musicos participent aux vocaux !

Après 40 années d’existence, on se doute bien que la discographie du band est imposante. Leurs deux derniers opus remontent à 2010 et 2012. "Last train to Bluesville" est paru chez Rip Bang, et "Damn good time", sur Severn. Ce dernier essai est paru sur le label Ellersoul, un label très actif qui avait publié l’an dernier un superbe long playing de 4 Jacks, formation impliquant le gratteur texan Anson Funderburgh.

"Walk that walk" ouvre la plaque. Soutenu par les chœurs doo-wop de ses trois acolytes, Mark chante ce rockabilly. Wenner prouve qu'il n'a rien perdu de sa verve à l'harmonica, poussant ses notes dans leurs derniers retranchements. Imprimé sur un mid tempo, "Livin' the blues" est un blues buriné par la voix nasillarde et relativement usée du leader. Son message passe pourtant en puissance. Il souffle dans son harmo comme si ses jours étaient comptés! Il est vrai qu'il a été opéré à cœur ouvert en 2012. Débordant d’énergie, "444 A.M." nous replonge dans le rockabilly. Paul Bell joue en pickin' alors que Mark a déjà rechargé son instrument de poche! Une voix soul, chargée de passion (NDR : probablement celle de Mark Stutso), interprète "You're gone", un blues classique. Wenner a récupéré le micro pour attaquer l’excellent "Honky Tonk queen", une plage captivante qui évolue dans un registre honky tonk/country rock. Elle est même le théâtre d'une nouvelle sortie des solistes. Ludique, "Got a lot of lovin'" opère un retour au rock'n'roll. Les vocaux sont partagés tout au long du blues/soul "Crawfish". "High snakes" constitue la première accalmie de l’elpee ; une tendre et douce ballade fort bien ficelée, au cours de laquelle Paul Bell brille sur les cordes. "The price of love" est incontestablement une des meilleures plages du long playing, un R&B très participatif caractérisé par les interventions vigoureuses à l’harmo alors que Bell est passé à la guitare slide. Et "No secrets" adopte la même formule ! Stutso chante "Nothin' but the blues", un blues unplugged. Empreint de pudeur et de douceur, il est enrichi par la présence d’une slide aux interventions de toute beauté. La reprise du "Louisiana blues" de Muddy Waters préserve l’authenticité de la version originale. De bonne facture, cet elpee s’achève par "Roadside cross", une ballade folk roots qui met en exergue la mandoline du Japonais Akira Otsuka.

 

lundi, 21 juillet 2014 15:29

Poison sipped

Originaire de Buffalo, David Michael Miller est très tôt contaminé par la soul et le blues. En 1995, il monte Painted by Moses, un groupe qui pratique surtout le gospel. Inspiré par son voisin de Buffalo, Tommy Z, il fonde alors Beautiful Bones en compagnie de son fils et son neveu. Au répertoire : blues et soul ! On le retrouve plus récemment, lorsqu’il assure le rôle de chanteur au sein de Dive House Union. Une aventure ponctuée par l’enregistrement de deux opus live. L'an dernier, il rencontre le producteur local, Jesse Miller. Ce qui va lui permettre de concocter son premier long playing solo. En fait, David souhaite prioritairement être reconnu comme compositeur. Il signe d’ailleurs l’intégralité des pistes de ce disque. Il assure également le chant et la guitare. Il est soutenu par une section rythmique réunissant le drummer Carlton Campbell et le bassiste Daric Bennett. David est très proche des Campbell Brothers, un ensemble de gospel blues qui a forgé sa notoriété dans un style baptisé ‘sacred steel’. Au sein du line up, figurent trois frères aux cordes et un des fils du trio, à la batterie. En l’occurrence Carlton, qui a apporté son concours lors des sessions d’enregistrement. Deux des frangins, Darick et Chuck y ont également participé. Enfin Jesse Miller, préposé à la mise en forme, se charge de la plupart des parties de claviers.

"Hand me downs" ouvre la plaque. Un véritable brûlot. Ou si vous préférez une claque très électrique, caractérisée par ses changements de rythmes ; même si au galop, c’est surtout le tempo du boogie qui est adopté. La lap steel de Darick Campbell est percutante. Une plage très travaillée, fort bien produite. "Edge of the end of the world" change radicalement de style. Le morceau baigne au sein d’une ambiance exotique chaleureuse. Les interventions vocales sont excellentes. L'orgue de Jim Ehinger et le saxophone de Barry Arbogast tirent parfaitement leur épingle du jeu. Les interventions de Chuck Campbell sont particulièrement émouvantes, tout au long de "Memphis Belle", une superbe plage lente, que chante David, d’une voix bien mise en relief. Soul/blues d’une grande pureté, "Hope finds a way" est impeccablement structuré. Une charpente qui permet au chant limpide de se détacher de son environnement, avant que guitare, piano et cuivres ne prennent à leur tour, un billet de sortie. "Moonshine" poursuit dans le même esprit, nonobstant la présence de la trompette de Stephen McLean Jr. Miller soutient à nouveau Patrick Campbell, lorsque se dernier récupère la pedal steel, pour attaquer "Spent", un R&B bien saignant. Il la cède ensuite à Darick, pour aborder "Carolina bound", une bien jolie ballade. Autre ballade, "Careless" est une piste indolente, émouvante, soulignée par l'accordéon de Ron Davis. Superbe ! "Oncce" est sculpté dans de l’excellent r&b funkysant. Plage atmosphérique, "Movin' on" se distingue par sa remarquable intervention d’orgue que se réserve le producteur, Jesse Miller…

 

lundi, 21 juillet 2014 15:26

All the right moves

Little Mike Markowitz est un harmoniciste de blues qui jouit d’une belle notoriété. Un chanteur/compositeur/producteur originaire de New York. Il s’est depuis établi en Floride. Il a entamé sa carrière fin des 70’s. Il est donc sur les routes depuis un bon bout de temps. Très inspiré par le blues de Chicago, il a notamment accompagné Pinetop Perkins, Hubert Sumlin et Jimmy Rogers, des artistes devenus eux-mêmes célèbres après avoir côtoyé Muddy Waters et Howlin' Wolf… En 2013, le label El Rob avait publié un elpee intitulé "Forgive me", une œuvre réunissant des enregistrement datant déjà de 2001.

Little Mike est de retour, à Jacksonville, en Floride. Pour enfin y concocter un nouvel opus. Lors des sessions il a reçu le concours des Tornadoes originels : le guitariste Tony O. Melio, le bassiste Brad Vickers et le drummer Robert Piazza. Le line up est enrichi du pianiste, Jim McKaba au piano. Les treize compositions sont inédites.

"Hard hard way" ouvre la plaque. Une piste qui baigne manifestement dans une atmosphère Chicago blues. Le tempo est nerveux. Tous les instrumentistes sont bien en place. De manière à mettre en exergue les soliste. Dont l'excellent Melio aux cordes, aussitôt relayé par son leader, qui n'a rien perdu de ses qualités de souffleur. "So many problems" embraie sur un mode funky, dansant. Mike articule parfaitement ses mots. Le tempo et les interventions à l’harmo rappellent Slim Harpo. Tout comme sur "All the time" ! Blues lent, "Since my mother been ill" véhicule un maximum d'émotion. Mike communique sa douleur avec beaucoup de réalisme. Pour la circonstance, c'est le piano de McKaba qui domine le sujet, nous rappelant des légendes telles qu’Otis Spann et Pinetop Perkins. Il est relayé par Melio, dont le feeling à fleur de peau, évoque Hubert Sumlin. Melio est à nouveau au sommet de son art sur "Drunk last night", un blues imprimé sur un tempo élevé. "Sam's stomp" est un instrumental au cours duquel Little Mike injecte toute sa fougue à l’harmo. Et ses interventions sont particulièrement efficaces. Chaque soliste a droit à son ticket de sortie. Le titre maître est absolument superbe. Un blues nerveux entraînant, puissant, au cours duquel Mike Mike impressionne par son aisance à pousser ses facultés de souffleur, dans ses derniers retranchements ! "Blues is killing me" embraie sur ce même tempo soutenu. Melio s’y révèle très en verve. "Wonder why" adopte un rythme plus contemporain, celui du Chicago Westside. Mike est passé sur son instrument chromatique pour le splendide "Stuck out on this highway", un blues lent qui rend un vibrant hommage au légendaire George Harmonica Smith. D’excellente facture, le long playing s’achève par "Close to my baby", un blues excitant, au cours duquel l’harmoniciste nous emmène une dernière fois vers les sommets, sur un tempo emprunté à Jimmy Reed!

 

lundi, 21 juillet 2014 15:22

Solo recordings – Volume 2

Steve Hill est un chanteur/guitariste. Un Montréalais dont le style oscille entre blues et rock. Entre 2002 et 2011, c’est d’ailleurs surtout dans l’univers du rock qu’il va évoluer. Avant cette période, il pratiquait uniquement le blues. Parmi les faits marquants de sa carrière on épinglera ainsi sa participation aux sessions d’enregistrement de "Roots and blues", un elpee de Nanette Workman. Compatriote, cette chanteuse est particulièrement populaire au pays du sirop d'érable. C’est en 2012 qu’il revient au blues, en publiant "Solo recordings - Volume 1", un disque salué par la critique ; ce qui lui vaudra quelques awards du blues dans son pays!

Steve Hill propose ici le deuxième volume de ses enregistrements opérés en solo. Il se réserve tous les instruments : guitares (Gibson), basse, batterie, percussions et harmonica. En outre, il chante et s’est chargé de la mise en forme ainsi que du mixing. Enfin, hormis 3 pistes, il signe toutes les autres compos.

"Still got it bad" ouvre la plaque. Un blues rock lent aux accents dramatiques. Les riffs puissants sont largement amplifiés. La voix colle bien au style. Elle est talonnée par la guitare qui ne laisse guère d'espace libre. "Slim chance" élève le tempo. Steve aligne les riffs rythmiques toujours aussi denses ; mais il s’autorise quelques petits envols en solitaire, le doigt armé d'un bottleneck. "Tough luck" baigne dans une certaine quiétude. D’une voix plus grave, Hill chante ce folk/blues en s’accompagnant à la sèche quand il ne souffle pas dans son harmo. Sa guitare slide introduit "The collector", une plage au cours de laquelle il sculpte des motifs rythmiques implacables et intenses. Manifestement, le Canadien est comme un poisson dans l’eau sur cet instrument. "Never is such a long time" constitue certainement le meilleur titre du long playing, un blues lent, sombre, marqué au fer rouge par les sonorités grasses et épaisses de sa Gibson Les Paul. La première reprise est consacrée au "Hate to see you go" de Little Walter. Une version alerte que Steve a adaptée à sa guitare. Une excellente cover au cours de laquelle Steve libère judicieusement ses cordes. Ballade indolente, "Better" véhicule des accents southern rock, mais également métalliques puisés dans le Delta, une piste mélodique caractérisé par le recours à un bottleneck. "Simple things" est un titre issu de la plume de Ray Bonneville, un guitariste/compositeur canadien qui a beaucoup bourlingué à travers les Etats-Unis. Steve et Ray avaient enregistré en duo cette chanson acoustique et l’avait réservée au premier opus de Hill, paru en 1997. Un traitement de choc a été administré au "I want you to love me" de Muddy Waters. Ce blues baigne au sein d’un climat écrasant, malgré ses changements de tempo et ce zeste d’harmonica. Chargé d’intensité, "Go on" trahit la face rockin' blues de l'artiste. "Long road" clôt l’elpee, une plage folk atmosphérique…

 

lundi, 21 juillet 2014 15:18

Common ground

Les frères Dave et Phil Alvin jouissent d’une belle notoriété dans l’univers du blues et du rockabilly. Les deux chanteurs/guitaristes californiens étaient déjà passés à la postérité lors de leur aventure originelle vécue chez les Blasters, à partir de 1979, un groupe qui a marqué l’histoire de la musique rock pour son style punk/roots. Après la disparition du band, les deux musicos ont entrepris une carrière individuelle, en parallèle. Et pour la première fois depuis trente ans, ils ont décidé d'enregistrer en duo. Intitulé "Common ground", l’album est sous-titré ‘Dave Alvin & Phil Alvin play and sing the songs of Big Bill Broonzy’.

Broonzy est un bluesman dont la carrière a commencé fin des années 20. Emigré à Chicago, il passe à la guitare électrique dès le début des années 40. Il met en boîte plus de 200 titres entre 1927 à 1942. Il est également un des tous premiers bluesmen à se produire en Europe. Il est décédé en 1958. On lui doit de nombreux classiques du blues. Merci aux frères Alvin de nous le rappeler…

Gene Taylor, un authentique Blaster, siège derrière le piano. La fratrie Alvin a puisé aussi bien dans le répertoire acoustique qu'électrique de Broonzy, ce qui rend cet opus bien diversifié. Dave et Phil jouent de la guitare, ce dernier également de l'harmonica.

"All by myself" commence très fort. Les deux frangins se succèdent aux vocaux, armés de leur sèche. "Feel so good" est certainement l'un des titres les plus connus de Broonzy". Cette version est électrique. Toujours aussi à l'aise lorsque le tempo est rapide, Gene Taylor est préposé aux ivoires. Vu l’attaque percutante et convaincante, caractérisée le plus souvent sur une succession d'accords frénétiques, c’est certainement Dave qui assure l'envol sur la guitare. "How you want it done?" a été gravé à l'origine en 1932. Une piste très rapide. Evoluant sur le rythme du chemin de fer, propulsé par le batteur. Le raid des grattes acoustiques est très tranchant. Direction "Southern flood blues", un morceau largement amplifié, imprimé sur le tempo frénétique du boogie. Dave se consacre à la six cordes, Phil –très inspiré par ailleurs– à l’harmonica. Un des premiers titres enregistrés par Broonzy remonte à 1927. Il s’agit de "Big Bill blues". L'atmosphère originelle est très bien restituée. Gene se concentre sur le piano. Particulièrement décontracté, Dave se charge de la guitare électrique. "Key to the highway" constitue la chanson la plus célèbre du vieux bluesman. Elle est adaptée en format acoustique. La voix y est puissante et le rythme, soutenu. "Tomorrow" date de 1951. C’est donc un titre plus récent. Il est traité en mode western swing. Balisée par le piano, la guitare déborde d’allégresse et se met à jumper vers les sommets. "Just a dream" est encore une compo notoire. L’osmose entre les musicos est parfaite. Un vrai bonheur ! Dans son style californien, Dave est imparable sur son manche. Pensez un peu à Hollywood Fats ou Junior Watson. Et il en remet une couche sur le boogie "You've changed. Dave et Phil conjuguent impeccablement leurs voix sur le remuant "Stuff they call money", une plage au cours de laquelle Taylor se montre très actif sur les touches d'ivoire. "Trucking little woman" baigne à nouveau dans une atmosphère californienne. Le jump et particulièrement animé. Le solo de Dave est décoiffant. De toute bonne facture, ce tribute s’achève par l’instrumental particulièrement roots, "Saturday night rub"…

 

lundi, 21 juillet 2014 15:04

Refuse to lose

A peine âgé de 29 ans, Jarekus Singleton est un jeune bluesman originaire de Clinton, dans le Mississippi. Il s’est cependant établi à Tampa, en Floride. Il a une peau noire au teint clair. Vu sa jeunesse, il a une vision contemporaine du blues, insufflant à ses compos une énergie rock, des vibrations r&b et même des élans hip hop! Jarkus avoue une passion pour les King (BB, Albert et Freddie), Stevie Ray Vaughan et en même temps pour le rap. Il a l’ambition de créer le blues du XXIème siècle. Au cours des derniers mois, il s’est produit dans le cadre d’une multitude de festivals ; ce qui lui a permis d’être repéré par Bruce Iglauer, le patron d’Alligator, label sur lequel il a signé.

Les sessions d’enregistrement se sont déroulées au studio PM Music, à Memphis. Il y a reçu le concours de son backing band, soit l’organiste James Salone, le bassiste Ben Sterling, et le drummer John ‘Junior’ Blackmon.

Dès "Refuse to lose", on se rend compte que le blues de Jarekus sera différent. La construction instrumentale est plutôt complexe. L’interaction entre la guitare et l'orgue est constante. Aux six cordes, Singleton impressionne. Il est capable de libérer un tourbillon de notes rock de sa gratte ou de la faire sonner carrément blues. Soutenu par la section rythmique, "Purposely" se distingue par son funk novateur. L'orgue confirme son rôle de catalyseur naturel pour les cordes du leader. Elaborée, la structure autorise un envol chargé de passion. Excellent ! Pur r&b, "Gonna let go" est une invitation à investir la piste de danse. La voix délicatement soul de Singleton caresse "Crime scene", un blues lent contagieux traversé par un solo de guitare beau à pleurer. Et on n’est pas au bout de nos (bonnes) surprises. "Keep pushin" emprunte davantage au rock qu'au blues pur et dur. Sous la conduite de la guitare, les  changements de rythme sont judicieux. L’orgue de Salone communique à nouveau ses impulsions chaleureuses à l’ensemble. Une rampe idéale pour le décollage des cordes suivant, tout en adressant un petit clin d'œil aux échanges entre Carlos Santana et Greg Rolie, opérés dans un passé assez lointain. La barre est placée très haute et n’est pas prête de retomber. "Suspicion" bénéficie d’une délicate touche jazz. "Hell" est un blues lent accrocheur souligné par la voix harmonieuse de l’artiste. "Here" vire au funk naturel. "High minded" campe un blues très classique. "Blame game" se révèle plus singulier ; à cause une nouvelle fois de sa structure mélodique alambiquée. Pour la circonstance, Jarkus est épaulé par Brandon Santini, un jeune prodige à l’harmo et le pianiste Robert ‘Nighthawk’ Tooms. "Come with me" achève l’elpee. Un R&B rocker imprimé sur un tempo nerveux, fruit de la parfaite osmose entre les cordes et l'orgue de Salone. Un excellent album !

 

vendredi, 18 juillet 2014 21:59

Johnny Winter s’est éteint en été…

Véritable icône du blues et du rock, Johnny Winter vient de nous quitter. Il est décédé ce 16 juillet. Il avait fêté ses 70 ans, en février dernier. Albinos, ce Texan avait entamé sa carrière à la fin des 50s, en compagnie de son jeune frère Edgar. Il faudra attendre la fin 60s pour qu'il recueille un début de reconnaissance, et en particulier lors le la sortie de son premier elpee, "The progressive blues experiment", en 1968. L’année suivante, il est signé chez Columbia et grave un opus éponyme. C’est également en 1969 que Johnny se produit sur la scène du festival de Woodstock!

A cette époque, Winter voulait créer sa propre musique, en s’inspirant à la fois du blues et du southern rock, mais sous une forme plus puissante. Son troisième elpee, "Johnny Winter And", enregistré en compagnie du talentueux gratteur Rick Derringer, va lui permettre d’atteindre la consécration.  

Il décide alors de donner un nouvel élan, fin des 70’s, à la carrière du mythique bluesman, Muddy Waters, en produisant quatre albums du géant de Chicago. En 1984, il signe chez Alligator ; ce qui va permettre au label blues de publier une trilogie d'exception. En l’occurrence, "Guitar slinger", "Serious business" et "Third degree". Il rejoint un peu plus tard l’écurie Pointblank.

Winter rencontre ensuite de sérieux problèmes de santé : ce qui va l’éloigner de la scène pendant quelques années.  

Lorsqu’il revient dans le circuit, on se rend compte qu’il a perdu certaines de ses aptitudes. Mais il compense ces carences par une passion, demeurée intacte.

La sortie d’un nouvel album intitulé "Step back" était prévue pour ce 2 septembre. Johnny souhaitait en revenir au blues de ses origines, et avait reçu, notamment, lors des sessions d’enregistrement, le concours d’Eric Clapton, de Billy Gibbons, Leslie West, Joe Perry, Joe Bonamassa, Brian Setzer, Ben Harper ainsi que Dr John.

Johnny s’est éteint au beau milieu d’une tournée européenne ? Deux jours plus tôt, il avait encore participé au festival de Cahors, soit le 14 juillet. Il s'y était déjà produit en 2011. Il est décédé inopinément dans sa chambre d'hôtel, à Zurich.

L’histoire se souviendra de cette authentique légende du blues et du rock. Un guitariste ingénieux, dont les interventions gémissantes à la slide étaient particulièrement expressives, collant merveilleusement à sa voix à la fois sauvage et déchirante…

 

 

jeudi, 29 mai 2014 15:30

Man & Guitar

Ian Siegal est sans aucun doute l'un des meilleurs bluesmen insulaires. Agé de 42 balais, ce chanteur/guitariste/compositeur truste, chaque année, les récompenses des British Blues Awards, depuis 2010. Il se produit régulièrement en compagnie d’un groupe ; mais il lui arrive de se produire en solo, armé de sa seule guitare et de sa voix. Et ce "Man & Guitar", enregistré par la BBC au célèbre Royal Albert Hall de Londres, en octobre dernier, dans le cadre du London Bluesfest, immortalise un tel exercice du style. La setlist est constituée de compos personnelles et de traditionnels du blues.

Ian est assis. Solitaire devant l’auditoire de l'imposant Royal Albert Hall. Sa voix ravagée et rocailleuse nous guide, tandis qu'il gratte nerveusement ses cordes. Il ouvre le set par "The Silver spurs", un morceau qui figurait sur son elpee "The dust", paru en 2008. Le bottleneck bien accroché au doigt, il le fait glisser le long des cordes communiquant au son ce caractère métallique si caractéristique. Il interprète "Mary don't you weep", un negro spiritual qui remonte avant la guerre civile des USA. Pete Seeger, Aretha Franklin et Bruce Springsteen l’ont autrefois également inclus dans leur répertoire. Siegal possède un don unique à se servir du bottleneck. Et il le démontre une nouvelle fois sur "Mortal coil shuffle", un blues bien ancré dans ses racines. Il rend ensuite hommage à l'un de ses maîtres, Charlie Patton. Considéré comme le père du ‘Delta blues’, il avait enregistré son "Pony blues", en juin 1929. Un bail ! Ian injecte toute sa rage dans la voix pour adapter ce titre d'un autre siècle. "I am the train" est imprimé sur un tempo hypnotique, proche de celui du chemin de fer. "T' ain't nobody's business" est un autre très ancien blues. Il a été composé par le pianiste Porter Grainger, vers 1921. Depuis, il a été repris à maintes reprises par des tas d’artistes devenus légendaires, dont Bessie Smith, Alberta Hunter, Billie Holiday, Dinah Washington, Sam Cooke et, avec pas mal de bonheur, Freddie King. Taj Mahal en avait également réalisé un arrangement personnel ; et c’est celui-ci que Siegal a choisi d’adapter, lors d’une version à la performance vocale impressionnante. Mais le meilleur titre exécuté lors de ce concert est incontestablement son "Falling on down again". Il attaque encore le "Preachin' blues" de Robert Johnson, un medley composé de chants traditionnels. Puis "Live so God can use you", un gospel d'une autre époque, également repris par Muddy Waters. Et embraie par le "You got to move" de Fred McDowell. En fin de parcours, il nous réserve la cover du "Gallo del Cielo" de Tom Russell, et une composition ancestrale, "Hard times". Ecrite en 1854 par Stephen Foster, elle a figuré au répertoire de Bob Dylan et Johnny Cash.

jeudi, 29 mai 2014 15:29

All kinds of people

Malgré son patronyme, cette formation n’est ni yankee, ni insulaire, mais italienne. Elle est née en 2010, lorsque le chanteur/guitariste Andy McFarlane (ex-Hormonauts) et son vieil ami Peppe Degregoriis (ex-batteur de Little Victor and the Boomers) on décider de s'associer. Ils sont bientôt rejoints par Nicolo Fiori à la basse ainsi que Guy Portoghese au saxophone et à l'harmonica. L’année suivante, le combo grave "Tora! Tora! Tora!", un disque qui agrège rhythm & blues, swing et soul. Malheureusement, Portoghese décède en octobre 2012. Il a cependant depuis été remplacé par Eugenio Pritelli, un chanteur/guitariste issu du groupe de psychobilly, The Horrible Porno Stuntmen.

"All kinds of people" constitue donc leur second opus. Plus immédiat, il est censé remettre au goût du jour l’héritage laissé par Screamin' Jay Hawkins et Howlin' Wolf!

Très remuant et dansant "Mai Tai" s’ouvre dans le jump, le jive et le swing. Des voix féminines soutiennent celle d'Andy. Le travail rythmique opéré par Nicolo et Peppe est particulièrement soigné. Psychobilly, la guitare peut faire son entrée. "Who he?" est davantage rockabilly. La voix est excellente. Spasmodique, un piano s’immisce dans l’ensemble toujours bien balisé par la basse et la batterie. Quoique toujours bien rythmé, "Out of this bow" reste dans le rythme, mais le blues s’y infiltre, notamment grâce à l’harmo qui soutient les vocaux. Bien plus blues encore, "Wreck" incite à la nonchalance. Nous sommes entraînés dans ces marais louisianais où peut apparaître à tout instant la silhouette d'un alligator. Une angoisse finit par nous envahir. Un sentiment dramatique bien rendu les accents réverbérés de la guitare. Nos Kamikazes semblent avoir pris un immense plaisir à reprendre un hit qui a alimenté les juke-boxes, au tout début des 60s, "The Wanderer" de Dion Di. Imprimé sur un tempo rapide, "Bank notes" est sculpté dans un rockabilly susceptible de rappeler les débuts du King. Et on macère toujours dans le rock'n'roll nerveux tout au long de "Physique". La voix adopte un profil rockabilly sur "Two fiftyone", un morceau néanmoins judicieusement contaminé par le blues. Toujours à cause de cet harmonica qui s’autorise un billet de sortie et malgré la présence d’une guitare aux accents métalliques. Rock'n'roll à l'italienne, "Tutti I Venerdi" est interprété dans la langue de Verdi. Adriano Celentano n'est pas loin sur ce morceau caractérisé par ses accords de gratte rageurs. Et, au micro, on retrouve la voix de feu Guy Portoghese. Les miracles de la technologie ! Une seule ballade, "Start again", une chanson reprise en chœur par les musiciens. Blues immédiat et primaire, "All kinds of people" libère énormément de groove. Et à cet instant, on décèle les vibrations que produisaient autrefois la légende Howlin' Wolf ! La finale nous plonge dans le monde sauvage des animaux. Ce "Kamikaze jive" évolue pourtant sur le rythme soutenu du rockabilly et du jive, et permet même aux cordes de McFarlane et Pritelli d’entrer en transe…

 

jeudi, 29 mai 2014 15:28

Hollywood Boulevard

Ce quartet canadien est né en juillet 1998. Raoul Bhaneja, à la fois musicien et acteur, en est le fondateur. A l’époque, il vivait alors à Ottawa. Le Big Time, basé depuis à Toronto, s'est forgé une solide réputation au pays du sirop d'érable. Le combo a publié cinq elpees à ce jour : "Big time blues" en 2000, "Cold outside" en 2004 et "You my people" en 2009, pour lesquels le combo avait reçu le concours des Californiens Junior Watson et Mark Hummel, ainsi que "Blue Midnight" en 2010, destiné à rendre un hommage ‘live’ à la légende de Chicago, Little Walter Jacobs. Sans oublier, bien sûr, ce nouvel opus, "Hollywood Boulevard".

Les sessions se sont déroulées entre Toronto, au Canada, et Burbank, en Californie. Le band y a concocté une excellente tranche d'American roots, farcie de blues, de jazz, de rock'n'roll et de west coast swing. Raoul se réserve le chant et l'harmonica. Son Big Time réunit le guitariste Darren Gallen, le drummer Tom Bona et le bassiste Terry Wilkins. De nombreux invités prestigieux, pour la plupart californiens, sont venus participer aux sessions d’enregistrement. Nous sommes donc sur le parterre étoilé de Hollywood Boulevard, à Los Angeles!

"Nothin' gonna take me down" ouvre les hostilités. Raoul est au vocaux. Il est soutenu par des musicos qui prévilégient une musique minimaliste, mais d'une efficacité redoutable. Soit le noyau actuel du backing band de Mavis Staples ; en l’occurrence Rick Holmstrom aux cordes, Jeff Turmes à la basse et Stephen Hodges à la batterie. Instrumental, "Hollywood Boulevard" réalise une rencontre hypothétique entre Slim Harpo et Ramsey Lewis. Fred Kaplan brille au piano. L'incomparable Junior Watson attaque les cordes dans l'esprit de Slim Harpo. La voix de Raoul libère énormément de feeling tout au long du "Someday" de Bobby Bland, un superbe blues lent, balayé par les cuivres et la guitare de Franck ‘Paris Slim’ Goldwasser. Larry Taylor et Richard Innes (NDR : souvenez-vous du Hollywood Fats Band !) constitue la section rythmique rêvée pour baliser le Chicago shuffle "High roller". Caractérisé par ses sonorités primaires, l’instrumental "Amphetamine" permet à Raoul de se mettre en exergue. Et s’y révèle brillant, proche même de Little Walter ou de George Smith, alors que Rick Holmstrom lui donne la réplique. "Get out of my life woman" est issu de la plume d'Allen Toussaint. De quoi s’autoriser une petite halte à la Nouvelle Orléans. Les Canadiens tirent manifestement leur épingle du jeu : Darren Gallen aux cordes, Tyler Yarema au piano et Mark Mariash aux percussions. Encore un instrumental, "Left Coast Fred", du West Coast jump saturé de swing. Raoul est au cœur des marais louisianais pour chanter "Why am I treated so bad", une compo qui figure au répertoire des Staple Singers. Holstrom y réverbère des sonorités de cordes surprenantes. La voix de Bhaneja est chargée de passion quand il chante "Tired". Et les tonalités de son harmonica chromatique semblent alors si familières à George Smith. "Spoken for" est un excellent jump à la Watson. Le long playing nous réserve une dernière piste instrumentale, "Curtis charm" ; et elle nous permet de savourer un remarquable duo entre harmonicistes, en l’occurrence Raoul et son ami Curtis Salgado. "In the shadow of the pine" clôt cet opus d’excellente facture. Empreint de quiétude, ce titre baigne dans un climat louisianais. Et il met en exergue les interventions à l'accordéon de Johnny Sansone et au violon d'un autre pote canadien, John Showman. Un disque que je vous recommande vivement !

 

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