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Couleur Café 2010 : vendredi 25 juin

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Couleur Café, 21e du nom. Le cœur de Bruxelles a une nouvelle fois battu au rythme des basses métissées du festival. Dans le ciel, un soleil radieux éclaire le site de Tour & Taxis. De quoi entamer l’été des festivals dans les meilleures conditions. L’édition 2010 de Coul’Caf’ s’est distinguée, cette année, par une affiche particulièrement orientée Rap et Hip Hop. Ce vendredi, un nom en particulier revient sur toutes les lèvres : Suprême NTM. Un retour explosif qui n’aura d’égal que le set haut en couleur d’Ebony Bones.

Début des festivités à 18h15. C’est à la petite Selah Sue que revient l’honneur d’ouvrir sous la tente Univers. Un réveil tout en douceur en compagnie de celle qui grimpe les échelons plus vite que son ombre. A l’affiche d’une très grande majorité des festivals belges, mais également français, allemands et suisses, Selah Sue est une boule d’énergie zen. Son premier album, précédé du single « Raggamuffin », devrait être publié d’ici peu. Et l’aperçu que les festivaliers ont pu découvrir sur scène est pour le moins prometteur. L’expression sonore de la chanteuse originaire de Louvain se balade entre soul, ragga et blues. Lors de sa prestation elle affiche, sans complexe, le naturel des plus grandes interprètes soul du moment. Une Erykah Badu applaudirait d’ailleurs des deux mains un tube aussi planant que « Black Part Love ».

En mai dernier, Selah Sue s’illustrait déjà sur la scène de l’Orangerie, lors des Nuits Botanique. La jeune femme précédait alors Rox, l’une des artistes taguée ‘Sound Of 2010’ par la BBC. Idem ce soir à Tour & Taxi, où l’Anglaise a pris possession du podium Fiesta. La présence de Rox à Couleur Café semble toute naturelle et l’enchaînement des tubes soul-pop coule de source. La prestation de la chanteuse, de ses musiciens et choristes a l’air de réaliser son petit effet sur le public présent ; mais les ritournelles édulcorées de la troupe sont parfois à la limite du ‘rasoir’…

Rattrapage auprès d’un trio gagnant, se produisant presque au même moment. Sur les planches du Titan, le podium plein air inauguré l’an dernier, Ska-P fait bondir les fans à l’aide de son ska-punk à la sauce espagnole. La formation, ressuscitée l’an dernier, dispense un show énergique et irrévérent qui soulève un beau nuage de poussière sous les pieds du public placé aux premiers rangs. De son côté, Diam’s harangue la foule dispersée aux 4 coins de l’Univers. Toujours aussi efficace et vêtue d’un tee-shirt ‘Big Up!’, la rappeuse française arbore un sourire éclatant. La ‘génération nan nan’ reprend en chœur les paroles de « La boulette », connue sur le bout des doigts. Le syndrome ‘Peter Pan’ frappe de plein fouet la scène lorsque Diam’s revient déguisée en ours polaire. Attachés aux chœurs, un Obélix au féminin et une Dora l’Exploratrice aussi hilarante que criante de vérité.

Un final carnavalesque, confettis à l’appui, qui dénote en regard de la prestation tranquille accordée par Ben L’Oncle Soul. Le chanteur originaire de Tours dévoile un premier disque déjà acclamé par la critique française sous la tente Fiesta. Le chanteur a déjà trouvé ses fidèles en Belgique grâce à ses reprises revisitées à la sauce Soul circa sixties extraites de « Soul Wash ». Le tonton soul, déjà très à l’aise sur scène, doit également beaucoup à ses deux choristes qui permettent au spectacle de tenir la route, sur la longueur.

Retour au Titan où se produit un duo au succès fulgurant. Depuis la sortie de leur disque éponyme, le nom de Rodrigo Y Gabriela est synonyme de valeur sûre. De l’ABBox à Forest National, le duo s’est illustré en l’espace de quelques mois sur des scènes de plus en plus larges. Consécration à Couleur Café, où les deux Mexicains installés à Dublin ont donné une sacrée leçon de guitare aux novices. Le jeu de Rodrigo Sanchez et de la belle Gabriela Quintero impressionne. Particulièrement celui de cette dernière, qui exécute des mouvements de mains incroyablement rapides et fluides. Un jeu plus instinctif que celui, assez technique, de son partenaire. Durant 1h15, le duo parvient à tenir en haleine le public, sans temps mort, au seul son de leurs guitares.

A 23h30, le Titan est pris d’assaut par un public en surnombre. La réunion Kool Shen – Joey Starr ne passe pas inaperçue. Suprême NTM déboule sur l’estrade à base de ‘popopopop’ sur un « Seine Saint-Denis Style » qui met tout de suite tout le monde d’accord. Le duo n’a pas attendu quoi ou qui que ce soit pour foutre le feu. Les rappeurs se pourchassent d’un côté à l’autre du podium, titillent un public chaud comme la braise et balancent leurs tubes intemporels les uns derrière les autres.

Petit intermède du côté de la Fiesta où Ebony Bones, personnage haut en couleurs, enchaîne les morceaux de son « Bone Of My Bones », en y injectant une terrible puissance punk. La jeune Anglaise fait sautiller les petits gars des premiers rangs à l’aide de versions gonflées de « In G.O.D. We Trust (Gold, Oil & drugs) », « The Muzik » et « Don’t Fart With My Heart ». Soutenue par deux choristes aussi déjantées qu’elle, Ebony Bones offre une prestation très visuelle, tant par ses chorégraphies délirantes que les accoutrements de la troupe.

Un bon remontant avant de retrouver Suprême NTM qui clôture son show et la première journée du festival par « Police », leur hymne enflammé, avant de repartir comme ils sont venus, par la grande porte lors d’une version musclée aux grattes de « Seine Saint-Denis Style ». L’édition 2010 de Couleur Café ne fait que commencer et s’annonce très (très) chaude !

 

Organisation : Couleur Café / co ZigZag, Tour & Taxis, Bruxelles

 

(Voir aussi notre section photos)

Les Nuits Botanique 2010 : lundi 17 mai

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Parce que les Nuits Botanique sans une soirée fourre-tout ne seraient pas les Nuits, le festival proposait en cette soirée de clôture un véritable melting-pot de genres. L’Orangerie en aura donc vu de toutes les couleurs : du chaabi aux accents hip-hop, en passant par le pop-rock électronique, le bidouillage expérimental ou encore de l’électro subversif. Elixir providentiel ou soupe indigeste ?

En tête de liste, les Français d’Amazigh sont venus présenter leur mariage de hip hop et de musiques traditionnelles raï et chaabi. Bien que certaines sonorités ne soient pas sans rappeler Tinariwen, la recette du quatuor est loin de rassembler les foules. Le set, un peu linéaire, a eu cependant le mérite de satisfaire une petite demi-douzaine de festivaliers décomplexés qui ne manquaient certainement pas de place pour danser.

Aaaah, les Vismets. Jeunes Bruxellois top tendance qui militent dans le pop-rock nappé d’électro bien d’aujourd’hui. La salle, autrement remplie qu’une heure auparavant, s’impatiente. La formation monte sur le podium en concédant une bonne vingtaine de minutes de retard. Leur prestation est centrée sur « Gürü Voodoo », un premier album déployé dans les bacs le matin même. Scéniquement, rien à signaler, pas même une petite étincelle.  Suivant.

Perdu au milieu de tout ça, les génies canadiens de Holy Fuck prennent d’assaut l’Orangerie sur le coup des 22h40. Le quatuor, en rang serré, présente « Latin », un troisième recueil un peu plus en retenue que son prédécesseur, l’énorme « LP ». Ce qui leur vaut d’ailleurs quelques critiques en demi-teinte. Qu’à cela ne tienne, c’est sur scène que Holy Fuck prouve toute sa valeur. La formation parcourt ses deux derniers éléments discographiques avec une force et une maîtrise remarquables. Même les plages les plus fadasses de « Latin » prennent, en ‘live’, une dimension orgasmique. Carton plein, une fois encore, pour ces véritables bêtes de scène.

Il est près de minuit lorsque les deux hurluberlus de Sexy Sushi débarquent sur scène devant un public déjà acquis à leur cause. Dès les dernières notes de la chanson introductive, le show se transforme déjà en happening. Rebeka Warrior ne perd pas une seconde et se jette au sein de la foule pour scander son poétique « Petit PD » pendant que son acolyte Mitch Silver appuie sur les deux seules touches de son Mac qui lui sont utiles. Lors du troisième morceau, l’ultra-lyrique « Enfant de Putain / Salope ta Mère », une large partie du public se retrouve sur scène à l’invitation de Rebeka. Celle-ci tombe la chemise quelques minutes plus tard pour le plus grand plaisir de ses fans. Entre-temps, les deux jolies plantes qui servaient de décor au show de Holy Fuck ont vécu leurs derniers instants. Planté derrière le duo, un ‘garde du corps’ coiffé d’un masque du KKK tente de balayer les irréductibles gaillards du public refusant de quitter la scène. Un spectacle ‘pour les mioches’, comme le signalera la chanteuse. A 00h45, Sexy Sushi achève sa prestation chaotique et surtout sans queue ni tête. Un peu à l’image de cette soirée de clôture de l'incontournable festival bruxellois.

Organisation : Botanique

Les Nuits Botanique 2010 : samedi 15 mai

Lors de cette antépénultième soirée des Nuits Botanique, le Cirque Royal accueille le duo américain CocoRosie, dont le nouvel elpee est sorti en Europe, quatre jours plus tôt, et la formation danoise Efterklang. Récemment signée chez 4AD, elle est également responsable d’un nouvel album (« Magic Chairs »), paru en février dernier. Le Cirque Royal est comble pour cette double affiche.

La soirée commence par Efterklang, dont le pop rock est alimenté de chœurs, de trompettes, de guitares, et d’une batterie. Une première partie sympathique et enjouée, qui lorgne manifestement vers l’univers d’Animal Collective. Le groupe se retire à 21h, et nous souhaite de passer un bon moment, en compagnie de CocoRosie.

Les sœurs Casady débarquent à 21 heures 30 sur la scène du Cirque Royal. L’accueil réservé par le public est plutôt timide. Cheveux lâchés et emmêlés, Bianca porte un costume à martingale désuet sur une longue chemise blanche. Sierra est vêtue d’un long manteau de princesse rouge. Elles sont accompagnées de Tez, leur ami beat-boxer, du pianiste et bidouilleur de sons Gael Rakotondrabe, et d’un percussionniste ; invités qui confèreront au duo intimiste l’envergure nécessaire au live.

Bianca et Sierra, alias Coco et Rosie, entament le set par un morceau à la fois électro et lyrique, « Repose in Peace ». La voix d’opéra de Sierra résonne sur le beat de Tez, tandis que Bianca les accompagne à la flûte. Une ambiance pastorale émane de ce chant lancinant venu d’ailleurs. Sur le deuxième morceau, « Black Rainbow », les deux voix complémentaires mêlent leurs réverbérations pour une tirade mélancolique. Suit « Undertaker », qui démarre par un enregistrement d’une vieille chanson cherokee ayant bercé leur enfance. Des notes de carillon et de piano accentuent cette ambiance d’un autre temps. Les souvenirs, disloqués, s’entrecroisent et se démêlent, en laissant un arrière-goût poussiéreux.

Sans adresser un seul mot au public, les CocoRosie enchaînent sur « Fatherhood ». Aux vocalises dégringolantes de Sierra répond le timbre aigu et dense de Bianca, sur fond de rythmique hip-hop et de piano jazzy. Les percussions graves évoquent des tambours amérindiens. Le chant résonne comme une prière.

Les sœurs tombent leurs accoutrements respectifs et se retrouvent en longues chemises blanches flottantes. Réincarneraient-elles des prêtresses d’une religion inventée. Le set est soutenu par une projection vidéo qui n’est pas aussi riche que l’univers musical du combo. Des images kitch et populaires se suivent, se répètent, mêlant sans queue ni tête croix chrétiennes et svastika, dollars, vagues déferlant sur la plage et portrait de cheval, visages d’enfants ou encore vampires morbides… Un fond visuel qui perturbe le concert plus qu’il ne l’enrichit.

Lorsque « K-hole », succès du second album « Noah’s Ark », démarre par des sons de jouets d’enfants, le public se réchauffe. Tez, qui assure des basses très présentes simplement grâce à sa voix, s’octroie ensuite un solo, une performance de beat box, acclamée par le public.

Après « Turn me on », le concert prend une forme plus ludique, moins attendue, dont ce « Hopscotch » et ses allures de comptines, entonnée par les deux frangines redevenues enfants, tapant dans leurs mains comme dans une cour d’école.

Ce sont en tout dix-neuf morceaux dont huit du nouvel album et cinq inédits qui nous régaleront les oreilles. Leur prestation ne s’attardera pourtant pas pour un long rappel. Le concert se clôt sur « Tranny Power » où Sierra abandonne enfin son sérieux, avant que les lumières ne se rallument sur un parterre de gobelets laminés. Bianca quant à elle est restée impassible, et c’est son ‘merci’ lancé sur le chemin des coulisses qui clôture la soirée.

Si l’on tient compte du nombre de concerts accordés par CocoRosie (presque un chaque soir pour le mois de mai), on comprendra qu’elles n’aient pas joué les prolongations.

Efterklang + CocoRosie

(Organisation Botanique)

Alice Bossut

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Quand les ondes électroniques du chapiteau grondent férocement aux portes du Museum, le cœur du grand salon bat lentement, ce soir, sur des mélopées fragiles et intimistes. Espace cotonneux où deux instruments sont à l’honneur : la guitare acoustique de Noria et le piano de Maximilian Hecker.

Sous le pseudonyme de Noria se profile, en filigrane, le projet d’Olivier Piette. Un jeune guitariste virtuose doté d’une voix d’ange venu timidement nous présenter son premier opus : « Seasons Of The Song ». Album sur lequel il s’entoure d’Elie Rabinovitch, Catherine Graindorge (Nox), Pierre Jacqmin (ex-Venus) et Mister Diagonal (Black Light Orchestra). C’est pourtant seul, ce soir, qu’il nous présente les mélodies mélancoliques de « Seasons Of The Song », dans une version acoustique. Une chaise pour seul décor où le visage exsangue et la silhouette dégingandée d’Olivier Piette viennent se recroqueviller à côté d’un pied orné de trois guitares sèches pour nous offrir un set épuré. Un festival d’arpèges minutieux sublimant une voix claire-obscure et gracile qui déchire le silence abyssal du Museum et fige un public admiratif. Pas un mot entre les morceaux, seule importe la musique. Un authentique  songwriter qui alterne académiquement des mélodies pop et folk qui s’étonnent parfois d’airs  manouches. Noria, un personnage et une voix touchant aux notes de guitares qui sanglotent. Reste à découvrir la formation complète sur scène dans un avenir proche.

En 2008, Maximilian Hecker pensait avoir atteint un point de non-retour dans sa carrière artistique. Le jeune Berlinois âgé alors de 31 ans ne trouvait plus de plaisir à jouer. Trop à l’étroit dans un corset de perfectionnisme et de conventions infligées par les maisons de disques, l’auteur-compositeur-interprète allemand ne trouvait plus l’inspiration, le souffle nécessaire pour exprimer pleinement ses émotions artistiques. Cette sensation musicale perdue, il l’a cependant retrouvée, amplifiée du reste de plus de force introspective et de colère intestine, sur son sixième et dernier opus intitulé : « I Am Nothing But Emotion, No Human Being, No Son, Never Again Son ». Hymnes pop mélancoliques qu’il va distiller pendant plus d’une heure et demie devant le public passionné du Salon de Concert du Botanique.

Plus de voix de fausset sur les dernières compos mais la trace d’une âme plus librement torturée. Un timbre déchiré et des paroles à induire le dégel des cœurs les plus arides. Un talent bien particulier d’esthétiser radieusement l’amertume. « Nana » s’érige alors en une sculpture de spleen divinement ciselée de notes de piano délicates et sombres. La ballade addictive « Heroin » hypnotise et emmène l’auditeur dans un voyage à distance indéterminé. Un spleen poétique que l’on écouterait volontiers pendant des heures allongé sur le sol, les yeux fermés.

Un concert entre miel et fiel qui s’achèvera par ‘l’incapacité d’aimer’. Sentiment d’apathie dont manifestement Maximilian Hecker n’est pas atteint lorsque celui-ci s’amuse en français avec son auditoire et plonge finalement pour l’embrasser. L’obscur Hecker devient alors radieux et termine les deux copieux rappels par un bouleversant : ‘Merci. Au Revoir. Je vous aime’ qui sue de générosité et de sincérité. Il consacrera d’ailleurs un long moment à son public devant les portes du Museum. Maximilian Hecker, un artiste qui jongle parfaitement entre joie et tristesse, ombre et lumière. Touchant !       

Maximilian Hecker (DE) + Noria (BE)

(Organisation Botanique)

Eric Ferrante 

 

Les Nuits Botanique 2010 : jeudi 13 mai

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Une semaine déjà que le sol du jardin Botanique vibre au rythme des Nuits. Le chapiteau, où se sont déjà côtoyés artistes confirmés et jeunes espoirs, offrait ce soir sa propre définition des ‘musiques du monde’. Trois formations aux univers tout à fait différents se sont donné le relais, lors d’une soirée en demi-teinte, sauvée in-extremis par le panache d’Eugene Hütz et son Gogol Bordello explosif.

Après le forfait de Forro in The Dark, qui devait ouvrir cette soirée du 13 mai, on apprend, en arrivant sous les serres, que leur remplaçants, Tres Leches Sound Crew, ont également jeté l’éponge. La quadruple affiche laisse donc place à un trio de formations aux genres assez éloignés les uns des autres. Les New-yorkais de Bear In Heaven étaient chargés de lancer les festivités. Le combo présentait ce soir « Beast Rest Forth Mouth », leur dernier effort studio publié quelques jours auparavant. Musicalement, leur fusion de psyché et d’electronica est plutôt engageante. Mais les vocalises haut perchées de Jon Philipot affaiblissent un travail qui, à priori, aurait pu s’avérer impeccable…

Scéniquement, la troupe de Mariachi El Bronx était, quant à elle, un peu plus expansive que ses prédécesseurs. Le projet parallèle et loufoque des membres de la formation hardcore punk The Bronx va complètement à contre-courant du genre adopté, à la base, par les Californiens. Mais une fois l’effet de surprise dépassé, le trip inattendu du quatuor ne s’avère pas franchement passionnant, sauf peut-être pour les aficionados du genre traditionnel mexicain. En bref, Mariachi El Bronx, c'est un peu le Calexico du pauvre...

Ambiance électrique sous le chapiteau. A l’heure où la bande à Eugene Hütz frôle les planches de la scène, la salle est pleine à craquer, aux limites du surbooking. Après une courte intro, Gogol Bordello fait péter les guitares et les plombs de l’assemblée. « Not A Crime », « Mi Companjera », « Break the Spell », « Wanderlust King » s’enchaînent sans trêve. Le chanteur ukrainien et ses musiciens maîtrisent leur Gyspy Punk comme des dieux. Le sol réagit comme un trampoline au rythme des envolées d’un public surexcité. L’apothéose est atteinte, en fin de set, par les interprétations enflammées de « Pala Tute » et « Start Wearing Purple », les irrésistibles hymnes punk du plus excitant des bordels. En section rappel, la troupe ‘gitane’ clôture les festivités sur un véritable marathon-guinguette, en alignant les terribles « Alcohol », « Baro Foro » et une version allongée de « Trans-Continental Hustle ». Ce soir, le chapiteau aurait amplement mérité d’être rebaptisé ‘Boiler Room’ !

Bear In Heaven + Mariachi El Bronx + Gogol Bordello

Organisation : Botanique

Les Nuits Botanique 2010 : mercredi 12 mai

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Depuis 2008, on assiste à une résurgence de la dream pop et de la noisy sur la scène musicale indépendante (Beach House, School of Seven Bells, The XX…) Genres musicaux où l'essence de la musique converge vers les textures et les ambiances éthérées plutôt que vers les riffs rock propulsifs. Le phénomène ne demeurant plus exclusivement britannique revient en force sur la scène rock expérimentale étasunienne.

La programmation du Chapiteau, baignée d’un merveilleux printemps écossais, nous en faisait du reste la démonstration en invitant les Américains de Deerhunter (Atlanta), The Dodos (San Francisco), A Sunny Day In Glasgow (Philadelphia) et les Danois –résidant à Berlin– de Raz Ohara And The Odd Orchestra. Quatre formations ambient pourvues, chacune, d’ingrédients particuliers (pop-rock, punk, psyché-folk, électro…) mais naviguant sur des ondes sonores communes. Un line-up de qualité et parfaitement cohérent.

Découvert sur la scène internationale en 2009 grâce à son second long playing « Ashes Grammar », A Sunny Day In Glasgow ouvrait de bien belle manière cette sixième journée des Nuits Botanique devant un public timide. Six artisans qui érigent les ogives d’une cathédrale de sons, sise sur des sables mouvants mais habitée de mélodies ellipsoïdales nimbées d’échos, de nappes électroniques, de guitares filtrées et sublimées gracieusement par les deux voix féminines de Jen Goma et Annie Fredrickson. Malgré des influences criantes telles que Lush ou Slowdive, le sextet philadelphien parvient à sculpter de majestueux ‘soundscapes’ à la fois abyssaux, personnels et uniques. « Slaughter Killing Carnage – The meaning of words » givre l’instant d’une voix féminine soufflée et immortalise des paysages sonores introspectifs et existentialistes qui vous glacent le sang. Une dream pop sombre et sensuelle couverte de deux guitares résolument noisy inscrites dans la pure tradition britannique des 80’s qui contemple les horizons lointains de « Victorialand » (Cocteau Twins). Une musique qui ne réchauffe pas le climat humide du chapiteau, mais fait voyager l’âme.

Raz Ohara And The Odd Orchestra, projet porté par le Danois Patrick Rasmussen, place la suite des événements sous le signe d’un ambient original. L’ambient minimaliste, irradié par la voix du leader scandinave se couvre d’une multitude d’instruments (guitares, drums, accordéon, xylophone…) Une atmosphère qui s’éclaire parfois de guitares électriques rock soutenues d’une ligne de basse solide, puis replonge subitement dans les bras d’un atmosphérique cotonneux. Un set additif globalement placé sous le contrôle d’un électro planant et psyché.

La réputation de The Dodos, en concert, est solidement établie et l’éloge de leur troisième opus, « Time to die », sorti en 2009 (NDR : album bénéficiant de la précieuse production de Phil Ek : The Shins, Fleet Foxes, Band Of Horses) n’est vraiment plus à faire. Un trio extrêmement physique au volume sonore capable de déplacer des montagnes. Sur scène, côté jardin, Meric Long (chant/guitare), côté cour, en lisière de front stage, le batteur hyperkinétique Logan Kroeber ; et, en background, le dernier venu, Keaton Snyder derrière son vibraphone king Size. Les trois hommes agitent les ondes sonores aussi violemment que le ferait un groupe formé d’une douzaine de musiciens. Une performance en montagnes russes qui vacille entre des morceaux orageux capables de déchirer les toiles robustes du chapiteau de leurs drums hyperpuissants et des mélodies à fendre les cœurs de pierre. Une musique bipolaire qui coupe le souffle du spectateur et le surprend souvent par son défi constant de toute loi de la logique pop, folk ou rock. The Dodos rompt cependant trop fréquemment l’équilibre mélodique en privilégiant particulièrement les drums. Une dualité guitare/batterie qui caractérise le trio californien mais dont l’arrivée récente du vibraphone de Keaton Snyder étoffe le son et offre un supplément d’équilibre sur scène entre le binôme percussif et mélodique. Un instrument de transition qui permet au public de pénétrer les territoires mélodiques et dynamiques les plus complexes avec moins de brutalité. Ce soir, les arabesques alambiquées des trois Américains se font sensiblement sentir sur des titres d’une impressionnante précision comme “Two Medecines”. Un morceau répétitif où tous les éléments guitare/batterie/chant s’agencent merveilleusement (NDR : instant où l’on croirait entendre un essaim de guitares et de batteries). L’autre versant du groupe s’éclaire de morceaux plus mélodieux tel “Time To Die”. Un titre vibrant d’émotion au tempo ralenti, aux arpèges qui se déroulent... Un instant de frisson qui ne réchauffe pas le printemps glacial du chapiteau mais nous offre globalement un délicieux moment de pure énergie brute !

Venu présenter son dernier opus « Microcastle » (NDR : collaboration avec Nicolas Vernhes : Animal Collective, Cat Power…), Deerhunter n’hésitera pas à envoyer le bois pendant presque une heure pour clôturer cette sixième soirée de festival. Fidèle à sa réputation live, la bande de Bradford Cox ouvre les hostilités par « Wash Off », nous rappelant ainsi qu’elle n’a pas totalement abandonné son esprit rock-garage et punk dans le fond d’un grenier poussiéreux. Un mur du son puissant qui s’effrite cependant progressivement pour laisser place au nouveau visage Deerhunter. Un visage plus mélodieux s’élevant davantage dans les sphères éthérées de la dream pop et du noise rock. Un nouveau genre qu’ils qualifient eux-mêmes de garage ambiant. « Little Kids » s’ouvre dès lors à des mélodies plus pop derrière lesquelles les guitares s’apprêtent sournoisement à monter, crescendo, à saturation pour nous propulser dans de purs moments d’apesanteur. Malgré des morceaux plus rêveurs sous influence ‘Animal Collective’, la setlist recèle de nombreux voyages noisy qui invitent à une transe électrique et agitée. Par ailleurs, « Nothing Ever Happend » pourrait bien faire figure d’archétype résumé de l’ère « Microcastle ». Un morceau pop chargé des guitares libres du krautrock et d’expériences dream pop. Un groupe qui se situe toujours à l’intersection de genres s’éloignant souvent des rives balisées de la conformité. A la sortie de chaque concert, une impression de chaos subsiste un certain temps et puis se désagrège. Le final sur « Calvary Scars » nous rappelle sans cesse que la muse ‘mybloodyvalentinesque’ reste indéfiniment dans l’ombre de l’univers noise de Deerhunter. Morceau qui démarre sur une pop discordante et se termine sur une explosion sonore ‘shoegazée’. C’est finalement le corps trempé jusqu’aux os et les tympans dévastés que le spectateur repartira rejoindre un Morphée probablement très agité. 

Deerhunter + The Dodos + Raz Ohara And The Odd Orchestra + A Sunny Day In Glasgow

Organisation Botanique

Les Nuits Botanique 2010 : mardi 11 mai

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Un Botanique noir de monde accueillait les désormais incontournables ‘Nuits belges’, ce mardi 11 mai. Une foule dense venue également fêter le 15ème anniversaire du label bruxellois 62TV Records. Excepté les Français de Syd Matters flanqué de quelques Guests, tous les groupes programmés ce mardi soir font d’ailleurs partie des écuries 62TV et 30 février. Un cru 2010 qui prétend s’ouvrir sur l’étendue et la diversité des artistes de notre plat pays. Et c’est précisément là que le bât blesse. La programmation illustre férocement la fragilité actuelle de notre paysage musical national. Un désert créatif où l’on peine à apercevoir le moindre oasis. Période de sécheresse durant laquelle la scène belge souffre cruellement d’un déficit chronique d’imagination créatrice et promène oisivement ses guêtres dans le doux confort du déjà vu.

L’édition 2010 présentait 11 groupes belges et un groupe français : expression singulière d’un line-up représentatif de la scène belge 2010 bousculant la curiosité du public : le retour brutal de Malibu Stacy, réveillé de son stand-by pour venir nous (re)présenter son album « Marathon », sorti en 2008. Prestation agrémentée de quelques compos du nouvel album en construction, dont la sortie est prévue dans le courant de l’année 2011, la visite inattendue de The Tellers recomposé après un split et trois ans d’absence, supposé nous donner un avant-goût d’un album en préparation, le résident David Bartholomé (NDR : déjà au programme, mais en compagnie de Sharko, lors de la Nuit Belge 2009, pour nous balancer « Dance On The Beast ») en mode stand-up comedy, le come-back inespéré de Lucy Lucy (NDR : eux aussi à l’affiche de l’édition 2009) de passage pour (re)rejouer son Ep six titres sorti en 2009… Que du neuf ! Le problème fondamental de cette Nuit Belge 2010 devait cependant découler du nombre : douze groupes belges de qualité à dénicher. Les Français de Syd Matters pallieront soigneusement cette insuffisance.

Trois salles et un chapiteau aux saveurs distinctes exigeant un don aigu d’ubiquité  et une certaine souplesse pour se tailler une place au milieu du public des 4 scènes combles où 3 groupes jouent simultanément : le confort mélodieux du grand salon (Guy Van Nueten, Syd Matters et Dez Mona), le nid acoustique de la Rotonde (Stéphanie Crayencour, Loïc & The Frantic Lovers et David Barthlomé), la plus fougueuse Orangerie (Hallo Kosmo, Lucy Lucy et The Tellers) et l’humidité sibérienne du Chapiteau (Nele, Malibu Stacy et Été 67).

L’indétrônable pianiste et compositeur Guy Van Nueten ouvre délicatement cette soirée dans le cosy salon de concert. Paré de son costume noir, son air un peu absent et son humour délicieusement maladroit, l’ancien claviériste des Sands pose délicatement les doigts sur son piano noir pour nous faire partager ses rêveries minimalistes dignes d’un toucher pianistique épuré à la Satie. Souvent reconnu pour sa collaboration avec Tom Barman lors d’un somptueux disque ‘live’ paru en 2004, on en oublierait presque les talents de ce musicien à multiples facettes. Un arrangeur couru tant dans le monde de la pop (Daan, Tom Barman…) que du classique (Orchestre philharmonique de Flandre), du cinéma (Alex Stockman), de la danse, du théâtre… C’est d’ailleurs la tête pleine d’images qu’il interprète, dès le deuxième morceau, ses musiques de film empreintes d’un minimalisme à l’américaine. Un concert coloré d’images habité principalement de son dernier opus « Merg » paru en septembre 2009. Un moment doux pour l’âme.

A peine le temps de souffler pour rejoindre une Orangerie déjà surchauffée par les vapeurs électriques de Hallo Kosmo. Une scène drapée de toiles multicolores habitée du psychédélisme électronique de Daniel Offerman (ancien bassiste des Girls In Hawaii. Quelques minutes de décrassage auditif pour découvrir un rock coloré et festif qui ne laisse pas les guitares au placard et l’auditeur indifférent.

Singulièrement, la découverte la plus intéressante de cette édition 2010 des Nuits Belges nous viendra, sans l’ombre d’un doute, de France. Syd Matters (NDR : contraction entre Syd Barrett et Roger Waters des Pink Floyd) est un groupe porté par le Parisien Jonathan Morali qui affiche clairement ses couleurs entre Pink Floyd et Nick Drake. Bien déterminé à nous envoûter par les nouveaux morceaux de son prochain opus (« Brotherocean »), cet ensemble de cinq musiciens, sublimé de deux excellents backing vocalists, inonde le Grand Salon d’un hippie pop-folk hautement émotif. Un concert qui brille d’un travail soigné orienté vers l’ambiance, l’onirisme et l’émotion. Une musique née de la rencontre entre folk antique et pop moderne. Les voix magistrales, les discrets arpèges de guitare, les sonorités de claviers vintage, les atmosphères planantes aux vertus panoramiques, tout converge pour tisser un univers cotonneux que l’on souhaiterait ne plus devoir quitter. Syd Matters ou le pouvoir d’une simplicité et d’une naïveté ingénieusement contrôlées.

Cette soirée sans vagues s’achèvera par les histoires tragi-comiques de David Bartholomé qui nous attendaient tout naturellement sous les charpentes métalliques de la Rotonde. Exercice de style entre le songwriting et le stand-up comedy où le leader de Sharko s’improvise acteur de théâtre pour nous raconter ses (més)aventures à travers son livre ‘Sharko Journal 2003-2009 ou comment en voulant grimper, j’ai construit une échelle en abattant un arbre au lieu de monter à l’arbre’, publié en septembre 2009. Le préambule de cet ouvrage loufoque résume parfaitement la prestation scénique du musicien bruxellois : ‘Tour à tour cynique, honnête, aigre, enthousiaste, hypocondriaque, anxieux, il se livre à nous avec beaucoup d'humour’. Guitare acoustique et récits de vie déclamés ou chantés nous offrent un moment doux-amer où se mélangent tristesse et esprit cynique. Un David Bartholomé troubadour qui jongle merveilleusement avec le récit sonore et l’autodérision. Un dernier cadeau surréaliste qui nous mènera à nos chaumières un sourire doux-moqueur aux lèvres.

Été 67 + Malibu Stacy + Nele + The Tellers + Lucy Lucy + Halo Kosmo + David Bartholomé + Stéphanie Crayencour Loïc B.O. & The Frantic Lovers + Dez Mona + Guy Van Nueten + Syd Matters & Guests (Fr)

(Organisation Botanique)

Les Nuits Botanique 2010 : dimanche 9 mai

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Troisième soirée. Les Nuits battent leur plein. Tandis que le chapiteau se prépare à vibrer au son des complaintes de Scout Niblett et Jean-Louis Murat, un casting presque entièrement féminin attend les festivaliers qui ont jeté leur dévolu sur le line-up de l’Orangerie. Au programme : Selah Sue, la petite Belge qui monte, Errors et leur bidouillages entêtants, ainsi que Rox et Ellie Goulding, deux espoirs féminins plébiscitées par la critique britannique. Et plus particulièrement par la BBC qui a gentiment apposé un cachet ‘The Sound Of 2010’ sur leurs premiers travaux.

Programme chargé à l’Orangerie. Pas de moins de quatre artistes vont se donner le relais sur les planches de la salle. Une quadruple affiche qui n’a pas pour autant déplacé les foules. En guise d’ouverture, Selah Sue, de son vrai nom Sanne Putseys. Malgré son jeune âge (elle vient de souffler sa 21ème bougie), la demoiselle originaire de Louvain affiche une détermination admirable. Sa discographie a beau ne compter encore aujourd’hui qu’un seul Ep (« Black Part Love », paru en 2008), Miss Sue ne cesse de gagner du terrain dans sa quête de notoriété. Il faut dire que du haut son mètre soixante et des poussières, la jeune femme manifeste une énergie sans faille. Après deux concerts sold-out à l’ABClub et à la Rotonde, la folk teintée de soul et reggae de Selah Sue a conquis sans trop de difficulté le public présent, notamment grâce à une sympathique version de son « Raggamuffin », en clôture de son set.

Errors prend place sur les planches vers 21h10. Le trio originaire de Glasgow propose, dans la bonne humeur, « Come Down With Me », son nouvel LP, devant une Orangerie à moitié remplie. Les petits protégés de Mogwai (NDR : ils ont signé sur leur label Rock Action) se distinguent de la plupart des formations surfant sur la vague post-rock, par leurs synthés omniprésents. Techniquement, ils n’arrivent pas à la cheville d’une formation telle que 65daysofstatic, mais les trois joyeux lurons assènent à leurs compositions une dose électro beaucoup plus présente et assumée que chez leurs aînés. Du post-rock taillé pour les dance-floors. Il fallait oser. Et Errors s’en sort particulièrement bien dans l’exercice.

Rox, accompagnée de son full band, présente quant à elle son premier album, « Memoirs », à paraître au cours du mois de juin prochain. La Londonienne entame son set par « My Baby Left Me », un premier single aussi solaire que son interprète. La demoiselle enchaîne ses futurs tubes, un sourire gravé aux lèvres. « Rocksteady » procure au public un pur moment de bonheur grâce au déhanché fiévreux de la chanteuse et de ses choristes. Rox est sans nul doute un nom à retenir et une artiste qui aurait bien sa place à l’affiche d’un festival tel que Couleur Café.

Vers 23h10, place à la tête d’affiche de la soirée. Sans se presser, Ellie Goulding et ses trois musiciens entament leur prestation sur une nouvelle compo. A 24 ans, la blonde à la coiffe négligée (déjà adoptée par les ados du premier rang) a réalisé un coup de maître, au cours du mois de mars, en plaçant son premier essai « Lights », directement en pôle position des charts britanniques. Sa pop électronique sucrée n’est certainement pas susceptible de lui faire gagner le respect des ‘hipsters’, mais n’en est pas moins un petit plaisir coupable qui fait du bien par où elle passe. La chanteuse parcourt la quasi-intégralité de son œuvre, depuis « Guns and Horses » à « Salt Skin », en passant par une version acoustique de « Wish I Stayed ». Avant de quitter la scène sur les dernières notes de son hit « Starry Eyed », la Londonienne a également effectué un arrêt sur les terres de Midlake pour une reprise de « Roscoe », sans grand intérêt. Le genre même d’appropriation qui ferait certainement grincer des dents les fans de la formation. Petite faute de parcours sans conséquence qui clôture une soirée un brin 'gentillette'. Mais, parfois, il n'en faut pas beaucoup plus pour être heureux...

Selah Sue + Errors + Rox + Ellie Goulding

(Organisation : Botanique)

Les Nuits Botanique 2010 : samedi 8 mai

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Mosaïques d'art !

Lors de cette deuxième soirée des Nuits Botanique, le Cirque Royal nous régalait de deux talentueux groupes aux rumeurs musicales distinctes mais aux projets parallèlement excentriques : The Irrepressibles et MLCD. Espace artistique où chacun d’eux nous propose une vision kaléidoscopique de l’art qui se sert de la musique pour nous emmener dans les mondes du théâtre, du cinéma, de l’opéra… Pas de première partie ce soir mais deux réelles têtes d’affiche qui chevauchent des champs musicaux éloignés sans jamais se télescoper.  

The Irrepessibles. Après avoir chambardé les salles du Roundhouse de Londres, l’amphithéâtre romain de Barcelone et la Cigale à Paris, l’orchestre britannique composé de neuf musiciens classiques déverse le flot torrentueux de ses élucubrations ‘rockocoesque’ sur les planches du Cirque royal. Illuminations puisées aux sources de leur deuxième opus, « Mirror Mirror », produit par l’excellent Dimitri Tikovoi (Placebo, The Horrors, Sharko, John Cale…)

Tout d’abord, un décor. Une scène minutieusement architecturée de huit miroirs, de néons blancs et d’une énorme boule à facettes. Lieu planté, côté jardin, d’un clavier, d’un violoncelle, de deux flûtes traversières et, côté cour, d’un percussionniste et de trois violons. Au centre, le chef d’orchestre, Jamie McDermott. Un ensemble qui magnifie de sa belle synchronisation chaque note émise par la guitare acoustique du leader charismatique. Un travail de concordance stupéfiant ! Un univers extraterrestre construisant un pop orchestral baroque et classique grimé de gestuelle théâtrale, de poses statuaires, de fanfreluches décadentes, de maquillage fantaisiste, de costumes intemporels… Jamie McDermott définit d’ailleurs lui-même son concept : ‘Je me suis intéressé aux liens entre la mode et la musique, à la façon dont la musique et les arts peuvent ouvrir sur un autre monde.’ Un spectacle atypique qui synchroniserait dans le maintenant pur de cet espace sans rivages la musique classique baroque, la pop spatiale de Bowie, le rock pompier de Queen. Non lieu sonore où les symphonies pop de Scott Walker converseraient avec le chant sophistiqué d’Anthony Hegarty (Anthony and The Johnson). Un spectacle qui habiterait le décor cinéma de « The Rocky Horror Picture Show ».

Un cabaret pop précieux qui assume et cultive une certaine forme visuelle du kitsch et de l’excentricité sur "My Friend Joe" ou "Splish! Splash! Sploo!" alternant cependant avec des morceaux plus classiques ("Forget The Past", "In This Shirt" ou "Nuclear Skies"). D’autres, enfin, surprennent par leur sérénité. Ainsi, "The Tide", chanson poignante, bouscule les âmes par ses envolées finales de cordes. Lyrique, glam, précieuse, la musique de The Irrepressibles ne sombre jamais dans l’ultra-sulfureux et se fond souvent dans le timbre élégiaque du contre-ténor britannique.

Et le concert de s’achever tendrement sur un rappel orné d’un visuel drapé d’un fond de scène rouge vif où seuls la claviériste et le chanteur anglais apparaîtront en ombres chinoises. Touché ou non par cette représentation surréaliste, le spectateur ne sort pas indemne de cette expérience.

21h30. MLCD monte sur les planches du Cirque Royal pour livrer le concert belge le plus attendu de cette année musicale 2010. Deuxième représentation seulement (NDR : le premier concert s’était déroulé la veille à la Caserne Fonck de Liège) pour exposer les trames singulières de son opéra pop. Ceux qui d’ailleurs ont eu la chance d’assister au concert livré en bord de Meuse, en rêvent encore. Vidéos, animations, orchestre, costumes… MLCD conjugue avec une aisance remarquable la musique et la magie du cinéma, mais aussi du théâtre.

Trois années de travail intensif qui prennent enfin corps au milieu d’une scène minutieusement meublée. Une fiction accompagnée de metteurs en scène, de vidéastes, de scénographes narrant la vie torturée de Brian Wilson (leader charismatique des Beach Boys) et prêtant un supplément d’âme aux symphonies ‘dictaphoniennes’. Symphonies sublimées par l’orchestre du conservatoire de Liège. Un travail minutieux où tous les acteurs artistiques font merveilleusement corps et observent une synchronisation digne d’un horloger suisse entre musique et projections. Musique qui donne astucieusement vie aux images (NDR : vidéo projetée sur 47 cubes érigés en pyramides) habitées par Redboy. Lieu fantasmagorique où le chanteur-guitariste devient acteur de sa propre narration et incarne le fantôme de Brian Wilson. Un exercice schizophrénique merveilleusement réussi.                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

Alternant le rouge et le blanc, cet espace visuel est habilement organisé et habité, côté jardin, d’un orchestre sous la direction d’Hélène Cambier, de la basse hyperactive de Xavier Guinotte et, côté cour, du clavier de Louis Leback ainsi que de la batterie de Jérôme Compère. Au centre, la remarquable présence scénique de Redboy déchire radicalement la ‘toile’.

Entre rêve et réalité, les quatre de bord de Meuse feuillettent les pages de la vie passionnante du musicien californien, en empruntant le talent narratif d’un Tom Waits. Neuf morceaux savoureux au sein desquels ils injectent une énergie brute et communicative et qui ne peuvent laisser indifférents. “He’s not there”, “What are you waiting for », “Shine on”… joués avec plus d’intensité et de puissance que sur l’album n’accorde aucune seconde de répit à vos tympans. Un visuel et une musique qui flirtent avec la perfection !

Ce spectacle-concert froisse le confort des certitudes lisses et vous tourmente l’âme. Il vous convie dans l’œil même du cyclone d’un destin que disloquent tous les vents en furie de la schizophrénie, où se déchaînent des démons qui fracassent la conscience et l’attirent sans pitié dans les abysses les plus sombres d’un océan cauchemardesque. Mais tout n’est pas vents et furie, il est des crêtes du destin où l’on aime surfer indéfiniment…

Une performance impressionnante qui, espérons-le, encouragera d’autres groupes nationaux à se lancer dans des projets aussi ambitieux…

Organisation Botanique

My Little Cheap Dictaphone (BE) + The Irrepressibles (GB)

 

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