La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

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Julia Drouot a coupé court…

De ses années de conservatoire, il reste à Julia Drouot peut-être le goût de ses fugues, non pas celles qui se jouaient au XVIIème siècle dans les salons des cours européennes, mais celle qui se chausse de semelles de vent. La chanteuse et compositrice a…

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Festivals

Couleur Café 2011 : vendredi 24 juin

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C’est parti ! La saison des festivals d’été est entamée. Comme chaque année, Couleur Café est le premier à se lancer dans l’arène. Malgré une affiche moins affriolante que dans le passé, le festival bruxellois, qui se déroulait du 24 au 26 juin à Tour &Taxis, est tout de même parvenu à s’offrir quelques jolies prestations d’artistes autant confirmés que prometteurs. On épinglera plus particulièrement les shows de DJ Shadow, Kid Koala, Ghostpoet et Irma. Et même si le soleil n’a brillé qu’un jour sur trois, l’ambiance, elle, a une nouvelle fois atteint des sommets de chaleur !

C’est dès 19h que je frôle les (affreux) graviers de Tour&Taxis. Le temps est pas top mais le public est chauffé à point. A temps pour applaudir les rappeurs marseillais les plus fadas de la planète. Comme à son habitude, IAM se démène à secouer un public déjà très nombreux devant la scène Titan. Mais v’là qu’un problème technique les forcent à arrêter leur set pendant quelques minutes. Akhénaton et Shurik’N ne le laissent pas démonter. A peine le courant rétabli, ils reprennent de plus belles en enchaînent avec quelques uns de leurs plus gros tubes, à savoir l’énorme « L’empire du côté obscur », « Petit Frère », « Independenza » et, évidemment « Le Mia » retravaillé sur le sample funky de « Give Me The Night » de George Benson. C’est vrai qu’ils jouent ‘un peu tôt’, comme s’en sont plaint pas mal de festivaliers. Mais au moins t’es dans le bain, direct. Ca démarre plutôt fort.

Après la France, c’est au tour de la Belgique de prendre possession de l’estrade du Titan. Couleur Café, elle connaît bien la petite Louvaniste. Tour à tour, Selah Sue aura posé le pied sur chacune des scènes du festival. Le Titan, c’est la consécration. Bien méritée, d’ailleurs. Suffit de voir le nombre de fillettes arborant la même coiffure pour classer définitivement la carrière de la chanteuse comme l’une des plus énormes success story musicale made in Belgium. Pourvu que ça dure, comme dirait l’autre. Faut juste espérer qu’elle garde les pieds sur terre. Des petons qui étaient bien vivaces sur les coups de 20h15. Toujours plus à l’aise sur scène, Selah Sue parcoure son éponyme avec naturel et une bonne dose d’énergie. Entre deux morceaux du disque, elle s’essaie à l’exercice de la reprise en réinterprétant le « Lost Ones » de Lauryn Hill. Pas mal. Par contre, ceux qui s’attendaient à voir débarquer Cee-Lo Green pour le duo « Please » ont du être terriblement déçu. En même temps, faut pas rêver, les ptis gars. Green est remplacé au pied levé par le (co)producteur de la jeune femme, Patrice. Histoire de se chauffer un peu avant son set, qui suit une petite heure plus tard sur la même scène. Succès de foule, Selah Sue peut dormir sur ses deux oreilles. Et vu l’acceuil que le public de Couleur Café lui a réservé, y’a en effet de grandes chances que son concert prévu à Forest National à la rentrée affiche tôt ou tard complet.

Un tour du côté de la scène Univers pour la prestation d’une autre star montante, Américaine cette fois, me donne envie d’abréger en écrivant ‘Cfr. Article du 20.02.2011’. Tout simplement parce que le manque de spontanéité du show de Janelle Monáe se confirme. Certes, la gamine, les danseuses et les musiciens y mettent du cœur. Mais tout y est quasi à l’identique. Y compris l’ordre des morceaux. Non, attends. C’est vrai, elle a fait l’effort de chanter « I Want You Back » des Jackson 5 au lieu du « Smile » de Chaplin. On l’applaudit bien fort. Next.

Pas très intéressé par ce que fait Patrice (‘tiens v’là Selah qui lui rend la pareille…’), le moment est idéal pour aller fureter sur les inévitables à-côtés du festival. A commencer par la Grande Rue du Bien Manger où les bons petits plats des quatre coins du monde embaument l’air de leurs délicieux parfums. Ca te coûte la peau des fesses mais tu sais que tu ne pourras pas y résister. Quelle faiblesse ! Quel bonheur ! Et puis y’a le marché. Le plaisir de ces dames, principalement. Et, ô joie, toujours pas une goutte dans le ciel ! L’expo, ce sera pour demain parce maintenant, faut se mettre en place pour accueillir Method Man & Redman comme il se doit.

Mais quelle erreur… Prévu à 23h15, ce n’est que vers 23h40 que quelque chose se passe enfin sur scène. Pas de rappeurs East Coast en vue. Juste un DJ qui tente de chauffer la salle pendant que les deux mecs terminent tranquillement leur bédots. Et quand ils débarquent enfin sur scène, le résultat est pas génial. Rien à redire côté énergie, Method Man & Redman se démènent comme des bêtes. Mais le son pourri de la scène Univers, et plus particulièrement du mic’ de Method Man gâche un peu la fête. Sa voix si authentique est passée au hachoir et c’est bien dommage. Me reste donc plus qu’à rentrer à la baraque et me taper la daube cinématographique « How High » (mettant en scène les deux acolytes). Même le son mono de ma téloche rend bien mieux justice aux cordes vocales du grand maître... Repos bien mérité avant la reprise des activités le lendemain.

Primavera Sound 2011 : vendredi 27 mai

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Día 2
 

La soirée, marquée par le retour inattendu du groupe britannique Pulp, présentait certainement l'événement majeur de ce week-end. Un vendredi placé sous le signe d’une concurrence particulièrement rude ; jugez-en plutôt : The National, Belle & Sebastian, Deerhunter, Sufjan Stevens (again !), Explosion In The Sky, Pere Ubu, Low, Battles…

Dix ans après la sortie de « We Love Life » en 2001, les anciens combattants de la pop britannique recouvraient subitement la vie. Plus qu’un simple come-back, Pulp réintègre sa formation originelle. Quinze ans se sont écoulés déjà depuis que Nick Banks, Candida Doyle, Steve MacKey, Russel Senior, Mark Webber et Jarvis Cocker ont cessé de plaquer ensemble leurs accords. Une exclusivité du Primavera Sound. Le communiqué de presse, rendu public par Jarvis Cocker pour annoncer leur retour, était clair : ‘Nous allons jouer tous les morceaux de toutes les époques de notre carrière. Oui, cela signifie que nous allons jouer votre chanson favorite.’ 

L’esprit britpop 90’s des six de Sheffield et l’enthousiasme démesuré de Jarvis Cocker étaient bel et bien présents sur les planches de la scène San Miguel pour revisiter les tubes issus principalement de trois albums cultes : « Different Class », « Son N Hers » et « This Is Hardcore ». Un concert survolté frappant le public de plein fouet de hits tels que « Babies », « Disco 2000 » et « Common People ». Ce dernier morceau sera tout spécialement dédié aux ‘Indignados’ fraîchement expulsés de la Plaza Catalunya.         

Comment rédiger un compte-rendu quand on se trouve relégué à plus de 300 mètres de la scène ?! La masse de spectateurs qui foule quotidiennement l’asphalte du ‘Prima’ rend  les conditions parfois insupportables. C’est une musique fast food à consommer sans réfléchir que l’on nous sert ici. Le confort, la qualité du spectacle, lors des représentations des têtes d’affiche pourtant prestigieuses, semblent, en ce lieu, des critères négligeables. Bref, pas la peine de préciser que la plaine du Llevant était archipleine pour accueillir les Étasuniens de The National.

  Les sept musiciens de Brooklyn parviennent cependant à tisser d’étranges nébuleuses électriques dans la nuit chaude de Barcelone. Une intensité qui frissonne à fleur de peau et transperce tous les épidermes d’une assistance frontalement agitée aux marges de la scène. Deux grands écrans au visuel sombre et brumeux renforcent l’imagerie mentale du spectateur décidemment imprégné de son et d’alcool. Pourtant, la voix de Matt Berninger le trahit. Cette tessiture grave qui nous séduit tellement en studio dérape sur scène. Une confusion qui ne trouble guère pourtant la haute tension émotionnelle qui règne dans l’arène du Llevant. Une fin de set sur « Anyone’s Ghost » et « Sorrow » où la voix retombe et les mélodies s’accordent. Le meilleur moment du concert où, enfin, Matt Berninger ne gueule plus ! The National, un grand groupe qui ne semble pas taillé pour les grandes scènes. 

Ce vendredi, on recensait sur le site un nombre incalculable de spectateurs britanniques, venus manifestement pour faire la fête. Erigé comme une forteresse impénétrable face au podium ‘San Miguel’, ce mur humain faisait bloc devant le groupe culte glaswégien. Impossible de le franchir. Pas le moindre interstice pour se couler vers la lumière. Et un concert de plus à visiter, derrière la scène, sur des écrans géants ! Considéré comme ‘the Smiths for the generation that came after Morrissey and Marr’, Belle & Sebastian on stage continue à véhiculer l’image d’une musique surannée, sensible et tendrement pop. Une image, devenue populaire au fil des albums, qui déplace toujours les fans en masse. Stuart Murdoch ne l’avait-il pas laissé entendre publiquement sur un air détaché : ‘Je me préoccupe exclusivement de composer pour les gens que j’aime, et le reste du monde, il peut m’écouter siffler’ ? Démonstration d’une autosuffisance qui porte ses fruits puisque, ce soir, le groupe écossais et le public font réellement corps. Une philosophie payante grâce à laquelle les éternels étudiants écossais ont su se tailler une place unique au sein du paysage musical indie britannique. Dès lors, sur les planches du Primavera, ils nous exposent les forces vives d’un groupe culte qui brille encore de régularité. Un roc solide qui, inlassablement, résonne de sa pop raffinée et méticuleusement arrangée. Une machine douze pièces bien huilée épaulée d’un quatuor à cordes et de cuivres qui pimentent certains titres.

Alors, vraiment indispensable ce soutien orchestral ? Certes, les cordes et les cuivres renforcent les mélodies pop classiques du combo glaswégien, mais les versions épurées demeurent néanmoins les moments les plus forts, les plus intenses aussi. Car la voix et les lyrics priment sur les mélodies. Comme si Murdoch était la réponse de la pop moderne à Philip Larkin (poète, romancier et critique de jazz considéré comme le poète anglais le plus important de la seconde moitié du XXème siècle). Tour à tour lapidaire et profond, il chante l’absurdité de la vie et de la mort avec une extrême sensibilité. C’est ainsi que « The Fox in the Snow », chanson chargée en émotion, touche la foule de mélopées étranges. 

Une prestation, avouons-le, spécialement réservé aux amateurs de la première heure. D’ailleurs, lorsque les anciens morceaux surgissent (compos principalement issues de « The Boy with the Arab Strap »), le public exulte. Un gig indie cool archétypal présentant une pop classique qui tente l’inattendu. Le groupe organise le spectacle d’ingénues mises en scène et parie sur une forte interaction avec le public. Un calcul théâtral qui invite cinq personnes de l’assistance à danser sur scène lors de « The Boy with the Arab Strap ». Une farandole grotesque récompensée d’une généreuse distribution de médailles et d’une volée d’embrassades distribuées par Stuart Murdoch himself. Belle & Sebastian aime chouchouter son public et le démontre. Une intimité qui touche la mémoire affective des fidèles irrémédiablement conquis. Belle & Sebastian, des mélodies familières intemporelles que l’on aime fredonner au fil du temps.

Mais, avant de se précipiter vers le Llevant pour se délecter de l’un des groupes noise rock les plus intéressants de ces dernières années, Deerhunter, trois frustrations artistiques nous laissent un goût de fiel. Ignorer l’indie rock américain de Low, le noise-math-rock de Shellac (projet de Steve Albini) devient pure torture. Pourtant, sur le chemin, comme fascinés par les échos lointains du post-rock majestueux d’Explosions In The Sky qui nous parviennent, impossible de résister, l’espace d’un instant furtif, à l’appel  incomparable des sirènes. Face à la mer, sur la scène ‘Ray-Ban’, la formation texane nous offre un spectacle ‘son et lumière’ d’une esthétique sans faille. Haute voltige atmosphérique durant laquelle le corps et l’esprit s’immobilisent et oublient le temps, celui d’aller voir Deerhunter.

Sur les planches, Bradford Cox, personnage fragile, est soutenu par le drummer Moses Archuleta, le bassiste Josh Fauver et le guitariste Locket Pundt. Le set se renouvelle et propose de nouvelles compos comme « 60 Cycle Hum », un morceau qui rassure quant à la valeur du prochain album. Ensuite, le quatuor géorgien enchaîne par l’irrésistible single « Desire Lines », seul titre chanté par Locket Pundt, caractérisé par un long crescendo final. Magique ! Le tracklisting épinglera cependant la plupart des plages du dernier elpee : les superbes « Don’t Cry » et « Sailing », l’onirique « Basement Scene » (en hommage à John Cage), l’efficace « Helycopter » ainsi que « He Would Have Laughed » (dédié à Jay Reatard). Sans négliger pour autant les perles du passé, « Hazel St. » ou encore « Never Stops ». Cox fait preuve d’une grande aisance tant au chant qu’aux six cordes. Son impeccable. Cohésion entre les musiciens irréprochable. Qu’elles soient shoegaze ou lo-fi, les mélodies sont simplement superbes. En outre, lorsque la musique navigue toutes guitares en avant, le groupe devient vraiment impressionnant.

Conquis, le public est alors comblé par le rappel au cours duquel la formation exécute « Nothing Ever Happened », un morceau magistral, tourmenté, intense, de plus de 10 minutes. A cet instant, on frôle le délire. Hallucinant ! Mais, ce qui interpelle, c’est cette absence de contact entre les musicos et le public. En fait, chez Deerhunter, la musique est essence et se suffit à elle-même. Et le reste n’est que littérature…

Mauvaise surprise ! Les talentueux Californiens d’Autolux ne se produiront pas ce soir. Las d’avoir joué pendant trois jours à Barcelone, ils sont malades. On peut donc faire une croix sur l’excellent rock d’avant-garde dispensé sur leur albums « Future Perfect » (2004) et « Transit Transit » (2010). Les organisateurs, coupables de cette gigantesque mécanique parfaitement huilée, sont incapables de nous fournir le moindre indice. L’énigme de cette absence inhabituelle au festival restera sans réponse. 

3:45 am, scène Ray Ban ! Lieu où Ian Williams, Dave Konopka, John Stanier nous avaient donné rendez-vous pour nous faire part de leur rock cosmique savant. L’une des plus belles scènes du site, la Ray Ban prend la forme d’un amphithéâtre adossé à la mer. Un cadre idyllique qui n’est guère fait pour desservir les artistes.

Phénomène new-yorkais très à la mode, Battles ne regorge pas moins de talent. En effet, le trio étasunien présente un spectacle conjuguant musique, art-work et nouvelles technologies où le visuel compte autant que l’auditif.  La musique, organique et électronique tonitruante,  se mêle aux hologrammes futuristes et aux voix préenregistrées. Elle invite le spectateur à franchir les portes de ‘The Twilight Zone’.  

En concert, l’atmosphère est captivante. La musique flirte avec un rock cosmique qui interroge le futur. Qu’on apprécie ou non, le style bien particulier du trio le rend unique et surprend l’auditeur. Un groupe qui illustre mieux que quiconque le binôme post-rock-math de sa belle liberté instrumentale. Tirée, à l’origine, d’influences passant de Can à Steve Reich, sa musique atteint désormais le faîte d’une précision métronomique.

Une formule dans laquelle cohabitent les caprices du jazz, le dynamisme de la batterie, le pincement cérébral de la guitare et les coups de griffes de l’électro. Une alchimie qui s’explique sur scène dans des œuvres telles que « Tonto », «EP C / B » et tous les étranges spécimens issus de « Mirrored » et « Gloss Drop ». « Battles », une formation réservée à un public très hermétique.

Dernier groupe programmé : Nuit Blanche à 5 :00 am ! Encore une fois, les nuits catalanes promettent d’être longues, très longues…

Très caricaturalement, si le jeudi a mis surtout l’accent sur l’électronica, le vendredi était plutôt consacré aux guitares (post-rock, math-rock, noise…)

Primavera Sound 2011 : jeudi 26 mai

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Plus de 140 000 visiteurs ont franchi les portillons de la onzième édition du San Miguel Primavera Sound, pour assister à 260 concerts. Un bilan positif dont les organisateurs, Alberto Guijarro et Gabi Ruiz, se félicitent, lors de leur conférence de presse. Un succès qu’ils attribuent volontiers à la sélection d’un line up de qualité visant à réunir des groupes issus de tous les horizons. Une machinerie éléphantesque où l’industrie de la musique, dont les professionnels du secteur et les journalistes, soit plus de 2 200 personnes venues de 36 pays différents, se sont réunis dans le cadre d’un projet commun : redessiner la carte actuelle du paysage musical indépendant. Enjeux mégalomaniaques dont la promotion se joue essentiellement dans les coulisses et non sur les dix scènes plantées sur le site du festival. C’est ainsi que les backstages accueilleront une trentaine de meetings, conférences, ateliers, cocktails parties dans l’enceinte cosy du ‘Adidas Originals Primavera Pro’. Un espace idyllique qui longe la mer et vise à faciliter le contact entre les professionnels du secteur de la musique et les artistes. Ouvert toute la nuit, il offre des services qui vous en feraient presque oublier l’essentiel : la musique et la scène (restaurants proposant une cuisine sophistiquée, bars, espace de détente et zone de baignade donnant sur la mer…). 

Mais revenons à l’essentiel, la musique !

Les spectacles vont se concentrer sur deux sites principaux : le Poble Espanyol et le Parc del Fórum. Le premier, espace où le festival a vu le jour, accueille désormais la journée officielle d’ouverture et la cérémonie de clôture. Une journée d’ouverture qui recevait, ce 25 mai 2011, 5 300 privilégiés. Une poignée de veinards qui a pu assister à la magie électronique de Caribou (groupe également présent le lendemain sur le Parc del Fórum), à la pop classique d’Echo & The Bunnymen, à l’indie pop de Comet Gain et au rouleau compresseur nippon de Nisennenmondai. Quant à la soirée de clôture, elle se refermait lentement sur les ondes de Mercury Rev, BMXBandits, Mon Teenage Stride et Me and The Bees.      

L’essentiel de la programmation restait pourtant à venir, les jeudi 26, vendredi 27 et samedi 28 mai 2011, sur le site colossal du Parc del Forúm situé dans la zone portuaire de Barcelone. Un océan de béton adossé à la mer méditerranée doté d’un microclimat annonçant trois jours d’orage sonique sur les dix scènes proposées.

Le San Miguel Primavera Sound 2011 avait donc élaboré une programmation épinglant 221 artistes ou formations. Un grenier à souvenirs bâti de millions d’infinitésimales particules sonores, dont les principaux émetteurs toxiques se cachent sous des pseudonymes tels que The National, Pulp, Belle & Sebastian, Grinderman (combo dirigé par Nick Cave). Ou encore sous la forme d’un spectacle coloré, animé par les anciens combattants de The Flaming Lips, la Britannique PJ Harvey, toujours aussi illuminée par son charme intemporel ou encore Animal Collective, responsable d’une pop aussi majestueuse qu’expérimentale…

Día 1 (Jeudi 26/05) :

Mieux vaut se concentrer uniquement sur le Parc del Fórum et oublier tous les événements parallèles au festival. En effet, le site nous propose, rien que sur la journée du jeudi, pas moins de 58 concerts planifiés à des horaires très ibériques (ouverture des portes à 5:00 pm et début du dernier concert à 5 :00 am). Le paradis des fêtards !

Un marathon musical qui commence d’ailleurs de bien belle manière : Sufjan Stevens. Artiste mis à l’honneur lors de cette onzième édition, le musicien américain a le privilège de jouer au sein de la somptueuse salle indoor Rockdelux, un auditorium ultramoderne et cosy situé à l’entrée du site. Stevens va y livrer un concert privé (~ 3.000 personnes !) dans des conditions optimales, afin de nous présenter son dernier album, inspiré par la vie et l’œuvre de l’artiste américain Royal Robertson. Hallucinant, le spectacle son et lumière contamine très rapidement le spectateur de la folie schizo-paranoïde, propre au peintre louisianais.

Finalement, la pop cosmique, irréelle et habitée du combo étasunien invite le spectateur, confortablement installé dans son fauteuil, à la célébration d’une grande messe mystique. Le public, complètement conquis, saute, danse et chante sous une pluie de confettis et de ballons. Plus de deux heures de show électronica-pop surréaliste qui l’éloigne de plus en plus des rivages de ‘Chicago’. Sufjan Stevens a ainsi démontré qu’un autre monde était possible…

Les trois heures consacrées au Stevens’ show ne nous ont pas laissé le temps d’assister au concert des légendaires P.I.L, formation fondée par Johnny Rotten et certainement l’un des groupes les plus provocants et novateurs de la période post-punk. Impasse également sur les extravagants Étasuniens d’Of Montreal.

Une heure de file et deux heures de concert plus tard, les chemins bétonnés du Prima nous conduisent doucement vers la scène San Miguel afin d’affronter le rock-garage crasseux de Grinderman. Un concert qu’une poignée de spectateurs va suivre sur grand écran derrière la scène. La Main stage, dont la dimension et la configuration ne suffisent pas à assurer une visibilité satisfaisante, nous contraint régulièrement à assister à des spectacles dans des conditions déplorables. Bref, il y a trop de monde, vu la taille de la scène. Force est de constater que la formation dirigée par Nick Cave n’a pas pris une ride et déplace toujours autant les foules. La fosse est pleine. Le rock rageur de Australien libère toujours autant d’intensité musicale contagieuse. Enfin, surexcité, porté par le public, le leader charismatique n’hésite pas à se lancer dans la foule, sans épargner son micro. Des hurlements qui, s’il le fallait encore, intensifient les secousses sismiques d’une plaine noire de monde. Nick Cave et ses Bad Seeds, un remède de jouvence.

Pas le temps de souffler. La foule prend massivement la direction de la Llevant, située en bordure de site. Cette scène à la charpente imposante bénéficie d’un visuel supérieur à la précédente mais présente parfois de cruelles carences sonores. C’est le lieu choisi par Interpol pour planter ses guitares. Le vaste espace est bondé et le public trépigne. Barcelone aime le trio new-yorkais et le laisse entendre. Cette formation correspond d’ailleurs parfaitement à la philosophie du ‘Prima’. Une machine à tubes radio qui fait vendre de la plaquette et qui attire les foules tout en préservant son statut de rock indépendant. Entre gris clair et gris foncé.  

Huit ans et trois albums ont donc été nécessaires pour que les cousins sombres des Strokes recouvrent un brin de liberté artistique. Sur scène, ce travail est palpable et se gratifie de textures plus denses et de sons plus complexes. Sans sacrifier des tubes comme « Barricade », les New-yorkais parviennent, cependant, à conjuguer les genres. Mais le public n’est pas ici pour disserter sur des sujets transcendantaux ou la métaphysique. Abreuvé d’alcools et de bières, il est venu pour fêter le printemps. Lorsque les gros moteurs d’ Interpol déboulent, il répond présent en manifestant une ferveur électrisante. Une gigantesque marée humaine s’éveille alors ; tous vibrent, dansent et chantent sous le soleil de ‘Mexico’. La bande à Paul Banks est taillée pour remplir les salles, pourquoi s’en priverait-elle ?   

Pas le temps d’attendre la fin du set. Il faut se faufiler pour rejoindre los ‘fenómenos’ de la scène electronica. Trop tard ! Caribou a déjà transformé l’ATP Stage en une enclave inaccessible. Du haut de la colline, le spectacle est stupéfiant. Les milliers de spectateurs ne forment plus qu’une masse compacte en perpétuel mouvement. Certes, le son est pourri mais le light show hypnotise la nuit chaude catalane. Une manière unique d’observer les facéties du petit génie canadien. L’impressionnant mur rythmique, construit à l’aide de guitares et de drums, de beats et de bleeps, ne parvient que très faiblement à nos oreilles. Suffisamment, pourtant, pour participer à la grande messe électro-pop. En fin de parcours, le rituel « Sun » se met à gronder, sous l’impulsion d’un électro-noise puissant, couvert d’une voix en écho (‘Sun, Sun, Sun…’), avant de s’éteindre comme les derniers soupirs d’un concert absolument magique. Un voyage musical claustrophobe, à déconseiller à tout amoureux de grands espaces paisibles.

Une nuit sans sommeil qui croise d’infatigables ombres vacillantes. Elles trouvent pourtant l’énergie suffisante pour assister aux deux dernières représentations plutôt tardives. 4:00 am pour le quatuor indietronica de Sunns et 5 :00 am pour Girl Talk, l’un des artistes les plus respectés de l’electronica actuel.

Et demain est un autre jour ! 

Les Nuits Botanique 2011 : dimanche 22 mai

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Afin de conclure en beauté l’édition 2011 des Nuits du Botanique, le Cirque Royal accueillait, ce dimanche, trois groupes américains jouissant d’une certaine notoriété : Mercury Rev, The Walkmen et Royal Bangs.

Il est 20 heures précises, lorsque Royal Bangs (Knoxville, Tennessee) entame les hostilités. Pas une mission très facile d’ouvrir une soirée dans ces conditions. Leur rock est puissant et le son un peu bordélique. Mais au fil du set, les mélodies commencent à faire surface. Energique, leur style oscille quelque part entre, punk, grunge et pop-rock yankee. Un peu dans l’esprit de Modest Mouse voire de Crystal Antlers. Ryan Schaefer est manifestement le leader de cette formation. C’est également le chanteur, dont la voix rappelle parfois celle de Tim Kasher (Cursive). Et finalement, malgré le contexte délicat, le combo parviendra à tirer son épingle du jeu.

A peine le temps de se désaltérer que The Walkmen monte sur le podium. Les cinq New-yorkais sont vêtus de costards. Ils semblent décontractés. Chanteur, Hamilton Leithauser est un personnage charismatique. Sa voix impressionne par sa justesse. Elle communique une large palette d’émotions susceptible de vous flanquer la chair de poule. La setlist puise au sein des différents albums du groupe, et en particulier de leur dernier « Lisbon », ainsi que du précédent, « You & Me », mais en privilégiant les chansons les plus posées. Il faudra d’ailleurs attendre la fin de parcours pour entendre un morceau plus rythmé, « The Rat », mais il sera accordé sur l’insistance du public. Le son est magnifique, très classe, rappelant parfois The National. Après 40 minutes, le combo prend congé de l’auditoire. On aurait bien apprécié quelques morceaux de plus ; mais dans le cadre d’un festival, les impératifs horaires permettent rarement aux artistes de jouer les prolongations…  

Fondé en 1979, Mercury Rev pratiquait, à l’origine, une musique particulièrement expérimentale. C’est en 1998, que le combo issu de Buffalo va défrayer la chronique. En publiant « Desert’s Songs », une œuvre devenue mythique. A partir de ce moment, la popularité du groupe va monter en flèche. Lui permettant même de surfer sur la vague d’un certain succès. Jonathan Donahue, Grasshopper et Jeff Mercel constituent le trio de base du band. Jonathan en est le chanteur. En ‘live’, il exerce une sorte de fascination sur la foule. Sa voix, qu’il hydrate régulièrement de vin, en le buvant au goulot, est frémissante. Ce soir, le line up est enrichi de quatre musiciens de tournée, dont un drummer responsable d’une prestation tout bonnement époustouflante. Et dans le cadre des Nuits, la formation yankee a décidé de nous réinterpréter cet album culte qu’est devenu « Deserter’s songs ». Le son est impeccable. Le set s’ouvre par le superbe « Holes ». L’alternance entre psychédélisme, noisy et rock puissant est bien équilibrée. Bref, tout est absolument parfait. Au bout d’une heure trente, les trois membres de Mercury Rev remercient l’assemblée d’avoir fait revivre leur œuvre pour le temps d’un concert. L’assemblée leur témoigne, à son tour, sa reconnaissance, en ovationnant les Américains.

Quelques minutes plus tard, ils remontent sur l’estrade, afin de nous réserver quatre morceaux, dont l’extraordinaire « The Dark is Rising ». Une magnifique soirée pour clôturer ces Nuits Botanique.

Royal Bangs + The Walkmen + Mercury Rev

Béber 


Effervescence dans le Botanique en cette fin d'après-midi frisquette, au cours de laquelle maints artistes et groupes se produisaient pour une affiche éclectique et des plus séduisantes, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur du site. Alors qu'un choix difficile devait s'opérer, j'avais opté pour mes aspirations les plus sombres et mes inspirations les plus suffocantes en portant mon intérêt sur le retour d'Esben and the Witch, dont j'avais malheureusement manqué le concert, en février dernier.

D'éclectisme, il était surtout question dans l'Orangerie ce soir, et pour dire vrai, le reste de l'affiche ne suscitait guère mon enthousiasme. Franchement convaincu par la prestation de ceux que j'attendais, je n’ai pas longtemps supporté les prestations suivantes. Dommage, je l’admets. Manque d'ouverture d'esprit ou humeur monolithique ? Peut-être un peu des deux ! Quoi qu'il en soit, restait après coup le plaisir de déambuler dans les jardins embaumés par le parfum de cuisines exotiques en discutant agréablement avec des amis surgissant aux quatre coins de la nuit étoilée.

Fastlane Candies. Les protégés du label Jaune Orange avaient la tâche délicate d'ouvrir le bal, alors que la plupart des spectateurs déambulaient encore sous les derniers rayons du soleil. Fraîche et bien ficelée, caractérisée par ses déclinaisons sucrées, leur prestation s’est avérée bien sympathique. Mais difficile pour votre serviteur de m'attarder sur celle-ci, car elle ne réverbérait aucun écho à mes envies du moment. N’empêche, il serait injuste de ne pas souligner le dynamisme de la performance et la réelle bonne humeur qui en émanait ; et pour le reste, promis, je serai plus attentif la prochaine fois.

Esben and the Witch monte alors sur l’estrade. Le trio de Brighton se plonge (et nous plonge) d'entrée dans son univers angoissant et mystérieux. S’appuyant sur des rythmes tribaux ou militaires, le combo n'a pas son pareil pour tisser des sonorités spectrales qui planent au-dessus des âmes comme un voile de ténèbre. Si cette approche n'est certes pas sans rappeler celle de The XX (les boîtes à rythmes), elle manifeste une subtilité et une sensibilité toute autre. L'un des guitaristes est agité de soubresauts et la voix de la chanteuse se répercute en échos sur les murs de sons tapissés de larsens.

Si les moments forts du set sont rencontrés lors des désormais classiques « Marching Song » et « Chorea », les nouveaux morceaux proposés revêtent les mêmes parures, les mêmes atours et exercent le même charme. Une prestation scénique rappelant à certains moments The Cranes, le groupe fétiche de Robert Smith. De quoi renforcer le sentiment qu'Esben and The Witch étend son ombre bien au delà du fantôme de Siouxsie and The Banshees.

Twin Shadow. Toujours sous le charme d'EATW, je m'efforce un moment de me concentrer. Projeté une trentaine d'années en arrière, le souvenir Frankie Goes to Hollywood me traverse l’esprit. Et surtout de leur poster qui s'étalait sur le mur de la chambre de ma grande sœur. Je n’ai donc pu résister à l’appel émis par les sirènes du bar. Et en y arrivant, je me suis alors souvenu ne jamais avoir eu de sœur... Pop Synthé(llante) aux relents eighties appuyés, rythmique impeccable, et chant mélodieux se sont alors dilués dans le brouhaha, derrière moi...

Je suis revenu jeter une oreille à la pop paillette de Holy Ghost. Horripilant ! Erasure et Bronski Beat de retour, j’ai pris mes jambes à mon cou...

Décidément, cette affiche manquait vraiment de cohérence. Qu’importe, puisque j’avais passé du bon temps, emporté dans les limbes d’Esben et sa suite, perdu dans les méandres du temps…

Fastlane Candies + Esben and the Witch + Twin Shadow + Holy Ghost

Akim Serar

 

 

Les Nuits du Botanique 2011 : samedi 21 mai

Dans le cadre feutré du Museum, transformé pour Les Nuits en ‘Grand salon’, meublé de sofas et repose-pieds, sous le regard vide d'oiseaux empaillés, se déroulait ce samedi le concert d'un songwriter de génie. Josh T Pearson, puisque c'est de lui dont il s'agit, déposait, l'espace d'une heure suspendue comme le vol de ces oiseaux accrochés au plafond, ses magnifiques complaintes de cœur brisé aux oreilles d'un public charmé par la personnalité de ce cow-boy d'exception.

Honneur d'abord à Noria, aka Olivier Piette, petit protégé du label Matamore, à qui revenait le droit d'entamer cette soirée intimiste.

Seul à la guitare et au chant (et quel chant!), ce jeune artiste de notre terroir, dispense des compos empreintes de grâce et de beauté, que je vous invite à découvrir sur son premier album, « Season of the Songs ».

L'atout majeur de cette belle pousse est sans conteste, son registre vocal doux et enivrant, sis quelque part entre Chet Baker et Devendra Banhart. Excusez du peu ! Une très belle découverte, dont l'éclosion au sein des serres du Botanique donnera, j'en suis sûr, des fruits à cueillir dans les mois à venir.

Déboule ensuite sur les tapis perses la silhouette déglinguée de ce Texan exilé et toujours à la recherche d'un Graal incertain.

Dès les premiers accords de « Sweetheart, I ain't your Christ », Josh T Pearson met à l'aise son auditoire. Aussi profondes et solennelles soient ses chansons, l'homme n'est pas dénué d'humour et tient à le faire savoir. Ainsi, la chanson débute sur quelques boutades, puis s'envole dans les hautes sphères de tristesse, avant d'éclater comme une bulle de chagrin plus de douze minutes plus tard.

« Woman, when I've raised hell » s'élève à son tour et plane comme le voile de l'impossible douleur, celle qui coule dans les veines nouées des ‘Hommes’ perdus à la surface de cette terre.

Fragile et poignante, la musique s'engage dans une lutte contre l'insondable tristesse de cet être meurtri et la transcende en un rayon de lumière et d'espoir.

On croit alors que l'enfer déchaîne ses démons aux portes de la salle, avant de se rendre compte que les grondements sourds qui font vibrer les murs ne sont en fait que les résonances du concert de Joy qui se produit à l'Orangerie. Car même les créatures de Satan se taisent et écoutent la voix d'ange de l'ancien leader de Lift To Experience.

Faisant fi de ce désagrément, Josh enchaîne alors par « Sorry with a song », dont le débit rapide tranche avec le désarroi perçant de chacun des mots, de chacune des paroles de cette confession à nu. La guitare se laisse emporter par les tourments de son âme et de déposer ses humbles excuses comme un parterre de roses aux pieds d'un public en parfaite osmose.

Nous invitant à aller voir le concert de Low qui s'ensuit (ce qu'il tient absolument à faire) et devenant de plus en plus volubile au fil de sa lutte contre la fatigue qui l'habite (voir interview par ailleurs), il enchaîne par « Coutry Dumb », hymne aux troubadours de sa trempe, toujours entre ciel et terre.

Retour sur les oiseaux qui le surplombent. Après avoir aligné une série de blagues plus improbables les unes que les autres, et renoncé à interpréter « Singer to the Crowd », il achève le set par « Thou Art Loosed », alors que les tourments voisins se sont éteints et que l'ambiance devient plus propice à la beauté du moment.

Un concert d'une subtile intensité qui relève un petit peu plus la personnalité de cet artiste exceptionnel qui sera de retour en juillet à Gand pour le Boomtown Festival. A ne manquer sous aucun prétexte !

Josh T Pearson + Noria

Akim Serar

 


 
Samedi 21 mai, 20 heures. La dixième nuit du Botanique ouvre les portes du chapiteau pour accueillir le post-rock des Vessels (GB), le rock expérimental de Montevideo (BE) et l’indietronica de Caribou (CA). Une affiche éclectique qui s’ouvre tant à des groupes confirmés qu’à la découverte. Concert complet !


C’est devant quelques âmes que les excellents Britanniques de Vessels présentent leur deuxième opus, « Helioscope ». En dépit de l’audience réduite, le groupe post-rock venu de Leeds prouve très vite au public qu’il n’a pas fait le déplacement pour rien. Coupable d’une prestation à vous couper le souffle, le quintet n’hésite pas à envoyer le bois et bouscule les corps d’impulsions obsédantes. Un concert qui triture les sens et hante les esprits de polyrythmies insistantes. Une agitation incessante construite de morceaux aux lentes montées instrumentales ponctuées d’imposantes explosions sonores. Une cacophonie de guitare noisy, de drums hyperkinétiques et de piano en excitation qui suggère l’imminence de l’apocalypse. Comme compulsivement attiré par le son, le public quitte progressivement le bar situé non loin du chapiteau et commence à remplir l’espace. Une fois rentrée dans le jeu, l’audience semble ne plus vouloir le quitter. Tandis que le turbulent « Later Than You Think » le fait voler dans les plumes, le sinistre « Meatman, Piano Tuner, Prostitute » l’hypnotise de sa voix ‘ThomYorkesque’. Les titres de Vessels attestent l’intelligent équilibre rythmique entre et pendant les morceaux. Entre bruit et calme, obscurité et lumière. Malgré la prégnance post-rock puissante (Explosions in the Sky », This Will Destroy You…), les cinq de Leeds esquissent leur paysage et y impriment leur propre identité. Coup de cœur des Nuits Botanique 2011 que vous pouvez télécharger gratuitement ici http://www.vesselsband.com

Phénomène incontournable de la scène electronica, Caribou affiche complet à chacun de ses passages. Un buzz général difficile à ignorer qui mérite notre attention. Dès lors, on peut se poser légitimement la question : artiste en vogue ou succès mérité ?

Après un concert mémorable accordé à l’Ancienne Belgique, lors de la dernière édition du festival Autumn Falls, Daniel Victor Snaith revient sur nos terres pour irradier le chapiteau du Botanique bruxellois.

La formation canadienne se lance d’emblée dans une succession de morceaux issus du dernier long-playing, « Swim », considéré par certains comme l’un des meilleurs albums de cette dernière décennie, élevant un impressionnant mur rythmique construit de guitares et de drums, de beats et de bleeps qui convergent vers une fluidité sonore cristalline. Un electronica organique transcendé d’un jeu de lumière pyrotechnique qui agite irrémédiablement les têtes les plus réticentes. L’épine dorsale griffée de techno torturée, « Bowls » nous démontre que le groupe revient davantage à une esthétique tournée vers la danse. Une alternance rythmique qui, à tout moment, donnerait l’impression de quitter le concert pour atterrir sur le dancefloor d’une soirée électro.

Le succès de Caribou ne viendrait-il pas précisément de cette caractéristique ? La fusion parfaite entre musique électronique et musique pop. « Melody Day » –morceau présent sur l’album « Andorre »– illustre à la perfection le talent unique de Caribou pour conjuguer les mélodies authentiquement rétro et totalement contemporaines.

Ensuite, les perles s’enfilent : la dangereuse « Jamelia », le narcotique « Kaili », le bancal « Odessa », etc. Puis, soudainement, la ligne de basse et les synthés déglingués d’« Odessa » confèrent un second souffle au set. Le chapiteau suinte et s’électrise. Les lights s’excitent. L’extraversion initiale reprend de plus belle. Les planches, sous nos pieds, se mettent à vibrer et c’est du pur bonheur ! Un titre qui portera le coup fatal avant le dernier rappel.

Par ses cris répétés, l’assistance sévèrement échauffée portera le morceau « Sun » sur les planches. Une finale électro-noise puissante couverte d’une voix en écho (Sun, Sun, Sun…) éteindra les derniers soupirs d’un concert absolument magique. Daniel Victor Snaith, un artiste résolument talentueux.     

Caribou + Montevideo + Vessels  

Eric Ferrante

 

Les Nuits Botanique 2011 : vendredi 20 mai

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Que celles et ceux qui ont manqué la prestation de Perfume Genius à la Rotonde, le 25 octobre dernier, se consolent : le spectacle livré par Mike Hadreas, ce vendredi soir à l’Orangerie, est à l’identique. Configuration, setlist, décor, rien n’a bougé. Un concert touchant mais pas indispensable à revisiter.   

Mike Hadreas, artiste qui se cache derrière le pseudonyme Perfume Genius, joue d’une personnalité discrète, énigmatique mais, somme toute, captivante sur scène. Bien que sa performance délicate et, souvent, dangereusement fragile, ne puisse lutter contre une foule rock qui sent la bière, il parvient à captiver l’assistance. Résonances intimes tissées de petits riens qui émeuvent le public de l’Orangerie littéralement suspendu à chaque note, à chaque son émis par le petit génie de Seattle. Le silence absolu règne dans la salle. Ce défaut assumé, cette vulnérabilité même, le jeune imprudent les transmue en atout redoutable. Le résultat ? Un souffle tel qu’il n’en existe plus à l’heure où les disques en chambre affichent la même assurance que les superproductions. 

Le décor nu, sans effets de lumière, habille une performance simple, limpide et délicate réalisée par deux pianistes/chanteurs. Sur scène, Mike Hadreas se réserve les ivoires et tâte parfois de la guitare acoustique. Il s’appuie sur un complice très discret aux claviers et au chant. Apport musical si faible que l’on serait tenté de croire que sa présence même servirait uniquement à rendre plus palpable la timidité du jeune musicien américain. A deux, ils forment un ensemble compact prenant essentiellement sa source dans le premier album judicieusement appelé « Learning ». Malgré la structure assez similaire de ces productions, le duo ne sombre cependant pas dans la monotonie. 

Une voix tremblante de nervosité, un piano branlant, un son accidenté, un chant engourdi autour de mélodies fragiles, tels sont les principaux ingrédients. Ils confèrent à Perfume Genius un charisme incomparable. Les émotifs anonymes s’identifient et le charme opère. Une magie rare dont les dernières rencontres remontent à Elliott Smith ou Sufjan Stevens. Une hypersensibilité torturée comparable au paysage mental de Thom Yorke.   

L’essentiel de son goût du spectaculaire, Perfume Genius le canalise dans ses textes. Les solistes de la soirée introduiront la hantise de « Mr. Peterson », « Look Out, Look Out » ainsi qu’une nouvelle compo en rappel. Un Mr. Peterson dont le goût amer laisserait comme un sillage étrange de parfum dans la conscience. 

Si l’on en juge par la force de ce spectacle, le potentiel artistique du petit génie de Seattle et le  dévouement manifesté par le public de l’Orangerie, le deuxième album semble de toute évidence sur la bonne voie. L’orchestration et la mise en scène devront cependant être repensées. Perfume Genius, un phénomène à suivre de près, de très près…

Perfume Genius

Les Nuits Botanique 2011 : mercredi 18 mai

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Eclatant, osé et euphorique, Animal collective triomphe ce soir sur les planches du Cirque Royal lors du concert le plus arty de cette édition 2011. Un show chaotique de plus d’une heure trente rendant hommage à la planète geek.

Le quatuor de Brooklyn (originaire de Baltimore) est réputé, cependant, pour la fâcheuse habitude de présenter une setlist expérimentale lors de ses prestations scéniques. Un spectacle hermétique de construction high tech truffé d’innovations, créations inédites dont l’essence s’adresse fondamentalement à un public averti. Pas d’album en vue pour les New-yorkais qui utilisent la scène comme champ expérimental à leurs futures compositions. Hormis « Brothersport » et « Summertimes Clothes », moments où le public exulte réellement, le concert est laissé à la découverte. Un Crash test musical, utilisé de plus en plus souvent par de nouvelles formations, visant à mesurer l’interactivité du public avant de construire le tracklisting de leur prochain opus (NDR : procédé partiellement utilisé par Moriarty, ce mardi 17 mai, aux Nuits Botanique).

Comment décrire un chaos artistique en quelques lignes ? Tâche ardue s’il en est. Que nous allons tenter de démêler…

Techniquement, rien à dire, Animal Collective est une merveille. Un véritable défi à toute forme de gravité sonique. Un brouillon chaotique sous haute surveillance et merveilleusement maîtrisé. Si le quatuor nous suggère l’impression d’écouter quatre morceaux à la fois, il sait précisément vers quel espace sonore tout ce bruit se dirige. Il érige des perspectives multiples dont les lignes de son fusionnent peu à peu et convergent finalement. Une musique ancrée dans son époque et copieusement inspirante. 

Malgré des artifices visuels plutôt faibles, quatre hommes plantés en rang d’oignons dans un décor minimaliste, un écran géant projetant des images psychédéliques plutôt ordinaires et un jeu de lumière quasi inexistant, le quatuor parvient pourtant à créer des mondes parallèles et à porter le public vers la lévitation.

Côté salle, rien à dire, la fosse du Cirque est conquise. Difficile de lutter contre les transes électro-chamaniques du groupe. Lorsque le batteur-chaman Panda Bear lance un chant indien d’une voix énigmatique, l’audience, le diable au corps, se laisse emporter sur des danses tribales hypnotiques. Une deuxième partie de set truffée de morceaux délicieux accompagnés parfois de rythmes vocaux afro transcendants. Animal Collective accélère alors la dérive des continents et invite l’oreille à se heurter à des sonorités surprenantes venant d’Inde ou d’Afrique. Un psychélectro étonnant mélangeant les cultures et les époques et parfaitement apte à passer aisément de rythmes tribaux compulsifs à une musique psyché-rock plus classique.

La mécanique des ‘Animal’ n’est pas toujours évidente à déchiffrer. Un mélange d’arythmie logique et de précision chirurgicale qui fait souvent mouche. Une musique qui interroge le futur et bouscule le présent. Une recette qui atteint sa cible depuis plus de dix ans et régale régulièrement le public. Pourtant, ce soir, Animal Collective n’a pas vraiment convaincu la masse. Le piège du succès du phénomène trendy, dont le rock expérimental, ne se refermerait-il pas inexorablement sur la vague qui le porte mais l’érode peu à peu ? A suivre.

Animal Collective                   

Les Nuits Botanique 2011 : mardi 17 mai

Alors que le chapiteau vibre aux sonorités des groupes pop-rock belges et français, votre serviteur a décidé de se rendre au Grand Salon, une salle habituellement consacrée aux expositions, et aménagée pour la circonstance. Surprise, en pénétrant dans cet espace, la scène a été installée au milieu. Elle est entourée de canapés et de sièges. De quoi baigner l’atmosphère dans une ambiance cosy.  

Projet solo de Yann Tambour, (Thee,) Stranded Horse ouvre le bal. Un artiste qu’on avait déjà eu le loisir de découvrir au sein du groupe français de post-rock, Encre. Le public est attentif et silencieux pour assister à son set. Une ambiance qui lui est particulièrement favorable. Surtout pour dispenser des morceaux acoustiques, au cours desquels il alterne entre sèche et kora, un instrument considéré comme le cousin africain de la harpe. Sa musique est apaisante et colle parfaitement à sa voix nasillarde. Après 50 minutes de prestation le public est prêt à passer au plat de résistance ; en l’occurrence celui que nous promet le trio américain Akron/Family.

Reconnu pour ses performances scéniques, on se demandait comment Akron/Family allait se débrouiller pour s’adapter à ce cadre particulier. Même si deux ans plus tôt, lors des mêmes Nuits Botanique, la formation avait fait un malheur, mais dans d’autres circonstances. Faut dire aussi que tant sur disque qu’en ‘live’, le combo constitue une véritable énigme. Mais le suspense a fait long feu. Et pour cause, deux minutes après le début du show, les Yankees ont invité les spectateurs à s’installer dans les divans.

Le groupe est capable de brasser un éventail impressionnant de styles musicaux. Psychédéliques d’abord. Tantôt dans l’esprit des 60’s, tantôt proche d’un Animal Collective. Une solution sonore chargée de nuances, mais tramée, le plus souvent, dans le folk. Et puis dont les mélodies sont de toute beauté. Et comme leurs harmonies vocales sont superbes et la maîtrise de leurs instruments impressionnante, la formation n’a plus qu’à dérouler. Quoique. D’abord, il n’y a pas de jeux de lumières. Et puis, comme s’il était trop facile se reposer sur ses lauriers, le band commence à s’aventurer dans de (très) longues séances d’improvisations, jusqu’à en torturer nos tympans.

Face à cette attitude, les mélomanes réagissent différemment. Le public averti n’est qu’à-moitié surpris des dérapages provoqués par ces fameux énergumènes. Mais le spectateur lambda tombe carrément des nues. Souvent réceptif aux compos bien construites, il perd complètement le fil lors des passages expérimentaux. Pourtant, chaleureux, les trois multi-instrumentistes s’efforcent d’entrer en communion avec l’auditoire. D’ailleurs, en finale, lors d’un morceau chanté a cappella, les trois bardes d’Akron/Family vont même l’inviter à chanter et à claquer des doigts ; un peu comme s’il participait à la célébration d’un rite d’une secte.

En sortant de la salle, les oreilles bourdonnent ; et puis on a cette drôle d’impression de s’être fait endoctriner par les chefs spirituels d’une société secrète…

Béber

Akron/Family + Stranded Horse

 


 
En apéritif aux Franco-américains de Moriarty qui, ce soir, tenait la tête d’affiche des Nuits au Cirque Royal, les mondes divergent. Les champs tendrement pop de La Fiancée, éclairés de musique sixties et proches de l’univers de  Françoise Hardy ou de Brigitte Bardot, croisent brutalement les contrées obscures de Jacques Duvall.

Une entrée en matière sans détour pour le chanteur-parolier bruxellois : ‘Bonsoir ! Nous sommes les experts en désespoir’.

Chapeau de cowboy noir sur costard noir pour tout l’équipage bruxello-liégeois. Noir comme les mélopées lentes et lugubres que Jacques Duvall distille amèrement tout le long de son set. Etat d’âme qu’il confirme dès le premier morceau : ‘Je vais essayer d’écrire la chanson la plus triste du monde’. Pas plus de cinq minutes ont suffi à donner le ton d’un concert plongé au cœur des ténèbres. Un public au bord de la crise de nerfs qui doit attendre quatre morceaux pour s’extraire des eaux sales coulant de la plume caustique de l’artiste belge. L’atmosphère demeure pesante mais le ton s’allège. Ainsi, la reprise de « Banana Split » de Lio et celle, modifiée, de « Ti amo » d’Umberto Tozzi chantée en français viennent apaiser le ton général.

Un spleen qui revient rapidement sur « Chagrin de beauté ». Moment où la voix grince, dérape, se désespère et nous montre un autre visage. Le visage d’un homme sincère qui ne se prend pas au sérieux, et ça fait du bien !

Une prestation où le parolier  de Lio, Alain Chamfort, Jane Birkin… trace des portraits au vitriol sur une trame musicale rock, folk, country. Les huit musiciens tissent une atmosphère anxiogène plutôt réussie. Jacques Duvall sur scène, certainement l’un des concerts les plus déprimants de ces dernières années.

22h00 : Moriarty nous invite à un voyage musical intense. Un folk-country en lévitation où l’on se laisse embarquer sans résister.

Composé de véritables derviches tourneurs, le sextet (NDR : quintet étoffé d’un batteur additionnel pour les besoins de la scène, Vincent Talpaert) reste fidèle à son pseudonyme inspiré du nom du héros de ‘Sur la route’, roman culte de Jack Kerouac. L’invitation au voyage et l’esprit beatnik demeurent omniprésents dans les compos du groupe. Un esprit communautaire responsable d’une tournée gigantesque comptant plus de 200 concerts en un an. Un vertige de la route qui les a menés en terre inconnue (USA, Japon, Inde, Taïwan…). Durant ce périple, ils ont presté des concerts dans des lieux inédits tels que des hôpitaux psychiatriques, des prisons… Une richesse interculturelle qui s’entend et imprègne leur setlist de morceaux contant des histoires de rencontres, de destins croisés et de lieux improbables. Grande évasion dont ils ont ramené également des instruments insolites (Harmonium indien à soufflet, micro-guitare hard-rock, Kazoo, claviers atypiques…) qui vont modifier significativement l’identité sonore du groupe. L’excellent cadavre exquis « Decaf » fait d’ailleurs partie de ces délires d’écriture inscrits dans le van tour. Inutile de préciser que Rosemary Standley et sa petite famille (Tom Moriarty, Arthur Moriarty, Zim Moriarty, Charles Moriarty, Vincent Talpaert, Eric Tafan) connaissent la scène sur le bout des doigts.

Nul besoin de décor excentrique et de show lumière aveuglant pour que le combo franco-américain s’exprime. Un habillement minimaliste suffit. Une toile de lin, un lustre-ampoule diffusant une faible lumière et quelques vieilles valises qui traînent sur les planches. L’essentiel réside dans la complicité entre les membres du groupe et dans la mise en scène féérique articulée autour de Rosemary Standley, un monde peuplé de contes enfantins et de merveilleux. Le résultat ? Six musiciens qui construisent des structures inventives et ludiques entre folk, country et rock alternatif. Un jeu professionnel et improvisé bénéficiant d’une voix au timbre intemporel et aux potentialités infinies de par son expérience de l’art lyrique et de l’opéra. Moriarty enchante le public bruxellois d’une mise en scène superbement théâtralisée et d’un contry-folk aux allures d’un melting-pot culturel fortement imprégné de musique américaine des années 30. Son dernier opus recèle d’ailleurs d’anciens morceaux sortis du grenier à musique du groupe.

Jouant parfois en cercle et/ou à capella, la belle cohésion du groupe irradie l’audience. Un spectacle largement acclamé par un public averti qui s’exprime particulièrement sur le tube  radio « Jimmy » et le nouveau titre « Isabella ». Une jolie communion irradiant le Cirque de frissons électriques et provoquant des cris de joie. La foule réceptive chante alors comme un seul homme, sourire aux lèvres.

Les enfants de la Beat Generation n’inventent rien mais distillent leur musique à la perfection.   

Eric Ferrante    

Moriarty + Jacques Duvall + La Fiancée               


Rock’n’roll !!! Un slogan, un thème, une trame et un style pour électriser l’Orangerie du Botanique, ce mercredi 17 mai, dans le cadre des Nuits 2011. Et les guitares n’ont pas cessé de rugir sous les riffs acérés des Black Lips, de l’Experimental Tropic Blues Band ou des Young Legionnaire, tout au long de cette soirée!

Young Legionnaire, c’est le nouveau groupe de Gordon Moakes, le bassiste de Bloc Party. Le trio anglais est venu défendre « Crisis Works », son premier album, dans les jardins bruxellois. Le public est encore clairsemé, mais il assiste à un show puissant et efficace, opérant une rencontre improbable entre la pop anglaise et le rock féroce de McLusky. Le drummer est très efficace, mais la carence en sens mélodique et la voix quelconque du chanteur ne permettent pas à l’ensemble de se transcender. A revoir de toutes manières…

Après avoir accompli une mini-tournée aux States, l’Experimental Tropic Blues Band semble (re)gonflé à bloc. Le trio liégeois débarque vers 21h. La température a pris quelques degrés et les corps transpirent. La formation doit autant à Elvis Presley qu’aux Blood Brothers. De véritables bêtes de scène. Difficile de faire plus rock’n’roll !!! Trempées dans le blues et/ou le boogie, les compos sont efficaces, variées, sales et puissantes. Le public est aux anges. Les voix des deux chanteurs sont terriblement complémentaires. Et la bonne humeur des musicos communicative. En renversant tout sur leur passage, TETBB nous a asséné une belle claque. Un titre du futur album, nous même a carrément scotchés : « Sex Game ». Irrésistible ! On comprend mieux pourquoi Jon Spencer a accepté de produire leur prochain elpee, dont la sortie est prévue pour cet automne.

Vers 22h, les Black Lips déboulent sur l’estrade. Le public est nombreux et conquis d’avance. Dès les premières notes, les sales gosses d’Atlanta –dont le dernier album a été mis en forme par Mark Ronson, le producteur d’Amy Winehouse !– nous balancent leur punk-rock fleuri à la figure. Les chœurs sont ‘ramonesques’ et les guitares lo-fi. Ça sent le crachat et la sueur. La foule est enthousiaste. Elle rejoindra d’ailleurs le combo sur scène, en fin de parcours.

Mais perso, je ne retrouve pas ce zeste de folie qui fait la différence. Le set est bien ficelé, les musiciens se donnent à fond, mais ils semblent fatigués et ne parviennent pas à justifier leur réputation scénique sulfureuse. Pas que l’on s’ennuie, mais le show n’est pas véritablement surprenant. Pour celles et ceux qui ont déjà assisté à l’un de leurs concerts, il semble même carrément sur rails. Faut dire que leur tournée est interminable. Et qu’un peu de repos leur serait nécessaire pour recharger les accus. Pourtant, au vu des dates qu’ils ont encore à assumer, ils ne sont pas au bout de leurs peines. M’enfin, cette sorte de ‘Prom Night indie’ a peut-être permis à quelques spectateurs plus âgés de rajeunir de dix ans…

L’Experimental Tropic Blues Band remporte donc le match ! Mais une question me traverse l’esprit : qu’est-il écrit dans les statuts officiels du rock’n’roll lorsqu’un groupe belge surpasse ses maîtres américains sur leur propre terrain de jeu ?

Taï

Young Legionnaire + Experimental Tropic Blues Band + The Black Lips

 

 

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