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Bozar Electronique Weekend 2011 : vendredi 28 octobre

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Balmorhea, un post-rock du XIXème siècle…

Pendant deux jours, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (BOZAR) avait affiché la ferme intention de redorer ses murs et d’élever la musique électronique au rang d’art contemporain. Que le genre musical et son artwork investissent des lieux prestigieux sur la carte de l’élite culturelle, n’est pas un fait nouveau. Ces manifestations pointues, à la frontière du fashion, nous démontrent constamment que la croissance exponentielle du genre s’immisce dans toutes les sphères artistiques et déplace une foule chaque jour plus nombreuse. En effet, le BOZAR affichait complet pour cette première édition du Bozar Electronic Weekend. Un  merveilleux espace pluridisciplinaire art déco ouvrant les portes de ses six salles pour accueillir plus de quinze groupes aux horizons expérimentaux divergents. Au programme : des concerts, des soundscapes, des spectacles audiovisuels… Les ‘électromaniaques’ dirigeront spontanément leurs viseurs vers les imposantes têtes d’affiche venues présenter leurs dernières productions : Modeselektor, Plaid et Rustie. Quant à nous, notre choix sera plus modeste et échappera au très électro Hall Horta pour se diriger vers le post-rock intimiste de Balmorhea qui avait pris soin de poser ses guitares dans la confortable salle M. Concert assis !

Balmorhea (prononcez bal-mour-ay), ensemble instrumental minimaliste d’Austin, se cache sous le pseudonyme d’une ville située au beau milieu du désert texan. Le désert comme horizon, son immensité silencieuse comme inspiration expriment parfaitement les intentions artistiques du combo. Une musique solennelle aux volontés de fuites et des airs graves et austères pour l’incarner. 

Un sextet voyageant sur des sables mouvants agités de violon, de contrebasse, de violoncelle et dont deux des membres passent incessamment de la guitare électrique, à la basse, au banjo et aux claviers. Un groupe aux influences éclatées mêlant les sons d’une musique classique minimaliste à un post-rock dynamique et silencieux. Un atmosphérique grandiose qui donne l’impression, même pendant les séquences les plus calmes, de s’élancer vers l’avant. Un tout distillant une musique pleine de ferveur et de douce ivresse.

Balmorhea est tout en sobriété et érudition et laisse le soin aux instruments de charmer, d’assoupir avant d’emballer et de prendre au piège. Les voix sont secondaires, elles s’allument et s’éteignent à l’image d’un réverbère usé par le temps. Elles s’entendent en écho, de loin, comme un gémissement désespéré qui surgirait d’infinies étendues désertiques, celles de leur Texas natal. Quelques murmures fantomatiques, qui renforcent les airs énigmatiques et accentuent le vertige infligé par les compositions, suffisent. Un climax fort et dense magistralement emmené par le pianiste/guitariste Rob Lowe. 

Une forme d’expression qui tire ses influences d’univers musicaux hétéroclites : Ludovico Einaudi, The Six Parts Seven, Rachel’s, Max Richter, Arvo Pärt ou encore Debussy voire Beethoven. Un agglomérat improbable qui tient un propos identique : faire d’une musique instrumentale des chansons éloquentes sans être trop bavardes, des pièces élaborées, complexes mais à la beauté immédiate. Des petits morceaux d’histoire, des constructions qui s’emportent, parfois denses et, par endroits, saccadées, qui rythment des explorations anciennes.

Certains titres de l’album « All Is Wild, All Is Silent » sont d’ailleurs évocateurs (“March 4, 1831″ et « November 1, 1832″), comme une volonté de sculpter un temps révolu, de le figer  dans le quartz des sables acoustiques, le dix-neuvième siècle ! Une époque qui demeure  décidément gravée dans l’œuvre de Balmorhea.

Soulignons, finalement, la synchronisation quasi-chirurgicale entre le drama sonore et visuel. Un fond visuel N/B sous forme de documentaire qui retracerait les conditions de vie des travailleurs texans vivant dans le grand désert. Une photographie austère qui fusionne  ingénieusement avec le son et résonne comme un hommage esthétisé et fervent à tous ces hommes oubliés par le temps. Une délicieuse démonstration de l’aptitude potentielle du groupe à réaliser des musiques de film. 

Balmorhea, une musique de pionniers, de visionnaires du passé ; un ensemble musical  qui        ‘se souvient du futur’ et qui sait, en concert, nous  conter de belles histoires intemporelles.

Balmorhea

(Organisation Bozar)

Les heures In D 2011 : samedi 22 octobre

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Après avoir vécu l’édition de l’an dernier qui avait accueilli Midlake ou encore Anna Calvi, dans la cité bouillonnante, j’ai donc remis le couvert pour assister à ce festival parallèle aux Ardentes. Un événement qui jouait en 2011, la carte de l’éclectisme et de la découverte. Son appellation ne souffrant d’aucun malentendu, l’accent était, bien entendu, placé sur les artistes en marge du ‘mainstream’. Jeunes talents en devenir ou valeurs (r)assurées, cette nouvelle a permis au public considéré comme le plus ‘chaud boulette’ de s’éclater et de frémir aux sons les plus divers.

Day two.

C'est dans un silence religieux imposé par une assistance des plus clairsemées, que Leaf House, collectif local, dispense les premières mesures de cette deuxième journée, placée sous la bannière étoilée des cœurs plaintifs. Puisant son inspiration dans le souffle des vents d'une Americana en suspens dans le temps et métissant sa musique d'apports electro pertinemment agencés en séquences subliminales, le jeune combo dépose au pied de l'autel de cette plage désertée quelques pétales de fleurs arrachées au balcon de cités noyées dans les brumes de la nuit. Nuancées et délicates, les compositions trouvent un écho timide auprès d'une assistance néanmoins très concentrée sur le sujet, type de respect relativement rare à l'entame d'un festival.

BRNS quant à lui, se charge d'électriser quelque peu l'ambiance par le biais d'un set peut-être un peu inégal, mais bien maîtrisé. Laissant l'excellent "Mexico" terminer leur prestation de superbe manière.

La première gifle de la soirée est assenée par Imany, beauté comorienne montée sur des jambes qui ne finissent jamais et dont la voix est sans conteste à l'instar de son physique d'ex-mannequin. Décortiquant les plages de son premier album, "The Shape Of A Brocken Heart", dont le titre évoque le parallèle subtil entre la forme du continent africain et la moitié d'un cœur brisé, cette grande artiste (dans tous les sens du terme) nous dévoile sa forte personnalité et son talent énorme. Drôle dans ses interventions et touchante dans ses textes, Imany capte l'attention par la grâce d'une technique vocale sans faille mais surtout par une présence scénique remarquable si l'on considère sa frêle silhouette, accompagnée le plus simplement du monde par une guitare acoustique. Sorte de Grace Jones métissée de Tracy Chapman, elle a du bagout et son humour est bien balancé. Bref, cette ex-star des podiums réussit brillamment son virage. Nul doute qu'on en reparlera.

L'atmosphère se drape alors dans des apparats de soie noire, lors de l'apparition du trio Fink. Le protégé du label Ninja Tune n'a pas son pareil pour ensorceler son auditoire en dispensant un folk sombre et pourtant lumineux, parcouru par sa voix au timbre habité par mille démons du passé. Emotions portées à leur paroxysme (en témoigne cette jeune fille en larmes du début à la fin du concert) et efficacité d'un set mené de main de maître basé sur le nouvel opus de cet esthète hors normes. Un moment poignant et à la hauteur des espérances.

Le final de cette seconde édition est donc laissé à Jean-Louis Murat, dont le mot de la fin se déclame en une sombre poésie où la langue française se conjugue au passé Baudelairien, à cheval sur les grands horizons américains. Fidèle à lui même, l'Auvergnat, dans un très bon jour, captive l'assistance en nous racontant ses histoires d'amours déchus et d'espoirs sans lendemain. Présentant son nouvel album ("Grand Lièvre"), le plus Indé des Français recueille un succès mérité pour sa prestation énergique et savamment équilibrée entre hier et aujourd'hui. Au delà du cliché de poète maudit, il affiche la classe d'un artiste n'ayant plus rien à prouver mais toujours un incroyable talent et surtout manifeste une envie insatiable d'aller toujours plus en avant. Chapeau bas, monsieur Murat.

Enfin, l'after party peut commencer à avaler la nuit, et dans son sillage, les échos d'un festival encore mineur, mais plus pour très longtemps.

Les heures In D 2011 : vendredi 21 octobre

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Après avoir vécu l’édition de l’an dernier qui avait accueilli Midlake ou encore Anna Calvi, dans la cité bouillonnante, j’ai donc remis le couvert pour assister à ce festival parallèle aux Ardentes. Un événement qui jouait en 2011, la carte de l’éclectisme et de la découverte. Son appellation ne souffrant d’aucun malentendu, l’accent était, bien entendu, placé sur les artistes en marge du ‘mainstream’. Jeunes talents en devenir ou valeurs (r)assurées, cette nouvelle a permis au public considéré comme le plus ‘chaud boulette’ de s’éclater et de frémir aux sons les plus divers.

Day one.

En débarquant après le boulot, j’ai manqué les prestations de Divine et Radio Radio.

Selon les échos glanés à chaud, la prestation de la jeune Liégeoise a récolté un franc succès ; elle a même emporté dans son flow les doutes éventuels quant à assumer seule l’ouverture du festival.

Sur la lancée de sa première Mixtape et déjà reconnue dans le milieu pour son talent de MC, Divine a assuré remarquablement un exercice toujours périlleux avec un certain aplomb. 

Suivent donc les Canadiens de Radio Radio, dont le hip hop electro aux accents Chiac (un franglais parlé principalement par la jeune génération du Nouveau Brunswick au Canada) convainc une assistance qui allait gonfler au fil des minutes. Prozac dans la grisaille et les premiers froids de cette soirée d’octobre, leur enthousiasme et bonhommie a instauré un climat on ne peut plus favorable pour la suite des festivités.

Auxquelles je me suis enfin invité sur le coup de vingt heures. Juste à temps pour le début du set de 1995… Absolument réfractaire au Hip Hop hexagonal perclus de clichés en tous genres –depuis la grosse chaîne en or qui brille, aux gestuelles formatées (Yo !) jusqu’au phrasé inlassablement copié-collé de générations en générations– je ne peux qu’émettre deux constatations. La première : sur les six minutes vingt-six secondes de patience accordée au set, chaque fois que j’ai tourné la tête, un membre de plus est apparu sur scène. La seconde : après coup, j’ai réalisé que la moyenne d’âge des fans oscillait autour des treize ans. Conclusion : trop vieux et trop Rock & Roll pour vous donner mon avis sur un épisode que j’ai de toute façon snobé.

Les choses sérieuses peuvent donc commencer par la prestation des Lillois de Skip The Use. Quelle énergie ! Quelle pêche ! Mêlant ingrédients pop aux forts accents British (Bloc Party comme référence majeure), son vachement burné (Dog Eat Dog ?) et influences glissant du funk au reggae, ces cinq là ont un allant certain pour mettre la patate et mettre l’ambiance dans une salle. Si ce n’est pas tout à fait ma tasse de thé, j’en reprendrais volontiers une petite goutte en infusion veineuse. Un chanteur époustouflant, et un groupe qui dégomme derrière. Bref, cette révélation des Ardentes 2009 n’a rien perdu de sa superbe.

L’ambiance montée d’un cran, les Français de Caravan Palace n’avaient plus qu’à assener le coup de grâce. L’ennui, c’est que je déteste ce genre de jazz manouche teinté de disco house. J’admets un savoir-faire indéniable ; et au vu de la réponse du public et de son enthousiasme, le concert devait être particulièrement bon. Mais perso, ça m’horripile et je m’ennuie ferme face à telle prestation. Truc de jeunes ou de filles (ou les deux), le plan clarinette sur fond de boîte techno me laisse profondément de marbre. Au milieu de ces centaines de jambes qui s’agitent, de ces fessiers qui rebondissent, de ces poitrines qui se soulèvent, je ressemblais à une frêle embarcation prisonnière d’une tempête. Et je n’avais qu’une hâte, rejoindre le rivage.

Le premier soir s’achève donc par un salut théâtral dans une ambiance survoltée, pendant que je m’engouffre dans ma voiture, chauffage à fond.

A demain pour d’autres aventures…

 

Ground Zero 2011 : mercredi 19 octobre

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Caravan Palace a donc effectué son grand retour sur les planches, ce mercredi 19 octobre.  Pour célébrer les retrouvailles avec son public, le groupe a lancé la note au théâtre du Sébastopol de Lille. Une ambiance de folie au cours de laquelle l’electro et le swing ont fusionné pour un résultat détonnant mais surtout enchanteur…

La soirée a commencé en douceur par Felipecha, un duo venu caresser nos tympans de ses ballades fraîches et colorées. Responsable de deux albums à ce jour (« De fil en aiguille » en 2008 et « Les lignes de fuite » cette année), Philippe et Charlotte (NDR : ex-chanteuse de Wax Taylor) nous ont invités à les accompagner lors d’une promenade champêtre et parfumée, afin d’y cueillir des fruits sonore, nés d’un mélange de subtilité, de délicatesse et de maturité. Un supporting act très raffiné.

Place ensuite au groupe français Caravan Palace. Après s’être accordé une année sabbatique, la formation a donc décidé de reprendre du service. Un nouvel Ep est d’ailleurs paru début octobre. Teinté de jazz manouche (NDR : les musicos adorent Django Reinhardt), leur électro swing avait ainsi cartonné sur leur opus éponyme, publié en 2008, mais également leur avait permis d’accomplir une tournée à guichets fermés.

Le public est impatient. Il est convaincu qu’il va vivre une bonne soirée. Et pour cause, le tracklisting devrait inclure les nouvelles compos du band, qui figureront sur leur nouvel album (NDR : il s’intitulera « Clash » et sa sortie est prévue pour le premier trimestre 2012).

Sur scène, un grand rideau rouge est tiré. Un ancien micro est planté devant, au beau milieu du podium. Soudain, quelques notes jaillissent de nulle part, déclenchant un accès de frénésie général, au sein du public. Le Théâtre Sebastopol est une salle où les places sont assises. Aussi les mélomanes les moins avertis n’ont pas beaucoup le temps de se prélasser, car après quelques secondes, il est impératif de se lever pour voir le spectacle et puis évidemment ressentir les rythmes nous envahir.

Le rideau se lève et laisse apparaître six musiciens répartis sur le podium. L’excitation de la foule cède alors le relais à l’euphorie totale, lors de l’arrivée de la ravissante Colotis Zoé, vêtue d’une tenue, on ne peut plus ‘charleston’…

Le concert peut alors commencer. Le public se rapproche de l’estrade et laisse éclater toute sa fièvre contenue et manifeste un enthousiasme, que la chanteuse lui rend bien et chaleureusement.

Leur style est très personnel. Très différent des autres groupes électro. A cet égard, j’estime qu’il y gagnerait, notamment en ‘live’, en jouant davantage sur sa spécificité. Par exemple en tirant parti d’un décor mieux adapté à la musique. De quoi donner plus de consistance au set.

Mais finalement, il ne s’agit que d’un détail, tant les musiciens sont passionnés et libèrent de l’énergie sur les planches. A tel point qu’il est difficile de résister à l’envie de danser, de swinguer et de prendre du plaisir, autant que le groupe s’amuse lui-même.

Caravan Palace + Felipecha

 

Klara Festival 2011 : jeudi 8 septembre

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Ce jeudi 8 septembre 2011, dans un studio 4 (l'une des salles de Flagey) bien rempli, le groupe anversois Dez Mona et quelques musiciens du collectif BOX (Baroque Orchestration X) donnaient la première représentation de leur opéra "Sága". Organisée par le Klara Festival 2011, dont le thème est "Imagine Paradise", la soirée s'inscrivait dans une programmation de musique classique.

Une jeune femme présente la soirée : Sága est le nom d'une déesse des pays nordiques, gardienne des contes et légendes. C'est un opéra, mais il n'y aura pas de personnages ou de fil conducteur, ni une histoire qui commence et finit. En réalité, on le découvrira, il s'agit d'un concert comportant une scénographie nécessitant des costumes, mais pas d'un opéra.

Le public s'installe dans la salle –un théâtre garni de sièges moelleux disposés en plusieurs étages de balcons– et les artistes ne se font pas plus attendre pour débuter le concert.

Six musiciens entrent en scène, pieds nus, vêtus de longues jupes grises et de chemises blanches, et entament une composition épique et mélancolique. Le contrebassiste Nicolas Rombouts et l'accordéoniste Roel Van Camp (de Dez Mona) sont accompagnés de quatre membres du projet BOX : Jutta Troch à la harpe, Pieter Theuns au théorbe (sorte de grand luth italien à double manche) et au carillon à tubes, Piete Vandeveire à la viole, Tijs Delbeke au clavecin, au violon, à la guitare ainsi qu’au trombone.

Une sobre installation lumineuse compose le décor. Un rond de lumière blanche tombe à la verticale sur la tête des musiciens, créant une atmosphère monacale, climat renforcé par la grande barbe noire du contrebassiste et par l'austérité qui règne dans la salle.

Après une délicate introduction, Grégory Frateur (le chanteur de Dez Mona) fait son apparition.

Sa voix perce le vide, d'une amplitude remarquable et d'une texture inimitable. Le chant, en anglais, est expressionniste, et les gestes l'accompagnent. Frateur ressemble à un crooner,  tignasse bouclée qui retombe en banane décoiffée, le corps tout secoué à chaque inflexion.

Les ambiances rock et blues se mêlent au répertoire baroque, par le mariage audacieux des instruments issus d'univers éloignés. Le carillon à tubes (structure à laquelle sont suspendus des tubes, qui provoque une belle image lorsqu'il est frappé au marteau par la harpiste en dos nu) évoque le son des cloches, tandis qu'un tambour insuffle de la gravité aux morceaux.

Au beau milieu d'un titre, un silence est jeté, un silence très long qui suspend le public, incrédule.

La scénographie s'est métamorphosée, un champ de lumières s'est insensiblement allumé derrière les musiciens qui semblent alors flotter dans un cosmos végétal. Les loupiotes évoquent aussi des cierges disséminés dans l'espace, monastère d'un autre temps, d'une autre dimension.

En plein centre du mur frontal, une série de cercles concentriques et irréguliers se sont eux aussi allumés, tel un œil divin surveillant l'assistance ou un trou noir, c'est selon. 

Pour qui connaît Dez Mona, et l'aime pour son côté sombre, le concert tourne un peu trop dans cette ambiance féérique et paradisiaque. Grégory Frateur ne se trahit pourtant pas, on retrouve ses cris profonds et ses vibratos aigus.

C'est finalement dans le dénuement que la musique est la plus intense, lorsque le duo accordéon voix se permet une incartade. Ou lorsque les cordes (viole, violon, contrebasse, théorbe) dialoguent entre elles. Quand tout le monde chante en chœur, c'est une scène pastorale aux notes trop attendues, déjà entendues. Ca sent la rédemption, ça goûte le nuage. De même, lorsque le violoniste se met à chanter, sa voix pop a du mal à faire écho à la voix de Grégory Frateur, si pleine d'émotions.

L'assistance y est peut-être pour quelque chose dans cette trop sage atmosphère.... Ou bien sont-ce les voix qui forment un chœur harmonique et harmonieux, alors que justement, ce sont justement les dissonances et la tension à la limite de la fausse note, que l'on aime chez Dez Mona.

Le public applaudit entre chaque morceau, mais pas une tête ne bouge, pas un corps n'essaie de se balancer sur les fauteuils molletonnés (certains même se sont assoupis). On n'est pas à un concert de rock, mais tout de même.... tout cela manque un peu de ‘lâcher prise’, de spontanéité. C'est beau, mais finalement au paradis, peut être s'ennuie-t-on un peu.

Dez Mona + BOX

 

Pukkelpop 2011 : jeudi 18 août 2011

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Lana a affronté l’imprévisible

Lana Paret, 18 ans, devait assister à une fête. Elle a été finalement une des témoins d’une démonstration de la puissance de la nature.

‘Il y avait déjà des éclairs depuis un moment avant que la pluie ne commence à tomber. Puis les premières gouttes ont arrosé le festival, suivies par une pluie infernale’ Infernal… Il semble bien que ce soit le mot le plus adapté pour qualifier la suite des évènements. ‘Au début tout allait encore bien, il y avait un groupe de personnes qui vérifiait les installations et il n’y avait apparemment pas de problème. Mais quand la tempête s’est intensifiée, le chapiteau a commencé à tanguer d’avant en arrière. La boule disco suspendue au milieu de la tente a commencé à s’agiter en décrivant les mêmes mouvements’. Le chapiteau n’était plus qu’une vulgaire barque malmenée par une mer déchaînée. ‘Tout a été arrêté pour protéger le matériel. On pouvait sentir le stress du public. Quand une fille est venue dans notre direction, elle était trempée, elle nous a raconté que la tente de la Boiler Room était entièrement détruite’. Lana prend alors conscience de sa chance. Elle vient d’échapper de peu au pire. Après la tempête, il ne lui restait plus qu’à constater les dégâts. ‘Tout était sous eau’. Si certains ont succombé, que d’autres ont craint pour leur vie, la jeune Avelgemoise n’avait pas conscience de la gravité des événements. Mais par la suite, des rumeurs circulant sur le champ du festival avancent un bilan de six morts.

Un retour aussi difficile

Le premier réflexe est de partir à la recherche des amis sur place et de tenter de joindre les parents proches pour les rassurer, intention qui, pour Lana, ne pourra se concrétiser que près de trois heures après la catastrophe. Dans le domaine de la sécurité, il n’y a pas de réelle défaillance à pointer. ‘Personne ne pouvait prévoir ce qui s’est passé. Les deux ou trois jours qui ont suivi le drame ont été moralement difficiles.’

Pour rentrer dans sa Flandre Occidentale, Lana a dû faire face à un parcours du combattant. ‘Nous avions décidé de retourner chez nous, le soir même. Après avoir longtemps hésité ; mais quand la pluie a recommencé à tomber, nous avons tout replié et nous sommes partis’. Mais arrivée à la gare de Kiewit, la jeune Flamande a une nouvelle mauvaise surprise : les trains ne roulent plus et il faut rejoindre la station d’Hasselt ! Elle va malgré tout réussir, en compagnie d’autres festivaliers tout aussi désemparés, à prendre place dans une navette. Un train plus tard, elle est enfin chez elle et peut, petit à petit, reprendre ses esprits.

Festival Sziget 2011 : vendredi 12 août

C’est déjà et malheureusement, le troisième et dernier jour que nous passons au Sziget. Tout nous semblait si paradisiaque : le lieu, l’affiche, la météo, la bonne ambiance ou encore les nuits interminables. Aussi une question nous vient à l’esprit. La Bible nous dit que nous devons accepter par la foi le fait que Dieu existe. Mais une théorie cosmologique nous précise que toute situation résulte d’un élément déclencheur. Ces moments paradisiaques vécus au Sziget démontreraient-ils l’existence de Dieu ?

Le soleil darde ses rayons sur l’arrière-scène de la Pop Rock Main Stage, lorsque Skunk Anansie monte sur les planches. Un show qui démarre en trombe. Crâne rasé, Deborah Dyer, alias Skin, est vêtue d’une combinaison moulante. Noire. Mouchetée. Garnie de plumes dans le dos, à hauteur des épaules. La frontwoman troque rapidement ses chaussures à hauts talons pour des bottines (Doc Martens) avec lesquelles elle pose les pieds sur le public en interprétant son tube « Weak ». C’est une véritable pile électrique en ‘live’. Le public est euphorique et l’accompagne au chant sur « Over the love », un extrait de son dernier album, « Wonderlustre ». « Charlie Big potato » et « Brazen  » alimentent le début de set. « On my hotel TV » parvient à faire jumper la foule. Et en fin de parcours, Skunk Anansie nous réserve encore « Hedonism » ainsi que « Because of you », démontrant ainsi, s’il le fallait encore, que Skunk Anasie n’a rien perdu de sa verve.

Changement d’ambiance sous la Burn Party Arena. Il y fait torride pour accueillir Trentemøller. Dans le milieu des 90’s, Anders Trentemøller était parvenu à innover, dans l’univers électro, à l’aide de son projet, Trigbag. Une créativité que le Danois a bien pris soin de reconduire sous son patronyme. Faut dire que l’artiste n’hésite pas à puiser dans des tas de références, pour enrichir sa solution sonore ; aussi bien rock, krautrock que EBM. Auxquelles il n’hésite pas à ajouter des scratches. Et le show accordé ce soir s’inscrit parfaitement dans cet esprit. Embrumé, le début de spectacle est dominé par des projecteurs de couleur rouge (NDR : et tant pis pour les photographes !) Anders est soutenu par deux vocalistes plutôt sexys. Mais aussi par un guitariste et un drummer, à sa droite. Pourtant, c’est le natif de Copenhague qui est bien aux commandes. Il s’agite derrière ses consoles. Un show plutôt rare et certainement à revoir, au cours duquel on épinglera pour points d’orgue, « Moan » et « Take me into your skin »…

Rarissime également, la présence des Deftones, lors d’un festival. Un groupe de métal californien, fondé en 1988, à Sacramento. Devenu depuis culte, il est drivé par Chino Moreno. Du haut de son estrade, installé à l’avant de la scène, le leader ouvre la setlist par « Diamond Eyes » et « Rocket Skates », deux singles issus du dernier opus de la formation étasunienne, paru en 2010. Mais il ne tient pas très longtemps en place et saute d’un côté à l’autre du podium, devant ses fans surexcités! Et Sergio Vega, le nouveau bassiste du groupe, est aussi allumé. Il vient cependant soutenir Chino, aux vocaux, sur « Engine No. 9 » (NDR : Sergio a remplacé Chicheng, victime d’un grave accident de la circulation ; il est cependant sorti du coma et ses amis musiciens, parmi lesquels on épinglera les membres de Korn, Metallica et Disturbed, ont publié une chanson, dont les bénéfices, devraient lui permettre de supporter les frais médicaux). Chino est en forme. Et lorsque le band attaque « Be quiet and Drive » et « Elite », le spectacle est à son paroxysme. Le public pogote sec. Et il est insatiable. A peine le temps de sécher à l’écoute de « Sextape », et le combo nous balance « Birthmark », un véritable retour aux sources pour ceux qui, comme Ludovic, avaient flashé sur leur premier elpee. Que du bonheur ! On suivra aussi l’actualité de Chino qui a monté un nouveau projet baptisé Crosses †††, en compagnie de Shaun Lopez, le guitariste de Farn Concept qu’il compte mener en parallèle avec les Deftones…

Prodigy a déçu. Pourtant, fin 2009, il avait accordé une prestation époustouflante, à Forest National. La foule est cependant toujours aussi compacte en cette fin de soirée. Et la setlist épingle notamment « World's On Fire », « Breathe », « Omen » et « Poison ». Mais le son est loin d’être exceptionnel. En outre, la voix de Maxim semble lasse. Il ne chante pas, mais se contente de pousser des cris. Un ensemble de circonstances qui vont rendre le concert insipide…

On décide alors de se rendre devant le podium des musiques du monde, pour y applaudir Oi Va Voi. Ne pas confondre avec Oio Polloi. Oi Va Voi est une formation londonienne qui s’est déjà produite en Belgique, à plusieurs reprises. Notamment à l’AB, Dour et dans le cadre du festival Couleur Café. Leur troisième album, « Travelling the face of the globe », est paru en 2009 ; un disque dont les chroniques étaient plutôt partagées (http://www.musiczine.net/fr/chroniques/oi-va-voi/travelling-the-face-of-the-globe-ep/). Mais ce concert est surtout un bon prétexte pour goûter l’atmosphère au sein de laquelle baigne l’auditoire, face à cette Pesti Est stage. Un endroit que nous avons peu fréquenté. Il y avait bien eu Gotan Project, la veille, mais nous n’avions assisté qu’à une partie de leur show. La foule est bien moins nombreuse que près de la scène principale. Mais l’ambiance y est nettement plus conviviale. Des spectateurs affichent de grands sourires. D’autres s’égosillent, se mettent à siffler ou encore osent des pas de danse. Manifestement, le climat est propice à un bon concert de world. Et on a la chance de pouvoir le vivre. Maintenant, peut-on vraiment qualifier la musique d’Oi Va Voi de world ? Les puristes qualifient leur expression sonore de folk magyar teinté de rock britannique, d’afro-soul, d’électro, de musique traditionnelle indienne et hébraïque. Tour à tour, le chanteur/guitariste/mandoliniste/compositeur Nick Ammar, la vocaliste Bridgette Amofah, une véritable panthère noire dont la plastique est irréprochable et la longueur de la jupe, inversement proportionnelle à la dimension de sa voix (NDR : n’hésitez pas à jeter un coup d’œil à notre rubrique ‘photos’) ou la violoniste (NDR : d’origine indienne, elle remplace Anna Phoebe) se réservent le devant de l’estrade. Bref une manière idéale de clôturer, pour nous, ce festival, dans la joie et la bonne humeur.

Car l’heure est déjà au bilan.

Avec comme moins :

-           on aurait aimé plus de World ou de Folk à l’affiche. A l’instar du Dranouter d’autrefois, qui a perdu sa spécificité folk. Faut dire que la tendance est de plus en plus au artistes pop-rock et aux têtes d’affiches hype qui drainent les foules.

-           Les prix : par rapport à 2010, le montant du ticket d’entrée n’a pas augmenté. C’est un bel effort. Néanmoins, l’inflation fait également des ravages en Hongrie. Une situation qui pénalise les autochtones. Ils doivent casser leur tirelire afin de pouvoir participer à cet événement ; la plupart d’entre eux se contentant, le plus souvent, de s’y rendre, au mieux, un jour, lors du week-end.

Et comme plus :

-           la météo ensoleillée, comparé au temps maussade vécu en Belgique, à la même période

-           la diversité : des scènes, des bars, de la nourriture, entre autres…

-           le public : encore plus international que chez nous, et moins focalisé sur la tranche 15-25 ans

-           le cadre idyllique du site, et les charmes de la ville qui abrite ses thermes

Et si finalement, le Sziget était bel et bien la preuve que Dieu existe. Ce n’est pas pour rien que ce festival figure dans le top 10 de l’European Festival Awards. Et trône même en première place dans le top 5 du quotidien insulaire, The Independent.

Festival Sziget 2011 : jeudi 11 août

‘Thermes, pubs and rock’n’roll’ au programme de ce jeudi. Spécificité bienvenue du festival : il s’ouvre, chaque jour, à 15 heures. Ce qui nous laisse le temps de visiter la magnifique ville de Budapest. De Széchenyi à l’île Margit en passant par les différents bars de Nagymező utca, les coins pittoresques ne manquent pas. Mais revenons à nos moutons. En l’occurrence, la musique !

Et l’affiche est solide, aujourd’hui sur la Pop-rock Main stage. La Roux ouvre les hostilités. Seb souhaitait absolument assister à leur set ; surtout depuis leur forfait aux Inrocks de Lille, en 2009. Quoique seulement âgée de 23 ans, Elly Jackson est très à l’aise sur les planches. Faut dire que depuis la sortie de son premier opus, elle a aligné plusieurs centaines de shows. Elle ne semble pas fatiguée. Et se lance même dans un petit pas de danse qui sème la contagion au sein de l’auditoire. Derrière ses claviers, Ben Langmaid, son comparse, teinte les morceaux de sonorités 80’s. Vintage. Revivalistes. Et disco. Le tout à la fois. En finale, la setlist propose le single « Bulletproof », un titre qui fait bondir une grosse moitié de l’assemblée. Il est 17 heures. On savoure l’ambiance. Le soleil aussi. Surtout quand on sait, qu’au même moment, en Belgique, la température ne dépasse pas 15 degrés. Et qu’il n’arrête pas de pleuvoir.  

On ne quitte pas les lieux, puisque sur la même estrade se produit Good Charlotte. Le style est bien sûr très différent. Le public s’est métamorphosé. Le combo attire des festivaliers beaucoup plus jeunes. Dont une majorité d’ados pré-pubères. Féminines surtout. Pourtant ce band compte quand même quelques années d’existence. Il est d’ailleurs né en 1995. Lors de l’explosion du néo punk US. Les frères jumeaux Madden sont toujours aux commandes. Leur peau est recouverte d’impressionnants tatouages. Certainement pas un indice pour les différencier, lorsqu’ils montent sur scène. Et pour être sûrs que la foule ne déserte pas les lieux, ils nous balancent, d’entrée, leurs tubes. Dont « The anthem », que les aficionados reprennent en chœur. Mais rapidement, le set s’essouffle et commence tout doucement à nous pomper l’air. Par rapport à Green Day, manifestement, Good Charlotte a pris un sérieux coup de vieux. Aussi, on jette l’éponge après 5 ou 6 titres.

On transite par le bar pour prendre un rafraîchissement, après avoir rechargé son porte-monnaie électronique. Le festival Sziget est à la pointe de la technologie. Pour payer ses boissons, on se sert d’un badge magnétique (contactless) qui fait l’objet d’une lecture électronique. Idéal pour éviter les arnaques fréquentes dont sont victimes les touristes, auxquels on ne rend pas la monnaie exacte lorsqu’ils règlent leurs consommations. Autre excellente initiative : la grande diversité de nourriture proposée. Puissent nos organisateurs occidentaux s’inspirer de ce modèle.

Une pause de courte durée, car la mainstage va accueillir une des têtes d’affiche de la journée : Kasabian. Une des meilleures formations insulaires contemporaines. Un combo bien dans la lignée des Oasis, Blur et Kaiser Chiefs. Le leader, Tom Meighan, monte sur l’estrade. Il est vêtu d’une veste plutôt kitsch. Rouge à lignes noires. Sa voix est puissante et transperce toute la plaine. Notamment sur des compos comme "Shoot the runner", "Thick as Thieves" ou encore "Empire". Il est bien soutenu par Sergio Pizzorno, le guitariste. Un musicien talentueux ; mais aussi le préposé à l’écriture de la plupart des tubes. Il est la clef de voûte du combo. Sergio chante également. Souvent en backing vocals. Parfois en lead. Et son timbre se conjugue parfaitement à celui de Tom. Il le rend même plus onctueux. Lors du final, la setlist épingle "LSF" ou "Fire". L’ambiance monte alors d’un cran. Les jolies filles se dandinent (NDR : franchement, on en a plein les yeux lors de cette manifestation). La foule balance les bras de gauche à droite. Un spectacle de méga-festival que Kasabian maîtrise à la perfection. Un peu comme si les Red Devils de Liverpool jouaient à domicile.

La température va encore monter de quelques degrés, lors du concert des Chemical Brothers. La foule est encore plus dense. Nous sommes carrément repoussés à 100 mètres du podium. Le lightshow est gigantesque. Il y a des lasers qui balaient l’espace dans tous les sens. On imagine Tom Rowlands et Ed Simons derrière leurs machines. Les titres du dernier album (« Escape Velocity », « Swoon ») passent bien la rampe. L’atmosphère est planante ; et certaines plages incitent à danser. Mais difficile d’apprécier ce show à une telle distance, derrière une foule aussi compacte. Au sein de laquelle de nombreux festivaliers tentent d’immortaliser l’événement, en prenant des photos, à l’aide de leurs GSM. Mais on se demande quand même quel est l’intérêt de ces clichés. Puisqu’il n’y a rien à voir. Les mouvements de foule sont incessants et deviennent même fatigants. Si bien qu’au bout de quelques titres, nous suivons le mouvement et rejoignons la sortie…

Et on décide même de rentrer à l’auberge. La journée a été particulièrement éprouvante. Surtout pour Seb, préposé aux photos. Pour certains headliners, il faut s’inscrire deux jours à l’avance. Et se présenter une heure avant le concert au stand presse. Enervant dès lors d’apprendre que le management de l’artiste a sélectionné dix médias. Et pas sympa vis-à-vis d’un partenaire du festival. Pour d’autres spectacles, il faut attendre un hypothétique e-mail (à consulter sur place), transmis quelques heures avant le concert, invitant à effectuer des démarches pour bénéficier du frontstage. Alors ce soir nous replions bagage. D’autant plus que la journée du vendredi sera encore bien chargée. Suite des aventures dans notre prochaine review…

 

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