La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

logo_musiczine

La vision de l’art prônée par Superchunk…

Superchunk sortira son nouvel album, « Songs in the Key of Yikes », ce 22 août. En attendant, il a partagé le single, « Is It Making You Feel Something ». ‘Il a toujours été vrai que tout le monde traverse quelque chose dont on n'est pas forcément conscient’,…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

DEADLETTER
Hooverphonic

Two Door Cinema Club

Le festival du Hit…

Écrit par

Two Door Cinema Club est une formation nord-irlandaise, dont le premier opus est constitué de véritables petites bombes mélodiques. Elle venait défendre son premier album, à l’Orangerie du Botanique, ce mardi 23 novembre. Le concert est sold out depuis belle lurette et on s’attend, pour la circonstance, à une salle pleine comme un œuf. En ‘live’, Alex Trimble, Sam Halliday, Kevin Baird sont généralement soutenus par un drummer. Et effectivement, c’est sous la forme d’un quartet qu’ils se produiront ce soir.

Chapel Club assure le supporting act. Le groupe est drivé par un excellent chanteur, Lewis Bowman, dont la voix est à la fois sombre et puissante. Le set agréable. Un combo dont on devrait entendre parler dans un futur proche. Et en bien !

L’Orangerie baigne au cœur d’une ambiance que je qualifierai de… féminine. Ce n’est pas une réflexion misogyne, mais tout simplement un constat lié aux cris suraigus poussés par le public… féminin. Pas vraiment l’idéal lorsqu’on souhaite assister à un concert rock. Ce genre de réaction correspond davantage à l’auditoire de ce cher Raphaël. Les musiciens sont jeunes –la moyenne d’âge est de vingt ans– mais leur maîtrise musicale est impeccable. Une expérience acquise par les quatre lads au fil de leurs multiples prestations accordées dans les bars de Belfast, depuis l’âge de 15 ans ! Le son est clair et puissant. Two Door Cinema Club nous balance l’intégralité des hits de « Tourist History » et de leurs quelques Eps. Des chansons mélodiques, efficaces et dansantes. La voix d’Alex et les solos de Sam impressionnent. On peut affirmer aujourd’hui, qu’à l’instar de Vampire Weekend et Phoenix, TDCC milite au sein de la division 1 de la pop. Le public en est conscient et souhaite profiter de l’aubaine ; car il faut être réaliste, le band ne fréquentera bientôt plus les salles de cette taille, c’est une certitude. La rythmique disco et les riffs géniaux entretiennent une énergie communicative. La voix claire et harmonieuse d’Alex évoque celle de Ben Gibbard (Death Cab For Cutie). Le public est conquis. Le set s’achève par « What You Know », un morceau caractérisé par sa ligne de guitare ‘exotique’, mais revient 5 minutes plus tard pour nous offrir en rappel l’imparable « I Can Talk. La foule est en ébullition et extatique, malgré la brève durée du set. Parfait dans le genre. Depuis, l’avènement de U2, il faut reconnaître que l’Irlande est devenue un foyer inépuisable de groupes pop efficaces…

(Organisation Botanique)

The Tallest Man On Earth

Grand par la taille et grand par le talent…

Écrit par

Le Botanique a le vent en poupe. Et pour cause, la plupart de ses spectacles affichent, pour l’instant, salle comble. Et c’est à nouveau le cas ce samedi 20 novembre, pour le concert de The Tallest Man On Earth à l’Orangerie tout comme celui de Ratatat dans la Rotonde. Faut dire que Jens Kristian Mattson défraie la chronique, depuis déjà quelque temps, bénéficiant –il faut le souligner– du soutien non négligeable du site américain Pitchforkmedia. Responsable de trois Eps et de deux elpees à ce jour, dont l’excellent « Wild Hunt », paru en avril dernier, le Suédois, exilé aujourd’hui aux States, se devait donc de confirmer sur les planches.

Se produisant sous le patronyme d’Idiot Wind, Amanda Bergman assure le supporting act. Elle est également née en Suède. Elle est seule sur les planches, joue du piano et chante, d’un timbre d’une douceur angélique. Souvent comparée à Cat Power, la demoiselle peine toutefois à insuffler une certaine ‘puissance’ à ses compositions. Seuls quelques morceaux parviennent à décoller du tracklisting. Mais en général, son set est mou et manque de relief. Vers 20h30, elle quitte l’estrade pour laisser sa place à son compatriote.

Vers 21h, Kristian Mattson débarque en solitaire sur le podium et empoigne sa guitare. Il est vêtu d’un jeans et d’une chemise à carreaux. Son allure me fait penser à Dylan voire à Johnny Cash, mais sa voix lorgne manifestement vers celle du Zim. Il joue tour à tour de la gratte sèche ou électrique. Et enchaîne les compos de ses différents albums. Le public s’amuse et connaît les paroles. Il en est conscient et en tire parti pour chauffer la salle. A l’issue de chaque morceau, dont il a présenté préalablement le message, il nous gratifie d’un ‘Thank you, so much’. Il évoque également son dernier show accordé à Bruxelles. Une parfaite communication qui ravit manifestement l’audience.

Après 1h de récital, il quitte la scène pour y revenir 2 minutes plus tard. Il interprète un avant-dernier morceau sur lequel Amanda Bergman (Idiot Wind) vient le rejoindre. La conjugaison des deux voix est magnifique, même si elle n’est qu’éphémère. Une chanson plus tard, Kristian, vide définitivement les lieux sous les applaudissements d’un public comblé.

The Tallest Man On Earth est parvenu à faire vibrer la Rotonde. Rien qu’à l’aide de sa voix et de sa guitare. Pour les déçus qui n’ont pu assister à ce spectacle, sachez qu’il reviendra l’année prochaine, au Cirque Royal, dans le cadre des Nuits du Botanique…

Organisation Botanique

Chromeo

Play That Funky Music

Écrit par

‘Laisses-toi aller, ce soir on va danser !’ fredonne Dave One sur « Ce Soir On Danse ». Un titre on ne peut plus approprié pour le retour de Chromeo sur les planches belges. Depuis 7 ans déjà, le duo pop-electro le plus funky de la terre déverse d’irrésistibles beats 80s conciliant aussi bien le nostalgique de l’âge d’or du Funk que le plus intransigeant des mélomanes. L’été dernier, Dave One et P-Thug retournaient la Magic Tent du festival de Dour en deux coups de synthés. Ce soir, le duo réitérait sa prouesse lors de son escale au Botanique, dans le cadre d’un ‘Business Casual Tour’ chaud bouillant.

20h15. Arrivée dans la salle. Le public est amassé en rangs serrés devant le podium. Sur les planches, un dispositif de light-show en forme de petits carrés est disposé juste derrière les synthés aux jolies gambettes, telles qu’illustrées sur la pochette de « Fancy Footwork ». L’Orangerie affiche sold-out depuis quelques jours déjà, mais ne semble pas remplie au maximum de sa capacité. Tant mieux, on va pouvoir se trémousser tranquillement.

20h25. Les lumières s’éteignent brusquement et les baffles font péter l’intro du deuxième LP des Canadiens. Un lancement si surprenant qu’il en fait sursauter pas mal de monde dans la salle. Rapidement ressaisi, le public réserve un accueil triomphal au duo qui entame son set par le groovy « I’m Not Contagious », extrait du petit dernier, « Business Casual ». Derrière sa guitare et ses lunettes, Dave One s’adresse à l’assistance majoritairement en français. P-Thug, lui, se contente de lancer quelques petits sourires ; trop affairé derrière ses machines et le talk-box qui lui permet de pousser la chansonnette avec son partenaire. « Tenderoni », « Hot Mess » et « Outta Sight » décoincent les derniers réfractaires. Bien qu’il s’agisse du ‘Business Casual Tour’, Chromeo privilégie clairement les compos du disque précédent, « Fancy Footwork ». Ce sont d’ailleurs des morceaux tels que le titre-maître, « Bonafied Lovin’ », « 100% » ou « Opening Up » qui délient les cordes vocales du public. Le son dépasse certainement le maximum légal mais les deux hommes, naturellement relax, continuent à balancer leurs tubes à vitesse VV’ sans s’en soucier. « You’re So Gangsta », une des deux uniques incursions au sein de leur œuvre initiale, permet à certains membres du public de s’autoriser quelques uns des pas de danse les plus funkys et amusants de la soirée. « Night By Night » et le kitsch ‘Supertramp-esque’ « Momma’s Boy » clôture les festivités d’avant-rappel. Quelques minutes plus tard, le duo déboule pour achever son show par l’indispensable single de 2003 « Needy Girl », ovationné autant par les fans de la première heure que les petits nouveaux.

21h35. Chromeo clôture son escale belge sur l’inutile « Grow Up », placé en fin de setlist au détriment de morceaux relativement plus puissants tels que « Rage! », « Me & My Man » ou l’énorme « You Make It Rough ». Les deux hommes se retirent. Déjà la fin. Et comme une envie d’écouter du Hall & Oates et du Mel & Kim…

Organisation : Botanique

 

65daysofstatic

Avant que n'explosent les sens.

Écrit par

Un jeudi soir dans la capitale. Dehors, sous les volutes de fumée s'élevant des clopes au bec, deux publics se mêlent à l'entrée du Botanique. Ce soir dans la Rotonde se déroule le concert de Tokyo Police Club. A quelques mètres de là, au sein de l'Orangerie, trois groupes d'outre-Manche se sont donné rendez vous.

Alors que la salle commence à se remplir, les trois petits gras de Tall Ships entament leur set nerveux en toute décontraction. Riffs en boucles, motifs en loops, sourires et bonne humeur. Le public s'accroche à la proue de ce grand navire et balance avec lui de bâbord à tribord. Sympathique en diable, entraînant et dynamique, le concert se déroule sans accroc et nous mène à bon port. Gueules d'anges débonnaires et musique efficace. Une voix plaisante et caressante, un rock carré, voire barré par instants ; et au final, une orgie scénique au cours de laquelle les membres du groupe passent à tour de rôle d'un instrument à un autre au cours d’un seul et même morceau. Jolie prouesse technique de haute précision. Manifestement très heureux d'être venu, avoir vu (ces plantes et ce décor magnifique, dixit le chanteur), et vaincu, le bateau repart vers d'autres horizons. A revoir lors du prochain accostage.

L'interlude proposé par Nedry s'avère moins convaincant. Ce mélange d'électronica sous perfusion binaire, de beats and bleeps noyés sous différents effets, aux relents dub-post-wave-machin-truc (fichues étiquettes!), me laisse profondément indifférent. Peut-être une question d'humeur? Ou de perception. La jeune Ayu Okakita, comparée ci et là à Bjork pour son timbre de voix (il y a des similitudes, mais comparaison n'est pas raison) nage au milieu de ces éléctro-Tchak-Beep-tictictic-fzzzzzzzzzzzz et mon esprit s'évade et se disperse. Zzzzzzzzzzzzzzzzz...

Qu'importe, puisque 65daysofstatic débarque pour remuer mes sensations endolories. A l’aide de leur rock instrumental mat(h)iné d'électro syncopée, le combo de Sheffield retourne bientôt l'atmosphère de la salle, toute acquise à sa cause. Un son fichtrement puissant, des basses grondant furieusement, des guitares mordantes et tranchantes, une énergie communicative et des breaks saillants comme des falaises à pics. Précision chirurgicale et assaut de front. Comme un souffle violent craché à la face des spectateurs. Les têtes ondulent en vagues frénétiques. La sueur perle sur les fronts. Ici, une jeune fille s'effondre, là, un jeune garçon se disloque sous les ondes extatiques. Quand le paysage sonore s'apaise, je retiens mon souffle. Car déjà secoue la tempête. De la terre s'élève un grondement sourd, du ciel pleuvent des paillettes d'or et d'argent. Dans un kaléidoscope infernal, tournoient les décibels. L'espace explose et se fragmente, puis l'instant d'après, se recompose et reforme un bloc inébranlable. Dans la ferveur de la nuit, les membres du groupe nous laissent pantelants, les yeux hagards. Nos esprits se sont vidés. Se sont parsemés et voltigent autour de nous. Qu'importe. Comme le précise le nom du dernier opus de ces Anglais de génie: « We were exploding anyway »...

Organisation: Botanique.

Villagers

Petit par la taille, grand par le talent…

Écrit par

Villagers est une formation irlandaise drivée par l’ex-The Immediate, Conor J. O'Brien. A ce jour, le combo est responsable d’un Ep, « Hollow kind » publié en 2009, et d’un excellent long playing, « Becoming a Jackal », paru en mai dernier. Responsable de textes ténébreux, mais pas trop, Conor est un doux rêveur, mais dont les rêves se sont rapidement transformés en réalité…

Huit heures pile. Les lumières s’éteignent. La Rotonde est pleine à craquer. Place à Moon On Earth. Un trio belge réunissant un accordéoniste, un guitariste et un bassiste. Ils jouent assis. Leur pop est intimiste. La communication entre la formation et le public est excellente, mais il faut reconnaître, qu’au fil des morceaux, le set devient de plus en plus soporifique. Après une demi-heure, le groupe se retire en remerciant l’assemblée, sous les applaudissements d’un public apparemment, conquis. 

Personne n’ose réellement quitter la salle de peur de se faire chiper sa place. Aussi, les plus malins chargent des délégués aux boissons, afin de faire le plein au bar, avant le concert de Villagers. Qui commence à 21 heures. Conor J. O’Brien monte sur l’estrade. Il est seul, armé de sa sèche. De petite taille, il a un visage de poupon. Le Dublinois entame sa tracklisting par « Twenty Seven Strangers ». Dès la fin de la chanson, quatre musiciens le rejoignent. Les morceaux de son dernier elpee, « Becoming A Jackal », s’enchaînent. Le public (majoritairement féminin) est littéralement sous le charme. Il faut dire que les Irlandais ne font pas les choses à moitié. O’Brien montre toute l’étendue de son talent et il y met du cœur. Plus intenses que sur l’album, les morceaux tels « Becoming A Jackal » ou « That Day » vous flanquent la chair de poule. Le groupe nous gratifie même de quelques titres inédits. Jamais en reste de remerciements, le songwriter exerce un certain pouvoir de fascination auprès de son audience. Après 50 minutes le groupe se retire.

O’Brien réapparaît seul et nous réserve une autre nouveauté. Et un dernier morceau, « Ship Of Promises », clôt d’une manière magistrale, cette magnifique prestation.

Petit par la taille mais grand par le talent, O’Brien est parvenu à donner une autre dimension à son premier opus, qui est, sans conteste, l’un des meilleurs de cette cuvée 2010.

(Organisation Botanique)

The Residents

De l’autre côté du miroir

Écrit par

Mardi 16 novembre 2011. Un brouillard à couper au couteau baigne l’ensemble du Hainaut Occidental. Pourtant, j’ai vraiment envie d’assister au show que les Residents accorderont ce soir, à Courtrai. Par prudence, je décide donc de recourir aux transports en commun. En l’occurrence, le chemin de fer. Sur le site de l’organisateur, le début du spectacle est prévu pour 20h00. En démarrant à 18h40, j’y serai en temps et en heure. Je débarque donc à la gare de la Cité des Eperons d’or vers 19h20. La salle est située à 3 minutes de la station. Mais bon, pour le retour, il faudra reprendre le train de 22h25. De Kreun dispose depuis deux bonnes années d’une toute nouvelle salle. Pas encore mis les pieds depuis. Autrefois, le club était établi dans la banlieue ; à Bissegem, très exactement. Où votre serviteur a pu assister à quelques concerts mémorables, dont ceux de Kevin Ayers, Kevin Coyne, les Godfathers, Ed Kuepper, Green On Red et la liste est loin d’être exhaustive. En arrivant sur place, un écriteau collé sur la porte nous précise que les lieux ne seront accessibles qu’à partir de 20h00 et que le concert débutera à 20h30. Ne reste plus qu’à prendre un verre au bar, à côté. En se doutant bien devoir manquer la fin du spectacle.

Venons-en un peu à nos Residents. Une formation avant-gardiste, expérimentale, thématique, unique en son genre, ouverte à toutes les formes d’art, mais aussi à la technologie moderne, qui s’est établie en Californie au cours de la seconde moitié des sixties. Peu de monde connaît leurs visages. Ni leur véritable identité, d’ailleurs. Depuis le début des eighties, ils se produisent sur scène, en smokings, haut-de-forme et masques représentant des globes oculaires. Mais d’après les derniers échos glanés sur Internet, leur nouveau spectacle serait totalement différent. A l’instar de Tuxedomoon, Chrome et MX-80 Sound, les Residents ont relevé d’une même scène, sur la côte Est des Etats-Unis, qui a été qualifiée de radicale. Intellectuelle surtout. Mais surtout très intéressante et particulièrement influente. Ce mouvement avait d’ailleurs fait l’objet d’une compile, à cette époque, intitulée « Subteranean modern ». Un recueil paru chez Ralph Records, le label fondé par les Residents. Ben tiens ! Leur line a très longtemps fonctionné sous la forme d’un quartet. Il est aujourd’hui réduit à un trio, Carlos ayant décidé de quitter le navire pour aller soigner sa maman, malade, à Mexico.

Finalement, le concert ne débute que vers 20h45. Trois quarts d’heure au cours desquels, on devra patienter à l’écoute de musique semi ambient/semi industrielle. Quarante-cinq minutes, c’est long ; même si on en profite pour jeter un œil sur la structure particulièrement contemporaine et bien équipée de la salle. Un seul bémol : les WC. Il n’est indiqué nulle part s’ils sont réservés au sexe masculin ou féminin. Dans ces conditions, vous vous doutez bien que plus d’un spectateur ou d’une spectatrice se trompe d’accès. Et ben oui, c’était pas la bonne porte…

Sur l’estrade, on remarque la présence d’un sofa, d’un faux poêle au gaz (NDR : reproduisant même les flammes du foyer), sur lequel est posé une petite TV, un lampadaire et une radio des années cinquante. Une petite table sur laquelle sont posés un petit clavier, un pupitre et un ordinateur-portable a été plantée à gauche de l’estrade. On dénombre deux chaises en bois. L’une réservée à Chuck et l’autre à Bob, respectivement claviériste et l’autre au gratteur. Ce second siège est placé à droite du podium. Enfin, trois écrans circulaires ont été installés méthodiquement, légèrement en retrait. Les musiciens montent sur les planches. Hormis la redingote rouge, les deux instrumentistes sont vêtus de noir : costume, bas recouvrant la tête et fausse perruque ‘rasta’. Ils arborent de drôles de lunettes. Futuristes. Un peu comme s’ils sortaient d’un tournage de ‘La guerre des étoiles’. Randy, le vocaliste, a le visage dissimulé sous un masque de vieillard. Il a revêtu un peignoir, qu’il laisse ouvert pour laisser apparaître une cravate rouge à pois blancs d’au moins un mètre de longueur ; et puis un caleçon américain, qu’il a enfilé sur des bas collants. Il est chaussé de godasses de clown. Et me fait penser au Dr Emmett Brown dans la série ‘Retour vers le futur’. Il commence à se lancer dans un monologue, au cours duquel il nous explique le concept de son nouveau show : « The talking light ». Et tout d’abord cette histoire d’un vieil homme un peu dérangé de l’esprit, qui se pose des tas de questions existentielles. Tiens, une situation qui me fait penser à la mère de Carlos… Puis, il s’assied. Avant de revenir vers le micro. Il se demande si ce qu’il a vécu au cours de son adolescence était bien réel. Entre récits, incantations, lamentations et cris de détresse effroyables, il se met parfois à balancer les bras de gauche à droite, en dansant ; mais à sa manière. Surtout lorsque la musique se fait plus funkysante. Il nous communique ce sentiment de solitude et de désespoir lié au processus de la vieillesse. Parfois, il sort un harmonica pour y souffler dedans, mais en diffusant des sonorités particulièrement spectrales. A vous flanquer des frissons partout. Il s’éclaire aussi circonstanciellement le visage, pour accentuer l’aspect effrayant de son masque. Les deux acolytes triturent des sonorités atmosphériques, mais parfaitement adéquates au spectacle. On a aussi droit à quelques chœurs angéliques, lors d’un morceau caractérisé par un solo dégoulinant de six cordes. Ce sera d’ailleurs le seul. Randy utilise régulièrement un projecteur portable pour le fixer successivement sur les trois écrans. Un bonhomme Michelin amaigri nous parle. Comme s’il nous causait de l’au-delà. Il cède, un peu plus tard, sa place à une femme aux yeux énormes, dont la bouche devient démesurée au fil de ses interventions. En fait, on est dans le second sujet. Le miroir. Qui reflète sa propre image. C’est-à-dire celle qui vit dans l’autre monde. Après la mort ? Ce sont en tout cas des sentiments soulevés ici ; et qui peuvent susciter la peur. Pas pour les Residents, pourtant. Qui cherchent simplement à chercher le chemin qui mène du réalisme et surréalisme. Peut-être une référence à Cocteau… Randy nous parle bien sûr des rêves, pastichant même le célèbre « All I want to do is dream », popularisé par les Everly Brothers. Et du rêve au cauchemar, il n’y a qu’un pas que les Residents n’hésitent pas à franchir…

Il est 22h15, il est temps de quitter les lieux. Mais ce soir, je suis un peu interloqué. Faudra une bonne nuit pour remettre ses idées en place. Heureusement, dehors, le brouillard s’est levé.

(Organisation De Kreun)

Carolina Chocolate Drops

Something Good Can Work

Écrit par

L’Ancienne Belgique a réservé une belle surprise aux curieux qui avaient acquis un ticket, pour assister à l’un des concerts de sa programmation, en cette soirée du 11 novembre. Et pour cause, Ryan Bingham et ses Dead Horses, prévus sur les planches de l’ABClub, se sont vus accorder un léger ‘upgrade’, lorsque la salle bruxelloise a pris la décision de les associer au surprenant trio Carolina Chocolate Drops, sur la scène de l’ABBox. Une soirée très Americana en perspective.

Premier band de la soirée, première découverte. Ryan Bingham qui vient de publier « Junkie Star », son troisième condensé d’Americana et de Country en compagnie de ses musiciens, The Dead Horses. Lauréat d’un Oscar pour sa chanson « The Weary Kind », extraite de l’excellent film « Crazy Heart », mettant en scène un majestueux Jeff Bridges dans le rôle d’un chanteur country désabusé, Ryan Bingham distille un Americana clairement influencé par des grands du genre tels que Bob Dylan, Steve Earle et Bruce Springsteen. Un style que les fans de Ryan Adams & The Cardinals ne peuvent qu’apprécier.

Mais la grosse surprise de la soirée nous viendra du string-band Carolina Chocolate Drops, que les visiteurs de Ryan Bingham n’auraient pas eu la chance de découvrir sur scène si l’AB n’avait pas eu l’excellente idée de concentrer les deux formations sur la même scène. Originaire de Caroline du Nord, le trio est responsable de « Genuine Negro Jig », un disque qui défie le temps et l’espace. En un peu plus d’une heure, l’ABBox, projetée en plein milieu des années 30, s’est transformée en petite maisonnette bucolique de Caroline du Nord. Sur le porche, Rhiannon Giddens, Dom Flemons et Justin Robinson sont agréablement communicatifs. Non seulement ils parviennent à faire danser leurs convives à coups de banjos, de violons, de jug (NDR : une espèce de vielle carafe), d’os (!), d’harmonicas ou de kazoo, mais aussi à les inciter à pousser la chansonnette avec eux. Le public est enthousiaste et l’ambiance bon enfant. Les trois musiciens sont particulièrement impressionnants. Blues, Roots, Americana, Ragtime, hymnes traditionnels du Sud : tout y passe ; et le trio prouve qu’il n’est pas seulement doué que pour la musique. Ainsi, à deux reprises, Rhiannon Giddens va effectuer une petite démonstration de ‘Flat-Footing’, une danse traditionnelle, chaleureusement applaudie. Carolina Chocolate Drops clôture son set enfiévré par une version personnelle et inattendue du tube R’n’B « Hit ‘Em Up Style » de l’oubliée Blu Cantrell. Un seul conseil : Carolina Chocolate Drops est à placer très haut dans votre liste des formations à découvrir en live de toute urgence.

(Organisation : Ancienne Belgique)  

 

Tindersticks

A rainy tuesday night

Que ne ferions-nous pas pour assister à un concert de Tindersticks ? Surtout en cette soirée pluvieuse du mois novembre. Il est 19 heures quand nous quittons Bruxelles et l’autoroute qui nous conduit jusque Lille semble bien longue. Les bouchons, travaux et autres nids de poule ont de quoi freiner notre enthousiasme, au propre comme au figuré. Arrivé sur les lieux, reste à dénicher un endroit pour garer sa voiture, au sein de ce quartier lillois qui ne rassure toujours pas. Le hall d’entrée du Splendid et son pseudo bar m’ont toujours fait penser aux infrastructures des pays de l’Est. Un vestiaire ? Même en plein hiver, il faut l’oublier. A contrario du Vooruit de Gand, où se produisait Tindersticks deux jours plus tôt, le bâtiment du Splendid, lui, n’a pas été rénové. Mais ne boudons pas notre plaisir. Le cadre étroit de cet ancien cinéma de quartier a également son charme. Et puis il est plus intimiste. Davantage qu’au Cirque Royal, par exemple. 700 personnes s’y sont donné rendez-vous ce soir. Mais difficile de comprendre pourquoi certains concerts organisés dans le Nord de la France (comme celui de Johnny Clegg, accordé quelques semaines auparavant à Roubaix) n’attirent pas davantage de monde, dans de telles salles…

Petit détail qui a son importance, au pays des ‘Ch’tis’, l’horaire est rarement précisé. Tout comme la mention d’un éventuel supporting act. Une indication quand même : 20 heures ! Quand à savoir s’il s’agit de l’ouverture des portes ou du début réel du concert ? Mystère et boule de gomme. Mais le public local n’en a cure et la majorité des spectateurs débarque, comme nous, vers 20h45. De quoi juste assister à la fin de la première partie, assurée par The 2. Un duo, vous vous en doutez. Partagé entre un chanteur/guitariste parisien et une Lilloise préposée aux rythmiques et backing vocals. Minimaliste, leur style –pour ce dont nous avons pu entendre– s’inscrit dans la lignée de Cocoon voire de Milow. Applaudissements polis de l’audience. A l’arrière de la scène, l’impressionnant matos prévu pour les 7 musiciens des Tindersticks est déjà en place.

Les derniers préparatifs sont donc rapides et sur le coup de 21h15, les gars de Nottingham entrent en scène. Caractérisée par sa longue intro musicale, « Falling down a mountain » est une compo idéale pour entrer dans le vif du sujet. Pour la petite histoire, notez que Stuart a écrit ce titre, instinctivement, le lendemain d’un mauvais rêve. Et c’est au sein du dernier album que les spectateurs sont plongés. Le deuxième titre respecte l’ordre chronologique de l’elpee : « Keep you beautiful ». Du même opus, « She rode me » et « Black Smoke » se révèlent bien plus rythmés et allègres.

Aux cotés de Stuart Staples, David Boulter et Neil Fraser, les nouveaux sont bien intégrés. A l’instar du drummer black Earl Harvin, par exemple. Pour la petite histoire, sachez qu’il s’était présenté spontanément au groupe, afin de proposer ses services, en précisant qu’il n’avait pas besoin de temps d’adaptation, puisque grand fan du groupe, il connaissait déjà toutes les partitions des morceaux, à la batterie. Parmi les moments forts du set, on épinglera surtout « Can we start again ? » et « Tyed », deux compos vivifiantes qui empêchent qu’il ne glisse vers un climat trop mélancolique.

Après deux rappels généreux, Stuart –et c’est une de ses trop rares interventions concédées au cours du show– remercie le public d’un ‘thank you for coming a rainy tuesday night’. Suivant l’adage, petite pluie abat grand vent. Et les très dandys Tindersticks sont parvenus à nous préserver des intempéries, au cœur de leur microclimat…  

Organisation Vérone Prod.

(Voir aussi notre section photos)