Claud et la musique

Claud sortira son troisième opus studio, « Me and the Music », ce 23 octobre 2026. Ce long playing succède à Supermodels paru en 2023. Pour accompagner cette annonce, il a partagé le single « She Doesn't Love Me », sous forme de clip (et il est disponible…

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The Cure
Chroniques

Hubert-Félix Thiéfaine

Suppléments de mensonge

Écrit par

Hubert-Félix Thiéfaine, figure emblématique d’un rock engagé et marginal, vient de sortir un dernier disque aux formes plus rondes, aux inflexions plus romantiques que celles qu’on lui connaissait. A quelques exceptions près, les mélodies sont plus douces que d’aventure, et s’organisent autour d’une structure traditionnelle. Mais si le cadre est classique, le contenu dépote comme aux premiers pas de cet inclassable musicien. Ecrits en rimes et en alexandrins, les textes évoluent au sein d’une atmosphère baudelairienne. Ils abordent des thèmes comme ceux de l’amour, du voyage, de l’exotisme, des douceurs féminines, de la nostalgie et de l’enfance et recèlent de nombreuses références littéraires. La plume de Thiefaine griffe et arrache plus qu’elle ne caresse.

Les trois premiers morceaux inaugurent l’album en beauté. "La Ruelle Des Morts", ressuscite les mythes de l’enfance, les souvenirs des soirées magiques de juillet, framboises, kéfir et récits d’aventure. Ces images sont celles de Thiéfaine enfant. La ruelle des morts est le nom d’une artère de Dole, petite ville jurassienne dont l’artiste et votre serviteur sont originaires. Les allusions à Barberousse se réfèrent peut-être à la place qui porte cette appellation, et à la mystérieuse statue du cyclope qui s’y tient. "Fièvre Résurrectionnelle" est une chanson d'amour itinérante, quête irréelle d'un absolu impossible, d'amour et de liberté. Chanson langoureuse, "Trois Poèmes Pour Annabel Lee" nous renvoie à un poème d'Edgar Poe écrit à la mort d'une femme, amour d'enfance doublement défunt.

Malgré une tendance à l'adoucissement, quelques titres plus rock font cingler les guitares. Egalement plus sombres, "Garbo XW Machine " et "Lobotomie Sporting Club " révèlent une urgence angoissée, sur une rythmique endiablée.

Quelques chansons sont moins intéressantes, à l’instar des "Ombres du soir" aux inflexions débonnaires et de "Compartiment C Voiture 293 (Edward Hopper1938)" rêverie d’un romantisme un peu usé, inspiré d’un tableau représentant une femme qui lit dans un train.

Le cinquième morceau, "Petit Matin 4.10 Heure d'Eté" semble être le symbole de tout le disque. Sur une instrumentation sobre, mêlant guitare, harmonica et d'autres cordes plus légères, HFT nous confie : ‘Je n’ai plus rien à exposer dans la galerie des sentiments. Je laisse ma place aux nouveaux-nés sur le marché des morts-vivants’ ou encore ‘Je rêve tellement d'avoir été que je vais finir par tomber’. Nostalgique envers un temps perdu et désabusé face au monde à venir, Thiéfaine a choisi de brûler la chandelle par les deux bouts, de vivre dans un présent incandescent, d’en épuiser l’ivresse. Avec une sincérité impudique, cet esprit libre se livre dans ce disque, qui sera suivi de sa dernière tournée, baptisée Homo Plebis Ultimae Tour.

 

En espérant que les médias généralistes se rendent enfin compte de son existence, donnant en même temps tort à cet artiste qui a dit que ‘la meilleure façon de devenir célèbre, c'est d'être mort.

 

Symfonia

In Paradisum

Écrit par

Vu le patronyme, on se doute que ce nouveau supergroupe n’évolue pas dans le grind core ou le death metal. Symfonia est né de la rencontre entre deux fameux gaillards issus du speed mélodique : Timo Tolkki, ex-gratteur de Stratovarius, et le chanteur André Matos, la voix d’Angra. Les compères se sont entourés d’Uli Kusch, jadis batteur d’Helloween et du bassiste Jari Kainulainen, ex-Evergrey et Stratovarius lui aussi. L’influence de Strato est d’ailleurs très marquée tout au long de cet elpee trop long, beaucoup trop long. La cible de Symfonia est bel et bien le power/true Metal, un style qui s’avère très vite fatigant et répétitif.

Bien sûr la voix de Matos reste reconnaissable entre mille, et les descentes de manche de Tolkki continuent à nous scotcher au mur ; mais tous les titres se ressemblent, conférant à cette rondelle une allure de gros bloc hermétique. Seul le titre maître se révèle un peu plus aventureux. Une pièce de dix minutes au refrain entêtant, bardée de chœurs chantés en latin, parcourue de nombreux breaks et traversée de belles parties de claviers.

Hormis cette exception qui confirme la règle, on ne peut pas dire que Symfonia soit parvenu à réinventer la roue. Malgré son line up d’exception, le résultat est particulièrement décevant. Il nous renvoie même aux œuvres d’Angra, Stratovarius et Helloween. Triste.

Surf City

Kudos

Écrit par

On ne peut pas dire que, jusqu’ici, la Nouvelle Zélande soit un des plus grands importateurs musicaux (NDLR : une situation qui perdure, puisque déjà au cours des 90’s, il fallait presque retourner ciel et terre pour se procurer les joyaux du label Flying Nun). Mais l’île située en plein l’Océan Pacifique ne compte pas en rester aux Crowded House, Flight Of The Conchords et autres Datsuns. Outre des formations ayant déjà commencé à creuser leur nid en Europe, telles que The Brunettes, The Ruby Suns, The Phoenix Foundation et, évidemment, The Naked & Famous, la Nouvelle-Zélande compte également quelques espoirs au potentiel solide. C’est le cas de Surf City, un quatuor de Noise Pop clairement influencé par Pavement, Pixies, My Bloody Valentine et autres Jesus & Mary Chain. Il a d’ailleurs choisi pour patronyme le titre d’un morceau de la bande aux frères Reid.

Surf City s’inscrit dans la mouvance de la pop ‘toutes guitares en avant’, à la Best Coast, Wavves, Surfer Blood, Ducktails, Girls et consorts. « Kudos » n’a, en soi, rien d’extraordinaire mais parvient à focaliser l’attention grâce à ses mélodies simples, souvent vaporeuses (les excellents « Yakuza Park » et « Icy Lakes ») et un son bien vintage, évidemment. Par contre, les vocalises passent au second plan, tant Surf City se préoccupe principalement de ses riffs, quitte à en noyer les micros. Ce qui, ici, n’est pas forcément une faiblesse. Reste à voir (NDR : et entendre) de quelle manière les quatre gaillards vont retranscrire leur son sur scène. A surveiller.

Raphael Saadiq

Stone Rollin’

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Ex Tony! Toni! Toné! et Lucy Pearl, Charlie Ray Wiggins, alias Raphael Saadiq, revient en forme pour son cinquième LP. Du moins à premier abord. Après avoir exploré la Soul des sixties sur son déjà classique « The Way I See It », en 2008, le chanteur à lunettes s’attaque de nouveau à la Soul vintage, en y ajoutant une pincée de rockabilly, de funk et de groove.

« Stone Rollin’ » s’ouvre par un « Heart Attack » au riff funky irrésistible ; mais c’est essentiellement l’excellent single « Radio » qui retient l’attention. Un morceau qui donne envie de ressortir le vieux papier peint fleuri, les fringues de papa et maman –circa seventies–afin de dessiner des pas de danse dont James Brown serait fier.

Malheureusement, l’euphorie est de brève durée et opère quelques petites courbes mal venues. Lorsque les morceaux se distinguent, ils sont particulièrement bons. C’est le cas de « Radio », « Stone Rollin’ », « Moving Down The Line », « Day Dreams » et « Good Man ». Mais dans le souci de ne pas effrayer les fans de « The Way I Like It », Saadiq exécute, sur l’autre moitié du disque, un bis-repetita à coups de morceaux mous du genou. A l’instar de « Go To Hell », le très N.E.R.D. « Over You », les barbants « Just Don’t » et « The Answer ». Reste que l’on sent Saadiq ultra investi dans son travail, même au sein des morceaux les plus pourris de l’opus. Si bien que la production de « Stone Rollin’ » est tout simplement parfaite. Ne manque plus que le craquement du vinyle et on s’y croirait.

Live : Gent Jazz Festival (16/07)

 

Pat Jordache

Future Songs

Écrit par

Alias Pat Jordache, Pat Grégoire est un artiste qui monte au pays des Caribous. Et ma foi, cette reconnaissance est amplement méritée. Son patronyme ? Il l’a emprunté à une ancienne marque de jeans. Les Inrocks n’ont pas hésité à écrire que son premier opus était encore meilleur que le premier de TV On The Radio. Comparaison excessive ? Peut-être. Mais une chose est certaine, ce « Futur Songs » est un très bon album.

Natif de Montréal, Pat Gregoire n’en est pas pour autant à son premier projet musical. Avant de se lancer en solo, il a milité successivement chez Sister Suivi, puis Islands. Il a également apporté son concours à de multiples artistes ; et en particulier à tUnE-yArDs. Pour concocter ce premier opus, il a tout réalisé de A à Z, depuis la composition à l’enregistrement… et sur cassette ! C’est le label Constellation qui s’est chargé de remasteriser le tout afin de rendre le produit un peu plus propre.

La musique de Pat Jordache évoque inévitablement celle de TV on the Radio ; surtout dans le domaine des vocaux. Mais en plus lo-fi, moins lisse. Une pop minimaliste et hypnotique. Intelligente et haute en couleurs, aussi. Mais sa performance, c’est surtout d’être parvenu à construire un univers sonore personnel, original, difficile à décrire et aux références bien trop incertaines pour être citées. Une sorte d’OVNI dans le monde musical. Et si vous souhaitez vous forger un avis personnel, il ne vous reste plus qu’une solution, écouter son album. Vous ne le regretterez pas…

 

Tracy Nelson

Victim of the blues

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Miss Nelson est intemporelle. Elle foule les planches depuis près d'un demi-siècle. Elle s’était déjà illustrée à travers cette génération porteuse de la contre-culture, fin des sixties, à la tête de Mother Earth. Femme assez corpulente, sa voix est remarquable de puissance. En outre, elle chante aussi bien le blues que la country. « Victim of the blues » constitue son 26ème album ; excusez du peu!

Tracy a eu l'opportunité de signer chez Delta Groove, le label le plus actif dans l’univers du blues. Elle a ainsi voulu saisir cette chance en concoctant un opus rendant hommage aux légendaires maîtres de Chicago. Ceux qui lui communiqué le virus du blues.

Les sessions d’enregistrement se sont déroulées dans le Tennessee, essentiellement au Sound Emporium de Nashville. Pour la circonstance, elle a reçu la collaboration d’une solide équipe de musiciens. Des musiciens qui l’aident à affronter un illustre répertoire.

Lorsqu’on évoque Chicago, on pense tout de suite à Willie Dixon ? N’était-il pas le plus grand compositeur de l’histoire du blues? Tracy démarre l’elpee par "You'll be mine", une compo popularisée à une certaine époque par le mythique Howlin' Wolf. Le tempo est très enlevé. Elle est soutenue par le piano sautillant de Jimmy Pugh. Très habiles, Byron House (bassiste de Robert Pant) et John Gardner constituent la section rythmique. Légère et déconcertante, elle soutient parfaitement les autres musiciens, pendant que Mike Henderson (le leader des Bluebloods) signe son premier envol sur les cordes. "Lead a horse to water" opère un changement de style radical. Les vocaux sont riches, presque gospel. Et pourtant, on est en présence d’une compo country au cours de laquelle Henderson tire son épingle du jeu à la slide, et dont il extrait des sonorités primaires. Le "Shout my baby" de Jimmy Reed est un véritable régal. Tracy revisite parfaitement cette plage imprimée sur ce rythme si caractéristique. Elle est secondée magistralement par son amie louisianaise, Marcia Ball, au piano et au chant. "I know it's a sin" est un autre titre signé Reed ? Un morceau lent qu'elle maîtrise impeccablement tout en privilégiant à nouveau les choeurs, saupoudrés de cette petite touche de gospel. L’émotion et le panache à l’état pur ! "Victim of the blues" est une composition issue de la plume de Ma Rainey. Ce mythe féminin est également une influence majeure pour Tracy. Conduite par le piano acoustique et le banjo d’Henderson, son adaptation est respectueuse de la version originale. Sa cover du "Howlin' for my baby" de Howlin' Wolf est un autre sommet de l’elpee. Pour la circonstance, elle est épaulée au chant par la Texane Angela Strehli. Blues lent, "One more mile" est une composition de Muddy Waters. Otis Spann, brillant pianiste, en avait réservé sa version sur son premier album, "The blues never die". La nouvelle tient également bien la route. Stimulée par le piano de Jimmy Pugh (ancien musicien de Robert Cray et John Lee Hooker), la voix de Nelson es révèle très expressive. Le "Stranger in my own home town" de Percy Mayfield frappe en plein cœur. La rythmique et l'orgue Hammond de Pugh créent un climat énigmatique, au sein duquel Tracy étale son immense talent. Une perle ! R&B lent, "The love you save" a été écrit par Joe Tex, un chanteur, auteur et compositeur de musique soul. Cette merveilleuse adaptation nous transporte en pleine époque Stax. Le "Feel so bad" de Lightnin' Hopkins est très réussi. Henderson se montre généreux aux cordes face aux percussions syncopées de John Gardner. L’opus s’achève par "Without love", une chanson empreinte d’émotion que son amie Irma Thomas avait traduite en succès. Excellent!

Nazareth

Big Dogz

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Groupe scottish légendaire, Nazareth fêtera très bientôt ses quarante ans de carrière. Et mine de rien, 60 millions d’albums se sont écoulés à travers le monde, depuis la naissance du combo. On se souvient du très métal « No Mean City » et du classique absolu que constitue « Hair of the Dog ». Pour donner suite à l’élégant « The Newz », ces pionniers du hard rock ont bossé dans un studio de Prague, afin de mettre en boîte 11 nouveaux titres ; de quoi se fendre d’un « Big Dogz » entre rock teigneux et blues déglingué. Dan McCafferty et sa voix passée au papier de verre, demeure la marque de fabrique du groupe qui recense encore deux de ses membres originaux, Dan et le bassiste Pete Agnew, aujourd’hui soutenus par le guitariste Jimmy Murrison, de vingt ans leur cadet, et du cogneur Lee Agnew, fils de Pete. Le Nazareth cru 2010, c’est donc bien une histoire de famille.

Les riffs secs de « Big Dog’s Gonna Howl », plage d’ouverture, communiquent des reflets presque malsains. Parfois construits sur des structures acoustiques, les titres qui suivent confèrent à l’album une bonne dose d’originalité. Et lorsque le combo s’aventure dans un univers sonore mélodique au-dessus de la moyenne, il se signale alors par un très émouvant « Radio » ou encore un « Butterfly » classieux. Bien sûr, les Ecossais ont forgé l’essentiel de leur carrière dans les seventies ; mais cette nouvelle livraison suinte la sincérité et le bonheur de jouer du rock n’ roll tout simplement.

 

The Mountain Goats

All Eternals Deck

Écrit par

Il est loin le temps où le natif de Durham (Caroline du Nord) publiait ses disques dans la plus grande confidentialité. Après avoir commis une demi-dizaine d’opus sur le label 4AD, The Mountain Goats a opté pour Merge, afin de graver ce qui doit être son vingtième essai. J’avoue ne pas être certain du nombre exact d’œuvres (albums, eps, singles et cassettes) enregistrées par John Darnielle, tant il est prolifique.

The Mountain Goats n’a manifestement pas changé son fusil d’épaule pour concocter cet « All Eternals Deck ». La voix de John est nasillarde. Ses textes sont toujours aussi bien torchés. Cependant, pour ce nouvel elpee, il ne s’est pas servi de la Bible comme référence. Mais plutôt du cinéma en usant de force métaphores. Trempées dans la folk minimaliste, les 13 compos de ce long playing sont simples et belles à la fois. Outre le chant, la guitare sèche domine le sujet. Quelques accès de basse arrondissent parfois les angles, à l’instar de « Beautiful Gas Mask ». Des violons s’invitent sur « The Autopsy Garland » alors que des chœurs épaulent Darnielle sur « High Hawk Season ». Et lorsque le tempo s’élève, c’est pour insuffler une énergie légèrement punk à la solution sonore ; comme sur « Estate Sale Sign » et « Sourdoire Scorpion Squadron ». Mais en règle générale, il règne une certaine quiétude tout au long de ce disque, ma foi, fort agréable à écouter…

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