Il n’existe pas de ligne droite pour The Beths…

The Beths, un groupe néo-zélandais composé de la chanteuse Elizabeth Stokes, du guitariste Jonathan Pearce, du bassiste Benjamin Sinclair et du batteur Tristan Deck, annonce la sortie de son nouvel elpee "Straight Line Was A Lie", le 29 août 2025. En avril,…

logo_musiczine

Teethe : de la douleur au soulagement…

Le groupe texan de slowcore Teethe sortira son nouvel elpee, « Magic Of The Sale », ce 8 août. Sur cet album, il dévoile son monde triste et beau, où les quatre auteurs, chanteurs et artistes distincts de la formation posent une série de questions…

Denver ou DNVR ?

DNVR est l'étoile montante de la scène soul française, fusionnant les grooves sensuels…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Search results (26651 Items)

Un nouveau clip pour Prince !

Écrit par

Le nouveau clip de Prince s’intitule « Rock’n’Roll Love Affair ». Et c’est ici

 

 

 

Autumn Falls 2012 : jeudi 29 novembre

Écrit par

Quatre longues années que le crooner suédois, Jens Lekman, n’était plus passé par le Botanique. En septembre dernier, il a publié un nouvel opus intitulé « I Know What Love Isn't ». Il fait suite à un Ep, baptisé « An Argument With Myself », paru en septembre de l’année dernière. Et c’est dans le cadre du festival ‘Autumn falls’ qu’il se produisait, ce jeudi 29 novembre, à l’Orangerie.  

La première partie a été assurée par Raven & Chimes. Hormis le fait que le leader du groupe new-yorkais, Asher Lack, soit le fils de l’acteur et peintre canadien Stephen Lack, on ne s’attardera pas trop sur leur set, tout bonnement anecdotique.  

La frêle silhouette de Jens Lekman se profile sur l’estrade. Il est accompagné d’un batteur, d’un pianiste, d’une violoniste et d’une bassiste. Le Scandinave annonce d’emblée qu’il est malade et que son concert sera de brève durée. De toute évidence, il a le teint pâle, à la limite cadavérique. Ce n’est donc pas un mensonge.

Il entame sa prestation par quelques titres issus de son nouvel elpee. L’instrumentation y est plus sobre que sur le précédent long playing. Et, difficile de nier l’évidence, il a la crève. Malgré son état de santé, son timbre fragile est toujours aussi irrésistible. Sa voix me fait d’ailleurs parfois penser à Jonathan Richman. Ce véritable crooner a, en outre, le don de marcher constamment sur un fil ténu séparant humour décalé et extrême mélancolie. Et il parvient constamment à conserver l’équilibre. Ce grand romantique nous raconte des histoires qui vont droit au cœur. Son backing group tient parfaitement la route. Le lutin de Göteborg nous réserve ses nombreux hits, dont les inévitables « Black Cab », « Maple Leaves » et « The Opposite of Allelujah ». L’auditoire est clairsemé, mais apprécie le set dont les cordes, les mélodies contagieuses et les nombreux samples peuvent évoquer Belle and Sebastian. Quoiqu’affaibli, Jens parle énormément à son public. Après avoir fait le tour de son répertoire, il quitte la scène en promettant de revenir bientôt, pour un spectacle de plus longue durée. Il a cependant le courage de revenir pour un rappel. Il y interprète alors le grandiose et très drôle « A Postcard to Nina ». Pour un type souffrant, il s’est quand même bien tiré d’affaire. Faut croire que lorsqu’il pète la forme, il fait un véritable tabac…

Jens Lekman + Raven & Chimes

(Organisation Toutpartout)

 

Autum Falls 2012 : jeudi 29 novembre

Écrit par

Les saisons se suivent et se ressemblent. Ainsi, l’Autumn Falls en est déjà à sa troisième édition.

Programmation éclectique et qualitative aux quatre coins de Bruxelles avec en toile de fond, une réelle collaboration entre les salles de la capitale.

De l’AB au Botanique, en passant par l’Atelier 210 et le VK, cette tournée des grands ducs opère un détour via le Magasin 4, un crochet par la Maison des Musiques et se réserve le pousse-café chez Madame Moustache, le tout entre le 26 novembre et le 2 décembre. Et s’apprécie tout autant pour son imposante affiche que pour son esprit d’indépendance.

Lancé par Toutpartout, agence de Booking et organisatrice de concerts dans le Benelux, ce festival doté du don d’ubiquité se révèle une des valeurs sûres parmi les événements de fin d’année.

Tandis que Luis Vasquez et ses deux acolytes traversent l’opaque écran de fumigènes et s’installent sur scène, le bruit continue de courir… Il se propage, telle la poudre, jusqu’au cœur de l’auditoire…

Nombreux sont ceux qui attendent impatiemment The Lumerians. D’ailleurs, beaucoup d’entre eux attendent toujours le combo, à l’heure où vous lisez ces lignes.

D’autres plus courageux se sont déplacés dès le lendemain à Charleroi. Mais de concert bruxellois, il n’y aura pas.

Le groupe étant arrivé sur le coup de vingt heures trente comme sur celui de la déception.

Trop tard pour s’installer, sentiment que la frustration ne manque pas de faire, aussi bien dans les rangs du band, de l’organisation, que du public.

La faute à un incendie dans le tunnel joignant l’Ile Britannique à notre Vieux Continent.

Soupir las, que quelques sanglots longs volés à Verlaine ne pourraient adoucir, mais n’y voyez aucune facétie, tout au plus une espièglerie de notre amie la lune dont le disque phosphorescent baigne ce soir la nuit, comme un clin d’œil à l’affiche de ce soir.

Flash sur la scène, où The Soft Moon entend avec bravoure cisailler l’air de ses bruissements d’ailes aux relents très, très dark.

Le show est homogène, dense, monolithique et à vrai dire… chiant.

Les morceaux se succèdent, se déchaînent, la voix s’étrangle dans ces petits cris répercutés en échos lointains, gimmicks finalement lassants qui sont une des marques de fabrique du sieur Vasquez.

Le spectacle ( ?!?!?) va durer quarante cinq minutes tribales. Rappel compris.

Quarante-cinq minutes certes intenses, forgées dans le feu glacial et circulaire de ce revival eighties qui fait fureur de nos jours.

Une prestation qui ne souffre aucune critique et qui pourtant me laisse de marbre.

Peut-être la faute à cette guitare trop discrète ou tout simplement à la conjoncture des planètes ?

Quoi qu’il en soit, alors que « Want » tire un dernier trait de lumière crépusculaire derrière un voile de brumes abrasives, je m’enveloppe sous ma cape pour me préserver de ce mortel ennui.

The Soft Moon

(Organisation Toutpartout)

 

Here We Go Magic

A Different Ship (b)

Écrit par

« Pigeons » constitue le second opus d’Here We Go Magic, le projet de Luke Temple. Perso, son premier elpee –malgré ses incontestables qualités– était quelque peu surestimé. Pourquoi ? Une carence en mélodies contagieuses.  

Pour enregistrer « A Different Ship », la formation new-yorkaise a reçu le concours Nigel Godrich, le mythique gourou de Radiohead. Un disque découpé en 10 plages. Teinté d’électro, son folk  baigne au sein d’une atmosphère aquatique, vaporeuse (« I Believe in Action »). Les échos réverbèrent des accents empruntés à Connan Mockasin, tandis que la voix de Luke Temple rappelle tantôt Sharko ou même Sting (« A Different Ship »). Le groove est irrésistible. Les polyrythmies sont étranges. Et le résultat confère à l’ensemble une dimension unique, pop, visionnaire (« Hard to be Close », « How Do I Know) et probablement magique…

 

White Cowbell Oklahoma

Buenas Nachas

Écrit par

Ce combo ne vient pas de l'Oklahoma, mais bien de l'Ontario, du côté de Toronto, au Canada. Elle compte une bonne dizaine d'années d’existence. Un sextuor surtout notoire pour ses prestations ‘live’. L’aspect visuel y est particulièrement soigné. Il est même digne de Kiss, The Tubes voire d’Alice Cooper. Excusez du peu ! La formation compte plusieurs albums à son actif : "Cencerro Blanco" en 2005, "Casa Diablo" en 2007 et "Bombardero" en 2009. Sans oublier "Viva Live Locos", publié en 2010, une prestation en public immortalisée lors de l’édition 2006 du Burg Herzberg Festival, en Allemagne.

Chanteur/guitariste, Clem Clemsen en est le leader. Son backing group réunit Hollis P. Cartwright III (guitares), Bubba Lee Phett (basse et chant), Chainsaw Charles (percussions diverses et effets électroniques), The Cousin who Hath No Name (guitare) ainsi que GM Luigi Safari (drums). Affublés de tels pseudos, on se doute que la troupe est constituée de personnages originaux. Ils revendiquent pour influences majeures, Hawkwind, Neu!, ZZ Top, Deep Purple, Frank Zappa,… et comprenne qui pourra, Jérôme Bosch et Breughel l'Ancien, les peintres flamands du XVIème siècle! En outre, ce team canadien qui n’a donc rien à voir avec l’Oklahoma, titre tous ses elpees en espagnol. Pas facile de les comprendre!

Des sonorités spatiales introduisent "Buenas Noches". Très mélodieux cet instrumental nonchalant est chargé de reverb. Notre esprit vagabonde alors le long des chemins poussiéreux, quelque part entre le Mexique et le Texas. Les Cowbells chantent à tue-tête "Get back to the Grove", un morceau punk très enlevé. "Flush in the pocket" est tout aussi nerveux et énergique. Les musicos ne tiennent pas en place et ne font pas dans la dentelle. Pas de place pour la moindre fioriture. L’attaque est permanente, ce qui rend cette compo parfois décousue. WCO ne lâche pas la bride. A l’instar du sauvage "Flush in the pocket", comme s’il s’était lancé dans un rodéo, bien illustré par l’image de la pochette. "Easy street" évoque les premiers singles de Deep Purple. Les sonorités de guitare sont tranchantes et torturées. La montée en puissance est manifeste. "Gallows bird" s’ouvre dans un climat serein, avant que l’allure ne recommence à croître. Pourtant, la plage est ici plus pop. Les guitares se croisent et s’entrecroisent élégamment sur une mélodie qui nous plonge dans le ‘far west’. "Bully black" puise à la fois dans le southern rock et le punk. Dynamique, cette piste mène aussi parfois à Kiss voire à Deep Purple. Les sorties des cordes sont une nouvelle fois excellentes. "Flapjack flytrap" trempe dans un heavy rock blues à la sauce 70’s. Une guitare slide très amplifiée est rapidement rejointe par une nuée de cordes lancées au galop. A cet instant, les références southern rock sont légion : Molly Hatchett, Pointblanck, etc. "Streetknife's Theme" est une longue jam de près de 8'. Les musiciens travaillent sans filet. Les climats se succèdent : boogie, space rock, psychédélisme, etc. Cette succession de tableaux n’est pas sans rappeler les Doors de l’époque "L.A woman" ; surtout à cause de la présence de cet orgue! Imprimée sur un tempo boogie variable, "Diabla, diabla" s’étale sur plus de 9'. C’est aussi le titre final. On est au bord du délire. Les grattes sont débridées et une trompette vient s’intégrer dans l’ensemble. Manifestement White Cowbell Oklahoma est un groupe à voir sur les planches…

 

Francis Cabrel

Vise le ciel

Écrit par

Que Cabrel soit un fan inconditionnel de Dylan n’est un secret pour personne. Merci Hugues Aufray ! C’est lui, en effet, qui dès 1965 (déjà) adaptait dans sa propre langue, quelques titres du bon Zimmerman et accrochait les oreilles de Francis, alors teenager. Depuis, celui-ci a découvert l’univers de Bob en version originale et n’a jamais, en 35 ans, renié son amour pour sa poésie et ses mélodies. Mais de là à réaliser un album de reprises et en français, il y a une marge qu’on imaginait jamais le voir franchir. D’autant plus que cet exercice de style relève plus de l’identification à son idole que de l’admiration qu’il lui porte…

Pourquoi ? Pourquoi donc un tel artiste aussi talentueux, tant au niveau de l’écriture que de la composition, a-t-il décidé de consacrer une œuvre, sa 14ème, à des covers de Dylan. Onze en tout !

Et bien la raison est toute bête, le manque d’inspiration tout simplement.

Alors qu’il préparait son nouvel opus, Cabrel cale après seulement avoir écrit 5 ou 6 chansons. Sa muse est tarie. Ne voyant plus rien venir, il choisit alors de changer de direction. C’est donc tout naturellement qu’il se tourne vers le répertoire de celui qu’il écoute et admire depuis le début des seventies.

Très adroitement, il évite de marcher sur les plates-bandes de Hugues Aufray en éliminant les chansons déjà revisitées et sélectionne des titres qui sont même pour certains, presque inconnus. On pourrait même penser que ces compos sont personnelles tant elles se rapprochent de ce que concocte habituellement notre homme.

Pour celui qui ne connaît qu’« I Want You », cet elpee pourrait servir de déclencheur et par là-même, servir les intérêts de Bob Dylan. Car le répertoire de cet immense artiste est loin d’être connu de tous. Il recèle encore pas mal de perles et de découvertes possibles ; Cabrel nous met ici le pied à l’étrier.

Musicalement parlant, on est très proche de « Des roses et des orties » sorti en 2008 et ses accents de la Nouvelle Orléans. On ‘nage’ toujours dans le Bayou…

Au niveau des lyrics, il faut reconnaître un talent certain à Francis Cabrel. Alors que le vieil Apache aux cheveux blancs se contentait de traduire quasi littéralement les propos de Dylan, Cabrel privilégie l’idée aux mots. Pas toujours fidèles, les paroles légèrement différentes gagnent en sens et en authenticité. Paradoxal me direz-vous ! En effet, mais Cabrel a privilégié l’esprit à la lettre, conférant une nouvelle dimension à ces onze splendides chansons.

Une excellente parenthèse dans la carrière d’un des meilleurs, si pas le meilleur, représentants de la chanson française. Francis nous promet de sortir son nouvel opus, dans le courant 2013. Fameuse idée que de nous inviter à patienter en publiant ce joli disque. Et puis, si cette formule lui permet de retrouver l’inspiration, perso, je ne dis pas non !

 

Craig Chaquico

Fire Red Moon

Écrit par

Craig Chaquico est guitariste. Agé de 58 balais, il est de descendance portugaise et indienne (NDR : d'Amérique !) Il a longtemps milité chez Jefferson Starship dont le patronyme s’était ensuite transformé tout simplement en Starship. Drivé par Paul Kantner et Grace Slick, ce groupe était né sur les cendres de Jefferson Airplane. Au cours des 20 dernières années, il a souvent été courtisé comme musicien de studio. Ce qui ne l’a pas empêché d’embrasser une carrière en solitaire. Il est d’ailleurs responsable d’une discographie personnelle plutôt conséquente. 

L'album s'ouvre par une plage troublante intitulée "Lie to me". Noah Hunt, vocaliste du Kenny Wayne Shepherd Band, chante passionnément ce titre soul/blues que colore Bill Heller de son orgue Hammond, pendant que la guitare de Chaquico pigmente l’ensemble de phrases bleues tout à fait captivantes. Rolf Hartley se réserve le chant pour "Devil's daughter", un blues imprimé sur un mid tempo. Craig est épaulé par l’Away Team. Craig a volontiers recours au blues pour enrichir son expression sonore. Signé Booker T Jones et William Bell mais popularisé jadis par le grand Albert King, "Born under a bad sign" symbolise bien entendu le blues de Memphis. Chaquito lui inflige un traitement instrumental, typique de ce blues urbain de cette ville portuaire de l'État du Tennessee. Eric E Golbach est au micro pour "Bad woman", un blues lent majestueux au cours duquel il injecte toute sa passion et sa violence tout en se montrant autoritaire. Les chœurs éclosent et propulsent les cordes au firmament. Séduisantes, propres et techniques, elles ne manquent pourtant pas de feeling. Deux instrumentaux, ensuite. Tout d’abord "Rollin' and tumblin'", un classique traditionnel immortalisé par Muddy Waters. La nouvelle version est imprimée sur un tempo enlevé. "Fire Red moon", ensuite, une plage qui baigne dans la douceur et la sérénité. Memphis shuffle léger, "Little red shoes" est balisé par le piano et l’orgue. La voix de Hartley est fluette. Chaquico est très inspiré aux cordes, dans un style réminiscent de Stevie Ray Vaughan! Un dialogue d’une grande pureté et empreint de sensibilité s’établit entre la guitare et le piano, tout au long de "Blue on blue", un peu comme lors d’une B.O. destinée à un film d'amour. Craig libère une dernière fois ses cordes pour revisiter le célèbre "Crossroads" du légendaire Robert Johnson ; cependant Chaquito adopte le rythme qui avait sublimé la version du Cream. La voix de Hartley est toujours aussi inoffensive, mais les interventions de notre soliste sont remarquables, comme si elles émanaient d’un flirt hypothétique entre la gratte de Clapton et celle de Billy Gibbons…

 

Rian De Waal

Rian De Waal plays Bach

Écrit par

Le premier volume de The Valthermond Recordings permet d’apprécier la musique des œuvres de Bach arrangées par les grands Liszt, Busoni, Hess et Brahms. L’idée est intéressante, le défi est de taille : l’interprète doit dépeindre Bach dans les couleurs de différents compositeurs sans y laisser pour autant sa propre compréhension de l’œuvre. On retrouve les deux célèbres Chaconnes, celle de Brahms et de Busoni, ainsi que la Fantaisie et Fugue et la Prélude et Fugue arrangés par Liszt, et des Chorals de Cantate par Busoni et Hess.

Tout d’abord, il convient de saluer la qualité superbe de l’instrument et de l’enregistrement. En ce qui concerne l’interprète Rian De Waal, dont la biographie est impressionnante, il joue bien... mais sans plus. Mozart affirmait que la vraie musique figurait entre les notes, et c’est précisément cette vraie musique qui manque ici. Le son est beau, bien formé, il a une belle résonance, la bonne couleur, la bonne température et on ne peut nier entendre Bach du début à la fin de l’enregistrement. Malheureusement, la pulsation –pourtant si importante chez le compositeur– vire souvent à la précision robotique ; et l’articulation tout aussi primordiale prend parfois de telles proportions qu’elle en tue l’idée. Les débuts des Chaconnes donnent particulièrement le ton d’un jeu trop tiède et mathématique. On aimerait entendre davantage de l’interprète : plus de sentiments, de chaleurs, d’attaque, de tension… de passion!

 

Rian De Waal

Rian De Waal plays Schubert

Écrit par

Pour son deuxième enregistrement chez The Valthermond recordings, Rian De Waal interprète la Sonate no 21 en si bémol majeur de Schubert et quatre transcriptions pour piano de lieds de Schubert par Liszt. La Sonate en si bémol majeur est la dernière sonate du compositeur qui l’a terminée exactement six semaines avant sa mort. ‘[Schubert] parvient à faire de sa dernière sonate une sorte de lied continu, illimité, si long, si varié et si touffu à la fois. Si particulier et si général qu'il donne l'impression de l'infini’ écrit l’écrivain et biographe Marcel Schneider. Cette notion d’infinité, Rian De Waal en a aussi pris conscience et écrit dans la notice du livret que pour jouer ou écouter Schubert il faut du temps ou du moins une autre perception du temps. 

A première écoute de cette Sonate de Schubert, l’exécution peut paraitre un peu froide et mécanique. Elle manque de ‘pâte’, d’élasticité et de tension entre les notes. Rian De Waal écrit dans le livret qu’il ne faut pas trop se pénétrer de la musique de Schubert, mais la laisser couler en paix. Ainsi peut-être n’est-ce là qu’une manière plus classique d’aborder Schubert. Pourtant l’interprète sait fondre sur son clavier si on en juge par ses interprétations des transcriptions de Liszt. Quoi qu’il ne quitte jamais vraiment sa réserve, une sorte de pudeur, enfin la musique se fait chaude et sensible, souffre, berce, meurt puis revit. Enfin comme pour le premier volume destiné à la musique de Bach, les qualités de l’enregistrement et de l’instrument sont excellentes.

 

Eric In The Kitchen

A Heart Of Clouds And Stars

Écrit par

C’est une cuisine qui flotte quelque part dans un petit coin de l’espace. Quelque part, en suspension dans les étoiles.

Un beat martial sur le pas de la porte, comme un battement de cœur monotone. En avançant plus loin, les boucles d’arpèges se succèdent et forment une toile éclairée par une constellation lumineuse (« A Heart Of Clouds And Stars », plage d’ouverture).

Subtile ascension en spirale dans l’escalier d’Escher. Celui dont les montées et les descentes se déclinaient en d’improbables infinités.

A l’in(star) de cet album dont les écoutes répétées renvoient de mélancoliques images en rebonds successifs sur les parois de nos imaginaires.

La voix paraît anodine, presque superflue au premier abord, avant de s’imposer comme une médiane indispensable de cette architecture arachnoïde. 

Insidieusement Pop dans cet univers ouaté, les chansons se succèdent et s’imposent à nos sens, sans jamais les brusquer. Sans verser dans l’insipidité. Ni la facilité.

Evidentes mais forgées dans l’intégrité.

Autant de recettes qui demandent un grand doigté et qu’Eric maîtrise à la manière d’un ‘Master Chief’ ayant eu la bonne idée de nous inviter chez lui.

Et chez lui, c’est ici, entre les strates vaporeuses de nuages en formation.

Quand « Pop Evolution Soccer » s’achève dans le chaos nébuleux d’un orage d’été, les doux rayons d’« Another Man » se succèdent sur un mode qui n’est pas sans rappeler les premiers Cat Power ou encore Silver Jews.

Quant au final de « Fly Away », épilogue de cet elpee, il se charge de transformer l’horizon en une dernière et désespérée décharge électrique où l’apesanteur n’a plus guère droit au chapitre.

A cette heure tardive où Lo-Fi est un terme usurpé, cet album rappelle qu’il n’est nul besoin de grands moyens pour réussir toute bonne sauce.

 

Husky

Forever So

Écrit par

Le Husky est un chien de traîneau utilisé, en Sibérie, par les mushers. C’est également le patronyme choisi par Husky Gawenda, le chanteur et membre cofondateur d’une formation aussie. Un groupe qui apparemment, prend un malin plaisir à brouiller les pistes. En effet, après avoir écouté leur premier opus, difficile d’imaginer que le band nous vient des Antipodes (NDR : de Melbourne, pourtant), tant leur musique évoque les Rocheuses, sises à l'Ouest de l'Amérique du Nord.  

« So Forever » baigne dans une forme de pop-folk mélancolique qui n’est pas sans rappeler leurs compagnons de label (Sub Pop), The Fleet Foxes. La musique est brumeuse, boisée, rafraîchissante. Les lyrics empreints de poésie. Un climat paisible qui colle parfaitement au timbre vocal fragile de Gawenda. Paisible, mais jamais soporifique. Ainsi les Kangourous n’hésitent pas à appuyer sur le champignon quand ils en ont l’opportunité. A l’instar de l’excellent « History’s Door ». En outre, certaines mélodies sont naturellement contagieuses. « Dark Sea » et « Animals & freak » en sont certainement les plus beaux exemples.

En signant Husky, le groupe australien le plus américain, Sub Pop a de nouveau eu le nez creux…

 

Mory Kante

La guinéenne

Écrit par

A celles et ceux à qui le nom de Mory Kante ne dit pas grand-chose, souvenons-nous du tube « Yeke yeke » dont il est l'auteur, rendant célèbre la kora. Les présentations ainsi faites, il convient maintenant de placer MONSIEUR Mory Kante sur la planète des tous grands artistes africains. Musicien hors pair et polyvalent (balafon, guitare, batterie, etc.), sa voix perçante et puissante est exceptionnelle.

Après avoir décroché trois ‘Victoires de la Musique’ et un Kora, il nous propose son 11ème opus, intitulé "La guinéenne". Il s'agit d'un hommage rendu aux femmes de ce monde, trop souvent opprimées et délaissées, malgré tous les sacrifices, le dévouement et le rôle central qu'elles jouent au sein de la société.

  C'est aussi un tour de force musical dû à un retour à la formule emblématique du grand orchestre.

"La guinéenne" se veut avant tout une œuvre qui multiplie les hommages et les marques de respect : aux femmes donc ("La Guinéenne"), au Mali ("Malibala"), à la jeunesse ou à la culture guinéenne ("Tedekou", "Sarantan", "Oh Oh Oh"). Mais qui met en garde face aux hommes injustes et malhonnêtes ("Nodiche") ou encore suscite le doute quand on évoque les affaires et l'amour ("Sikaa").

Collaborant étroitement avec le producteur Philippe Avril, Mory Kante a enregistré son dernier opus dans la banlieue de Conakry, en Guinée, où il a reçu le concours d’une section de cuivres. Cinq musicos. Des Norvégiens ! Le résultat est un véritable mélange culturel aux racines du folklore authentique ouest-africain, qui étincelle grâce à la précision et au soin apportés à la production.

A n'en point douter cet album devrait ravir les mélomanes qui recherchent les bonnes vibrations produites par la musique africaine…

 

Lecherous Gaze

On the skids

Écrit par

Oakland, c’est la grande cité portuaire qui mouille la baie de San Francisco. Il faut traverser un pont de Frisco pour la rejoindre. Elle était devenue universellement célèbre au cours des sixties, célébrant alors l’apogée du mouvement hippie, son flower power et le rock acide. Lecherous Gaze en est issu. Un groupe qui pratique un punk rock teinté de psychédélisme. Il avait publié deux Eps à ce jour, "Bagagazo", en avril de cette année, et "Born on a river", en juin dernier.

En 2001, le guitariste Graham Clise et le bassiste Chris Grande fondent Annihilation Time, un groupe de hardcore punk. Ils sont alors rejoints par le drummer Noel Sullivan. En 2009, la formation remplace son vocaliste et en profite également pour transformer son patronyme en Lecherous Gaze. Depuis, le line up a encore changé de chanteur, un rôle qui a été confié à l’ex-Char-Man, Zaryan Zaidi…

La voix de Zaidi est agressive. Elle semble refléter une extrême souffrance. Le plus souvent garage/punk, la musique est puissante, offensive, saignante, dévastatrice même. La rythmique est dense. Dès la première plage, "Lyin' in the road", la guitare en profite pour se réserver un billet de sortie. Et elle savoure cette liberté. "Scorpion" adopte un schéma semblable. Le tempo est échevelé. Plus punk, le chant peut rappeler un Iggy Pop juvénile, face à un mur du son construit par des cordes très rock’n roll, au sein de la Motor City à Detroit. Le riff qui gouverne "Bagagazo" est particulièrement âpre. Le tempo nous renvoie au Led Zep du début des 70s. La voix est cependant ravagée, totalement différente de celle Robert Plant. Clise a tout le loisir de se libérer. Il dispense de nombreuses notes bien inspirées. Son envol est impressionnant, déterminé. Il s’autorise des débordements spatiaux, nous réserve une véritable panoplie de teintes psychédéliques, mais manifeste une sauvagerie qui n'est pas sans rappeler le MC5. Zaryan adopte parfois le timbre et les inflexions d’Alice Cooper. "Fustrated" n’hésite pas à prolonger ses soli, à la manière du Thin Lizzy de la grande époque. Bien construit, "Born on a river" laisse s’échapper une pluie de sonorités de grattes. Mr Zaidi implore. Clise se libère et est incapable de s'arrêter. La voix est à nouveau fulgurante et féroce tout au long de "Ravenous", une autre compo sculptée dans un punk très MC5. "War woman" véhicule une agressivité qui symbolise bien le style de LG. Zaryan ne peut souffrir en silence. Il est au bord de l’agonie, noyé dans un bain de cordes tumultueux. Sur "Passion flower", Graham Clise démontre tout son potentiel créatif. L’imagination au pouvoir ! "The grasp" nous replonge dans le hard rock des 70’s, même si la mise en forme est plus contemporaine. Un stoner rock qui a néanmoins la pêche! L’elpee s’achève par un bref instrumental plus paisible, "Redeemer".

 

Lord Fowl

Moon Queen

Écrit par

Ce band nous vient de New Haven, dans le Connecticut, et enregistre sur le label Small Stone. Dans ces conditions, pas étonnant que son style soit marqué par le hard rock des 70’s. Deux chanteurs/guitaristes mènent la barque : Vechel Jaynes et Mike Pellegrino. Ils sont soutenus par le bassiste John Conine et le drummer Don Freeman. Lord Fowl avait publié un premier opus en 2009, "Endless dynamite".

L’elpee s’ouvre par le titre maître. Une compo dense et complexe. Une des guitares balise l’assise rythmique ; ce qui permet à l’autre de se libérer circonstanciellement. La voix de Mike campe un timbre plutôt classique du style hard rock. "Touch your groove" est une excellente compo caractérisée par une succession de riffs puissants. Les deux voix se conjuguent pour reprendre le refrain. La plage se termine par le retrait de la basse et de la batterie. L'intro de "Split" est complexe. Cependant, Lord Fowl embraie sur un rythme nerveux, très rock'n'roll. Cette intensité rythmique laisse pourtant beaucoup de liberté aux deux solistes, responsables de quelques soli dévastateurs. L’entrée en matière de "Mutate" est écrasante. Nous pénétrons au sein d’un univers ténébreux, balayé de sonorités lugubres et hantée par une voix lointaine, chargée de reverb ; un univers proche du Black Sabbath originel. On peut tomber facilement sous le charme de Lord Fowl, car son style ne tombe jamais dans la  facilité. "Streets of evermore" évoque Deep Purple. A cause de la voix du chanteur. Pas de trace, cependant d’orgue en émulsion, si spécifique à feu Jon Lord. Néanmoins cette plage de hard rock vire presque au métal. Tramé sur un riff écrasant, "Dirty driving" se révèle moins intéressant. Des cordes acoustiques ouvrent "Woman king". Elles sont rapidement poursuivies par des interventions acides à la guitare. Les accents psychédéliques nous propulsent dans l’éther atmosphérique. Un superbe morceau ! C’est d’ailleurs dans ce domaine que Lord Fowl atteint le sommet de son art. Plus pop, "The queen is not impressed" est un single potentiel. Illuminé par de brefs échanges entre ‘six cordes’, il lorgne manifestement vers Thin Lizzy! Le développement de "Quicksand" s’opère sur un tempo blues rock, avant qu’il ne vire au boogie imprimé sur un rythme en béton. Et lorsque la guitare surgit, c’est pour tout balayer sur son passage. Un format que Queen n’aurait pas renié, à une certaine époque… "SOS" est un autre périple psyché propice à la transe ; une compo subtilement construite qui bénéfice d’un excellent travail de production. Et pourtant, les sonorités de gratte jaillissent de partout. Quoiqu’un rien plus hard, "Hollow horn" baigne au sein d’une même ambiance. La finale aligne une suite de tableaux atmosphériques, qui conduisent au territoire de Lord Fowl. Ne suscitant jamais l’ennui, cet opus est certainement un des meilleurs publiés chez Small Stone, à ce jour.

 

Mostly Autumn

The Ghost Moon Orchestra

Écrit par

Mostly Autumn nous vient de Lake District, dans le nord de l'Angleterre. Un septuor drivé par le guitariste/claviériste/vocaliste Bryan Josh. Il a fondé le groupe en 1992. Il aime la musique du Floyd et se passionne aussi pour la musique celtique. Liam Davison (guitares, chant) et Iain Jennings (claviers) débarquent en 1997. Puis Andy Smith (basse) et Gavin Griffiths (drums), en 2007. Enfin, Anne-Marie Helder rallie la formation, l’année suivante. Une vocaliste et multi-instrumentiste (guitare, claviers, flûte, etc.) Olivia Sparnenn a remplacé Heather Findlay, aux vocaux, en 2010. Elle avait déjà bossé pour Iain Jennings chez Breathing Space. La discographie de Mostly Autumn est assez conséquente, tant audio que vidéo, studio ou ‘live’…

Jennings introduit "Unquiet tears" aux ivoires. Il est rapidement rejoint par la voix aérienne et éthérée d'Olivia. Empreinte de charme, cette compo me rappelle Renaissance, une formation née à la fin des sixties, dont la musique mêlait classique et rock. La chanteuse Jane Relf et le pianiste Roger Hawken en étaient les figures de proue. Sous l’impulsion des guitares et des percus, le rythme change. La transition est particulièrement réussie. Le chant féminin prend soudain de la puissance et prend alors l’ascendant. Meilleure piste de l’elpee, "Drops of the sun" fait instantanément mouche. Les échanges vocaux opérés entre Bryan et Olivia se conjuguent en harmonie. Jennings colore le tout de ses claviers chatoyants. "The devil and the orchestra" est de la même veine. L'orgue Hammond est toujours bien présent et la guitare monte alors en puissance. Une plage à laquelle on accroche facilement. La musique de Mostly Autumn est à la fois progressive et symphonique. Belle mais jamais trop complexe, cependant. Josh est responsable de la majorité de l’écriture des compos. Dans son style, il est particulièrement doué. Notamment dans sa capacité à créer une véritable osmose entre voix féminine, claviers et les trois guitares. Traversé par la flûte traversière de Miss Anne-Marie Helder, "This ragged heart" agrège cordes acoustiques et électriques. Si "King of the valley" véhicule des accents celtiques contagieux, les arrangements parachevés par les cordes et les claviers évoquent le Genesis de l’Archange Gabriel. Autre piste de toute bonne facture, "Tennison Mansion" érige différents tableaux sonores. Le travail opéré sur les voix est remarquable. C’est d’ailleurs ce qui fait la force du combo. Les grattes mettent judicieusement le nez à la fenêtre. Le tout sous une formule en crescendo, parfaitement orchestrée. L'intro de "Wild eyes skies" est manifestement celtique. A cause de l’intervention de Troy Donockley à la cornemuse. Puis la voix d’Olivia illumine la plage, face au piano acoustique, avant que l’ensemble ne prenne un nouvel envol. Dans le style, cet elpee est franchement superbe…

 

Pink Martini & Saori Yuki

1969

Écrit par

Pour enfanter son dernier né, le fruité groupe américain Pink Martini, en collaboration avec la chanteuse Saori Yuki, nous attire en terre orientale. Cette coopération n'est pas la première puisque l'on retrouvait déjà la voix de la chanteuse nippone sur « Taya Tan », un morceau qui figurait sur l'album « Hey Eugene! » et dans la version japonaise de « White Christmas », un disque de Noël baptisé « Joy To The World ». Le projet est né suite à l’enregistrement du titre « Yuuzuki » au bénéfice des victimes du tremblement de terre de 2011, au Japon. Pourquoi « 1969 » ? Thomas M. Lauderdale, pianiste et fondateur du groupe explique qu'au départ l’idée était d'enregistrer des chansons japonaises datant de cette année, mais en cherchant un peu, les artistes ont découvert que plusieurs autres pays disposaient de chansons vraiment très intéressantes. C'est ainsi que très international, le répertoire de cet elpee est interprété en japonais, français et anglais.

« 1969 » évolue dignement dans la lignée de tout ce que le groupe à réalisé précédemment : les voix de cabaret français, le flair de l’instrumentation, le pétillant un peu féérique, l’humour, le sucre, etc. Rien ne manque. On y retrouve de tout, depuis les classiques brésiliens à ceux anglais, revisités à la sauce japonaise. Il n’y a rien de plus à dire, si on aime le style Pink Martini, « 1969 » ne peut décevoir. Cependant, le disque, très séduisant aux premières écoutes, peut devenir lassant, voire un peu écœurant si on le passe en boucle.

 

Serj Tankian

Harakiri

Écrit par

Fin des années 90, le Nu-Metal ravage les oreilles d’ados et post-ados qui en demandent et en redemandent encore. Les principaux responsables s’appellent Korn, Deftones, Slipknot ou encore Limp Bizkit. Mais il existait également une formation dont l’originalité avait mis tout le monde d’accord, j’ai nommé System Of A Down. En l’espace de sept ans, le quatuor va délivrer quatre LPs et une collection de B-Sides. De cette discographie plutôt brève émergeront « System Of A Down » (1998) et « Toxicity » (2001), qui font aujourd’hui figure d’œuvres cultes. Aujourd’hui, les fans européens de System Of A Down se languissent du retour sur leurs terres de l’un des meilleurs groupes Nu-Metal. Un espoir permis, puisque ce dernier s’est offert une série de concerts en compagnie des Deftones. Bref, une affiche qui ferait bander plus d’un métalleux trentenaire.

Serj Tankian a profité de ce retour très attendu pour glisser hors de ses poches un troisième LP solo, un « Harakiri » hésitant entre Rock et Métal. Le bonhomme ressort donc les grosses guitares, mises en sourdine sur son « Imperfect Harmonies », publié en 2010. Les fans le savent, Tankian n’est jamais aussi bon que lorsqu’il contorsionne au maximum ses cordes vocales singulières, plantées sur un bon gros riff obsédant. A ce titre, « Ching Chime », « Weave On » et « Uneducated Democracy » se distinguent largement du reste de la plaque. Un reste trop psalmodique et linéaire, loin d’illustrer ce que Tankian a véritablement dans le ventre. Un comble quand le disque s’intitule « Harakiri ».

 

Teengirl Fantasy

Tracer

Écrit par

Teengirl Fantasy est le projet de Nick Weiss et Logan Takahashi, deux gars originaires de l’Ohio qui se découvrent une passion commune pour les musiques électroniques pendant leurs années collège. Inévitablement, le duo décide d’explorer ce point commun en engendrant Teengirl Fantasy. Pari réussi puisqu’un an plus tard, les deux Ricains signaient auprès de True Panther Sounds (Girls, Cloud Nothings, Ty Segall, Delorean, Glasser,  etc.) et publiaient discrètement « 7AM », leur premier LP.

Deux ans plus tard, le duo titille d’abord les oreilles de Crystal Castles, qui traîne les deux garçons à travers les Etats-Unis. Puis celles de Panda Bear, l’une des têtes pensantes d’Animal Collective, qui décide à son tour de les embarquer sur la tournée européenne de sa formation ; mais également d’enregistrer un morceau en leur compagnie. Et la maison belge R&S Records (James Blake, Lone, Model 500, Egyptian Hip Hop) leur fait les yeux doux. Il n’en fallait pas beaucoup plus à Weiss et Takahashi pour être transcendés et concocter un second disque plus ambitieux que le précédent. Outre Panda Bear, les deux hommes ont mis le sampling, qui étayait « 7AM » en sourdine et réuni quelques potes en qualité de guests vocaux (Lauren Halo, Kelela ou encore Romanthony –mais oui, celui du « One More Time » des robots français).

Le résultat figure sur « Tracer », un opus dégoulinant de bonnes idées parfaitement canalisées. Le duo jongle entre Dream Pop, Electronica, Breaks, Deep House et R’n’B déconstruit. Une macédoine de genres qui a d’autant plus de saveur que la tambouille se déguste d’une traite sans haut-le-cœur. Un seul regret, l’absence de l’excellent single « Motif », publié un mois avant l’album, et disponible uniquement en vinyle. Si Weiss et Takahashi gardent le cap et entretiennent la détermination et l’ambition distillée sur « Tracer », on ne peut que prévoir un avenir brillant à Teengirl Fantasy   

 

Violens

True

Écrit par

Chez Violens, la violence est insidieuse et indistincte, cachée sous d’allègres synthés dream-pop et des murs de guitares shoegaze. Manifestement influencé par les années 80, ce trio new-yorkais nous propose son second elpee, « True ». Ethéré, atmosphérique, truffé d’envolées soniques, son style pourrait se décrire comme une version pop de Slowdive. Tout est vaporeux chez Violens : des guitares aux synthés en passant par la voix. Les morceaux les plus rythmés, à la limite du punk, tel que « All Night Long », sont même chuchotés… Heureusement, les Américains n’oublient pas le sens mélodique. Il est même particulièrement soigné sur « Watch the Streams » et « So Hard to See ». Si vous regrettez toujours la disparition de Ride ou le mutisme de My Bloody Valentine, vous ne pouvez passez à côté de ce « True »…

 

Autum Falls 2012 : mercredi 28 novembre

Écrit par

Les saisons se suivent et se ressemblent. Ainsi, l’Autumn Falls en est déjà à sa troisième édition.

Programmation éclectique et qualitative aux quatre coins de Bruxelles avec en toile de fond, une réelle collaboration entre les salles de la capitale.

De l’AB au Botanique, en passant par l’Atelier 210 et le VK, cette tournée des grands ducs opère un détour via le Magasin 4, un crochet par la Maison des Musiques et se réserve le pousse-café chez Madame Moustache, le tout entre le 26 novembre et le 2 décembre. Et s’apprécie tout autant pour son imposante affiche que pour son esprit d’indépendance.

Lancé par Toutpartout, agence de Booking et organisatrice de concerts dans le Benelux, ce festival doté du don d’ubiquité se révèle une des valeurs sûres parmi les événements de fin d’année.

Accueillis, engloutis même par une bête rampante au souffle râpeux, la horde dont votre serviteur fait partie, s’abandonne d’abord aux rites païens d’un félin aux mœurs décalées.

Si le ‘Dark Folk’ de Kiss The Anus Of A Black Cat s’accommode fort bien sur disque de beats martiaux subtilisés à une certaine ‘Cold Wave’ pornographique (au point parfois de se payer la « Figurehead » du Cure millésime 82), et si l’homogénéité de l’ensemble campe sur une solide mais froide ossature, force est de constater un ennui certain qui fige l’assistance.

Noyés sous les fumigènes et éblouis par un light show violent en arrière-plan, le groupe semble tout aussi guindé, à l’exception de son leader au regard transperçant.

Un rendu puisant mais pas tout à fait convaincant de l’imprononçable « Weltuntergangsstimmung », sorti cette année.

Quelques manœuvres entre la scène et les coulisses plus tard, nous sommes plongés dans une obscurité plus noire que… le trou de cul d’un chat.

L’atmosphère se drapant de la singulière discrétion de Lower Dens, groupe à l’image tellement effacée qu’elle en devient translucide.

Pour qui se souvient, le terme ‘Shoegaze’ a été créé inventé, à l’aube des années 90, par la presse insulaire. Une presse qui s’était montrée peu tendre à l’égard de cette attitude, se moquant ouvertement du manque total de jeu de scène de ces groupes dont la principale préoccupation était de regarder leurs pieds (pour mieux s’y retrouver dans ce fatras de pédales d’effets, étalées sous leur nez).

Et bien, Lower Dens pousse le concept encore plus loin, puisqu’il est nécessaire de manifester la plus grande des attentions, pour apercevoir un seul de leurs pieds…

Le reste des corps se gardant bien de sortir de la pénombre où ils se terrent timidement.

Certes, Jana Hunter, tête pensante du groupe, n’a pas le physique qui lui permet les plus audacieuses frasques ; et sans doute que sa garde-robe devrait faire fuir des légions entières de mites à la vue d’une telle austérité aux accents mormons.

Du coup, celle-ci, tapie derrière un clavier et sa guitare dans le coin le plus reculé de la scène donne corps aux chansons par la seule présence de sa voix.

Et c’est bien là que réside toute la force de ce groupe.

Invisibles, à peine habillés par quelques projections projetées en arrière-fond, ils délivrent le charme de leur musique, distillant le plaisir pur, par le biais de leur unité sonique.

Nulle mise en scène, quelques remerciements bredouillés du bout des lèvres, mais une présence de tous les instants.

Sans esbroufe, ce groupe placé exactement à l’opposé de Muse sur le spectre de la grandiloquence, reproduit avec application les morceaux de ces deux excellents albums.

S’offrant parfois sous un nouveau jour, osant parfois l’écart (le dissonant « A Dog’s Dick » qui clôture ici cette soirée très zoophile), toujours présent, même dans cette quasi-absence.

Une prestation qui définit les contours d’un groupe complètement flou, à entendre plus qu’à voir.

Kiss The Anus Of A Black Cat + Lower Dens

(Organisation : Toutpartout)

 

Laurent Voulzy

Dites-le avec des fleurs…

Écrit par

Hier, j’suis allé voir un ‘vieux’ en concert ! Un vieux bonhomme de 64 ans ! Un papy ! Oui, je sais, n’est pas l’seul. Y’a l’aut’ band de cinglés qui, de l’autre côté du Channel, font également de la résistance.

Dans un vieux théâtre encore bien plus âgé que le chanteur, les fauteuils et le décorum appartiennent eux aussi à une autre époque, un siècle d’existence au bas mot…

Le rouge domine. Tout est rouge, du sol au plafond, moquette, sièges, murs, tout, absolument tout, même le gilet de l’ancêtre adoptera le coloris, ce soir.

L’ancêtre, c’est Voulzy, Laurent Voulzy, frère de sang et de cœur de Souchon, Alain Souchon. Son alter ego, sa moitié, son bras droit, celui qui tient la plume et qui fait danser les mots sur les partitions géniales écrites par l’autre main, celle de Laurent.

Vieux… Ben faut croire que moi aussi j’suis vieux, puisque je dois avoir acheté son premier 45 tours, il y a près de 35 ans ! « Rockcollection », je devais avoir 14/15 ans à tout casser. Ça ne date pas d’hier, hein ! On est milieu des seventies, si ma mémoire ne me fait pas faux bond. Mais en près de 4 décennies, l’eau a coulé sous les ponts. Voulzy a pondu un véritable chapelet de hits en seulement 4 elpees studio, de 1979 à 2011. Ouais, pas pressé le mec. A sa décharge, il compose pour son pote et pour d’autre encore. Et puis, comme il le dit lui-même, il n’y a pas d’urgence. Chez lui, la qualité prend le pas sur la quantité.

En 2011, il publie un album concept qui transporte ses auditeurs en plein Moyen-âge de l’autre côté de la Mer du Nord. L’opus surprend mais reste néanmoins d’excellente facture. Musicalement, il tape dans le mille, usant d’instruments acoustiques nouveaux et anciens avec un égal bonheur.

Ce soir, c’est donc le ‘Lys & Love Tour’ qui nous est proposé, dix ans après la tournée qui illustrait « Avril », tombé dans les bacs, en 2001.

Fait pas chaud ce soir à Lille. En outre, les organisateurs en mettent du temps pour nous laisser entrer. Pour un spectacle prévu à 20h30, on n’ouvre les portes qu’à 19h45. On a déjà vu mieux…

Soit, on y est, ne boudons pas notre plaisir. La salle, 1000 sièges en tout et pour tout, se remplit rapidement et lorsque Sirius Plan prend possession de quelques mètres carrés, à l’avant-scène, tous les beaux fauteuils sont occupés. Les trois filles, jolies, ce qui ne gâche rien, sont présentées en voix off par Laurent lui-même avant d’entamer un mini-set de cinq morceaux jouissifs et dynamiques à souhait. Le public bien que majoritairement plus que cinquantenaire, dans l’ensemble, se laisse prendre au jeu et les deux derniers titres sont interprétés devant une foule conquise, debout et super excitée. Chapeau mesdemoiselles ! A revoir d’urgence…

Quelques réglages plus tard, la sonnette retentit (ben oui, on est au théâtre) et chacun regagne sa place avant d’être plongé dans une semi-obscurité. Place alors aux premiers accords d’« Un ange passe », introduction instrumentale, qui plonge immédiatement l’auditoire dans un décor et une ambiance baroque. Cloches, violon, violoncelle, harpe, chandeliers géants, bougies au sol et autre bouclier, tout nous rappelle l’époque des châteaux forts, des seigneurs et des folles épopées amoureuses de ses preux chevaliers. Laurent Voulzy lui-même a revêtu des habits qui collent à l’histoire : pantalon noir, chemise à jabot et dentelles aux poignets des manches, foulard et petit gilet de velours rouge. Par contre ses musicos, deux jeunes filles charmantes et trois messieurs un peu moins jeunes (ils se partagent une bonne dizaine d’instruments) sont accoutrés comme le commun des mortels de notre siècle. Marrant ! Le style musical, lui, ne se départira pas de l’époque médiévale. Astucieusement, Laurent mélange la quasi-intégralité de son dernier long playing à des titres plus anciens mais tout en gardant la même ligne de conduite. Un timbre moyenâgeux est toujours bien présent sur chaque morceau, même sur une reprise fabuleuse, « Scarborough Fair » de Simon & Garfunkel, est revisitée d’une façon incroyable. Mieux que l’original, tout en finesse, chœurs et subtilité. Quel talent !

Discret jusque là, Laurent se met à dialoguer de plus en plus avec son public, allant même jusqu’à téléphoner en direct à son ami de toujours qui, lui aussi, via un smartphone, échange quelques mots avec les fans lillois. Info ou intox ? Tout est possible vu la performance des téléphones portables actuels… Peu importe, l’essentiel réside dans la communion entre l’artiste et son public. Plus le concert avance, plus Voulzy se déride. Les tubes s’enchaînent, les cordes vocales tiennent le coup même si de temps à autre, ce sont celles de sa guitare qui donnent à frémir, par deux ou trois fois. Un trou de mémoire amuse la galerie et c’est le bassiste qui vient au secours de son seigneur. La bonne (l’excellente) surprise vient des instrumentistes, tous pétris de talent pour leur doigté musical ; mais que dire alors de leur prestation au micro… Rien, y’a rien à dire, juste se taire, écouter et se laisser envahir par la beauté, l’émotion. Les arrangements sont somptueux d’élégance, les voix sont divines tant chez les filles que chez les garçons. Voulzy a eu la main heureuse en dénichant trois jeunes collaborateurs pétris de talent : le bassiste, la harpiste et la violoniste. Les deux autres aux claviers et aux percussions sont des fidèles, des complices de longue date, ce qui n’enlève rien à leur mérite. La soirée se poursuit magnifiquement par quelques titres affichant pour la plupart une bonne dizaine d’années : « Liebe », « Paradoxal système », « Le pouvoir des fleurs », « Belle-Ile en mer ». Le public est ravi et Laurent le laisse chanter mais, perfectionniste jusqu’au bout des ongles, il corrige avant de faire reprendre en s’assurant que la note est correcte.

Mais la nuit avance, deux heures déjà que le set a débuté. « Jeanne » et « J’aime l’amour » sonnent le glas. L’artiste se retire sous les acclamations mais ne peut rester longtemps dans les coulisses. C’est sous les ‘On n’est pas fatigué’ qu’il refait surface en répliquant tout sourire ‘Moi non plus’.

S’ensuit alors une petite histoire de rencontres dans les rues de Lille qui donnent lieu à quelques reprises raccourcies de chansons qu’il n’a pu insérer dans sa ‘set-list’, par manque de… temps…

« Fille d’avril », « Le cœur grenadine », « Karin Redinger » retrouvent la place qu’ils méritent.

Finalement au bout de deux heures trente, « La nuit » clôture définitivement le show de ce ‘vieux bonhomme’ qui nous a, une fois de plus, éblouis par la beauté de ses chansons, par sa gentillesse et son professionnalisme.

Ben, les p’tits jeunes, prenez-en de la graine car le pépère Voulzy a vraiment plus que de beaux restes, il pourrait même vous remonter les bretelles si votre ‘la’ n’était pas juste, juste…

Les fleurs, il les a reçues de quelques ‘jeunes dames’, les a précieusement gardées et il a même accepté de signer l’un ou l’autre autographe pour les admiratrices les plus persévérantes.

Quand on vous dit qu’il est gentil…

Superbe soirée, un remède bien meilleur que les antidépresseurs prescrits en cette période grise, froide et triste…  

OrganisationVérone Productions

(Voir aussi notre section photos ici)