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John McLaughlin

Now here this

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McLaughlin est un vétéran de la scène jazz rock. Il a en effet fêté ses 70 balais, au tout début de cette année. Britannique, il a opéré ses débuts dans les milieux du blues insulaire ; et en particulier au sein du backing group de Duffy Power et chez le Graham Bond Organization. Il sympathise avec le bassiste Jack Bruce et participe à la confection de son "Things we like", en 68. Il publie sa première œuvre "Extrapolation", en 1969, en compagnie du saxophoniste John Surman. Il émigre aux Etats-Unis en 1969, pour rejoindre le Lifetime de Tony Williams. Il y devient assez rapidement un des piliers du jazz rock en herbe, et participe aux sessions d’enregistrement du classique de Miles Davis, "Bitches Brew". Il forme enfin, début des 70’s, le Mahavishnu Orchestra, avec Jerry Goodman et Billy Cobham. Le second chapitre de cette aventure impliquera notamment Jean-Luc Ponty et Narada Michael Walden. En 1975, il se plonge dans l’étude de la musique indienne à travers le groupe Shakti. Par la suite, il continuera à tenter de nouvelles expérimentations ; et en particulier en compagnie des guitaristes Al DiMeola et Paco de Lucia.

John McLaughlin signe les huit plages. Il est épaulé par Gary Husband (piano, synthés, drums), l’Indien Ranjit Barot (drums) et le Français originaire du Cameroun, Etienne M'Bappe (basse)

"Now here this" constitue le second opus de 4th Dimension. Il fait suite à "To the one", paru en 2010. Les compos sont complexes. Techniquement, John est demeuré un véritable virtuose. La rythmique est solide. Elle constitue l’assise qui permet aux solistes de se libérer.

"Trancefusion" ouvre l’elpee. Soutenu par le clavier de Gary, McLaughlin est parfaitement maître de son sujet. Tous les instrumentistes se fondent dans l’ensemble. Une compo qui se fond dans "Riff Raff". La rythmique est dense et nerveuse. Les interventions de John, à la six cordes, sont propulsées à une vitesse vertigineuse. La suite de l’elpee se révèle plus cool. Ainsi "Echos from then" est propice à la relaxation. Dans le même esprit "Wonderfall" baigne dans un climat paisible, atmosphérique, décontracté. Le clavier injecte énormément de sensibilité à cette plage particulièrement efficace. A contrario de "Call and answer", une piste de jazz rock bien trop nombriliste. "Not here not there" nous plonge dans une forme d’ambient esthétique, une très belle plage balisée par Husband. John brille sur ses cordes tout au long de "Guitar love". "Take it or leave it" clôt l’elpee. Un morceau un peu trop funky à mon goût (NDR : cette basse constamment jouée en ‘slapping’ !)

 

Mongolito

Acedia

Mongolito est le projet de Marc De Backer, un musicien bruxellois qui jouit d’une certaine notoriété sur la scène alternative (NDR : il a milité auparavant chez Dog Eat Dog et Mucky Pup). Après avoir accordé de multiples concerts, il publie ici son premier opus sur Hau Ruck! Records, un label autrichien. Principalement instrumentale, la musique de Mongolito baigne dans le ‘dark ambient’. Sa texture est formée de loops (boucles) et de drones (bourdons), combinés à une boîte à rythmes, sur laquelle Marc dessine des lignes mélodiques à l’aide de sa guitare Fender Stratocaster. Une expression sonore sise à la croisée des chemins du dark-folk et du krautrock planant, évoquant tour à tour Pink Floyd, The Durutti Column ou Tangerine Dream.

Après "Let's Start With Some Pink Medicine", une intro basée sur un 'drone', imprimée sur un rythme languissant et traversée d’effets bizarroïdes, "All These Stones" plonge l'auditeur dans un univers cinématique à la "Twin Peaks", dominé par un riff obsessionnel de basse trafiquée au flanger, au-dessus duquel flottent des voix fantomatiques et quelques notes de guitares aiguës et plaintives. "From Harlem To Oostend" repose sur une série d'accords mineurs enchaînés à la gratte, dont les effets de vibrato sont très étudiés, tandis que "The Big Coming Down ... End Of Self-Esteem" campe un duo mélodique entre une guitare rythmique et un solo aérien, rappelant quelque part le Pink Floyd de l'époque "Meddle".

"NYC Rising" marque le retour des voix fantomatiques. Une certaine Eva y déclame "Les Fleurs du Mal" en polonais sur un beau glissando répétitif réalisé à l'octave sur la Stratocaster. Dans "Damascus", le tapis de notes aiguës répétitives nous renvoie aux « Frippertronics » de Robert Fripp et au Durutti Column de Vini Reilly ; mais quand la ‘six cordes’ s'enflamme et s’autorise un très joli solo à la pédale wah-wah, les tonalités deviennent carrément 'hendrixiennes'...

Les trois plages suivantes sont exécutées uniquement à la guitare : "Procrastination", une mélopée tout en finesse, "He Ping Ping", une improvisation nerveuse sur un seul accord, à la limite de la dissonance, et "Natureträne", une reprise de Nina Hagen balayée d'arpèges sautillantes, une adaptation dont la mélodie aux accents romantiques lorgne vers And Also The Trees.

L'album se referme comme il s'était ouvert : dans une ambiance sombre et lourde, hantée par les drones et les voix diaboliques. A noter, également, le très beau concept graphique ; et tout particulièrement, en couverture, "Le Silence" de Johann Heinrich Füssli.

Quoiqu’encore un peu inégal, cet opus exerce une fascination certaine. Il reflète le talent d’un véritable virtuose à la guitare. C’est un créateur d’ambiances aussi. Des ambiances qui prennent toute leur dimension en ‘live’, grâce aux projections vidéo. Et puis parce que le personnage est masqué.

 

Godspeed You ! Black Emperor

L’atelier du chaos !

Écrit par

Après un hiatus de dix ans, le mythique collectif montréalais est de retour. Il vient de publier un album qui retrouve la furie de sa performance scénique : « Allelujah ! Don’t  Bend ! Ascend ! ». Godspeed You ! Black Emperor –titre d’un documentaire japonais des années 50 sur des bikers nippons– parvient enfin à s’y réconcilier avec son public. Un vide sonique attendu par les fans transis du plus grand groupe de post-rock du monde en manque de nouvelles discographiques depuis le controversé « Yanki U.X.O » (produit en 2002 par Steve Albini). Un cinq titres qui avait d’ailleurs divisé les puristes par son caractère jugé trop conventionnel (son trop travaillé, structure plus classique…), bref excessivement produit ! Un simple regard jeté sur le titre de ce cinquième opus, ‘Alléluia ! Ne ployez pas ! Soulevez-vous !’, suffit à nous en convaincre : le combo canadien n’a rien perdu de sa rage, de son mordant politique et de son radicalisme artistique. Un engagement furieux mais tacite, inexprimé –pendant et entre les morceaux– qui s’incruste, se sculpte, s’inscrit avec force dans les titres, les images et les atmosphères étourdissantes du son des instruments. Plus qu’un groupe, GY!BE est une œuvre d’art.

Après un interminable silence ponctué simplement de quelques prestations scéniques restées timidement dans les tympans en 2010, il va sans dire que l’octet canadien était attendu sous les feux de la critique d’un public exigeant pour nous livrer quelques fragments de son cinquième opus (sans compter « Slow Riot for New Zero Kanada ») sur les planches du Cirque Royal de Bruxelles.

Silence on tourne ! C’est dans un décor minimaliste peuplé d’une armée d’instruments (deux batteries, trois guitares, deux basses, un violoncelle et un violon), une scène  plongée dans le noir, illuminée de faibles lumières rouges et surplombée d’un écran géant que les huit musiciens de Montréal prennent place. Sans un mot. Pas de bonjour, pas de merci. Pas une syllabe prononcée durant tout le concert. Inexpressivité absolue s’ouvrant une voie de silence vers le sublime de l’inhumain au-delà des paroles. Ici, les musiciens quasi inexpressifs s’effacent singulièrement pour que seuls transparaissent et parlent les instruments dans un espace unique consacré à l’art brut et abstrait. Bientôt, le voyage sonore et visuel plonge la salle dans un silence fasciné et hypnotique. Tandis que les artistes se taisent, se murent dans un mutisme têtu et infrangible, les instruments grondent, les images vomissent. La photographie et la musique se mêlent et s’entrecroisent dans un parfait crescendo, parfois avec douceur, parfois avec colère, elles subliment l’espace et arrêtent le temps. Une greffe  littéralement chirurgicale entre les deux nous assomme d’une symphonie des temps modernes où les guitares et les cordes se répondent dans le tumulte des révolutions arabes et de l’érable. Les foudres, mises en image et en son, s’abattent sur un système capitaliste dévastateur. Tandis que l’écran affiche ‘HOPE’ en lettres tremblantes, les guitares grognent puis se renforcent du violon alarmiste de Sophie Trudeau. L’âme même s’asphyxie face à ce paysage dévasté et post-apocalyptique. La synchronisation entre image et musique est magistrale et frôle le sublime qui s’ouvre sur le chaos.

Un nihilisme cinématographique qui garde un degré d’abstraction suffisant pour que chacun puisse créer sa propre imagerie mentale. Les lettres imprimées (‘HOPE’, ‘HIV’, …) Les images défilent (maisons délabrées, visages de prisonniers, rouages de mécanisme, images de dossiers classés, terrains vagues, lieux désaffectés, usines en flamme…) en parfaite symbiose avec la musique, laissant filtrer pourtant sans ambiguïté l’idéologie anticapitaliste des huit artistes canadiens.

Deux heures de spectacle pour cette œuvre dont les fondations alternent une succession de crescendos et de plages plus calmes qui, parfois –faut-il l’avouer ?– pourtant concentrés en cinq morceaux (!) tirent en longueur.

Rétif à toute règle, GYBE ! termine son spectacle, non pas par de nouveaux morceaux, évitant ainsi toute promotion, mais par de vieux succès revisités. Ainsi, « Behemoth » (chanson jamais sortie sur album) hausse le ton pour une claque musicale de trois-quarts d’heure. Une épopée qui tarde à laisser place aux 23 minutes de « The Sad Mafioso », compo figurant sur le deuxième elpee, « fa∞ », publié en 1997. D’une mélancolie obsédante, ce titre libérerait le groupe de ses angoisses politiques vécues à cette époque. Il est illustré par une vidéo qui affiche les chiffres de la bourse en rouge sang et des manifestants au pas. Le message final semble désormais clair.

Godspeed You ! Black Emperor, un groupe qui ne laisse pas indifférent et conduit vers des destinations atypiques sans retour.

(Organisation Botanique)

 

Crystal Castles

III

Crystal Castles est un duo canadien réunissant Ethan Kath et Alice Glass. Cette dernière ressemble étrangement à Karen O de Yeah Yeah Yeahs. Ils pratiquent une forme de musique électro au sein de laquelle entre en fusion éléctroclash, noise et hardcore. Et le résultat est impitoyable, dévastateur, assourdissant. Enrichie de bleeps serrés, trashy, triturés ou indistincts, leur expression sonore, largement conçue à l’aide de synthés 8 bits, lorgne manifestement vers Atari Teenage Riot, Alec Empire, T.Raumschmiere et Otto Von Schirach.

Fruit de la rencontre entre punk funk sinistre, trance visionnaire, wave pop circa 80’s et kitsch pop, le deuxième elpee était tout aussi imprévisible et explosif, le couple continuant de repousser les limites de l’électro alternative. Leur troisième cherche davantage l’équilibre entre toutes leurs influences. Première constatation les synthés 8 bits ont été mis au placard. Tout comme les ordinateurs, d’ailleurs.

On retrouve bien sûr les vocaux angoissants de Kate, parfois contenus, parfois spectraux, souvent à peine compréhensibles (NDR : et pourtant, les thèmes des lyrics, traitant par exemple de l’oppression dont sont victimes les femmes ou de l’innocence des enfants, sont engagés) entretiennent une tension sous-jacente. Plus sombre et glacial que le premier opus et moins agressif que le second, « III » flirte épisodiquement avec la pop, la rave et même le hip hop. Mais dans l’ensemble, en écoutant ce disque, on est envahi par des sentiments inconfortables de claustrophobie, d’anxiété et même de frayeur. Des sentiments bien illustrés par l’image de la pochette représentant un cliché de Samuel Aranda, reproduisant un combattant révolutionnaire du Yémen blessé, dans les bras de sa mère (NDR : cette photo lui a permis de décrocher l'Award du World Press Photo of the Year en 2011).

 

Le troc d’Uncommonmenfrommars

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Uncommonmenfrommars est une formation française qui se distingue par son originalité. Sa dernière trouvaille ? Vous assistez à un de leurs concerts et vous repartez avec leur nouvel album, « Easy Cure ». Une initiative qui se déroulera tout au long de leur tournée baptisée ‘Release party’. Un périple au cours duquel, le groupe sera accompagné par le band américain The Shell Corporation. 

En outre, "Easy Cure" est en écoute intégrale sur Bandcamp : http://uncommonmenfrommars.bandcamp.com/

Enfin, Uncommonmenfrommars se produira ce 26 novembre à Bruxelles.

 

 

Les singles de 22 Pistepirkko dans un box

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22 Pisterpirkko publiera un box réunissant 5 compact-discs consacré à ses singles et aux inévitables flips sides, qu’il a publiés à ce jour. Le coffret sera enrichi d’un Dvd. 

http://youtu.be/jrLqHuFnEbc

http://thequietus.com/articles/10154-jon-spencer-blues-explosion-favourite-albums?page=12

 

 

Dropkick Murphys à feu et à sang…

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C’est ce 7 janvier 2013 que paraîtra le nouvel elpee des Dropkick Murphys. Intitulé « Signed and Sealed in Blood », il a été enregistré à Boston sous la houlette du producteur Ted Hutt (Gaslight Anthem) ; Joe Chiccarelli (The White Stripes) se chargeant du mixing. Il s’agira du 8ème elpee de la formation de punk/rock celtique…

 

 

L’éternité suivant Alpha 2.1

Écrit par

Alpha 2.1 est une formation bruxelloise responsable de deux albums à ce jour. « Eternity » est le titre du nouvel opus. Il fait suite à « Infinity » paru l’an dernier. Toujours emmené par Gaethan, alias Mister Gee, le trio a puisé son inspiration dans la technologie du passé (Commodore 64, 8bits, loops et jeux d’époque) pour concocter les 11 compos de cet opus truffé de boucles cycliques,.

En concert au Botanique ce 20 décembre 2012

http://www.facebook.com/alpha2point1

 

Clara Luzia, claire et lumineuse…

Écrit par

Clara Luzia est autrichienne. Issue de la scène indie folk, elle avait décroché un ‘Amadeus Music Award’ (l'équivalent des Victoires), en 2008. Elle vient de faire ses premiers pas en France, en publiant « The Range ». Une compile, réunissant 12 titres puisés au sein de ses quatre premiers elpee parus en Autriche. De quoi permettre aux mélomanes qui avaient manqué les épisodes précédents, d’apprécier le songwriting pop et intimiste, sis quelque part entre Aimee Mann et Regina Spektor, de cette artiste…

http://www.youtube.com/watch?v=ZzWPgcZKxes

http://www.claraluzia.com/

Tracklisting

1. Morning Light
2. Love In Times Of War
3. The Gardener Of The Ground Below
4. Faces (feat. Emma McGlynn)
5. Tidal
6. Fine
7. The Scale (vinyl edit)
8. The Waving Ones
9. Quiet
10. Queen Of The Wolves
11. Sink Like A Stone

12. Nutrition

 

Tomorrow's World est bien dans l’Air.

Écrit par

Tomorrow’s World est un nouveau projet imaginé par Jean-Benoît Dunckel, la moitié de Air, et Lou Hayter, alias The New Sins.

Les sessions d’enregistrement se sont déroulées à Paris. Le duo se partage l’écriture des compos.

En fait, Lou avait été recommandée à Jean-Louis, qui cherchait depuis quelque temps une chanteuse pour monter un projet parallèle à Air. En découvrant The New Sins, il a tellement aimé la voix de la Londonienne, qu’il l’a invitée pour tenter cette nouvelle collaboration. ‘On ne voulait faire qu’un titre, mais on en a finalement mis en boîte onze’, raconte Jean-Benoît.

Pour voir la vidéo de “So Long My Love”, c’est ici

La sortie de l’album est prévue pour mars 2013

 

La tendresse de Stuck in the Sound…

Écrit par

Stuck In The Sound est une valeur sûre de la scène pop/rock hexagonale. Et cette formation l’a démontré tout au long de l’année 2012.

Le groupe nous propose aujourd’hui le nouveau clip réalisé par l’acteur Jalil Lespert ; et il est consacré à la ballade lacrymale « Tender ».

http://www.dailymotion.com/video/xu699a_stuck-in-the-sound-tender_music

http://www.youtube.com/watch?v=AkbCw7oVkw0

http://www.stuckinthesound.com

 

 

Liars

L’art de faire du neuf avec du vieux…

Écrit par

Formation intemporelle par excellence, Liars se produisait ce vendredi 2 novembre au Botanique de Bruxelles, afin de nous présenter son dernier et sixième album, « WIXW » (NDR : prononcez ‘Wish You’). Pour cette formation, il s’agit d’un énième tournant dans leur carrière. C’est donc impatient, que j’attendais la transition de l’album à la scène, de cette nouvelle œuvre. Surtout que le trio jouit d’une belle notoriété en ‘live’…

La première partie du concert était assurée par The Haxon Cloak, projet solo du Londonien Bobby Krlic. L’électronica expérimentale et ténébreuse de l’Insulaire s’adresse surtout aux aficionados d’Aphex Twin et de Burial. Elle se révèle dispensable pour les autres.

C’est à 21h pile que les lumières de l’Orangerie s’éteignent. Il est étonnant que la salle ne soit pas comble. En outre le public réunit une majorité de quadragénaires voire davantage… Il est vrai que leur premier album remonte à une décennie, déjà. Il y a deux ans, lors de leur prestation au même Bota, le line up était enrichi de musiciens de tournée. Aujourd’hui, il se résume au trio de base. Ils portent un costard. Un look qui contraste avec leur tignasse ébouriffée, mais également leur expression sonore si peu conventionnelle…

La première demi-heure du concert est consacrée à leur dernière livraison. Julian Gross, le batteur, reconnaissable à ses deux tresses qui retombent sur ses épaules, passe son temps derrière des synthés tout comme ses acolytes. Si les rythmes tribaux ainsi que les guitares dissonantes sont absentes des premiers morceaux, on reconnaît la patte du groupe : les basses sourdes, le chant si caractéristique du géant Angus Andrew ainsi les ambiances hypnotiques. Pour illuminer cette ‘électro-pop’, un écran diffuse des images psychédéliques. Mais aussi un light show coloré et des stroboscopes. Une mise en scène idéale pour pénétrer dans l’univers vaporeux de Liars. L’auditoire est subjugué par le set. Et pour cause, malgré les gesticulations du chanteur, il écoute et regarde.  

Après quelques titres, Gross prend sa place derrière les fûts, alors que ses compères troquent régulièrement leurs synthés pour la guitare ou la basse.

Cette seconde partie de set va permettre au combo de revisiter leur catalogue, hormis le tout premier elpee, il faut le préciser. Mais pas question de reproduire les compos, comme en studio. Elles sont réadaptées suivant l’inspiration du moment. Et sous cette forme nouvelle, les morceaux se révèlent aussi surprenants qu’impressionnants. Liars est toujours en constante évolution. Il l’a de nouveau démontré. Et mérite amplement son statut de groupe avant-gardiste.   

(Organisation Botanique)

 

M83

Sidéral et... sidérant!

Il y existe peu de groupes contemporains susceptibles de fédérer les générations. Muse, Coldplay, MGMT, Radiohead, sans doute. Et bien, M83 appartient à cette catégorie. Créé par Anthony Gonzales, originaire d'Antibes, M83 combine judicieusement l'héritage du passé et le temps présent. Le passé, ce sont les références au rock progressif (Pink Floyd, Rush, J.-M. Jarre), au krautrock (Kraftwerk, Schulze, Ash Ra Temple) et à la new-wave (Talk Talk, Tears For Fears). Le présent, ce sont les sonorités électropop, voire trance et les voix hyper-trafiquées. On n'est donc pas étonné de rencontrer dans le public de l'AB un mélange de teenagers et de quadragénaires, pour le troisième passage du combo en Belgique en un an, après les Pias Nites en février et les Ardentes en juillet.

En lever de rideau, les Gallois de Man Without Country ont dispensé un set trempé dans un électro-pop-shoegaze de toute bonne facture. Au menu : synthés puissants, guitares cinglantes et vocaux aériens. Contrairement à de nombreux 'supporting acts', Men Without Country a pu bénéficier d’un 'gros son', celui de M83. Un concert intéressant. Leur premier album, "Foe", a été produit par Ken Thomas, qui a aussi mis en forme le "Saturday = Youth" de M83. Un groupe à suivre!

Lorsque retentissent les premières notes, solennelles, du concert de M83, on assiste à la première référence faite au rock progressif. Morgan Kibby, la chanteuse/claviériste, entre seule sur scène vêtue d'une longue robe noire. Elle porte un masque animalier, qui n'est pas sans rappeler la tête de renard arborée par Peter Gabriel chez Genesis. Une référence étonnante! Ensuite, les autres musiciens montent sur les planches ; Anthony Gonzales en tête, suivi de Loïc Maurin aux drums et du tout jeune Jordan Lawlor aux guitares ainsi qu’aux claviers. Lors du morceau judicieusement intitulé "Intro", Morgan prend parfaitement en charge les voix signées originellement en studio par Zola Jesus. Le décor est cosmique, quasi floydien. A cause de ce tapis d'étoiles et des rayons de lumières oniriques. Bref, on est prêt pour un voyage dans l'espace. Direction la galaxie Messier 83 (d'où le nom du groupe). L'AB est sold-out et le public, super chaud!

Après "Teen Angst", un titre électro réminiscent de Fischerspooner, le show prend véritablement son envol. Soit au moment de "Reunion", le deuxième single extrait de "Hurry Up, We're Dreaming". Une plage dont l'intro rappelle immanquablement Rush, un groupe canadien de prog-rock. Lors du refrain, Gonzales a déjà le public en poche ; et pour cause, il parvient déjà à lui faire reprendre en chœur ses ‘Oh oh oh’... Petite surprise ensuite, présentée sous la forme d'un break electro-house et s’achevant par un final grandiose… Regardez ce moment, filmé depuis les balcons ici.

"Sitting" est le premier long instrumental 'psychélectro' du set, une des marques de fabrique de M83. Place alors à "Year One, One UFO", une compo dont les sonorités folk lorgnent tour à tour vers Yes et MGMT. "We Own The Sky" est un autre grand moment : le rythme est plus calme et les voix, aériennes. La fin du morceau a été réarrangée pour la scène. Le rythme accélère soudain, soutenu par le chant répétitif de Morgan Kibby. Inattendu ! "Steve Mc Queen" est un autre exemple de hit électro dominé par les cris de Gonzales et les changements de dynamique. Superbe ! "Wait" constitue leur "Us And Them". Tant les harmonies que la structure du morceau évoquent clairement ce chef-d’œuvre de Pink Floyd. On pense aussi aux œuvres récentes d'Anathema. La fin du morceau est majestueuse, drapée dans des nuages de claviers et traversée par un beau solo de guitare, que Gonzales exécute à genoux, au-devant de la scène. Vidéo: http://youtu.be/UN2XwQB2UXc.

Après "Graveyard Girl", on entend le riff vocal de "Midnight City". Une énorme clameur envahit l'AB. Par ce riff, Gonzales a trouvé un 'hook' universel, qui entre parfaitement en résonance avec notre époque. Il lui suffit de lever les bras en l'air en criant ‘Bruxelles!’ et la foule chante à l'unisson les six célèbres notes, avant qu'un saxophoniste ne vienne quelque peu gâcher cet événement, en balançant un solo bien trop criard. Voir la video ici.

Le corps du spectacle prend alors fin tout en douceur lorsque le paisible "My Tears Are Becoming A Sea" est interprété un demi-ton plus haut que sur disque. Mais le groupe revient bien vite pour interpréter l'excellent "A Guitar And A Heart", un de mes morceaux préférés, tiré de "Before the Dawn Heals Us" (2005). Cette longue progression évoque le célèbre "One Of These Days" de Pink Floyd (paru sur "Meddle" en 1971). Elle est d’ailleurs jouée dans le même ton. Le rythme est martelé sur un tapis de sons synthétiques et enfle petit à petit avant de culminer dans une explosion de drums et de guitares.

Le concert se clôture enfin par le très solennel "Outro" et le tour de force que constitue "Couleurs". Ici, à nouveau, on retrouve une longue construction électronique de plus de 8 minutes. Sur le riff de base dispensé aux synthés, viennent se greffer les rythmiques et les guitares. Le groupe se déchaîne véritablement sur ce morceau, qui se termine dans un orgasme sonore.

C'est incontestable, au vu de leur prestation, M83 est devenu un groupe majeur et peut maintenant jouer dans la cour des grands... Seuls petits bémols, le son un peu trop brut des drums et le problème du playback, malheureusement inévitable de nos jours. Il est difficile d'identifier la véritable participation des musicos. Les seules contributions à 100% live se résument aux voix et à la batterie. Mais ne boudons pas notre plaisir, la setlist était impeccable, les musiciens parfaits, le son énorme et le light show époustouflant. Un concert stellaire, sidéral et... sidérant! 

Setlist

Intro
Teen Angst
Reunion
Sitting
Year One, One UFO
We Own The Sky
Steve McQueen
Wait
Graveyard Girl
Midnight
City
My Tears Are Becoming a Sea

Encore

A Guitar And A Heart
Outro
Couleurs

 

Yan Wagner

Forty Eight Hours

Écrit par

Yan Wagner, quel patronyme prestigieux ! Serait-ce un signe distinctif de mégalomanie ? Ben non, apparemment ce serait son véritable nom de famille. Quoiqu’il en soit, son ancêtre fantasmé apprécierait probablement les constructions de ce nouveau petit prince de la musique électro française.

« Forty Eight Hours » constitue le premier album de cet artiste parisien. Il été produit par Arnaud Rebotini, figure emblématique de la ‘French Touch’ ; et le résultat lorgne manifestement vers New Order voire Depeche Mode (« Stranger in Town », « Abstinence »). Martial, le ton n’est pas à la fête. Caractérisées par leurs beats glaciaux et hantées par la voix détachée et profonde de Yan, réminiscente de Ian Curtis, certaines compos font carrément froid dans le dos (« Strange in Town », « Elementary School »). Certains médias l’ont déjà taxé de dandy. Et comme un dandy peut en attirer un autre, on ne sera pas étonné d’apprendre qu’Etienne Daho a apporté son concours sur le titre « The Only One ». Evoluant dans une mouvance instituée par Lescop, Yan Wagner creuse profondément dans une veine cold-pop réveillant en notre for intérieur, certaines soirées organisées à l’Haçienda, il y déjà trente ans…

 

Douglas Firs

Shimmer & Glow

Écrit par

Le Douglas Firs est un grand conifère qui pousse en Amérique du Nord et en Asie de l’Est. C’est également le patronyme choisi par le Belge Gertjan Van Hellemont, pour son groupe. Agé d’une vingtaine d’années, ce jeune artiste n’est pas un inconnu dans le l’univers musical ‘noir jaune rouge’, puisqu’avant de fonder ce band, il a milité au sein du backing group de Bram Vanparys alias The Bony King Of Nowhere. Et lorsqu’on prend connaissance du nom des musiciens qu’il est parvenu à recruter pour enregistrer ce premier elpee, on se rend compte qu’il n’est pas un néophyte. Et pour cause, il a réussi à débaucher, entre autres, Simon Casier (Balthazar) et Frederik Van Den Berghe (ex-Admiral Freebee).

« Shimmer & Glow » ouvre l’opus. Un excellent titre qui pourrait bien se transformer en tube et envahir les ondes radiophoniques d’ici quelques semaines. Sur « I Don’t Think You’re Good to Have Around », il démontre qu’il est à l’aise dans le blues électrique. Et « Dirty Dog » en est un autre bel exemple. Mais dans l’ensemble, cet opus baigne dans une forme de country/folk mélancolique, hantée tour à tour par Neil Young, Gram Parsons ou encore Bob Dylan. L’instrumentation est d’ailleurs de circonstance : piano, gratte sèche, lap steel, … Van Hellemont possède, en outre, une excellente voix et il parvient à la maîtriser parfaitement. Il ose même monter dans les aigus sur « Pretty Legs and Things to Do », sans la moindre difficulté. .

Excellent, « Shimmer & Glow » est sans doute un des meilleurs albums publié par un artiste belge, cette année. Une belle découverte dont on devrait entendre parler –et en bien– au cours des prochains mois…

 

Rick Holmstrom

Cruel sunrise

Écrit par

Chanteur/compositeur/guitariste californien, Rick Holmstrom est âgé de 47 ans. Il a forgé son expérience en côtoyant quelques grands noms du blues. Notamment le regretté harmoniciste William Clarke, décédé en 1995, ainsi que le vétéran Johnny Dyer. Il a également milité chez les Mighty Flyers, le band d'un autre prestigieux souffleur de la West Coast, Rod Piazza. En 2012, il tourne comme guitariste au sein du backing band de Mavis Staples. Ce brillant instrumentiste avait publié son premier opus solo, en 1996. Intitulé "Look out!", ce disque était paru sur le défunt label né-orléanais Black Top! Entre 2000 et 2006, il va également graver trois autres long playings sur une autre écurie disparue, Tone Cool. En 2007, il passe chez MC, et y signe "Late in the night". Et pour être complet, il a encore sorti "Twist-O-Lettz", en 2010, sur Mocombo, mais sous la formule d’un trio, en compagnie de John ‘Juke’ Logan et Stephen Hodges.

Ce nouvel essai a été concocté au sein du Sound Factory de Hollywood, un disque pour lequel il a reçu le concours de ses fidèles amis, en l’occurrence le batteur Stephen Hodges et Jeff Turmes, préposé à la basse, la slide, au saxophone et aux chœurs.

"Need to dream" ouvre la plaque. Une piste percutante. Un rock classieux, franc et direct. La mise en forme est parfaite. Les trois instruments sont bien en place. Les voix de Rick et Jeff se conjuguent en harmonies beatlenesques sur le refrain. Un refrain contagieux qu’on se surprend à fredonner en leur compagnie. Ce ‘besoin de rêver’ est chargé de promesses. "Cruel sunrise" nous entraîne au cœur des bayous louisianais. Un rock intense aux accents bluesy, digne de la quintessence du mythique Creedence Clearwater Revival. Une excellente piste, au cours de laquelle le refrain est appuyé par le saxophone baryton de Turmes, alors que la guitare s’autorise un envol brillant. Tout en reverb’, le son des cordes est une des marques de fabrique du style Holmstrom. A l’instar de l’intro d’"Owe you everything", une plage au cours de laquelle il partage le chant avec Mavis Staples, une vocaliste que Rick a longtemps suivi sur la route. Et les interventions vocales sont à la fois riches et subtiles. "You drive 'em crazy" est une ballade douce, langoureuse, mais dépouillée. Les cordes sont aussi limpides que chez Neil Young. Pas de temps mort entre les morceaux. Ni de compo faible. Les musicos rivalisent de dextérité. L’esthétisme est omniprésent. La sortie de cordes concédée sur "It's time I lose" est bouleversante. "Creepin' in" lorgne de nouveau vers John Fogerty. "I'll hold you close" baigne dans un océan de mélancolie. La guitare est souveraine tout au long de "Lord please", un titre caractérisé par sa densité rythmique. La voix illumine "I'm not afraid", une chanson à l’atmosphère pop rock.

Cet opus est également sorti en "Deluxe edition", une édition limitée incluant un CD bonus, sur lequel figurent douze plages instrumentales. Le climat y est davantage jazzyfiant. Mais un jazz contemporain qui met en exergue le saxophone et la basse de Jeff Turnes, ainsi que les percus de Stephen. Le blues y est quand même bien présent. A l’instar de "I'm so lonesome I could cry"…

 

Habib Koité & Eric Bibb

Brothers in Bamako

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Eric Bibb a de qui tenir. Son père, Leon, âgé aujourd’hui de 90 balais, était folk singer. Jouissant aujourd’hui d’une solide réputation, Eric est également chanteur, mais aussi guitariste. Sa carrière est conséquente. Et pour cause, il a publié 33 albums studio, sans compter ses projets parallèles, compiles, etc. Son dernier opus solo, "Deeper in the well", est paru cette année.

Habib Koité est malien. Egalement vocaliste et gratteur, il est cependant est né à Thiès, au Sénégal. En 1958. A cette époque, son père travaillait à l'élaboration de la ligne ferroviaire Bamako/Dakar. Après y avoir vécue 6 mois, sa famille est rentrée à Kayes, au Mali. Habib a accompli ses études à l'Institut National des Arts de Bamako. Il devient ensuite professeur de guitare. En 1988, il fonde son groupe Bamada. Le premier album "Muso Ko" paraît en 1995, suivi de "Ma Ya" en 98. Aujourd’hui, il est considéré comme un griot moderne.

C'est en 1999 qu'Habib et Eric se rencontrent et décident de s’intéresser aux affinités entre le blues et la musique malienne. Depuis, Habib se rend souvent aux USA où il s'est fait de nombreux amis comme Bonnie Raitt ou Jackson Browne.

Hormis une reprise, Habib et Eric signent 12 des 13 plages de cette collection, ensemble ou séparément. L'enregistrement a été réalisé à Bamako, en janvier 2012. Le duo y a reçu le concours du percussionniste, Mamadou Kone.

Dès le début de l’elpee, la paire balise le parcours. Eric chante "On my way to Bamako", une de ses propres compos. Les tonalités de la guitare sont bien africaines. Elles évoquent son premier trip en Afrique Occidentale, lorsqu’il avait retrouvé son ami Habib. Ce dernier lui répond aussitôt par son "L.A". Soit son arrivée à Los Angeles arrosée par quelques verres de téquila. Il y avoue d’ailleurs, ‘Tequila makes me happy’. Le rythme s’élève. Les sonorités de cordes sont d’une grande pureté. La musique est simple, allègre, chaleureuse. Naturelle et rafraîchissante, aussi. Les deux artistes sont complémentaires et nous gratifient de répliques tant vocales qu’instrumentales. ‘Réfléchir en solitaire donne longue vie à la pensée’, est une valeur qu’ils partagent sur "Toumani Kelen". Ils se dirigent vers Tombouctou, guidés par les étoiles, sur la mer de sable, au sein d'une caravane qui les amène jusqu’au Puits de l'Espoir. "We don't care". Autrement dit ‘On ne s'en soucie pas’ ou plus banalement encore ‘On s'en fout’. Un cri du cœur : le monde moderne c'est bien, tout comme l'or, les voyages de luxe, le fast food, surtout quand on ne se soucie pas de la vérité sous-jacente. Mais ces réflexions profondes sont dispensées à travers la douceur et la lumière de la musique. Issue de la plume de Koité, "Nani Le" est une très jolie ballade instrumentale, une plage très proche de l’atmosphère du blues. Habib saisit son banjo à six cordes ; et tel un griot, pousse son cri de colère suite à la mort d'un enfant, victime d’une circoncision. La sensibilité de Koité est à son paroxysme sur "Foro Bana", un afro-blues dépouillé pour cette demande en mariage! Après avoir concédé un nouvel interlude instrumental, à la gloire de la déesse de l’eau ("Mami Wata"), le tandem s’attaque à la seule reprise de l’elpee. En l’occurrence une compo notoire issue du répertoire de Bob Dylan, "Blowin' in the wind". Eric est aux vocaux. Il est épaulé par le Finlandais Olli Haavisto, à la pedal steel. Plein de charme, cet opus s’achève par "Goin' down the road feelin' bad", un traditionnel sculpté par des cordes particulièrement subtiles…

Le duo se produira au Centre Culturel d'Auderghem de Bruxelles, ce 20 novembre 2012.

http://www.ticketnet.be/fr/manifestation/idmanif/7314/idtier/289298

 

Corey Lueck

It ain't easy

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Le line up de base de ce band repose sur un trio. Soit le chanteur/harmoniciste Corey Lueck, le guitariste Mike Stubbs et le percussionniste Steve Shermann. Ils sont épaulés par Gordon Aeichele, qui double à la basse et au saxophone. Suivant les sessions et les concerts, le combo reçoit le concours d’autres musicos. La formation est née en 1997. Elle est originaire de Hamilton, une grande ville de l'Ontario, au Canada, pas bien loin des chutes du Niagara. Sa discographie n’est pas très claire. Il semble que le groupe ait enregistré trois elpees (NDR : sur un label obscur) avant de graver "The Smoke Wagon Blues Band and Friends", opus pour lequel il avait reçu le concours de la crème des musiciens canadiens. C’était en 2006. Avant de publier cet "It ain't easy".

Dès l’ouverture, le rythme est excitant. "Devil got my woman" démontre que Corey possède une bonne voix. Très expressive aussi. La rythmique de Mike est bien nerveuse avant de prendre déjà un premier envol. Gordon saisit son sax ténor et embraie. Corey souffle dans son harmonica pour introduire "Hold on to you". Le tempo est indolent. Piano et cordes soutiennent la voix de Lueck, alors réminiscente de Joe Cocker. Mais dès "Josephine", elle retrouve son timbre naturel pour affronter les instruments des musicos décontractés ; c’est-à-dire le dobro de Stubbs, le piano de Jesse O'Brien et les cuivres du Kingston St Quartet. L'ambiance est excellente. Autre blues cool, "Hen house hopping" baigne au cœur d’un climat feutré. Au sein de l’instrumentation acoustique, émerge le dobro de Mike. Une atmosphère que l'on retrouve sur "It ain't easy". Cuivré, "Down hearted blues" est un blues lent classique de toute bonne facture. Le climat devient humide sur "That voodoo". Nous traversons les marais louisianais. La bande sonore est chargée de réverb’… Surprise, Corey est rejoint au chant par Robin Banks, autrefois établie à Dallas, au Texas. Il en profite pour signer sa meilleure sortie sur l'harmonica. Miss Robin se réserve encore les vocaux sur un autre blues intitulé "Where Did I do wrong". La voix de Corey est éraillée, âpre, rugueuse, tout au long de "Tongue tied". Son emprise y est incontestable. Une piste imprimée sur un mid tempo et pimentée par les interventions aux ivoires d’'O'Brien et de Gordon au saxophone. Caressante, la voix devient même envoûtante tout au long de "Damaged time", un blues très proche de Memphis hanté par l'orgue de Nick Succi et le piano de Scott Pritchard. C'est lorsqu'il chante les plages les plus lentes que la voix de Lueck se révèle la plus expressive. A l’instar d’"Ain't no use". Ou encore de "Some other fool", piste au cours de laquelle sa sensibilité est exacerbée. De bonne facture, cet opus s’achève par "Drink by the sink", une piste propice à la bonne humeur. Corey y chante à travers son micro astatique devant le dobro, et distribue quelques petits coups de griffe à l’aide de son harmonica… 

 

Ian Siegal

Candy store kid

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Issu de Memphis, Jim Dickinson est un producteur notoire. Il a notamment bossé pour Ry Cooder, Bob Dylan et Rolling Stones, excusez du peu ! Ses deux fils, Cody et Luther, sont également devenus célèbres. Ils militent chez les North Mississippi All Stars depuis le début de l’aventure de ce groupe, soit en 1996. Ils sont originaires d’Hernando, un patelin sis quelque part dans les collines du Nord du Mississippi. Et si Cody sévit également au sein de Hill Country Revue, Luther double comme gratteur chez les Black Crowes.

Garry Burnside est le neveu du regretté R.L Burnside, le mythique bluesman (NDR : on est toujours dans le Mississippi) considéré comme l'âme du label Fat Possum. Cedric Burnside, le petit-fils de R.L s'est illustré dernièrement, notamment en compagnie de Lightnin' Malcolm. Ensemble, ils ont publié un excellent opus pour Delta Groove, en 2009, "The two men wrecking crew"

Si Alvin Youngblood Hart est né à Oakland, en Californie, il a passé beaucoup de temps dans l'état du Mississippi, c’est-à-dire le plus près possible des racines du blues!

Ian Siegal est un des meilleurs bluesmen anglais. Il s’était mis en tête de réunir tout ce beau monde pour enregistrer un album. Et il est parvenu à ses fins. Il s’est donc rendu à Memphis pour y mettre en boîte sa dernière œuvre, soutenu par toute cette équipe, baptisée pour la circonstance, The Mississippi Mudbloods. Et c’est Cody Dickison qui s’est chargé de la mise en forme, tout comme pour l’elpee précédent "Swaggy" ; ce dernier avait cependant été enregistré à Coldwater, encore et toujours dans le Mississippi!

Ian ouvre l’elpee par le "Bayou country" de Duke Bardwell et Doug Veitsch, une compo écrite il y a bien longtemps, lorsqu’ils accompagnaient Tom Rush. Les interventions de gratte dispensées par Luther Dickinson sont excellentes, mais acides. La lead vocal est enveloppé par un chœur féminin opulent. "Loose cannon" pénètre dans un univers poisseux. Celui des terres ancestrales du Mississippi. Ian chante de son timbre quelque peu ravagé, talonné par les cordes de Youngblood Hart. Embarquement immédiat ! Nous empruntons le chemin de fer. "I am the train" est imprimé sur le rythme endiablé des fûts martelés par Cody, pendant que Hart s'acharne sur son bottleneck. Lightnin' Malcolm se joint à Ian pour chanter son "So much trouble". Un hillbilly blues qui fleure bon les collines du Nord Mississippi, un parfum épicé par des guitares torturées et le sitar de Luther. "Kingfish" nous plonge au cœur du delta. Naturel, le chant est soutenu par des guitares parfaitement en symbiose. Authentique, cette musique suit les traces laissées par Charlie Patton, Son House et Robert Johnson. Particulièrement grave et autoritaire, la voix s’installe en avant-plan tout au long de "The fear". Un sentiment de peur causé par la rythmique menaçante et hypnotique nous envahit, tout au long de cette remarquable composition. La rythmique de Cody entre en transe sur "Earlie Grace jnr", alors que la slide s'enroule autour de la voix possédée de Siegal. Texan, H B Barnum est pianiste. Ce vétéran est un excellent arrangeur. "Green power" est une chanson issue de sa plume. Caractérisée par la voix sauvage, cette plage fait instantanément mouche.  "Strong woman" trempe dans le Delta blues. Un morceau bien rythmé, au cours duquel Cedric donne la réplique vocale, alors que les cordes du maître restent bien en évidence. Nous nous approchons des marais étouffants du Sud. Le tempo commence à paresser et les vocaux se décontractent. Un sentiment de mélancolie et de langueur nous envahit tout au long de "Rodeo", un petit joyau dans le style, que Cody colore à l'orgue pour renforcer davantage cette douceur retrouvée. D’excellente facture, cet opus s’achève par "Hard pressed", une compo légèrement funkysante (cette rythmique !), balayée d’interventions à la slide vivifiantes, mais dont la voix rocailleuse émerge assez facilement de l’ensemble.

 

Dionysos

Un univers surréaliste, mais rock'n'roll…

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Jeudi 1er novembre, je me remets à peine de la quasi-overdose de barbituriques ingurgités la veille. Il est à peine 9 heures, et mon téléphone m'arrache des bras de Morphée :

 - Bernard ? Ici Bernard.
- Qu'est-ce qui me vaut ?
- Tu m'as énervé, l'autre jour, à l'assemblée des actionnaires du magazine, à me répéter pour la énième fois que le rock français était mort depuis la disparition de Fred Chichin...
- Ouais, et alors ?
- Alors ? Pour ta peine, tu iras photographier Dionysos, ce soir à l'Ancienne Belgique...
- .....
- Tu es toujours en ligne ?
- Ouais, ouais, je sniffais un rail de coke pour me réveiller un peu....
- Alors, ta réponse ?
- Dois voir avec ma patronne, tu sais bien.... Chououou, Dionysos, tu aimes ?
- J'aime bien les titres qui passent à la radio, pourquoi ?
- Bernard, tu vois que le rock en France est mort, ma femme aime bien ton groupe à la noix.
- M'en fous, tu emmènes ta femme, ta maîtresse, ton chien ; c’est pas mon problème. Mais tu y vas et tu me ramènes des images...

Il raccroche le téléphone. Faut pas l'énerver, le rédac’ chef, il a un de ces caractères... Et il n'aime pas que les actionnaires assistent défoncés à ses conseils d'administration....

J'appelle des potes, ils sont partants, c'est pas sold out, ils pourront acheter des tickets ce soir. Au moins, si je m'emmerde comme je l'imagine, je pourrai descendre des bières au foyer, et dépenser ainsi le défraiement honteux que je réclame pour mes services.

On mange un morceau vite fait, les festivités démarrent tôt ce soir, le groupe est annoncé à 20:30 sur les planches de l'AB. Pas le temps de chercher un peu de crack pour me mettre en forme ; tant pis, j'assisterai presque sobre à ce concert, ça me changera...

Je m'attends au pire, et de fait, dès les premières notes, j’aperçois un guignol monter sur les planches affublé d’une tête d'oiseau. Il est accompagné de gentils garçons propres sur eux. Ils sont vêtus de noir (chemises, costumes), une cravate rouge du plus bel effet bien nouée autour du cou. Il est inscrit en backdrop la mention "Bird 'N' Roll". Et en grand ! Ça rocke, les oiseaux, peut-être ? Et la petite ballerine qui s'installe sur la droite de la scène, elle joue du rock’n’roll, elle ?

Me demandez pas ce que j'ai pensé des 3 premières chansons, j'étais tellement à l'affût d'un rayon de lumière blanche qui n’est jamais venu qu’il ne m’en reste qu’un souvenir vague. Ben oui, on a beau être un déchet humain, on n'en n'est pas moins pro quand on shoote, chez MusicZine.

Je rejoins mes potes et ma tendre moitié qui ont déjà un sourire comme une banane, et j’écoute. Ça balance pas mal, mais il y a trop de titres down tempo à mon goût. Heureusement, les Français assènent en milieu de parcours leurs titres les plus connus de leur répertoire ; et l’inculte que je suis doit reconnaître que ça commence à envoyer pas mal. "Miss Acacia", "Mc Enroe's Poetry", "Tom Cloudman" et "Song for Jedi" balancés à la suite, ça dépote, je l’admets. La petite Babet parvient rapidement à faire oublier son mini gabarit et impose sa présence sur le podium ; et Mr. Malzieu, quelques bains de foule plus tard, libère enfin toute son énergie. Après avoir invité quelques filles sur l’estrade pour leur apprendre le fameux "Bird 'n' roll", le combo calme quelque peu les esprits avant de se retirer symboliquement quelques instants et de revenir un sourire jusqu’aux oreilles, enfin aussi large que ceux aperçus autour de moi.

Mathias présente le groupe ; ce qui permet à chaque musico de faire son numéro : ici une petite blague, là un solo de perceuse, etc. Et c’est durant ce rappel que Mathias, complètement barge, crowdsurfe jusqu'au balcon. Il s'y fait hisser, et lorsqu’il atteint le haut des gradins, un porte-voix l'attend opportunément. Après avoir concédé quelques paroles, il redescend, emprunte le balcon latéral, et bien entendu atterrit dans la foule... Pile poil sur ma tronche. Trop heureux, Bernie...

Le concert se termine comme il a commencé, Mathias réenfilant sa tête d'oiseau. Le show a duré presque deux heures, et j’avoue m’être laissé emporter dans l'univers rock et surréaliste de Dionysos. Le rock français, mea culpa (NDR : j'imagine le sourire sadique de mon tortionnaire de rédac'chef), a encore de beaux jours devant lui ; et en particulier grâce à ces allumés de première classe.

Setlist :

Intro
Bird'n'Roll
June Carter en slim
Tais-toi mon cœur
Dreamoscope
Le Grand Cheval aux yeux gris
Coccinelle
Le jour le plus froid du monde
Miss Acacia
Mc Enroe's Poetry
Tom Cloudman
Song for Jedi
Can I
Spidergirl blues
Dark side
Platini(s)
Wet

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(Organisation Live Nation)

The Junction (Italy)

Let me out !

Écrit par

The Junction ne nous vient pas de l’Albion, mais de Padoue, en Italie. Faut donc croire que Francesco, Marco et Alberto ont écouté la britpop en boucle pour concocter une telle musique. A première écoute, on pense à Bloc Party. A cause de ces mélodies limpides, entêtantes, découpées dans les cordes de guitare spasmodiques et stimulées par une ligne de basse caoutchouteuse. Et puis de la manière de reprendre les refrains en chœur.

« Run and Look Away » ouvre l’elpee. La compo la plus pop du long playing. Hormis la ballade « Sleeping dancer », le reste des compos est davantage sculptée dans le punk. L’énergie y est d’ailleurs très palpable. Mais chez The Junction, il n’y a pas de chanteur de la trempe de Kele Okereke. Le vocaliste manque de rigueur dans ses inflexions. Il arrive même que son timbre déraille. En fait, sa voix me fait surtout penser à celle d’Eddie Argos d’Art Brut ; même si le Transalpin ose chanter. Et « Wake Up » en est une parfaite illustration.  

A défaut d’être exceptionnel, « Let Me Out ! » est agréable à l’écoute. Et puis, il ne dure qu’une trentaine de minutes. Enfin, The Junction est plus que probablement le plus anglais des groupes italiens. Ce qui constitue, ma foi, une forme d’originalité…