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The Gotobeds

Blood / Sugar / Secs / Traffic

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Le revival post/punk fume encore et toujours… The Gotobeds en est une nouvelle illustration –diablement– vivante, à travers son second elpee au titre pastichant le célèbre « Blood Sugar Sex Magic » du Red Hot Chili Peppers. « Blood Sugar Secs Traffic » revisite l’héritage de Wire (NDR : le patronyme du groupe n’est autre que le nom de famille de Robert ‘Gotobed’ Grey, son batteur, auquel un ‘s’ a été ajouté), The Fall ainsi que Mission of Burma. Tout en manifestant une rage et un humour qui font plaisir fou à entendre !

Ces musiciens issus de Pittsburgh dégainent d’entrée par le brûlant « Real Maths/Too Much », une plage truffée de guitares ‘noise’. Eli Kasan, le chanteur, scande ses textes ironiques et cyniques dans un style très ‘Mark E. Smithien’ (NDR : tout le monde en prend pour son grade… de New York à Los Angeles) tandis que les deux grattes guerroient en formant un fatras parfois chaotique, très susceptible de consommer du math/rock (« Amazing Supermarkets »), du punk particulièrement énergique (« Brass Not Rash », « Why’d You ? »), tout en préservant aussi –et c’est heureux– le sens mélodique (« Red Alphabet »). Go to Bed ? Impossible à l’écoute de ce condensé hyper référencé mais tellement sincère et passionné.

 

Garbage

Strange little birds

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En 2001, Garbage commet un album indigne des sa réputation. « BeautyfulGarbage » prélude une longue traversée du désert, émaillée de dissensions, de séparations et de reformations. Le band grave quand même « Bleed like me », en 2005, et « Not Your Kind of People », en 2012, deux long playings d’honnête facture, sans plus. Mais le charme semble rompu. Et puis plus grand monde ne croit encore à la résurrection du band de Madison. Surprise, en juin dernier, la formation publie un sixième LP studio, « Strange little birds ». Et la surprise est d’autant plus frappante, que le disque tient la route. On y retrouve ce climat si spécifique aux deux premiers essais (« Garbage », « Version 2.0 »). Et puis ce parfait équilibre entre instrumentation organique et électronique. Oh bien sûr, tout n’est pas parfait. Il y a bien l’une ou l’autre compo trempée dans le trip hop énigmatique, parfois quand même mélodramatique ; mais sans que les chansons ne dérapent dans la mièvrerie. Les aficionados diront sans doute que c’est le terrain idéal pour que la voix sensuelle, sinueuse et ébréchée de Shirley puisse épancher toute sa charge émotionnelle. Et puis surtout l’album recèle quelques excellentes pistes. A l’instar d’« Empty », caractérisé par ses accès noisy ‘mybloodyvalentinesques’, de « Blackout », aux accents cold wave (Cure ?), des épiques « Magnetized » et « Amends » ainsi que du fulgurant « So we can stay alive ». Shirley Manson, Steve Marker, Duke Erikson et Butch Vig sont peut-être revenus à temps pour rappeler qu’il est préférable de mettre l’électro au service du rock, plutôt que l’inverse…

 

Chris Forsyth

The Rarity of Experience I + II

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Etabli à Philadelphie, Chris Forsyth est un guitariste/compositeur américain dont la carrière a commencé au tout début de ce millénaire. Avant de fonder le Solar Motel Band, en 2013, il a milité au sein d’une multitude de groupes. Mais il a surtout longtemps sévi dans la zone crépusculaire de l’underground, publiant quelques albums en solitaire, dont un certain « Kenzo Deluxe », en 2012. Nous y reviendrons. Tout comme sur le rôle de Richard Lloyd (Television), en compagnie duquel il a approfondi une certaine technique de guitare.

Sur ce double compact disc, le Solar Motel Band réunit Nick Millevoi à la seconde gratte, Peter Kerlin à la basse et Steven Urgo aux drums. Depuis, la sortie de cet opus, ce dernier a cédé les baguettes à Ray Kubian. Lors des sessions, il a également reçu le concours de quelques invités, dont le claviériste Shawn E. Hansen et le saxophoniste Daniel Carter.

La seconde plaque est sans doute la moins intéressante. En ouverture, « The First ten minutes of Cocksucker Blues » figurait sur l’album « Kenzo Deluxe ». Mais on ne peut pas dire que cette nouvelle version casse la baraque. Une forme de prog/rock/jazz essentiellement alimentée par des percus tribales et bien sûr la guitare de Forsyth ; le tout infiltré par un filet de clavier et traversé par saxophone plutôt free, exécuté dans l’esprit de Miles Davis. Deux autres morceaux trempent davantage dans l’ambient, même si « Old Phase » se distingue par des poussées de fièvre électriques. Enfin, on épinglera quand même la reprise du « The calvary cross » de Richard Thompson ». Chris y marmonne ses lyrics, sur une trame sonore imprimée sur un mid tempo tout en véhiculant, circonstanciellement, des accents crazyhorsiens.

Mais venons-en à la galette la plus accomplie. Les guitares sont bien sûr toujours au centre des débats. Cependant, elles évoluent dans un contexte bien plus rock, s’appuyant sur une solide section rythmique. Les deux versions de « The rarity of experience » sont épatantes. La texture de la deuxième est sculptée dans le funk blanc, même si le soliste libère des notes aussi limpides que lumineuses. Sur la première, nonobstant le riff emprunté au « Pinball wizard » du Who, c’est le spectre de Television qui se met à planer ; spectre qui rôde également tout au long de « High castle rock ». Quand au trois autres pistes (« Anthem » I et II ainsi que « Harmonium dance »), elles nous replongent dans l’univers West coast du début des 70’s, si bien incarné par Grateful Dead. Des morceaux qui dépassent le plus souvent les 10 minutes et rappellent les jams mémorables immortalisées par le groupe de feu Jerry Garcia. Et franchement, si vous aimez ce type de musique, vous ne serez pas déçus…

 

Lee Delray

Brand new man

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Né en Floride, Lee Delray a longtemps vécu à New York City. Il a eu l’opportunité de voir Pete Seeger et Elvis Presley en concert. C’est au cours des années 80, qu’il apprend à jouer de la guitare. Il y aborde aussi bien le heavy metal, le punk que la country. Puis, à l’écoute de Muddy Waters, Bo Diddley, Chuck Berry, Buddy Holly, mais également de BB King, Albert King et Luther Allison, il s’intéresse au rock’n’roll et surtout au blues. Il se convertit alors au blues/rock et décide alors de partir en tournée. Inlassablement. Il doit d’ailleurs attendre 2013 pour publier son premier opus, "570 – BLUES". Autoproduit, son deuxième, "Brand new man", vient donc de paraître. Lee compose l’essentiel de son répertoire. Lors des sessions, il a reçu le concours de sa section rythmique constituée du batteur Ken Conklin et du bassiste Scott Ward.

Véritable brûlot, "Meet my maker" ouvre les hostilités. La slide est bien réverbérée. La voix très présente. Une puissance naturelle émane de ce qui constitue –probablement– la meilleure plage de l’elpee. Qui ne recèle qu’une seule cover : "I’ll play the blues for you". Ecrite par Jerry Beach, cette compo avait permis à Albert King de décrocher un beau succès en 1962. Personnalisée, la nouvelle version inclut une partie déclamatoire assurée par un rappeur, avant que Lee ne se réserve un solo de bonne facture. "First string man" évolue dans un registre semblable. Mais c’est Young Chizz qui se charge de la partie rap, alors que Deejay Nogood se concentre sur ses platines. Du hip-hop-blues original ! La voix est autoritaire ; et débridée, trafiquée, une gratte s’invite dans le jeu de quilles. Blues/rock très classique, "Blues came callin’" est soutenu par une rythmique très solide. Delray est au micro. Et il remplit de sa gratte, tous les espaces, en égrenant de petits chapelets de notes bien senties, avant de s’autoriser un envol tout en puissance. "Love line" baigne dans le soul/rock. La voix est lumineuse. S’appuyant sur une rythmique funk, la plage met en exergue la six cordes, manifestement hantée par Duane Allman. Et c’est une heureuse surprise ! Slow/blues, "Cookin’ in my kitchen" fait un peu pâle figure. Faut dire que la voix de Lee manque de puissance. Dans ces conditions, difficile de s’éclater. Shuffle brûlant, "Hollar" se distingue par la slide bien affûtée. "Gotcha" libère une bonne dose de swing. Un blues dynamique abordé dans l’esprit de BB King. Bien construit, le solo de Lee décolle impeccablement. Dommage que la section rythmique soit aussi statique. Solide r&b, « Mine all mine » est une piste dansante. La voix colle bien au style et Delray signe à coup sûr un de ses meilleurs envols sur les cordes. Ballade country/roots, "Yesterday’s tears" clôt le long playing. La mélodie est accrocheuse. La voix, plus paisible. La section rythmique, différente. Lenny Hayden aux cordes acoustiques et Mike Smith à l’harmo y tirent leur épingle du jeu. Une finale qui ne manque pas de charme.

 

Animal Collective

Painting with

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Si en live, les musiciens d’Animal Collective sont comparés à des astronautes à la dérive, il faut reconnaître que sur disque, ils débordent de créativité. Et c’est à nouveau le cas pour « Painting with », leur dixième elpee studio. L’originalité de cet opus procède de l’utilisation des vocaux. Bien qu’harmonieuses et abordées dans l’esprit des Beach Boys, les syllabes de mots sont découpées suivant un processus technologique ; ce qui rend le processus totalement désorientant. Pour ne pas dire hallucinogène. Le single qui ouvre l’opus, « Floridada », en est sans doute la plus belle illustration. Et ce sont ces voix –parfois utilisées sous la forme de questions/réponses– qui servent de fil conducteur à une configuration alternative de psychédélisme sonique, aventureux, entretenue aussi bien par l’instrumentation organique que les beats, loops, samples et autres bidouillages électroniques. Vraiment bluffant !

Vague

In the meantime

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Vague est un quintet autrichien ; issu de Vienne très exactement. « In the meantime » constitue son premier opus. Un disque découpé en 10 titres qui devrait plaire aux nostalgiques des guitares à la ligne claire. Trois gratteurs alimentent l’expression sonore. Des cordes bringuebalantes, tintinnabulantes, lumineuses, gémissantes et limpides rencontrent des accords plaqués, pour former une texture savoureuse, inspirée par des groupes comme Galaxie 500, Bats ou Chills. Ben oui, la scène néo-zélandaise quoi ! Celle qui a sévi au cours des 90’s ; même si Dean Wareham s’est rapidement exilé aux States. Parfois la ligne de basse est plus ténébreuse voire caoutchouteuse ; surtout quand elle se calque sur la cold wave. La voix n’est pas inoubliable, mais l’ensemble tient parfaitement la route. Et franchement, cette Vague est vraiment rafraîchissante…

 

Mustii

Une chorégraphie bien personnelle…

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En septembre 2015, Mustii se produisait en supporting act de Nicola Testa, à l’Alhambra de Mons. Quels chemins parcourus par ces deux artistes depuis ! Ce soir, Thomas Mustin, aka Mustii, est en tête d’affiche au Cirque Royal. Et le concert est presque sold out.

C’est en 2015 que Mustii signe sur le label de Kid Noize, Black Gizah. Il y publie d’abord les singles « The Golden Age » et « Feed Me ». Depuis, il a gravé un Ep, « The Darknest Night », en février dernier ; et son premier elpee devrait paraître début de l’an prochain. Tout en émargeant à l’électro/pop, cet artiste est un véritable showman. Car sur les planches, il exécute une véritable chorégraphie. Et il l’avait démontré, huit mois plus tôt, lors de sa release party, organisée au Botanique. Faut dire qu’il est également comédien, rôle qu’il assume tant au théâtre que pour des séries télévisées…

La première partie est assurée par le trio bruxellois Hydrogen Sea. Comme en novembre de l’an dernier, lors du concert de Selah Sue. Le duo de base réunit la chanteuse Birsen Uçar et le multi-instrumentiste (guitare, claviers) PJ Seaux. A son actif un Ep (« Court The Dark ») et un nouvel album (« In dreams », paru en septembre) ; mais surtout ses deux singles, « Only Oleanders » et « Wear Out ». Régulièrement diffusés sur les ondes radiophoniques, ils ont permis au tandem de se faire connaître. Mais aussi de jouer à New York. Depuis, un drummer a étoffé le line up.

Sur l’estrade la formation est constituée en triangle, sans doute pour manifester sa cohésion. Mais paradoxalement, la figure est inversée, car la pointe, assurée par la vocaliste, est en retrait. Tiens elle a changé la couleur de ses cheveux. Ils ne sont plus blonds mais de couleur jais. Tout comme ses fringues.

Le set s’ouvre par un extrait du dernier elpee, « Another Skin ». Les percus sont sauvages, les beats electro, agressifs. Birsen joint le geste à la parole. Ce qu’on appelle aussi le langage des mains. Sa voix est tour à tour entêtante, susurrée, fragile, mystérieuse, limpide, atmosphérique ou puissante ; et elle colle parfaitement à l’electronica/pop visionnaire et envoûtante dispensée par la formation.

Une expression sonore qui doit autant à Massive Attack, Beach House que Little Dragon. Lorsque le claviériste empoigne sa gratte, c’est pour insérer une boucle dans sa loop machine, afin de pouvoir continuer à balancer ses beats électro. « Murky Waters » est un morceau plus dansant alors que balisé par les ivoires, « Before I Go » est un titre plus pop, sucré, accessible. Quant à « Worry », il est davantage sculpté dans le rock. Une reprise : le « Wandering Star » de Portishead. Le jeu de lumière passe alors au rouge. Bien que très personnelle, la version est superbe. PJ brandit son iPhone. En quelques secondes la foule l’imite ; et une multitude de lueurs brille dans l’auditoire. Et le set de s’achever par l’inévitable hit, « Wear Out ». Manifestement, Hydrogen Sea maîtrise de mieux en mieux son sujet…

Des rumeurs avaient circulées toute la journée, concernant une éventuelle annulation du spectacle. Mustii serait grippé. Des racontars infondés, car il va nous réserver un show de 150 minutes…

L’auditoire est chaud boulette avant la montée sur les planches du Bruxellois. Deux petites estrades sont disposées sur le podium. Une à gauche pour le claviériste/bidouilleur. Une à droite pour le drummer (NDR : c’est lui qui est grippé ; mais il est bien au poste). Thomas fait face à un véritable mur de lumières pour attaquer « Intro-21 Century Boy ». Il dissimule ses yeux sous un masque noir ajouré, créé par le modiste Elvis Pompilio. Et porte un survêtement en toile de lin au-dessus de ses vêtements en cuir. Le tout de couleur noire. Son spectacle est rythmé par sa chorégraphie. Il interpelle les spectateurs par sa gestuelle, du doigt ou du bras ; ou alors leur adresse directement la parole. Il prend régulièrement des bains de foule, serre des mains tout en arborant un large sourire. On le sent heureux c’être là ; et le public féminin semble sous son charme. Mustii aurait pu naître d’un croisement entre David Bowie et Dave Gahan, mais un Gahan qui aurait chopé le grain de folie de Jimmy Somerville. Puissante, chaude, la voix est capable de monter aussi bien dans les graves que les aigus. Il adapte le « Heroes » de Bowie », comme s’il cherchait à ressusciter The Duke, période berlinoise. Outre les 5 perles de son Ep, il nous réserve également quelques jolies ballades ténébreuses. Et il clôt magistralement son show par « Where Do I Belong », de la même manière qu’il l’avait entamé ; soit face au mur de lumières, et affublé du masque ajouré. Un spectacle royal accordé au Cirque… quoi de plus naturel…

Setlist : « Intro-21 Century Boy », « I Would Love To Save The World », « Did You Try », « The Cave », « The Darkest Night », « The Bride », « Witness », « Heroes », « People Are Running  Streets », « The Golden Age », « Aching », « Roadtrip In The Dark », « Safety Zone », « You Own Cathedral », « Feed Me », « Where Do I Belong ».

(Organisation : Botanique + Stlive)

Ben Harper

Aux innocents les mains pleines

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Votre serviteur avait assisté, pour la première fois, à un concert de Ben Harper, en 1998. C’était à Torhout (NDR : dans le cadre du festival jumelé Torhout/Werchter). Etonnant que près de 20 ans plus tard, il soit toujours dans le circuit en compagnie de ses vieux comparses, The Innocent Criminals. En 2015, la troupe s’était à nouveau produite à Werchter ; et cette année, elle est repartie en tournée mondiale, un périple baptisé « Call It What It Is », soit le titre du nouvel opus. Il transitait donc par les Hauts-de-France, et plus précisément le Zénith de Lille, ce jeudi 20 octobre. Retour sur un concert très très bien ‘roadé’…

The Jack Moves est prévu en supporting act. Malheureusement, malgré un départ de plus de 2h30 avant le début de sa prestation, je ne suis parvenu à assister qu’aux remerciements adressés par Zee Desmondes et Teddy Powell, à la foule. ‘What a pity !’ Il faut cependant souligner que le concert de Ben Harper a suscité un énorme engouement dans le Nord de la France. Ce qui explique la véritable cohue, autour du Zénith Arena. Le parking est blindé, la fosse pleine à craquer, et les gradins se remplissent à une vitesse vertigineuse.

21h05 les lumières s’éteignent. Le show peut commencer. La foule est déjà survoltée. Les premiers rangs sont carrément compressés contre les barrières. Le personnel de la sécurité est particulièrement à cran. La nervosité, vraiment palpable.

Représentée par une immense cible, le décor est inspiré de l’artwork du long playing « Speak Out-A Bluegrass Tribute ». Un oiseau en bois surplombe un petit meuble ; et un tissu coloré à motifs psychédéliques pend négligemment le long du clavier.

Chapeau vissé sur le crâne, Ben Harper grimpe sur l’estrade. Il est accompagné de ses Innocents Criminals. Il y a une telle ferveur dans les acclamations qu’elles en deviennent impressionnantes. Issu de « Fight For Your Mind », « Oppression », ouvre les hostilités. De quoi ravir l’auditoire. Le concert va alterner les genres, depuis la soul au blues en passant par le rock et le folk, sans oublier le reggae.

Aux percus, Leon Mobley affiche une maîtrise stupéfiante. D’abord sur le plus reggae « Finding Our Way ». Puis lorsqu’il s’autorise un solo en avant-scène pour « Burn One Down ». Mais encore lors d’un trio qu’il partage en compagnie du bassiste Juan Nelson et du gratteur Michael Ward, sur « Don’t Take That Attitude To Your Grave ». Mais en général, ce dernier semble quelque peu absent. Quant à Jason Yates, malgré son look de vieux corsaire, il se révèle plutôt discret. Le musicien qui brille vraiment de mille feux, c’est Juan Nelson. Il épate par sa technique et sa capacité à suivre (ou précéder) Ben Harper. Pendant « Fight For Your Mind/Them Changes », lui et Ben exécutent un long passage instrumental. Aussi, fascinée, la foule l’ovationne pour l’encourager. Après ce morceau, Haper va même plaisanter en déclarant : ‘Je ne peux pas le suivre !’.

Ben Harper est un excellent communicateur. Que ce soit vis-à-vis de ses musiciens que de l’auditoire, qu’il remercie à maintes reprises, parfois la main sur le coeur, comme s’il était submergé par une certaine émotion.

Il tend aussi le micro vers la foule pour l’inviter à chanter sur « Finding Our Way », l’incite à frapper dans les mains en rythme ou à les lever « With My Own Two Hands ». Sous les lumières du Zenith Arena rallumées pour la circonstance, tout le monde s’exécute, des premiers rangs aux derniers gradins du fond de la salle, pour ce long moment de communion.

Outre sa technique remarquable affichée, notamment lorsqu’il se sert de la slide, le Californien Ben Harper possède une excellente voix. Et son interprétation a capella et sans micro d’une partie de « Morning Yearning » a de quoi clouer le public sur place. La performance subjugue, et l’assemblée l’écoute religieusement avant de l’applaudir longuement.

Ben Harper rappellera aussi The Jack Moves sur l’estrade pour interpréter « Under Pressure », en hommage à Freddy Mercury et David Bowie, avant de terminer ces deux heures de concert par un solo acoustique sur « Waiting On An Angel ». Il est alors seul sur les planches face à un auditoire ébahi…

Donc le concert était génial. Pour être honnête, il ne m’a pas totalement convaincu. Pourtant, le son était nickel. Et la technique des musicos, irréprochable. Je vais encore me faire des amis, mais soit… En fait, j’ai eu l’impression d’assister au spectacle d’une véritable machine de guerre. Tous les rouages étaient parfaitement huilés. C’était même digne d’un show permanent à Las Vegas. A aucun moment, je n’ai ressenti une réelle émotion dans ses propos ou ses gestes ; que ce soit le poing levé ou la main sur le cœur. Tout semblait calculé comme dans une production hollywoodienne. Aucune place n’a été laissée à la spontanéité. Même le rappel et les reprises étaient savamment arrangés. Il y a fort à parier que si vous assistez à deux shows de cette tournée, vous retrouverez la même selist, les mêmes clins d’œil adressés au public, les mêmes attitudes censées communiquer des émotions… finalement, il ne changerait peut-être, que de t-shirt…

Quel dommage de voir un tel artiste se laisser bouffer par le système –et il n’est pas le seul– dans l’unique objectif de privilégier la rentabilité ; alors qu’il a le talent pour improviser à travers des jams mémorables… qui le rendraient célèbre… C’est un choix !

Voir aussi la section photos ici

(Org: FLP + Divan Production)

 

Jamie Lidell

Jamie Le Bienheureux

Écrit par

Actif sur une multitude de fronts depuis ses débuts (NDR : en 2000), dans des univers louvoyant entre soul, électro et funk, l’Anglais Jamie Lidell s’est taillé peu à peu une place à part dans l’univers musical actuel. Un véritable OVNI naviguant au sein d’une galaxie particulière : trop expérimentale pour le haut des charts (malgré le récent revival soul dont il aurait pu bénéficier…) mais toujours un brin trop pop pour les auditeurs les plus audacieux. L’anguille Jamie bénéfice toutefois d’un succès d’estime et critique mérité malgré quelques albums pas particulièrement faciles d’accès (« Compass », produit par Beck) sauvés par d’évidentes qualités de composition et une voix en or.

Afin de défendre « Building A Beginning », son dernier et plus accessible opus, le soulman anglais venait saluer la capitale de la Belgique ; tout particulièrement au sein de sa toujours impeccable salle de l’Ancienne Belgique. Un public assez conséquent accueille le musicien, aujourd’hui établi à Nashville, accompagné d’un impressionnant backing-band du cru, The Royal Pharaohs, constitué de 8 musiciens au groove véritablement imparable. Toujours souriant, Jamie Lidell débute son set pied au plancher par le single « Multiply » après une intro d’une belle coolitude offerte par ses pharaons. Le son, au début un peu faiblard, s’améliorera au fur et à mesure du show mais sa voix du crooner est, elle, dès la première note, d’une infinie justesse… et très rapidement le spectacle se transforme en véritable ‘feelgood concert’ grâce à des morceaux évoluant entre funk endiablé et soul quasiment guimauve ; même si les morceaux énergiques se taillent la part du lion. Seul bémol, comme sur disque, les compositions de Sir Lidell manquent parfois d’accroches mélodiques et tendent à se confondre si on excepte les singles « A Little Bit More », « Another Day » ou le plus récent « Walk Right Back ». Toutefois l’homme et son groupe élargi s’avèrent être de véritables showmen et la maîtrise des musiciens permet au show de monter en puissance tout en communiquant à chaque spectateur une mini banane… et définitivement de quoi passer un agréable vendredi en pensée.

Impossible en effet de sortir d’un concert de Jamie Lidell avec des idées noires tant la positivité des émotions et la justesse de sa voix combinées en font des moments de liesse collective. Merci Jamie donc…

(Organisation : Ancienne Belgique + Live Nation)

Mesparrow met sa "Jungle contemporaine" sur "Les écrans"

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L'album "Jungle contemporaine" de la Française Mesparrow est disponible depuis ce 14 octobre. L'occasion de découvrir le clip "Les écrans" réalisé par Gaëtan Chataigner.

La couleur blanche ou le retour d’Auryn

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Après quelques années d’absence, la chanteuse Auryn nous revient sous un nouveau nom « VALKØ »("Couleur blanche" en finnois).  Pour lancer cette nouvelle aventure, elle sortira ce 31 octobre  un EP, intitulé « This Kind Of Game ». 

Pour les moins patients d’entre vous, deux titres de l’EP sont déjà disponibles sur You Tube : «  This Kind of Game » et « The Grace of Peace » .

À noter qu'un concert aura lieu le 30 octobre pour lancer l'EP au Botanique à Bruxelles. 

Pour suivre l’actualité de la chanteuse, c’est sur Facebook que ça se passe en cliquant ici .

Vianney s'offre un nouvel album

Écrit par
Le nouvel album de Vianney sort le 25 novembre prochain. Intitulé de son propre nom, c'est le titre "Je m'en vais", une ballade évoquant une rupture amoureuse, qui emmène l'ensemble du disque. Le jeune chanteur français sera aussi présent aux Pias Nites des 8 et 9 décembre. Les places seront mises en ventes à partir de ce mercredi 19 octobre à 10h.

Ok Choral a le "Vertige"

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Après "Collision" et "Liste noire", Ok Choral est de retour avec "Vertige" dont les textes en français flirtent avec une pop noire et synthétique.
Un hommage vibrant à Bashung, Daho et Taxi Girl.

Giedré anime "Le Roi des animaux"

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Giedré ne fait jamais tout à fait comme les autres. Pour son nouveau clip qui accompagne "Les rois des animaux", elle offre un petit bijou d'animation. Il est à peu près aussi poétique et délicat que les paroles de ses chansons. Un petit film écrit par elle-même et réalisé par Anaïs Chevillard. A noter encore que Giedré sera encore en concert en Belgique le 10 décembre au Reflektor à Liège.

"Les Hurlements d'Léo" s'estompent, "Wallace" s'élève

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R1 Wallace (Erwan Naour de son vrai nom), cofondateur du groupe "Les Hurlements d'Léo", démarre une nouvelle vie musicale avec son nouveau projet Wallace. Le premier album est disponible depuis ce 14 octobre et on y retrouve de la chanson française avec une couleur sonore inimitable, quelques grammes de rage, de tendresse, du violon, des guitares manouches ou énervées, des synthétiseurs. "C'était toi" , "Le sang des baleines" ou encore "Ma part d'ange" sont disponibles à l'écoute sur Youtube.

"Cantona" dans Le Dernier Métro

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Le Dernier Métro a dévoilé, il y a quelques jours, son nouveau titre "Cantona" . L'occasion de se faire une nouvelle idée sur leur premier EP "Comptines pour Hooligans" qui sortira le 24 octobre. C'est le second morceau que le groupe de rock français offre au public puisque "Joséphine" flirte  avec les 10 000 vues sur Youtube.

Le Dernier Métro, c’est la rencontre entre Margot, inconditionnelle de pop française et Bruno, nostalgique des riffs endiablés de la surf-music, désormais rejoints par Amyn à la basse. Cette alchimie parfaite nous offre un résultat surprenant : des tubes rythmés et dynamiques qui font danser toutes les générations.

Ben Harper

A l’aise dans tous les styles…

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La dernière fois que votre serviteur avait assisté à un concert de Ben Harper, c’était en 2014. Au Cirque Royal. L’artiste était accompagné par l’harmoniciste Charlie Musselwhite. Un set qui s’était enfoncé au plus profond du Bayou. Ce soir, le Californien est programmé au Club de Forest National ; la capacité de la salle est donc réduite à plus ou moins 4 000 personnes. Et elle est sold out, car le deuxième balcon a été condamné ; une tenture noire séparant d’ailleurs le poulailler du reste de l’hémicycle.

The Jack Moves assure le supporting act. Comme pour toute la tournée européenne ; un périple baptisé ‘Call It What It Is Tour’. Le premier elpee (NDR: il est éponyme) de ce duo originaire du New Jersey est paru en décembre dernier. Prévu pour 20 heures, le set démarre un quart d’heure plus tôt. Cheveux longs, pantalons à pattes d’éph’ et chaussures à hauts talons, Zee Desmondes s’installe à l’avant du podium. Il se consacre au chant et à la guitare. Il est soutenu par le drummer/producteur Teddy Powell. Mais en ‘live’, le tandem est épaulé par un bassiste (bonnet enfoncé sur le crâne) et un claviériste.

Bien funky/r&b, « Doublin' Down » ouvre le set. La voix de Zee est particulièrement soul. La frappe de Teddy est métronomique. Les interventions des claviers sont discrètes mais efficaces. On se croirait revenu au beau milieu des années 60. Et tout particulièrement au cœur de l’âge d’or de la Motown. Zee se distingue à la gratte tout au long du magistral « All My Love », une compo hantée par Nile Rodgers. Sa voix est alors empreinte d’une grande tendresse. La cover du « A Fool For You » est excellente. Pendant le langoureux « Make Love », des sonorités de clochettes s’élèvent des synthés. De quoi faire tomber en pâmoison le public féminin. Une autre reprise, le « Heavy Love Affair » de Marvin Gaye. Revue et corrigée par la formation, cette version est épatante. Et « We'Re Here Now » clôt cette excellente prestation, un morceau dominé par les synthés, que ce soit à travers les sonorités d’ivoires ou même de cuivres, reproduites par cet instrument. Dommage que le band ne soit pas un peu plus interactif…

Agé aujourd’hui de 47 ans, Ben(jamin Chase) Harper a donc décidé de remonter son premier groupe : The Innocent Criminals. Vingt-cinq ans quand même que le guitariste californien roule sa bosse. Sa musique mêle rock, folk, blues, roots, gospel, funk et reggae. Outre ce combo liminaire, il a également drivé The Blind Boys Of Alabama et Relentless Seven. Ce soir, il a donc décidé d’en revenir aux sources pour défendre son quinzième album, « Call It What It Is ». Son backing group implique le percussionniste Leon Mobley, le claviériste Jason Yates, le bassiste Juan Nelson, le drummer Olivier Charles et enfin le second gratteur Jason Mozersky, qui remplace Michael Ward depuis mai dernier

Les lumières s’éteignent vers 20h50. En arrière-plan, une toile, sur laquelle est représenté le sigle du dernier opus (NDR : une cible de tir au couleurs verte, orange et brune) de Ben Harper & The Innocent Criminals, est tendue. Deux estrades sont érigées sur le podium. L’une est destinée à Leone et l’autre à Olivier. Harper s’installe au centre, face à son micro. Soit debout. Ou assis, quand il y pose sa guitare sur les genoux. Il est coiffé d’un chapeau mou de couleur blanche. « Oppression » (« Fight For Your Mind  ») ouvre le set. La voix est douce, hantée, mais bien maîtrisée. Yates, bandana bleu lui enserrant le front, et le drummer assurent les backing vocals.

Dès « Don't Take That Attitude to Your Grave » (« Welcome to the Cruel World », 1994), Ben passe à la guitare électrique. Le public applaudit chaleureusement. Régulièrement, la main sur le cœur, il remercie la foule. Il signale que c'est un réel plaisir de jouer ce soir devant un tel public. Qui reprend les refrains en chœur. La température grimpe graduellement. Il revient à la semi-acoustique pour « Finding Our Way », un premier extrait du nouvel opus. Si la set list va puiser au sein des 15 long playings de Harper, elle va quand même privilégier le dernier en date. Pendant « In the Colors » (« Lifeline »), des lumières blanches balayent les premiers rangs de la fosse. Et Ben accorde un solo magistral de percus, en fin de parcours. Il cale sa gratte sur les genoux pour attaquer « Shine ». Il transpire de plus en plus. Aussi, il glisse un essuie éponge de couleur noire sous son couvre-chef, avant d’empoigner le micro pour aborder « Morning Yearning » (« Both Sides of the Gun », 2006). La basse compte cinq cordes. Ce n'est pas courant. Tour à tour, Ben caresse ou martyrise les siennes. Les interventions du percussionniste et du bassiste sont impressionnantes. C’est d’ailleurs en compagnie de ce dernier que Ben va opérer un duel de plus de 15 minutes. Son partenaire au banjo. Harper, à la gratte, posée sur les genoux. Une joute endiablée et terriblement excitante, démontrant ainsi que Ben est à l’aise dans tous les styles. Et le concert de s’achever par « How Dark Is Gone ».

« Burn One Down » et « Where Could I Go » sont interprétés lors du premier rappel. Mais également « Under Pressure ». Pour cette cover signée Queen/Bowie, The Jack Moves débarque, au grand complet, sur les planches. Un très grand moment au cours duquel les artistes vont littéralement vider leurs tripes.

Lors du second encore, Ben revient seul. Il s’accompagne à la sèche électrifiée pour nous réserver son « Waiting On An Angel ».

Ce soir, flanqué de ses Innocent Criminals, Ben Harper a accordé un show exceptionnel. De plus de 150 minutes. Aussi, le public a le droit d’être satisfait. Il semble même comblé. Et dans la tête de votre serviteur, résonne l’un ou l’autre refrain, qu’il fredonne secrètement, le cœur empli de joie… et il n’est pas le seul…

(Organisation : Live Nation)

Voir aussi le reportage photos consacré au concert accordé par Ben Harper & The Innocent Criminals, à Lille, ce 20 octobre, ici.

 

 

 

Eli ‘Paperboy’ Reed

My way home

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De son véritable nom Eli Husock, Eli ‘Paperboy’ Reed, est chanteur/compositeur. Il est originaire du Massachusetts. Avant d’entamer une carrière dans l’univers de la soul, il a pas mal bourlingué. Il a ainsi transité par Clarksdale, dans le Mississippi, afin de s’imprégner de la culture des juke joints. Puis, il a sévi à Chicago, pour y étudier la sociologie. De retour à Boston, il enregistre son premier opus, "Sings walkin’ and talkin’ for my girl and other smash hits!", en 2005. Il embraie par "Roll with You", en 2008. Ensuite par "Come and get it!", en 2010 ; un elpee qui paraît chez Capitol. Puis, il grave "Nights like this", en 2014, sur le label Warner. Le succès est rapidement au rendez-vous. Personnelle, la soul de cet artiste, lui permet de tourner à travers le monde, et tout particulièrement en Europe et en Australie.

Pour publier ce nouvel LP, Eli a encore changé d’écurie. Il a signé chez Yep Roc. Ce cinquième long playing a été enregistré au sein d’un studio de Brooklyn. ‘Paperboy’ signe les onze plages. Il se charge des vocaux et de la guitare et est soutenu par son backing group ; en l’occurrence l’organiste J.B Flatt, le bassiste Michael Montgomery, le drummer Noah Rubin ainsi que le percussionniste Loren Humphrey.

"Hold out" ouvre la plaque. On a l’impression de replonger au cœur d’une autre époque ; celle au cours de laquelle les juke-boxes guidaient nos choix musicaux. Particulière, autoritaire, la voix d’Eli–soul of course– est plutôt criarde ; mais elle trace la ligne de conduite. En outre, il se révèle excellent gratteur. Dansante, cette compo est tapissée par les interventions chaleureuses de l’orgue et enrichie de chœurs. Blues lent, "Your sins will find you out" est de la même trempe. "Cut ya down" est un traditionnel gospel. Judicieusement arrangé par Mr Reed, cette plage est traduite en funk et r&b. Soutenu par une voix de baryton, il chante remarquablement l’indolent "Movin’", une autre ballade r&b. Excellent morceau, "Tomorrow’s not promised" trempe dans la soul/pop. Ballade indolente, "My way home" lorgne vers Sam Cooke, même si la voix d’Eli est plus puissante. Une légende qui hante également "I’d rather be alone", un blues aux accents subtilement orientaux. Excellent ! Plus blues, "Eyes on you" met en exergue les percussions de Rubin et Humphrey. Des percus qui libèrent toute leur puissance sur "A few more days", un r&b dynamique qui déménage littéralement. Gospel participatif, "The strangest thing" est imprimé sur un tempo enlevé. Une plage vraiment irrésistible. Introduite par des cordes acoustiques et tapissée par l’orgue, "What have we done" est une ballade flemmarde qui met davantage l’accent sur les vocaux.

 

Radio Moscow

Live ! In California

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Radio Moscow est une formation issue de l’Iowa qui compte déjà une dizaine d’années d’existence. Elle pratique une forme de psyché/blues. A sa tête, un remarquable gratteur, Parker Griggs. Il se sert d’une Fender Stratocaster et voue tout naturellement un culte à Jimi Hendrix. Mais si ses interventions sont expérimentales, il n’hésite pas à asséner des riffs écrasants, réminiscents de Black Sabbath. Et ce cocktail semble avoir charmé les oreilles de Dan Auerbach (Black Keys), puisqu’il a mis en boîte le premier elpee du band. Eponyme, il est paru en 2006. Le combo va alors embrayer par "Brain Cycles", en 2009, "The Great Escape of Leslie Magnafuzz", en 2011, et enfin "Magical Dirt", en 2014 ; ces trois disques sur le label Alive. Depuis, le band s’est installé du côté de San Diego ; et il nous propose son premier essai en ‘live’. Baptisé "Live in California", il a été immortalisé au Satellite de Los Angeles, en décembre 2015. Parker Griggs s’y appuie sur sa solide section rythmique constituée du bassiste Anthony Meier et du drummer Paul Marrone. L’essentiel du tracklisting est issu de deux long playings de référence, "Brain Cycles" et "Magical dirt".

Dès les premiers accords dispensés sur "I just don’t know", le fantôme de Jimi Hendrix rôde. Mais si la voix a davantage de pêche, ses interventions à la gratte sont aussi déjantées qu’impressionnantes. Il les maîtrise, même lorsqu’elles sont truffées d’effets larsen. "Death of a queen" reproduit la même formule. Indolent, "Broke down" véhicule des accents bluesy. Amorcée par des riffs lourds ‘Sabbathiques’, elle glisse progressivement dans une jam aux relents psychédéliques. "I don’t need nobody" appuie sur l’accélérateur ; il s’agit de la seule plage issue de "The great escape of Leslie Magnafuzz". La section rythmique, et tout particulièrement la ligne de basse, balise les digressions dont s’autorise le soliste dans un climat fiévreux. "250 miles" marque une pause. Mais dès l’instrumental "Brain cycles", l’aventure ressemble à une fureur de vivre ! "Before it burns" nous entraîne dans un univers ravagé par le psychédélisme. Délirant ! Les cordes subissent les derniers outrages et cherchent désespérément "The escape", une piste qui aurait pu figurer au répertoire des Groundhogs, un groupe insulaire qui s’était illustré lors du post blues boom. "City lights" adopte un format davantage delta blues. A cause de la slide. Et puis des interventions vocales caverneuses, tellement proches de celles de Tony McPhee. Une voix très mâle qui s’impose sur "Change of fate", un titre dont l’orgie sonore évoque l’incontournable Blue Cheer. Blues primaire, âpre, "Deep blue sea" (NDR : un extrait de "Radio Moscow") rappelle carrément le "Red house" du maître Hendrix. Et notre gratteur s’autorise un dernier délire, à travers "No good woman", un blues qui s’enfonce profondément dans un trip hallucinogène. L’opus recèle encore trois titres issus de "Magical dirt" ; trois morceaux qui s’inscrivent parfaitement dans l’esprit de ce concert particulièrement énergique, dynamique et quand même un peu fêlé… 

 

The One Armed Man

Paper Bird

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Ce sont deux oreilles attentives qui se concentrent pour écouter « Paper Bird », le second album de ce quatuor français au patronyme manchot. Fondé en 2012, The One Armed Man réunit Pierre Vasseur (chant, guitare), Loïc Haas (guitare), François-Xavier Laurent (basse) et Colin Schaub (batterie). « Paper Bird » est un concept album narrant l’histoire d’un mystérieux jeune homme –nommé Toma– se réveillant dans une maison inconnue, totalement amnésique. Il essaiera de retrouver la mémoire grâce à des ‘oiseaux de papier’…

Ces musiciens strasbourgeois sont de clairs adeptes d’un rock classique, puissant, quoique ténébreux, aux réminiscences tour à tour bluesy (« Amnesia »), psychédéliques (« Whispers in the Dark » au parfum oriental) et parfois légèrement stoner (« The Paper Bird Killer »). Mais ce rock un brin trop classique voire conventionnel a trop souvent un air de trop entendu. Et malgré d’intéressants cuivres sur le single parfaitement ficelé « Halo », la jolie ballade crépusculaire « In the Warm Sunlight » et un « Sweet Anger » découpé dans des solos de grattes efficaces, il faut avouer qu’aucune piste ne parvient vraiment à prendre son envol…

 

Jean-Louis Murat

Morituri

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Ecrit durant l’été, mais enregistré à Paris, quelques jours seulement après les évènements tragiques qui ont ébranlé la France en novembre 2015, le quinzième opus de Murat s’intitule cyniquement « Morituri » (‘Ceux qui vont mourir’).

Pour enregistrer cet opus, l’artiste a reçu le concours de collaborateurs notoires ; et tout particulièrement Gael Rakotondrabe aux claviers, Christopher James Thomas à la basse ainsi que Stéphane Reynaud à la batterie. Et celui dont la réputation de bougre n’est plus à démontrer, propose une œuvre qui lorgne ici davantage vers le pop-jazz.

Ce long format s’inscrit dignement dans la parfaite continuité de la carrière de l’artiste ! Les arrangements sont intelligemment construits et subtils ! Ils s’effacent quelquefois pour permettre à la voix profonde de se poser, adoptant même parfois des accents ‘biolesques’ surprenants...

Ici ou là, quelques nappes de synthé discrètes viennent enjoliver subrepticement un travail abouti. Peut-être aurait-il été intéressant d’y ajouter quelques cuivres pour rendre les chansons un peu plus rondes encore. Mais, c’est un choix de production qu’il convient de respecter ! Morgane Imbeaud (ex-Cocoon) vient poser ses douces cordes vocales sur quelques pistes, notamment sur la plage éponyme.

Que l’auditeur ne s’y trompe pas ! L’approche est certes épurée, mais pas minimaliste pour autant ! Cette quasi-absence de musicalité renforce l’atmosphère obscure qui auréole les 11 compos de ce disque.

Au-delà des textes annonçant ou dénonçant les affres d’une société maladive (comme sur le très réussi « Interroge la jument »), l’angulaire reste dogmatique, légère, profonde, voire presque poétique et limite instable. L’artiste s’amuse et s’invite aussi dans le quotidien d’anonymes ("Marguerite", "Francky" ou encore "La Pharmacienne d’Yvetot").

Les thématiques sont dépeintes sans aucune d’idéologie politique, sociale ou religieuse. Ni même sans haine, ni vergogne lorsqu’il évoque les pires barbaries.

Le phrasé surplombe le son, lorsque ce n’est pas l’inverse ! Chaque écoute permet de lever le voile d’un univers paradoxal situé à mi-chemin entre l’ombre et la lumière. C’est à la fois beau, enjoué, mélancolique et boisé.

Une belle réussite !