Tout est fini pour Sprints…

Le groupe de Dublin, Sprints, sortira son deuxième album, « All That Is Over », le 26 septembre. Bien reçu par la critique, son premier long playing, « Letter To Self » (2024), a marqué le groupe comme une force majeure dans le paysage alternatif et a été…

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Denver ou DNVR ?

DNVR est l'étoile montante de la scène soul française, fusionnant les grooves sensuels des années 60, l’âme vibrante de la Motown, et l’improvisation subtile du jazz. Formé de sept musiciens passionnés, le groupe (qui se prononce Denver) propose une musique à…

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Mama Killa

Get your own (Ep)

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‘Mama Killa’ c’est une divinité inca dans la mythologie et la religion incas. Mais également une légende construite par un quatuor bruxellois (Alsemberg) pour justifier son patronyme. Car cette ‘Mama Killa’ serait une dangereuse psychopathe changée en poupée par une sorcière. Elle part donc à la recherche de son fils, ‘Jean-Sébastien Killa’, et engage quatre musiciens afin qu’ils interprètent et chantent ses textes. Le line up du band réunit Ben Derycke (batterie), Raph Troes (basse), Tim Meura (guitare) et Vince Lachenal (guitare, voix). Et apparemment, il a bien été choisi pour accomplir ce challenge !

Derrière tout ce concept, se cache donc un groupe responsable d’un premier Ep qui tient la route. Le combo reconnaît pour influences majeures, Queens of The Stone Age, The Melvins, Fu Manchu ou encore Mastodon. Chez Mama Killa, la première guitare est puissante et la basse écrasante, la seconde gratte se chargeant de tracer les mélodies. Sur les trois premiers morceaux, Vincent Lachenal pose ses textes, alors que des chœurs viennent sporadiquement enrichir l’ensemble. Reste donc une dernière plage. Un instrumental percutant et hypnotique. Intitulé « Name Rub », il est hanté par un sample tout droit sorti d’un film d’épouvante (du moins on peut le supposer)…

Espérons que le fils Killa ne soit pas retrouvé de sitôt, histoire de voir ce que Mama Killa a dans le ventre…

 

James Irwin

Unreal

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Irréelle ou plutôt céleste, c’est en effet l’impression laissée par la voix de James Irwin (NDR : un Californien d’adoption), qui évolue dans un registre proche de Jason Lytle… Elle est même cotonneuse voire visionnaire, et très susceptible de vous propulser en apesanteur. Et tout particulièrement tout au long de son second elpee, « Unreal ». Pas étonnant que l’autre James Irwin, renseigné par Wikipédia, soit un astronaute qui avait participé au vol d’Apollo 15.

Responsable d’un premier essai acoustique en 2012, intitulé « Western Transport », le Canadien a décidé d’étoffer ses compos. Le saxo de « Walls Around Nothing » répond aux échos de « Did You Hear Who Shot Sam ? », une compo magnifique, mélancolique, aux sonorités réverbérées, dont les lyrics évoquent la mort de Sam Cooke, ainsi qu’à ceux de « Blood Going Back in Time ». Mélodieux, « Everything Passed Me By » bénéficie d’arrangements soignés. Si « Walls Around Nothing » est légèrement dansant, « Face Value » baigne dans les claviers 80’s. Seul, au sein de son studio, Irwin a peaufiné à l’extrême les 9 pistes de ce long playing, bien moins fictives que supposées. « Unreal » un rêve ‘chill’ devenu réalité…

 

Garadh

Need A Change

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Cette formation est née à Genève. En 2004. Le line up impliquait trois frères : le guitariste/chanteur Edward, le chanteur François et le drummer Mathieu Hay. Ainsi que le bassiste Yves Mabillard. La formation n’a vécu aucun mouvement depuis le début de son aventure. Elle avait enregistré une démo 8 titres en 2005. Deux ans plus tard, elle signe chez Blacksmithmusic. Et en 2008, elle y publie l'album « Ascent ». Les concerts se multiplient au sein de leur Suisse natale, ce qui va lui permettre d’acquérir une certaine notoriété locale. Et elle grave son second LP, « The Burden Of Absence », en 2012.

Pour concocter ce troisième long playing, le combo a fait appel au crowdfunding (NDR : c’est à la mode !) Et a décidé de se charger de la mise en forme, avant de lancer la soumission sur la plateforme helvète Wemakeit. En un temps record, la somme est récoltée. Ce qui permet à « Need A Change » de voir le jour ce 15 avril 2015.

« Broken Angel » est une compo électrique est sauvage. La voix lorgne manifestement vers Robert Plant. Langoureux, « There Is No Reason » est une incitation à rejoindre le dancefloor. « I Still Want Your Desire » est une jolie ballade. « The Seafarer », un titre bien musclé.  

Lors des sessions, le combo a invité deux dames. Tout d’abord Doris Sergy, dont la voix mélancolique berce « By All The Things You Learned ». Puis, Danila Ivanov. Son violoncelle communique un sentiment de nostalgie à « Everyone Is Right », une ballade empreinte de tendresse. En fait, les deux vocalistes ont des organes totalement différents. L’un a une voix sculptée pour le métal, capable de la pousser dans ses derniers retranchements. L’autre, plus fragile, colle mieux aux chansons qui privilégient les arrangements complexes et les harmonies accrocheuses.

Bien balisée par la section rythmique, « Need A Chance » affiche un haut potentiel radiophonique. « Every Single Day », c’est le premier single qui a précédé la sortie du long playing. Il est sur la toile.

Sculpté dans le rock mélodique, « Eager For Rock » remue les tripes, même s’il concède un goût de gruyère très prononcé. « Unbelievable Dreams » nous replonge au début 70’s, un morceau atmosphérique incrusté des sonorités de gratte expérimentales, ondoyantes, fulgurantes, et lustré par de superbes harmonies.

« Hopeless » et « Calypso Cries » nécessitent plusieurs écoutes avant d’être appréciés à leur juste saveur. Mais dès que votre matière grise les a bien assimilés, il est difficile de s’en débarrasser, tellement ils deviennent contagieux. 

 

Graham Candy

Holding Up Balloons (Ep)

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Graham Candy est né à Auckland, en Nouvelle-Zélande. Il y a grandi. C'est le plus jeune d'une famille de 4 enfants. Peu studieux, il rêve déjà de se consacrer à la musique, au cinéma et à la danse. En 2012, il est repéré par un label allemand. Qui le signe et l’invite à rejoindre Berlin, pour donner une nouvelle impulsion à sa carrière. 

C'est donc en Allemagne que l’artiste commence à prendre ses marques. Il y rencontre les Dj's Parov Stelar et Alle Farben aux studios Riverside de Kreuzberg. Il apporte son concours aux vocaux à deux compos du second cité, en 2014, « She Moves » et « Sometimes ». Elles deviennent d’énormes tubes outre-Rhin.

Graham possède une voix particulière. Androgyne et légèrement ébréchée. Un peu dans le registre d’Asaf Avidan, mais sans –ou très rarement– la teinte soul.

Pour concocter cet Ep 4 titres, il a reçu la collaboration du groupe teuton… « Holding Up Ballons » est une compo pop sucrée et lumineuse. Ce titre a comptabilisé 5 millions d'écoutes sur la seule plate-forme. C'est fou !

« Worth It All » baigne au sein d’une forme de trip hop. Envoûtante, troublante, cette plage fait la part belle aux chœurs, nappes de synthé complexes et samples…

« Addictive Personality » est contaminé par quelques beats électro. Une piste indolente qu’interprète Candy d’un timbre délicat, instinctif… Langoureux, « Don't You Worry » incite à rejoindre le dancefloor. Plus soul, sa voix est ici la plus proche d’Asaf Avidan. 

A conseiller, si vous appréciez Two Kids In Holiday. « Plan A », son premier véritable album, devrait paraître en septembre 2015.

Black Mirrors

Black Mirrors (Ep)

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Marcella Di Troia a une fameuse voix. Probablement hantée par Janis Joplin. Elle affiche un look improbable. De Sioux, pour être plus précis. Ses plumes, ses grelots et la fine bande noire sur les yeux et le nez accentuent le côté sauvage et mystérieux de la chamane. C’est aussi la chanteuse de Black Mirrors, un groupe issu du Brabant wallon, au sein duquel militent également le gratteur Pierre Lateur, le bassiste Gino Caponi et le drummer Edouard Cabuy.

Le quatuor pratique un stoner boosté à la testostérone. Mais un stoner susceptible de déraper dans le blues, le rock, le garage ou le métal. L’influence de Queens of The Stone Age est palpable. Mais aussi de Jimi Hendrix. A cause de ces riffs de guitare incandescents, incendiaires, volcaniques même, et puis de cette frénésie électrique. 

Des accords de guitare qui donnent le ton dès « The Mess ». Derrière son micro, Marcella vous remue les tripes.

La section rythmique balise un train d’enfer à « Make The Same Old Day ». Les années Woodstock refont surface…

Plus classique, « Something », permet au chant de Marcella d’adopter des intonations plus douces et rocailleuses.

Une voix qui exprime tout son potentiel sur « Mind Shape ». Les riffs de guitare son précis. Les drums métronomiques.

Et « Drop D » de clore ce superbe Ep dans un climat bien stoner.

Valium Tremens

Valium Tremens (Ep)

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Valium Tremens est issu des Hauts-de-Seine, en région parisienne. Fondé en 2013, son line up impliquait alors le drummer Djo, le chanteur Martin, le bassiste Matt ainsi que les gratteurs Chris et Nikooz. Depuis, trois des musicos ont quitté le navire.

« Post Coïtal Blues » ouvre l’Ep. Un titre de stoner gras, huileux même. Lourds, métalliques, les riffs évoquent Black Sabbath. « Ta nuit » est davantage incisif. Nonobstant une intro paisible, « Chambre 2220 » est plus écrasant. Et l’envol des guitares atteint même un point de saturation qui exclut tout retour en arrière. « Lâche pas l’morcif » est une piste imprimée sur un tempo plus rapide. Et manifestement, il ne faut pas lâcher le morceau que l'on tient bien entre les dents.

Valium Tremens s’inspire des seventies, mais les adapte sous une forme contemporaine. La voix de Martin est aussi puissante et percutante que celle du chanteur d’ AqME, Vincent. Et les lyrics sont également interprétés dans la langue de Voltaire.

Quatre titres, c’est un peu court pour se faire une bonne idée de leur potentiel ; mais cet Ep augure un futur intéressant…

Nouvel album pour Julia Holter

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Amateur de la douce voix de Julia Holter, réjouissez-vous !  La jolie américaine sera de retour le 25 septembre prochain avec un nouvel album intitulé « Have You In My Wilderness ». La chanteuse a également dévoilé son premier single « Fell You ». Vous pouvez le visionner ici.

Tracklisting :

   1. Feel You

   2. Silhouette

   3. How Long?

   4. Lucette Stranded On The Island

   5. Sea Calls Me Home

   6. Night Song

   7. Everytime Boots

   8. Betsy On The Roof

   9. Vasquez

   10. Have You In My Wilderness

Down et Corrosion of Conformity bientôt en studio

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Lors d'une récente interview accordée au site Internet musical Loudwire, Pepper Keenan, guitariste des deux formations, était questionné quant à son implication actuelle dans Corrosion of Conformity, en faisant allusion notamment au dernier album enregistré qu'il avait enregistré avec le groupe (In the Arms of God, sorti en 2005) : « Oh mec, je me souviens encore quand on avait tout terminé et que je me suis « c’est vraiment le mieux que je pouvais faire » [rires] C’était pour moi le pinacle de l’écriture musicale et de la production. Je pense qu’on avait tapé dans le mille. J’étais vraiment très fier de cet album ».
 
Un tel engouement nostalgique qui pourrait laisser peut-être présager un nouvel album en présence du vocaliste/guitariste... Interrogé à ce propos, il répond : « En effet, on a quelques idées. Le fait de jouer à nouveau ensemble nous a remis dans le groove. Ce qu’on donne actuellement en live fait flipper les gens, c’est incroyable. Mon catalyseur pourrait être de partir de ce que nous avons fait sur ‘In the Arms of God’, ce qui représenterait un défi de taille. On ne prend pas ça à la légère et on sait qu’on va y être confrontés un jour ou l'autre, on doit juste se lancer », a-t-il confié.
 
D’un autre côté, il n’est un secret pour personne que le temps libre de Keenan a complètement été accaparé dernièrement par Down. Quand est évoqué son futur proche, il déclare : « Je suis complètement full. On va bientôt participer au Motorboat Cruise, avant d'enchainer avec quelques festivals américains avec Corrosion of Conformity. Down fera également quelques dates en août, que ce soit des shows en solo ou en festival. On est également prêt pour bosser sur le nouvel EP de Down. Mon agenda est complètement bouché jusqu’à Noël », conclut-il.
 
Patience…
 

Joe BeL

A l’instinct…

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Elle est belle, rousse et a des yeux noisette. Une jeune artiste pleine de talent. Elle est timide aussi, mais capable de se transcender sur les planches. Et nous vient de Lyon. Joe BeL se produira dans le cadre du Brussels Summer Festival le 18 août 2015 et le 29 janvier 2016 au Club de l'Ancienne Belgique. Chaude, sa voix campe un hybride entre Nneka, Selah Sue, Nina Simone, Norah Jones et BJ Scott, le grain soul de Sarah Carlier, en plus. Elle a accordé une interview à Musiczine, dans le Château du Parc d'Enghien, lors du festival LaSemo.

Alors que tu suivais des cours d’histoire de l’Art, tu as quitté prématurément tes études, pour te lancer dans l’univers de la musique. Pas de regrets ?

Pas du tout. Mais, il est vrai que j’ai pris un risque. Ce monde m’était totalement inconnu. J'écrivais déjà beaucoup de chansons. A un certain moment, j’ai voulu partager cette passion avec d’autres ; et je n’ai plus eu le choix. C'est le point de départ.

Par quel hasard as-tu rencontré Asaf Avidan ?

Un coup de bol. Son producteur de spectacles lui avait proposé plusieurs artistes pour assurer le supporting act. Je figurais dans la liste. Je l’ignorais. Deux semaines avant de partir, j’ai reçu un coup de fil pour me signaler qu’Asaf m’avait choisie pour l’accompagner sur sa tournée. J'ai accepté et tout annulé tout ce que j'avais prévu. Et je l’ai suivi. C'était en 2013.

Quel est ton parcours musical ? Et à partir de quel moment as-tu décidé de t’entourer de collaborateurs ?

Je me suis produit sous différentes formules. D'abord, en solo avec ma guitare acoustique et ma voix. Puis en duo. Il y a deux ans. Benoît Richou alterne alors entre guitare et basse. Enfin, en trio. Lorsque Jean Prat est venu nous rejoindre pour assurer les drums. Nous sommes tous issus de Lyon. Je me consacre également au piano et Jean au synthétiseur. Fin janvier 2016, c’est sous ce line up que nous nous produirons au Club de l'Ancienne Belgique.

Ta chanson « Ten » abord le thème des premiers amours difficiles. Soit ça passe ou ça casse. Du vécu ?

Tomber amoureux une seconde fois est de l’ordre du possible. Souvent on imagine qu’on ne pourra jamais retrouver une relation aussi intense. Dans la vie, en général, on peut vivre des tas de premières fois. Mais ces histoires seront systématiquement différentes. Elles peuvent même devenir aussi fortes, si pas plus. Mais pas la peine de se faire de fausses idées, en amour, on ne revivra jamais le même scénario.

« Stronger » est une compo fragile. Est-ce le reflet de ta personnalité ?

Oui, je suis fragile et je l'assume. Nous avons tous des faiblesses. Ce qui va nous rendre plus fort, c’est de s'en rendre compte et les assumer, au lieu de les cacher, à soi-même est aux autres, pour paraître invincible. Il est important de bien connaître ses propres failles, et ne pas craindre de les révéler à autrui. C'est cela la vraie force. Et c’est le thème de cette chanson.

Lors de tes concerts, et je l’ai encore remarqué aujourd’hui, certains spectateurs son inattentifs et bavardent. C’est dérangeant ?

Au début de ma carrière, cette attitude m'indisposait quelque peu et surtout me déconcentrait. Comme je n’avais pas encore suffisamment de planches, j'étais perturbée. Lorsque j’assiste personnellement à un spectacle, il m’arrive de causer avec mon entourage, tout en écoutant la musique. Parler ne veut pas dire que les spectateurs s’ennuient. Peut-être ont-ils envie d’échanger leurs impressions. Mais lorsque certains individus se mettent à élever la voix ou à hurler, c’est parce qu’ils se fichent royalement du concert. En plein air, l’agitation apporte de la vie au show. Les conversations. Les mouvements de la foule. Certains spectateurs débarquent, d’autres partent, puis reviennent. Certains écoutent ou dansent, d’autres pas. C'est animé et ce remue-ménage me plaît.

Apparemment, tu apprécies le public belge, et c’est réciproque…

Effectivement, je l’ai encore signalé au cours du concert. Et j’y pensais encore, il y a 5 minutes. Qu’a-t-il de si différent ? Peut-être l’envie d’être heureux ensemble. De partager certains moments. D’être là et de ne pas constamment juger. Je ne sais pas. Je ne veux pas émettre de comparaison avec d'autres endroits ; mais simplement qu’humainement, il en émane quelque chose de beau.

De festif surtout, tu ne penses pas ?

Absolument. J'espère revenir le plus souvent possible en Belgique. Chaque fois, l’ambiance y est particulière. Les Belges ont une envie de kiffer la vie.

Ce qui explique pourquoi tu te produis à LaSemo, puis à Louvain-La-Plage, au BSF et en fin à l'AB. Tu ne vas plus nous quitter ?

C’est parce que je me m’y sens bien. Et pas seulement à cause des concerts. J’ai déjà eu envie de m'y installer. J'y réfléchis. L’état d’esprit et la relation entre les gens me plaisent. C'est la base de l’existence.

Tu aimes te produire sur les planches ?

Oui, c'est l’endroit où la musique prend vie. Enregistrer en studio est passionnant. Ecouter un disque chez soi aussi. Mais le live contribue au partage. Se produire devant un auditoire, c’est ce qu'il y a de plus beau. C'est sûr.

Tu as assuré les premières parties d'Ayo et Milow. Tu en gardes de bons souvenirs ?

Que de bons souvenirs. Milow est un mec super, génial, hyper généreux et particulièrement sympa.

On en arrive à la question bateau, celle des influences. Elles sont surtout américaines, insulaires ou françaises ?

Perso, le dieu absolu, c’est Stevie Wonder. « Innervisions », son album paru en 1973, constitue le disque de référence. J’apprécie également la pop anglaise. La plus mélodieuse. Qui a l’air simple, mais pas si simple qu’elle ne paraît. Paul McCartney est mon autre idole. Je suis plus Paul que John. Mais les Beatles demeurent la source de la musique contemporaine. L'afrobeat me botte également. Surtout lorsqu’elle prend une coloration funk. Celle de Fela Kuti, par exemple, qui a marqué les années 70. La musique africaine est très chaleureuse. Elle me transporte. Ses rythmes endiablés m'inspirent, m’hypnotisent. Je n’ai jamais mis les pieds en Afrique profonde, et je ne sais pas pourquoi. J'aimerai beaucoup m’y produire et assister à des concerts…

Ton dictaphone t’accompagne partout. C’est pour immortaliser les bruits de la vie ?

C’est exact. Dès que j'entends un bruit qui m'intéresse ou qui m'interpelle, je l'enregistre. Mon inspiration se manifeste le plus souvent quand je marche dans la rue. Ou lorsque je me déplace en bus, en camion ou en voiture, pendant une tournée. Sans son concours, mes idées s’envolent…

Un premier elpee en préparation ?

J'ai tourné dans un film en France. Il sortira fin 2015. J’y joue le rôle d’une chanteuse. Et j’y interprète mes propres chansons. Ce premier album devrait paraître au printemps 2016, juste après le lancement de ce long métrage.

Joe, utilises-tu ta voix comme un instrument ou te sert-elle à simplement accompagner les mélodies et des harmonies? Elle est sableuse, rocailleuse, un peu soul également, tu la travailles ou est-elle naturelle ?

Difficile de répondre à cette question. Je pense que j'utilise ma voix comme un autre instrument. Je compose tout de a à z pour tous les instruments : la ligne de basse, les guitares, les claviers et la batterie. La voix, c’est un instrument qui se sert de mots. Il apporte ainsi un. Je dois t'avouer que je ne la perfectionne pas du tout. Maintenant que c’est devenu mon outil de travail, je devrais y penser…   

Es-tu instinctive, intro ou extravertie ou encore passionnée ?

Tout ce que tu as dit sauf extravertie. Monter sur les planches exige un effort pour moi. Ce n’est pas comme si j’allais faire des courses. Je dois me dépasser, affronter les regards de la foule. Ce n'est pas un comportement naturel. J’ai le trac. C’est une épreuve. Pourtant, vu de l’extérieur, cette démarche semble normale. Je ne suis pas extravertie de nature. Mais il faut que je fasse violence, car j'aime partager ma musique. Si je suis passionnée ? Absolument, sans quoi, je n’aurais pas embrassé cette carrière. Il faut vraiment de la passion pour exercer ce métier. Il exige beaucoup de travail. C'est parfois un peu difficile. Surtout quand on reste longtemps sans jouer. Et on est frustré. J’ai un petit garçon de 3 ans, et quand je pars 15 jours, loin de lui, c’est une souffrance. Instinctive, c'est le qualificatif qui me va le mieux. Je bosse constamment à l'instinct et dans l'impro. Toutes les chansons que j'ai écrites son accidentelles. Elles sont nées par hasard. Je me suis arrêtée et je me suis dit: ‘Là, c'est bien!’. Je vais l'enregistrer. Les textes émergent et je commence écrire. Cet instinct, je ne voudrais surtout pas le perdre. Dans ce domaine, réfléchir et calculer, ce n’est pas dans ma nature…

Envisages-tu un jour d’écrire tes textes dans la langue de Molière ?

J'adore la langue française. J'ai accompli des études en littérature et lettres modernes. Ce n'est pas du tout un choix que je rejette et qui ne m'intéresse pas. Comme je te l'ai dit, je travaille suivant mon instinct. Et cet instinct m’a poussé vers l'anglais. J'ai de plus en plus envie d'écrire aussi en français. Je ne dresse pas de barrière entre les langues. Cette option s’inscrit dans un processus d’évolution naturel...

 

 

EyeHateGod

On est juste un groupe de rock, c’est tout !

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La Belgique ne se distingue pas particulièrement pour ses étés caniculaires. Il faut pourtant reconnaître que c’est une chape de plomb qui recouvre le plat pays en ce début du mois de juillet. Je débarque devant le Magasin4, ancien hangar reconverti en salle de spectacle, notoire pour sa programmation alternative. Ses grandes portes de couleur beige lui confèrent un aspect plus qu’anonyme. Seule une petite ouverture au niveau des yeux permet de discerner les lieux.

Je sonne, on m’ouvre. J’explique qu’une interview est prévue en compagnie de Mike IX Williams, le chanteur d’EyeHateGod. Apparaît alors la ‘tour manager’ du band. « Je suis vraiment désolée mais ce ne sera pas possible de voir Mike maintenant… Pour l’instant, il dort », me signifie-t-elle. « Mais si c’est OK pour toi, le reste du groupe est d’attaque…’ Pas de bol, la majorité de mes questions se focalisaient sur la personnalité du vocaliste. Il va falloir improviser.

Je la suis au milieu de la salle de concert encore vide, contourne le bar et arrive dans une petite pièce aux murs jaunis par le temps, éclairée par quelques néons, conférant à la pièce un air plutôt glauque. Quelques tables, sur lesquelles reposent des paquets de chips vides, meublent la pièce. Trois divans occupent la gauche de l’espace. Sur l’un d’eux, Jimmy Bower, paquet de cacahuètes à la main, me lance un regard interrogateur. La ‘tour manager’ lui explique le but de ma présence. Le fondateur et guitariste d’EyeHateGod pose dès lors son précieux sachet, agrippe le dos d’une chaise à proximité et la fait glisser jusqu’à mes pieds. Je m’exécute et pose mon micro sur la table, à côté de ses arachides. Les autres membres du band s’approchent également, formant un cercle autour de l’enregistreur.

Il y a aujourd’hui un peu plus de vingt-sept ans qu’EyeHateGod arpente les scènes du monde entier. Mais la motivation est-elle restée la même depuis le début ? « Tu sais, depuis le temps, on a tous pris de l’âge et on a évolué… Mais au fond, rien n’a vraiment changé. La seule différence c’est d’avoir une plus grand liberté de faire ce qu’on veut et d’accorder davantage de shows aujourd’hui qu’hier…», explique Jimmy Bower. Et si le combo existe depuis aussi longtemps, sous un line-up quasi inchangé (à l’exception du poste de bassiste et de la disparition tragique il y a deux ans du, Joey LaCaze), c’est certainement grâce à leurs inspirations musicales communes. « On écoute tous un peu la même la chose… ce qui explique que lorsqu’on compose ensemble, le processus vient toujours très naturellement. Nous sommes tous des grands fans des Melvins, de Black Flag ou encore de Black Sabbath. Mais on apprécie également les Meteors ou encore Louis Armstrong. Nous disposons tous de collections importantes de vinyles et de disques à la maison, sans lesquelles EyeHateGod ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui et ne sonnerait pas de la même façon ».

En plus d’être une source d’inspiration, Louis Armstrong et le quintet américain partagent un autre point commun : la Nouvelle-Orléans. Ces terres, qui ont vu grandir ces artistes, sont apparemment également propices à la création musicale. « Tu sais, on est tous nés là-bas », explique Jimmy. « La Nouvelle-Orléans est vraiment une terre de musique et spécialement de rock’n’roll. On a vraiment baigné dans différents types de cultures musicales depuis qu’on est gamins. On a grandi en assistant chaque année aux Mardi Gras et aux Praise Parties (Jimmy mime les gestes d’un contrebassiste). On a vécu toute cette intensité musicale et son groove dans notre vie de tous les jours. Je pense que c’est vraiment un avantage d’avoir connu cette richesse musicale depuis qu’on est gosses… », poursuit-il.

Bien qu’actifs depuis bientôt trois décennies, les membres du band américain n’en sont pas pour autant productifs en termes d’elpees studio. « Mais ne t’inquiète pas, notre nouvel album ne mettra plus quatorze ans pour voir le jour », plaisante le fondateur du band, en se référant au laps de temps qui a séparé la sortie des derniers LP’s. « Nous tournons beaucoup pour l’instant, on a donc pas trop la chance d’être à la maison et de travailler sur de nouveaux morceaux… Mais bon, on a quoi… cinq ou six compos pour le moment. Il est probable qu’ils  sortent prochainement sur des splits ou des 7inches », embraie Brian Patton, second gratteur, avant de poursuivre : « On a d’ailleurs gravé le mois passé un split avec Psycho (NDR : un live enregistré en 2011), un groupe de Punk issu de Boston ; et on espère prochainement en sortir un autre avec Blast ». Quoi qu’il en soit, les artistes confient qu’ils graveront une nouvelle plaque d’ici la fin de l’année, et prévoient de la publier d’ici le printemps ou l’été de l’année prochaine.

Des compositions qui prennent en effet parfois du temps à voir le jour ; chez EyeHateGod les membres ne composent pas chacun dans leur coin. « On part souvent d’une idée de Jimmy et puis on la travaille pendant un moment. On aime vraiment bien s’approprier un riff qu’on va ensuite jouer pendant 15 à 20 minutes, en cherchant à le rendre le plus lourd possible, jusqu’à ce qu’on se dise : ok, ça va, on le garde ! On est moins dans une optique de type logique mais plutôt dans le ressenti », admet le bassiste Gary Mader. « Mais bon, au début d’EyeHateGod, je dois avouer qu’on n’était pas spécialement originaux… On essayait plutôt de marcher sur les traces de Slayer, Black Sabbath, Melvins, Sabbat, Obsessed ou encore d’autres formations taxées de Stoner ou de Doom », précise Jimmy Bower en rigolant.

Une belle occasion de rebondir sur l’étiquette de ‘pères’ du Sludge qui leur colle à la peau, bien malgré eux : « Tu sais, tout cela, ce sont des étiquettes qui ne sont vraiment pas nécessaires… Bien sûr, il est flatteur d’être considéré comme au top d’un genre musical mais… ce n’est au final qu’un mot. On sait ce qu’on est et c’est de loin le plus important… » se défend Jimmy Bower. « On est juste un groupe de rock, c’est tout ! », enchaîne Gary Mader, avant de poursuivre : « Ces classifications ne décrivent jamais qu’une facette de notre musique, on ne peut pas résumer ce qu’on fait à un adjectif… On a même lu qu’on pratiquait du Doom auquel on aurait ajouté une dose de Sludge et du Stoner, etc. Bref, à la fin, ça ne veut plus rien dire… On est simplement un Heavy Rock’n’Roll band ! », clame-t-il en souriant.

Avoir Jimmy Bower en face de soi, c’est également l’occasion de s’intéresser au grand retour sur scène de Superjoint Ritual, formation qu’il avait fondée au début des nineties, en compagnie de Phil Anselmo (chant) et Joe Fazzio (batterie). Hybride de Groove Metal à la Pantera et de Hardcore, elle avait vu son élan brisé en 2004, suite à des différents entre Anselmo et Fazzio. Dix ans plus tard, il revient avec du sang frais : Stephen Taylor à la basse et Jose Gonzalez derrière les fûts. Son patronyme est en outre amputé de son ‘Ritual’, puisqu’il est sobrement rebaptisé ‘Superjoint’. « Ce changement de nom est tout simplement dû à un line up différent et puis le groupe est dans une nouvelle phase », justifie Bower. Un crochet est-t-il prévu bientôt par la Belgique ? « Figure-toi que cette tournée devait impliquer les deux groupes. EyHateGod et Superjoint. On était en fait supposé tourner ensemble. Mais le Hellfest a voulu se réserver l’exclusivité du premier concert de Superjoint sur le continent européen, le 21 juin dernier… »

 

Cali

Etre chanteur, c’est devenir égoïste…

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C’est dans le cadre du LaSemo, festival à épingler pour son approche conceptuelle, originale et pragmatique, que se déroule cet entretien. Cali est particulièrement décontracté. Dix petites minutes me sont accordées. Il va falloir sabrer dans les questions, sans quoi on risque allègrement de dépasser le temps imparti.

Merci Bruno pour avoir accepté cette interview destinée à Musiczine. En fait, faut-il t’appeler Bruno ou Cali ?

Comme tu veux ! Ce qui t’arrive dans la bouche le plus facilement.

Le titre de ton dernier opus fait référence à une chanson de Léo Ferré qui date de 1966. Sa poésie était écorchée, souvent ténébreuse. Cette compo est à l’antipode de sa discographie puisqu’elle est même chargée d’espoirs. Pourquoi ce titre plutôt qu’un autre ?

Ce n’était pas prémédité. A vrai dire, elle me hante depuis longtemps. Comme tu le dis très bien, Ferré est quelqu’un qui a écrit de très belles chansons. Pour moi, c’est le plus grand des poètes. Ses textes étaient merveilleux, souvent sombres, déchirants, tout en véhiculant des revendications. Ce morceau en particulier, je souhaitais qu’il figure en dernier, parce que c’était le plus doux. Il est teinté d’optimisme. Il ouvre les bras vers l’avenir. Cette mélodie est destinée aux enfants. Ils doivent comprendre que, dans la vie, tout n’est forcément ni tragique, ni sombre. Les rayons de soleil sont à portée de main. Ils doivent les agripper et leurs vies en seront plus belles… J’ai intitulé ce disque « L’Age d’Or » pour une autre raison. Je me suis aperçu qu’il était mon œuvre la plus lumineuse.

Il y a aussi, chez toi, une sorte de mimétisme. Tu adoptes un phrasé assez proche de Ferré. Etait-ce voulu et assumé ou alors y a-t-il une part d’inconscient ?

Il n’y absolument rien de prémédité. J’écoute tellement Ferré que son esprit doit couler dans mes veines. En même temps, je suis fan de groupes tels que U2, Simple Minds et les Waterboys. Comme une éponge, je m’inspire de ces courants et puise à droite et à gauche. Mais si ça peut ressembler un peu à Ferré, j’en suis très, très fier (rires).

Ton dernier elpee a très bien été accueilli. Tu as parfois, dans le passé, essuyé des critiques virulentes. Y es-tu sensible ? Qu’as-tu envie de dire aux détracteurs aujourd’hui?

Ce métier est fait de hauts et de bas ! Je pense que les critiques sont importantes parce que c’est le premier regard sur notre job. J’ai parfois râlé parce qu’on a colporté des propos vraiment pas sympas à mon égard. Un jour, une journaliste m’a traité de fou, de malade mental. Cela ne se fait pas ! Dans ma famille, il y a des patients qui souffrent de cette pathologie et sont soignés dans des unités spécialisées. Il faut être attentif à ce que l’on dit ! J’essaie d’être le plus honnête possible dans mon travail. Je raconte ma vraie vie et je ne chanterai jamais une chanson dont je ne suis pas fier. J’ai envie de dire aux détracteurs de tout poil : ‘Si vous aimez, tant mieux. Si vous n’aimez pas, tant pis !’ Le dernier album a très bien été accueilli. Ce qui m’a fait du bien parce que j’y parle beaucoup de mes proches.

Tu as écrit une soixantaine de chansons… et il y en a plus que 13 sur ton cd. Vu la quantité de matière, pourquoi ne pas avoir envisagé de publier un double LP ?

J’en ai déjà enregistré de très longs. Mais j’ai l’impression que ce choix doit rester un coup de feu. J’aime bien l’idée que lorsque le disque arrive en bout de course, on ait envie de réappuyer sur la touche ‘play’. Lorsqu’il contient trop de chansons, on peut se sentir pris en otage en quelque sorte. Je m’aperçois que celui que je considère comme ma référence –« This is the Sea des Waterboys »– ne comporte que neuf titres. Neuf perles ! Le mien aurait pu être plus court encore, mais j’ai du mal à choisir ceux que je vais éliminer. En ce qui concerne celles que j’ai écrites, mais qui ne figurent pas sur l’album, ce sont des moments de ma vie. Peut-être que dans deux ans, elles ne voudront plus rien dire ! Elles m’ont fait du bien au moment de l’écriture, mais elles ne verront jamais le jour ! 

On a l’impression qu’à chaque album, tu ressens le besoin d’immortaliser des polaroids de ta vie. « L’Age d’Or » fait référence à une époque révolue. Est-ce une manière de dresser le bilan de ton existence ?

Je ne sais pas si c’est le cas ! Aujourd’hui, j’ai trois gosses. A l’âge de 15 ans, je me souviens avoir déclaré à des amis : ‘Qu’est-ce que l’on va faire plus tard ?’ Perso, j’avais émis le souhait d’être un troubadour et avoir des enfants. Aujourd’hui, j’ai réalisé ce rêve. Ce n’est pas de la nostalgie, ni du regret. Je voulais plutôt exprimer ma gratitude à l’égard de celles et ceux qui ont construit ma vie. L’institutrice de mon village par exemple. Elle m’a donné le goût de la lecture et de l’écriture. Elle a exercé le plus beau métier du monde. Je remercie aussi ceux qui ont suscité chez moi l’envie de pratiquer le rugby. Mes enfants également. Sans oublier, mon premier amour évidemment. J’aborde tous ces thèmes ! Oui, c’est peut être, finalement, une manière déguisée de jeter un regard dans le rétroviseur de mon existence. Se dire qu’elle est faite de belles choses. Mais de terribles évènements aussi. En fait, il n’y a pas un âge d’or, mais plusieurs, selon les différentes étapes de la vie. 

Même si cet opus est parfois plus optimiste, on te sent encore aussi parfois très nostalgique. Cette mélancolie était déjà bien présente sur le disque précédent, « Vernet les Bains », qui se réfère au village où tu as grandi…

Ce disque est plus lumineux par rapport aux autres. Mais le mot ‘nostalgie’ est souvent collé au sentiment de ‘regret’. J’ai plutôt envie de l’associer au terme ‘heureux’. Je ne regrette pas. J’ai juste besoin d’un refuge. On en a tous besoin. J’imagine que toi aussi, il y a un endroit où tu as envie de te retrouver ou une odeur d’enfance dans laquelle tu as envie de plonger. Et j’ai besoin d’en parler ! C’est comme quand on ferme les yeux et qu’on veut s’immerger dans des endroits que nous chérissions parce qu’ils appartiennent à notre passé. Ca nous fait juste du bien ! Si tu écoutes une chanson que tu n’as plus entendue depuis 20 ans, mille souvenirs remontent à la surface.

Est-ce que le processus d’écriture diffère d’un opus à l’autre ?

Je fonctionne à l’instinct. Il est très compliqué de préméditer les événements. Sous peine de dénaturer ta muse. Je ne me dis jamais ‘Allez, il faut écrire maintenant !’ Bien au contraire, chez moi, le processus d’écriture est naturel. J’aligne des mots, qui deviennent des phrases. Elles-mêmes se transforment en humeur. Les chansons découlent de ces états d’âme. Je n’ai pas d’idée préconçue sur la façon dont ce processus va se dérouler. Le premier album était marqué par une rupture. Le second, par la naissance de ma fille qui a 10 ans aujourd’hui. Parfois, des relents politiques se sont manifestés, parce que j’étais engagé (NDR : à gauche). Rien n’a jamais été prémédité ! Je crois que dans le cas présent, je n’ai pas réalisé un disque triste. Ceux qui l’écoutent me disent qu’il leur fait du bien. Je crois aussi qu’il ne faut pas faire ce que les gens attendent. Etre chanteur, c’est devenir égoïste. Mais, c’est ainsi. J’essaie de vivre dans une vie qui peut devenir très compliquée. Le seul moyen que j’ai trouvé aujourd’hui pour m’en sortir, c’est d’écrire des chansons.

Cali, certains artistes préfèrent gommer leur accent pour interpréter leur répertoire. Tu adoptes la tendance inverse. Est-ce une manière consciente de revendiquer tes origines ?

Je suis né à Perpignan. J’habite dans un petit village situé à une encablure. Je suis peut être encore un de ceux dont l’accent est le moins prononcé chez moi (rires). C’est important de revendiquer ses origines. Par exemple, je suis heureux de me rendre à Marseille et d’entendre cette prononciation si particulière. Toi, tu as un accent qui est d’ici. Je suis comme je suis et ne changerai rien.

Dans ce métier, nombreux sont ceux qui souhaitent privilégier au maximum leur vie privée. Tu parles librement de tes origines, de ta famille, … Tu as choisi de t’exposer avec ta fille sur la pochette de l’album. Quel est ton sentiment par rapport à cette notion de ‘vie privée’, sachant que tu es une personnalité médiatique ?

Je pense qu’il y a une manière d’aborder la question. Je ne tombe jamais dans le voyeurisme. Ce sont essentiellement des déclarations d’amour ! Je me réfère à mes filles Coco Grace et Poppée. Je parle aussi de mon couple. On connaît des histoires comme tous les autres. On se jette des assiettes à la tête et on se réconcilie juste après. Je chante la vie de Monsieur et Madame ‘tout le monde’ en quelque sorte. Ce qui apporte un peu de bien-être à certaines personnes. Mais, je ne me pose pas vraiment ce genre de questions à vrai dire. Je pense que mes enfants sont plutôt fiers d’avoir un père qui les raconte sur un disque. Et lorsque je suis en concert, je suis content que ma famille soit auprès de moi.

On connaît Cali, chanteur. Mais, on connaît moins Cali, acteur de théâtre. Tu as joué dans une pièce qui s’appelait « Cowboy Mouth ». Comment as-tu vécu cet épisode ? Etait-ce un ‘one shot’?

J’ai adoré cette expérience. Dans un premier temps, je l’ai abordée comme une épreuve insurmontable. Le metteur en scène m’a mis en confiance. Ensuite, je me suis laissé aller naturellement. Le pitch est amusant. Il raconte l’histoire d’un type enlevé au Chelsea Hotel, en 1971. Une femme voulait le transformer en star de rock’n’roll alors que sa famille l’attendait ailleurs. Ensuite, mon personnage tombe amoureux. C’était une aventure enrichissante. Là, debout devant le public ! Sans micro ! On entendait les réactions des spectateurs : les applaudissements, les pleurs, les reniflements, les toussotements, … Tu vois, ça c’est la vraie vie. Pendant une heure trente, faire l’amour, se battre, jouer comme des enfants avec une actrice, c’était dingue. Je sortais de là remué. Un spectacle qui a duré quatre mois ! Je veux absolument le refaire. Le monde du théâtre m’a beaucoup touché et j’ai un très grand respect pour cette immense famille. Ils sont prêts tous les soirs, sur les planches, à donner le meilleur d’eux-mêmes…

Lou Barlow a le vague à l’âme

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Lou Barlow publiera son nouvel album ce 4 septembre. Intitulé “Brace the Wave”, il fait suite à “Goodnight Unknown”, paru en 2009. C’est son troisième en solo. Et il a été enregistré sous la houlette de Justin Pizzoferrato (Dinosaur Jr.n Farm, I Bet on Sky).

En concert

30/9: Sugarfactory, Amsterdam

1/10: Doornroosje, Nijmegen

2/10: Trix, Antwerp

4/10: Paris, FMR

http://www.loobiecore.com/

 

Hans Theessink

True & Blue Live

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Bluesman, Hans Theessink jouit aujourd'hui d’une solide notoriété. Agé de 67 ans, ce Batave vit depuis de nombreuses années à Vienne. Il possède une discographie personnelle conséquente. Elle doit dépasser les 20 albums.

De couleur noire, Terry Evans est chanteur américain de blues et de soul. Originaire du Mississippi, il affiche déjà 78 balais.

Les deux hommes sont devenus amis. Ils avaient déjà enregistré deux albums ensemble : "Visions, en 2008 et "Delta Time", en 2012. Ce "True & Blue" a été immortalisé au Metropol de Vienne. Les deux artistes se consacrent au chant et la guitare, Hans se réservant également l’harmonica. Sur les 14 plages, six ont écrites par Hans et une par Terry. Le reste est partagé entre classiques du blues et de la roots. Et en route pour 70' de downhome blues.

Le concert s’ouvre par "Demons". Les deux voix sont parfaitement complémentaires : celle bien grave de Hans, l'autre claire et davantage aigue de Terry. Blues limpide, indolent, dépouillé, "Mother Earth" est un standard signé Memphis Slim. Le "Glory Hill" de William J. Hill est un morceau qui remonte à la période d'avant-guerre, un titre qui figurait au répertoire de Benny Goodman, Count Basie et Dean Martin, entre autres. "Gotta keep moving" (NDR : extrait de l'LP "Live and let live", gravé en 1988) a été écrit par Terry Evans et son ex-partenaire Bobby King, à l'époque où ils assuraient les chœurs au sein du Ry Cooder Band. Du Mississippi blues propice à l’utilisation du bottleneck. Hans attaque "Vicksburg is my home", un blues expressif qu'il a composé en hommage à Terry Evans (NDR : ce dernier est né dans cette ville, au bord du Mississippi). Le duo reprend alors toute une série d’illustres compos. Dont le "Bourgeois blues" de Leadbelly. Hans souffle dans son harmo. Le recours au bottleneck s’impose. Les couplets sont repris successivement par les deux chanteurs qui se rejoignent lors du refrain. Ensuite, "Don't let the green grass fool you", un morceau popularisé, il y a bien longtemps, par Wilson Pickett. Puis l'inévitable "Cross Road blues" de Robert Johnson, une piste balayée par des interventions de slide bien inspirées ! Et enfin le "Maybelline" de Chuck Berry. Mais dans un style bien blues. Le tempo est soutenu. Les deux artistes s’entendent comme larrons en foire et prennent leur pied. Et l’auditoire participe allègrement à la fête. Retour au delta blues pour "Delta time". Le rythme est enlevé. Le duo est toujours aussi soudé. Hans a sorti son harmonica. Une dernière cover, le notoire "Talk to your daughter" de JB Lenoir. Evans est à la manœuvre. Ses accords de gratte sont créatifs et alertes. Assurément, un des meilleurs moments du concert. Reste trois compos de Hans Theesink. Le lent et mélancolique "Shelter from the storm", une plage minimaliste, particulièrement mélodieuse, au cours de laquelle les cordes s'expriment en toute simplicité. "I need money" donne un coup d’accélérateur au tempo. Le refrain est repris avec force et conviction par les deux compères. Et pour la circonstance, ils invitent le public à le reprendre en chœur. Et ça marche! Le rythme est toujours aussi dynamique pour "Tears are rolling", le titre final de l’opus. Une conclusion qui confirme que les deux artistes appréhendent le répertoire de l’autre et partagent un même plaisir de le livrer au public!

 

The Texas Horns

Blues gotta holda me

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The Texas Horns est un collectif de cuivres, soutenu par la crème des musiciens locaux, principalement issus d'Austin, la capitale du Texas. Une formule qui se répète depuis 1998. Trois d’entre eux ont participé à la confection de ce "Blues gotta holda me". Tout d’abord le saxophoniste/harmoniciste notoire Mark 'Kaz' Kazanoff. Il a apporté sa collaboration à une foultitude d'artistes, que ce soit en studio ou lors de tournées. Il est impliqué sur plus de 130 albums. Une paille ! Puis John Mills, un autre saxophoniste (ténor et baryton) réputé dans l’univers du jazz. Et enfin le trompettiste, Adalberto Gomez. Le trio est soutenu par le drummer Barry ‘Frosty’ Smith et le gratteur Derek O'Brien. Les sessions se sont déroulées au sein du studio Wire Recording, à Austin. Au cours desquelles de nombreux invités se sont manifestés. Cet LP est découpé en treize pistes.

Kaz et Al Gomez amorcent "Soul stroll", un instrumental qui reçoit la participation du redoutable gratteur texan établi à Dallas, Anson Funderburgh. Les cuivres tirent déjà leur épingle du jeu. Dave Bartholomew, illustre compositeur louisianais, a écrit "Go on fool" ; et cela s'entend. La pianiste Marcia Ball chante ce titre bien nerveux. Elle se libère aux ivoires, mais ce sont encore et toujours les cuivres qui sont à la fête! Baignant dans le jazz traditionnel, "You're driving me crazy" est une plage saturée de swing. Roscoe Beck se consacre à la basse acoustique, Nick Connolly, au piano et Kaz aux vocaux. Successivement, les trois cuivres s’autorisent un billet de sortie. "Kick me again" est un instru nerveux, sculpté dans le funk. John Mills signe cette plage. Pas étonnant qu’il en profite pour se libérer sur son sax baryton. Dany Levin (ex-Asleep at the Wheel) se concentre sur son piano et Derek O'Brien brille aux cordes. Kaz Kazanoff est passé à l'harmonica sur son "Cold blooded lover", un blues imprimé sur un tempo soutenu que chante W.C Clark, le parrain du blues d'Austin. Deux morceaux ont été composés par Percy Mayfield. Tout d’abord le blues fin de soirée "Lost mind", une plage empreinte de tendresse, trempée dans le West Coast, que chante Kaz d’une voix un peu limite et au cours de laquelle le sax ténor et la trompette font à nouveau la différence. Puis "People get ready", dans une version instrumentale, caractérisée par les sorties successives des trois Texas Horns et le superbe renfort de Beck à la basse. Le "Sing sing sing" d'Earl King macère dans une atmosphère néo-orléanaise. Une atmosphère bien festive au cours de laquelle Nick Connoly chante en s’accompagnant au piano, alors que Kaz manifeste toute sa verve sur son instrument. Encore un instru : "Rippin and trippin". Du swing jazz en format quatuor. Soit Kaz, DanyLevin au piano, Ronnie James à la basse et Frosty Smith aux drums. Kaz chante encore son "Blues gotta holda me", un boogie rock'n'roll rapide au cours duquel Johnny Nicholas (également un ex-Asleep at the Wheel) s'éclate aux ivoires alors que les cuivres sont toujours en effervescence. Kazanoff se réserve pour la dernière fois le micro sur la reprise du grand succès de Louis Jordan, "Caldonia" (NDR : un morceau qui avait été composé par son épouse, Fleecie Moore). L’occasion rêvée pour les deux saxophones et la trompette de prendre leur pied une dernière fois. De bonne facture, cet opus s’achève par deux instrumentaux. Soit "Home cookin" et le rocker remuant "Spanky's Twist".

 

Tangled Thoughts of Leaving

Yield to Despair

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Fondé en 2008, ce quatuor nous vient de Perth en Australie. Et ce « Tangled Thoughts of Leaving » constitue son second LP. Dès l’entrée en matière, on peut affirmer qu’il ne fait pas dans la dentelle. Les accès de guitare assénés tout au long de « The Albanian Sleepover-Part One » évoquent d’ailleurs immédiatement Neurosis voire Isis. Puis, progressivement, le climat s’apaise. Les compos sont davantage structurées et se déclinent en longs crescendos. Et manifestement le band aussie maîtrise parfaitement son sujet. Il faut dire que la formation a eu l’occasion de partager l’affiche de pointures du genre comme Russian Circles, Deafheaven, Grails ou encore This Will Destroy You (le haut du panier donc…) Mais Tangled Thoughts of Leaving ne s’arrête pas en si bon chemin. En analysant minutieusement les cinq longues pistes de « Yield to Despair », on découvre moult nuances et subtilités. Dont des accords singuliers de piano. Des accents jazz aussi. Et puis une capacité à glisser de la puissance à la douceur en passant par la noise. Le tout en conservant une certaine homogénéité.

Tangled Thoughts of Leaving va bien au-delà des formations de post post-rock ou de post-métal…

 

Amy Speace

That kind of girl

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Amy Lee Speace est chanteuse/compositrice. Originaire de Baltimore, elle a opéré ses débuts d'artiste à New York. Elle est découverte par la célèbre chanteuse folk Judy Collins, en 2005. Cette dernière l’invite à enregistrer pour son label Wildflower. Amy y grave son premier opus solo en 2006, "Songs from Bright Street". Elle déménage à Nashville en 2009. C’est là qu’elle a concocté son dernier elpee, un disque produit et mixé par Neilson Hubbard, tout comme les deux précédents, "How to sleep in a stormy boat" et "Land like a bird". Et "That kind of girl" constitue son cinquième.

L’LP s’ouvre par "Nothing good can come from this", une ballade country légère et douce. Claire et expressive, la voix d’Amy colle parfaitement à ce répertoire. L'accompagnement est minimaliste. Le violon d'Eamon McLoughlin est à l'avant-plan, la pedal steel de Carl Broemel –lumineuse– à l'arrière-plan. Et "Come pick me up" adopte un même profil. Amy y est épaulée par une voix masculine très discrète. Un soupçon de rythme contamine "Better than this". Voilée, la voix de Ms Speace ne manque pas de charme. C’est également l’atout principal de cette chanson aux accents bien pop. Changement de climat sur le plus audacieux "Three days". Une forme de blues primitif à l’intensité dramatique. La gratte est amplifiée. Les voix sont conjuguées en harmonie. Manifestement, un sommet de l'opus. Le titre maître nous replonge dans une atmosphère profondément intimiste. Une plage au cours de laquelle elle déclame sa poésie mélancolique. Guère exubérante, elle s’attarde au cœur de cette tendre caresse véhiculée par une voix délicate et angélique. A l’instar de "One man's love", devant le piano acoustique de Dan Mitchell et "Raincoat". Les interventions au violon, de la guitare de Will Kimbrough et des harmonies vocales apportent une coloration celtique à "Hymn for the crossing", une compo qu’elle cosigne en compagnie de l'Irlandais Ben Glover. Après "In Chicago", une autre piste plus pop, "Strange medicine" en revient à la country. Et c’est une ballade. "Epilogue" clôt (NDR : of course !) cet opus, dans une douceur intimiste qui caractérise plutôt bien le climat de l'ensemble.

 

Billy Price & Otis Clay

This time for real

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Cet album scelle la réunion de deux grandes voix de la musique soul et du R&B : Otis Clay et Billy Price. Le premier est un chanteur de couleur noire. Agé de 73 balais, il est né dans le Mississippi et a forgé son organe dans l'exercice du gospel. Le second est blanc. Agé de 65 ans, il est originaire du New Jersey. Au cours des eighties, il drivait son Keystone Rhythm Band. Aujourd’hui, il vit à Pittsburgh.

Lors des sessions studio, les deux vocalistes ont reçu le concours du prestigieux guitariste Duke Robillard et de son backing group ; en l’occurrence le drummer Mark Teixeira, le bassiste Brad Hallen, le claviériste Bruce Bears, sans oublier les deux cuivres, Mark Earley (saxophones) et Doug Woolverton (trompette), tous deux membres du célèbre big band, Roomful of Blues!

L’opus s’ouvre par "Somebody's changing my sweet baby's mind", un southern R&B que Johnny Sayles a transformé en hit, dès 1969. Les deux voix se conjuguent à la perfection. Un régal ! Elles sont enrichies de chœurs sur "I'm afraid of losing you", une bien jolie ballade soul empreinte de douceur ; une plage au cours de laquelle la guitare de Robillard est chargée d’un intense feeling. "Going to the Shack" trempe dans le pur R&B, un tube décroché en 1969 par Syl Johnson, un maître du soul/funk. "All because of your love" est une ballade soul/blues au refrain participatif. Un morceau qu’Otis Clay avait converti en succès, 40 ans plus tôt. Le saxophone de Mark Earley amorce "Love don't love nobody", un excellent blues lent teinté de soul, un titre popularisé jadis par les Spinners, un ensemble soul/pop issu de Detroit qui a enregistré pour les labels Tamla Motown et Atlantic. Encore un exercice de style classieux ! Joe Tex est un chanteur légendaire disparu prématurément à l'âge de 47 ans. Sa cover du "I'll never do you wrong" est aussi indolente. Holland, Dozier, Holland est un trio de compositeurs qui a écrit une multitude de succès pour l’écurie Tamla Motown chère à Ben Gordy (NDR : lorsqu’ils l’ont quittée, c’est pour fonder leur propre boîte, Invictus). Issue de leur plume, "Don't leaving my starving for your love" est une piste résolument soul ! R&B tonique, le "Broadway walk" de Bobby Womack remonte à 1967, une compo irrésistible. "Book of memories" est sans doute la plus belle ballade de l’opus, un ancien tube de Clyde McPhatter, le fondateur des Drifters. Une plage empreinte d’une grande sensibilité ; les deux voix complices, le piano de Bruce Bears et la gratte de Duke Robillard entretenant ce climat. R&B à coloration Stax, "Too many hands" est encore un ancien hit d'Otis Clay, qu’il avait publié pour le label Hi. "Tears of God" est un titre de Los Lobos, qui figurait sur le long playing "By the light of the moon", un disque paru en 1987. L’adaptation libère énormément de tendresse. D’excellente facture, cet LP s’achève par un r&b rythmé, en l’occurrence le "You got me hummin'" de Sam and Dave, un duo mythique qui a marqué les sixties et que parviennent à faire revivre Price et Clay…

 

Kern Pratt

Broken chains

Écrit par

Issu de Greenville, cité sise au cœur de delta du Mississippi, Kern Pratt est chanteur/guitariste. Avant de graver "Broken chains", il avait publié "Hitch Hike" et "Somewhere South of Memphis", en 2009, chez Flying Dog. Kern est soutenu par son backing group ; en l’occurrence le bassiste David Hyde, le drummer Nelson Blanchard, l’organiste (NDR : il se sert d’un Hammond B3) Sam Brady, et d'une section réunissant quatre cuivres.

Courte intro instrumentale, "Delta Mourn" nous entraîne instantanément au cœur du Mississippi. A cause des chants d'oiseaux et des accords de guitare Résonator dispensés par Wes Lee, un musicien qui jouit d’une excellente réputation sur le plan local dans la région d'Hattisburg. C'est le riff cher à Elmore James, prodigué par la même Résonator, qui introduit "Greenville Mississippi blues", une plage imprimée sur un tempo soutenu. Invitée, Eden Brent siège derrière le piano roadhouse. Ken chante d’un timbre âpre, rugueux, avant de libérer une première fois ses cordes. "Lights are on, but nobody's home" est un blues lent signé par le légendaire Texan, Albert Collins. Cuivrée, l’adaptation est excellente. Bob Henderson s’autorise une brève sortie sur son saxophone ténor, avant que le leader ne concède un petit bijou de solo. Particulièrement roots, "Somewhere South in Memphis" est une superbe compo. La voix de Pratt est soutenue par celles de Denise Owen et Elaine Foster. L’orgue et les cuivres tapissent l’expression sonore, et Ken se réserve un solo irrésistible. "Black Hannah" (NDR : l'histoire de la guitare appartenant à T Model Ford) est un blues enlevé qui rocke. Bien amplifiées, les cordes propagent de nombreuses notes. Instrumental bien cuivré (NDR : signé Pratt), "Cotton pickin" campe un excellent blues, un morceau abordé dans l’esprit de Freddie King voire d'Albert Collins. "Don't leave me baby" est certainement une des meilleurs plages de l’elpee. Superbement introduite par les accords de gratte largement inspirés par Albert King, elle est impeccablement balisée par la section rythmique et satinée par les interventions d’orgue de Brady. Nous plongeant dans une atmosphère qui transite de Memphis à la Nouvelle Orléans. Avant que les cordes de Pratt et celles du célèbre louisianais Kenny Neal n’entame un duel ! Et comme il est au cœur du delta, Kern attaque le classique "It hurts me too" à la sèche, épaulé par l'harmoniciste Luc Borms (NDR : issu du Nord du pays, ce souffleur milite chez Professor Deaf Blues Band ; et pour la circonstance, ce titre a été enregistré chez lui, à Erembodegem). Une cover empreinte d’émotion. "Handcuffed to the Blues" est une autre piste bien ancrée dans le Memphis R&B. La section rythmique soutient bien le riff. Et cuivres ainsi que voix féminines soulignent impeccablement l’ensemble. Sam Brady se distingue derrière son orgue Hammond avant de céder le relais à la six cordes bien inspirée de Kern ! Denise Owen se réserve le micro sur "Smokin' gun", un R&B de bonne facture. Dans le même style, "Soulshake" est imprimé sur un tempo plus soutenu, alors que les vocaux vigoureux sont partagés entre Kern et Denise Owen. De bonne facture, ce long playing s’achève par "Broken chains", une piste qui nous entraîne au cœur d’une atmosphère paisible, nonchalante, spécifique au delta, une piste semblable à celle qui ouvre l’elpee et que parcourt à nouveau la Résonator de Wes Lee…

 

David Michael Miller

Same soil

Écrit par

David Michael Miller est originaire de la région de Buffalo, dans l'état de New York. Il a accompli ses classes musicales à l'église où il a chanté le gospel. Plus tard, il apprend le piano, le saxophone et enfin la guitare. Très progressivement, il s'intéresse au blues, soul et R&B. Il milite au sein de plusieurs formations dont Beautiful Bones et plus tard, Dive House Union. Il entame ensuite une carrière personnelle. L’an dernier il avait publié un album solo intitulé "Poisons sipped".  David signe les onze plages de ce nouvel opus.

L’elpee s’ouvre par "All the blues to you", une plage très roots. Le tempo est cool. La voix est claire et puissante. Mike Brown double à la batterie et la mandoline. Jim Ehinger (Bonnie Raitt, Albert Collins) se consacre au piano. Jeremy Keyes souffle de courtes phrases à l'harmonica alors qu’Ehinger est passé à l'orgue Hammond pour le toujours aussi blues "Just ride", une piste fort intéressante. La voix de David passe naturellement, avant qu’il ne laisse échapper de ses cordes un superbe solo ; d’abord en douceur, puis –et on s’y attendait– ponctué d’une soudaine explosion. "Got them blues" nous rappelle qu’il a longtemps trempé dans l’univers du gospel. Aux drums, Carlton Campbell (des Campbell Brothers) imprime un tempo rapide. Jim cumule au piano et à l’orgue. Les cordes de Mr Miller sonnent très métalliques. Le saxophone de Jason Moynihan (Buddy Guy) introduit "Friend of mine", que chante David d’une voix extrêmement douce, avant de libérer ses cordes empreintes d’une grande sensibilité. "Doing me in, doing me wrong" s’ébroue comme un blues échappé du Chicago Southside des grands jours. Le spectre de Muddy Waters plane. Jeremy Keyes incarne le rôle de Little Walter à l'harmonica et Jim Ehinger celui d'Otis Spann au piano électrique ; David se consacrant, bien entendu, aux cordes. "Shoes to shine" baigne au sein d’un climat jazz/soul particulièrement cool. Un intéressant dialogue s’établit entre le saxophone de Barry Arbogast et la guitare du leader! Le rythme s'emballe soudainement et les cordes métalliques deviennent intarissables. "Needle to the wheel" rappelle une époque passée par David à Buffalo. Un intermède roots dont la jolie mélodie est soulignée par d’élégantes cordes acoustiques, et tout particulièrement celles du banjo ténor de Mike Brown. Blues rythmé, "If in you hear me" concède des intonations jazz et des accents southern rock. Miller soigne les percussions et sa guitare semble hantée par Duane Allman! Un climat qu’on retrouve tout au long de "Born to lose", même si l'orgue Hammond est à l'avant-plan alors que le sax de Jason Moynihan brille de mille feux. Miller en profite alors pour s’autoriser un solo de gratte qu’il triture à l’aide de ses pédales. Il se sert du bottleneck sur "Too early in the mornin", un blues primaire caractérisé par une excellente intervention d'Ehinger aux ivoires, une piste dont le tempo s’emballe en fin de parcours. "Man's got things to do" clôt l’elpee. Une finale émouvante, respectueuse et paisible, dédiée à son grand père, récemment disparu.

 

The Lucky Losers

A winning hand

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Chanteuse/compositrice, Cathy Lemons vit à San Francisco. Elle compte plusieurs albums à son actif. Excellent, le précédent, "Black crow", est paru en 2014 sur le label Vizztone. Elle a monté un nouveau projet, Lucky Losers, en compagnie du chanteur/harmoniciste Phil Berkowitz, également issu de la ‘City by the Bay’. Un excellent musicien déjà responsable de quatre elpees solos. Pour son dernier, "All night Party", il avait reçu le concours du redoutable gratteur issu de Colombus, Sean Carney, et de Bill Stuve, l'ex-bassiste de Rod Piazza. Les Lucky Losers se sont retrouvés lors de trois sessions différentes, dont la dernière, à San José, dans le studio Greaseland du Norvégien Kid Andersen, le gratteur de Rick Estrin & The Nightcats. Tous les musicos qui ont participé aux séances sont balaises. Y compris les membres de Lucky Losers, soit le bassiste Steve Hazlewood, le batteur Robi Bean et le guitariste Marvin Greene. Sans oublier les invités : en l’occurrence le claviériste Chris Burns (ex-Joe Louis Walker, Maria Muldaur, Lowell Fulson), le saxophoniste Michael Peloquin et la liste est loin d’être exhaustive.

Plage d'ouverture, "Change in the weather" est issue de la plume de Phil Berkowitz et Dany Caron. Ce dernier a longtemps épaulé le guitariste du bluesman légendaire californien, Charles Brown. Le couple chante impeccablement ce titre de funky R&B cuivré. Burns siège derrière l'orgue Hammond alors que les interventions de Phil à l’harmonica sont très originales. Paru sur le label Stax, le "I take what I want" de Sam and Dave avait décroché un énorme succès. Du bon southern soul ponctué d'une solide salve de musique à bouche. "What have I done" est un excellent blues écrit par Jimmy Rogers (NDR : il a longtemps sévi comme guitariste au sein du backing group de Muddy Waters, un mythe du label Chess de Chicago). La version de Lucky Losers est très réussie. Superbe blues, le titre maître est imprimé sur un mid tempo. Les vocaux des deux partenaires sont consistants. Complices, ils chantent cependant tout en décontraction. Guest, Steve Freund, l'un des grands guitaristes de blues contemporain, s’y réserve une sortie remarquable. Miss Lemons signe "Suicide by love", une plage de jazz cool. Elle la chante avec discernement, alors que Chris Andersen à la guitare et Chris Burns au piano, s'inscrivent subtilement dans ce contexte. L’harmo et l’orgue balisent le "What was it you wanted" de Bob Dylan, un funk léger caractérisé par une belle sortie de Marvin Greene sur ses cordes. Le "What is succes" d'Allen Toussaint est une piste bien roots. Balayée par les ivoires de Burns et la slide langoureuse du gratteur de l'Oregon, Ben Rice, elle baigne dans une atmosphère musicale propre à New Orléans. Soutenue par les cuivres et l'orgue de Kevin Zuffi (ex-Mark Hummel Band), "Long hard road" est une ballade soul qui met bien en exergue la voix de Berkowitz, un morceau au cours duquel Green s’autorise une belle sortie tout en feeling. Le "Baby, you got what it takes" de Brook Benton trempe dans le swing et le jump californien. Et irréprochable, la section rythmique facilite les billets de sorties accordés à Berkowitz et Greene. La cover du "Cry no more" de Charles Brown campe un soul blues délicat. Il ne manquait qu’un boogie. Il arrive. Et ce "Detroit City man" adresse de toute évidence un clin d'œil à John Lee Hooker. De toute bonne facture, ce long playing s’achève par "Don't you lose it", une piste entretenue par le piano électrique, la guitare d'Andersen et les percussions légères de Jay Hansen des Nightcats.

 

Ladyboy Project

Lady Boy

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Avant de lancer son nouveau projet, Olivier Hazemann militait au sein d’un collectif parisien de hip hop, Kalash. Il a donc décidé de changer complètement de cap en se lançant dans une nouvelle aventure, qu’il a baptisée Ladyboy Project. Financé par le système du crowfunding, via la structure Microcultures, il vient donc de publier un album conceptuel, dont le thème principal raconte l’histoire d’un Japonais qui souhaitait devenir une ladyboy, au cours des 50’s.

Pour atteindre son objectif, Hazemann s’est entouré de plusieurs musiciens (S. Martel, M. Gamet, B. Collin,…), afin d’habiller ses textes. Tout au long des treize morceaux de l’opus, l’artiste murmure des mots sur une instrumentation lyrique alimentée selon les morceaux, par un violoncelle, une guitare, un piano et même des cuivres. Parfois, le spectre de Gainsbourg se met à planer… Néanmoins, il faut reconnaître qu’au fil de l’elpee, l’attention commence à s’estomper. Et ce n’est ni la carence rythmique, ni l’absence de soubresauts qui risque de résoudre le problème. D’autant plus que les chuchotements de Hazemann finissent également par agacer.

Ce qui n’empêche pas Ladyboy Project de s’avérer un concept original. On saluera donc l’intention…