Un dixième album studio pour Idlewild

Idlewild sortira son nouvel opus – un éponyme – ce 3 octobre 2025. Il s’agira de son dixième. En attendant, il a partagé le single intitulé "Stay Out Of Place". Le chanteur Roddy Woomble explique que la chanson traite de la multiplicité des voix et de la…

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Pink Floyd

The Endless River

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Les compositions du quinzième opus de Pink Floyd ont été puisées parmi les bandes inédites des sessions de « The Division Bell », sorti il y a très exactement 20 ans. C’est dire l’impatience des fans… Et il y en avait pour une vingtaine d’heures.

« The Endless River » était donc un événement lorsqu’on sait que la formation insulaire a vendu plus de 200 millions d’albums depuis sa naissance, en 1965. Souvenez-vous du mythique « Dark Side of the Moon », resté 740 semaines dans le top 200 américain. Des chiffres qui donnent le tournis ! Qui peut se targuer aujourd’hui d’en faire autant ?

Nick Mason et David Gilmour, deux des trois membres encore en vie, ont voulu rendre un bel hommage à leur pote Richard Wright, décédé en 2008, des suites d’une longue maladie. La patte du regretté  claviériste est omniprésente. Cette ‘Rivière sans fin’ s’étale sur dix-huit plages et nous plonge dans une ambiance feutrée et hypnotique, tapissée d’accords de guitare incisifs.

On notera la participation de l'astrophysicien paralysé Stephen Hawking, s'exprimant à l'aide de la technique de synthèse vocale. Il avait été invité à faire de même sur le précédent LP pour le morceau « Keep Talking ».

Les aficionados post « Dark side of the moon » devraient être ravis. A contrario, la génération actuelle risque fort de taxer cette œuvre de peu accessible, ronflante et sans grand relief.

Une exception qui confirme la règle, le percussif « Skins », abordé dans l’esprit de l’album « More », œuvre trop souvent ignorée chez le Floyd…

Bref, on est quand même loin de l’excellentissime « Wish You Were Here », gravé en 1975, un long playing au cours duquel certains passages font référence à Syd Barrett (1946 - † 2006), membre fondateur qui a commencé à sombrer dans la folie, à partir de 1968, suite à une surconsommation de LSD. 

Franchement, j’aurais préféré déborder d’enthousiasme après avoir écouté l’album d’un groupe mythique qui compte presque un demi-siècle d’existence ; mais il n’en est rien. Triste mise à la retraite ! Une semi victoire pour l’ennemi juré Roger Waters !

Midas Fall

Fluorescent Lights

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Insipide et incolore, malgré les promesses de son artwork, ce projet recèle en soi autant de bonnes idées que d’occasions maladroites de les plomber.

À commencer par le chant ultra conventionnel de son égérie qui devra peut-être son salut par la grâce d’un quelconque télé-crochet organisé outre-Manche, si la chance s’en mêle.

« Low », le deuxième titre, évoque vaguement un souvenir ; mais je serais bien incapable de le déterminer. Et pour dire vrai, l’effort me paraît vain.

Comme entrée en matière, le site du band annonce : ‘Described as chiming vocal-led post-rock, Midas Fall have carved a unique sound’. Conclusion : l’identité de ce groupe repose sur un confetti.

C’est donc disculpé, que je m’en vais le ranger dans le fond d’un placard.

 

John F. Klaver

The edge

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John F Klaver est chanteur, compositeur et guitariste de blues. Ce Batave a accompli des études musicales conséquentes aux Pays-Bas et aux Etats-Unis. Il revendique l'héritage musical de Gary Moore, Robben Ford et Jimi Hendrix. Pourquoi pas! C'est en 2007 qu'il monte le John F. Klaver Trio devenu depuis le John F. Klaver Band. Son premier opus, "Jet pepper" paraît en 2008. Il est suivi par "Coming back for more", en 2011, promu meilleur album de blues chez les ‘Oranje’, la même année. Fin 2012, il publie "Wheels in motion", LP pour lequel il reçoit le concours de l'harmoniciste Big Pete Vanderpluym et d'Evan Jenkins du Matt Schofield Band. Le JFK Band est responsable d’un blues très moderne et aussi fort personnel. Le backing group de John réunit Eric Dilisse à la batterie, Iris Sigtermans à la basse et Bob Fridzema à l'orgue Hammond B3 ainsi qu’au piano électrique. Un orgue qu’il cède à Pascal Lanslots pour quatre pistes.

"You make me feel so alive" est une plage prometteuse. Une solide ouverture. La voix de John est harmonieuse. L'orgue Hammond densifie l’expression sonore. Le changement de tempo est judicieux. Et la chanteuse Inge Ingwersen donne la réplique à John, avant qu’il ne s'envole sur ses cordes! Swing et jazz dominent "Just for kicks". Klaver semble hanté par Robben Ford. Les échanges entre cordes et l'orgue de Lanslots sont excellents. "Save me" est amorcé en douceur. L’orgue apporte une coloration à la fois progressive et originale à ce morceau. Une douceur qu’on retrouve sur l’indolent "When everything falls", titre au cours duquel l’envol de John est empreint d’une grande sensibilité. Exercice de style instrumental, "Micha ain't no bitch" adopte un format funky. Les changements de rythme sont opérés par la guitare. "Skip a beat" est une compo qui déménage pas mal. La six cordes du leader et l'orgue Hammond de Fridzema font à nouveau bon ménage. "Make it so" est subtilement jazzyfiant. Une atmosphère qui sied parfaitement au style de Klaver. Colosseum n’est pas loin. A cause des échanges instrumentaux complexes. Puis de la présence du saxophone d'Efraim Trujillo. Une piste au cours de laquelle les différents acteurs interviennent à tour de rôle! John et Miss Wies se partagent le chant tout au long d’"I still believe", un blues lent, au cours duquel notre gratteur s’autorise des interventions de gratte subtiles, parcimonieuses et raffinées. Remarquable ! La reprise du "32/20 blues" de Robert Johnson est très personnelle, et bénéficie encore du concours de l'orgue de Fridzema. Un orgue que se réserve alors Pascal Lanslots sur l’instrumental "Kempner", un autre blues lent. Et franchement, le musicien est particulièrement doué et créatif. Le JFK Band adapte le "Maydell" de Johnny Neel et Warren Haynes du Allman Brothers Band, un titre qui figurait sur "Wake up call", un elpee de John Mayall flanqué de ses Bluesbreakers, et notamment de Coco Montoya à la guitare. C’était en 1993 ! Dernier blues lent, "Heartful of blues" bénéficie de la participation de l’harmoniciste Boy Vielvoye, du groupe local Sugar Boy and the Sinners. Les tonalités écorchées soufflées par Boy me rappellent le grand Charlie Musselwhite. D’excellente facture, cet LP s’achève par "The edge", un titre puissant, assez carré, caractérisé par un riff de guitare porteur avant qu’elle ne s’autorise une dernière escapade assez majestueuse.   

 

Holly Johnson

Europa

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Aka William Johnson, Holly Johnson est né à Liverpool, le 9 février 1960. Chanteur et compositeur britannique, il est surtout connu pour avoir drivé Big In Japan et Frankie Goes To Hollywood. Issu de la mouvance punk rock/new wave, il joue d'abord de la basse au sein du premier. Et publie deux singles en solitaire. En 1982, il passe chez le second comme chanteur et parolier. L’année suivant FGTH grave son premier single : « Relax ». Les lyrics, la pochette et la vidéo soulèvent l’indignation. Et la censure de la BBC. Ce qui va contribuer à la notoriété du combo. C’est à cette occasion qu'Holly Johnson et Paul Rutherford, un autre membre du groupe, révèlent leur homosexualité. FGTW va aligner toute une série de tubes : « Two Tribes », « The Power Of Love », « Welcome To The Pleasuredome », « Rage Hard », jusqu'en 1987. Après une tournée européenne, le band se sépare. A l’instar des autres membres de la formation, Holly Johnson se lance dans une carrière solo. Il décroche une nouvelle fois un numéro 1 en Angleterre, grâce au titre « Blast ».

En 1991, Holly Johnson apprend qu'il est séropositif. Il se retire du monde musical et rend public le diagnostic, deux ans plus tard. Depuis, il se consacre essentiellement à la peinture. Il expose ses œuvres même. Mais en 1994, il publie une autobiographie encensée par la critique. Après plus de 15 ans d’absence, il est de retour sur son propre label Pleasuredome, pour ce nouvel opus, un disque produit par Mark Ralph (Hot Chip, Franz Ferdinand).

« Follow Your Heart » ouvre l’elpee. C’est le single qui préludait sa sortie. Les eighties sont de retour ! Pas mal ! Mais pas percutant, non plus. Il y manque la magie. Une plage inoffensive parsemée de quelques sonorités électroniques. « In And Out Of Love », « Heaven's Eyes », « So Much It Hurts » passent correctement la rampe. Empreint de tendresse, « Dancing With No Fear » est une invitation à rejoindre le dancefloor. « Europa » et « Glorious » constituent certainement les meilleures plages du long playing, mais elles nécessitent plusieurs écoutes avant d’être appréciées à leur juste valeur. « Hold On Tight », « Lonesome Town », « You're In My Dreams Tonight » et « The Sun Will Shine Again» repassent les plats. Bref, j’espérais un come-back flamboyant. Espoirs déçus. La version de luxe recèle deux bonus tracks, « Europa » (Original Version) et « So Much It Hurts » (Piano Version). Une déception !

 

The Engines Of Love

Heartbreak

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Opération à cœur ouvert.

Bref mais incisif, cet album constitue une bonne surprise.

Qu’on n’attendait plus.

Mais fallait-il que son géniteur endure les pires tourments pour arriver à tel résultat ?

Peut-être.

Quoi qu’il en soit, ce « Heartbreak » est criant d’intégrité et de vérité.

Mais ce ne sont pas ses seules qualités.

Si ces compositions lorgnent toujours vers une Indie Pop matinée d’underground nineties (Catherine Wheel plutôt que Ride, vous voyez ?), Gabriel Dozin semble ici abandonner la casaque du looser sympathique pour endosser une armure qui, si elle dissimule mal les fêlures et cicatrices palpables à la surface de son âme, reflète suffisamment d’éclat que pour impressionner dès la première écoute.

Cette puissance placée d’emblée sur « Closer », titre audacieusement long qui ouvre l’album est cependant habilement contrebalancée par le suivant, « V12 », une compo caractérisée par ses arpèges mélodieux qui baignent dans une aura Shoegaze parfumée de chœurs optimistes.

L’opus est court et laisse sur sa faim, ce qui n’est pas nécessairement un inconvénient.

L’introspectif « Long Distance » parcourt des miles et des miles sur des versants qu’on jurerait écossais, quand les battements renversés de « Heartbreak » suspendent le temps aux accords de guitares saturées.

Enfin, passé l’introduction mastodonte, la testostérone grésille dans l’Asphalt », plantant le décor sans jamais se fondre dans l’ambiance.

La production rend fidèlement justice aux chansons en évitant d’en remettre une couche, laissant aux chansons la place pour s’exprimer.

Bref, « Heartbreak » soulève mon enthousiasme, ce que les précédents projets de notre homme (Championship Manager, Hypodrome ou Sealane bien avant) n’étaient pas encore parvenus à réaliser.

Opération réussie.

Doghouse Sam

Knock Knock

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Cette jeune formation belgo-hollandaise compte à peine trois années d'existence! Un trio qui réunit d’excellents musiciens. Wouter Celis, alias Doghouse Sam, en est le leader. Il est pourtant considéré comme un vétéran dans le milieu du blues belge. Chanteur, compositeur, guitariste et harmoniciste, il a milité chez les Rhythm Bombs, band qui a tourné à travers toute l’Europe. Son backing group, les Magnatones, est constitué d’une section rythmique. Soit l’ex-Seatsniffers, ex-Wild Ones, Jack ‘Fire’ o'Roonie, à la double basse, et Frankie Gomez, à la batterie, un Néerlandais considéré comme le meilleur drummer aux Pays-Bas! Le trio avait publié un premier opus en 2012, "Buddah Blue". "Knock Knock" est donc le second. Et il est excellent. Les prises de son ont été réalisées au studio Yland, à Amsterdam, en juillet dernier. La production a été confiée à l'artiste local Mischa den Haring, ex-leader de T99.

L’opus réunit douze compositions signées Wouter et l'énigmatique "Ce qui est fait, est fait", un titre écrit par Frank Coumans alias Frankie Gomez. "Somethings wrong" démarre en force. Un morceau largement teinté de rockabilly. La cohésion entre les trois musiciens impressionne déjà. Sam a la voix de sa musique. Il a la guitare dans la peau. Sa technique à la slide est offensive et irréprochable. Et, la section rythmique est vraiment extraordinaire. "Kings & Queens" swingue. Bas Janssen siège derrière son piano honky tonk, tout au long de ce blues dynamique au style West Coast. Le titre maître évoque la rencontre improbable avec le diable. Pas de baisse de rythme. Ce savant dosage entre blues et rockabilly me fait parfois penser aux Paladins. Le son vintage de la guitare à caisse creuse balaye tout sur son passage. Bas Janssen est passé à l'orgue et Frankie imprime bien le rythme du cheval au galop sur "Road", une piste de country/rock/roots. Un Janssen dont les interventions au piano sont spasmodiques, sur "All it takes" ; une compo au cours de laquelle la conjugaison opérée entre les accords de la lourde basse acoustique et les interventions à la batterie, produit un swing permanent. Redoutable, "All I need outta you" concède des accents métalliques empruntés au Delta. Les sonorités de gratte sont primaires et dramatiques. Wouter double à l'harmonica, un instrument qu'il maîtrise tout en préservant son originalité. La voix est saisissante, quasi hypnotique. Un grand moment ! Le leader souffle en puissance dans son harmo sur "Doghouse boogie", une plage instrumentale détonante, au cours de laquelle Micha den Haring se consacre à la guitare rythmique. Indolent, "Time takes care" semble se prélasser dans l'atmosphère torride et étouffante des marais louisianais. Les différents arrangements sont parfaitement dosés. Les percus de Frankie entretiennent à la perfection ce climat. La voix transpire de vécu. Des marais à la Nouvelle Orléans, il n'y a que quelques pas. Frankie nous emmène dans le carré français pour "Ce qui est fait, est fait'. Cette street parade irrésistible constitue une invitation à la danse et aux trémoussements joyeux. Chargée de reverb, la guitare nous entraîne au cœur d’un swamp boogie vivifiant, tout au long de "Scratch a lie". "You snooze you lose" maintient le cap. Un jump boogie constant. La guitare est d'une efficacité rare et Jack s’autorise un instant de bonheur sur sa basse. Rockabilly cinq étoiles, "Fine ain't good enough" véhicule des accents orientaux. Le bottleneck communique un son métallique aux cordes en souffrance. Doghouse Sam achève l’elpee par un titre a cappella : "Tell a tale". Remarquable ! Le meilleur opus blues/roots européen gravé en 2014 !

 

Dirty Sound Magnet

The bloop (Ep)

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Dirty Sound Magnet nous vient de Fribourg (NDR : sis quelque part entre Lausanne et Berne), en Suisse. "The Blood" constitue son tout premier cd. Un Ep ou alors un mini album, car il ne contient que 6 morceaux pour 23 minutes.

Ces Helvètes pratiquent un rock dit ‘classique’ teinté de références orientales. Caractérisé par la présence d’un barzouki et d’un sitar, « Sunday Drama » y trempe manifestement. Et à l’écoute de « Chocolate Woman » et « 21st Century Witch » on pense inévitablement à Led Zeppelin, voire à Robert Plant.

Bref, rien de neuf à l’horizon. Un disque sympathique mais qui manque de piment. Neutre, si vous préférez. Suisse quoi…

 

Daytona

Morceaux De Lune (Ep)

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L’identité musicale francophone a toujours éprouvé certaines difficultés face à l’hégémonie anglo-saxonne.

Enfin, c’était l’évidence, il y a quelques années.

On ne compte plus les groupes ou artistes qui ont tenté de se convertir au rock insulaire, en utilisant, au mieux, la langue de Voltaire comme lien salutaire (ou salivaire, c’est selon), et au pire un accent franglais qui faisait sourire, dans le meilleur des cas.

À côté de ces nombreux échecs cuisants, on discerne néanmoins quelques magnifiques exceptions, groupes frondeurs qui ont ouvert la brèche à la nouvelle génération.

Aujourd’hui, plus question de s’incliner respectueusement ou révérencieusement devant les pontes d’outre-Manche ou issus du Nouveau Continent.

Et de cette époque trouble et pourtant pas si lointaine, subsistent encore quelques fiers représentants.

Daytona, groupe lyonnais actif depuis 1990, appartient à cette race d’intègres défenseurs d’une identité propre, malgré de solides références étrangères.

Une Pop variée, non avariée, loin de la variétoche, en somme.

Dans cette mouvance initiée pat Noir Désir, Diabologum, Les Thugs ou encore Sloy, ramant à contre-courant, le pied enfoncé dans la fourmilière, il n’était pas toujours aisé de faire son trou.

En résulte une carrière en dents de scie pour Daytona, qui nous revient aujourd’hui sous un nouveau line up, mais en affichant une même et farouche intégrité.

Si le succès n’est pas une donnée scientifique sur laquelle on peut miser à coup sûr, ils n’en reste pas moins que les cinq titres de “Morceaux De Lune” ont le potentiel pour se démarquer du mælström musical actuel.

Poésie Pop et ouverture musicale, mélodies accrocheuses et riffs efficaces.

Tels sont quelques uns des ingrédients présents d’un bout à l’autre de ce disque.

Ma systématique réserve face à la langue de Molière, héritée de ces années citées en tête d’article ne semble pas avoir altéré mon jugement. Preuve de l’équilibre de l’ensemble.

Le phrasé lui-même s’avérant une arme de séduction redoutable (principalement à mon sens sur “Comment”).

Toute introspection n’est cependant pas exclue, car on se retrouve plongé dans un monologue cinématographique intriguant sur le palpitant “Ce Soir Là”, caractérisé par son accent ‘Mogwaien’ à couper au couteau.

Bref, oubliant toute appréhension passéiste, je découvre ce groupe avec grand plaisir et vous invite à faire de même.

Car outre l’évidence de morceaux hyper efficaces, on rencontre ici une certaine intelligence dans le propos qui rend cet Ep indispensable.

Et le premier qui fait référence à Indochine prend mon pied au c** !

 

Blues Karloff

Ready for Judgement day

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Si Blues Karloff replonge les nostalgiques, quarante années en arrière, il assène une véritable claque aux plus jeunes. A cause du dynamisme et de la puissance naturelle de leur musique. Il y a trois ans, le guitariste Fonzie Verdickt et le batteur Georges Milikan décident de monter un groupe. Mais la stabilité du line up ne remonte qu’à une bonne année. Il implique aujourd’hui le bassiste/harmoniciste Frans Ruzicka, le guitariste Paul ‘Shorty’ Van Camp et le chanteur Alfie Falckenbach. Les sessions d’enregistrement de "Ready for Judgement day" se sont déroulées au printemps dernier, au sein du studio Pyramide à Beersel. On pourrait imaginer le BK comme une synthèse de l'évolution du fameux British Blues Boom de la fin des sixties. Il avait ainsi mué en blues rock bien électrique, style que vont adopter les Rolling Stones originels, les Bluesbreakers de John Mayall, le Led Zeppelin, Jeff Beck, Chicken Shack ou encore Mountain, de l'autre côté de l'Atlantique.

Hormis "Mean ol' woman blues", cet opus se caractérise par son homogénéité. Il épingle la quintessence de cette époque, à travers des reprises, tout en retraçant l'histoire du blues. Depuis le mythique Robert Johnson, disparu en 1938, à Muddy Waters, en passant par Howlin' Wolf, John Lee Hooker, Albert King, BB King, Jimmy Reed, Slim Harpo, et j’en passe…

"Ready for Judgement day", c'est la contraction du "I'm ready", écrit par Willie Dixon et célébré par Muddy Waters, et de "If I had possession over judgement day" de Robert Johnson. Et ce "Who's who" du blues est revu au travers de la loupe du blues anglais de la grande époque. Nous pourrions citer toutes les plages. On se limitera aux plus réussies ou au plus singulières.

"Who's been talking" est une cover de Howlin' Wolf, le géant du Chicago blues. La puissance de feu est imparable. Alfie a la voix de l'emploi. Les interventions de grattes exécutées par Shorty et Fonzie sont décapantes. "Train kept a rollin'" a été composé à l'origine vers 1950 par Tiny Bradshaw, un spécialiste du rhythm & blues. Il est ici adapté à la manière des Yardbirds de la fin des 60s. Leur version avait été rebaptisée "Stroll on" et figure dans le film culte d'Antonioni, "Blow up". Le groupe apparaissait au club ‘Ricky Tick’. Et deux guitaristes exceptionnels étaient sur la même scène : Jeff Beck et Jimmy Page. Moins d'un an plus tard, les Yardbirds devenaient les New Yardbirds et enfin, Led Zeppelin. La cover du "Boom Boom" de John Lee Hooker est ma plage préférée. Blues Karloff en a réalisé une version bien personnelle. Falckenbach est en très grande forme. Il est même bien plus féroce que l'Animal Eric Burdon de 1964. Signé Booker T, "The hunter" avait été popularisé par Albert King. Rudy Pieters lui réserve un traitement personnalisé à l’aide de son orgue. "Better by you, better by me" n’est pas un véritable blues, mais un morceau que j’apprécie tout particulièrement. Il figurait en ouverture du remarquable elpee "Spooky Two" de Spooky Tooth, à l’époque où Mike Harrison et Gary Wright étaient encore réunis, pour nous choyer de leurs échanges vocaux extraordinaires. Alfie y excelle au chant. La version du "Shame shame shame" de Jimmy Reed est speedée. J’épinglerai encore le "Got love if you want it" de Slim Harpo, un titre qui figurait au répertoire des Rolling Stones, Pretty Things et Yardbirds, à leurs débuts, le "Neighbor neighbor" de Huey Meaux, que le Graham Bond Organisation, impliquant Jack Bruce et Ginger Baker, avait magnifié en 1965. "If I had possession over judgement day" met en exergue la section rythmique. Elle est en béton ! Et Milikan remet le couvert en tapant vigoureusement sur ses fûts, tout au long "Big boss man". Ce chouette moment de nostalgie, s’achève par le célèbre "Crossroad blues", peut-être comme Robert Johnson aurait pu le proposer, s'il avait encore vécu dans le Chicago des fifties! 

 

Betunizer

Gran Veta

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Il y a un bout de temps que ce disque traîne dans la pile de cds à chroniquer. Il faut avouer que la pochette du « Gran Veta » de Betunizer n’est pas très sexy. Ce bout de viande sanglant n’est vraiment pas très appétissant. Puis, au fil du temps, il a bien fallu passer outre mon aversion. Première surprise, le groupe est espagnol, et nous vient de Valence. On ne peut pas dire que les artistes ibériques soient légion sur la scène pop/rock.

Après avoir écouté cet LP, on pourrait imaginer que le trio a vécu dans la banlieue de Chicago, au début des 90’s, en côtoyant la bande à Steve Albini. En effet, leur musique est tout aussi brute de décoffrage et saccadée que celle de Shellac ou d’Unsane. Ici, malgré les textes exprimés dans la langue de Cervantès, peu de place est laissée à l'exotisme. De la Noise pure est dure ! A l’instar des références susvisées, le rôle de la basse est primordial. Elle est lourde et canalise le reste de l’instrumentation. Les titres se succèdent sans la moindre relâche et pour mon plus grand bonheur ; car franchement il n'y a rien à jeter sur cet album.

Certes, rien de bien neuf sous les tropiques, mais beaucoup de jubilation! On ne se privera donc pas de ce petit bonheur…

 

Baby Fire

The Red Robe

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Rêche et sèche, cette robe épouse des formes pourtant bien féminines.

Versant PJ Harvey et son « Dry » incendiaire.

Un versant baigné d’une lumière crépusculaire.

C’est sombre, inquiétant et le titre de cet album se réfère lui-même à une tragédie (le suicide de l’écrivain Romain Gary, souligné par les lyrics du titre maître).

Musicalement, au-delà du côté abrupt de cette imposante façade austère, on décèle des pans de lumière froide, contrastant habilement avec le feu qui couve ci-dessous.

On soulignera la présence de Tony Barber (The Buzzcocks) derrière les manettes, la complicité d’Eve Libertine et Penny Rimbaud au micro (sur respectivement « Victory » et « The Lit Light ») ; mais surtout on retiendra l’impressionnante maturité de cet elpee, le deuxième pour Diabolita (aka Dominique Van Cappellen-Waldoc), qui suit l’excellent « No Fear », publié en 2011.

Outre les ambiances que vous devinez plombées, les relents d’une Noise industrielle abandonnent des traces de souffre qu’un vent mauvais vient balayer de plage en plage.

Un frisson parcours l’échine (« Sunrise With sea Monsters »), la bave apparaît à la commissure des lèvres, petites et grandes (« The perfect Dress ») ou l’acide dévore les tissus cutanés (« Cold »).

Si le duo Diabolita / Cha a splitté après l’enregistrement de ce disque, les fûts ont été repris entre-temps par Alinovsky (Tuxedo Moon, Durutti Column, Digital Dance) ; ce qui augure bien d’autres plaisirs futurs.

Mention spéciale à l’illustration d’Alice Smith dans un artwork splendide et magnifié par une pochette cartonnée très respectueuse du contenu audio.

Akhenaton

Je Suis En Vie

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Après le succès des derniers albums d’IAM (« Arts Martiens » et… « IAM »), Akhenaton nous propose son cinquième album solo. Enregistré en seulement 6 mois et inspiré de l’histoire du samouraï japonais Miyamoto Musashi, ce nouvel opus est sans aucun doute le plus personnel du leader d’IAM. Empruntant des sonorités proches du jazz et de la soul, Akhenaton aborde tout au long de l’LP les différents sujets qui ont marqué sa vie en évoquant le temps qui passe (« Tempus Fugit »), épanche une belle sensibilité lorsqu’il conseille sa fille sur « Souris, encore… » tout en affichant une certaine nostalgie et fierté par rapport à ses origines italiennes et son appartenance aux oriundi dispersés aux quatre coins du monde. AKH n’oublie pas pour autant de dénoncer le racisme ambiant en France, les nombreuses discriminations raciales ou religieuses ainsi que la montée du Front National et le côté fasciste d’Eric Zemmour sur « Etranges Fruits », très largement inspiré du « Strange Fruit » de Billie Holiday qui dénonce le lynchage racial perpétré aux Etats-Unis, dès 1880, tout en le comparant à notre société actuelle.

Le rappeur marseillais a invité principalement des artistes qui lui sont proches (R.E.D.K., Veust Lyricist, Faf Larage, Perso) dont son binôme d’IAM, Shurik’n. Ensemble, ils évoquent leur amour réciproque pour le rap (« J’aime le rap et le rap m’aime »).

Coproduit par le compositeur et pianiste Sébastien Damiani, ce nouveau projet est musicalement très abouti, balayant à peu près toutes les influences du hip-hop. Le travail d’écriture n’est pas en reste pour autant et les exercices de style sont nombreux. A 46 printemps, le cœur plein de rustines –comme il le dit sur le titre éponyme de l’album (en featuring avec Tyler Woods)– Akhenaton nous démontre en 19 morceaux que le bon rap est toujours, lui aussi, bien en vie…

 

Warpaint

Warpaint

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Forcément, à cette période de l’année, difficile d’échapper à cet album promis à moult éloges et classements dithyrambiques en hauts des charts récapitulatifs de cette mouture deux mille quatorze.

Une excellente raison en soi d’enfoncer le clou et de revenir sur ce bijou qui d’emblée s’annonçait comme le digne successeur de « The Fool ».

Placé en éclaireur fin deux mille treize, « Love Is To Die » n’annonçait il pas la couleur chatoyante de cet opus éponyme ?

Vu la qualité des dix autres titres, on ne peut que louer le second album (seulement) de ce groupe féminin aussi subtil dans son approche musicale que direct dans son impact émotionnel.

Si l’elpee regorge de détails qui apparaissent encore après de multiples écoutes, le pouvoir de séduction de chacun de ses titres réside essentiellement dans les textures qui enrobent des mélodies. Mélodies, qui semblent moins évidentes que jadis, mais s’imposent néanmoins immédiatement à l’esprit.

Pas convaincu qu’un flot de mots insignifiants décrivent les diverses sensations rencontrées au fil des écoutes de ce plaisir gravé sur sillon, je ne peux donc que vous encourager à y replonger sans modération ou à le découvrir si ce n’était déjà fait.

Oubliez toute référence, tout pont abscons entre mouvances ou autres styles musicaux, Warpaint se distingue suffisamment du reste de la mêlée que pour échapper aux étiquettes.

Et pour ceux convaincus qu’un album sorti trop tôt dans l’année risque l’oubli au moment des bilans, j’engage les paris (sans trop me mouiller) qu’ils en seront pour leurs frais.

Le Père Noël est un Rockeur 2014 : samedi 20 décembre

Imaginé par l’équipe qui organise le festival de Dour, ‘Le Père Noël est Un Rockeur’ a fait pas mal d’émules, tant en Belgique que dans le Nord de la France. Il en est d’ailleurs à sa quatorzième édition. Et en 2014, il s’étale sur 3 jours, dans trois villes différentes de la région du Centre et du Borinage. Et c’est la salle de Sports douroise qui accueille le dernier, celui auquel vos serviteurs ont assisté. Pour rappel, le principe est simple, l’entrée est fixée à un jouet d’une valeur minimale de 10 €. Et un enfant défavorisé en recevra un exemplaire. De quoi lui donner un peu de bonheur. Cette année 8 000 enfants sont concernés. Et autant de jouets ont été récoltés. En outre, au fil du temps, les artistes se bousculent pour participer à ce festival caritatif, organisé par les ASBL GO GO GO, ARC Borinage/Hauts-Pays et le Festival de Dour, auxquels collaborent de nombreux bénévoles.

Lemon Strow ouvre les hostilités. Malheureusement, je n’ai pu assister qu’à leur toute fin de set. C’est donc partie remise…

Fùgù Mango, je l’avais découvert en supporting act de Puggy, à Mouscron. Le line up réunit deux frères qui militent également chez les Bikinians (NDR : dont un nouvel album est prévu pour 2015), Jean-Yves aux synthés et au chant ainsi que Vincent Lontie à la basse. Sans oublier le drummer, Franck Baya. Pas un néophyte ! Et pour cause, il milite au sein d’une multitude de projets. Il a ainsi prêté son concours à Coffee Or Not, Sarah Carlier, Clare Louise et bien d'autres. En Belgique, quand on veut faire de la musique son métier, il faut être capable de se diversifier. Et c’est le cas des artistes de ce band. Outre les fûts, des timbales, congas et autres cymbales sont disposés sur l’estrade.

« Floaréa » ouvre leur set. Plutôt jolie, la chanteuse/guitariste se démène sur les planches. La musique évoque immédiatement Vampire Weekend. A cause de ce cocktail subtil entre synthés, percussions tribales et harmonies vocales. Leur indie rock est à la fois métissé, coloré et particulièrement sucré. Fùgù Mango ne dispose que de 30 minutes pour défendre son « JùJù ». Pourtant, malgré le peu de temps imparti, il va nous réserver une prestation de bonne facture. Et pas de problème pour chauffer l'auditoire, vu la température ambiante... Plus électro, « Kylie's Dream » est une invitation à rejoindre le dancefloor. Le public commence à affluer… Une reprise : le « Golden Brown » des Stranglers (NDR : 32 ans déjà, un bail !) A la sauce Fùgù, elle est plutôt déroutante. Franck brille derrière ses fûts. Afro, world, latino, rien ne l’effraie. Le concert s’achève par le succulent « Mango Chicks ». Fùgù Mango se produira aux Nuits Botanique 2015. Qu’on se le dise !

Un changement de matos plus tard, place à Recorders. A leur actif, trois Eps et un premier elpee prometteur paru en septembre, « Above The Tide », un disque qui a été mixé par Tony Hoffer (M83, Phoenix, Air, Beck, The Fratellis), à Los Angeles. En outre, le band a pas mal tourné en festival et assuré de prestigieuses premières parties pour des artistes insulaires. Une demi-heure est également réservée au quintet : Gordon Delacroix, Alexandre Meeus, Arnaud de Ghellinck, Pierrick Destrebecq et Florian Donnet. Ils ont le visage peinturluré. Pas comme Kiss, quand même. Deux immenses triangles lumineux sont placés derrière eux.

De facture plutôt classique, mais aux accents très américains, le pop/rock de Recorders est stimulé par des beats électro. Perfectionniste du son, ce groupe belge est amoureux des belles mélodies. Sa musique me fait parfois penser à celle de Stereo Grand. « Kelly » ouvre le bal. Les notes de synthé sont atmosphériques. Très dansant, « 85MPH » invite au dancefloor. Il y a de plus en plus de monde ; notamment devant l’estrade. Les percus et les guitares tirent leur épingle du jeu sur « Wolf Drums », un compo élaborée, plus cold wave, mais particulièrement incisive. « Someone Else's Memory » est hanté par MGMT. Superbe ! Hormis le plus paisible « Under The Waves », la suite du concert est de plus en plus excitante. Boostées par l’électro, les trois dernières compos (« Colorimetic », « Purple And Gold » et « Beatch ») sont même terriblement dansantes. Recorders est en concert ce 7 février 2015 à la Rotonde du Botanique. A ne pas manquer !

C’est Adrien qui s’est chargé du compte-rendu de la prestation de BRNS…

Assister à un concert de BRNS, c’est l’assurance de repartir satisfait. Les Bruxellois ont, en effet, la réputation d’être l’un des meilleurs groupes live de la scène belge. Le quatuor avait une nouvelle occasion de le prouver à Dour. Votre serviteur avait déjà assisté à une de leur épatante représentation lors du festival Ward’in Rock, début septembre. Il me tardait donc de découvrir ce que nous réservait une prestation dans une petite salle. La configuration du band sur les planches est particulière. C’est le batteur qui assure le chant et il est donc mis en avant. Une rare combinaison qui ne pénalise certainement pas les autres musicos, ajoutant une touche mystérieuse à l’ensemble. Car un morceau de BRNS, c’est une énigme que le public à l’impression de résoudre en compagnie des jeunes hommes. Chaque titre est construit crescendo pour finalement se révéler par une explosion jouissive pour le mélomane. Durant ce court show d’un peu moins de 40 minutes, ce sont les chansons de l’EP « Wounded » qui retiennent le plus l’attention. Ce disque est vraiment un bijou et le plaisir est immédiat dans le tube « Mexico » mais également lors de « Our Lights », qui clôture le concert. Dans les bacs depuis cet automne, l’album « Platine » s’est révélé légèrement décevant par rapport au précédent essai. Néanmoins, il prend une autre dimension sur scène. La recette miracle marche également. Caractérisé par ses sonorités atmosphériques, « My Head Is Into  You» et « Void » transportent les 500 personnes présentes avant de les ramener sur terre lors du déchaînement final.

BRNS est déjà une valeur sûre si l’on souhaite passer un bon moment musical. L’énergie libérée par les Bruxellois en ‘live’ est communicative et donne l’envie de danser à quiconque se trouve à portée sonore. Avec eux pas de doute, le Père Noël est bel et bien un rockeur ! (A.M.)

Je fais l’impasse sur le collectif rap La Smala, afin de me restaurer et de visiter les stands annexes. Celui de la ‘Vie En Rock’ rappelle que leur second festival se déroulera ce 28 mars 2015. Un événement destiné à financer la recherche dans le domaine du cancer.

Le clou de la soirée, sera enfoncé par Black Tartan Clan. Un autre groupe bien de chez nous. 50 % wallon et 50 % flamand. Mais qui pratique du punk/rock celtique. Un peu comme les Dropkick Murphys. Ou alors dans l’esprit des Pogues. Fondé en 2008, il a la réputation de mettre le souk ! Mac Touche se consacre au micro, sa voix est aussi écorchée que Shane McGowan, Mac Pië à la basse, Mac Marsh à la guitare, Mac Hoze Jr. à la cornemuse ou au fifre, Mac Aël aux drums et enfin Mac Hoze Jr au djembé, snare, bouzouki et banjo. Les musicos sont torse nus, tatoués et portent le kilt.

Et on est parti pour une immense pogo provoqué par les aficionados du combo, mais à laquelle participe une bonne partie de l’auditoire. Débordant d’énergie, le band lui communique sa bonne humeur. La bière coule à flots. C’est le bordel, mais bon enfant. Et finalement, il faut le voir pour le croire. On en a ainsi eu plein les yeux et les oreilles…

(Organisation : Dour Festival)

Black Tartan Clan + La Smala + BRNS + Recorders + Fùgù Mango

 

Concours-Circuit 2014 : samedi 20 décembre

La finale du Concours-Circuit se déroulait ce samedi 20 décembre au Botanique de Bruxelles, occupant alternativement l’Orangerie et la Rotonde. Cette fois encore, le concours a permis à des groupes débutants de présenter leur musique à un public composé de professionnels, de journalistes et de curieux. Vu l’indisponibilité de notre rédacteur en chef, c'est votre serviteur qui a eu l'honneur de représenter Musiczine au sein du jury. Court-Circuit, l'ASBL organisatrice, a maintenant laissé tomber l'appellation 'Pop Rock' pour s'ouvrir encore davantage aux différents styles de musique. Les cinq finalistes, Alaska Gold Rush, Forest Bath, Mambo, MAW//SIT//SI et Thyself, reflètent bien cette diversité et espèrent tous pouvoir succéder aux lauréats précédents : Kiss & Drive en 2010 et Billions of Comrades en 2012. Il y a beaucoup de monde et il faut parfois se bousculer pour pouvoir accéder à Rotonde, où débutent les hostilités, à 20h tapantes.

En lever de rideau, Forest Bath, un projet de l’illustratrice bruxelloise Joanna Lorho. Elle se consacre au chant et au piano et est accompagnée d'un violoncelliste ainsi que d'un batteur/guitariste/trompettiste. La musique évolue dans un univers très intimiste et aussi mélancolique. La voix fait penser à Agnès Obel, Lisa Gerrard, Joanna Newsom ou Jana Hunter. Les arrangements sont discrets mais fouillés et les compositions, parfaitement en place. Seuls petits bémols, la prononciation anglaise est parfois un peu hésitante ; en outre, après 4 à 5 morceaux le set se révèle quelque peu monotone. Mais dans l'ensemble, on a été ému par la sensibilité à fleur de peau de Joanna Lorho. Un projet à suivre !

Le programme se poursuit au sein de l'Orangerie dans un tout autre style, très cross-over, de MAW//SITT//SII. Le patronyme de ce groupe issu de Braine l'Alleud est plutôt bizarre, mais en surfant sur Google, on découvre qu'il se réfère probablement à Maw-Sit-Sit, une pierre précieuse que l'on trouve en Birmanie. Articulée autour du chanteur Christophe Willems (qui milite chez From Kissing), MAW//SITT//SII (auparavant Lady Crazy Madrid), propose un mélange de rock alternatif, de post-rock et de psyché. On pense surtout à M83, surtout en raison des voix haut perchées et des passages atmosphériques. Il y a aussi un côté clairement tribal dans les cris scandés de Willems, mais surtout dans les percussions qu’on pourrait également qualifier d’hypnotiques. Seul problème, luxuriante, l’expression sonore est desservie par un son criard. On reste donc sur sa faim même si le projet recèle un véritable potentiel.

Retour dans la Rotonde pour une leçon de mathématiques. On y découvre Mambo, une formation liégeoise de 'math-rock'. Pour ceux qui l’ignorent, le math-rock est caractérisé par des signatures rythmiques atypiques, telles que 7/8, 11/8, 13/8 etc. C'est cette complexité ‘mathématique’ qui donne son nom au genre. Les influences sont puisées dans le metal, le rock progressif, l'indie et même le punk. Fan fan de 'prog', je ne peux que me réjouir de voir des jeunes pousses embrasser les complexités infinies de la musique avec une telle virtuosité. Les deux guitaristes, Julien Conti et Matthieu Charray, sont véritablement époustouflants et l'ensemble est très cohérent. On pense à Yes, Captain Beefheart, Redneck Manifesto, Honey for Petzi mais aussi à Rage Against The Machine pour les moments plus 'metal'. C'est 100% instrumental, frénétique, nerveux, inventif et toujours surprenant. Ils recueillent un joli succès auprès d'un public assez médusé. Incontestablement la prestation la plus originale de la soirée !

On croit avoir trouvé les lauréats de la finale mais c'est sans compter sur la prestation de Thyself, qui est venu semer le doute dans nos esprits. Réunissant quatre jeunes ingénieurs du son, ce combo namurois a présenté le set le plus 'professionnel' de la soirée. Leur indie-rock teinté de touches trip-hop/prog évoque Radiohead, Coldplay, Muse voire Archive. Les mélodies vocales de Florestan Thiry sont très belles, et les orchestrations, très subtiles. Bizarrement, ce qui devrait être un atout est ici plutôt ressenti comme un désavantage. C'est peut-être trop 'mainstream' pour un concours comme celui-ci ? En tout cas, une prestation en tous points impressionnante ; incontestablement notre coup de coeur de la soirée.

Clôturant le concours, Alaska Gold Rush a bénéficié de l'effet du dernier en lice, susceptible de mettre tout le monde d'accord. Dans une Rotonde bourrée à craquer, Renaud Ledru et Alexandre De Bueger ont démontré que la sincérité et la fraîcheur sont des facteurs décisifs. Ici, pas d'esbroufe, juste un chanteur/guitariste et un batteur pour dispenser un folk-rock indie on ne peut plus efficace. Leur musique américaine sent la poussière, le blues, le rock'n'roll de Jerry Lee Lewis, le folk de Ramblin’ Jack Elliott et le songwriting est même hanté par Bruce Springsteen. On pense ainsi à War On Drugs, Fleet Foxes, Sun Kil Moon, mais en plus musclé. Evidemment, le côté 'Americana' peut faire sourire, voire même agacer, mais la simplicité du propos et l'authenticité des musiciens ont quelque chose de désarmant. Le public présent leur réserve un triomphe et on sent bien qu'il sera difficile de ne pas couronner cette dernière vague déferlante...

Nous rejoignons ensuite le jury dans la salle du Witloof Bar pour une délibération qui se révélera être très rapide, tant les avis convergent vers Alaska Gold Rush. La formation bruxelloise remporte donc le premier prix, qui comprend une aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles d’une valeur de 2000€, une session live offerte par Sabam For Culture, un accompagnement médiatique et un enregistrement studio de 2 jours accordé par Noise Factory. Le second prix est décerné à Mambo. Les Prix ‘Coup de Cœur’ ont également été attribués par les différents partenaires. Ils comprennent notamment la participation à différents festivals (Les Ardentes, Dour, Les Aralunaires, ...), mais aussi une programmation dans différentes salles et notamment, celles appartenant au Club Plasma (Belvédère/Namur, Rockerill/Charleroi, Alhambra/Mons).

(Voir aussi notre section photos ici)

Le palmarès complet:

    Premier prix : ALASKA GOLD RUSH

    Prix de la Fédération Wallonie-Bruxelles (2000€)

    Prix Sabam For Culture : une session live réalisée par «Bruxelles Ma Belle»

    Un accompagnement médiatique offert par This Side Up

    Le studio Noise Factory offre un prix studio composé de :

        2 jours d’enregistrement

        la mise à disposition d’un ingénieur son

        la possibilité de loger sur place

Deuxième prix : MAMBO

    Prix de la Fédération Wallonie-Bruxelles (1000€)

Prix Coup de Coeur

    Prix Club Plasma : ALASKA GOLD RUSH

    (750€ offert à un groupe choisi par les programmateurs représentant le réseau)

    Prix Pure FM : EPK (une interview+ session « live ») : ALASKA GOLD RUSH

    Prix Ça Balance : MAMBO

    (1 jour d’enregistrement / 1 jour de mixage / la mise à disposition d’un ingénieur son)

    Prix Roland :  ALASKA GOLD RUSH

    (Un bon d’une valeur de 400€ pour n’importe quel article de la marque Roland)

    Prix Musictown :  ALASKA GOLD RUSH

    (Mise à disposition d’un studio de répétition - durée 30h)

    Prix VNYL+Biplan :  ALASKA GOLD RUSH

    (Une tournée de 4 dates dans le Nord-Pas-de-Calais pour un groupe choisi par VNYL et Le Biplan)

Prix salles de concerts et festivals (programmation en 2015)

    Dour Festival :  ALASKA GOLD RUSH

    Les Ardentes :  ALASKA GOLD RUSH

    Les Aralunaires : THYSELF

    Lasemo Festival : MAMBO

    Bucolique Festival : ALASKA GOLD RUSH

    Alhambra/Mons: MAMBO et ALASKA GOLD RUSH

    Belvédère/Namur : THYSELF

    Rockerill/Charleroi : MAMBO

    Eden/Charleroi : ALASKA GOLD RUSH

    Bruxelles Les Bains: MAMBO et ALASKA GOLD RUSH

Prix T-Heater

    T-Heater a offert aux 5 finalistes une résidence d’un week-end à La Marlagne durant le mois de novembre.

    T-Heater offre également la présence d’un des groupes à l’affiche du Trix Anvers: MAW//SITT//SII

Compilation

Tous les finalistes sont présents sur une compilation pressée en collaboration avec Wolfpack United et masterisée par Angstrom Mastering.

Pour écoutez la compilation, c’est par ici 

Retrouvez Court-Circuit :

https://www.facebook.com/courtcircuitasbl?fref=ts

https://twitter.com/Court_Circuit

et sur le site www.court-circuit.be

 

FùGù Mango

Jùjù (Ep)

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L’année musicale belge a été riche à bien des égards. Mountain Bike, MLCD, BRNS ou encore Joy ont charmé nos oreilles dans des styles bien différents. Et alors que 2014 touche à sa fin, FùGù Mango (prononcez Fou-Gou-Mang-Ô) dévoile son premier Ep. Une cerise sur un gâteau pourtant bien consistant. Fondée, il y a un peu plus d’un an, la formation bruxelloise n’a pas perdu beaucoup de temps. Fin 2013, elle publiait déjà deux premiers morceaux sur Youtube ; ce qui lui permettait d’acquérir une certaine notoriété. Assez pour se produire sur les scènes du Botanique (en première partie de Jungle), Dour Festival et Esperanzah. Paru fin novembre, ce Ep est la suite logique d’une année bien remplie.

« Jùjù » reflète une excellente vision de l’univers sonore imaginé par le groupe, un univers au sein duquel les percussions exotiques prennent une place prépondérante. Chez FùGù Mango, malgré de jolies mélodies pop, les compos sont sculptées dans une sorte d’afro-beat énergique.

« Mango Chicks » s’ouvre dans un climat paisible. Mais progressivement, le tempo s’élève et finit même par exploser. « Floarea » et « Walk On By » baignent au sein d’un climat digne de Vampire Weekend. Une des influences majeures du combo. Une référence flatteuse, vu le talent de la troupe drivée par Ezra Koenig.

En milieu de parcours, on a droit à une cover du « Golden Brown » des Stranglers. Le plus gros hit du mythe insulaire. Plutôt que de se contenter d’un simple copier/coller, le groupe parvient à se réapproprier la compo. Et le résultat est superbe. A cause des percus qui donnent une seconde vie à cette chanson qui date quand même de plus de 30 ans. « Kylie’s Dream » nous rappelle ensuite que les musicos sont également d’excellents compositeurs. Enfin, les deux dernières pistes explorent de nouveaux horizons en clôturant « Jùjù » dans la mélancolie.

Les nombreuses influences qui alimentent la musique de FùGù Mango ont tellement bien été digérées, qu’elle en devient presque personnelle. Permettant ainsi au band de se forger sa propre identité. Tout au moins en Belgique. S’il continue sur cette voie, nous devrions entendre beaucoup plus parler du quatuor, en 2015.

 

(The) Nits

Un concert d’anthologie…

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Rebaptisé Nits pour la circonstance, The Nits fête ses 40 ans d’existence. Une carrière longue, passionnante et riche en émotions. Au cours des années 80 et 90, j’ai eu la chance d’assister à une vingtaine de leurs concerts. Quelquefois à l’AB. Souvent chauffée à blanc. Depuis le début du nouveau millénaire, le combo s’est montré plus discret, opérant quand même un retour fracassant, l’an dernier, dans une même salle comble. J’attendais donc impatiemment ce 19 décembre, pour enfin les revoir. L’AB est à nouveau sold out et le concert sera proposé en mode théâtre semi-flex-assis. L’auditoire est partagé entre aficionados, jeunes et quinquagénaires.

La naissance des Nits remonte à 1974. A ses débuts, le band pratique une forme de new wave, avant d’évoluer vers un style plus personnel, néanmoins largement influencé par les Beatles et les Kinks. Mélodique, entraînant et chargé d’humour, leur pop/rock se caractérise alors par des mélodies subtiles aux refrains contagieux. Ce qui n’empêche pas les compos de s’avérer complexes, atmosphériques ou encore expérimentales. Et surtout de devenir intemporelles. En fait, si le combo prend des risques, ils sont judicieux et calculés.

Au cours de ce spectacle, il va nous permettre de redécouvrir quelques perles irrésistibles. Un show au cours duquel Henk va s’attacher à présenter chaque chanson, en racontant une petite histoire, afin de tenir le public en haleine. Et c’est dans un climat de recueillement qu’il va célébrer sa messe aux hits qui vont s’égrener, pour le plus grand bonheur de nos oreilles…

Pas de supporting act. Le trio débarque, comme d’hab’, un grand sourire aux lèvres. Henk Hofsted, le ‘serial lover’ de ses dames se plante au centre de l’estrade. Il se consacre au chant, à la guitare et aux ivoires. Son piano est placé derrière lui. Robert Jan Stips s’installe à gauche. Il se charge des synthés. Et Rob Kloet, à droite, sur un petit podium. Il est préposé aux drums. Les musicos sont placés en ligne, histoire d’exprimer un partage des rôles au sein du line up. Des images vont défiler sur les trois écrans, placés derrière les artistes. Enfin, quoique discret, le light show va s’avérer particulièrement efficace, tout au long des 120 minutes (et même plus !) de concert...

« Radio Shoes » ouvre le set. C’est un extrait de « Giant Normal Dwarf », paru en 1990. Les interventions à la flûte de pan sont remplacées par celles du synthétiseur. Mais on sent déjà l’émotion qui vous envahit. Et pour cause, des tas souvenirs vous traversent l’esprit. L’auditoire connaît le refrain de « dAdAdA » et ne se prive pas de le reprendre en chœur. Les eighties ont alterné le pire et le meilleur. Nits en est une belle preuve. Issu d’« Omsk », publié en 1983, « Nescio » est ainsi une véritable perle. A cours de « Ting », Henk joue… du triangle. Mais deux claques nous attendent, deux hits ; en l’occurrence « The Train » et « Cars And Cars ». J'attendais impatiemment ces compos, tellement ‘beatlenesques’. L’instrumentation est d’une précision extrême. Le son cristallin. Les mots sont justes. Et le sens mélodique est irrésistible. Notons que pour confectionner la setlist, à trois reprises, Henk va solliciter la foule pour lui demander le choix entre deux chansons. Il semblerait d’ailleurs que ce concert serve de test pour concocter un répertoire en forme de ‘best of.’ De quoi tendre vers la perfection voire atteindre le max d’intensité émotionnelle. A l’issue de chaque chanson, les applaudissements sont nourris et durent parfois de longues minutes. Les artistes semblent prendre grand plaisir sur le podium ; et tout en savourant le succès récolté, ils remercient régulièrement l'assemblée conquise.

Gravée en 1984, « Adieu Sweet Bahnhof » est une œuvre que votre serviteur adore. Je l’écoute encore aujourd’hui. Le titre maître constitue dès lors la cerise sur le gâteau, un diamant à sortir précautionneusement de son écrin. Sans trop savoir pourquoi, j’ai envie de la siffloter ; sans doute, est-elle encore contagieuse...

« Think It Over » est également tiré du même elpee. A cet instant, je jubile. On arrive à la fin du concert. Après « Christine's World », « A Touch Of Heavy Moore », « Dapperstreet », il s’achève par “Port Of Amsterdam». Du grand art ! L’auditoire leur réserve une standing ovation bien méritée.  

Mais impossible de ne pas prolonger ce moment de bonheur. Les Nits reviennent pour « The Swimmer » et « The Dutch Mountains ». On est le cul par terre. Et un deuxième encore nous plonge dans une ambiance country/americana, à travers « J.O.S. Days ». Jamais deux sans trois, puisque ce concert d’anthologie va se conclure par « Aloha Drums » et ensuite une reprise étonnante du « Tomorrow Never Knows » des Fab Four.

Même s’ils sont issus du Vieux Continent, les Nits appartiennent à l’histoire du pop/rock. S’ils avaient été insulaires ou yankees, il seraient sans doute devenus aussi célèbres que U2 voire les Stones, mais en célébrant ce succès à échelle humaine. Rendez-vous en avril 2015, à Ath, pour un autre rendez-vous mémorable !

(Organisation : Ancienne Belgique)

Arsenal

Dance avec Furu…

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C'est la toute première fois que votre serviteur assiste à un spectacle de ce type. Un film projeté lors d’un concert. Et cet événement se déroule à l'Ancienne Belgique. Pour la circonstance, elle a été transformée en salle de cinéma. En mode 'théâtre assis' de luxe, pour être plus précis. Et la date est sold out depuis longtemps. Une petite tartiflette et zou, on se place dans la file. Ouverture des portes à 19h30 et direction le troisième rang. La séance débute à 20h30 précises. Le film s'intitule : « Dance ! Dance ! Dance ! ».

Arsenal a déjà monté ce type de projet. D’abord lors de la sortie de l’elpee « Outsides ». Pour un documentaire paru en Dvd. Ensuite pour celle de « Lotuk ». Quant à « Paper Trails », série destinée à la chaîne de TV Canvas, indépendante de l'album « Lokemo », elle permettait à Hendrik de partir à la recherche des racines de ses romans préférés (« La ballade de l'impossible de Murakami »), au pays du Soleil levant. Hendrik, John et Mario Goossens (batteur de Triggerfinger) ont également collaboré à la réalisation d’une B.O., consacrée à une autre série, « De Poolreizigers », en 2007. Tourner un film est onéreux. Bien davantage qu’un documentaire. 13 personnes ont participé à la réalisation de « Dance ! Dance ! Dance ! ».

Le scénario est basé sur l'histoire de Natsuko, une jolie jeune femme, confrontée à une loi de 1948, tombée dans l'oubli, qui interdit de danser à Tokyo. Pendant sa quête, elle croise la route d'un DJ japonais, Furu, qui joue les derniers disques de sa carrière.

Le tournage du film s'est déroulé à Iwate, un petit village côtier au nord du Japon, et à Sendai, près de Fukushima. L'équipe a vécu un tsunami, entraînant des vagues de 10 mètres de haut, sur le premier lieu. Mais aussi un mini tremblement de terre, sur le second. Ces péripéties sont également relatées à travers les images…

Dj Furu habite au 26ème étage d'un immeuble de Tokyo. Et chaque soir, il revoit se noyer, devant sa fenêtre, la fille laissée à la campagne, morte à cause du tsunami. Elle flotte comme une sorte de créature marine et disparaît au lever du soleil. Durant toute la projection, cet ange blanc va nous poursuivre. Le mot japonais 'Furu' signifie 'tomber', mais aussi 'rejeter' et 'larguer'. Furu est hanté par les démons du passé et pousse le spectateur à se remettre en question. Au fait, chacun pourra interpréter le film à sa manière pendant les 70 minutes de projection/concert.

Les musiciens d’Arsenal sont fascinés par l’image depuis bien longtemps. Mais si ce film a été tourné au Japon, le concept est destiné de permettre au public d’entrer et de sortir du film sur la musique ; ainsi l’a conçu Hendrik Willemyns, bien avant le montage de « Dance! Dance! Dance! »

La réalité est telle qu'aujourd'hui le geste est joint à la parole. Après la première au Festival du Film de Gand (le 22/10/2014), Arsenal part en tournée pur présenter sa création hybride entre film et concert. Il ne faut surtout pas oublier qu' Hendrik a suivi une formation de monteur et d'ingénieur du son à l'école bruxelloise RITS. Le son est important pour Arsenal mais l'image également. Arsenal ne fouille pas dans le passé, il est perpétuellement tourné vers l'avenir. Chaque album est conceptuel et baigne dans une ambiance spécifique. Et world le plus souvent. En puisant notamment dans la culture brésilienne, indienne et japonaise en ce qui concerne « Furu ». Un concert du band est une grande fête à la musique au cours de laquelle il participe.

L’intro est mystérieuse. Il s’agit de « Temul (Lie Low) ». Le trio est placé juste derrière l’écran de projection. A droite, le chanteur/guitariste/bassiste John Rohan. Au centre, Hendrik Willemynsse. Il se consacre aux machines et synthés. A gauche, le gratteur Bruno Fevery. Ils sont coiffés d'une tête de dragon japonais. En arrière-plan, une toile représente les tours de la ville de Tokyo (un décor déjà utilisé lors des précédents spectacles). Pas de Lydmor, Léonie ni de Mirko, Arsenal est réduit à un trio. La projection du film peut commencer. Les dialogues sont en nippon et les sous-titres en anglais et néerlandais. Derrière l'écran, c'est du live, pas des bandes enregistrées. Des spots accentuent les ombres des performers derrière l'écran, sur lequel l’ange blanc (la jeune fille japonaise) tourne au centre.

Retour au film. Parfois déroutant, il baigne au sein d’une ambiance énigmatique. La séance est émaillée de compos issues des différents albums du groupe, mais également nouvelles. Résolument électro/dance (comme dans le titre), elles invitent le spectateur/mélomane à la réflexion, même quand le spectacle tourne à la dérision. Si on coupait le son pour uniquement laisser les images défiler, on n’entendrait pas une mouche voler. Le public reste bouche bée devant un tel chef-d'oeuvre. Et lorsque l’écran se relève, à la fin de la projection, il applaudit à tout rompre les trois prodiges… 

(Organisation : AB)

 

Gang Of Four

Un public en effervescence…

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Du line up initial de Gang of Four, il ne reste plus qu’Andy Gill, le guitariste. Le chanteur, Jon King, semble avoir définitivement quitté le groupe, il y a maintenant deux ans. Andy aura 59 balais le 1er janvier 2015 et il est aujourd’hui entouré par trois jeunes aux dents longues. Soit John ‘Gaoler’ Sterry au micro, Thomas McNeice (NDR : dont la chevelure est tissée dans de longues dreadlocks) à la basse et le drummer Mark Heaney. Fondé à Leeds en 1977, Gang of Four est considérée comme un quatuor mythique. Il s’était séparé en 1984 avant de refaire surface 20 ans plus tard. En fait, il s’était alors rendu compte de l’influence que son post punk exerçait alors sur des combos comme Franz Ferdinand, Bloc Party, Radio 4 ou encore Rapture ; et avait fini par conclure que le produit original était tout aussi valable que celui dispensé par ses élèves. Des formations comme Red Hot Chili Peppers, U2, Fugazi et Minutemen le reconnaissent même comme une de leurs références majeures. Leurs guitaristes surtout. Paru en 1981, « Solid gold » est considéré comme un album culte. Enfin, il faut aussi rappeler que Gang of Four (NDR : la Bande des 4) a toujours véhiculé des textes sociopolitiques engagés, critiquant même ouvertement ses contemporains pour la futilité de leurs lyrics. Le gang insulaire se produisait donc ce mercredi 17 décembre au Club de l’Aéronef. Compte-rendu.

Shopping assure le supporting act. Non, non, il ne s’agit pas d’un ‘boys band’ pour les filles (NDR : qui a dit macho ?), mais un trio londonien qui pratique du post punk funk. La chanteuse/guitariste ressemble à Bruce Ellison, le leader de PPZ 30. Enfin quand il était plus jeune et en plus petit. La peau métissée, elle a les cheveux en bataille dressés au-dessus de la tête. Elle s'appelle Rachel ; et franchement, je n'avais pas remarqué (NDR: merci Ludo!), même après avoir taillé une bavette avec elle, à l'issue de la soirée, que c'était une fille (NDR: je vais devoir me méfier des travesti(e)s...) Elle est soutenue par une section rythmique. Soit un drummer et un bassiste. Il s'appelle Billy. Mais c'est aussi une fille ! Qu’on appelle dans un certain jargon, un garçon manqué (NDR : qui a encore crié macho ?) Et il a fallu trois morceaux pour m'en rendre compte... Le band a publié un premier elpee en juin 2013, « In other words ». Et leur musique quoique plutôt aride n’est pas mal ficelée du tout. A suivre de très près et même à revoir ; mais plus juste avant la Noël ou le Nouvel An…

Gang of Four monte sur scène vers 21h30. Et attaque directement par un titre de son tout premier elpee, paru en 1979, « Return the gift ». La setlist va essentiellement se concentrer sur la discographie pré-1995. Et tout particulièrement les classiques. Seuls trois compos de la seconde vie de GOF seront interprétés, soit « Do as I say », de l’album « Content », publié en 2011, et deux plages (*) du nouvel opus, paru en mars 2014 : « Broken talk » (NDR: en studio Alison Mosshart y apporte sa contribution) et « Isle of dogs ». Le son est impeccable et rapidement le public se met à danser. Le set est particulièrement dynamique. Offensif, même. Andy brandit sa gratte comme une arme, alors que Thomas renverse régulièrement les pieds de micros. Si bien que tout un long du show, un roadie va passer son temps à tout remettre d’aplomb. Pas de véritable chorégraphie. Seul le vocaliste s’autorise un peu de show, en se servant alternativement, des trois microphones, étalés en front d’estrade. Quand ils ne sont pas par terre. Ou encore en grimpant sur le petit podium réservé au drummer. Et quand il ne chante pas, il se désaltère. Il boit de l’eau. Par petites gorgées. Dans une petite bouteille d’eau. Sa voix passe pourtant bien la rampe. Angulaires, les sonorités de gratte dispensées par Gill grincent, crépitent, déchirent et régulièrement, il vient les parachever en feedback, devant son ampli ; mais paradoxalement, ses interventions ne sont jamais envahissantes. On a même parfois l’impression qu’elles évoluent un ton légèrement en dessous de l’ensemble. Car manifestement, le groove émane essentiellement de la section rythmique. Les martèlements de drums syncopés et la ligne de basse caoutchouteuse se conjuguent à merveille. Pendant « To hell with poverty » la foule reprend les ‘Ouh, ouh ouh, aah !’ en chœur, avant de repartir dans ses mouvements de danse. Une effervescence qui va durer jusqu’à la fin du set.

Un rappel ? Deux titres. Et puis la nouvelle bande des quatre tire sa révérence. On n’a pas vu le temps passer. Preuve que le concert était excellent.

Setlist

Return the Gift
Not great men
I parade myself
Paralysed
What we all want
Anthrax
He’d send in the army
Isle of dogs*
To hell with poverty
Do as I say (2011)
I love a man in a uniform
Broken Talk *

Rappel

At home he’s a Tourist
Damage Goods

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The Broken Circle Breakdown Bluegrass Band

La boucle est-elle bouclée ?

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Ce lundi 15 décembre, les couloirs de l'Ancienne Belgique sont fréquentés soit par des passionnés de Bluegrass ou des fans du film « The Broken Circle Breakdown » (également intitulé « Alabama Monroe ») de Félix Van Groningen, paru il y a déjà deux ans. Un long métrage qui avait décroché le César du meilleur film étranger. La formation s’était déjà produite il y a plusieurs mois dans la même salle, et y repassait donc pour plusieurs dates, dont trois sont sold out. Et de nouveau, la troupe est venue nous interpréter une B.O. addictive écrite par Bjorn Eriksson (du duo Eriksson/Delcroix), le moustachu au chapeau de cow-boy caché dans l'ombre des deux acteurs/chanteurs Veerle Baetens et Johan Heldenbergh.

Le moins que l'on puisse dire c'est que la frénésie autour de ce phénomène ne s'est pas estompée. La foule, un mix entre des vieux de la vieille, fans de Johnny Cash ou de Bill Monroe (fondateur du bluegrass), et des jeunes disciples du style, est excitée ; et dès que les sept musicos montent sur l’estrade, soit vers 20h45, les applaudissements et les cris fusent. Dès les premières notes de « Will The Circle Be Unbroken », le public est conquis. Il faut dire que le jeu de scène est particulièrement sympathique. Tous réunis autour d'un micro d'ambiance, chacun à leur tour, les musiciens y vont de leur solo. Ainsi, la mandoline, le banjo, la contrebasse et tous les instruments inhérents au bluegrass se succèdent. Les nombreuses groupies présentes de la salle chantent à tue-tête les titres phares de la BO. Et pour compléter la setlist, le groupe reprend des classiques du country/folk américain comme « I Think Twice, It's Alright » de Bob Dylan ou le superbe « Go to Sleep Little Babe », chanté a cappella.

L'ambiance est enfiévrée. Les deux chanteurs, Veerle Baetens et Johan Heldenbergh, outre leur talent à maîtriser leur organe, sont de fameux entertainers. Avant de se lancer dans la musique, Johan Heldenbergh a certainement dû exceller dans l'art de l'impro. Entre chaque morceau, il se lance dans des monologues interminables qui font mouche  à chaque reprise. Aussi, quand le concert est terminé, on se rend seulement compte qu’il a duré plus de 2h.

Un spectacle parfait au cours duquel les références au film ont été nombreuses. Mais, hormis, les chansons issues de la BO, seules des reprises ont été jouées et donc... rien de neuf à l’horizon. Aussi, plusieurs questions me taraudent l’esprit. Quel sera le futur de The Broken Circle Breakdown Bluegrass Band ? L’écriture de nouveaux titres est-elle envisageable ? Et dans la foulée, l’organisation d’une nouvelle tournée ? Ou alors la boucle est-elle bouclée ?

(Organisation AB)

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Jambinai

Un des meilleurs concerts de l’année…

Écrit par

Ce 14 décembre, la Rotonde accueille un groupe qui nous vient du Pays du Matin Calme. De la Corée du Sud, si vous préférez. Un événement, car les Européens connaissent très mal la scène asiatique, sauf peut-être japonaise. En outre, cette République exporte très peu ses artistes. La salle est à moitié vide. Ou pleine si vous préférez. Et pourtant, Jambinai va nous accorder un remarquable concert. Et jamais je n’imaginais que j’allais assister l’un des meilleurs de cette cuvée 2014… 

Le line up de Jambinai réunit deux filles qui se consacrent à des instruments traditionnels coréens et asiatiques ainsi qu’un guitariste (NDR : talentueux, je vous le précise) ; un trio rejoint après les trois premiers morceaux par Myounghoon Ryu, le drummer, et Dokyo 13, dont la basse compte 5 cordes. Les bios annoncent un des groupes les plus novateurs de la scène sud-coréenne, parce qu’il est parvenu à créer une nouvelle forme de musique mêlant, sans tomber dans la dissonance, tradition et modernité. Soit un subtil cocktail de heavy post rock, de folk, d’électro et de tradition indigène. A ce jour, la formation n’a gravé qu’un seul elpee, « Différance » ; et la sortie d’un nouvel Ep est prévue pour 2015.

Tous les musicos sont assis, et derrière son imposant geomungo (une sorte de cithare coréenne), Eun Young Sim l’est en mode jogi. Elle pince ou frotte ses cordes à l’aide de bâtons en bambou de longueurs différentes. Elle s’installe à droite sur une petite estrade. Elle joue également du xylophone. Celle de gauche, Bomi Kim, se réserve le haegeum, un vieil instrument à cordes frottées semblable au ehru chinois. Il a été imaginé, il y a environ mille ans environ. Il est formé d'une caisse de résonance en bambou ou en bois, tendue par une peau de serpent à une extrémité de la tige, et les deux cordes sont frottées par un archet à crin de queue de cheval. Grâce à son timbre mélodieux, le haegeum sert non seulement à accompagner la musique vocale et instrumentale, mais aussi à se produire en solo à partir du XXe siècle. Depuis cette époque, l'art d'interprétation soliste de l'haegeum s'est développé rapidement, les techniques d'interprétation et la composition musicale se sont enrichies tout comme la construction de l'instrument s'est améliorée. Le point central est certainement le guitariste Ilwoo Lee qui joue également du piri (flûte en bambou), du taepyongso (petite trompette coréenne) et se sert d’une loop machine. Ilwoo est le seul artiste à s’exprimer dans la langue de Voltaire. Il nous confesse avoir entamé sa tournée en mai dernier, au club de l'AB, et la terminer devant nous. Très souvent, lors de l’ultime date d’une tournée, les artistes se lâchent et donnent tout au public présent. Ce sera bien le cas ce soir.

Les trois premières chansons sont assez déroutantes. Ambient, même. Et elles vous nous plonger, pendant un bon quart d’heure, dans le monde de l’Orient. Les riffs de guitare languissants et les sonorités étranges dispensées par les instruments de Bomi Kim et Eun Young Sim accentuent cette impression. Un morceau de plus, et on tombait dans les bras de Morphée. Or, c’est à partir de ce moment que le groupe va totalement changer de cap, pour embrasser une forme bien plus énergique, voire métallique. Soit lorsque la section rythmique fait son apparition. Une bonne demi-heure au cours de laquelle je me suis demandé si je n’assistais pas à un concert de Nirvana ou de Metz. Tout le monde reste cependant en position assise ; ce qui n’empêche pas le climat de se charger d’intensité. Eun s'emballe sur son instrument, l’empoigne à bras le corps et le triture alors que Bomi en extrait des tonalités mélancoliques et lancinantes, semblables à des violons. Les parties vocales sont assez rares, et ne sont que féminines. Des interventions atmosphériques abordées dans l’esprit d’un Sigur Rós.

Puis la section rythmique vide les lieux, sur la pointe des pieds. Laissant Jambinai en revenir à une formule plus paisible, mais toujours aussi fascinante. Pendant 30 bonnes minutes. Bref, finalement, j’ai vécu un des meilleurs concerts de l’année. En mai dernier, le set du trio nippon ZZZ's m’avait impressionné. Signe que cette scène asiatique est en plein ‘boom’…

(Organisation Botanique)