L’errance de Russ Tolman

Russ Tolman a annoncé la sortie de son nouvel album le 18 septembre 2026 (vinyle/CD), lequel est déjà disponible en version numérique (Flatiron Recordings). En attendant, il a partagé le single « Streets Of Denim ». Russ Tolman est un…

logo_musiczine

Lisa Leblanc, on en parle beaucoup

Quelques années après s’être approprié les codes du disco sur l’album « Chiac Disco », Lisa Leblanc vient de partager la pépite rock « Whole Lotta Talkin’ ». Grâce à son mélange unique de musique roots, rock, disco, funk et country, Lisa LeBlanc s’impose…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Gavin Friday - Het Depot
Hooverphonic

LaSemo 2025 : dimanche 13 juillet

Écrit par

Clap de fin pour cette dix-huitième édition du LaSemo.

Un festival qui, bien que devenu grand, a gardé son âme d’enfant.

Une majorité qui signe un tournant dans l’histoire aussi, les organisateurs ayant obtenu l’accord de la Ville pour occuper le Parc d’Enghien durant encore au moins trois années, laissant entrevoir de belles surprises à venir.

De grands noms de la chanson française pop sont annoncés. Ce qui explique pourquoi il y a du monde, très tôt dans l’après-midi. Bien plus que lors des deux jours précédents.

Il fait très doux, les badauds déambulent à travers les nombreuses allées ombragées largement réparties sur le site.

Lorsqu’à 16 heures, votre serviteur arrive manu militari, deux artistes se produisent quasi en même temps, Vendredi sur Mer, côté prairie, et Coline BLF, côté guinguette. Le choix se portera vers l’endroit le plus rafraîchissant. Va donc pour la seconde option.

Comme de juste, de nombreux spectateurs ont envahi l’espace. Il fait noir de monde et se frayer un chemin n’est pas une sinécure.

La petite effarouchée se produit devant un parterre, davantage attiré par la soif que par l’artiste, avouons-le ! Mais, surprise, la demoiselle assure. Et son assurance a de quoi faire rougir les plus téméraires, alors qu’elle affiche à peine un quart de siècle.

Elle est originaire de Namur. L’univers musical aussi sein duquel elle baigne, oscille entre Bedroom pop et French pop.

Chantant seule dans sa chambre depuis son plus jeune âge, armée de sa guitare, ce n'est qu'à ses 18 ans qu'elle dévoile son goût pour le chant. Après une année passée en Californie, Coline se lance et travaille sur un premier Ep, « Blue Nostalgia », qui verra le jour en septembre 2022.

Sa musique vintage et solaire est d'abord influencée par King Krule, Clairo et Mac Demarco, mais aussi par de nombreux artistes francophones tels que Lewis Of Man ou encore Claire Laffut.

Ses compos sont parfaitement engagées. Elle s’interroge sur le monde et le devenir de la planète. Ses textes adoptent des opinions idéologiques, sociétaux et politiques. Elle ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de balancer du lourd, comme sur cette « Drôle d’Histoire », une compo subtilement chargée de mélancolie.

Parfois doux ou teinté d’une pointe rock, l’univers de Coline BLF sent bon l’été et l’herbe fraîche (celle que l’on sous nos pieds, pas celle que l’on fume). Quand il ne se transforme pas en véritable plaidoyer à l’égard de l’inaction des politiques, tout au long de ce « Feu », bouillonnant de colère et caractérisé par son refrain entêtant, au cours duquel elle clame ‘Soyons heureux avec que le monde brûle’, véritable hymne repris en chœur par l’auditoire.

Coline BLF appartient à cette catégorie rare d’artistes qui se servent de la musique comme son champ de bataille pour mener des combats, tout en promouvant un mode de vie épanoui et en phase avec les enjeux de notre époque.

Mais, elle sait aussi lâcher prise en dispensant des compos aux sonorités eighties, à l’instar de « Luna », personnage fictif qui invite le peuple à se déhancher.

Bref, Coline BLF est assurément une artiste au sens noble du terme qui mérite amplement que l’on s’y intéresse.

La scène du Château est à une encâblure d’ici. Et pourtant, il faut aller vite, le concert de Santa risque d’être pris d’assaut.

Inutile de préciser que l’icône de Hyphen Hyphen est attendue de pied ferme !

A moins d’avoir passé ces deux dernières années sur une île déserte, personne n’a pu échapper au succès fulgurant (presque inattendu) de Samantha Cotta (NDR : c’est son vrai nom !). Et confidence pour confidence, en solo, la demoiselle est impressionnante.

A 18 heures 30’ pétantes, des écrans de fumée envahissent la scène. Impossible de distinguer quoi que ce soit. S’ensuit presque immédiatement un décompte qui semble s’éterniser. Et lorsque ce ‘fog’ se dissipe, il laisse entrevoir une Santa, haute perchée, la tête en bas, pour descendre peu à peu, aidée de filins métalliques, entre des colonnes de feu qui jaillissent. Quelle richesse dans le souci du détail !

Après nous avoir bercé de sa douce ballade en mode piano-voix sur « Popcorn salé », une compo écrite dans l’urgence, presque par égarement, qui paraîtra sous l’impulsion et les encouragements de ses comparses Laura Christin, alias Line (basse, percussions), et Romain Adamo, aka Adam (guitare, synthé), la jeune dame s’émancipe et grave un premier album sobrement intitulé « Recommence-moi ».

Alors que la pop anglophone constituait jusqu’à présent sa ligne directrice, notamment au travers d’HH, la Niçoise prend un virage à 180 degrés en réalisant un très réussi premier essai solo, chanté dans la langue de Voltaire.

Toute de noire vêtue, elle est chaussée de grandes bottes qui lui confèrent un air très glamour. Soutenue par un batteur au drumming corrosif et une bassiste qui n’est autre que sa meilleure amie – Line, elle entame son tour de chant par un spectaculaire « Chanter le monde », une compo aux couleurs vives qui émeut par sa richesse sonore.

Vivant depuis peu de temps dans le plat pays, elle dit aimer se retrouver parmi les siens.

Multi-instrumentiste, elle alterne, au gré des compositions, piano et guitare, ses deux instruments de prédilection, qui viennent soutenir sa voix puissante. Qu’elle met parfaitement en exergue sur « Eva », une magnifique chanson qui s’impose sur fond d’appel à la résilience. Des cris d’amour fusent. Comme elle ne parvient pas à cerner leur origine, elle les rend, mais en plus fort encore.

Et comme le temps presse, elle lance, tout de go, sa gratte au crew (mot qui se traduit en français par ‘équipage’, ‘équipe’ ou ‘bande’, selon le contexte) posté à sa gauche. Le gars la rattrape in extremis à la grande surprise de tous et … surtout de l’artiste elle-même. Un risque démesuré…

Un concert ponctué de surprises ! Et tout d’abord lorsque, posée devant ce piano noir, elle entame « Les larmes ne coulent pas », qui a bénéficié, lors des sessions d’enregistrement, de la complicité de Christophe Willem, un artiste devenu aujourd’hui son ami. Il s’invite le temps d’une chanson, entre simplicité et fausse grandiloquence, lors d’un duo uni par des larmes amères. Mais n’y a-t-il pas larmes plus amères que celles qui ne coulent pas ? Quoiqu’il en soit, elle finit ce titre, le sourire et le regard sereins, debout sur les retours posés à front de scène.

Elle compte se jeter aujourd’hui à corps perdu dans un univers où règnent l’intime, la retenue et la douceur.

Pour ce faire, rien de tel que dénoncer « La différence », sorte de manifeste sur le bien vivre ensemble avec, en filigrane, cet espoir latent de tolérance, d’insouciance et de communion. Pour marquer le coup, elle enfile un drapeau dont les couleurs se réfèrent à l’arc-en-ciel, emblème de l'homosexualité. Le drapeau arc-en-ciel, créé par Gilbert Baker en 1978, est devenu un symbole international de la communauté LGBTQIA+. Il représente la diversité des orientations sexuelles et des identités de genre au sein de cette communauté. Chaque couleur du drapeau a une signification spécifique, comme le rouge pour la vie, le vert pour la nature, et le violet pour l'esprit.

Fidèle à son style unique et son spectre lyrique hors du commun, Santa se regarde ensuite dans le miroir avec introspection durant sa séance de « Popcorn salé » et le désir de recommencer son histoire, à l’instar d’une césure sur le temps. Entre ambition, espièglerie et qualité rare, l’artiste s’était essayée au métier de cascadeuse en interprétant ce premier titre, perchée à plus de 40 mètres de haut ! C'était à Bruxelles, sur la place de la Bourse. Un « Popcorn salé » à son apogée, en quelque sorte !

Et pour rappeler cette spectaculaire ascension, elle n’a rien trouvé de mieux que de jouer du piano en lévitation, grâce à un système de treuil, sous les yeux ébahis des spectateurs qui ont rarement vu un show rythmé digne de ce nom. C’est moins spectaculaire que dans la capitale, mais quand même…

L’émotion est grande. Elle en même oublie les paroles. Et pour se convaincre d’avoir encore toute sa tête, elle embraie dans un mashup, en associant le « Paradis blanc » de Michel Berger et Désenchantée de « Mylène Farmer ». Pour un résultat plus que convaincant !

Elle s’éclipse alors le temps de quelques secondes pour revêtir une cape de vampire. Assoiffée de sang, elle souffle le chaud et le froid lors d’un « Je brûle » qui n’est pas sans rappeler certaines sonorités pop/rock contemporaines qui ont fait les beaux jours de Hyphen Hyphen.

Et puis, dans une parfaite communion, les milliers de festivaliers se transforment en chorale parfaitement synchronisée, pendant « Dis-moi oui », une toute nouvelle compo annonciatrice, sans doute, d’un futur nouvel album. Un magnifique teaser !

Le set touche doucement à sa fin. Alors qu’elle s’apprête à s’éclipser pour une séance de ‘hugs’, des câlins posés délicatement à une poignée de chanceux, elle est vite portée par le public qui l’emmène, comme feuille portée par le vent, jusqu’à la régie, pour un « « Recommence-moi » tonitruant. Et en guise de ‘Happy end’ des canons propulsent des dizaines de milliers de confettis, rappelant les joyeusetés des festivités du carnaval.

Durant près d’une heure trente, Santa a une nouvelle fois démontré qu’elle méritait amplement la distinction du public et de la presse.

Dans l’univers de la chanson française, la jeune peut être assurément considérée comme une grande artiste. Et en livrant un concert d’une telle intensité et générosité, elle a emmené le public dans un tourbillon émotionnel et onirique d’une intensité rare.

MC Solar se produit à 22 heures 30’. Dans l’attente, il faut tuer le temps. Direction donc vers la scène de la prairie pour y découvrir Acid Arab.

Il s’agit d’un groupe français de musique électronique formé en 2012 par deux DJs, Guido Minisky et Hervé Carvalho, immédiatement rejoints par Pierrot Casanova et Nicolas Borne, puis par le claviériste Kenzi Bourras.

La formation est considérée comme pionnière de l'électro-orientale en France.

Vu son goût pour la musique électronique, votre serviteur préfère se nourrir, plutôt que de mourir… d’ennui.

La fin de soirée approche, la nuit a tiré son drap de lit pour s’endormir au côté d’un prodige de la chanson française, en la personne de MC Solaar.

C’est d’un pas résolu qu’il débarque sur l’estrade. Le podium est relativement épuré, une étoile géante trônant en fond de toile.

Vingt-six ans après avoir gravé « Bouge de là », la musique de Claude Honoré M'Barali n’a pas pris une ride et sa verve pointue et naturelle est demeurée intacte.

Son « Intronisation », plage titulaire d’un succulent elpee intitulé « Géopolitique » et dans lequel on entend une dame s’écrier ‘Mc Solar’, laisse entrevoir une musique solaire et positive où on apprend que ‘tout a commencé là-bas, dans la ville qu'on appelle ‘Maisons-Alfort/En jean, en short ou en djellabah’...

Alors qu’à « A dix de mes disciples » laisse dubitatif, « Qui sème le vent récolte le tempo » relève le tout. Ce titre issu du premier LP, paru en 1991, rappelle combien le flow transgresse le poids des âges…

Son obsession… textuelle laisse transposer des suggestions profondes et légères à la fois. Un véritable travail d’orfèvre pour ce… chercheur de phrases.

Mister Claude n’échappe pas à cette règle immuable. Il est également, lui aussi, une « Victime de la mode », comme sans doute les milliers de festivaliers amusés par la facétie de cette poésie urbaine. Dans un foutraque indéterminable, il scande haut et fort à un type « Bouge de là ». Pas une invective, mais une superbe chanson datant des débuts des années 90. Et afin de faire durer le plaisir, après une césure qui tombe à pic, la seconde partie du morceau mythique est jetée aux plus fervents.

Sa musique et la qualité littéraire de ses proses sont le fruit d'inspirations diverses, allant de Serge Gainsbourg – à qui il rendra hommage à travers « Nouveau western » et son sample mythique de Bonnie and Clyde - et aux musiques africaines (ivoiriennes, maliennes, tchadiennes), en passant par les classiques noirs américains (jazz et rap US).

MC Solar est un vrai « Dingue » et son « Da Vinci Claude », titres-phares, ravivent pas mal de souvenirs au sein de l’auditoire…

Alors que Bambi Cruz, de son vrai nom Gabriel Hoareau et par ailleurs rappeur lui aussi, « Ouvre les yeux », la douce et belle « Caroline » vient susurrer dans nos oreilles de jolis refrains pour le meilleur, pas pour le pire.

Le public semble ravi. Cependant « Solar pleure ». Des larmes de joie plus que d’amertume, sans doute. Car l’artiste n’a rien perdu de ces années. Sa plume est intacte, sa verve est plus tenance que jamais et ses textes sont d’une intensité rare.

Le spectacle s’achève, laissant des étoiles dans les yeux. On peut dire que ce soir, MC Solar était… solaire !

Après quatre jours de folie, de spectacles, de concerts d'anthologie et de détente, le festival familial et durable situé dans le parc d’Enghien se clôture ce dimanche soir.

Une édition marquée par un joli succès à tous niveaux. Une fois de plus, le LaSemo a tenu toutes ses promesses.

Gageons que l’édition 2026 sera, quant à elle, au minima aussi intéressante et riche que cette année. Les paris sont ouverts et les premières places déjà disponibles…

(Organisation LaSemo)

LaSemo 2025 : samedi 12 juillet

Écrit par

Le soleil brille de mille feux en ce samedi, troisième journée du LaSemo, les festivités ayant débuté dès ce jeudi.

Le site est propre, les festivaliers de la veille ont eu à cœur de le conserver comme tel pour les suivants, mais également pour celles et ceux qui reviennent sur les lieux.

Si les activités se veulent familiales, le line up du jour risque de décevoir les plus jeunes, la direction artistique, bien que pop, est davantage élitiste que la veille. Et pour cause, Mika est en tête d’affiche. Enfin, le site semble aussi un peu plus aéré que la veille.

Les quelques précautions d’usage remplies, comme la fouille obligatoire avant de pénétrer à l’entrée du périmètre, votre serviteur arrive ‘franc battant’ aux alentours de 16 heures 30.

Le soleil est encore fort généreux ce jour. Toutefois, les températures sont davantage agréables que caniculaires. Excellente initiative, les organisateurs ont disposé ici et là des points d’eau, histoire d’étancher sa soif.

Warhaus est prêt à en découdre sur la scène du Château.

Warhaus, c'est le patronyme du projet solo de Maarten Devolder, un compositeur, chanteur et multi-instrumentiste, mais également un auteur-compositeur-interprète et producteur belge. Excusez du peu !

Il a entamé sa carrière en 2010, à 22 ans, au sein du groupe Balthazar. Ce n’est qu’en 2015, qu’il s’est également lancé en solitaire.

Après avoir sorti « We Fucked A Flame Into Being » (2016) - inspiré d'une citation du roman ‘Lady Chatterley's Lover’ (‘L'amant de Lady Chatterley’) de D.H. Lawrence, « Warhaus » (2017) et « Ha ha heartbreak » (2022), Marteen et son backing group sont venus défendre leur dernier né, « Karaoke Moon ».

Alors que ses musiciens sont déjà installés sur l’estrade, Maarten avance d’un pas décidé.

Il est habillé de manière classieuse, tout en blanc. Comma le décor de la scène où trône d’ailleurs un énorme rond blanc suspendu (NDR : Jean-Jean - qui rempile (une fois de plus) cette année afin de donner de la joie et de la bonne humeur - le compare à une pastille géante pour la gorge).

Très vite, Devolder empoigne une trompette et le batteur d’un trombone pour attaquer « I’m Not Him ». Le ton est donné.

Sur « Popcorn » ou encore « Jim Morrison. », des compos chargées de spleen et de sensualité, le leader chante à la manière d’un crooner à la voix grave. Le spectre de Nike Cave se met à planer. Et ce sont ceux de Leonard Cohen, Tom Waits voire Lou Reed qui rôdent tout au long de « Zero One Code » ou encore « Where The Names Are Real », des morceaux qui ne manquent pas de charme.

Warhaus crée la surprise auprès des mélomanes. Les yeux écarquillés, le sourire aux lèvres, les spectateurs sont littéralement médusés par la douceur et l’enveloppe musicale d’une forme de jazz langoureux qui baignerait au sein d’une ambiance ‘gainsbourgienne’.

Sur des compos à l’atmosphère feutrée, la formation explore étrangement l’ombre et la lumière de l’âme humaine, les textes de la formation évoquant, de temps à autre, l’Amour et ses affres, comme sur ce langoureux « Loves A Stranger ».

Grâce à des arrangements particulièrement soignés, l’impression de climat ouaté et empreint de nostalgie est accentuée. Une atmosphère qui sied bien à l’esprit du LaSemo.

De son timbre caverneux au phrasé nonchalant, Devoldere livre des chansons profondes et sombres, partagées entre l’amour ou la haine, avec une telle empathie, que l’aspect émotionnel dépasse le spectacle. Une communion s’établit alors avec l’auditoire.

Warhaus est à l’image d’un encéphalogramme, dispensant tantôt des morceaux doux et amers, tantôt plus électriques, à l’instar de « Beaches », stimulé par une ligne de basse grondante. La tension devient palpable et le concert entre dans sa phase la plus intense.

C’est alors que Marteen annonce à la foule qu’il va interpréter une chanson en français. Il s’empare d’une grosse caisse en bois, descend dans la fosse, comme un lion prêt à dévorer une antilope, grimpe sur le caisson, et de la main droite saisit une télécommande pour allumer un vieux téléviseur avec tube cathodique placé sur le côté de scène. C’est alors qu’il entame façon karaoké, sur fond d’une bande-son, un tube de Christophe paru en 1979, « Aline ». Foi de festivalier, jamais une chanson n’avait fédéré autant de spectateurs (NDR : des milliers !) s’épanchant sur une chanson pratiquement disparue de la circulation.

Le set prend doucement fin. Sur « Mad world ». Maarten se détache du personnage statique qu’il incarnait en début de parcours pour se lâcher en virevoltant.

Et en apothéose, « Open Window » clôture le show.

Les musicos saluent chaleureusement le public, alors que l’orgue de barbarie boucle leur sortie. A défaut d’adieu, un au revoir, qui, espérons-le, sera de courte durée.

D’un bout à l’autre de la prestation, un constat : l’instrumentation du band est riche. Trompette, trombone, clavier, violon, guitare électrique et sèche, batterie ainsi que flûte. En outre, chaque musicien est un virtuose…

Direction la Guinguette pour y découvrir Uwase, une artiste talentueuse et polyvalente, originaire de Bruxelles.

Bien qu'encore nouvelle sur la scène indie pop belge, elle s'est déjà distinguée par sa maîtrise de la production et de l'écriture, construisant un univers musical intimiste qui reflète ses pensées et émotions les plus profondes. C’est cette singularité qui a attiré l’attention de Jasper Segers (Sylvie Kreusch, Jaguar Jaguar), avec qui elle a collaboré pour coproduire son nouvel Ep.

Avant l’été, Uwase a dévoilé un premier aperçu de cette coopération à travers le single "Chorus Baby", suivi de "Fine", à l’avant-goût prometteur.

Elles sont trois sur scène. Des blacks. Une préposée au chant, une à la batterie et la troisième à la basse.

Elles sont relativement jeunes, la trentaine à tout casser. Il va donc falloir jouer des coudes et bousculer les codes, afin d’assurer une crédibilité artistique auprès d’un public qui n’est pas forcément venu pour les découvrir. C’est ça aussi la force et la faiblesse des festivals, métisser le plus grand nombre pour satisfaire la franche la plus large.

Après quelques couacs techniques ayant entraîné environ quinze minutes de retard, « Pls Don’t Take It Away » confirme le style dans lequel s’inscrit l’artiste. Un univers sonore empreint de sensibilité, une forme de dreampop mélancolique traversée d’instants groovy.

« Surprise », « Rover » ou encore « On My Cloud » mettent en exergue l’organe vocal de la demoiselle qui respire l’authenticité, mais manque encore d’assurance.

Poursuivant son concert intelligemment, elle alterne chansons douces et languissantes et compos un peu plus énergiques, tout en se frottant au blues et la soul, à l’instar de « Perfect Blue », qui fait mouche auprès de l’auditoire.

La connivence entre les musiciens est belle à voir, au vu des regards complices qu’ils s’échangent fréquemment.

Débordant d’énergie, la dame embraie par « Pedestal, un morceau d’une puissance équivalente à la droite décochée par un boxeur dans les gencives de son adversaire. Une chanson à laquelle elle accorde une certaine importance. Elle y raconte le moment où elle s’est retrouvée à courir après quelqu'un, presque à mendier d'être aimée et prise en charge. Un hymne qui doit parler à la plupart d’entre nous et qui l’a catapultée en tête des charts.

Durant environ quarante-cinq minutes, la formation aura livré un set rempli d’humanité, de douceur, de paix.

Un concert simple et sobre, mais d’une puissance artistique étonnante. Bref, de l’extase et le paradis à portée de main.

Retour à la scène du Château pour le tant attendu Ghinzu. Le peuple s’est déplacé en masse. Il faut dire que le groupe assure seulement deux concerts cet été, dont un ce soir.

Chaussé de lunettes fumées, John Stargasm grimpe sur le podium. Il a pris un sacré coup de vieux, ventre légèrement bedonnant et cheveux grisonnants. Il est suivi par une bande de joyeux drilles. En l’occurrence le bassiste Mika ‘Nagazaki’ Hasson, le guitariste Greg Remy, le drummer Antoine Michel et le claviériste/guitariste Jean Montevideo, également préposé aux backing vocaux.

Le batteur est installé en retrait, de manière surélevée, comme souvent dans cette configuration live.

Le bassiste a opté pour une position à l’extrême gauche (NDR : la position sur le podium, pas l’orientation politique). Lunettes de soleil vissées sur le nez (lui aussi), il porte un costume ‘classique’ de couleur noire. Il ressemble à Kévin Bacon, un acteur, producteur, réalisateur et compositeur américain notoire pour son film musical ‘Footloose’ ou encore pour avoir endossé le rôle de méchant dans une kyrielle de longs métrages, dont ‘Sleepers’ et ‘Hollow Man’.

Le look du sixcordiste ne passe pas inaperçu, non plus ! Il porte de longs cheveux. De dos on pourrait le confondre, soit avec Jésus Christ, soit avec une belle demoiselle. Une illusion ! Car lorsqu’il se retourne, c’est sûr, on est effectivement bien en présence d’un mec.

Le set débute par « Wowa », un nouveau morceau qui annonce la sortie d’un quatrième long playing studio. En tout cas, une compo toute droite tirée de l’univers énergisant de la bande à Stargasm.

Mais c’est encore « Cold Love », issu de « Mirror Mirror », aux riffs de guitare tranchants et à la rythmique schizophrénique, qui recueille tous les suffrages au sein de la foule. L’ambiance en est déjà à son paroxysme alors que le concert vient de commencer.

Très inspirés, « Jet Sex », « Cockpit Inferno » ou encore « Dragon » maintiennent la pression.

Le set ne manque certainement pas d’énergie. Punk dans la démarche, des titres emblématiques tels que « Do You Read Me ? » ou « The Dragster Wave » ne sont pas oubliés.

Alors que le sixcordiste a habituellement tendance à en remettre une couche, il parait bien calme ce soir, ne (s’)accordant que l’une ou l’autre rare pitrerie. Presque aussi sage qu’un enfant de chœur. On le surprendra cependant, couché sur le sol, tout en triturant ses cordes.

La tension monte d’un cran lorsque le quintet interprète le trépident « 21st Century Crooners », le frontman se laissant aller à quelques pas de danse osés. Il semble en transe parfois, les yeux révulsés et la langue pendante. A ce moment, le guitariste posté à droite de la scène, fou furieux, s’empare de sa gratte et la torture afin d’en faire jaillir un son crasseux, dense et intense. C’est jubilatoire et sans vergogne.

John accuse visiblement le coup de ses fantaisies lunaires. Le front dégoulinant, il prend place devant le clavier Roland placé à front de scène et dès les premières notes, on comprend rapidement qu’il s’agit de « Blow », plage d’ouverture de l’elpee éponyme. Rien d’étonnant puisque le combo vient de célébrer le vingtième anniversaire de sa sortie. Toujours aussi punchy, cette compo conserve une place de choix dans le répertoire de la formation.

Le concert prend fin. Reste à savourer ce qui constituera un dessert de choix. En l’occurrence « Mine », un titre explosif pour lequel Stargasm s’empare de la basse de son acolyte, lui-même se chargeant désormais des six cordes électriques. Un cross-musical en quelque sorte qui prouve, une nouvelle fois, que les artistes, souvent, sont de vrais virtuoses.

La fin est digne de l’apocalypse, les musiciens se livrent à fond pour marquer de leur empreinte une prestation qui restera dans les annales. Après plusieurs minutes d’exaltation, le chanteur finit par balancer, sous le regard médusé de l’auditoire, l’instrument de son comparse. C’est spectaculaire, mais honteux, lorsqu’on connait le prix d’un tel instrument. Et elle a dû morfler sec…

Le public, quant à lui, peu habitué à de telles frasques, est sorti ravi. Et c’est finalement, ce qui compte le plus.

Malgré le poids des années, Stargasm n’a ni perdu de sa verve, ni de son énergie. Plaisir intense, satisfaction immense : et si Stargasm avait cette faculté de provoquer des orgasmes ?

Votre serviteur déambule ici et là, en quête de bonheur musical. Les scènes proposent désormais un style convenant peu à votre vieux serviteur qui préfère soigner ses lombaires, plutôt que d’encore le faire souffrir…

A demain !

(Organisation : LaSemo)

LaSemo 2025 : vendredi 11 juillet

Écrit par

Il faut se rendre à l’évidence, le modèle économique des festivals tel que nous le connaissons aujourd’hui atteint un niveau de saturation critique. Les raisons sont multiples : le cachet des artistes, le nombre de ces événements, les mesures de sécurité importantes à mettre en œuvre, les conditions climatiques aléatoires – qui ont un impact direct sur les ventes de dernière minute – et sans aucun doute les dommages causés par les crises sanitaires.

Et si le LaSemo vivait ses dernières heures comme bon nombre de ses confrères ? Si la question a été évoquée lors d’une récente conférence entre les responsables des plus grands festivals belges, cette fin (inéluctable) n’a pas (encore) été décidée. Selon l’adage, qui vivra, verra…

En tous cas, il semble désormais opportun de définir une vision globale sur le long terme. Et si l’une des solutions était de promouvoir plus simplement des artistes émergents ? Sur ce point, le LaSemo fait office de figure de proue ; car si l’affiche programme des artistes confirmés, elle laisse une large place à celles et ceux, en devenir…

Le site a été réorganisé afin d’aérer l’espace, passant de 4 à 10 hectares. Si la scène du Château n’a pas bougé d’un pouce, comme figée par le temps, une autre, d’une envergure identique et identifiée comme ‘La scène de la prairie’, a été échafaudée sur une parcelle décentrée. Une configuration déjà présente l’année dernière. Seul bémol, le passage d’une scène à l’autre devient parfois un exercice fastidieux.

LaSemo a la particularité de proposer des spectacles culturels riches, conviviaux et bienveillants. Un festival à taille humaine comme il en existe peu aujourd’hui.

Les food-trucks, nombreux, permettent aux festivaliers de se restaurer correctement ; mais l’objectif avoué est de disposer d’emplacements où sustenter sans forcément assister à un concert. Il y a même un stand qui permet d’acheter des fruits.

Le festival a de nouveau invité petits et grands à faire la fête. Si de nombreux concerts sont programmés, les bambins ont également de quoi faire. Il y a même pléthore de représentations qui leur sont destinées.

Une des spécificités majeures de ce rendez-vous annuel est son caractère durable. Entendez par là toilettes sèches, décors en palettes et ballots de foin disséminés un peu partout, afin de se reposer un peu entre deux escapades. Bref, un endroit hors de tout et… surtout du temps.

Même Jean-Jean, l’habituel géant givré de service chargé d’introniser avec humour, décadence et légèreté les artistes, est à nouveau de la partie. Que demander de plus ?

Et une surprise en cachant une autre, la talentueuse, préposée au langage des signes persiste et… signe.

Si en 2024, l’accès au site avait connu quelques couacs, cette année, le plan de circulation a été revu afin d’éviter tant que possible l’engorgement de la ville d’Enghien, en disséminant les parkings.

Lorsque votre serviteur pointe le bout de son nez, aux alentours de 17 heures, Charles est celle qui va proposer son set. Vu le patronyme, on s’attend à découvrir un papy, moustache à la Freddie Mercury, ventre bedonnant et cheveux grisonnants.

Pas du tout ! Il s’agit d’une jeune dame en pleine fleur de l’âge !

Charles (référence à son papy dont elle vouait une admiration sans faille) est vêtue d’une jupe assez courte, d’un long T-Shirt et chaussée de grandes bottes noires, lui conférant un petit air d’écolière effarouchée.

Ses cheveux coiffés en chignon, on dirait à s’y méprendre la Princesse Leia, personnage fictif de la saga Star Wars.

Pas intimidée pour un sou, elle se présente en conquérante devant les centaines de badauds qui se sont pressés pour découvrir cette ancienne candidate de The Voice. Cocorico, c’est une artiste ‘noir-jaune-rouge’, puisqu’elle crèche à Braine-le-Château.

Elle explore un univers qui lui est propre et ne ressemble à aucun autre. Des chansons pop, sensuelles, qui observent la courbe de son existence. Des titres qui racontent ce qu'elle vit ou qu'elle observe dans son entourage. Vu son jeune âge, cette conception risque évidemment d'évoluer rapidement.

Après un premier Ep et un premier album, tous deux remarqués, deux disques dont le son fascinant nous plonge au sein d’univers dark-pop alternatif, Charles revient avec une esthétique punk et pourpre pour présenter un projet audacieux, au cours duquel, elle raconte ses histoires captivantes en français.

Son nouvel Ep, baptisé « Sabotage », s’érige comme le récit initiatique chaotique et formateur d’une nouvelle femme forte, nourrie par les expériences et les mélodrames de sa petite vingtaine. Il lui permet d’enfin éclater sa bulle pour la faire sauter à nos visages et à nos cœurs.

La grande nouveauté de ce disque procède au recours, aussi bien la langue de Molière que de Shakespeare. Un défi fou et laborieux, mais surtout un exercice formateur pour celle qui a toujours douté de ses capacités dans sa langue maternelle.

Pour Charles, le choix de l’idiome a toujours été purement affinitaire, et l’introduction du français sur « Sabotage » découle surtout d’une envie d’explorer d’autres horizons.

Elle entame donc son tour de chant par un « Never Fair », figurant sur l’elpee « Until We Meet », afin de mettre tout le monde d’accord sur son potentiel.

Loin du mythe selon lequel on traduit plus facilement ses secrets dans une langue étrangère, Charles affronte ses vices et ses histoires avec la même hargne, en français. En témoigne ce texte fort sur les abus de la drogue, « Le Marbre ». Une compo qui désarçonne un peu les fans de la première heure.

Mais, très vite, les craintes se dissipent dès « Without You » qui constitue le moment solennel de cette après-midi. Prise d’émotion, elle avouera avoir écrit cette chanson pour une personne présente dans l’assemblée aujourd’hui.

Son set durera une heure. 60 minutes de bonheur, de plénitude, d’introspection et de délice.

Autre style, autre lieu en compagnie de Feu ! Chatterton sur la scène du Château. Il s’agit d’un groupe français de pop/rock, originaire de Paris. Le patronyme du band est né de la juxtaposition de l'expression Feu ! et de Chatterton, en hommage au poète Thomas Chatterton.

Le quintet est composé d’Arthur Teboul (chant), d’Antoine Wilson (basse), de Clément Doumic (guitares & claviers), de Raphaël de Pressigny (batterie) et de Sébastien Wolf (guitares & claviers).

C’est la seule date belge de la formation. Autant dire que la plaine est particulièrement bondée pour ceux dont la prose poétique est hors du commun.

Le combo est réputé pour ses prestations jouissives, solaires et impeccables. Et ce n’est pas « Compagnons », un titre figurant que le long playing « Parais d’Argile », paru en 2021, qui va déroger à la règle. Les guitares sont cinglantes et lancinantes. Arthur Teboul n’est pas en reste. Sur les planches, il affiche une présence charismatique et théâtrale.

Feu ! livrera un répertoire de titres riches et solides, résumé d’une carrière d’une intensité forte entre rock/pop et poésie engagée, tels que « Allons voir » ou encore « Mille Vagues » dédié à tous ceux qui ont perdu quelqu’un. Une compo qui laisse beaucoup de place aux guitares électriques et à la basse, les autres musiciens se sont alors effacés le temps d’une seule chanson, pour enfin revenir en force sur « Libre ».

Grâce à des arrangements soigneusement calibrés, capables de passer de l’énergie brute à une émotion feutrée, Feu ! Chaterton est assurément LA grande surprise de ce jour.

« Monde Nouveau » apporte soudainement beaucoup de fraîcheur. Sa dimension en live est une performance particulièrement habitée et portée par la voix charismatique du chanteur, belle à voir et écouter…

Le set tire doucement à sa fin. Depuis plus d’une heure, le groupe navigue aisément entre ambiances rock et jazz, traversées de spoken word et de touches électro, offrant un show multidimensionnel et jubilatoire. « La Malinche », morceau identitaire, qui alternera à de nombreuses reprises, moments de césures et de reprises, comme pour faire durer le plaisir encore longtemps, n’échappe pas à cette règle immuable qui fait que Feu ! Chaterton est décidément bien bouillant dans une une mise en scène maîtrisée, entre intensité rock et poésie lumineuse.

Alternant énergie brute, puissance vocale, émotion et passages introspectifs, les comparses de Chaterton ont assuré un concert d’une énergie folle, porteur d’une communion forte entre le groupe et la foule.

Néanmoins, certains regretteront que le set ait été interrompu de manière abrupte, empêchant l’ultime final, la jolie reprise de Nino Ferrer, « Le Sud », pourtant jouée lors de certaines prestations live…

Direction la Guinguette, l’endroit le plus atypique du site. Sans doute aussi l’espace qui se prête le mieux à l’esprit et à la culture de ce festival unique en son genre.

La scène est constituée de palettes de bois. De vieux vinyles ont été cloués sur le pourtour du site, afin de feindre un espace cosy.

Le podium bénéficie d’un bel espace naturellement ombragé car il se situe au milieu d'arbres. Et au vu de la chaleur encore bien tenance, inutile de dire que l’endroit est prisé…

The Haze s’y produit. Il s’agit d’un duo réunissant Stéphanie Bertrand et Maximilian De Vos. Le style brasse de la pop-house, une forme de r&b chaloupé, aux beats groovy et hypnotiques, et le tout est parcouru par des interventions de flûte.  Bref, une solution sonore prête à vous exploser à la figure.

Tandis que Miss Bertrand apporte une touche soul/jazz au chant et à la flûte, Mister De Vos se charge des arrangements house downtempo bien calibrés.

Le duo est intéressant, mais cadre peu avec les goûts de votre serviteur.

Après une pause dinatoire bien méritée, direction la scène du Château pour y assister au show de Mika.

Devenu populaire depuis sa participation à The Voice, en 2014, l’artiste n’a cessé d’attiser la curiosité auprès des plus jeunes.

Des milliers de spectateurs se sont pressés en front stage. Il y fait noir de monde. Il faut dire qu’il s’agit de la seule date belge du trublion.

Epuré, le podium paraît gigantesque. Seuls trônent quelques instruments ; notamment des guitares posées ci et là et une batterie légèrement surélevée sur la gauche.

Alors qu’il est 22 heures, Mika débarque. Tel un Phoenix, il a enfilé un costume à ailes de couleur bleue. Et dès les premières notes de « We Are Golden / Origin of Love », il libère une énergie folle. Le public, dès ce début, est conquis et participe immédiatement à la fête.

Le chanteur est particulièrement communicatif. Le lien entre l'artiste et son public est palpable, notamment lorsqu’il aborde « Lollipop » et « Relax (Take It Easy) », deux de ses standards les plus notoires.

Mika offre un spectacle digne de ce nom, employant de gros moyens sur la scénographie, jouant entre tableaux lumineux et projections.

Proposant une setlist de titres plus foutraques les uns que les autres, Mika alterne tubes classiques (« Lollipop », « Grace Kelly », « Love Today ») et nouvelles compositions en français (« C’est la vie », « Jane Birkin », à qui il rend hommage, « Underwater », « Good Guys »), en leur insufflant une belle dose d’émotion. Une sensibilité à fleur de peau qu’il manifeste aussi bien lors des morceaux électriques qu’acoustiques, à l’instar de ces instants piano/voix.

« C’est la vie », une des rares chansons en français du set, provoque une belle communion entre la foule et l’artiste, et tout particulièrement lorsqu’il déclare qu’il s’agit d’une chanson qui appartient à la Belgique.

Flamboyant et théâtral, le show, bénéficiant d’une scénographie à couper le souffle, peut cependant se révéler kitsch et stéréotypé, pour les esprits chagrins, mais en vérité généreux, Mika nous a réservé un spectacle endiablé et jouissif.

Il est minuit lorsque les réjouissances se terminent. La plupart des festivaliers regagnent leur véhicule, tandis qu’une poignée d’insatiables préfèrent poursuivre leur parcours vers l’une ou l’autre bar encore ouvert.

Une nouvelle édition qui tient ses promesses...

A demain !

(Organisation : LaSemo)

 

Festival au Carré 2025 : vendredi 4 juillet 2025

Écrit par

Alors qu’elle avait été sacrée Capitale Européenne de la Culture en 2015, la Ville de Mons n’a pas perdu pour autant depuis de son éclat lorsqu’il s’agit de promouvoir la culture au sens large du terme.

Et comme chaque année depuis 1989, à la douceur de l’été, le ‘Festival au carré’ tient ses promesses en matière de réjouissance post Doudou.

En ce début juillet, les rayons du soleil sont plutôt généreux, de quoi vaguer au gré des nombreuses activités proposées. Les badauds déambulent ici et là à la recherche du bonheur absolu.

Et pour être tout à fait transparent, il ne faut pas marcher des kilomètres pour trouver de quoi se satisfaire, les échoppes et autres stands en tout genre se révélant nombreux : fanfare loufoque sur la Grand-Place, acrobates voltigeurs·euses dans les parcs, promenade musicale dans les rues, grands noms de la musique, du théâtre ou de la danse dans les salles et guinguette familiale et artistique au Jardin du Mayeur.

C’est à ce dernier endroit que votre serviteur file tout droit, un site notoire, un peu iconoclaste, sis à deux pas de la Grand Place.

C’est tout simplement féérique. De nombreux arbres plantés dans les années 30 s’imposent comme Maîtres des lieux afin d’y apporter un brin d’ombre providentielle. A moins qu’ils ne soient là pour veiller au grain étant eux-mêmes témoins, parfois depuis plusieurs décennies, des vicissitudes du temps. En tout cas, quel que soit le prisme choisi, entouré de bancs métalliques, l’endroit est propice à la détente et à la réflexion.

Il est environs 19 heures, lorsqu’un groupe étrangement baptisé Wazofou (prononcez oiseau fou) grimpe sur un podium flanqué en fond de parcelle, l’autre, au milieu, étant destiné à la ‘jam’ qui va suivre.

Celui qui drive ce projet n’est autre que Kevin Cools, ancien chanteur des groupes Niitch et Feel, une figure emblématique montoise puisque, non seulement c’est une des chevilles ouvrières du festival, mais il a également pris le relais de Mario Guccio chez Machiavel, à la suite de son décès, en 2018. Et pour la petite histoire, la voix et la personnalité de Cools avaient déjà tapé dans l’oreille de Guccio qui disait de lui qu’il était son ‘fils spirituel’.

Wazofou est né sur les cendres d’un trio fondé en 2014. À l’époque, Kévin avait créé le groupe Feel, en compagnie de Martin Moreau et François Hantson. Grâce à des compos certifiées dans la langue de Shakespeare, et au sommet d’une gloire naissante, la formation s’était même produite dans le cadre du Ronquières Festival. Après une longue séparation, le besoin et l’envie de se replonger dans la musique s’est à nouveau manifesté pour le plus grand bonheur de tous.

Il est accompagné de trois acolytes, un batteur, un bassiste et un autre guitariste. A noter que le drummer originel, Martin Moreau (par ailleurs préposé aux fûts chez Lemon Straw), s’est cassé le bras quelque temps auparavant. Il a donc dû déclarer forfait. La formation l’a remplacé au pied levé par un certain Théo. Et de souligner qu’en seulement trois répétitions, il a assuré une prestation du feu de Dieu.

Si le côté (pop)rock est toujours bien présent, le chant s’exprime en langue française. Parfois, même, en dialecte, le chanteur avouant lui-même parfois ne pas comprendre ses textes, à l’instar de « Le niliste », une compo écrite en 40 minutes seulement mais qui se distingue par une belle et longue intro au piano.

Wazofou, c’est de l'énergie 100% rock à l’état pur, qui navigue quelque part entre projet bien pensé, énergie délurée et esprit rebelle à peine refoulé.

Cools est à la voix ce qu’est le chirurgien au bistouri, un instrument parfaitement maîtrisé. Il y a évidemment l’enveloppe musicale, le plus souvent pétillante et joyeuse, mais également et surtout la personnalité de ce trublion de la (nouvelle) chanson française qui en fait des tonnes afin d’amuser le public, comme sur ce « Tout va bien » et cet orgue en filigrane. Une chanson dans laquelle groupe et public dansent en parfaite osmose.

Il y aura aussi des moments plus calmes et solennels, à l’instar de « Exister », une ballade aigre-douce aux relents poisseux ou encore « Terre », permettant à Cools de montrer toute la puissance de ses vocalises dans les aigus.

Le set n’a duré qu’une petite heure. Suffisant pour les uns, se satisfaisant d’une exploration musicale sans fond. Quant aux autres, gangrenés par la frustration d’un sentiment d’inachevé, il faudra là aussi malheureusement s’en contenter.

« C’est la vie » prend alors le relais d’une fin annoncée, une chanson qui permet aux guitaristes de belles envolées d’accords et de gammes en tous genres.

On retiendra aussi la spectaculaire reprise de « Requiem pour un con » du regretté Gainsbourg. Un moment de grâce, le chanteur s’affranchissant ouvertement d’insultes (second degré) à l’égard d’un public médusé. Mais pour la bonne cause évidemment !

Incarnant un groupe local complètement déjanté, Wazofou tient les promesses d’un rapace avide de sens et d’espace…

(Organisation : Surmars)

 

Tropical Fuck Storm

Le chaos organisé…

Écrit par

Quatuor australien majoritairement féminin, très potes avec leurs prolixes compatriotes de King Gizzard and the Lizard Wizard, Tropical Fuck Storm est moins fécond. Et pour cause, « Fairyland Codex » constitue ‘seulement son cinquième opus en neuf ans d'existence.

Un disque au sein duquel figurent les ingrédients typiques de son maelstrom musical - indie rock, punk, reggae, jazz et blues - qui semble, pour la circonstance, naviguer dans l’œil plus calme du cyclone. Un elpee ‘presque’ apaisé donc, au chaos apparemment plus structuré, dont nous parle le seul membre masculin : le guitariste et chanteur Gareth Liddiard.

Qu’évoque la chanson « Joe Meek Will Inherit The Earth » dont le refrain est ‘Charity Begins At Home’ ?

Ce titre possède des références bibliques, à l’Apocalypse, au Livre de la Révélation, à l’agneau aux sept yeux et sept cornes…

Tout le monde manifeste aujourd’hui, que ce soit le 6 janvier en Amérique dans le cas de la droite extrême, voire des ‘black blocs’, pour la gauche radicale, toujours dans une atmosphère apocalyptique. Tous se comportent comme des moines-guerriers, prêts à combattre. 

Cette chanson proclame que le chemin vers l’enfer est pavé de bonnes intentions, chacun défendant une vision utopique de la société, à partir d’un point de vue particulier…

Mais, finalement, nous avons juste tenté d’écrire une chanson qui ressemble au « Smooth Operator » de Sade. Y a-t-il un meilleur sujet pour se référer à l’apocalypse (rires… jaunes) ?

Quelle est la signification de « Dunning Kruger’s Loser Cruiser », single qui figure sur cet elpee ?

‘A loser cruiser’, c'est un mot d'argot australien pour désigner un bus... C'est une supplique pour se procurer un peu de solitude, dans une société où désormais tout est public dans l'existence.

Votre portefeuille est sur votre téléphone, tout comme votre identité. Le monde vous scrute. Cette chanson exprime le souhait d'être oublié, ce qui est désormais un luxe. Juste être un ‘non-existant’ et ne pas être jugé.

Être ‘down under’ vous permet-il d’accomplir des acte renversés et renversants, lorsqu’on a la tête en bas (head over heels) ?

(Il rit) Oui, jusqu'à un certain point. Il existe une excellente citation de Tom Waits relative à la création musicale. Il recommande à peu près ceci : ‘Ce que tu fais doit être unique et, pour y parvenir, apprends d'abord à voler. Ensuite, apprends à voler à l'envers !’

Notre musique sonne un peu comme celle de Tom Waits ou Captain Beefheart, voire, dans un autre style comme celle des B-52's.

Par ailleurs, vu que nous vivons en Australie, nous sommes éloignés de tout. A Bruxelles ou Paris, vous êtes dans le monde, contrairement à nous. Nous n'allions pas assister aux concerts der Stan Getz, des Rolling Stones, des Beatles ou du Led Zeppelin...

Nous ne nous nourrissons de rien et sommes forcés de nous alimenter nous-mêmes. On peut se sentir frustrés d'être ainsi éloigné de tout ; puis, dépasser son désespoir en réalisant que l'on peut tout se permettre, y compris les approches musicales les plus extravagantes...

Ce que vous proposez est une sorte de chaos organisé ?

Le meilleur des chaos, parce que nous le plaçons dans une structure, comme on insère une photo dans un cadre. Nous mettons ce chaos au milieu du rythme de la charpente d'une chanson pop. Elle se transforme en quelque chose d’intéressant, intégrant de la folie et du... chaos. De la même manière que Sade peut adopter des airs suaves comme « Smooth Operator » ... (rires)

Vous paraissez obsédé par Sade.

Nous l'étions en enregistrant ce dernier album, ce qui était assez amusant. Sade est tellement attirante... Il est difficile de l'être à ce point.

Vous pouvez interviewer un large éventail de groupes ou d'artistes, ils seront tous d'accord sur ce point. Si vous interrogez Slash ou d'autres musiciens du style, ils vous répondront à quel point il est difficile d'être extrêmement heavy. Mais ils seront unanimes pour affirmer qu'il est pratiquement impossible d'être aussi attirante que Sade, de l'être à un point qui conduit à un art raffiné.

Plus sérieusement, le cancer du sein de Fiona Kitschin, bassiste et cofondatrice du groupe, a-t-il eu un impact sur votre musique ?

Oui. Si nous avions été plus jeunes, nous l'aurions évoqué dans nos chansons. Mais nous nous sommes retrouvés dans l'urgence ; nous avons pris beaucoup de temps pour nous occuper de Fiona, de son traitement. Et le temps est l'essence même, puisqu'il n'est pas infini.

C'était vraiment chiant, parce que nous sortions à peine de la pandémie. Nous avions ce nouveau projet Tropical Fuck Storm dans lequel nous voulions totalement nous impliquer, tourner après la COVID, profiter du bon temps... Bref, être actifs !

Le cancer de Fiona se déclenche et soudain, nous sommes de retour à la case départ. Et bien entendu, cette tumeur se révèle d'un autre calibre que cette grippe, même si elle était sévère.

Cette maladie a affecté notre production, depuis que nous avions vraiment goûté le moment de jouer en groupe.

Ce nouvel album est d'ailleurs moins foutraque et complexe, plus direct, parce que nous voulions juste prendre nos instruments et profiter d'être tous ensemble. Nous souhaitions donner l'impression d'être en live... prouver que nous étions en vie.

Tropical Fuck Storm est composé de trois filles et un garçon. Qu’est-ce que ça change ?

C'est différent. Les filles sont différentes des garçons dans la manière dont elles communiquent leurs émotions. Elles les affrontent et les expriment plus franchement ; ils les abordent indirectement. Ce qui ne signifie pas que la communication directe et émotionnelle féminine pacifie tout.

D'autre part, les femmes sentent différemment et meilleur que les hommes... mais se droguent autant qu'eux (rires).

Les filles sont de même tout aussi amusantes que les garçons. Leur humour est un peu différent. L’humour des hommes se pratique aux dépens des autres. Pas forcément celui des femmes. Ce qui ne les empêche pas d'être drôles.

Par ailleurs, les filles sortent autant que les mecs...

Finalement, elles sont tout aussi épuisantes et ont autant de mauvaises habitudes... Par exemple, lorsqu'il est préférable d’aller se coucher parce qu'il y a un concert le lendemain, les filles restent debout jusque 4h du mat' à boire et fumer.

Bref, elles sont différentes, mais, au bout du compte... c'est la même chose (rires) !

Tropical Fuck Storm : album « Fairyland Codex » (Fire Records), paru ce 20/06/2025

En concert

Reflektor (Liège) - 4 septembre

Wintercircus (Gand) – 6 septembre

 

Sparks

Audacieux, au risque de ne pas toujours provoquer des étincelles…

Écrit par

Sparks, le duo américain formé par les frères Ron et Russell Mael, voit le jour à Los Angeles en 1968. Après avoir été l’un des groupes clés du glam rock, Sparks décide d’évoluer vers la synthpop et la new wave, s’inspirant notamment des productions disco. Produit par Giorgio Moroder, son huitième album, « No. 1 in Heaven », devient un succès critique et commercial en 1979. Toujours en constante évolution, changeant de style à chaque nouvel elpee, le tandem continue de sortir des disques avec régularité et se produit toujours sur les planches, plus de cinquante ans après ses débuts. Ron, impassible derrière son clavier, vêtu de son éternel costume noir, n’a pas changé à 80 ans. Son frère Russell (77 ans) est réputé pour sa voix impressionnante ainsi que ses prestations scéniques flamboyantes et hyperactives, contrastant fortement avec la rigidité de Ron Mael. Il arbore toujours des tenues excentriques et colorées.

Malgré une actualité pesante, notamment aux États-Unis, les frères Mael ont donc gravé un vingt-huitième opus, baptisé « Mad ! », ce 23 mai 2025, dont ils vont aujourd’hui nous présenter de larges extraits. » Un disque qui joue habilement sur la polysémie du mot : à la fois synonyme de folie et d’une colère sourde - un reflet juste de notre époque troublée. Le contexte est tendu : les incendies qui ont ravagé Pacific Palisades, leur quartier natal à Los Angeles, et la présidence controversée de Donald Trump nourrissent leur inspiration.

Comme en 2023, lorsqu’elle était venue présenter son avant-dernier long playing, « The Girl Is Crying In Her Latte », la paire revient au Cirque Royal, pour défendre son dernier opus. Il s’agit peut-être de sa dernière apparition en Belgique : Russell Mael signale lors d’une interview qu’aucun nouvel album n’est prévu pour l’instant. Le duo préfère désormais se concentrer sur la sortie et la production de son film « X Crucior ». 

Aucun supporting act n’est prévu. De nombreuses lampes leds à l’intensité lumineuse puissante sont insérés dans des énormes box rectangulaires entourés de barrettes de petites leds placées en hauteur par quatre et neuf rangées à l’arrière, entourent les artistes.

Une musique orchestrale symphonique intense résonne dans la salle et marque l’entrée du groupe. Sur une estrade surélevée au fond de la scène, prennent place en ligne : deux guitaristes, un bassiste et un drummer. Ron s’installe en front de podium, assis devant son clavier. Russell Mael s’adresse alors au public bruxellois en français, comme d’habitude : ‘Bonjour Bruxelles, est-ce que nous pouvons commencer le show ? Nous sommes les Sparks. Je vous présente mon frère Ron, et moi, je suis Russell ‘ avant d'entamer le très approprié « So May We Start », extrait de la musique du film « Annette », qui a été primé au Festival de Cannes.

Mais, c’est le très nerveux « Do Things My Own Way » qui donne le ton : un véritable cri du cœur, une déclaration d’indépendance artistique. En concert comme en studio, une chose est sûre : les Mael restent fidèles à eux-mêmes et ne cessent d’innover.

Le groupe prend une direction radicalement différente dès « Reinforcements », un virage audacieux mais fidèle à l’esprit de sa discographie, qui regorge de ces ruptures inattendues. Cette compo nous entraîne dans une sorte de vaudeville décalé, contrastant vivement avec l’explosion de tempo de « Academy Award Performance ».

« Goofing Off » est porté par un délicieux riff de guitare, évoquant des instruments venus tout droit du Moyen Âge. Un contraste saisissant, surtout à cause de ces cordes enregistrées sur bande en introduction. Un choix aussi étrange qu'intrigant. Sparks revient ensuite à l’univers de « No. 1 Song In Heaven », caractérisé par ses rythmes dansants et ses synthétiseurs entraînants, sur l’énergique « Beat The Clock ».

« Suburban Homeboy », déclamé par Ron Mael, s’avère d'une ironie cinglante et « All You Ever Think About Is Sex » est tout simplement hilarant. On a également droit à la célèbre marche robotisée de Ron ; ce moment où il se lâche brièvement, pour ensuite retourner bien sagement vers ses claviers, impassible comme toujours.

Certaines des nouvelles compositions du dernier LP passent mieux en ‘live’ que d’autres. « Running Up A Tab At The Hotel For The Fab » sonne différemment de la version studio, et il faut un certain temps pour s’y habituer. Et que ce soit sur « MAD » ou en public, « JanSport Backpack » reste un peu agaçant. Il n’est pas facile à facile à digérer en concert, même si l’interprétation live s’avère légèrement supérieure.

Cependant, parfaitement choisi, « Music That You Can Dance To » fait littéralement exploser la fosse en une joyeuse ébullition dansante.

Le set, brillamment construit, accompagne l’ambiance avec des sonorités électroniques irrésistibles, notamment sur « When Do I Get To Sing "My Way” ». Même le stoïque Ron Mael se laisse emporter, esquissant quelques-uns de ses meilleurs pas de danse sur « The Number One Song In Heaven », pour le plus grand plaisir du public. Un moment aussi hilarant qu’inattendu. D’autant plus que ressentant des bouffées de chaleur, il a besoin d’un ventilateur pour se rafraîchir.

Grâce à l’énergie entraînante propre à la formation et à la voix toujours remarquable de Russell, « The Girl Is Crying In Her Latte » rallie, une nouvelle fois, tous les suffrages.

A l’instar des trois shows précédents accordés en Belgique, « All That » sert de clap de fin. Un ultime adieu livré avec intensité et une émotion palpable.

Sparks a présenté, au Cirque Royal, plusieurs morceaux inédits, inégalement appréciés. Mais pour le reste du concert, le duo a exploré sa vaste discographie, proposant, une nouvelle fois, une sélection de chansons largement différente de celle des tournées précédentes…

Setlist : « So May We Start », « Do Things My Own Way », « Reinforcements », « Academy Award Performance », « Goofing Off », « Beat The Clock », « Please Don’t Fuck Up My World », « Running Up A Tab At The Hotel For The Fab », «  Suburban Homeboy » (lead vocals by Ron), « All You Ever Think About Is Sex », « Drowned In A Sea Of Tears », « JanSport Backpack », « Music That You Can Dance To », « When Do I Get to Sing "My Way" », « The Number One Song in Heaven », « This Town Ain't Big Enough For Both Of Us », « Whippings And Apologies « ,  « Lord Have Mercy ».

Rappel : « The Girl Is Crying In Her Latte », « All That »

(Organisation : GRACIA LIVE)

Hellfest 2025 : du jeudi 19 au dimanche 23 juin

Écrit par

Un bilan s'impose après quatre jours passés au Hellfest, un festival qui a bien mérité son nom cette année ! Entre la programmation enflammée et une chaleur digne des enfers, l'édition 2025 a été mémorable.

Le festival a subi une véritable métamorphose. L'entrée a été entièrement repensée et accueille désormais les festivaliers sous une arche gigantesque, défendue par la désormais célèbre Gardienne des enfers. Cette imposante machine donne le ton dès l'arrivée.

Parmi les autres nouveautés notables, on découvre le restaurant ‘Hellcity’, parfait pour une pause gourmande loin du tumulte des scènes.

Nouvelle zone nichée près du Metal Corner, la Purple House abrite une scène à 360° en forme de cage.

L'ancien emplacement de la gardienne a laissé place aux anciens très appréciés brasiers, parfait pour s'isoler de la foule des main stages ou pour se réchauffer si toutefois on en ressentait le besoin lors des températures caniculaires.

Heureusement, l'organisation est parvenue à gérer cette chaleur extrême en proposant des aménagements bienvenus : arrosage des festivaliers, gourdes autorisées, et points d'eau en libre accès, même si on en aurait apprécié quelques-uns de plus pour fluidifier les files d'attente.

Jour 1 : Le festival démarre en force. La Valley vibre grâce au doom des Suisses de Tar Pond, du stoner de Slomosa, et surtout du noise rock de Chat Pile, qui nous offre un set incroyable d’une quinzaine de morceaux. L'occasion de parfaire sa culture cinématographique grâce aux suggestions du chanteur qu'il partage entre chaque titre.

La journée est également marquée par les performances énergiques de Soft Play (anciennement Slaves) et de Jinjer, qui bénéficie de la technique incomparable de ses musiciens et la voix impressionnante de Tatiana Shmayluk. Impossible de ne pas mentionner Sunn O))), dont les décibels sont les seuls à grimper plus haut que le mercure du thermomètre par cette chaleur caniculaire, et Orange Goblin, les légendes du stoner qui, depuis 1994, n'ont rien perdu de leur superbe. 

Jour 2 : Cette deuxième journée est dominée par la Valley. Wormsand ouvre le bal, suivi par Crippled Black Phoenix. Un des moments forts est incontestablement le concert de Pentagram, dont les expressions de l'iconique Bobby Liebling continuent de fasciner. Mais le clou du spectacle demeure Hermano, le ‘very special guest’ mené par le légendaire John Garcia.

Petite incartade à la Warzone pour assister au concert des Sex Pistols, qui se distingue par l'énergie débordante de Frank Carter. Si la rencontre des deux semble une bonne idée, l'alchimie tant espérée s’est révélée laborieuse.

Jour 3 : Le hardcore est à l'honneur en compagnie de Pest Control, Spy, Nasty, et Terror. Mais le black metal n'est pas en reste, à travers les prestations des Sibériens de Grima et des étoiles montantes Agriculture.

La soirée atteint alors son apogée et on va se prendre deux claques mémorables. La première grâce à Deafheaven, qui confirme tout le potentiel de son dernier album "Lonely People with Power", en livrant une performance irréprochable. Ensuite, Russian Circles, les maîtres du post-metal, auteurs un set parfait, comme d’habitude.

La journée s'achève par le très attendu Turnstile, porté par son nouvel opus, "Never Enough".

Jour 4 : Déjà le dernier jour ! La dernière ligne droite commence pour nous sur la Warzone pour y accueillir le punk hardcore de Gouge Away suivi, sur la Temple, par l’expérimental Aluk Todolo. La journée est aussi marquée par l'ambiance potache de Gutalax, dont les aficionados, vêtus de combinaisons blanches, sont armés de brosses de toilettes badigeonnées de chocolat.

Les indétrônables Walls of Jericho dispensent un des meilleurs sets de l'édition sur la Warzone, prouvant qu'ils n'ont rien perdu de leur énergie depuis leur dernier elpee, paru en 2016. En face, sur la Valley, Jerry Cantrell et Greg Puciato nous offrent un concert tout aussi qualitatif.

Mais le véritable rouleau compresseur de cette édition n’est autre que Knocked Loose. Pendant qu'une partie des festivaliers regarde et écoute Linkin Park, la formation américaine a tout simplement imposé sa suprématie sur la Warzone. Enchaînant sans répit "Blinding Faith", "Don't Reach for Me" et "Mistakes Like Fractures", elle a instantanément conquis le public. Le set s'est achevé sur "Everything is Quiet Now", mettant un point final grandiose à cette édition.

Lorsque les dernières notes sont jouées, le décor fait jaillir ses dernières flammes tandis que la foule se disperse vers le camping et les dernières navettes avant que le Hellfest n'éteigne ses dernières lumières. Le festival est déjà terminé et il ne nous reste plus qu'à attendre l'édition de l'année prochaine.

Rendez-vous du 18 au 21 juin 2026. Le prochain Hellfest affiche déjà sold out pour ses pass 4 jours mais les plus chanceux pourront peut-être encore mettre la main sur des pass 1 jour. Gardez l'œil ouvert pour ne pas manquer leur mise en vente !

Que vous souhaitiez faire un rattrapage ou revivre une partie du festival, n'oubliez pas que bon nombre des concerts de cette année restent visionnables sur Arte Concert (voir ici)

Et pour les photos, c’est

(Organisation Hellfest)

 

 

The Maccabees

Un retour gagnant…

Écrit par

Séparé en 2017, The Maccabees s’est reformé en 2024 pour accorder une prestation en tête d'affiche à All Points East, dans la banlieue londonienne. Ce set a marqué le début d'une série de concerts préparatoires à travers l'Europe avant son passage à Glastonbury.

Originaire du sud de Londres, le band est devenu notoire pour sa narration émotive et sa musicalité ciselée. The Maccabees a durablement marqué la scène rock indépendante britannique à travers ses quatre elpee sculptés dans un post punk, qu’il teinte parfois de folk.

La première partie est assurée par le jeune troubadour anglais, Willie J. Healey. A son actif, trois opus, dont le dernier, « Bunny », remonte à 2023.

Il est seul sur les planches, armé d’une guitare semi-acoustique. Et pas de boîte à rythmes, comme il a pourtant l’habitude de se servir.

Impossible de ne pas aimer Willie J. Healey. Sa musique est vive et facile à écouter, relevant vaguement du genre indie/folk alternatif. Son style n'est pas vraiment révolutionnaire, mais ne manque pas de charme et surtout passe bien la rampe : ses paroles et sa musique sont bien écrites, et il compose d'excellents morceaux

Il combine avec brio l’esprit de Neil Young, des Beatles et d'Elvis Costello, tout en ajoutant une touche contemporaine de funk, probablement empruntée à David Bowie. Willie J Healey chante l’amour sous toutes ses formes et il est parvenu à dispenser un set sympa, malgré la chaleur étouffante qui règne dans la salle (page ‘Artistes’ ici). 

Setlist : « She's Heroin », « Little Sister », « True Stereo », « Sure Feels Good », « Heavy 94 », « My Room », « The Apple », « Songs For Joanna », « Fashun »

Les fans se pressent contre le podium, en attendant son groupe fétiche. Dès son entrée en scène, The Maccabees est vivement acclamé, et notamment, son chanteur compositeur Orlando Weeks. Le line up implique les frères Hugo et Felix White à la guitare, Rupert Jarvis à la basse et Sam Doyleaux aux drums. Depuis 2010, Will White les accompagne en ‘live’, aux synthés.

Puissant mais contrôlé, le light show souligne la présence scénique du combo et immerge immédiatement les premiers rangs dans une ambiance électrique.

La formation ouvre son concert par « Latchmere » et « Lego », extraits de son premier long playing, paru en 2017, « Colour It In », suscitant une vague de nostalgie instantanée. Felix White, visiblement exalté, enflamme la foule en hurlant : ‘On est les putains de Maccabees !’ D’ailleurs, tout au long de la performance, interactif, il n’a de cesse d’entretenir une connexion intense avec le public, l’incitant à chanter fort sur « Precious Time » ou à donner le meilleur pour fêter ce grand retour.

L’accueil de l’auditoire est à la hauteur de l’événement : enthousiaste, ému, profondément reconnaissant. Orlando, de sa voix aérienne et maîtrisée, s’accompagne à la gratte semi-acoustique sur plusieurs morceaux.

Subtilement construite, la setlist propose un bel équilibre entre extraits des quatre albums et titres phares. Les tubes s’enchaînent, portés par l’alchimie redoutable des deux sixcordes et pimentés par la voix magnétique d’Orlando. Au fil du temps, l’intensité du show ne fait que croître, le groupe démontrant une efficacité redoutable, tant sur le plan sonore que scénique.

Le son, fidèle à la réputation du groupe, est impeccable. « Kamakura » nous réserve un moment de grâce. En retrait, Orlando laisse les guitares apaisées envelopper l’auditoire dans une atmosphère envoûtante. Un instant suspendu, comme un souffle retenu au cœur d’un concert incandescent. Le titre éponyme du dernier elpee, « Marks To Prove it », fait mouche. Le band a visé juste. Les sixcordes sont furieuses et les chœurs s’envolent. Un petit bijou qui nous entraîne dans une danse déchaînée. Jusqu’à l’explosion des drums. Cette chanson frôle la perfection, alors que la voix d’Orlando guide les siens à travers toutes les dissonances.

« Pelican » achève brillamment le show. Moment choisi par les guitares pour décoller, à nouveau.

On regrettera, néanmoins, la pop mièvre de « Feel To Follow », qui a dû ravir, cependant, les fans de… Coldplay voire de Foals.

Cette célébration de la joie s’est transformée en fête vibrante de la musique, de l’amitié et de la communauté fidèle qui s’est formée autour de la formation au fil des ans. Un rendez-vous rare, chargé d’émotion, pour raviver la magie d’un groupe qui a marqué au fer rouge toute une génération de rock indépendant…

Setlist : « Latchmere », « Lego », « X-Ray », « Feel To Follow », « Kamakura », « Wall Of Arms », « First Love », « Precious Time », « Can You Give It », « Spit It Out », « No Kind Words », « Marks To Prove It », « Grew Up At Midnight », « Something Like Happiness ».

Rappel : « Toothpaste Kisses », « Love You Better », « Pelican »

(Organisation : Live Nation)

Ykons

Il faut instaurer des quotas…

Écrit par

Alors que la Ville de Soignies met traditionnellement à l’honneur le dernier samedi du mois d’août en organisant son festival gratuit et pluridisciplinaire ‘Août en Eclat ‘, le centre historique de la cité millénaire fondée au VIIème siècle par Vincent Madelgaire (Saint Vincent) accueillait ce 7juin, veille de la Pentecôte, une salve d’artistes de renom, tels que Mentissa, Ykons, DJ Daddy K et l'Orchestre Zénith.

Côté pile, une festivité bon enfant, mais côté face, une météo capricieuse et des trombes d’eau à décourager les plus téméraires, alors que le soleil a laissé apparaître ses plus beaux rayons durant quelques semaines consécutives. Quel dommage !

Avant qu'Ykons ne grimpe sur scène, son leader emblématique Renaud Godart a accordé, pour Musiczine, une interview passionnante, humaniste et jouissive. Des superlatifs qui s’accordent bien au dernier né, « Cloud Nine », un disque qui regorge d’accords pop, qui ne sont pas sans rappeler les heures de gloire de Coldplay et Imagine Dragons.

Un entretien serein où l’on alterne le chaud et le froid en traitant de sujets d’actualité. Il sera question de musique et de quête de dépassement de soi. Sans oublier la médiocrité et la dangerosité des réseaux sociaux, Tribunal du Peuple contemporain, où les bien-pensants et pseudo-philosophes, s’épanchent courageusement de manière totalement anonyme derrière un clavier, portant ici et là, des accusations et jugements éhontés sur ce jeune malheureux garçon de 11 ans, prénommé Fabian, percuté par un véhicule de police dans le parc Elisabeth alors que la vie commençait juste à lui tendre les bras. Il n’avait que 11 ans…

Après avoir connu un succès presque inattendu en gravant « Sequoia Tree » et un premier album en 2019, baptisé « Reflectied », vous avez sorti un nouvel elpee, « Cloud Nine », qui fait la part belle à une production nettement plus aboutie. Le produit est digne des plus grands professionnels. Pourtant, vous avez tous un travail alimentaire. Pourquoi, en Belgique, l’artiste éprouve toutes les difficultés du monde à vivre de sa passion ?

C’est une vaste question ! Il y a 2 axes de réponse. En ce qui me concerne, je n'éprouverais aucune difficulté à vivre de ma passion. Nous avons fait le choix de ne pas prendre de statut d'artiste. Nous étions pourtant dans les critères pour l’adopter. Nous n’avons pas voulu lâcher notre métier. J’insiste sur le fait que ce choix ne se résume pas purement au côté financier. Il est aussi physique, inscrit dans nos tripes. Je souhaitais rester dans le monde de l’enseignement. Cette manière de procéder nous permet d’avoir davantage de liberté. La pression de devoir rentrer de l’argent dans un projet musical se fait moins sentir. Cela nous permet également de nous investir, non seulement dans la production des chansons, mais aussi dans le show. Nous nous sommes entourés d’une ASBL professionnelle et d’une maison d’édition. Les quatre musiciens autour du projet et originaires du plateau de Herve ne sont pas des professionnels en tant que tels. Le seul à revêtir ce qualificatif est Louis, le préposé à la batterie, notre musicien additionnel. Très franchement, nous n’avons aucune amertume par rapport à cette situation. Je pourrais un jour arrêter mon métier de professeur, mais je ne suis pas convaincu que je franchirai le pas. La musique est un milieu où il faut prendre les souvenirs et le bon temps tant qu’il est possible de le faire. Nous avons de la chance et nous en sommes tous conscients.

Le second axe sur lequel j’insisterais est plutôt géographique. La Belgique est un pays excessivement compliqué en termes de défense des artistes, vu son petit territoire, d’une part, mais aussi parce qu’il est partagé entre deux cultures différentes. Les Francophones défendent énormément la francophonie, surtout de la France d’ailleurs. Ykons a pris le parti de chanter dans la langue de Shakespeare et les radios Wallonie-Bruxelles sont moins enclines à passer des artistes anglophones. Pour y parvenir, la solution serait d’imposer des quotas comme au Québec, par exemple. Nous y avons des amis qui restent convaincus que si nous devions nous exporter, nous serions considérés comme professionnels de la chanson. Là-bas, les quotas sont fixés à 30% d’artistes québécois sur les radios locales.

Le nouveau long playing est construit autour de Julien Joris et Benoît Leclercq, le duo pop Delta. Un choix plutôt iconoclaste sachant que la signature Ykons est assez éloignée de la chanson française qui a propulsé Delta sur le devant de la scène. Quelles sont les raisons de ce choix ?

A chaque nouvelle sortie, nous travaillons jusqu’à atteindre la perfection. Depuis maintenant trois albums, nous avons des producteurs spécifiques afin d’obtenir la couleur que nous recherchons. Pour cet opus, nous avons réalisé un test avec Delta, comme auprès d’autres producteurs d’ailleurs, et cela s’est très rapidement avéré d’une fluidité exceptionnelle.

Le groupe s’est dissout aujourd’hui, chacun menant sa barque de manière individuelle. Le binôme a eu cette faculté de se mettre au service de la formation et de sa direction. Je pense que tous deux possèdent encore cette capacité. Les influences d'Ykons et de Delta convergent. Ils sont très anglophones dans ce qu’ils écoutent. Ce qui nous a donc beaucoup aidé. Il faut savoir que lorsque nous arrivons en studio, on amène toujours ce que l’on appelle dans le jargon, un titre de direction. Ce qui permet de se fixer une ligne artistique. Cette collaboration a été formidable, nous parlions le même langage musical. L’album a été bouclé en moins de 10 mois, ce qui est assez rapide, sachant que nous ne nous voyions qu’une seule fois semaine, voire deux fois par mois lorsque nous le pouvions. Un bonheur absolu que de travailler en compagnie de Ben et Jul.

Souvent les artistes construisent leurs chansons à partir d’une colonne vertébrale, d’une thématique centrale. Ici, les sujets touchent au quotidien…

Nous voulions que cet album soit construit autour des sentiments et ce qui fait que nous sommes des êtres humains.

A t’entendre, on sent le travail d’introspection du gars qui traverse la quarantaine…

Exactement, c'est parfaitement ça ! A quarante ans, tu te rends compte qu'il y a des choses à côté desquelles tu es passé et si tu le pouvais, tu agirais différemment. Et à contrario, il y a des choses sur lesquelles tu as bien fait de mordre dedans, de pleurer à chaudes larmes ou encore, de dire aux gens un ‘je t’aime’, au bon moment. Ce sont des phases que nous avons tous explorées. Nous avons connu des séparations, pire encore des deuils dans nos familles. Mais aussi, de très beaux événements. Nos émotions ont donc été à la fois très diverses et antinomiques. Il fallait que nous puissions les exorciser à travers des chansons. Je pense notamment à « The Last Call », une compo dans laquelle on dit au revoir aux personnes que l’on a aimées et que l’on a perdues, que ce soit sur le plan amical ou amoureux. C’est un disque porteur d’espoir aussi, à l’instar de titres comme « New State of Mine » ou encore « Open Eyes » qui plébiscitent l’amitié sur ce qu’elle a de plus beau.

« The Last Call » justement est un plaidoyer pour ‘faire tomber les masques’ et (re)devenir soi-même. Avoir une opinion ou un talent expose énormément aujourd’hui. Il en faut du courage pour cesser de se fondre dans la vindicte bien-pensante et (re)devenir singulier ?

Cette chanson incite à se regarder tel que l’on est, peu importe comment les autres vous perçoivent. Il faut y voir une notion plus large, de l’humiliation des enfants au sein des établissements scolaires au danger des réseaux sociaux. Ce sont des thématiques qui résonnent en nous différemment, une fois devenu parents.

« New State of Mind » évoque le regard que l’on porte autour de soi. Quel est ton sentiment personnel sur le sujet ? Comment perçois-tu le monde qui t’entoure ?

Très franchement, je suis anxieux, inquiet et désabusé à la fois, de la déshumanisation du monde actuel. Et la direction prise par la société mondiale me fait excessivement peur. On finit par ne plus être humain et on pense uniquement en termes de sécurité et de bien-être individuel. On réfléchit à court terme, on consomme de manière frénétique et on crache son venin à tire-larigot. Il y a à peine quelques jours encore, un gamin de 11 ans est mort pour avoir circulé sur une trottinette. Et une frange de la population se demande encore aujourd’hui si le geste de ce garçon était ou non fondé. Non, je suis désolé, un gamin ne doit pas mourir pas à 11 ans, peu importe la raison, peu importe le pourquoi.

Les réseaux sociaux et médias finissent par nous faire porter des œillères. Ça me fait vraiment flipper. J’ai moi-même des enfants et je crains de perdre ce côté humain. Très honnêtement, je ne crois pas qu’on l’on aurait eu ce genre de considération, il y a encore seulement quinze ans d’ici. On se serait probablement offusqué. Aujourd’hui, on finit par faire croire que ce garçon est fautif parce qu’il ne s’est pas arrêté en voyant arriver la voiture de la police. Mais, c’est juste un gamin, putain. Il a pris peur à la vue des uniformes. Qui n’a pas fait de conneries étant plus jeunes ? Je trafiquais ma mobylette, sans que mes parents ne le sachent. Ce n’était pas leur faute, uniquement la mienne. Je suis désolé, mais on ne meurt pas pour ça ! Je le redis haut et fort on ne meurt pas pour ça ! Et je n'arrive pas à comprendre comment certains peuvent encore essayer de placer cet événement dans un contexte. Il n’y a pas de contexte ! Un gosse est mort, point barre !

Je suis d’accord avec toi, les réseaux sociaux sont maintenant devenus le Tribunal du Peuple. Tu abordes cette thématique dans « Dirty Lies ». Pourtant, si un groupe souhaite devenir médiatiquement plus présent, il doit notamment utiliser ces canaux. Comment abordes-tu cette nouvelle politique face au danger qu’elle représente ?

La critique ne nous effraie pas. Nous ne sommes pas des vedettes, juste des mecs qui aiment faire de la musique. Si certains nous suivent et aiment notre production, pour d’autres, nous sommes d’illustres inconnus. Notre statut actuel nous convient donc parfaitement. Pour ce qui concerne les réseaux sociaux en particulier, nous avons décidé de n’être que ce que nous sommes en vrai. Si des gens s’amusent à critiquer nos choix, je n’en ai rien à secouer. Libre à chacun de faire ce qu’il veut. Les gens n’apprécient pas ma casquette où mon corps parce que je réfute la culture du ‘body summer’, je m’en fous. Et si la critique ne touche pas un choix précis, ça me touche encore moins. Si tu ne nous aimes pas, crache ton venin, on ne te prendra pas en considération. On ne s’intéressera qu’aux personnes qui nous veulent du bien. Enfin, pour ceux qui portent des critiques sur notre travail tout en nous souhaitant du bien, nous les écouterons. Il faut être attentif aux messages qu’ils nous transmettent.

On sent chez vous une certaine filiation avec le meilleur des hymnes pop rock anglo-saxons. De qui Ykons pourrait être est le digne successeur ?

Je ne pense pas que l’on puisse se targuer d’être le digne successeur de qui que ce soit. Nous n’avons pas le feu sacré pour, de toute façon. On ne réinvente pas la musique et nous n’avons d’ailleurs pas cette prétention. Cependant, nous avons toujours mis un point d’honneur à donner le meilleur de nous-mêmes. Tu sais, je ne suis pas anglophone. Mais j’ai fait tout ce qui était possible pour m’améliorer. Nous voulions que les gens aient la sensation que nous ne sommes pas un groupe belge. Parmi les groupes qui nous fascinent, je citerais Coldplay, Imagine Dragons ou encore The Boxer Rebellion. On cherche à aller aussi loin que possible dans le travail du son, des textes et des valeurs véhiculées. C’est la culture du groupe.

Demain 8 juin, vous vous produirez au sein de l’hémicycle du Cirque Royal de Bruxelles, une sacrée consécration. On est loin de vos premières répétitions. Quel regard portes-tu sur ton parcours et celui d'Ykons ?

Nous avons toujours rêvé de jouer en acoustique au milieu du public. Nous attendions juste le moment idéal pour nous faire plaisir. Et demain, ce sera chose faite ! Confidence pour confidence, je vais préparer une surprise, y compris pour les membres du groupe. Gratte en main, je vais retracer, au travers d’une chanson, toutes les étapes importantes depuis la formation en 2009, date clé où l’envie de faire de la musique s’est fait sentir. Les moments magiques, mais aussi compliqués, seront passés en revue. Au Cirque Royal, point d’orgue de cette belle histoire.

La botte secrète d'Ykons reste la scène. Les concerts sont toujours énergiques, théâtralisés, stylisés.  Est-ce que cet opus a-t-il été taillé spécifiquement pour le live ?

Avant de s’intituler Ykons, nous avions enregistré un album où nous utilisions nos chansons live et les enregistrions telles quelles. Nous avons été très déçus du résultat. Que pouvions-nous apporter de plus en live, compte tenu du fait qu’il s’agissait déjà de version ‘concert’ ?

Nous devions apprendre de nos erreurs. Aujourd’hui, les morceaux sont écrits de manière à pouvoir les adapter au mieux pour le live. L’idée est que l’auditeur puisse trouver cette sensation de plénitude lorsqu’il est seul chez lui dans son canapé à écouter Spotify. Et lorsque nous nous produisons en concert, l’auditeur doit pouvoir venir écouter autre chose qu’un disque. Il faut du spectacle. Les groupes qui nous ont marqué ont travaillé de cette manière. Personnellement, je ne vais pas assister à un concert pour entendre à l’identique ce qui sur trouve sur le disque et dans des conditions d’écoute plus difficiles. J’aime lorsque l’artiste prend des risques. Il s’agit de la culture que nous nous efforçons de suivre depuis « Reflected », notre premier album studio.

Je me souviens spécifiquement du set lors du festival ‘Les Gens d’Ere’ en 2024, contrarié par des problèmes techniques auxquels artistes, techniciens et public ont dû faire face. Pourtant, ce concert d’Ykons restera, à mon sens, l’un des meilleurs, la fluidité s’avérant, de plus en plus, une des forces vives du groupe. Quels souvenirs en gardes-tu ?

C’est un peu technique. Il y a des liaisons entre les tables de retour et les tables de façade. On utilise une RJ45. Les tables utilisées sur le site supportaient une RJ45 de 90 mètres. Et là, on a utilisé une RJ45 de 100 mètres avec un raccord de 20 mètres. Il y avait donc au total 120 mètres, soit 30 mètres de trop. Conséquence, il y avait des pertes de sons dans la façade. Personnellement, j’aime ce genre de défi.

Confidence pour confidence, je ne vous ai pas trouvé particulièrement stressé par la situation…

Il m’en faut beaucoup pour m’ébranler. Ce comportement doit venir de mon passé de DJ que j’ai exercé durant des années. Je devais aller au contact du public. Lors de ce concert, il était de mon devoir de faire vivre au public un aussi bon moment que celui que je vivais. C'était une expérience sympa en tout cas.

La Ville de Soignies a la particularité d’offrir un festival gratuit fin août baptisé ‘Août en Eclat’ qui dépend essentiellement des subsides alloués au Centre culturel notamment. Qu’on le veuille ou non, la culture est politique. Pourtant, les artistes dénoncent depuis toujours les injustices, les abus de pouvoir et les dérives d’un système dont il profite. Comment réconcilier les attentes du monde culturel au sens large et celles du politique ?

Le politique doit comprendre que les artistes ont besoin d'exister, notamment par la défense dans les médias en général et en radio en particulier. Il faudrait davantage de visibilité sur les médias de grande envergure comme la RTBF, là où on devient forcément bankable (qui rapporte de l'argent). Les organisateurs éprouvent aujourd’hui toutes les difficultés du monde à mettre sur pied quoi que ce soit. Certains festivals font faillite parce qu’ils proposent notamment des artistes français aux cachets mirobolants, les artistes belges sont pourtant moins onéreux. Nous avons réalisé un record aux Francofolies de Spa l’année dernière. Nous avons joué devant un parterre de plus de 20 000 festivaliers. Pascal Obispo et Patrick Bruel, qui ont suivi, en ont drainé près de la moitié seulement. Notre cachet était pourtant 10 fois moindre que ces deux artistes, ce qui est tout à fait normal. Nous n’avons pas la même carrière que ces monstres sacrés de la chanson française. Mais peu importe, nous étions dans l’arène d’un festival qui nous a vu grandir. On a fait un ‘game’ de fou et les gens en ont pris plein la tronche, c’est ce qui compte le plus. On a prouvé ce jour-là que les petits Belges pouvaient sortir du lot. Dire que le pays regorge de talents qui restent souvent dans l’ombre, la politique se résumant à programmer uniquement les artistes issus des majors. Je reste convaincu que pour contrer ce phénomène, il faut instaurer des quotas.

Si « Sequoia Tree » vous a propulsé dans les charts, cette chanson a aussi servi d’emblème au personnel hospitalier lors de la pandémie, dans une nouvelle version acoustique, accompagné d'un clip tourné au sein du CHR de Verviers. Alors que la situation du secteur hospitalier n’a pas évolué d’un iota depuis, voire s’est dégradée, l’engouement à leur encontre a cessé tant au niveau de la population que vis-à-vis des artistes engagés. Comment expliquer cette défection ?

Tu es vachement bien renseigné ! Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un désintérêt. Les gens baignent dans des tracas au quotidien. Tout le monde est aujourd’hui acculé. Durant les 30 glorieuses, la plupart des travailleurs étaient pénards en assurant leur petit boulot.

Les ouvriers possédaient une maison, une voiture et partaient en vacances. La donne est très différente maintenant. Il y a aujourd’hui une sorte de repli. On oublie que les gens sont là et qu’ils exercent un travail de fou. La solidarité s’est manifestée essentiellement lors des deux premières vagues de la pandémie COVID. Quand la troisième vague est arrivée, on sentait déjà que ça partait en sucette. Et puis, lors de la quatrième, le mode open-bar était activé, personne n’en pouvait plus. Je crois que le peuple a développé cette capacité d’oubli. Je suis concerné à titre personnel, mon épouse étant infirmière. Lorsque nous étions tous chez nous, nous n’avions que cette problématique pour centre d’intérêt. Depuis, la vie a repris son petit bonhomme de chemin, chacun devant gérer des dizaines de problèmes différents. Les gens s’énervent, crient, s’engueulent, mais j’ai l’impression que cette énergie n’est pas toujours dirigée à bon escient. L’humain est ainsi fait. Si je devais faire un constat, je dirais que nous devenons de moins en moins humains et de plus en plus égoïstes. Je ne suis pas certain que l’on puisse encore se battre les uns pour les autres. Ça me désole. Vraiment.

Vous êtes originaires du pays de Herve, une ville francophone de Belgique située en Région wallonne, dans la province de Liège. La Ville de Liège s’est portée candidate au Réseau des Villes Créatives de l’UNESCO, dans le domaine de la musique. Soutenue par plusieurs acteurs culturels, cette démarche fait suite aux travaux du GRE-Liège et à la feuille de route ‘Liège, cap 2030 !’ qui identifie l'opportunité de référencer positivement la cité en obtenant des labels de reconnaissance dans des domaines d'excellence. Quel est ton propos sur la question ?

Je trouve cette démarche extraordinaire ! Enfin ! La culture est omniprésente en Belgique, mais la Ville de Liège jouit d’un vivier important. Et j’insiste sur la sémantique, la culture ne s’arrêtant pas à la musique. Nous avons cette possibilité de travailler en collaboration avec des artistes incroyables, qu'ils soient plasticiens, dans le monde du théâtre, dans le monde des marionnettes, de l'animation, de la création ou encore du graphisme. C’est hallucinant. On n’a même pas besoin de sortir de notre patelin pour dénicher des partenaires. A titre anecdotique, on a tourné nos premiers clips dans les fagnes avec des mecs qui venaient de notre village. Lorsque la chanson « Redlight », a été traduite en vidéo, certains l’ont diffusée en Suède car ils imaginaient qu’il s’agissait d’un clip suédois. Nous avons collaboré avec Noir Artist ou encore Harry Fayt, qui jouissent d’une aura internationale. La Ville de Liège n’a pas à rougir de son ouverture sur le monde. Il existe une appétence de la culture inscrite à même le sol. Je crois que le côté ramassé et industriel y est pour quelque chose. Les gens sont dans le gris et pour sortir de cette grisaille, ils sont obligés de ramener de la couleur. Tu sais que même Benoit Poelvoorde, pourtant namurois, disait à propos de Liège : ‘Tu arrives à Liège, après un quart d'heure, t’as 4 copains’.

Le peuple est connu pour être sympa. Mais évidemment, il y a quelques cons, sinon ce serait vraiment ‘the place to be’. Et nous sommes d’autant plus fiers que nous sommes originaires du plateau de Herve, un endroit qui compte plus de vaches que d'habitants. Il y a une lumière un peu différente.

Un long playing est en préparation et devrait voir le jour fin 2026. En exclusivité, pourrais-tu m’en toucher un mot ?

Incroyable, d’où détiens-tu cette information ? Tes renseignements sont exacts ! Depuis la sortie de « Cloud Nine », nous n’avons jamais cessé d’écrire. Dès qu’on le pouvait, nous nous réunissions à quatre, autour d’instruments. Et on s’est vite rendu compte, il y a environ deux mois, que nous avions suffisamment de matière que pour sortir un nouvel album. Il aura une couleur encore particulière. On va tester des styles différents. C’est la première fois que nous nous permettons ce genre d’écart par rapport à la ligne de conduite originelle d’Ykons. Nous avons déjà contacté d’autres artistes, dont Ozya. Nous avons un excellent feeling, nous sommes devenus amoureux l’un de l’autre en quelque sorte. Après l’Eurovision, elle sera connue mondialement. Nous sommes aussi en contact avec Saule pour une compo en français. J’ignore encore quelle sera la couleur finale de l’album et s’il y aura une ou plusieurs chansons en français, mais nous mettons un point d’orgue à ce qu’il garde les sonorité d’Ykons. Quoi qu’il en soit, ce ne sera que du bonheur. On va pouvoir retourner en studio calmement et prendre le temps. Nous disposons de 27 chansons. Certaines sont parfois dans un état très épuré guitare-voix. Et si à ce stade, si elle est accrocheuse, c’est qu’elle a du potentiel.

Mais, dis-moi, avec autant de matière première, vous pourriez vous permettre de sortir un double disque ?

Oui, on pourrait. Mais pour concrétiser un tel projet, il faudrait des finances et comme nous en parlions justement quelques minutes plus tôt, nous sommes en Belgique, il faut rester pragmatique.

 

 

Lemon Straw

Quel est le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles aux artistes ?

Écrit par

Originaire de Frameries, près de Mons, Giani Sabia a travaillé cinq ans en usine avant de tout quitter pour s'installer en Angleterre, puis aux États-Unis. C'est là qu'il a commencé à composer et à écrire ses premières chansons. De retour en Belgique, il a fondé le groupe Lemon Straw (NDR : le patronyme se réfère à la paille (straw) qu’il servait aux clients à Londres & Lemon, petit clin d’œil à Lennon (John Lennon)). Giani travaillait pour une femme à New York juste à côté d’où il vivait etá où il a été Assassiné. A son retour, avec Boris Iori et Renaud Lhoes le groupe sort son premier Ep autoproduit, en 2007, et a préféré prendre son temps pour composer et se produire sur de petites scènes en Belgique francophone. Depuis, Lemon Straw a sorti quatre albums studio, dont le dernier, « Jump », est paru en Février 2025.

Avant son concert accordé au Zik-Zak d’Ittre, Giani a accordé une interview à Musiczine.

Quel est le line up du groupe aujourd’hui ?

Boris se charge de la lap steel et de l’harmonica, Grégory Chainis de la basse et Martin Moreau de la batterie. J’écris, compose et me consacre à la guitare et au piano.

La formation actuelle existe depuis maintenant sept ans. Il y a eu des portes qui se sont ouvertes ou fermées, des coups de gueule, des changements de musiciens, mais globalement, le line-up est stable depuis 2018 et l’énergie qui circule entre notre nous est très cool. Voilà un peu pour l'équipe.

Le quatrième opus est considéré, en général, comme celui de la maturité. C’est le cas de « Jump », paru en Février. Tu confirmes ?

Oui, c’est vrai qu’on dit souvent du quatrième album, c’est celui de la maturité… Mais perso je crois que chaque album est un peu celui de la maturité, parce que tu évolues tout le temps. Chaque année, tu prends de l’âge, tu vois les choses différemment, tu t’assagis - enfin normalement - et tu te remets en question.

Je ne dirais pas que « Jump », c’est ‘l’album de la maturité’, mais plutôt qu’il fait un pas dans cette direction. Disons qu’il est moins immature. Je ne prétends pas être super mature aujourd’hui, mais j’apprends tous les jours. 

Il symbolise ce processus : sortir de sa zone de confort, faire des choix, renoncer à certaines choses, aller vers l’inconnu… Se mettre un peu en danger, mais avec l’idée d’évoluer, de passer à une autre étape.

Chaque chanson raconte une petite histoire. Tu en avais causé lors de ton showcase, à Silly, chez Charles. Peux-tu nous en dire davantage ?

Ouais, écoute, tu veux que j'en choisisse une en particulier ? « Mystery train » évoque la fin d'une ancienne relation. Il y a toujours une victime quand l’un des deux part. Si vous n’êtes pas d’accord tous les deux, l’autre se sent toujours comme victime. Tu peux avoir l’impression que, même si tu expliques tes arguments, ce n’est pas réciproque. Et puis un jour, tu rencontres quelqu’un de totalement différent, qui t’ouvre au monde d’une autre manière.

Au début, tu ne comprends pas trop ce qu’elle te dit, parce que tu sors de ta zone de confort. Mais plus le temps passe - et c’est ça qu’on retrouve dans cette chanson - plus tu te rends compte que tu es dans un wagon où tu rencontres des gens qui changent complètement ta destination.

Le trajet que tu avais prévu au départ, le billet que tu avais acheté pour aller quelque part, et bien tu réalises que ce n’est pas du tout là que tu vas finir. Et ce qui est beau, c’est ça : c’est la richesse de ces rencontres, de ces personnes plus ouvertes que toi, qui te transforment. C’est un des thèmes abordés dans les paroles…

Une autre évoque le film ‘Dont Look up’ avec Leonardo Di Caprio au sujet d’une comète qui va détruire la terre, C’est tellement intéressant que j’ai eu envie d’écrire. 

Et qu’est-ce que je pourrais dire d’autre ? Alors, j’ai aussi écrit « Home », en hommage à la musique, pour ce qu’elle nous apporte en tant que musiciens, pour l’émotion qu’elle nous procure.

« Broken Window », c’est une chanson sur le temps, sur l’importance du temps. Elle m’a été inspirée par un pote qui possède une Rolex, mais qui n’a jamais le temps. Donc je me suis dit : à quoi bon avoir une Rolex si tu n’as jamais le temps ?

Quelle est l’influence des Beatles sur ta musique ?

Les Beatles, à la base, sont dans mon ADN. Mais pour la musique, je suis incapable d’expliquer pourquoi tel groupe ou artiste m’a influencé. Parce que tout se mélange, même inconsciemment. J’adore Led Zeppelin. Je ne suis pas un grand guitariste, mais il m’a beaucoup marqué. Les Beatles, c’est le groupe que je respecte le plus. J’aime beaucoup The Police, aussi. Les formations britanniques, en général, dont Radiohead et Oasis. J’apprécie beaucoup la touche mélodique ‘oasisienne’. La pop et le folk, en général. Et puis Fontaine DC, Mais aussi ces bands et ces artistes qui affichaient un côté kitsch, au cours des 80s, comme Rick Astley ou a-ah. C’est un peu varié.

Qu’est-ce que tu écoutes aujourd’hui ?

Pour l’instant, un peu Elton John, le Smile de Thom Yorke. L’album est super ! IDLES également. C’est Greg qui m’en a parlé. Et bien sûr, Fontaine DC. Je découvre aussi des artistes, parfois, à la télévision, parce qu’il n’y a pas forcément tout le monde (NDR : sur les plateformes) mais j’écoute en tout cas, enfin j’essaie d’écouter. J’ai mes phases : il y a des moments où je n’écoute pas de musique, et puis des moments où j’écoute plein de trucs. J’ai des amis qui me conseillent aussi.

As-tu l’intention de tourner à l’étranger ? Et notamment en Europe ?

Perso, j’aimerais bien, parce qu’on est bien écouté en Europe, même aux States, en streaming, sur Spotify. Mais après, c’est toujours le même problème : tu peux te produire en Europe, dans un club, devant une centaine de personnes, ce qui est déjà cool. Mais il faut que ce soit rentable, et que tu fasses plusieurs dates à la suite. Tu peux monter sur scène devant 100 spectateurs, mais ce n’est pas toujours très rentable pour l’organisateur aussi. 

Les subsides en Wallonie, c’est vraiment la mort. C’est zéro. Hormis la WBI, un organisme international qui fait bien son job, franchement, quel est le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles aux artistes pop ? Je cherche encore. 

À l'heure actuelle, est-ce que tu vis entièrement ta musique ?

Oui, depuis 4 ans, J’en vis, et comme je suis producteur, auteur, compositeur, j’ai des droits : le droit de producteur, mes droits d’édition… On n’est plus hébergés par un label aujourd’hui. Donc j’ai un peu toutes les casquettes, mais j’ai aussi pris les risques. En outre, j’ai un statut d’artiste.

Ouais, ce n’est pas évident. Je trouve que le statut d’artiste a été correctement établi. 

Giani le Borain de Frameries qui s’est expatrié aux États-Unis… Pas déçu de ton séjour ? Tu as tout quitté pour essayer autre chose ? 

Ouais, au départ, c’était surtout pour rencontrer un nouveau monde, apprendre la langue. En même temps, c’est l’histoire de ma vie, c’est ce qui m’inspire : essayer toujours d’avancer, de changer les choses, de découvrir de nouveaux univers, d’évoluer pour, un jour, arriver à être vraiment soi-même, à s’accomplir pleinement.

Mais c’est vrai qu’à l’époque, je m’étais fixé le défi de partir avec 1 700 euros. Trois mois. À New York, tu ne tiens pas un mois, mais je m’étais dit que je devais tenter l’expérience. Et j’ai presque réussi.

Page 9 sur 1354