L’impatience d’Emma Peters…

Tout de suite : plus qu’un mantra ou une profession de foi, trois mots qui résonnent comme l’affirmation d’un désir pur. Un appétit qui guide la vie d'Emma Peters chaque jour. Surtout depuis deux ans et la sortie de son premier album, « Dimanche », clin d’œil…

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Jasper Steverlinck

Un concert cinq étoiles…

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Une fois n’est pas coutume ! Alors que les tensions politiques Nord-Sud sont vives, votre serviteur fait irruption chez les Vlamingen. Et par les temps qui courent, les Wallons ne sont pas nécessairement les bienvenus en Flandre.

Direction Gand précisément, une bien jolie ville belge, située en Région flamande, au confluent de la Lys et de l'Escaut.

Jasper Steverlinck se produit au Capitole, un ancien cinéma transformé en eldorado des amateurs de musique, de comédie, de cabaret, de ballet ou encore de stand-up. Bref la culture y est bien implantée !

L’endroit compte environ 1 500 places. La date est sold-out depuis un bon bout de temps. Autant le signaler, les spectateurs francophones se comptent eux aussi sur les doigts d’une main, alors que la vedette qui livre son show jouit d’une renommée internationale.

L’intérieur, de type Art Déco, est drapé de tissus rouges tant au sol qu’en élévation, ce qui lui confère un côté intimiste. Adéquat pour la prestation de ce soir, l’artiste ayant choisi de s’armer d’une gratte semi-acoustique le temps d’une tournée.

Son nom est inévitablement associé à celui d’Arid, qui a pas mal sévi sur les ondes. Un groupe de rock belge incontournable réunissant des figures de proue de la scène rock indépendante comme le guitariste David Du Pré, le bassiste Filip Ros et le drummer Steven Van Havere.

Jasper et son groupe ont été finalistes du ‘Humo's Rock Rally’, en 1996. En 2000, Arid a sorti son premier opus, « Little Things of Venom » et sa suite « All Is Quiet Now », en 2002. Le band s’est également produit au festival ‘Rock Werchter’, à plusieurs reprises…

La formation a suspendu son aventure dès 2012, en partie à cause de ce succès. Il ne se reformera qu’exceptionnellement et notamment à l’occasion du vingtième anniversaire du premier long playing, acclamé par la critique. L’album y sera joué dans son intégralité.

Pas étonnant donc que le peuple se soit déplacé en masse.

Après avoir monté divers projets, dont un consacré à un album de reprises intitulé « Songs of Innocence » et entrepris une carrière de coach dans ‘The voice’, version néerlandophone, Jasper Steverlinck décide alors de se remettre à l’écriture, sous sa forme la plus pure et la plus subtile. Et depuis, il embrasse une carrière solo avec le succès qu’on lui connaît.

Après une brève intro laissant augurer le meilleur, le Gantois sert un « Here’s To Love », d’une justesse imparable, immédiatement suivi de « That’s Not How Dreams Are Made », tous deux issus de « Night Prayer », son précédent (et excellent) disque. Une vision personnelle de la guérison comme l’homme aime à le signaler.

Aucun doute, l’expression sonore fait immédiatement penser aux regrettés Jeff Buckley et Freddie Mercury, l’artiste parvenant à accomplir de grands écarts dans les octaves. Mais, c’est dans les aigus qu’il est le plus à l’aise comme ses deux pairs.

L’utilisation des projecteurs est réduite à sa plus simple expression ; ils mettent en exergue les principaux acteurs, Jasper Steverlinck évidemment, mais aussi son comparse, l’excellent pianiste Valentijn Elsen.

Afin d’agrémenter le spectacle, l’un ou l’autre morceau bénéficie du concours de musiciens additionnels, alternant contrebasse et violoncelles. De quoi rassurer quant à la qualité de la prestation !

Et si le live est prétexte à servir les titres de « The Healing », son nouveau-né, à l’instar de cette ravissante « Annabelle », le chanteur n’est pas en reste en ce qui concerne l’intégralité de sa carrière.

Ainsi, le spectateur a pu se délecter d’un moment de grâce, lorsque plongé dans une quasi- pénombre, blotti dans un recoin de la scène, Jasper s’est mis à nu lors de « Night Prayer », le titre maître de son précédent elpee. Un moment grandiose ; et c’est peu dire !

Une compo ayant pour effet d’immortaliser l’instant. Les accords des instrumentistes sautillent joyeusement comme des gouttes d’eau sur le sol et plongent l’auditoire dans une atmosphère empreinte de douceur.

JS maîtrise assidument sa gratte ; c’est un sacré musico. Ses doigts glissent agilement sur le manche. La complicité qu’il voue avec son équipe fait plaisir à voir. Des sourires s’échangent même entre deux petites blagues que seuls ceux qui maitrisent la langue de Vondel peuvent comprendre.

Un « Cold » du feu de Dieu, dévoile une facette encore inconnue de son répertoire. Sa voix haute percée atteint des sommets. Le public en reste bouche-bée.

Après avoir exploité au mieux les aigus de son organe vocal, c’est avec une réinterprétation de « Life on Mars » que le Sieur rend un hommage vibrant à une grande voix de la sphère musicale, David Bowie. Un titre qui figure par ailleurs sur « Songs Of Innocence », un elpee paru en 2005.

En guise de clin d’œil à ses comparses d’antan, c’est « You Are », en mode fast tempo, qui est proposé, plaçant ainsi le millier de spectateurs dans une forme olympique et dont les applaudissements fusent encore aujourd’hui. Une chanson qui s’ouvre vers de grands espaces de liberté, réanimant de vieux feux sacrés.

Comme s’il avait encore quelque chose à prouver, l’homme de cœur et de talent entame alors un « Nessun dorma », extrait de l'opéra « Turandot » de Puccini. Une interprétation d’une précision époustouflante, rappelant au passage le regretté Luciano Pavarotti qui peut, de là-haut, être fier de notre compatriote.

Et des reprises, il en sera encore question, à l’instar de ce « Somebody To Love » de Queen ou encore de « Domino », un titre de Clouseau, un combo fondé formé en 1984 autour du chanteur Koen Wauters et qui vient de signer sa tournée d’adieu.

Le concert touche doucement à sa fin. Steverlinck se livre alors en toute humilité et se positionne en résilient tout au long de « Rivers », un titre dans lequel il se livre en toute humilité face aux doutes qui l’ont submergé pendant longtemps. Mais, c’est dans la nature qu’il a pu retrouver les ressources nécessaires face aux vicissitudes de la vie. Une compo qui lui sert de pansement, en quelque sorte…

Généreux et altruiste, Jasper, en parfaite forme, est entré en communion totale avec ses musiciens et un public qu’il parvient constamment à choyer.

« Raise my voice » intervient naturellement pour se dire, non pas adieu, mais un aurevoir. Les loopings (séquences musicales destinées à être répétées indéfiniment) s’effacent peu à peu, sa voix retentit encore et encore et le refrain devient entêtant. Au fil du temps, les musiciens quittent la scène eux aussi, ne laissant plus distinguer que des notes qui s’estompent. Steverlinck, dans un dernier élan, salue le public et prend congé. Les boucles s’arrêtent alors définitivement, les lights s’éteignent, le vide s’installe insidieusement et la solitude s’invite alors dans l’auditoire.

Le concert est à présent terminé. L’artiste s’est dévoué corps et âme durant plus de deux heures.

Aucun doute, grâce à ses chansons aigres-douces, le public se souviendra encore longtemps de cette prestation cinq étoiles...

 

 

High Vis

Une énergie communicative !

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Initialement formé en 2016, sur les cendres de nombreux groupes punk hardcore, High Vis est un groupe établi à Londres, mais dont les membres sont originaires des quatre coins du Royaume-Uni et de l'Irlande. Le chanteur, Graham Sayle, a grandi dans une famille ouvrière du nord-ouest de l'Angleterre ; ce qui explique pourquoi la lutte des classes est un thème régulièrement abordé dans les paroles, mais aussi, pourquoi le patronyme a été inspiré d’une marque connue de vêtements de travail.

Son troisième elpee, « Guided tour », est paru ce 18 octobre 2024, une œuvre empreinte d'une énergie et d'une mentalité street punk, tout en intégrant des références post punk, britpop, néo-psychédélique, hardcore progressif, house, garage, gothique et shoegaze.

La tournée de la formation passait par la Belgique et s’arrêtait, notamment, ce 5 février, au Trix à Anvers et le 8 du même mois, au Cactus Muziekcentrum de Bruges, avant de poursuivre son périple en Grande-Bretagne. C’est le concert accordé au Trix auquel nous avons assisté. Compte-rendu.

Narrow Head assure la première partie. Issu du Texas, il a également publié un troisième long playing, « Moments of Clarity », mais il remonte à février 2023. Lors d’un set de presque 40 minutes, il a enchaîné les morceaux de cet opus. Et les amateurs de shoegaze ont manifestement apprécié les riffs saturés des grattes et l’énergie dispensée par le chanteur/guitariste, Jacob Duarte (photos Romain Ballez )

Place ensuite à High Vis. Dès le premier titre, « Talk For Hours », extrait du premier LP, « No Sense No Feeling », Graham Sayle, met littéralement le feu à l’auditoire. Son influence punk hardcore se retrouve dans l’énergie explosive qui anime spontanément la foule, amassée au bord de la scène. Et un flot constant de stage diving va déferler jusqu’à la fin du spectacle.

A aucun momenl le public ne s’est calmé. Lorsque les aficionados ne grimpent pas sur le podium, pour se jeter aussitôt sur la foule, ils chantent à tue-tête avec Graham en s’empoignant joyeusement pour participer à cette fête.

Graham semble toujours aussi surpris du succès fulgurant de High Vis. Ce qui peut cependant s’expliquer, car la colère qui nourrit les textes, il la partage avec son public.

Le combo n’en oublie pas ses plus gros hits, à l’instar de « Altitude » et « Walking Wires », qui figurent sur ce même album de 2019.

Et bien évidemment il nous réserve plusieurs extraits du dernier, « Guided Tour », dont « Drop Me Out » et le morceau éponyme. Finalement Graham Sayle a tombé le tee-shirt, lors du final, « Choose to Lose ».

Si l’heure de concert est passée en un clin d'œil, elle a laissé les fans ravis…

(Photos Romain Ballez ici

Setlist :

    Talk for Hours

    Altitude

    Walking Wires

    Drop me Out

    Guided Tour

    0151

    Out Cold

    Farringdon

    Mob DLA

    Forgot to Grow

    Fever Dream

    Mind’s a Lie

    Trauma Bonds

    The Bastard Inside

    Choose to Lose

(Organisation : Live Nation + Trix, Anvers)

 

Omar Souleyman

Le roi de la dabke-techno à l’AB…

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Le dernier album de l'icône syrienne Omar Souleyman, « Erbil », est plus fluide et moins varié que ses précédents, mais ses rythmes effrénés et ses synthés euphoriques possèdent toujours un côté joyeux. Ces dernières années ont été mouvementées pour le roi de la dabke-techno. En 2021, il a été arrêté à Urfa, la ville du sud-est de la Turquie, où il vivait et tenait une boulangerie depuis qu'il avait fui la guerre civile syrienne en 2011. Accusé d'être membre de la milice des Unités de protection du peuple kurde syrien (YPG), que les autorités d'Ankara considèrent comme une organisation terroriste et une extension du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), il a été détenu pendant un peu plus de 24 heures avant d'être libéré sans inculpation. Enfin, il est de retour pour une soirée endiablée, multi culturelle et cosmopolite.

Omar est né en 1966, à Tel Amir, un village situé dans le nord-ouest de la Syrie. Un vrai phénomène musical à lui seul.

En l'espace de quinze ans, cette star locale a publié plus de 500 cassettes, vendues dans tous les magasins de Syrie. Il a entamé sa carrière en 1994. Epaulé par un petit groupe de talentueux musiciens locaux qui l'accompagnent depuis le début, il écume les concerts dans toute la Syrie et est invité à se produire en Arabie Saoudite, à Dubai et au Liban. Depuis, il a participé à de nombreuses tournées hors du Moyen-Orient et notamment dans le cadre des principaux festivals d'Europe et du Royaume-Uni

Les innombrables traditions musicales de la région transparaissent dans sa musique qui reflète le melting-pot culturel d'un pays où cohabitent irakiens, turcs et kurdes en grand nombre. Les hymnes populaires qui composent le répertoire de Souleyman passent de la frénesie techno-pop festive (le ‘dabke’, un style de dance music folklorique) à des chansons plus solennelles et contemplatives (l’‘ataba’, une forme traditionnelle de poésie populaire, équivalent de la soul), d'où ressort aussi des influences pop-traditionnelles irakiennes, kurdes et turques. Le chant ‘mawa’ de Souleyman –sur des poèmes écrits par son complice de longue date Mahmoud Harbi– et les soli de synthé arabisants de Rizan Sa'id, qui y ajoute beats saccadés et effets de phasing, se mêlent à l'oud, au saz, aux percussions et aux youyous, pour réaliser un mélange singulier. A son actif huit albums, dont le dernier « Erbil » est paru en 2024.

Le concert est complet et le supporting act est assuré par DJane d’Arc, une DJ belge originaire de Charleroi (page ‘Artistes’ ici).

Son set est programmé de 19h30 à 20h45. Pas mal pour une première partie qui va durer plus longtemps que celui de la tête d’affiche.

Grâce à des choix musicaux éclectiques, mêlant traditionnel et électronique, DJane d'Arc propose des sets hybrides et décalés en quête d'universalité, Ses sonorités fortement arabisantes impliquent des mix qui incitent à envahir le dancefloor. Elle ne parle pas, mais bouge constamment derrière sa table de mixage en sautillant et en invitant le public à applaudir et à jumper. Copieux et multicolore, le light show se focalise autant sur l’artiste que l’auditoire. L’ambiance monte graduellement et prépare ainsi idéalement le concert d’Omar Souleyman.

L’ambiance est surchauffée et on découvre la présence d’une table au fond de la scène, derrière laquelle le DJ s’installe. Toutes les sonorités, même celles de l’oud, du bendi (clarinette arabe) et de tambourin ont été synthétisées dans la machine.

Omar Souleyman est vêtu d’une djellaba et coiffé d’un foulard blanc strié de rouge de type Keffieh arabe. Il est chaussé de grosses lunettes fumées. Il déambule de long en large sur les planches. Micro en main, il incite l’auditoire, à l’aide de gestes, à applaudir et danser. Il y a une belle interaction entre l’artiste et la foule.

Fruit de la rencontre entre techno et électro, sa musique et imprégnée d’accents orientaux, et le tout est dynamisé par des beats ensorcelants.

Son jeu de scène est réduit à sa plus simple expression. Les classiques vont défiler, depuis « Warni Warni » à « Bahdeni Nami », en passant par « Salamat Galbi Bidek », « Wenu Wenu » et « Leh Jani », des morceaux au cours desquels les 'yalla' (Trad : ‘allez !’) vont fuser aux quatre coins de la salle. Mais il présente également de larges extraits de son dernier opus. Plusieurs spectateurs enthousiastes brandissent le nouveau drapeau syrien. A deux reprises, il est prêté à Omar qui le brandit fièrement, longuement applaudi par un public hétéroclite. La diaspora syrienne est bien présente et danse constamment.

L’auditoire va lui réserver une belle ovation, à l’issue de sa prestation.

(Organisation : Ancienne Belgique)

Marylène Corro

Une voix de velours, mais un combat permanent…

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Marylène Corro a sorti son premier elpee, « Crossover », ce 24 janvier 2025. Ce soir, c’est la ‘release party’ qui se déroulera au Witloof Bar du Botanique. Et le concert est sold out.

Son cœur balance entre sa Belgique natale (elle est originaire de Mazy, un village issu de Gembloux) et le Chili, pays de son père. Comme elle, la musique qu’elle interprète de sa voix chaleureuse, chemine entre les cultures, les pays et les sonorités. Séduite tant par les rythmes latinos, le jazz manouche que par les racines du jazz, de la soul, du blues et du funk, mais également de la cumbia, salsa et autres styles latinos, elle interprète ses chansons, dans la langue de Shakespeare. Elle a également enregistré plusieurs standards de jazz qui lui tiennent à cœur en compagnie du talentueux contrebassiste Ray Parker. Elle a côtoyé la chanteuse de folklore colombien Mirabay Montoya Gómez à Medellin. Et a beaucoup voyagé, notamment, en Amérique du Sud. En Colombie, bien sûr, mais également, en Argentine et au Chili pour y retrouver sa famille. Elle a participé à l’émission ‘The Voice Belgique’ en janvier 2018 ; et on en n’oublierait presque qu’elle est passée par le barreau de Bruxelles pour défendre les réfugiés et les étrangers.

Il y a un petit changement ce soir au Witloof Bar, le podium a été déplacé au centre de la salle entre les 4 piliers sous les magnifiques voussettes en briques (là où le son est le meilleur) permettant aux spectateurs de mieux voir les artistes en cernant le podium, alors que la table de mixage a été installée à la place de l’ancienne scène.

Le supporting act est assuré par un troubadour bruxellois répondant au pseudo de Zaïmoon (page ‘Artistes’ ici).

Ce conteur moderne nous entraîne à travers les ruelles de Bruxelles. Ses histoires pleines d’humour vous font découvrir la ville qui l’a vu grandir. Entre pluie, bars, drogues et dragues lourdes, on y découvre une ville multiculturelle, pleine de vies, de soirées arrosées et de souvenirs bercés sous une nappe de gris. Ses chansons il les décrit comme suit : ‘C’est une histoire de rap, de rumba et de Duvel. Le genre d’histoires qu’tu croises dans les bars de Bruxelles. Elle raconte la rencontre entre deux amants. Qui s’aimèrent deux hivers, mais seulement un printemps.’

Barbu, coiffé d’une casquette et armé d’une gratte semi-acoustique, il possède une belle voix.

Issu d’une famille éparpillée, un peu cosmopolite - à la fois autrichien, slovaque, français, argentin, russe, polonais, il puise dans ce passé pour nourrir ses textes. Il rend même hommage à sa grand-mère russe en interprétant une chanson dans cette langue. Son auto-dérision à la belge est à prendre au second degré. Caractérisées par un flot verbal puissant et judicieux qu’il accélère à sa guise, ses vannes font mouche. Son slam exprimé dans la langue de Voltaire est véhiculé, tour à tour par du rap, du r&b ou de la rumba. Il demande au public de l’accompagner au chant. Une chouette première partie qui a bien chauffé la salle pour la tête d’affiche. Il avait abandonné ses cédés au bord de l’estrade qu’il échangeait contre une petite contrepartie au gré de la générosité des donateurs…

Sur les planches, Marylène Corro, vêtue d’une longue robe multicolore, est soutenue par trois excellents musicos : la guitariste Carla Pusceddu, la bassiste Léa Kadian et le drummer Hadrien Pierson.  

Le set s’ouvre par « Chaos », un extrait du nouveau long playing, Marylène semble impressionnée par la présence d’un public nombreux. Veloutée, sa voix glisse délicatement sur les tympans tout au long de « Lish ». Cette voix, mais aussi les chœurs frôlent ici la perfection.

Et pour pimenter le refrain, elle a recours à un zeste d’espagnol (NDR : la vidéo a été tournée dans le métro).

« Leave » est une chanson qu’elle a écrite, seule, lorsqu’elle était dans le creux de la vague. Elle était alors en la compagnie de Carla et de Joëlle. Leur présence l'avait incitée à de nouveau composer.

"Good vibes" traduit le désir de ne plus accepter que les ‘bonnes vibrations’… et ‘bye bye’ les relations toxiques.

Tout en harmonie vocale, « Flavour », titre maître du premier Ep, est sculpté dans le funk. Halehan vient épauler Marylou au chant pour un petit dessert au chocolat : un « Brownie ».

Marylène signale que « Resistentia » raconte l’histoire d’un combat de réfugiés et parle notamment de son papa chilien qui a fui le régime du Général Pinochet. Le morceau est interprété en anglais et en espagnol. Et plusieurs amis montent sur les planches pour participer à un magnifique chœur gospel a cappella.

Une seule reprise : le « Little Things » de Jorjja Smith.

Et elle clôt ce superbe concert par « You shine », avant d’accorder en rappel, « Express your shape »

Marylène n’est plus inscrite au barreau de Bruxelles, mais elle continue sa lutte à travers ses chansons. Elle a plusieurs cordes à son arc puisqu’elle chante dans d’autres groupes de jazz, se produisant régulièrement à Music Village…

Setlist : « Chaos », « Lish », « Good Vibes », « Flavour », « It’s Not Gonna Work », « Heartbeath », « Not In My Name », « Leave », « Brownie », « It’s Not Too Late », « Resistentia », « Talker », « Little Things » (cover), « You Shine ».

Rappel : « Express Your Shape »

Rappel : « Your Shape » 

(Crédit photo : Olivier Smeeters)

(Organisation : Botanique) 

Dropkick Murphys

Un public conquis d’avance…

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Il y a 29 ans que Dropkick Murphys distille un blend de folk irlandais et de punk/hardcore US. En ‘live’, sa notoriété ne fléchit pas. Pour preuve, il remplissait, il y a tout juste 2 ans, Forest National, et était programmé sur la ‘main stage’ de Werchter, l’été dernier. Pas étonnant donc que la Lotto Arena d’Anvers soit pleine à craquer, au lendemain de son concert à la grande salle du Ziggo Dome d’Amsterdam. Récit d’une soirée ouverte par deux autres bands invités : Gogol Bordello et The Scratch.

Il faut s’armer de patience pour rejoindre la Lotto Arena. Que ce soit sur la route, dans le parking ou encore accéder aux vestiaires, les files sont légion. Heureusement qu’il n’y a pas d’autres artistes prévus ce soir au Sportpaleis voisin, sinon on imagine la cohue dantesque qui aurait pu se produire. Une fois entré, on ne compte plus les fans aux t-shirts à l’effigie du band de Boston ou aux logos de stars du hard rock. Des looks rockabilly, parfois skinheads ou encore des bérets à la Pinky blenders : pas de doute, on est dans la bonne salle.

The Scratch ouvre les hostilités. Bien que les musicos soient de purs sangs irlandais (NDR : originaires de Dublin), sa musique lorgne davantage vers le heavy metal que la ‘celtique’. Au centre, assis, le chanteur actionne une batterie minimaliste. Composée d’une grosse caisse à pédale, il tambourine en même temps sur un bodhrán, un instrument de percussion gaélique, seule trace au sein du band de ses racines irlandaises. Car sa voix gutturale est plutôt proche de celle de Lemmy Kilmister. Quant au bassiste, sis à sa gauche, sa chevelure longue et son short évoquent plutôt à un militant de l’acid rock vintage. Sur la droite, une guitariste folk complète le trio, qui a bien du mal à combler la grande scène. En outre, seules vingt petites minutes lui sont allouées. Pas de quoi chauffer la salle, ni votre serviteur (Photos Geert De Dapper ).

Heureusement, Gogol Bordello enchaîne, et reste une valeur sûre. A son apogée, la formation constituait l’une des têtes d’affiche du festival de Dour (2008). Ou encore était capable de remplir l’Ancienne Belgique (2014). Sans compter l’invitation sur scène par Madonna (NDR : et notamment une prestation très médiatisée au Live Earth 2007). Originaire de New-York, c’est plutôt vers le folk gipsy de l’Est que le combo puise ses influences. Pour preuve, une grande banderole aux couleurs de l’Ukraine, ponctuée d’un point levé et du message ‘Solidaritine’ » est projetée en arrière-plan. Une scène où on reconnaît le violoniste Sergej Rjabcev, à l’éternel look de capitaine, et à l’énergie toujours débordante malgré ses 66 balais. Le leader Eugene Hutz et son look de gitan, n’a rien perdu de sa verve non plus. Un deuxième percussionniste et chanteur, sosie de Danny DeVito, vient lui prêter main forte. On remarque aussi la présence d’une jeune accordéoniste, en tenue sexy, qui complète le line up classique guitare/basse/batterie.

Le set commence en force par « I would never wanna be young again » et embraie par le tube « Not a Crime ». Le public est peu réactif et concède juste quelques applaudissements polis. Il faut attendre la moitié du set et le judicieusement intitulé « Dance around the fire » pour observer un peu de pogo dans la fosse. Deux invitées, à nouveau jeunes et sexy, viennent alors compléter le line-up. Une guitariste et une deuxième choriste à la coupe de cheveux bird. Malgré une volonté, sur le podium, de bouger dans tous les sens, d’alterner les styles musicaux (NDR : parfois un peu trop… et on se perd entre du Manu Chao et le band russe Leningrad), l’ambiance ne décollera jamais. Même en terminant sur « Start wearing purple » et « Pala tute », on attendra donc de les revoir dans de meilleures conditions (photos Geert De Dapper ici).

Dropkick Murphys a lutté contre vents et marées durant ses 29 années d’existence. Du line-up original, il ne reste que le batteur Matt Kelly. Ainsi que Ken Casey, ancien bassiste et backing vocal, mais dorénavant chanteur (NDR : malgré ses limites ; et on vous explique pourquoi, ci-dessous). Le fondateur Rick Barton, mais surtout l'ancien chanteur Mike McColgan (NDR : qui milite dorénavant au sein de Street Dogs) manquent cruellement à la formation. Mike avait pour atouts majeurs, une voix rauque et une carrure d’ancien militaire. En comparaison, Ken Casey fait pâle figure.

Mais ne boudons pas notre plaisir. Les intros musicales alignent « If the kids are united » de Sham 69, hymne scandé en chœur par la foule, puis « The foggy dew » (NDR : à l’origine une chanson traditionnelle des Chieftains), interprété par la voix douce de Sinéad O’Connor. C’est d’ailleurs sur un fond brumeux, digne des Highlands, que le patronyme du band s’affiche sur l’écran vidéo. Le visuel et le light show (souvent vert et orange, aux couleurs de l’Irlande) vont contribuer à rendre le show plus entraînant.

La horde de musiciens déboule sur scène. Et ils sont nombreux. Outre le guitariste, le bassiste et le percussionniste, on repère un banjoïste qui va apporter sa touche personnelle tout au long du spectacle. Sans oublier l’accordéoniste, et occasionnellement un joueur de cornemuse. Le leader quant à lui, à l’instar de Nick Cave, prend plaisir à venir au contact des premiers rangs et à les inciter à reprendre les refrains. C’est déjà le cas dès le titre d’ouverture (« Captain Kelly’s kitchen »), caractérisé par son chorus ‘Me toora Loora lady’ entonné par les aficionados. Tout au long de l’hymnique « The boys are back » des images de combats d’hockeyeurs défilent sur l’écran. Et dans le même esprit, l’autoroute est toute tracée pour « Sunshine highway ». Sollicités par le leader, les circles pits et autres murs de la mort s’organisent rapidement au sein de la fosse. Dropkick Murphys nous réserve, en primeur, un nouveau titre : « Stand with us ». Déjà extenué, Ken Casey s’éclipse alors en coulisse, et cède le relais, au micro, au bassiste, dont la voix, proche de Bruce Dickinson, collerait mieux à un combo de heavy metal. La repise du « Body of an American » des Pogues relance les pogos, et nonobstant son ton plus hardcore, digne de Sick of it all, « Citizen C.I.A » entretient le mouvement. Inévitablement la cover de « It's a long way to the top (If you wanna rock'n'roll) » d’AC/DC baigne dans le hard rock. L’accordéon, la guitare sèche et la mandoline suppléent provisoirement la sixcordes électrique sur la folk song folk culte « Rose tatoo ». Ken montre quand même ses limites au chant. Parfois, il oublie (ou néglige) certains couplets des chansons ; et tout au long de « Irish rover », Ronnie Drew et Shane McGowan doivent se retourner dans leurs tombes…

Mais conquise d’avance, la foule ne lui en tient rigueur ; et pas le temps de souffler, en rappel, « I am shipping up to Boston », caractérisé par son intro au banjo, déclenche à nouveau une hystérie et des mouvements au sein de la fosse. Même si le band n’invite plus, comme jadis, ses fans à venir danser sur l’estrade, le sol tremble quand même. Et la foule reprend en chœur le ‘Way-yooo’ du refrain. « Worker’s song » vient clôturer une soirée déjà bien riche, avant d’attaquer les files qui nous attendent à la sortie, tout en fredonnant encore l’un ou l’autre titre, pendant que l’on quitte la métropole… (photos Geert De Dapper )

Organisation : Live Nation)

 

Stick To Your Guns

Crowdsurfing, stagediving, headbangings, pogos et circle pits à gogo…

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Ce soir, votre serviteur va assister à son premier concert de 2025, une soirée metalcore ponctuée par les vétérans américains du genre, Stick To Your Guns, qui compte 20 ans d’existence. Il a emporté dans ses bagages, plusieurs supporting acts, dont les formations étasuniennes No Cure et Bodysnatcher ainsi que le groupe teuton, Elwood Stray. Presque sold out, la salle est bien remplie et le public plus qu’enthousiaste. Une belle soirée en perspective.

Début des hostilités à 18h45 précise. Originaire de Birmingham, dans l’Alabama, No Cure pratique un mélange de metalcore, de hardcore et de death metal. Fondé en 2021, il réunit le chanteur Blaythe Steuer, le bassiste Jake Murnane (NDR : pour l’anecdote, ils avaient tous les deux étés poignardés, à la fin d’un concert, en intervenant dans une bagarre ; mais les blessures n’étaient que légères), les guitaristes Aesop Mongo et Kyle Ray ainsi que le drummer Duncan Newey.

« Forced Coagulation », une plage extraite du second et dernier elpee, « I Hope I Die Here », paru en 2024, ouvre la prestation. Instantanément, les pogps endiablés et les headbangings se déclenchent dans la fosse. La seslist inclut de nombreux morceaux issus de cet opus, dont le public connaît déjà les paroles.

En perpétuel mouvement, les gratteurs libèrent une bonne dose d’électricité. Lorsque Blaythe ôte sa capuche et ses lunettes, c’est pour faire tourner sa longue crinière et se lancer dans un screaming aux paroles incompréhensibles. Lors du titre final, « No Cure Straight Edge Die Slow Fuck You », de nombreux fans tentent d’escalader les barrières, mais le personnel de sécurité veille au grain. Bonne prestation toute en énergie… (page ‘Artistes’ ici).

Setlist : « Forced Coagulation », « Embrace Death », « Laceration Divine », « Don't Need Your Help », « The Final Truth », « Hang Me From The Bible Belt », « Your Children Will Drown In The Burning River », « The Basement Beneath The Fountain », « Parasite (TWO SHOTS) », « No Cure Straight Edge Die Slow Fuck You ».

Après un changement très rapide de matos, place au combo allemand, Elwood Stray. Et la salle est déjà bien remplie lorsque le quintet grimpe sur le podium.

Le drummer possède une excellente technique. En compagnie du bassiste, il forme une solide section rythmique. Et les deux sixcordistes nous réservent des interventions de haut vol. Les parties de chant clair incitent l’auditoire à reprendre les refrains, en chœur.

La fusion unique de metalcore moderne et de hardcore classique, s’apparente davantage au punk qu’au metal, mais enflamme l’auditoire et la maintient en mouvement. Au fil du show, les circles pits s’agrandissent et occupent pratiquement la moitié de la fosse surchauffée. Drôle de coïncidence, mais le titre « No Cure » figure sur la setlist, une » compo caractérisée par de beaux riffs de guitare rappelant While She Sleeps. « Free Falling » lance l’exercice du plus grand nombre de crowdsurfeurs. L’enthousiasme que génère le groupe n’a d’égal que la timidité du public à effectuer des plongeons depuis l’estrade vers la fosse. Le concert s’achève par le fameux « Uncertain Me », au cours duquel le chanteur invite la foule à s’accroupir avant que tout le monde ne bondisse dans tous les sens. Faut dire que, très interactif, il parle un anglais parfait et focalise facilement l’attention des spectateurs.

Elwood Stray a libéré une telle énergie communicative que la barre a été mise très barre haute pour le reste du concert. Un band qui ne fera pas longtemps les petites salles. A revoir d’urgence… (page ‘Artistes’ )

Setlist : « Misery Business » (Paramore song) (enregistré) », « Evolve », « Playing Along », « Trespass », « No Cure », « Free Falling », « Negative »,  

Bodysnatcher embraie. Un quatuor floridien dont le deathcore est susceptible de vous décoller les tympans. Bruts, sévères et lourds, les morceaux remuent les tripes mais sont d’une clarté très appréciable. Le son qu’offre l’Ancienne Belgique est digne de sa réputation, ce qui met parfaitement en valeur les compositions du combo. Kyle Medina, le chanteur, arpente la scène en secouant la tête dans tous les sens et tente à plusieurs reprises de susciter des crowdsurfings. Mais le public préfère se déchainer dans un pit endiablé. La setlist privilégie des extraits de l’Ep 6 titres, « Vile Conduct », paru l’an dernier.

Bodysnatcher nous a réservé un grand moment de hardcore. Point d’orgue de la prestation, « Murder8 » nous parle de personnes disparues, victimes de la drogue (page ‘Artistes’ ici).

Setlist : « E.D.A. », « Behind The Crowd », « Take Me To Hell », « Infested », « Twelve/Seventeen », « Ego Killer », « Black Of My Eyes », « Murder8 », « Say Goodbye », « King Of The Rats ».

Les trois hors d’œuvre ont réussi à faire monter progressivement l’ambiance. La fosse est bouillante comme un chaudron et est prête à accueillir la tête d’affiche, Stick To Your Guns.

La salle est plongée dans l’obscurité, alors que « Take On Me » de A-Ha est diffusé dans les enceintes. Le tube norvégien cède ensuite le relais aux accords de « Against Them All », composition qui clôture habituellement les concerts du groupe californien. Un contrepied bien senti pour entamer le show. Le band est venu défendre son dernier opus, « Keep Planting Flowers », sorti ce 15 janvier, trois ans après « Spectre ». D’ailleurs la pochette de l’elpee est représentée sur une toile tendue en arrière-plan.

Stick To Your Guns donne tout ce qu’il a dans le ventre pour un public gonflé à bloc. Dans la fosse, c’est stagediving et crowdsurfing à gogo. La salle est quasi-pleine, et la foule, survoltée, ne rate pas une seule occasion de chanter à pleins poumons.  La plage d’ouverture du dernier long playing, « We All Die Anyway », a un petit air de « Hard Time » de Cro Mags.

Au cours du show, un des guitaristes se lance dans un crowdsurfing et l’autre prend le micro des mains du chanteur pour permettre à ce dernier de s’exécuter à son tour.

Lorsque des riffs saccadés créent une belle ligne mélodique, c’est pour mettre en exergue les paroles.   

En fin de set, un illuminé allume un feu de Bengale ou un engin pyrotechnique, qu’importe ; mas il le jette sur le sol et une grosse fumée noire commence à s’élever. Heureusement, le personnel de la sécurité intervient et éteint le foyer. Ce qui a quand même déclenché une grosse panique lors du dernier morceau, « Nobody ».

Au bout de 50 minutes, le concert prend donc fin. Un peu court mais excellent !

Setlist : « Against Them All », « Severed Forever », « Such Pain », « What Choice Did You Give Us ? », « More Than A Witness », « Amber », « We Still Believe », « Invisible Rain », « What Goes Around », « Nothing You Can Do To Me », « Keep Planting Flowers », « We All Die Anyway », « Spineless », « Married To The Noise », « Nobody ».

(Organisation : Live nation et Ancienne Belgique)

Pornographie Exclusive

Trouver la lumière dans les ténèbres…

Vous le savez : dans votre webzine favori, nous traquons sans relâche les nouveaux projets prometteurs avant qu'ils n'explosent. Musiczine a été parmi les premiers à vous parler de Whispering Sons et d'Eosine, pour ne citer que ces deux exemples. Eh bien, aujourd'hui, nous vous présentons une nouvelle pépite : Pornographie Exclusive. Ce projet est un duo, un couple aussi bien sur scène que dans la vie, composé de Séverine Cayron et Jérôme Vandewattyne. Sa musique fait voler en éclats les frontières entre les genres musicaux, en concoctant un mélange alchimique d'influences cold-wave, goth-rock, psyché, darkwave, shoegaze, krautrock, techno et indus, le tout sublimé par une dimension cinématographique. Les deux artistes sont également actifs dans le septième art : Séverine en tant qu'actrice et Jérôme, comme réalisateur (notamment, du film ‘The Belgian Wave’). Et, cerise sur le gâteau, Séverine joue merveilleusement du violoncelle, instillant aux concerts un souffle décidément épique, comme nous avons pu le constater 'de visu', au Café Central, il y a quelques mois. PE est, sans nul doute, l'une des grandes révélations de ces derniers mois en Belgique ; et 2025 sera l'année de son explosion sur la scène internationale. Musiczine a rencontré les deux musiciens, accompagnés par Yannick Franck, du label Antibody, qui produit le premier elpee, éponyme, du duo. L'interview a été organisée par l'émission de radio WAVES.

Merci de nous accorder cette interview ! Ma première question sera très simple. Pourquoi ce patronyme, ‘Pornographie Exclusive’ ?

Jérôme : D'abord parce que ce sont des mots antinomiques. Ils représentent bien la dualité de notre condition humaine. En plus, ça sonne très ‘cold wave’.

Oui : un nom commun plus un adjectif, c'est directement cold wave.

Séverine : Voilà. Ce sont deux mots qui sont sortis de façon un peu aléatoire. On aime bien la langue française, la sonorité des mots, même si on ne chante pas beaucoup en français. On a un faible pour les associations comme ça. On s'est dit : ‘Tiens, ça sonne bien ; c'est très fort.’

C'est presque un oxymore.

Séverine : Exactement. Et ce qui nous amuse, c'est de voir la réaction des gens alors que ce ne sont que des mots, des sonorités.
Jérôme : Les générations plus anciennes vont considérer 'pornographie' comme choquant, alors que pour les plus jeunes, ce sera plutôt...

Le terme 'exclusif', par opposition à 'inclusif' ?

Séverine : Oui, alors qu'on n'exclut personne.

J'avais ressenti le nom comme simplement une expression de votre duo : 'exclusif' vu que vous n'êtes que deux et 'pornographie' dans le sens où vous allez au bout des choses, sans limites.

Jérôme : C'est ça ! On est vraiment nus, l'un en face de l'autre et on ose tout. On est dans notre bulle et, comme tu dis, il n'y a aucune limite.
Séverine : Et en effet, on ne se cantonne pas à un style. On est extrêmement ouverts.

Dans un morceau comme “Cracks”, il y a un côté cold wave, même carrément gothic rock, et aussi un aspect shoegaze. En outre, on identifie une dimension cinématographique. C'est un mélange de dingue, en fait !

Jérôme : Oui, mais ce n'est pas calculé. On part d'une ligne de basse, puis on ajoute une suite d'accords et une envie de texte.
Séverine : Ce qui correspond aussi à un moment particulièrement intense de notre vie, lors d'un voyage à Berlin.

J'ai cru comprendre que l'album avait été composé dans des chambres d'hôtels ?

Séverine : C'est exact. C'était pendant le confinement. On ne pouvait pas sortir ; donc, à Berlin, on est restés confinés. Et comme on se déplace toujours avec notre mini-studio portatif, on a composé et enregistré le morceau dans la chambre de l'hôtel. 

Et c’est le sujet des textes ?

Jérôme : Non, les paroles parlent de la manière dont un être peut être toxique dans une relation ou même avec lui-même. La toxicité ne va pas que dans un sens. On parle toujours des pervers narcissiques, mais, en fait, la toxicité est quelque chose qu'on construit ensemble. Les textes traitent des fissures qui peuvent contaminer l'autre.

Je comprends bien ce point de vue. En fait, suivant l’adage : 'It takes two to tango'. Il faut être deux pour danser le tango. Et la fissure est l'endroit qui laisse passer la lumière...

Jérôme : Mais c'est exactement ça ! Notre projet, c'est précisément de trouver la lumière dans les ténèbres.

C'est le principe de l'alchimie...

Jérôme : Précisément.

J'ai aussi eu un énorme coup de cœur pour le morceau 'Kosmische Liebhaber', 'cosmic lovers' ! Comment est née cette compo et pourquoi l'utilisation de la langue de Goethe ? 

Séverine : On essaye toujours de capter un moment pour écrire et composer. Donc là, je voyageais en train pour me rendre en Suisse et c'était un long trajet. Aussi, comme j'étais en Allemagne, dans cet environnement germanique, j'ai eu envie d'écrire ces paroles pour mon amoureux en allemand. Comme un poème écrit à distance.

Les paroles commencent par ‘Du bist Das Feuer, ich bin der Ozean...’ Et ensuite ?

Séverine : ‘Wir kommen auf die Erde, Um liebe zu verströmenr L'idée, c'est que nous sommes des 'aliens' venus sur terre pour jouir, pour expérimenter la jouissance... C'est un poème sur le pouvoir de l'amour. A ce moment-là, à cause de la crise sanitaire, on avait vraiment l'impression d’appartenir à un autre monde. On se voyait comme deux amants qui viennent d'une autre planète et arrivent sur terre pour apporter de belles choses.
Jérôme : Et c'est ce morceau qui a inspiré le film devant lequel on joue maintenant lors de nos ciné-concerts.

Oui, c'est le long métrage ‘One-Way Ticket to the Other Side’...

Jérôme : Tout à fait ! Et le fil rouge des séquences du film, qui ont été tournées par différents réalisateurs, est représenté par deux personnages, des êtres intemporels qui traversent un monde apocalyptique.
Séverine : Ce sont un peu nos 'alter egos', qui portent des masques de vieillards. On ne sait pas qui ils sont vraiment. Tout est un peu dans un flou artistique. 

Précisons pour les lecteurs que chaque séquence du film correspond à une chanson et que les réalisateurs ne disposaient' que de 100 € de budget par clip.

Séverine : Oui, enfin, en théorie... 

Et ce concept, très intéressant, de jouer devant un écran, en formule ciné-concert, c'est une de vos trouvailles ?

Yannick : L'idée du ciné-concert n'est pas nouvelle. Mais l’originalité de celui-ci, c'est que le film ne préexiste pas, il n’appartient pas au patrimoine. Tout a été commandité et supervisé par le groupe. C'est une démarche tout à fait singulière mais qui lui correspond bien puisqu'ils sont à la fois dans la musique et le cinéma.
Jérôme : On va présenter ce concept le 8 février prochain à l'Espace Magh, à Bruxelles. (NDR : voir le lien en fin d'article).

Ce sera un événement à ne pas manquer ! Parlons maintenant un peu de votre background. Séverine, tu as commencé par un parcours classique.

Séverine : Totalement classique. Mon père est compositeur de musique néoclassique, contemporaine et ma mère est mélomane. J'ai commencé le violoncelle à huit ans et j'ai découvert énormément d'œuvres, que ce soit en solo ou au sein d'un orchestre. Et puis, j'ai arrêté. J'ai décidé de devenir comédienne. J'ai compris que je ne voulais pas continuer le violoncelle professionnellement. J'avais besoin d'un autre moyen d'expression. Donc, j'ai pris une pause dans ma pratique de cet instrument pour le retrouver, plus tard, comme moyen d'arrangement. Et au sein du duo, j'ai vraiment redécouvert le violoncelle.

Et le chant ? 

Séverine : Dans ma carrière, j’ai toujours chanté. Chez Valkø et auparavant, Auryn. C'était plus dans un style pop-rock. Les deux projets ont reçu pas mal de couverture dans les médias. Mais j'avais envie de quelque chose de plus rock, de plus énergique, de plus dansant.

Et de plus alternatif ?

Séverine : Absolument ! Et au sein de Pornographie Exclusive, j'ai tout cela. Et en plus, je rejoue du violoncelle.

Tu peux donc réconcilier le passé et le présent.

Séverine : Oui, et c’est ce qui fait notre différence.

L'idée de ne pas choisir l'un ou l'autre. De mettre tout sur la table et de tout mélanger.

Séverine : C'est venu petit à petit. Par exemple, dans la première version de “Icon”, il n'y avait pas de violoncelle. C'est en répétant, alors que le track était déjà mixé, qu'on a fait évoluer le morceau. D'abord, grâce à un riff de basse de Jérôme et ensuite, j'ai eu l'idée du passage au violoncelle. Et on en a conclu : ‘Mais il est là, le morceau !’

C'est vrai que la compo prend carrément une tout autre dimension à partir de deux minutes.

Séverine : D'habitude, on évite de remanier les morceaux, sinon, on ne sortirait jamais d'album. Mais dans ce cas-ci, on s'est dit qu'il fallait vraiment le retravailler.

Et en live, ce morceau déchire. Au Café Central, en mai dernier, c'était énorme.

Séverine : C'était épique, on va dire... (rires)
Yannick : Ce morceau a mis le feu ! Il y a une envolée lyrique, un souffle puissant.
Jérôme : D'où l'importance d’interpréter les compositions en 'live' avant de les bétonner définitivement.

Pour leur donner l'occasion de se développer ?

Jérôme : Lors du ciné-concert, on a un titre, “From Bridges View”, qui ne figure pas sur l'album. Et il a aussi beaucoup évolué. Au départ, il s’agissait d’une improvisation pour un interlude. Et un jour, alors qu'on tournait pour le film, du côté de Doel, en pleine nuit, un gang est arrivé, et ces types ont commencé à tout péter autour de nous. Après un certain temps, on a préféré partir. Mais plus tard, en regardant les images, on s'est dit qu'on avait filmé un vrai moment de cinéma, de façon imprévue. Conséquence, on a réécrit un dialogue et cet épisode nous a inspiré d'autres idées musicales. Sur cette base, on est reparti tourner d'autres séquences. Finalement, on a obtenu un moment audio-visuel magique.

Et ces morceaux-là, qui ne sont pas sur l'elpee, vous allez les sortir ?

Séverine : Oui ! On en a quatre qui sont déjà mixés. Ce sera un Ep bonus de “One Way Ticket...”

Cool. Grâce à ce film et à ce concept de ciné-concert, vous avez été sélectionnés pour des festivals, notamment en Allemagne, et à Montréal.

Jérôme : En fait, le film est une création en partenariat avec le festival d'Oldenburg organisé par Torsten Neumann et sa femme Deborah Kara Unger, l'actrice de ‘Crash’ de Cronenberg, et de ‘The Game’, de David Fincher. Ils nous ont donné carte blanche. On a donc travaillé en compagnie des réalisateurs liés à ce festival, certains qu'on connaissait, d'autres moins voire, pas du tout. L'idée était de réaliser ce projet en commun et on l'a mené à bien en quatre mois. Notre album constituait la base et ils ont tourné leurs séquences vidéo en s'inspirant de notre musique. 

Et comment avez-vous fait pour coordonner le tout ? Vous avez fourni un cahier des charges ?

Séverine : Non. Le lien est établi par nos deux personnages, les Cosmic Lovers. Jérôme a conçu tous les interludes entre les chansons. Ils présentent deux personnages masqués, qui sont dans une sorte de 'road trip'. Chaque morceau et chaque petit film propose un monde différent. Ce sont les interludes qui constituent le ciment du film et assurent la cohérence de l'ensemble.

Jérôme : C'est vraiment une expérience à vivre en 'live'. Justement, le public aura l’opportunité de découvrir le spectacle le 9 février prochain à 19h30, à l'espace Magh, à Bruxelles. A une certaine époque, à cet endroit, il y avait une boîte de nuit : le ‘Who's Who's Land’.
Séverine : A côté du Manneken-Pis.
Jérôme : C'est dans le cadre du festival 'Court Mais Trash', dont on assure le final. On combinera donc le 'release' de notre album via Antibody avec la première belge de notre spectacle et la clôture du festival.

Maintenant, on va parler de ton background, Jérôme. Ta famille était également très branchée musique, si je ne m’abuse.

Jérôme : Oui. Mon père était DJ amateur. Il passait tous ses week-ends à animer des soirées, principalement à l'Os à Moelle, à Schaerbeek.

Tiens ! Je participe régulièrement à des quiz musicaux dans ce cabaret.

Jérôme : J'ai grandi là-bas. C'est le plus vieux cabaret de Bruxelles. Il avait été créé par Jo Dekmine, du Théâtre 140. Les week-ends, on y passait beaucoup de temps, mon frère et moi. On a créé plusieurs groupes jusqu'à ce qu'on ait le nôtre, VHS from Space. J'ai commencé le solfège à cinq ans, mais j'ai très vite arrêté, car je n'aimais pas le côté académique… rigide. Au départ, je jouais du piano. Mais à douze ans, j'ai eu envie de me consacrer à la guitare électrique, pour jouer du rock'n'roll ou du punk. Ce qui est marrant, c'est qu'aujourd'hui, Séverine me ramène un peu vers la musique classique...

Vous vous êtes fertilisés l'un l'autre...

Jérôme : Oui, on s'est contaminés. Et pour un bien !  

Dans l'autre sens, Séverine, tu as découvert la musique plus 'dark' grâce à Jérôme.

Séverine : On partageait déjà des références. Surtout la BO de 'Lost Highway' de David Lynch. On avait été touchés par la musique, plus que par l'histoire. Ce sera le début de notre intersection musicale. Mais je connaissais quand même déjà des choses plus 'hard' comme Mr Bungle, Fantômas et des groupes comme Cure, les Pixies...

L'album Pornography” de The Cure, sans doute ? Ce n'est pas un hasard, ce mot 'pornographie' ? On suppose qu’il existe une filiation...

Jérôme : Oui, c'est quelque part grâce à l'album de The Cure qu'on a osé insérer le mot 'pornographie' dans notre nom. Mais ce n'était pas un hommage à ce groupe, qu'on aime beaucoup par ailleurs.

Le son de Pornography” est juste énorme. En imaginant un son pareil pour votre musique, ce serait encore plus impressionnant.

Séverine : Oui, on peut imaginer le résultat ! Nous, évidemment, on est totalement en autoproduction. Et puis, j’ai pu concrétiser un rêve, celui de produire un album. J'adore le côté geek / ordinateur / plug-ins, etc.

C'est étonnant. On s'imagine toujours que c'est l'homme qui incarne le geek du groupe.

Jérôme : Dans PE, c'est elle, la 'geekette'... (rires)

Voilà, le néologisme est déposé...

Séverine : Oui, dans notre cas, c'est vraiment mon truc, quoi. C'est mon dada ; je peux vraiment passer des heures à bidouiller...

Donc, vous n'êtes pas allés dans un vrai studio ?

Séverine : Si, pour le mixage. 

Mais vous n'avez pas réenregistré les tracks en studio ?

Séverine : Simplement les cordes pour “Invitation to a Suicide”.
Jérôme : Tout a été entièrement enregistré dans des chambres d'hôtel. Ce qui explique pourquoi c'est de l'électro-rock. Il aurait été impossible d'enregistrer une batterie dans une chambre d'hôtel.
Séverine : Tout est réalisé à l’aide de plug-ins, y compris les amplis, les batteries, et évidemment les synthés.

Justement, au début de Invitation To A Suicide”, une reprise de John Zorn, il y a des plug-ins synthés de dingue ! Ils me font penser à Tangerine Dream, à Popol Vuh... Il y a même des sons de mellotron.

Yannick : C'est très rare, de rencontrer un groupe à l’identité très 'wave' et qui, dans le même temps, est ouvert à une forme de psychédélisme et au côté répétitif du krautrock.
Jérôme : Tu cites Popol Vuh, et bien justement, certains de leurs morceaux ont été repris par Werner Herzog dans ses films. Ce genre de musique confère un élément, une atmosphère 100% cinématographique. C'est à nouveau un signe que l'on refuse les étiquettes. On a juste envie de voyager, de créer des sensations.
Yannick : C'est comme Tangerine Dream, dont la musique figure dans le film “Sorcerer” de Friedkin.
Jérôme : Tout à fait ! L'idée, c'est de ne pas imposer de limites. Et donc, par rapport à mon parcours, à côté de la musique, je fais également du cinéma. Et Séverine est comédienne. Donc, on transite toujours de l'un à l'autre. Le cinéma inspire notre musique et la musique reflète un côté cinématographique.

Pour les lecteurs, on précise que tu as réalisé ‘The Belgian Wave’, dont Yannick a créé la musique. Un long métrage qui a fait grand bruit au cours des derniers mois.

Jérôme : Il a été programmé au cinéma ‘Aventure’, à Bruxelles et, vu le succès, il a été 'prolongé' un nombre incalculable de fois.
Séverine : Si on n’avait pas dit 'stop', il aurait été programmé à l'infini (rires) !
Jérôme : Et juste avant, j'avais réalisé ‘Spit'n'split’, un film qui suivait la tournée de The Experimental Tropic Blues Band.
Yannick : À voir absolument. J'avais invité Jérôme dans l'école où je donne des cours, à l'ESRA à Bruxelles et les étudiants m'en parlent encore aujourd'hui. L'approche de Jérôme les a inspirés. On croit toujours qu'il faut des moyens énormes pour tourner des films. En fait, tu prends un vieux caméscope et tu filmes dans la rue, tout simplement, et tu testes un peu ton rapport au monde. Tu te confrontes à l'acte cinématographique et on voit très vite ce que tu as dans le ventre. On n'a pas besoin d'une tonne de matos, de 'steady-cam', de travellings. Il suffit d’adopter la méthode de Jérôme : réaliser un film à l'aide d'un appareil photo cassé.
Séverine : Et un objectif de caméra de surveillance...

A propos, le groupe existe encore ?

Séverine : Oui ! Il va sortir un nouvel album. On travaille un peu comme eux. On a aussi cette envie de DIY (Do it yourself) ... Être mobiles et surtout libres !
Jérôme : Faire les choses passionnément, sans avoir quelqu'un au-dessus de toi pour te donner des directives. Comme l'a dit Yannick : c'est là où on voit ce que tu as dans les tripes. C’est pourquoi j'adore les premiers films des réalisateurs. Quand ils sont débutants, ces films sont plus touchants et plus profonds. Par la suite, ils deviennent plus formatés. Par exemple, je joue sur une basse à 60€. Une basse chinoise.

Et pourtant, elle sonne super bien !

Jérôme : Le son, c'est surtout dans les doigts...
Séverine : Et dans l'intention. En ce qui concerne mon violoncelle, c'est différent. Pour qu'un violoncelle sonne, il doit être bon. Le mien, ça fait plus de 20 ans que je l'ai. On ne peut pas tricher. Il faut de la bonne qualité sinon ça sonne comme une casserole... On a également une bonne carte son. Les préamps sont bons. C'est une petite interface RME, mais elle donne de très bons résultats. On a enfin un micro-chant qui n'est pas cher, mais d'un niveau assez élevé : un Audio-Technica AT 2035. C'est un micro que Billie Eilish utilisait lors de ses premiers enregistrements, donc...
Jérôme : Il coûte environ 180 €, ce qui est très abordable. En blind test, il est comparable à un Neumann U87 à plus de 2 000 boules.
Séverine : Voilà, donc, en termes de qualité-prix, on a quand même du bon matos. Et puis, on a surtout un large spectre de ressources, car si Jérôme maîtrise la guitare, la basse, le chant et les claviers, je joue du violoncelle, du clavier et je chante. C'est une large palette !

Et ta guitare, Jérôme, a un son qui peut se révéler 'métal', un peu 'hard', mais souvent aussi très clean. Dans le genre des Shadows ou de certaines musiques de film. Elle sonne presque comme un glockenspiel.
Jérôme :
Mon éducation y est sans doute pour quelque chose. Mon père jouait dans un groupe de reprises des Shadows...

J'ai tapé dans le mille, apparemment...

Jérôme : Ce qui nous plaisait dans la soundtrack de “Lost Highway”, c'est la diversité. Lynch et Trent Reznor ont prouvé qu'il était possible de créer des BO comprenant aussi bien du Lou Reed ou du Marylin Manson, que du free jazz ou de la musique cubaine. Et je vois une cohérence dans tout cela. On adore écouter énormément de musiques, se nourrir des plus variées. Et après, on assimile le tout pour élaborer notre propre son.

Dans la palette, on a évoqué le côté classique et cold wave, mais il y a aussi la face Nine Inch Nails.

Jérôme : Oui, 'indus'. Trent Reznor est un grand monsieur. Je me réjouis de savoir qu’un gars pareil pouvait décrocher un Oscar pour la meilleure BO. Et tout en restant intègre. Il a même fait du Pixar ! Par exemple, la soundtrack du film ‘Soul’.

Oui ! Ce film est extraordinaire. Un pur chef-d'œuvre !

Yannick : Il y a aussi Lustmord, qui compose également des BO de films hollywoodiens.

J'aimerais qu'on aborde maintenant pour sujet, la reprise, que vous avez réalisée, de “Invitation To A Suicide”, de John Zorn.

Séverine : C'est un morceau tiré de la BO du film qui porte le même nom.

Ce qui m'a frappé, c'est le riff de guitare. Il me rappelle “Tubular Bells”, de Mike Oldfield, dans la BO de ‘L'Exorciste’. Il y a vraiment des dizaines de musiques de films qui sont basées sur...

Séverine : ...sur des ritournelles...
Yannick :  ...et des signatures rythmiques bizarres.
Séverine : On s'est un peu cassé la tête pour concrétiser ce projet.
Jérôme : On avait envie d'être prisonnier d'une mélodie-ritournelle comme celle-là, pour essayer de la comprendre, de la maîtriser, de la dompter. Donc, même quand la signature rythmique change, on essaie de conserver un beat...

Oui, le beat de la boîte à rythmes reste identique et il y a un décalage mais à la fin du cycle, il se récupère.

Jérôme : En effet. La ritournelle possède un côté mécanique et on voulait que les gens puissent continuer à danser dessus, à suivre le beat. C'est ainsi qu'on s'est approprié le titre. Au départ, c'était juste un exercice de style, mais à la fin, on en a conclu que le morceau méritait parfaitement sa place dans l'album. Et puis, Yannick nous a rappelé qu'il fallait qu'on ait l'autorisation pour sortir cette reprise. Et il a réussi à contacter John Zorn...
Yannick : En fait, je connaissais Martin Bisi, qui s'occupe du BC Studio, à New-York. Un studio culte où ont été enregistrés des albums célèbres de Sonic Youth, de Herbie Hancock, comme par exemple, le fameux “Rock It”. Pour la petite anecdote, un jour, je me retrouve dans ce studio, qui est situé dans le quartier Gowanus, à Brooklyn, et je vois des 'reel-to-reels', des bobines, qui trainent par terre dans des caisses. Je demande ce que c'est et on me répond que ce sont des impros de John Zorn. Plus tard, j'ai fait le lien et j'ai donc tout de suite demandé à Martin les coordonnées de John Zorn. Cinq minutes plus tard, il m'envoie l'adresse e-mail privée du réalisateur, lequel a répondu très vite à mon message, en écrivant : ‘Votre reprise est très belle, vous avez ma bénédiction. Envoyez-moi des exemplaires du disque quand il sort...’
Séverine :
C'était énorme de recevoir sa bénédiction.
Yannick : Séverine et Jérôme peuvent être fiers d'avoir été adoubés de cette manière par le Maître. Parce qu'il doit en recevoir beaucoup, des demandes de ce genre. Et c'est d'autant plus remarquable, que la composition originale a quand même été profondément retravaillée, dans un style plus alternatif.
Séverine : Si on avait juste reçu son accord, sans jugement positif sur le morceau, on aurait déjà été contents. Mais là, on ne s'attendait vraiment pas à un retour aussi chaleureux.
Yannick : C'est allé très vite et c'était très enthousiaste.
Séverine : On avait un peu peur parce qu'on avait quand même adopté un son très techno-psyché, basé sur un gros beat et des grosses montées de synthés.
Jérôme : Mais, vers la fin, les violoncelles reviennent et apportent une certaine douceur. Et puis, de toute façon, n'oublions pas que John Zorn, c'est aussi “Funny Games”. Il est aussi lié à Mike Patton, de Faith No More. Il représente une forme de liberté musicale qui nous correspond bien. Donc, nous semblait logique d’inclure la reprise sur l'album. Tout en démontrant aussi qu'on n'est pas seulement dans la cold wave...

L'opus est très varié ! On peut aussi épingler “Electric Blue” et le morceau chanté en français...

Séverine : “Pire que la Douleur”...
Yannick : C'est pour cette raison qu’il est sur Antibody. Ce n'est pas un label orthodoxe. Quand on sort de la cold wave, c'est de la cold wave produite par un Libanais ou un Marocain, des mélodies levantines et un mix de beaucoup d'influences. Ce n'est pas un label de puriste, au contraire. Donc, j'ai une certaine fierté de sortir l'album de PE. Comme on est amis, on s'est posé la question de savoir si c'était le bon choix. Et finalement, il s'avère que c'est le bon endroit, précisément parce que le projet est inclassable et dispose d'une véritable singularité. En parfaite adéquation avec leur nature en tant qu'êtres humains et qu'artistes.
Jérôme : Et c'est la même chose pour nous, dans l'autre sens. Il était judicieux de le sortir sur le label de Yannick et on est vraiment très fiers. Ça symbolise vraiment beaucoup pour nous.

D'autant plus que vous partagez aussi la passion du cinéma.

Jérôme : Tu sais, nous, on était prêts à le sortir seul, en mode indé et puis on l'a envoyé à Yannick et c'est tombé dans les oubliettes.
Séverine : Pendant un mois ou deux, pas de nouvelles... (rires)
Yannick : Je procède toujours de cette manière…
Jérôme : Vu qu'on est amis, on n'osait pas le relancer, en se disant que peut-être, il était gêné de nous avouer qu'il n'aimait pas. Et puis, mon téléphone a sonné. Il a déclaré : ‘Mais c'est incroyable ! Vous ne voulez pas le sortir sur Antibody ?’ On en a conclu que l’idée était géniale ! Et voilà, maintenant, on a ce côté 'team' et c'est hyper important aujourd'hui de se serrer les coudes. Donc, Yannick, je te renvoie la fierté que tu ressens. On est vraiment ravis d'être dans un label indépendant comme Antibody. C'est hyper important pour nous.
Séverine : C'est une forme de résistance.
Yannick : Dans un monde corrompu à ce point, il faut placer le cœur au centre de tout. La corruption des consciences est telle que si tu ne traces pas ton parcours avec des liens humains, qui ont du sens, ça ne vaut même pas la peine.
Jérôme : Le sang et le sens...

Voilà. Merci beaucoup pour l'interview ! C'était super et on vous souhaite beaucoup de chance. En tout cas, en ce qui me concerne, je connais déjà mon album préféré de 2025 dans la catégorie des productions belges.

Jérôme & Séverine : Merci beaucoup !

Pour écouter l'interview en podcast de l'émission WAVES (avec, en bonus, les sélections de PE), c'est ici.

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Crédit photo : Olivier Donnet (Facebook et Instagram)

Les Tops de l’année 2024

Écrit par

Vous trouverez ci-dessous les différents ‘Tops’ confectionnés par les différents collaborateurs de Musiczine. Au fil des semaines et jusque fin janvier, ce bilan s’enrichira des avis de celles et ceux (rédacteurs et photographes) qui ne se sont pas encore prononcés à ce sujet

L’émission Inaudible du 8 janvier 2025 sera consacrée aux albums qu’elle a plébiscités pour l’année 2024.

RQC - 95 FM - DAB + 12 B - Radioplayer - www.rqc.be - podcasts : ACAST - Spotify - Deezer

(Facebook Inaudible)

En attendant, toute l’équipe vous présente ses meilleurs vœux musicaux pour l’année 2024.

 

Sébastien Leclercq

Top 5 concerts

(A band called) E  -Witloof bar Bruxelles

Viagra boys - InMusic Zagreb

Amyl and The Sniffers - Ancienne Belgique Bruxelles

Einstürzende Neubauten - De Roma Antwerpen

Fontaines DC - 3Arena Dublin

Top 10 albums

Amyl and the Sniffers - Cartoon Darkness

Arab Strap - I'm Totally Fine With It Don't Give a Fuck Anymore

Nick Cave & the Bad Seeds - Wild God

Yard Act - Where's My Utopia ?

Françoiz Breut - Vif !

Kim Deal - Nobody Loves You More

Porridge Radio - Clouds in the Sky They Will Always Be There for Me

St. Vincent - All Born Screaming

Crack cloud - Red Mile

Dominique A - Quelques lumières

 

Philippe Bauwens (Blackmarquis)

Top 30 albums

1. John Maus - Rarities For The Road (v1 & 2)

2. And Also The Trees - Mother-of-Pearl Moon

3. Beth Gibbons - Lives Outgrown

4. Chelsea Wolfe - She Reaches Out To She Reaches Out To She

5. Сруб (Srub) - Дни урожая (Days of Harvest)

6. The Cure - Songs of A Lost World

7. Kim Gordon - The Collective

8. Zanias - Ecdysis

9. The Chameleons - Tomorrow Remember Yesterday

10. Sylvaine - Eg Er Framand

11. Fontaines D.C. - Romance

12. Idles - Tangk

13. Eivør - Enn

14. Regan & Bricheno - Apparitions

15. Houses of Heaven - Within/Without
 
16. Sacred Skin - Born in Fire

17. Legowelt - A Field Guide to the Void

18. Lescop - Rêve Parti

19. Trent Reznor & Atticus Ross - Challengers (BO)

20. Gesaffelstein - Gamma

21. Broadcast - Spell Blanket (Collected Demos)

22. Molchat Doma - Belaya Polosa

23. The Radicant - We Ascend

24. Einstürzende Neubauten - Rampen

25. Nick Cave - Wild God

26. Underworld - Strawberry Hotel

27. MGMT - Loss of Life

28. TR/ST - Performance

29. Red Lorry Yellow Lorry - Driving Black

30. Alcest - Les Chants de l'Aurore

Top Albums/Eps Belgique

1. Catherine Graindorge - Songs for the Dead

2. Whispering Sons - The Great Calm

3. Eosine - Liminal

4. Double Darkness - City Scars

5. Der Mord - Northern Skies

6. Marc De Backer (Mongolito) - Self-Destruction

7. Ultra Sunn - Us

8. Thot - Delta

9. Moyen - MOYEN : Laurent1980

10. Aziza - Haouaz Gun EP

11. Turquoise - Avant Demain

12. The Names - Volume

13. Warhaus - Karaoke Moon

14. Sylvie Kreusch - Comic Trip

15. Mélanie Isaac - En Attendant Nico

M-xcloud Waves

 

Didier Deroissart

Top 10 concerts 2024 (groupes et artistes internationaux)

Soweto Gospel Choir - Cirque Royal - 23/11/2024

The Last Dinner Party - Cirque Royal - 28/10/2024

Seasick Steve - Ancienne Belgique - 23/10/2024

Joe Jackson - Cirque Royal - 22/09/2024

BlackBerry Smoke - Ancienne Belgique - 15/09/2024

Lauren Daigle - Ancienne Belgique - 08/07/2024

Billy Talent-Ancienne - Belgique - 03/06/2024

Elbow - Cirque Royal - 10/09/2024

MC Solaar - Ancienne Belgique - 25/04/2024

Hollow Coves - Ancienne Belgique - 13/04/2024

Top 5 Concerts (groupes et artistes belges)

Julie Rains - Théâtre Marni - 13/09/2024

Portland - Cirque Royal - 14/11/2024

Puggy - Ancienne Belgique - 28/09/2024

Ada Oda - AB Club - 14/02/2024

Mingawash - La Verrerie - 05/09/2024

Top 5 Albums 2024 :

Julien Doré - Imposteur

Angus & Julia Stone - Cape Forestier

The Black Keys - Ohio Players

Joe BeL- Family Tree

Liam Gallagher & John Squire - Liam Gallagher & John Squire

 

Ludovic Vandenweghege

Top 5 concerts

Sprints - L’Aéro Club Lille (FR)

Crows - L’Aéro Club f Lille (FR)

The Smile - Forest National (BE)

Slowdive - L’Aéronef Lille (FR)

Folly Group - Les Nuits Botanique (BE)

Top 10 albums

Girl and Girl - Call A Doctor

DEADLETTER - Hysterical Strength

Bibi Club - Feu de garde

The Smile - Cutouts

Crows - Reason Enough

SPRINTS - Letter to Self

Fontaines D.C. - Romance

Bright Eyes - Five Dive, All Threes

The Cure - Songs Of A Lost World

Morgan Harper-Jones - Up To the Glas

 

Guy Dagnies

Top albums 2024

Painted Vein - Dripping Only Black - 15/11/2024

Darksoft – Relativism - 31/05/2024

Mo Dotti - Opaque - 20/09/2024

Ghost Frog - Galactic Mini Golf - 5/11/2024

Sun Mahshene - A Place We've Never Been - 23/08/2024

A Shoreline Dream - Whitelined - 19/007/2024

Purs - Surr - 17/07/2024

So Totally - Double Your Relaxation - 17/05/2024

Supercaan - A Tiger Walks The Streets - 04/2024

Third Sound - Most Perfect Solitude – 26/04/2024

Deadletter - Hysterical Strengh - 13/09/2024

Crows - Reason Enough - 27/09/2024

Fontaine DC - Romance - 23/08/2024

Black Doldrums - In Limerence - 18/10/2024

Diffident Daffodils - Indifferent - 6/12/2024

 

Romain Ballez

Top 10 albums

 Julie Christmas - Ridiculous And Full Of Blood

 Dvne - Voidkind

 Múr - Múr

 Oranssi Pazuzu - Muuntautuja

 Ulcerate - Cutting The Throat Of God

Chat Pile - Cool World

Chelsea Wolfe - She Reaches Out To She Reaches Out To She

Insect Ark - Raw Blood Singing

Hippotraktor - Stasis

Thou - Umbilical

Top 10 concerts

Julie Christmas - Hellfest

The Ocean - Pelagic Fest

Botch - Botanique

Amenra - Paradiso

Opeth - 13 Poppodium Tilburg

Pothamus - Motocultor

Barones - Motocultor

Five The Hierophant - Soulcrusher

Russian Circles - Desertfest Antwerp

Chelsea Wolfe - Trix

 

Bernard Roisin

Top 10 albums

The Black Keys - Ohio Players

Kim Deal - Nobody Loves You More

Kaiser Chiefs - Kaiser Chiefs' Easy Eighth Album

Richard Hadley - In This City They Call You Love

Grandaddy – Blue Wav

J Mascis - What Do We Do Now

The Smile – Wall of eyes

Jesus And Mary Chain – Glasgow Eyes

Primal Scream - Come Ahead

St. Vincent - All Born Screaming

 

Bernard Dagnies

Top 25 albums

Deadletter - Hysterical Strengh - 13/09/2024

Crows - Reason Enough - 27/09/2024

Bibi Club - Feu de garde

Feeling Figures - Everything Around You

Wishy - Triple Seven

Gift - Illuminator

Jack White - No name

Thus Love - All plesure

Trauma Ray - Chameleon

Clarence - Smudge

Third Sound - Most perfect solitude

Bodega Our brand could be yr life

Omni - Souvenir 

Black Market Karma - Wobble

Topsy Turvy - Butt sore

Black Doldrums - In limerence

Orbiter - Distorted folklore

High Vis - Guided tour

Helluvah - Fire Architecture

Bryan’s Magic Tears - Smoke and mirrors

Fontaines DC - Romance

Silverbacks - Easy Being A Winner

The Jesus and Mary Chain - Glasgow Eyes

And Also The Trees - Mother-of-Pearl Moon

JuJu - Apocalypse Is God’s Spoiler

Top 5 albums Belgique

Delwood - Dis-location

Dead High Wire - Wasteland shadows

Green Crow Collective - Hard drive error

Lovelorn Dolls - Deadtime stories

Itches - Two flies in one clap

Top 3 Concerts

Sprints - Aéronef, Lille

Crows - Aéronef, Lille

Slowdive - Aéronef, Lille

 

Et pour la rédaction néerlandophone, c'est ici

 

Front 242

Clap de fin pour un groupe mythique…

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Annoncées un an à l’avance, et sold-out en 10 minutes, les trois soirées d’adieu à l’un des plus grands groupes belges (et sans doute le plus mythique) ont donc été programmés à l’Ancienne Belgique, ces 23, 24 et 25 janvier 2025. Logiquement, car c’est le fief du quatuor bruxellois qui y a notamment fêté ses 40 ans d’existence, en juillet 2022. Refusant également de se produire dans des salles plus grandes. Récit de la première de ces trois concerts d’adieu, empreints de bonne humeur mais aussi d’une émotion sincère, tant dans le public qu’au sein des membres de la formation.

La soirée débute très tôt pour la poignée de journalistes invitée par l’AB, et son nouveau partenaire, la brasserie Haacht. Au menu, une visite des coulisses de l’AB, un bref historique, des anecdotes et une rencontre des deux CEO. Le nouveau partenaire louvaniste semble avoir été préféré à l’ancien géant AB Inbev, vu son ancrage local (NDR : la brasserie n’est qu’à 22 km du centre bruxellois, sur la route vers Louvain) et d’autre part, ses valeurs. Ainsi qu’une volonté de disposer d’un ‘music café’ (Haacht en possède déjà deux, liés à sa marque, à Gand et Maastricht). L’AB café, après avoir connu différentes réorganisations, va donc rouvrir prochainement, doté d’une terrasse et d’un rooftop. Un lien plus proche de la salle et des heures d’ouverture plus longues sont dans le pipeline. On y apprend également que soixante personnes (dont 14 rien que pour la sécurité) seront réquisitionnées chaque soir de concert. Ou le déploiement d’une nouvelle logistique dont quatre grosses cuves d’une capacité de 4.000 litres de bières (prévus pour les 3 jours, les chiffres s’élevant à 1.400 litres lors d’un concert de métal). Le début des festivités, pour les hôtes, s’ouvre par une dégustation. A côté de sa marque phare Primus, la brasserie a développé sa gamme Super 8 (NDR : lisez ‘Acht’ en néerlandais, un jeu de mot(s) avec Haacht), dont une blanche au goût un peu épicé qui devrait plaire à notre rédacteur en chef.

Mais transitons de l’aspect marketing au côté musical. En ayant conscience que Front 242 s’est sans doute aussi bien exporté que les bières belges. Une notoriété noir-jaune-rouge jamais égalée. Que ce soit aux USA, en Amérique du Sud, en Allemagne ou encore dans les pays de l’Est. Et ce, sans compromission auprès des labels majors. Une forme d’intégrité jamais prise en défaut. Tout en devenant le fer de lance de l’EBM (NDR : l’Electro Body Music et un breuvage issu des anciens fûts de punk et post-punk ; un brassage précurseur, du début des 80’s, de la new-wave, de l’indus, de l’électro et même plus tard de la techno sous son aspect le plus dansant). Ajoutez-y une image et un graphisme imaginés par des membres du combo (professionnels dans le domaine, davantage que dans la musique encore). Ou encore un look (uniformes militaires) et un patronyme sulfureux qui leur a prêté à tort, un lien avec l’extrême-droite (Joy Division, New Order ou plus récemment les Slovènes de Laibach ont également provoqué des réactions similaires, mais ils les ont démenties formellement). Un marketing, tout comme une présence scénique au cours de concerts réguliers mais sans outrance. Ce qui explique pourquoi, il n’est jamais tombé dans l’oubli. Et ce, malgré le peu d’elpees sortis, et l’absence de nouvelles actualités musicales depuis plus de 30 ans. Ce qui permet d’affirmer que Front 242 est et restera un groupe mythique.

Dès 21h, le décor sombre et sobre est planté : deux micros au centre, une mini-batterie à gauche, le clavier à droite. Le logo sur le fond d’écran, le public vêtu de noir et/ou dont les fringues arborent l’effigie du band (encore que le noyau dur se retrouve rapidement torse-nu).

Une vidéo digne d’Anton Corbijn (qui a notamment contribué au succès de la formation grâce à son clip consacré à « Headhunter »), défile. On y voit les musicos sur une plage déserte du littoral belge s’avancer vers le public.  Et l’ambiance démarre au quart de tour dès le tube « W.Y.H.I.W.Y.G » auquel s’enchaînent, sans temps mort, des titres phares comme « Moldavia », « Body to Body », « Don't Crash », « U-Men » ou encore « No Shuffle », dont le final déclenche un premier moment de grande émotion. Pendant une bonne minute les musiciens interrompent le show et se penchent vers la foule pour recevoir les ovations. Comme d’habitude Jean-Luc reste en retrait mais ne semble pas moins touché par ces marques de reconnaissance. Alors, davantage en avant, il remercie le public dans toutes les langues.

Le concert repart de plus belle par « Soul manager » puis, entre autres, « Funkahdafi », « Tragedy for you » ou encore « Welcome to paradise » avant un court rappel. Lors du retour sur les planches, le public hurle à nouveau sa joie, et c’est le judicieux « Happiness » puis l’inévitable « Headhunter » qui ponctuent le set. Caractérisé par ce refrain repris en chœur par l’auditoire ‘One, you lock the target. Two, you bait the line. Three, you slowly spread the net. And four, you catch the man’, ce véritable hymne aurait sa place dans un grand stade de foot, comme l’a été le « Seven Nation » de White Stripes.

Il fallait s’y attendre la soirée a été intense, le show en forme de best-of, sans répit, comme si Front 242 voulait optimiser les 90 minutes accordées par l’organisation (NDR : les concerts à l’AB doivent toujours se terminer, au plus tard, à 22h30). Cependant, on imagine que l’ambiance montera encore d’un cran lors des deux dernières soirées (surtout celle du samedi). La date de ce soir ne s’était ajoutée que par la suite. Et alors que les plus grands fans, via une prévente prioritaire, s’étaient déjà rués sur les tickets du vendredi et samedi.

Pour être complet, il convient d’ajouter que Daniel Myer assurait le supporting act. Producteur, l’Allemand a notamment remixé Front 242, Depeche Mode, Covenant et plus récemment Eisbrecher. Sans oublier Front Line Assembly en compagnie duquel il a tourné. Tout comme Skinny Puppy ou Nitzer Ebb, d’autres figures du genre dont il a assuré la première partie. Seul sur le podium il a chauffé la salle, guère avare de commentaires et d’anecdotes sur son long parcours, accompli depuis la Hongrie vers l’Allemagne, en épinglant, notamment, l’achat de sa première cassette audio, « Some great reward » de Depeche Mode.

Photos Kristof Acke ici

(Organisation : Ancienne Belgique)

Mustii

The Maze

Écrit par

Agé seulement de 34 ans, Mustii traîne déjà une belle carrière derrière lui, multipliant les rôles au cinéma, au théâtre et dans les séries télévisées.

Après avoir rencontré un joli succès d’estime et critique lors d’un premier essai à dominante électro-pop, intitulé « 21st Century Boy », l’artiste s’est ensuite enveloppé dans un son plus électrique confortable tout au long d’« It’s Happening Now », un opus tramé sur fond de drame familial.

Trois ans plus tard, il revient en force en gravant un troisième opus sauvage, brut de décoffrage, mais d’une indéniable qualité.

Nettement plus torturé aussi, « The Maze » constitue le fruit d'un parcours initiatique long et difficile, induit par l’échec cuisant de sa prestation réalisée dans le cadre de l’Eurovision de la chanson, en 2024, au cours duquel il avait interprété « Before The Party’s Over »

Véritable laboratoire musical, cet LP serpente au sein du labyrinthe de la vie du jeune homme, empruntant au passage des directions artistiques très éclectiques entre post-punk, glam rock, pop ou encore électro.

Le pari est osé, mais globalement réussi, Mustii évitant le cloisonnement stylistique.

Il y a aussi ces références aux années 80 et notamment à Pet Shop Boys et Culture Club, Thomas assumant aujourd’hui pleinement son genre ‘queer’, depuis son adhésion à la communauté LGBTQIA+, il y a quelques années déjà.

Thomas Mustin, à l’état-civil, signe ici son œuvre la plus personnelle. Il y parle de lui-même, sans fard, tout en soulevant ses zones d’ombre, ses excès et ses addictions ; une soirée de fête qui n’en finit pas, de la pré-party à l’afterparty, servant de fil conducteur.

 

« The Maze » est énigmatique, sulfureux et d’une richesse musicale et artistique à couper le souffle. Un album clair-obscur, qui réussit le grand-écart entre l’amour, la colère (« Silly Boys ») ou encore la solitude (« Massive Love Infection »).

Si Mustii s’est préparé un terreau fertile pour le live, la scène constituant sa véritable vocation, il affiche fièrement une posture de dramaturge qu’on lui connaît fort bien. Pour le meilleur, pas pour le pire.

Et si la nuit est bien présente, le côté solaire l’emporte… toujours !

 

 

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