Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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Boss Hog

Boss Hog

Jonathan Spencer et Christina Martinez sévissaient autrefois chez la formation new-yorkaise Pussy Galore. Ce qui doit vous donner une petite idée du style pratiqué par Boss Hog depuis 1989. Enfin presque. Puisqu’avant de fixer leur choix sur Mrs Hollis Queens aux drums et sur l'ex-Swans, Jens Jurgensen à la basse, le duo de base a vu défiler une kyrielle de musiciens. Bref revenons à ce quartette qui pour enregistrer cet opus éponyme a bénéficié du concours de Steve Fisk (Nirvana, Afghan Whigs, Wedding Present) à la production. Boss Hog y cabriole à travers une série vertigineuse de styles différents. Punk, country, metal, blues, funk. Mais aux contrastes viscéralement austères (Sonic Youth), à l'intensité grinçante (Big Black) et au climat sordide, marécageux, malsain (Beefheart). Faut dire que la présence de Christina n'y est pas étrangère. Après avoir pavané une image ‘sexploitée’ au sein de Pussy Galore, elle manifeste aujourd'hui une attitude plus glam, sophistiquée, bien que subversive et ambiguë, libérant à travers ses lyrics outrage et anomie. Un album fort intéressant ponctué de trois petites perles. Le venimeux "White Sand" avec ses chuchotements à la Polly Harvey. Le post no-wave (Swans?) "Walk in", à cause des inflexions vocales de Christina qui épousent celle de Jarboe. Et enfin le spectral "Texas" lacéré d'accès de violon et de violoncelle à la manière de la bande sonore du "Psychose" d'Hitchcock!

 

David Bowie

Outside

Victime d'un trou de mémoire de plus de dix ans, Bowie semble avoir retrouvé ses esprits depuis 1993. Concocté sous la houlette de Nile Rodgers, "Black tie, white noise" le réconciliait enfin avec son public de la première heure. Une œuvre qui n'a pourtant pas récolté le succès escompté, mais qui avait au moins le mérite de poser les jalons de sa réhabilitation. En publiant "Outside", il vient définitivement de reprendre sa marche vers le futur. Un peu comme si la dernière décennie n'avait existé que dans un mauvais rêve. Une œuvre ambitieuse, difficile, conceptuelle, abordée avec le même esprit que l'indispensable trilogie berlinoise "Low", "Heroes" et "Lodger". Normal, me rétorquerez-vous, puisque Brian Eno est à nouveau dans le coup. Et le mage de l'ambient a pris une part prépondérante dans la mise en forme d'"Outside", premier volet d'un conte d'épouvante, d'anticipation, qui met en scène des personnages détraqués et morbides. Une projection poussée à l'extrême de l'avenir de notre civilisation, tant du point de vue social qu'artistique. Musicalement, si vous ne connaissez Bowie qu'à travers sa période post "Let's dance", vous risquez fort de tomber des nues. La pop n'a plus voix au chapitre que pour tramer la ligne mélodique du vocal de Bowie. Un vocal à la dextérité vertigineuse mis au service de 14 tableaux différents alignés dans sa galerie sonore. Septante-cinq minutes possédées par la fusion glauque du funk, du rock, de la techno, de la jungle, du jazz, du rock, du glam, de l'avant-garde et de l'ambient. Une ambient exacerbée par les interventions spectrales du piano de Brian Eno, intensifiant à l'extrême les sentiments de tension, de frayeur, d'angoisse et de passion. Probablement un album de la décennie!

 

Buffalo Tom

Sleepy eyed

Pour enregistrer son nouvel elpee, le trio de Boston a fait appel à John Agnello à la mise en forme. Un maître ciseleur qui s'était surtout illustré dans le passé en produisant les premiers albums de Dinausor Jr et le dernier de Cell. Un choix qui inévitablement replonge Buffalo Tom dans son popcore juvénile. Avec des mélodies protéinées de riffs de guitares crépitants, déchiquetés, énergiques, ses drums coléreux et le vocal sableux, écorché de Bill. Un album classique pour le combo yankee. Quatorze titres parmi lesquels le single "Summer", le beatlenesque "When you discover", un "Souvenir" très Costello et le superbe "Kichten Door", infecté d'accès d'harmonica sulfureux, méritent la palme. Le popcore dans toute sa splendeur!

 

Burma Shave

Zeal

En 1993, cette formation batave bénéficiait du concours de Magic Stick pour remasteriser son premier opus. Inévitablement, cette deuxième mouture portait la griffe du drummer d'Urban Dance Squad. Changement radical de style pour "Zeal" qui n'exprime plus ses vertus funkysantes à travers le trash métal, mais bien le grunge. Une conséquence plus que probable de l'absence de leur ingénieur du son fétiche ; car hormis l'insidieux "Da's garden", la plupart des compositions s'étirent douloureusement sur un lit de riffs gras et poisseux, dégoulinant de vocaux paresseusement écorchés, sans doute inspirés de feu Kurt Cobain…

 

Black Grape

It´s great when you´re straight... yeah

Lorsque Happy Mondays a splitté, plus personne n'aurait osé parier un penny sur Shaun Ryder. Complètement ravagé par la drogue, junkie dans sa phase la plus aiguë, il préparait soigneusement son voyage dans l'au-delà... Surprise! Totalement désintoxiqué, Shaun vient de remonter un nouveau groupe : Black Grape. En compagnie de son inséparable pote Bez, de l'ex-guitariste de Paris Angels, Wags, ainsi que du tandem Lynch/ Leveridge issu du défunt Ruthless Rap Assassins. Un Paul ‘Kermit’ Leveridge qui assure les lyrics de toutes les chansons. A caractère sociopolitique, pour ne pas dire anticapitaliste, ils ont déclenché une réaction épidermique de l'establishment, dès la sortie du premier single "Reverend Black Grape". Et dans la foulée provoqué son éviction des charts d'ITV. Une composition attisée par un harmonica sulfureux qui ouvre cet opus d'excellente facture, même s'il concède quelques fragments plus dispensables. Mais qui recèle surtout de petites perles de funk/rap/punk/soul/psycho/techno/house excitantes, juvéniles, allègres et irrésistibles. Un peu comme si elles étaient nées dans ce célèbre et fameux troisième (et non pas huîtrième!) parc des Mondays, "Pills, Thrills and Bellyaches". Et notamment "Submarine", "In the name of the father", "Killing's heroes" et "Little Bob". Des perles au groove lunatique, fiévreux, parfois cuivré, savoureusement et férocement urbaines. Un retour aussi surprenant que réconfortant...

 

The Black Sorrows

Lucky Charm

Au fil de ses albums, Black Sorrows se rapproche de la perfection. Dans un style emprunté à la fois à Dylan, Springsteen, Hothouse Flowers et Rod Stewart, qu'il exécute avec la plus grande sophistication. La mélodie est parfaitement prévisible. Le rythme toujours maîtrisé ne perturbe jamais. Les lyrics épousent les clichés naturalistes les plus complaisants. Les arrangements sont irréprochables. Mais l'émotion est absente. Une pop dont les sonorités sont pudiquement parfumées de rythm'n blues, de jazz, de dixieland, de cajun, de tex mex, de reggae et de zydeco. Un peu comme si l'interprétation de Mark Knopfler du Dire Straits était devenue exsangue de toute passion.

 

Blameless (UK)

The signs were all there

Issu des brumes du Yorkshire, ce quartette n'en est qu'à son premier opus. Et pour un coup d'essai, il faut reconnaître qu'il a réalisé un coup de maître... Un disque qui baigne dans une électricité tellement vivifiante, tellement rafraîchissante, que nous ne pouvons nous empêcher de penser aux ondes diffusées par le fameux single de Radiohead, "Creep". Faut dire que la production a été confiée à Paul Kolderie et à Sean Slade. Equipe responsable de la mise en forme des œuvres du groupe de Thom E Yorke. Mais également de Hole, Buffalo Tom et de Juliana Hatfield. Blameless joue en même temps sur l'ambiguïté entre la sensibilité mélodique insulaire, héritée de groupes du début des eighties comme Chameleons ou plus new wave comme The Sound, et l'énergie métallique du post grunge yankee. Pensez à Dig, Smashing Pumpkins et à Stone Temple Pilots. Le timbre vocal extraordinaire de Jareds parvenant même à faire glisser ses inflexions entre celles de Weiland (STP) et de Sting. Une référence! "The signs were all there" recèle cependant l'une ou l'autre composition semi acoustique. Plus conventionnelle, mais toujours aussi savoureuse, et notamment "Sympathy", ballade dont la force émotionnelle effleure la célèbre interprétation du "Hang on to a dream", commise fin des sixties par le Nice. Blameless? Irréprochable! C'est le cas de le dire...

Bloodhound Gang

Use your fingers

Sorry, mais après trois titres nous avons dû jeter l'éponge. Daddy Long Legs et Jimmy Pop ont beau faire un malheur sur la scène hip hop yankee, ils n'arriveront jamais à la botte des Beastie Boys ou de Public Enemy, auxquels ils sont régulièrement et maladroitement comparés. Des lyrics à la limite du ridicule, des samples qui oscillent du plus facétieux au plus référentiel, des bruitages luxuriants, un tempo ‘fast food’, des vocaux inévitablement rapés... Tout un arsenal de caractéristiques qui nous pousse au zapping!