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New Brutalism est un groupe de rock minimaliste formé à Knoxville, Tennessee, en 1998. Le groupe est composé de Shane Elliott (chant), Matt Hall (guitare/chant), David Basford (basse/chant) et Carey Balch (batterie). Son nouvel Ep, « Requiescat Record »,…

Le rire de Will Paquin

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La couleur intérieure de The Intemperate Sons…

The Intemperate Sons a fait irruption sur la scène rock alternative de Dallas (Texas), à l'été 2019, se distinguant immédiatement par un son mêlant riffs de guitare brûlants, mélodies obsédantes et profondeur émotionnelle brute. En 2021, son talent…

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Bacon Caravan Creek : le nouvel album pour début 2008!

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Le deuxième album de Bacon Caravan Creek paraîtra début 2008. Pour l'instant, les musiciens terminent les arrangements. Et connaissant leur perfectionnisme, cette tâche devrait encore leur prendre quelques semaines. En outre, ce disque sera produit par Fritz Sundermann, le guitariste de Sioen.

 

Dour festival 2007 : samedi 14 juillet

C’est un pur plaisir d’entamer la soirée dans l’ambiance soul-funk de Nicole Willis et son backing-band The Soul Investigators, des Finlandais funkysants rencontrés dans la patrie de son compagnon Jimi Tenor. Vêtue d’une robe bain de soleil, la peau dorée et envahie par une agitation sensuelle, la diva est irrésistible. Sa voix chaleureuse aux teintes Aretha Franklin glisse fluidement sur les rythmiques efficaces et maîtrisées des Soul Investigators. Dans la lignée des Meters, les instruments à cordes ont des accents sixties, les percussions sont chaloupées, et les instruments à vent (saxophone, trombone, trompette, flute) respirent un blues ensoleillé. Délicieusement anachronique, ce son nous transporte à l’âge d’or de la ‘motown’. Dour a créé la pyramide à remonter le temps, et on l’en remercie de toutes nos oreilles. On y comprend aussi pourquoi Gilles Peterson fait de « Keep Reachin’Up » son album de l’année, tandis que Ninja Tune et le New Musical Express couvre ce troisième opus de louanges. Non, la soul n’est pas révolue.

Ecouter les Two Gallants, c’est aussi pénétrer dans un autre espace-temps. Une guitare et une batterie suffisent aux deux compères de San Francisco pour se créer un univers bien à eux. Le soleil au zénith, la terre craquelée et rocailleuse ; au loin résonne un harmonica vagabond. Mais il en faut peu pour que le ciel se couvre, et que la ballade ébauchée explose d’un coup en riffs orageux. Car c’est là toute la spécialité des Two Gallants : acheminer le caractère brut et roots du folk en nervosité punk ultra contemporaine. Contrairement à leur tournée acoustique (succédant à l’E.P. « The scenery of farewell »), ils ont retrouvé ici leur rage électrique. Leur ‘pulk’ - pour reprendre la contraction de punk et folk qui les hérisse tant depuis que, soustraite d’une plaisanterie en interview, les journalistes en usent et abusent à souhait. Et cette émotion fiévreuse n’est pas hasardeuse. Elle est le ton qui convient pour décrire une Californie érodée par l’oisiveté, l’alcool et la déchéance. L’horizon n’est ni radieux ni désespéré, ce qui rend profondément cohérent leur son à la fois sensible et écorché.

A la tombée de la nuit, la fièvre du samedi soir retombe légèrement ; la programmation est mitigée jusqu’à l’heure de la métamorphose en citrouille. Minuit sonne, et les loups sortent enfin hurler à la lune. Hurlements intériorisés d’abord travers l’électronica déconstruite d’Autechre. Comme d’habitude, le public est plongé dans l’obscurité. Les curieux de passage en viennent à se demander si le concert a déjà commencé. Les autres sont déjà loin ; entraînés par un beat syncopé qui restera en apparence identique du début à la fin. Mais dans les tréfonds de la conscience, tel un kaléidoscope, il se fait, se défait, s’allonge, s’écaille, se dédouble pour finir par exploser en miettes dans un cerveau habité. Une fois encore, et fidèle à sa réputation scénique, le fier disciple du label Warp ne cherchera pas le consensus, encore moins la conciliation. Contrairement à leur set exceptionnellement accessible du Reset festival (mars 2007), Autechre a préféré ici exhiber ses formes sans complexes ; à travers des reliefs parfois ingrats, d’incessants décalages sonores et des rythmes scandés à l’infini. Et si un live est rarement idéal pour découvrir sans initiation les étranges robots d’Autechre, des milliers d’yeux brillent néanmoins dans l’obscurité, fixes, profondément captivés par ce son ultra-expérimental en quête incessante du choc sonore. Niché au creux d’un savant calcul mathématique, leur son alimente ainsi une électro en mode free-jazz, profondément introspective. Autechre se vit en transe, ou ne se vit pas.

Aussi instantanément que s’évanouit l’univers tortueux et fascinant d’Autechre, s’élèvent les beats jouissifs de Justice. Les deux Dj puisent immédiatement dans leur registre  incontournable pour être sûr de saisir tout le public d’un coup de main. Mais pas de maître. On aurait pu faire plus en finesse, mais il est 2h, la soirée a mis du temps à démarrer, alors on se plonge dedans jusqu’au cou, sans réfléchir. On passe juste l’inévitable moment karaoké quand surgit l'hymne tant attendu « You are my friend, you’ll never be alone again ». Come on! Impossible d’échapper au remix de Simian, mais puisque l’ambiance est à son comble… Et profondément communicative vu la proximité des corps. On respire l’air et l’enthousiasme du voisin. Dans cette mare humaine, les réserves et snobismes tombent. Ca fait boumtchak, ça prend, ça ravit. Ca flirte entre la house et le disco, l'électro et le funk. Si on n'y a pas spécialement vu ‘se tenir dans la main les gothiques et les fluo kids’ (comme le promettait le dossier de presse), il faut avouer qu'ils font consensus, crête rose ou pas. Plus de raison de cacher sa joie face au jeune duo anglais qui comble 10 000 personnes de son terrible "Let There Be Light" et son incontournable "D.A.N.C.E.". ; qui remixe autant pour Britney Spears que pour Soulwax, Franz Ferdinand et Daft Punk ; qui remplit le Recyclart, gonfle le Botanique et fait littéralement exploser la Red Frequency à Dour. Respect.

Pas le temps d’oser se montrer exténués, car Vitalic prend la relève sur le même ton. On ne boudera pas son plaisir, sous prétexte que le Français est prévisible et que les mixes ne sont pas toujours impeccables. Dans le brasier, on n'y voit que du feu. Car il pleut des tubes. Et c’est parfaitement jouissif de se laisser transporter par la techno confortable de Pascal Arbez et ses laptops. Surtout sur "Poney part 1","La rock 1" ou "My friend Dario", où la foule en sueur atteint l'extase. Ca danse et ça transpire aussi des sourires. Tout « Ok Cowboy » y passera, et c’est tant mieux pour retrouver ses repères. Judicieux pour un troisième jour de festival, où les oreilles ont déjà goûté aux expériences sonores les plus incongrues, aux visions les plus invraisemblables (merci le coup du parapluie entre les fesses). Vitalic ajuste les esprits dispersés et, de son électronique fédératrice, convainc une fois de plus un public en furie.

Pour ceux qui, de cette électro souriante, avaient conservé l’esprit bon enfant, autant dire sans détour qu’ils le perdront instantanément à l’écoute d’Otto Von Shirach. A mille lieues de la niaiserie candide, l’Américain dispose de tous les instruments de torture pour transformer un set en monstruosité sonore. Mais jamais la folie n’avait été d’aussi bonne facture. Signé sur l’excellent label de Mike Patton (Fantomas, Mister Bungle, etc), Jack l’éventreur ne découpe pas les petits enfants au marteau-piqueur, mais opère un dépeçage soigneux et sélectif de bons morceaux, baignant dans la coupe nette breakcore, la sueur hardcore et le goût du metal. Jamais horreur n’avait été aussi proprement perpétrée, aussi savamment maîtrisée. Pour y parvenir, le possédé viole une guitare électrique, scalpe un punk, égorge un laptop, et fout une grosse fessée à tous ceux qui n’ont pas encore pris assez de psychotropes. Parce qu’il en faut, et en quantité, pour apprécier le meurtre collectif qui, contre toute apparence, est aussi un vrai coup de génie.

C.P.

 

Et qu’ont retenu Sébastien et Bernard de cette journée ?

Tout fan de Fugazi qui se respecte ne peut manquer, sous aucun prétexte, Joe Lally. Si le bassiste reste habituellement en retrait de son groupe, Guy Picciotto et Ian McKaye se partagent le devant de la scène. Mais aujourd’hui, son aisance étonne. Après l’intro a capella, les choses sérieuses commencent. Si la technique de basse est reconnaissable entre mille, le duo guitare-batterie demeure plutôt discret. Par contre un surprenant saxophoniste apporte une touche jazz-rock à la cover de « Morphine ». Les nostalgiques du groupe trop tôt disparu, victime du décès inopiné de Mark Sandman, retrouvaient ainsi ce savant mélange de basse et de saxo.

A l’instar de Sick Of It All la veille, Walls of Jericho est parvenu à faire vibrer l’Eastpak tent, tel un château moyenâgeux pris d’assaut par des barbares remontés. Il faut bien dire (et écrire) que le Borinage regorge ( ?!?!?) de groupes hardcore et autres aficionados du style. Si la chanteuse Candace Kucsulain rappelle Shirley Manson pour son dynamisme et son physique (les tatouages en plus), elle possède nettement moins de finesse, et sa voix sonne comme un bûcheron québécois à l’ouvrage. Quoiqu’il en soit, l’énergie est au rendez-vous, et l’on se demande comment le chapiteau tient encore en place alors que la moitié du public s’agite comme des possédés. Les ‘circle pits’ s’étendent d’ailleurs bien au-delà de la table de mixage !

Et cela ne s’arrange pas vraiment lors de la prestation de Punish Yourself. Les Français évoluent dans un registre davantage métal-indus. Leur public est conquis d’avance, et ceux qui ne les connaissent pas sont rapidement impressionnés par leur show toujours aussi sensuel, coloré et énergique.

Michael Gira a dû se demander ce qu’il avait fait au bon Dieu pour jouer devant 200 personnes. Au sein du mythique Swans, formation qui s’est séparée en 1997, il s’est produit régulièrement devant des milliers et parfois même des dizaines de milliers de spectateurs. Son nouveau groupe, Angels of Light, évolue dans la zone crépusculaire de l’underground. Mais en solo, il semble prêcher dans le désert. Et pourtant, c’est lui qui a découvert Devendra Banhart. Alors, allez comprendre ? En fait, il faut croire qu’il paie aujourd’hui son attitude imbuvable vis-à-vis de la presse, attitude qu’il a entretenue jusqu’il y a dix ans. Pourtant le personnage semble avoir changé. A l’issue de son set, il vient à la rencontre du public, en profite pour vendre quelques albums mais signe aussi des autographes et taille une bavette avec quelques fans. Aurait-il changé ou aurait-il enfin un peu plus de plomb dans la tête ? A mon avis, vu sa situation, difficile de faire autrement… Mais venons-en à son concert. Un superbe chapeau blanc (de type Dallas) vissé sur la tête, il joue assis en s’accompagnant à la guitare sèche électrifiée. Une six cordes qu’il réaccorde régulièrement. Son timbre vocal est toujours aussi intense et puissant, même si parfois, on a parfois l’impression qu’il n’est pas tout à fait en phase avec la mélodie. N’empêche, ces ballades obscures, ces mélopées incantatoires et hypnotiques, ces émotions brutes et arides, vous frappent en plein cœur. Et difficile de ne pas être fasciné par cette musique à la fois belle et douloureuse… Gira se produira à plusieurs reprises en Belgique au cours des prochains mois. A mon avis, il aura alors rôdé les chansons de son nouvel opus, « We are him ». Et dans l’ambiance feutrée d’une salle, il est encore capable d’envoûter…

Le prix de la démesure sonore est revenu à Motorpsycho. Sans la moindre contestation ! Impossible de rester à proximité du podium. A moins peut-être de porter des boules Quiès et de ne pas connaître de problèmes cardiaques. A 200 mètres de la scène, le son était encore bien puissant, mais supportable. A croire que le groupe cherche à battre le record de décibels établi par un certain Grand Funk Railroad, début des seventies. C’est vrai que musicalement, le trio s’inspire de plus en plus des seventies. Quelque part entre prog, psychédélisme, métal, krautock et noisy, leurs longs morceaux sont particulièrement élaborés et jouent autant sur les climats que les tempos. Une référence ? Peut-être le chaînon maquant entre Amon Düül et Iron Butterfly ; mais chez Motorpsycho, il n’y a plus de claviériste depuis 2003. Et encore, il n’apportait sa contribution qu’en studio.

Griots & Gods feat. The Young Gods & Dälek : en voilà une idée qui n’était pas bonne. Lorsque les musiciens des Young Gods se lancent dans de longs développements atmosphériques, on prend un plaisir certain à se laisser bercer par ces envolées visionnaires ; mais lorsque Dälek vient poser sa voix de rapper, c’est la cata. Et je me suis tiré, vite fait, bien fait. Quel massacre !

Lorsqu’on évoque Notwist, on ne peut s’empêcher de parler de toute une pléiade de groupes qui gravitent autour d’eux : Console, Lali Puna, Ms John Soda, Tied & Tickled Trio, Couch, des formations ou des projets qui relèvent de ce qu’on appelle l’indietronica, soit un mélange d’indie pop et d’électro (fallait s’en douter). Là, je ne vous apprends rien, toutes les bios consacrées à la formation allemande sont sur la même longueur d’ondes. Sur disque, je dois avouer que leur création se révèle plutôt agréable mais sans grand relief. Live, leur prestation m’a plus qu’agréablement surpris. L’électronique est mise au service d’une musique particulièrement électrique, mais également mélodique. Drivés par les frères Acher, le quintet prend une toute autre dimension sur les planches, évoquant tour à tour Radiohead, House Of Love, Tool et même le Pink Floyd ; et en particulier sur une des plus longues plages interprétées ce soir, furieusement réminiscente du célèbre « Set The Controls For The Heart Of The Sun »… Et comme dirait notre rédacteur en chef néerlandophone Johan, on est vraiment curieux d’entendre leur nouvel opus…

Pour arriver sur la plaine de la Red Frequency, il a fallu près d’une demi-heure. Moralité, je n’ai pu assister qu’aux trente dernières minutes du set de Girls In Hawaii. Une foule incroyable déambulait alors sur le site ; et une grande majorité d’entre elle voulait assister à leur prestation. Il devait d’ailleurs y avoir au moins 20 000 personnes. Juste le temps d’écouter deux ou trois nouvelles chansons. Très pop, très mélodique, très studio. Et puis l’une ou l’autre issue de leur premier opus, dont l’inévitable « Flavor » en rappel. Toujours une belle et solide décharge d’adrénaline libérée dans l’esprit du célèbre « You really got me » des Kinks…

Le big problem, à l’issue de ce concert sera de sortir de la Red frequency. Certains voulaient en sortir, d’autres y entrer pour participer au show du Peuple de l’Herbe. Et pas assez de place pour laisser passer ce flux et ce reflux ressemblant de plus en plus à un goulot d’étranglement. Des impatients et des inconscients se sont mis à pousser exagérément. Et la situation a failli tourner au drame. Des spectateurs ont tout simplement failli être écrasés. Et d’autres étaient au bord de l’évanouissement. J’étais au beau milieu du jeu de quilles, et franchement je n’en menais pas large. Heureusement, dans la nuit, le chemin d’accès a été élargi de 5 mètres. Mais quelle frayeur ! Je ne parvenais même plus à situer où je me trouvais et j’ai bien mis 20 minutes avant de rejoindre la sortie… (B.D.)

S.L. & B.D.

 

Dour festival 2007 : vendredi 13 juillet

L’après midi s’ouvre en douceur par le rock cotonneux de Sean Lennon. Voyage en parachute, pour les esprits embrumés. Le fils de Yoko et John n’impressionne certes pas par sa taille (1m55 ?), ni par son charisme, encore moins par son innovation ; ça sonne comme Eliott Smith et on sent l’inévitable héritage des Beatles. Par contre, son effort d’expression en français et ses ballades aigres-douces finement ciselées ravissent les festivaliers encore étourdis par la courte nuit… Les yeux sont mi-clos, les cœurs légers. Les pensées emportées par les romantiques mélodies de « Dead Meat » et « Spectacle ». Malheureusement, la paix est de courte durée. Venu de nulle part, un festivalier nu comme un ver et noirci de croix gammées, s’élance gaiement dans la mare de boue avant de se faire enfoncer un parapluie dans les fesses. En général, c’est là qu’on lance la pub. A défaut, il n’y a plus qu’à détourner tant bien que mal son regard du spectacle gluant, qui, s’il est loin de convaincre, a déjà entièrement fait fondre le mirage de tranquillité…

Cette année à Dour, le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. A l’heure où les ronfleurs s’éveillent difficilement, le site à moitié désert accueille ceux que Lenoir qualifie de meilleur groupe du monde. Car depuis leur premier « Sad Songs for dirty lovers », The National enchaîne les petites merveilles. Et quand s’élève le timbre grave et doux de Matt Berninger, le monde se dérobe sous nos pieds sales et boueux. Les sceptiques, les indécis, les curieux s’immobilisent un instant. L’oreille est tendue, les yeux se posent sur la scène, et quelques minutes suffisent pour désarmer les plus vaillants. Le conteur a séduit, et fait sombrer délicieusement dans les méandres de ses narrations entre l’ombre et la lumière. Bientôt le public est pendu aux lèvres de ces inconnus. Peu fervents d’interviews et de promotion, sobres et discrets, leurs compositions en revêtent une humilité profondément sincère et touchante. Les Montréalais produisent ainsi dans l’intimité leur chef d’œuvre trop souvent insoupçonné. Sur scène, l’instrumentation est impeccable et rien ne vient troubler cette voix indélébile, qui ne souffre en rien la fréquente comparaison à Stuart Staples (Tindersticks). Et en live, le nouvel album Boxer séduit autant par son acoustique ténébreuse acheminée en explosion des sens; surtout « Ada » et « Fake empire » où l’imparable crescendo fait tomber les dernières résistances. Les cœurs chavirent. Délicieusement submergés par le moment présent.

Le ciel bleu azur est parfaitement de circonstance pour accueillir Herman Düne et son ukulélé électrique. La plaine ensoleillée se remplit petit à petit, et salue suspicieusement l’étrangeté de l’apparition (la folk intimiste d’Herman Düne à Dour ?). Mais les cordes du banjo sont à peine pincées que les visages s’éclairent. Le concert prend tout son sens, les esprits se détendent, les sourires sont gratifiants. Et si David Ivar avait pu sembler quelque peu désabusé au départ de son frère André, sa prestation a ici repris des couleurs. Sa voix vibrante constamment sur le fil du rasoir suscite à nouveau de petits miracles d’émotion, comme sur “Good for no one”, littéralement irrésistible. Cette humanité à fleur de peau apporte une touche complètement surréaliste au milieu du paysage boueux jonché de déchets. Et cette folk timide se niche au creux d’un merveilleux décalage, à côté des brutes égosillées de l’Eastpack core et du Dance hall.

A l’heure de l’apéro, on se précipite vers l’électropop ensoleillée de Hot Chip. Etonnamment, le concert ne rassemble pas la foule alors qu’ils avaient comblé le Botanique en automne dernier. C’est vrai qu’ils n’ont ni les belles gueules de Dj ni le style branché pantalons serrés ; mais quelques beats suffisent pour conquérir même les errants et comprendre combien les absents auront tort. Quoi de plus jouissif que de danser sous un ciel azur sur des synthés francs et chauds qui ne faiblissent pas. Par ailleurs, le live n’aligne pas cinq Londoniens immobiles derrière leurs machines ; ça joue avec des boucles, des mélodies au rhodes, des voix entremêlées et des ruptures aux congas. Et c’est terriblement entraînant. "Over And Over" et "And I Was A Boy From School" déroulent instantanément le tapis rouge et bousculent les danseurs ensommeillés. Des sourires se libèrent et l’ambiance n’évolue qu’en crescendo pour exploser sans retenue sur « It’s my piano », leur nouvelle bombe en exclusivité sur la compile « Dj Kicks ». Juste un léger regret sur le choix des morceaux qui met sans cesse « The warning » à l’honneur au détriment de « Coming on strong », petite merveille insuffisamment couverte d’éloges. Car si leur second album a l’efficacité et l’effervescence idéales pour le dance-floor, il n’en a pas les mélodies délicates et raffinées des débuts. Take care…

Le soleil décline, et la pyramide est déjà partagée entre clarté et obscurité. Il est l’heure de dévoiler l’univers assombri de The Horrors. Les yeux sont noircis de khôl, les sourcils froncés, les coiffures à la Mireille Mathieu et les mines cadavériques. Brusquement, ils saisissent leurs guitares et font exploser leur garage-rock endiablé, qui ne fera que s’élever haut et fort jusqu’à la fin. Presqu’aucune interruption, le concert va droit au but, dans un déluge sonore parfaitement maîtrisé. Une voix éraillée crie sur des rythmes hystériques portés par des guitares rêches et un orgue teigneux. Le registre est répétitif en soi, mais c’est génialement infernal et ça ressuscite les Cramps comme dans un mythe. Impressionnant pour ces Londoniens à peine majeurs, et parfaitement imbuvables en dehors de leur génie musical. Les organisateurs essuient certainement une goutte de sueur, soulagés par le calme relatif de ces personnages frisant toujours la crise sur scène ou dans les coulisses. Cette fois, la foudre aura frappé sans atteindre personne. Et sur cette introduction hantée et déjantée, la nuit peut commencer.

Pour les plus sensibles, la suite sera fleur bleue. Séduisante au cœur du romantisme sixties de Bright Eyes, tous de blanc vêtus, sur une scène maculée de fleurs multicolores. Connor Oberst fait une entrée grandiloquente, en accompagnant ses complaintes solitaires d’un riche  orchestre. Le décor y est d’ailleurs aussi travaillé que les magnifiques animations visuelles créées en direct par le génie artistique d’un ami, qui nous fera expérimenter la fascination pour le mélange des couleurs, l’entrelacement de boutons puis de billes multicolores. Non seulement l’effort est apprécié (tout ça pour nous ?), mais en plus, les mises en scène tapissent joliment les ballades touchantes et la voix tremblante du jeune prodige. Entre les morceaux, l’Anglais manifeste aussi sa présence. Il raconte des anecdotes cocaces ou sérieuses, comme son engagement politique débouchant sur une tournée accomplie en compagnie de Bruce Springsteen et Neil Young. Un spectacle qui a donc le mérite de se démener pour plaire. S’il lui manque peut-être quelques morceaux entêtants pour compenser d’autres plus insipides, l’atmosphère captivante dans laquelle le décor a réussi à nous envelopper fait littéralement tomber l’esprit critique en poussière. Et puis, on se serait presque contenté du frissonnant « This is the first day of my life », où d’un chant presqu’a capella, l’émotion s’est déposée comme une fine pellicule de poussière sur les cœurs battants et les bouches-bée.

L’énigme Clap Your Hands Say Yeah demeure entière. Tellement entraînants sur disque et sur internet –leur rampe de lancement–, tellement insipides sur scène. On reste surpris par un tel contraste. Autant le timbre nasillard d’Alec Ounsworth est accrocheur et croustillant en studio, autant son effet ravageur s’effondre en live. On ne compte plus les regards interrogateurs de ceux qui disent entendre leur mamy chevrotante au micro. Lorsqu’en plus, les musiciens passent la moitié du concert le dos tourné au public, difficile d’être séduit. Timidité ? Nonchalance ? Provocation ? La formation de Brooklyn est un cas à part entière. On ne sait plus s’ils sont vraiment bons ou ont été surestimés par une hype imprévisible et arbitraire. C’est notamment la question qui surgit à la déception de toutes leurs prestations live et l’opportunisme de leur deuxième album Some Loud Thunder. A l’exception de la magie noire de « Satan said dance », en concert, la seule valeur sûre réside dans ces deux excellents morceaux du premier album, toujours acclamés malgré les yeux froncés et les regards critiques : « The skin of my yellow country teeth » et « Is this love » restent indéniablement rythmés, mélodiques et charmants. Mais si leur génie se limite à trois chansons, autant se remettre à écouter Talking Heads.

C.P.

 

Et qu’ont retenu Sébastien et Bernard de cette journée ?

Ce n’est que le deuxième jour du festival et pourtant quelques spectateurs semblent déjà avoir du mal à (sur)vivre. Certains sont déjà affalés comme des épaves, d’autres continuent à faire le clown, déguisés dans des tenues aussi excentriques les unes que les autres. D’autres encore s’amusent avec des robinets à eau ou autres frisbees. Non, non nous ne sommes pas à Blankenberge mais bien à Dour, et recentrons rapidement l’objectif principal de ce festival : la musique. N’empêche, cette deuxième journée nous a laissé un goût de trop peu et on ne peut vraiment pas dire que l’un ou l’autre groupe nous ait particulièrement enthousiasmés.

Les plus endormis ne devront pas compter sur Sean Lennon pour les sortir des bras de Morphée. Au contraire. Le fils du prodige nous balance, en ce début d’après-midi, de longues ballades interminables et insipides. Et pas la peine de décrire le look du band ou son jeu de scène : il n’y en a pas. Dans leur bulletin du lendemain, nos confrères de No Bulshit n’hésiteront d’ailleurs pas à massacrer cette prestation à coups de superlatifs destructeurs. (S.L.)

Et la suite n’est pas plus encourageante, le festival enregistrant sa première annulation (la seule en plus de 200 concerts, mais elle nous a bien fait pester) : celle du trio féminin Erase Errata. Les demoiselles sont bien présentes sur le côté de la scène ; mais leur matériel semble s’être égaré quelque part dans la nature (!?!?) Après une longue période d’attente, le Dance Hall se vide peu à peu. Pompon vient ensuite annoncer la mauvaise nouvelle à la dizaine de fans qui croyaient encore dur comme fer que la formation américaine allait se produire : le concert est annulé. Il ne sera même pas décalé, car le groupe doit prester le soir même à Bruxelles. Dommage car l’album « Nightlife » avait reçu d’excellents échos et leur présence aurait apporté une touche plus rock à une affiche pop plutôt aseptisée, programmé au cours de cet après-midi. Certains médias n’avaient d’ailleurs pas hésité à leur coller une étiquette ‘chaînon manquant entre Hole et Fugazi.

Heureusement, il y a eu Les Anges. Né sur les cendres du défunt Hulk, la formation bruxelloise, qui a enregistré l’arrivée de la ravissante, excentrique et toujours aussi sexy Sandra Hagenaar, pratique ce qu’on appelle communément du stoner. Mais un stoner teinté de garage. A cause des accès de claviers rognés inoculés par l’ex claviériste de Fifty Foot Combo. Les trois autres entretiennent un rock malsain, nerveux, tendu, souligné par la voix tour à tour tendre ou rageuse de Renaud Mayeur et balayés de ses riffs de guitare ravageurs. Pas pour rien qu’on leur prête souvent, comme influences majeures, Queens of The Stone Age, Kyuss et les Hellacopters.

Sous le même Dance Hall, No Means No était programmé à 18h10. Originaires de Vancouver, ces vétérans de la scène punk affichent quand même un quart de siècle d’existence au compteur. Un trio dont les visages trahissent la cinquantaine bien entamée. Torse-nu, le drummer porte un bermuda ridicule à fleurs. Il est posté à droite de la scène. On sent que la formation prend beaucoup de plaisir à jouer en ‘live’. Sans concession, sa musique oscille du punk au hardcore en passant par le free jazz. Et le set ne manque ni de pêche ni d’humour. Mais j’ai beau accomplir d’énormes efforts pour essayer d’assimiler ce cocktail sonore particulièrement explosif et original, rien à faire, je ne parviens pas à l’encaisser. Un mauvais jour, peut-être…

Changement de décor (l’Eastpak stage) et de style (hardcore). Mais est-t-il encore nécessaire de vous présenter Sick of It All ? Il y a plus de 20 ans que ces Américains bousculent les foules de leur hardcore de référence. Comme ce sera souvent le cas sous ce chapiteau réservé à ce style musical, les premiers rangs pogotent sec. On ne compte plus les ‘circles’ ou autres chocs de masse à la ‘Braveheart’. Certains titres comme « War » montent crescendo et les nombreux slammeurs donnent bien du travail aux bénévoles de la sécurité (pour la plupart des fans de hardcore eux-mêmes) qui semblent toutefois avertis, et s’en amusent même parfois...

C’est d’un pas nettement moins allègre que nous nous rendons vers la grande scène pour le set de The Rapture. Après un premier album « Echoes » rafraîchissant, Les New-Yorkais étaient un peu tombés dans l’anonymat (si ce n’est quelques premières parties accomplies lors de la tournée de The Cure). Mais si leur set au Botanique avait quelque peu déçu, ce soir, à Dour, The Rapture va balayer nos craintes. En débutant par ses titres les plus rock et dansants comme « Get myself into it », le public accroche rapidement. Leur punk teinté de disco fait recette et le parterre devant la grande scène s’anime tel un dancefloor, le samedi soir…

S.L. & B.D.

Wilco

Avec Volswagen, pas d’problème, pas d’problème…,

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Lors du dernier festival de Dour, Wilco a accordé un set en tous points remarquables, une prestation dont l’apothéose électrique valait à elle seule le déplacement. Mais aussi un concert contrastant d’une manière étonnante avec leur sixième album, ‘Sky blue sky’, un disque de très bonne facture, mais dont le climat particulièrement cool, nous replonge curieusement dans l’univers des seventies. Pas trop étonnant, lorsqu’on sait que le line up implique aujourd’hui des musiciens huppés ; et notamment le guitariste Nels Cline. Agé de 52 balais, ce véritable virtuose de la guitare est considéré depuis février de cette année, par le magazine Rolling Stones, comme un des meilleurs gratteurs sur la scène pop/rock. Faut dire que le personnage joue de la six cordes depuis l’âge de 12 ans, compte une discographie impressionnante (plus de 100 albums !) et on ne dénombre plus le nombre de collaborations au sein desquelles il a été et est toujours est impliqué. C’est lui qui s’est prêté à l’exercice des interviews. Il n’a éludé aucune question même les plus embarrassantes. Un type d’une extrême gentillesse en compagnie duquel on a même fini par trinquer.

Mais en récoltant ce fameux prix, les autres membres du groupe ne l’ont-ils pas trop charrié ? Nels avoue : « Ouais, effectivement. En fait, cette distinction est à la fois très flatteuse et en même temps stupide. Inévitablement, certains n’ont pas raté l’occasion de se payer ma fiole. Par contre, j’en ai causé à ma mère. Et elle était fière de moi… » Une chose est sûre, au cours de sa carrière, il a côtoyé une multitude d’artistes, aussi bien issus de l’univers de la pop, du rock, du jazz que de la musique expérimentale. Parmi les plus notoires, on retiendra Mike Watt (Minutemen), Thurston Moore (Sonic Youth), et Carla Bozulich (Geraldine Fibbers). Justement, a-t-il encore des contacts avec ces musiciens ? « Oui, oui, régulièrement. Carla a ouvert quelques uns des concerts de Wilco lors de notre dernière tournée européenne. Pour la circonstance, je l’ai rejointe sur les planches pour interpréter l’un ou l’autre morceau. J’ai participé au nouveau projet solo de Thurston Moore. J’y joue de la guitare. Mike Watt et moi militons au sein d’un autre projet : The Crew of The Flying Saucer. Stephen Perkins (le drummer de Jane’s Addiction), Willie Nelson et quelques autres y participent. Enfin, il y a The Black Gang. Un trio. Ce sont mes musiciens préférés… » Ce qui veut dire que Nels n’a pas abandonné ses desseins personnels. « Non, non, je bosse maintenant full time pour Wilco ; mais quand il y a des périodes de pause, je recommence à jouer ma propre musique ou alors j’organise des rencontres destinées à l’improvisation. Un peu partout dans le monde. A New Yok, Chicago, San Francisco… »   

Pour enregistrer ‘Sky blue sky’, les musiciens de Wilco se sont davantage impliqués dans la composition. Bien plus que dans le passé. Mais qui a pris la part la plus large des arrangements ? La patte de Nels serait-elle responsable des sonorités davantage seventies ? « Ce n’est pas moi ! La plupart des idées musicales ont été apportées par Jeff. La structure, aussi. Sans la moindre exclusive, tout le monde a participé aux arrangements. A parts égales. Finalement nous avons tous apporté nos idées et la plupart ont été utilisées. Pat a apporté de nombreuses idées. Mais automatiquement, on a été entraîné à en parler, puis à répéter. Cependant, les premières idées n’aboutissent pas nécessairement. Et la mouture finale est parfois bien différente de la première. Certaines compos aboutissent très rapidement et d’autres nécessitent un processus d’élaboration assez long. En ce qui concerne ma propre contribution, je ne pense pas être le responsable des sonorités seventies. Si on les ressent, c’est qu’elles existaient déjà avant. Je ne pense pas qu’il était dans notre intention d’épouser un tel profil sonore, mais simplement c’est la façon dont nous ressentions les événements. Donc on n’a pas eu recours à des artifices pour obtenir un tel résultat. Tu entends probablement des distorsions et des effets spéciaux, mais ce n’est pas ce qui nous préoccupait le plus. Ce qui nous intéressait, c’était le feeling. Tous les membres du groupe ont des sensibilités différentes ; ce qui nous permet de multiplier les possibilités et d’accentuer le processus créatif. Mais en fin de compte, on est capable de chercher et de prendre des décisions sans tergiverser continuellement… » On ne va pas en faire une fixation, mais une plage comme ‘Impossible Germany’ est basée sur une dualité de guitares me rappelant Delaney & Bonnie. Qu’en pense notre interlocuteur ? « On nous a même déjà dit qu’on avait été inspiré par Television et Blue Oyster Cult. En fait, j’avais écrit les lignes de guitare pour cette compo, et Jeff m’avait répondu qu’on n’avait pas besoin de cet instrument pour cette chanson-là. Avec lui, tu ne sais jamais quel instrument on va utiliser pour un morceau. Et Pat ne le sait pas davantage. Jeff et Pat ont commencé à créer les harmonies. Et Jeff avait dans la tête qu’on n’utiliserait pas la guitare. Bref, on allait interpréter une chanson que j’avais composée à la guitare, sans guitare. Et qu’est ce qu’on fait maintenant ? Finalement Pat s’est assis derrière les claviers, Jeff a empoigné la guitare et on a fait une jam. Et à la fin, Jeff a dit : ‘Elle est prête maintenant la chanson’. Donc on n’avait jamais pensé à qui que ce soit en l’interprétant. Même pas aux Allman Blues Brothers… » Enfin, dans le même ordre d’idées ‘Please be patient with me’ et ‘Hate in her’ trahissent des affinités avec les Beatles. Pour la première elles sont puisées dans le ‘double blanc’. Pour la seconde, les claviers rognés sont utilisés comme Billy Preston sur ‘Abbey road’. La réponse fuse : « Je suis obligé de réfuter cette réflexion, car si je la partage, je dois la prendre pour un compliment ; mais en même temps je suis nul à chier. Maintenant, il y a tellement de diversité dans le double album blanc… un peu comme pour ‘Blue Sky blue’… » Certaines des compos de ce nouvel opus étaient d’anciennes chansons. Ont-elles été retravaillées en profondeur ? Nels s’explique : « Oui. Mais j’ignorais, au départ, que certaines d’entre-elles avaient été écrites il y a longtemps. Seuls Glenn et Mike étaient au courant. Ce n’était pas plus mal. Ainsi, il n’était pas possible d’anticiper. Et le processus est devenu plus clair, plus ouvert. Et plusieurs d’entre elles ont été largement améliorées à cause des nouveaux arrangements. Finalement on a davantage discuté de la musique et des notes et pas nécessairement du climat au sein duquel ces morceaux avaient été écrits… » Un climat qui semble d’ailleurs bien plus optimiste, tout au long de ‘Sky blue sky’. Ce qui doit certainement procéder d’un meilleur état de santé de Jeff Tweedy. Elle serait même devenue aujourd’hui excellente. Nels nuance : « Certainement. Mais ce n’est qu’une partie de la vérité. En fait, Jeff a vécu un rafraîchissement dans ses sentiments, dans sa vie ; et il avait déclaré qu’il allait enregistrer un disque plus enjoué. Néanmoins, il n’est pas nécessairement plus allègre, mais te donne cet espoir. Il y a toujours un sentiment de doute, d’ambiguïté, pour jouer sur les contrastes. Je pense que si on veut rendre l’angoisse et la souffrance romantique, il faut le traduire d’une manière rayonnante, enlevée, optimiste. Si tu peins des climats et des humeurs uniquement en noir, il n’y a pas de contrastes. S’il n’y a pas de contrastes, il n’y a pas de tension et de relâchement. Et donc on ne se sent pas dans l’obligation de continuer à écouter. Comparé aux autres albums de Wilco, il est moins angoissant. Ce qui n’empêche pas d’y explorer des aspects plus ténébreux. C’est cela aussi notre musique… » Mais qu’est-ce qui plaît dans les lyrics de Tweedy ? « Je ne suis pas toujours sûr de bien comprendre ce dont parle Jeff, dans ses textes. En fait, ses chansons sont ouvertes. Il pose des questions ouvertes. Certains textes sont frivoles, d’autres plus personnels, plus intimistes. On n’y trouve pas de plaintes, de récriminations ou de protestations. Mais plutôt une analyse du cheminement individuel des êtres humains. A la recherche de la vérité, ils privilégient la sincérité et l’authenticité… » (NDR : en d’autre termes : ils sont autobiographiques…)

Mouais ! Alors comment comprendre que certaines chansons issues de ‘Sky blue sky’ aient été retenues pour servir de bande sonore à de la pub ? A la TV. Lors de la dernière campagne promotionnelle pour Volswagen. Plusieurs. Et une pour la promotion d’un mobile téléphonique. En Espagne. Difficile de ne pas perdre son intégrité lorsqu’on accepte un tel contrat. Nels semble embarrassé (NDR : finalement, on se demande si Jeff n’a pas décidé de refuser d’accorder des interviews pour ne pas devoir répondre à des questions semblables. Et il envoie ses ouailles au casse-pipes…) « Tu m’apprends ça ! C’est un non-problème. Aux States, du moins. Car il est impossible d’être diffusé sur les ondes des radios commerciales. Et la programmation d’une radio commerciale ressemble très fort à une succession de spots publicitaires. Et donc toutes les minutes sont vendues. On fait de la promo que vous haïssez peut-être et finalement, même si vous êtes payés, ce sera Volswagen ou quelqu’un d’autre qui percevra les dividendes. On ne passe pas sur les radios publicitaires. Dès lors, comment faire pour permettre au public qui nous apprécie d’écouter notre musique ? J’admets que c’est toujours scabreux de mélanger la musique et le business. Les Flaming Lips ont leur méthode : ils ont acheté des spots publicitaires pour diffuser leur musique à la radio… Le public a enfin pu se rendre compte de l’existence de Nick Drake, parce qu’une de ses chansons était associée à un spot publicitaire. Evidemment tout se décide également en fonction de la famille que tu dois nourrir. Personnellement, je n’ai pas d’enfant. Les autres bien. Et ton choix est parfois dicté par des contraintes financières. Maintenant, j’aurais certainement été plus mal à l’aise si on avait vendu notre musique à Mc Donald ou à une banque. M’enfin, quand on y réfléchit, ce système est vraiment du capitalisme. Et tout compte fait, Volswagen, ce n’est pas si mal que ça. En plus, cela ne me dérangerait pas si l’entreprise m’en offrait une (rires)… non, je n’ai jamais roulé en Volswagen, mais en Volvo… »

Merci à Vincent Devos

 

Dour festival 2007 : jeudi 12 juillet

Le premier jour des fourmis.

Mercredi 11 juillet 2007, premier record d’affluence : 23000 zélés plantent leurs tentes un jour à l’avance pour s’assurer un emplacement à moins de 30 minutes de marche du site. Fous ? Pas fous ? Dour a minutieusement concocté son premier dilemme cornélien. Une nuit supplémentaire parmi les zoulous dans un camping zéro étoile, pour un emplacement à la lettre A comme Assommé par les djembés, Atterré par l’odeur, Aveuglé par les spots ? Ou… une nuit de préparation zen chez soi, et se contenter de loger à la lettre F comme Foutu  par l’interminable parcours du combattant pour regagner sa tente? De toute façon, à la lettre B, on est Baisés aussi, Baignés dans la Boueuse Basse-cour balisée par des Barbelés. Aux emplacements C, on est autant Couillonnés par l’esprit Camp de Concentration, à la lettre D, Doublement Désillusionnés, tandis que les E sont encore Ecarquillés devant pareil carnage. En somme, on loge tous à la même enseigne au camping de Dour. Pas de bon ni de mauvais choix. Rien à gagner. Pas de favoritisme, aucune concurrence. Même dans la file des toilettes, on se demande s'il vaut mieux dépasser ou laisser passer. C’est la solidarité des indécis. La communion des corps. Des odeurs. Tous sur le même pied. Dans la même boue mouvante. Dans les mêmes impensables Cathy-cabines (ai-je rêvé ?). Tous repus par les mêmes Burger festins. Etourdis par les mêmes visions (le coureur nu dans le champ de maïs restera dans les annales). Tous sous la même canicule, à se précipiter avidement vers les 17 points d’eau dont la distribution s’opère aussi délicatement que parcimonieusement, jusqu’à ce que d’anarchiques assoiffés plantent un couteau dans le tuyau d’arrosage pour faire jaillir l’or blanc.

Parfois, on voudrait crier au scandale, mais ouvrir la bouche c’est risquer l’asphyxie. Difficile, aussi, de communiquer lorsque Motorpsycho se loge au creux des tympans. Encore plus de réfléchir quand Otto Von Schirach se dissémine dans les neurones. Alors on se résigne aux paradis artificiels et à l’instinct de meute qui, quelque part dans le fond autodestructeur de notre surmoi, fait partie intégrante de l’aventure. Et puis, ne faisons pas la fine bouche. On consent que ce soit le prix à payer (on n’a pas déjà payé ?) pour la belle affiche. Si le camping de Dour n’a pas exactement le sens du raffiné, sa programmation musicale sort quant à elle des sentiers boueux. Alors que Werchter s’occupe de la hype et des incontournables géants du rock, Dour fait davantage dans l’éclectisme et la chasse aux découvertes. Résultat, les groupes ont souvent encore tout à prouver, y mettent du cœur plutôt que de la prétention, et de jolies surprises attendent les passionnés. Difficile de  rivaliser avec la prestation transcendante d’Animal Collective de l’édition 2006, mais une poignée de superbes concerts résonnent toujours dans la cuvée d’oreilles 2007.

Le programme du premier jour fera une admirable introduction, en alignant des groupes de qualité dans chacun des genres, aussi bien rock, ska, pop, qu’électronica.

Le départ d’Om, singulier duo basse-batterie né des cendres de Sleep, est aussi singulier que fulgurant. Privée de guitariste et de véritable chanteur, c'est dans le dépouillement que la formation est la plus captivante. Dans sa linéarité hypnotique et ses forces occultes devant lesquelles tombent les résistances. On se laisse happer sans réserve par ces nappes orageuses portées par des compositions impeccables. La batterie paraît avoir un répertoire infini, la basse maîtrise le groove. Et le duo forme une symbiose que pourraient jalouser leurs grands maîtres Black Sabbath. Au point que la prestation évolue sans un heurt, sans inhibition aucune. Les énergies ainsi lâchées au vent, le temps se fige dans un délire introspectif presque chamanique. Frisant l’endiablé; la voix, parfois familière des Doors, évoque plus l’incantation que le chant, mais lorsqu'on en saisit à la volée quelques versets ‘and travels under twin rays, the host moon fades’, on sent combien Om manipule aisément le jour et la nuit. Terriblement prenant, même sans initiation. A garder à l'oeil, surtout que Le grand Steve Albini est occupé en ce moment même à produire leur troisième album.

On se croyait à milles lieues sous terre dans l'obscurité obsédante d’Om. Pourtant, dehors, le ciel est clair et les influences jamaïcaines. Changement radical d'ambiance et place au ska enrichi des Slackers. Délicieux, détendant, décomplexé. Les Américains de Brooklyn assurent avec ces compositions variées, mariant leurs rythmes ska à une ambiance blues-soul, ou leur reggae jamaïcain à des plages instrumentales jazzy. Et sur scène, le quintet a la classe. Le chanteur a une bonne tête à la Tom Hanks, les musiciens ont des sourires plein les poches. On comprend pourquoi ils sont réputés pour leurs prestations scéniques et ont enchaîné une dizaine de tournées mondiales. La foule est bouillante et puise abondamment dans l’excitation de début de festival pour danser énergiquement. Béatement.

Une heure de pur bonheur, qui place la barre bien haute pour accueillir leurs voisins de  Brooklyn, les Skatalites. Trop haute peut-être pour ces vétérans qui ne peuvent feindre la disparition de leurs vertes années. Si en 64, ils ont amplement participé à la popularisation du ska, voire même influencé Bob Marley, le temps a passé. Et ce concert n’apporte rien de neuf sous le soleil, malgré un public indulgent qui accueille toujours les classiques en manifestant son enthousiasme. "Guns Of Navarone" ou "Man In The Street" emballent sans effort. Et puis, oui, la Jamaïque séduit toujours. Ce qui rachète les Skatalites est cette éternelle passion occidentale pour la culture rastafari. Au final, les petites voix critiques enfoncées au fond des poches, ça suffira pour passer un moment chaud et bienveillant.

Guitar Wolf, en tout cas, n’a pas aimé. Et le monde entier le saura. Ca joue très fort du côté des Japonais. Les appareils photos et sourires figés, ils ont l’air plutôt commode. L’esprit punk en émoi et quelque rancœur à extérioriser, ils font presque peur. Les cheveux sont gominés, les pantalons en cuir, les tatouages fièrement exhibés. Faut-il rire ou pleurer ? Le public est en plein désarroi. Mais la guitare crade et saturée reprend de plus belle. Il pleut des refrains teigneux. Par contre, les crises durent rarement plus de deux minutes, et c’est tant mieux car on survit difficilement plus longtemps en apnée.

L’orage passé, on ne rêve que de se faire panser les blessures par le groove suave de Bonobo. Après une magnifique prestation à la péniche Bioel en automne dernier, l’attente est grande. Les Anglais sont acclamés et on sent que beaucoup sont venus tout spécialement pour leur trip-hop de velours aux teintes 70’s. Malheureusement, malgré une instrumentation riche (guitare, basse, piano, flûte, saxophone,…), un son chaleureux et mélodique, l’ambiance décolle péniblement. La prestation s’englue dans des envolées instrumentales frisant la monotonie. Même le chant sulfureux de la Sud-Américaine Bajka ne parvient pas à captiver.  Même les retours aux meilleurs morceaux de « Dial M for Monkey » paraissent sans relief, récités plus mécaniquement que passionnément. La salle se désemplit, au grand désarroi de leurs admirateurs, qui voudraient voir le public plus compréhensif, au moins en reconnaissance de la qualité de leur dernier album « Days to come ». Mais il faut avouer que les musiciens s’agitent mollement, dissimulés derrière leurs instruments. S’ils ont tous un air charmant, aucun lien n’est tissé avec le public, et ça manque cruellement d’ambiance. Serait-ce que les petits protégés de Ninja Tune s’accommodent difficilement des spots festivaliers massifs ? On pourrait comprendre que la pénombre intimiste soit plus adéquate pour un son qui puise sa magie dans le flou artistique. En tout cas, sous la pyramide comble, les filets de lumière bleutée ne suffisent pas à l’alchimie. La boîte à malices reste close. Tout l’aléatoire du live est niché ici, dans cette prestation pleine d’attentes qui remplira à peine le minimum syndical.

Sur ces quelques regrets, Cinematic Orchestra replonge instantanément dans l’atmosphère Ninja Tune. Le public est déjà en partie lassé par ces univers aussi visuels que sonores, où l’imagination est indispensable pour apprécier le voyage. En conséquence, l’effet est mitigé. Une partie du public est assez réticent au génie des Américains, tandis que d’autres plongent sans réserve dans ces expérience sonores acheminées jusqu’à la jouissance. Ces puissants crescendos donnent toute leur consistance à ces nappes instrumentales où les ambiances claires et obscures se donnent sans cesse la réplique ; avec l’habileté du caméléon, elles se teintent entièrement de la chaleur des clarinettes jazzy avant de plonger au cœur d’une tension krautrock obscure et glauque entrecoupée de breaks de batterie familiers d’Amon Tobin. L’allure incertaine et imprévisible, à la limite de l’improvisation, donne relief et caractère à chacun des morceaux. Tout comme cette sensuelle voix féminine, suspendue un instant au-dessus de l’univers trip-hop de Massive Attack. Les paysages défilent, mais le trajet est ponctué d’anecdotes farfelues, qui permettent à Cinematic Orchestra d’enfoncer les portes ouvertes par Bonobo. Malgré un public légèrement retranché sur ses positions, on appréciera cette féérie instrumentale dans un festival surtout investi de guitares électriques et de laptops.

C.P.

 

Suivant sa bonne habitude, Musiczine avait également dépêché d’autres émissaires à Dour. En l’occurrence Sébastien Leclercq (également préposé aux photos) et le rédacteur en chef. Histoire de vous offir le compte-rendu le plus exhaustif possible du festival…

Une météo chagrine, des files d'attente interminables depuis la sortie d’autoroute jusque l'entrée, en passant par le guichet délivrant le précieux pass : certains festivaliers ont dû attendre plus de 4 heures entre leur arrivée et leur entrée dans l’enceinte ! Mais il en faut bien plus pour décourager ce public qui s’est massé sur la plaine (boueuse) de la Machine à feu. Le festival est sold-out pour les 4 jours, et ce pour la première fois de son histoire (19 éditions).

Le Club Circuit Marquee est déjà bien rempli pour assister au set de The Jai Alai Savant. Un trio américain qui s’était produit à l’AB, en mai dernier, devant une cinquantaine de personnes. Leur tracklist est sensiblement identique, mais le groupe joue beaucoup trop fort ; ce qui altère considérablement les subtilités de leur reggae/funk/roots/dub/psyché/pop (parfois légèrement teinté de ska). Même la voix de Ralph Darden finit par se tordre dans nos oreilles. Ce qui n’empêchera pas leur prestation de recueillir un vif succès, Ralph se lâchant même en fin de set, apparemment heureux du succès récolté… N’empêche, et je le répète, ce Jai Alai Savant risque fort de passer au statut de star d’ici deux ou trois ans.

Triggerfinger est un combo issu du nord du pays réunissant l’ex Sin Alley et Angelico, Ruben Block, le drummer Mario Gossens (ancien Hooverphonic et Noordkaap) et l’ex- Wolfbanes et BJ Scott, Paul Van Bruysteghem. Un trio qui pratique un stoner légèrement bluesy. Imaginez un Queens of The Stone Age qui aurait beaucoup écouté les débuts du Led Zeppelin. Et franchement, je dois avouer avoir assisté à un des premiers grands moments du festival. Pas de trace de leur célèbre cover de Brel, « Au suivant », cependant ; mais une très longue et remarquable version du « Commotion » de Creedence Clearwater Revival. Mario est époustouflant à la batterie. Son jeu est à la fois souple et explosif. Et Ruben est un fameux guitariste. Le look sixties (les rouflaquettes !) il triture son manche avec une habileté hors du commun, sans pour autant sombrer dans le nombrilisme. Car la force de Triggerfinger, c’est sa cohésion et l’adrénaline pure qu’il parvient à libérer en public. Une claque !

The Experimental Tropic Blues Band ? Ben oui, c’est la énième fois que j’assiste à un de leurs concerts. Et je ne m’en lasse toujours pas. Parce que c’est un groupe de scène qui perpétue l’histoire du rock’n roll tout en revendiquant l’héritage naturel des Cramps et de Jon Spencer Blues Explosion. Le set démarre cependant sur un ton plus bluesy (psycho boogie si vous préférez !) ; et enfin la fameuse guitare rectangulaire (celle qui me rappelle la gratte de Bo Diddley) n’est pas demeurée dans son rack. Dirty Wolf en joue à plusieurs reprises. Progressivement, le rock’n roll se fait de plus en plus présent, et le déchaînement du trio se fait crescendo. Boogie Snake y va de son snakediving en haletant dans un micro pendant que Dirty Wolf assène la cover du « Human fly » des Cramps à l’aide de sa fiche de guitare. A charge de Devil d'Inferno de tenir le navire à flots en martelant tribalement ses fûts. Puis c’est au tour de Wolf de se jeter dans la foule, y perdant pour l’occasion son pantalon et son caleçon. Après ce show, je cède le relais à Sébastien et rentre au bercail : le festival n’en n’est qu’au début.

Il s'agit ensuite de se frayer un chemin à travers dans la tente ‘Dance Hall’ pour assister à la prestation d’Aaron. J’arrive malheureusement en fin de set, mais l’écoute de quelques titres suffit amplement pour se faire une petite idée du potentiel du Français. Après un passage remarqué aux Ardentes de Liège une semaine plus tôt, Aaron semble se plaire sur les anciens terrils. Son aisance sur scène, la voix de son chanteur -et ses pas de danse qui ne sont pas sans rappeler Chris Martin- enflamment le chapiteau. D’ailleurs la foule réagit à coups de salves d'applaudissements. Une ambiance partagée que le groupe s'empresse de photographier en fin de parcours.

Pour faire monter la température (qui n'est pas très élevée pour un jour de juillet), on peut également compter sur Vive la Fête. Un groupe qui n'a guère froid aux yeux. Et le mot est faible. A cause de son mélange audacieux (qui a dit osé ?) de pop/new-wave, réminiscent des 80's (le « Da da da » de Trio n’est pas loin non plus), mais aussi de son visuel scénique. Ainsi Els Pynoo débarque-t-elle dans une des ses tenues légère et affriolante (messieurs, voyez notre section photos), dont elle seule a le secret. Le reste du groupe arbore un look à la Marylin Manson, contrastant avec la tenue blanche éclatante et la chevelure blonde d'Els. Comme il y a deux ans, le groupe va séduire un public venu en masse, rassemblant francophones et néerlandophones, jeunes et moins jeunes (on peut apercevoir ici et là quelques ‘curistes’ ou nostalgiques des 80's). Pendant plus d'une heure le groupe aligne des titres dignes d’une série de 45 tours tout droit sortis d'un vieux juke-box, dont certains sont issus du dernier album, « Jour de chance ». Et la prestation s'achève par un « Noir Désir » à rallonge au cours duquel Danny Mommens se lâche dans ses solos pendant qu’Els se dandine tout en exhibant libidineusement ses sous-vêtements...

S.L. et B.D.

 

 

Un nouvel album pour Dave Gahan!

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Dave Gahan avait sorti un premier album en 2003. Le mois d’octobre prochain, arrive enfin le deuxième : « Hourglass ». Dave a écrit et produit les titres en compagnie des deux membres de la tournée : le batteur Christian Eigner et le guitariste Andrew Phillpott. Pour l’instant, Tony Hoffer (Beck, Air, The Kooks, The Fratellis) est occupé de mixer le tout.

Jeanne Cherhal : son nouveau clip

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Regardez « Je suis Liquide (Petit film entre amis) », le nouveau clip de Jeanne Cherhal

http://www.youtube.com/watch?v=sLxOJTlCtd8

Pour plus d’infos : http://www.jeanne-cherhal.com/

Communiqué de presse :

Le troisième album de Jeanne Cherhal contient 13 nouvelles chansons, dure 45 minutes et 20 secondes. Voilà pour les considérations techniques. Il faudra se plonger un peu plus avant dans le disque afin d’en saisir toute la singularité. Cela tombe bien : il s’intitule L’eau. « L’envie de départ, c’était de faire un disque organique. » confirme Jeanne. Les plus distraits ont rangé l’auteure-compositrice-interprète - révélation de l’année aux Victoires de la musique 2005 - dans la case « trentenaires racontant le quotidien des gens de sa génération. » Or, Jeanne n’a pas encore trente ans. Et l’Eau confirme aujourd’hui qu’elle ne se laissera pas de sitôt enfermer dans cette catégorie. Sans jamais renier Douze fois par an, son album précédent, la chanteuse affirme aujourd’hui une personnalité bien plus affirmée. « Je me sens très différente d’il y a trois ans. J’en ai appris pas mal, je suis devenue plus exigeante. Sur ce disque, j’ai voulu mettre mon grain de sel partout. Je n’ai pas pu m’empêcher de vouloir que tout soit comme je le sentais. »

Jeanne Cherhal a mis à profit une année de liberté pour aborder aussi posément que possible la confection de L’Eau. « C’était la première fois que je faisais une vraie pause. J’ai commencé les concerts à l’âge de 20 ans et ne me suis arrêtée qu’en août 2005. Avoir fait 200 concerts avec des musiciens a changé mon rapport à la musique. Cela m’a donné envie de penser plus en tant que musicienne, plus seulement en parolière qui fait des mélodies et s’accompagne au piano. C’est pour ça que j’ai tenu à faire des maquettes. » Jeanne s’est enfermée dans son appartement parisien pour dompter un logiciel de musique lui permettant de concevoir des ébauches de ses nouvelles chansons. « J’ai passé un peu plus d’un an à préparer des maquettes toute seule. Ainsi, je voyais la couleur que je voulais donner à chacune des chansons avant même d’aborder le travail en studio. » Au moment d’enregistrer, elle a la riche idée de confier à Albin de la Simone, accompagnateur très demandé et artiste original, la lourde tâche de réalisateur. « J’avais envie de travailler avec lui depuis que je le connais. Il est très talentueux et en plus il comprend bien ma musique. Il s’est beaucoup investi dans le projet. » Ils assemblent un groupe de musiciens : François Lasserre (guitare) et Philippe Entressangle (batterie), accompagnateurs d’Albin rejoignent Eric Löhrer, fidèle guitariste de la chanteuse, ainsi que le Britannique Simon Edwards (Talk Talk, Beth Gibbons, Bashung). L’ingénieur du son Jean-Baptiste Brunhes complète l’équipe. « Un garçon enthousiaste et extrêmement doué » témoigne Jeanne. Ce petit comité s’isole au Studio Vega, à Carpentras, à l’écart des pressions parisiennes. « Ca me séduisait beaucoup que ce soit loin de Paris, que personne ne puisse passer. On est sortis du studio uniquement pour aller voir finale de la coupe du monde dans un petit village à côté. »

La véritable découverte sur L’Eau, c’est la voix de Jeanne Cherhal. Ou plutôt ses voix. Pour la première fois, la chanteuse harmonise, s’amuse à superposer parties de chants, chœurs et contrechants avec une virtuosité et une inventivité époustouflantes. La seconde, c’est l’espace laissé au sein de chacune des compositions, qui s’alanguissent dans des climats à la fluidité impressionnante. « Aujourd’hui, je n’ai pas peur des silences. Je suis devenue une musicienne qui écrit des textes. » Pianiste de formation, Jeanne s’est même autorisée à jouer pour la première fois de la guitare sur Voilà. « J’étais partie m’isoler une semaine à Annecy avec un clavier et un ordinateur pour écrire. Rien n’en est sorti. Quelques jours plus tard, j’ai composé Voilà sur une vieille guitare pourrie.» « Ca y est c’est décidé / Je vais tout décider / Sans me faire envahir / Sans me faire emmerder » chante-t-elle sur ce titre aux allures de déclaration d’intention. Partout ailleurs, Jeanne adopte une écriture volontiers elliptique, qui fait la part belle à l’interprétation individuelle. « Je me suis moins attachée à des choses anecdotiques, à raconter des choses du quotidien. » explique-t-elle. Un texte comme celui de Merci témoigne de cette nouvelle manière. « Je l’ai conçu comme un petit film. Je n’aurais jamais osé écrire un texte aussi abstrait il y a deux ou trois ans. » Et lorsqu’elle aborde un thème aussi précis que l’excision sur On dirait que c’est normal, c’est avec délicatesse et pudeur.  « La première mouture de ce texte était beaucoup plus violente. » confirme-t-elle. Beaucoup entendront sans doute dans Une tonne une chanson empathique sur l’obésité, mais il ne s’agit bien sûr pas de cela. « C’est le premier texte que j’ai écrit pour cet album. Ce n’est évidemment pas de poids physique que je parle. »

 

 

 

 

 

Holly Golightly

You can’t buy a gun when you’re crying

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Dans l’imaginaire collectif, Holly (Holiday) Golightly restera à jamais cette sulfureuse ‘voyageuse de commerce’, mangeuse d’hommes virevoltante et émouvante, qui sonnait chez ses voisins à trois heures du matin sans se soucier des lendemains. L’héroïne de Truman Capote (dans le magnifique « Petit déjeuner chez Tiffany ») trouve aujourd’hui un écho retentissant dans nos vies : Holly Golightly, de son vrai nom, demeure certainement le secret londonien le mieux gardé des Etats-Unis. Car, bien qu’Anglaise, Holly possède la voix d’une Amérique imagée, fantasmée (même Jim Jarmusch s’est laissé prendre au jeu au moment de concocter la bande originale de son « Broken Flowers »). En fait, le jour où elle s’est glissée sur scène en compagnie des flexibles Headcoatees de Billy Childish, miss Golightly n’imaginait certainement pas qu’elle rencontrerait un jour les White Stripes et autres phénomènes internationaux de la culture rock indépendante.

En 2007, Holly Golightly s’accompagne des Brokeoffs (un drôle de patronyme pour ce qui ressemble à un homme orchestre, répondant au joli nom de Dave Lawyer ) pour sortir « You can’t buy a gun when you’re crying », douzième album (solo) d’une discographie alléchante. D’un chant chaleureux comme une bougie dans l’obscurité, la dame nous conte quelques nouvelles histoires endimanchées de légers arrangements : jeu de cordes dépouillé mais enjoué, kit de batterie minimaliste et autres petites notes de piano. Du folk au blues, en passant par la country, tout le répertoire de la musique traditionnelle US se voit ici sublimé. Que ceux qui sont tombés amoureux de la pureté des White Stripes et de l’honnêteté d’une chanson comme « In the cold, cold night » se jette dans les bras de ce disque ! 

Le nouvel album d’Holly Gollightly nous emmène à l’aventure, dans des rêves d’Amérique profonde. On se voit déjà pénétrant dans un troquet où le seul client accoudé au comptoir est cet infâme glandeur de Lebowski, les yeux mi-clos devant une Budweiser mi-pleine. Au mur, des peaux de croco et quelques photos souvenirs des plus belles prises de la dernière grande chasse aux alligators. Du rêve par procuration, des images plein la tête. Bienvenue dans l’univers d’Holly : bande-son parfaite de tous les Tarantino à venir et des fonds de bouteilles à finir, « You can’t buy a gun when you’re crying » ne fait que confirmer le talent exacerbé d’une artiste dont l’apparente facilité d’écriture et le sens mélodique pourraient bien devenir une référence pour les générations futures.

Willy Mason

If The Ocean Gets Rough

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Il est des artistes dont la propension précoce au talent est tout bonnement horripilante. Ce Willy Mason par exemple ; après un acclamé « Where the Humans Eat » paru en 2004, l’animal trouve le moyen de livrer ce somptueux « When The Ocean Gets Rough » entre une collaboration au dernier Chemical Brothers et des tournées opérées en compagnie de KT Tunstall ou Radiohead. Affichant à peine vingt-deux ans au compteur, ce chanteur/songwriter trace un beau sentier sur les routes du folk en concoctant cette galette d’une justesse et d’une maturité épatantes.

Portées par une voix au timbre surprenant pour un artiste aussi jeune, ces onze compositions, enregistrées dans la bonne humeur au sein d’un studio du Massachusetts (en compagnie notamment de Rosanne Cash, illustre fille du Man In Black), constituent un enchaînement de perles de toute beauté. Evitant les clichés éculés des influences country ringardes ou du folk soporifique, Willy Mason privilégie un songwriting affûté servi par une orchestration discrète mais essentielle, tout en nuances et où l’électricité ne se montre jamais envahissante.

De l’intro subtile de « Gotta Keep Walking » au majestueux crescendo final de « When The Leaves Have Fallen », en passant par le splendide « Riptide », « When The Ocean Gets Rough » est une oeuvre d’une alchimie parfaite, servie par une production soignée sans être outrageusement polie. De la très belle musique.

 

Causa Sui

Free Ride

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Spécialisé dans le stoner rock et le métal psychédélique, le petit label Elektrohasch devient une référence du genre et une garantie de qualité pour les amateurs d’underground. Si bien que les dernières productions de Turn Me On Dead Man et de Phased ne quittent plus nos platines. Causa Sui et son vaporeux « Free Ride » possèdent toutes les qualités pour connaître la même destinée. Subtil croisement entre heavy psyché et kraut rock, les sept fragments de l’œuvre hallucinatoire se nourrissent des riffs de Black Sabbath, d’atmosphères à la Hawkwind, de sonorités spatiales façon Amon Düul. Les titres avoisinent tous les neuf minutes et sont bâtis autour d’arrangements hypnotiques. La six cordes embrasée de Jonas Munk virevolte au-dessus des claviers fantomatiques, emportant nos sens dans un tourbillon jouissif. Souvent sulfureuses, parfois mélancoliques, les mélodies de « Lotus », « Top of the Hill » ou de la plage titulaire, allument des flammèches convulsives qui invitent l’auditeur à s’enfermer dans une bulle dont il ne sortira qu’à l’issue d’un « Newborn Road » que n’aurait pas renié Blue Cheer. Un voyage paradoxal, à la fois passéiste et contemporain, que les fans de métal psyché se doivent de découvrir au plus vite !

Luka Bloom

Tribe

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Se prendre la tête en écoutant la musique de Luka Bloom (alias Kevin Barry Moore) semble chose irréalisable. Tout du moins incompatible vu l’état d’esprit de cet Irlandais. L’expérience, la sagesse, la douceur et la poésie sont des armes de défense qu’il manie avec dextérité. C’est donc d’une prose romantique qu’il tranchera tout conflit. Vingt-cinq ans que le gaillard produit des textes argumentant avec qualité les mélodies associées. Vous pensez s’il s’y connaît ! Issu d’une famille de musiciens, c’est bercé dans les coulisses et sur les planches qu’il a développé cette aptitude créatrice. Signé chez V2 records, « Tribe » est un atout de plus au jeu de l’artiste, déposant, sur l’échiquier de sa carrière, une nouvelle pièce maîtresse. Relatant le quotidien de nos vies humaines, les réflexions et les observations fusent des 12 titres conçus avec précision. A la fois optimistes et tristes, les ballades sont le reflet de la vision de Luka, qui ne l’impose pas mais plutôt nous la propose en manifestant un plaisir non dissimulé. Soliste accompli, c’est tout de même en compagnie de Simon O’Reilly que l’Irlandais s’associe pour mettre en boîte cette plaque. La campagne irlandaise comme réceptacle à la création, l’esprit fou et curieux, il n’en fallait pas plus pour produire un superbe album invitant à la détente et au repos. En tout cas, c’est tout le mal que je vous souhaite.

Limbeck

Limbeck

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Voilà ce qui arrive à force de courir pieds nus sur le sable californien. La voûte plantaire se durcit et s’habitue à la chaleur, les sensations s’estompent pour ne former qu’une semelle naturelle. Protection idéale pour prendre le temps de flâner. Il est donc loin le temps de « This Chapter is Called Titles », premier album des artistes paru chez Utility Records. Après avoir opéré des débuts clairement punky (nous somme alors en 2000 !), Limbeck accuse par cette dernière plaque éponyme chez Doghouse Records (Paulson, Minutes Too Far, These Enzymes, etc.), une équation dorénavant pop rock country, sans gêne. Produisant un son à l’image de la température ambiante, les fans de surf et autres balaises en maillot à fleurs seront aux anges sur les bords de plage quand débarqueront Patrick Carrie, Justin Entsminger, Rob Mc Lean et Matt Stephens dans leurs oreilles. Un peu saoulant sur la longueur, les guitares semblent s’ensabler petit à petit, et se ternissent de l’éclat du soleil qui voudrait s’y refléter. Faisant parfois penser à Bon Jovi (je vais encore me faire des ami(e)s), le côté ronflant, too much happy, et mega sunny aura vite faite de vous assommer et vous plonger dans un coma cuisant. A ronfler sous les rayons brûlants, faites attention au coup de soleil !!

Sharrie Williams

Live at Bay-Car Blues Festival

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Sharrie Williams est probablement la chanteuse qui a le plus marqué le public blues d'Europe au cours de ces dernières années. De couleur noire, cette jeune femme est originaire de Saginaw, dans le Michigan. Elle est née dans une famille contaminée par le virus de la musique, et en particulier le jazz, le blues et le gospel. En 1997, elle fonde les Wise Guys et part en tournée. Inspirée par les plus grandes chanteuses comme Etta James, Koko Taylor, Aretha Franklin et Pattie Labelle, elle débarque en Europe dès l'année suivante et enflamme toutes celles et tout ceux qui assistent à ces récitals. Elle grave son premier album en 2004 : "Hard drivin' woman", sur le label allemand Crosscut. Mais manifestement, c'est sur les planches que cette nouvelle diva prend toute sa dimension tant elle vit et respire sa musique, une musique qualifiée de ‘Rockin' gospel blues’. Et c'est exactement le terme adéquat pour qualifier son style qu'elle nous dispense avec toute son énergie et son talent, mais aussi une fameuse dose de sensibilité, un style qu’on pourrait situer à la croisée des chemins du rock, du gospel et du blues. Elle a immortalisé un de ses sets sur nos terres, lors du Bay Car Blues Festival, à deux pas de Dunkerque (à Grande-Synthe, très exactement), en avril 2006. Elle est bien sûr entourée de ses Wise Guys. James Owens, son guitariste aux riffs flamboyant a été remplacé par Lars Kutschke, un gratteur qui avait fait une apparition sur le premier album, « Sterling Brooks ». Le batteur d’origine s’est également effacé. Il a laissé la place à Larrice Byrd. Par contre les deux derniers membres du line up sont toujours présents. C'est-à-dire le bassiste Marco Franco (le musico latino !) et le claviériste Pietro Taucher. Ce ‘live’ réunit neuf plages, dont six figuraient déjà sur l'album studio.

Le concert démarre sur les chapeaux de roues par le "Tell Mama" de Clarence Carter. Déjà un hommage rendu à Aretha Franklin. Une compo vivifiante, peuplées de rythmes et de vibrations. Une invitation à la participation collective. Sharrie prend son public à la gorge et ne desserre plus l'étreinte. ‘Move your body!’ leur lance-t-elle! Elle dialogue sans cesse avec les premiers rangs du public ! Pietro participe activement à la trame sonore. Très souvent, ses claviers mènent la danse. A l’instar de "Big fall", un pur R&B. Elle chante aussi remarquablement le blues. A l’instar de "How much can a woman take", un superbe morceau qu'elle dédicace aux ladies de l'assistance. Elle peut ici libérer toute sa puissance vocale tout en communiquant une fameuse dose d’émotion. Kutschke signe une brillante intervention à la guitare. Moins extroverti que son prédécesseur, il y injecte tout son feeling et le courant passe. Nouvelle compo, "Power" est manifestement un titre de concert. Introduit par les cordes saturées de Lars et soutenu par l'orgue Hammond, il macère dans du pur funk. Ballade douce, "I'll take you there" trahit un soupçon de colère dans la voix. Elle invite une fois de plus son public à la suivre, face à une superbe partie de Marco sur les quatre cordes de sa basse. La fin du concert est réservée à la quintessence de son album studio. Tout d’abord le boogie incandescent "Hard drivin' woman". Ensuite "I'll give you me", une chanson caractérisée par sa douceur et sa beauté teintée de désespoir. Plus de dix minutes empreintes d'intensité poignante. Miss Williams a fait appel à son amie Robin Rogers pour souffler dans un harmonica sur le boogie blues radical "Just you and me" ; et lorsque Robin donne la réplique vocale, on s'aperçoit que ce n'est pas un homme mais bien une frêle blonde, blanche de peau. Et enfin le titre final. Miss Rogers est toujours présente lors de ce "Travellin" endiablé, imprimé sur le Bo Diddley beat. Le public n'a guère le temps de se reposer ni de s'ennuyer. Une grande dame !

Various Artists

Brownswood Bubblers Two

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Ce deuxième volume réunit les recrues du nouveau label de Gilles Peterson, un dj/producteur anglais. Ce disque creuse une veine beaucoup plus méditative et atmosphérique que le premier volume. A l’écoute de cette quinzaine de titres, on pense souvent aux travaux de la bassiste Meshell Ndegeocello. Le jazz et l’expérimentation, souvent teintés d’électronique, s’y taillent la part du lion. Même si « Bubblers Two » est de moins bonne facture, il réserve tout de même quelques excellentes surprises. Et en particulier l’étrange ballade jazz-électro de Elan Mehler, la soul cybernétique de Boomclap Bachelors, le très beau ‘Flow’ de Sotu The Traveller, le jazz vocal de Marcina Arnold et Grand Union ou encore l’a capella évocateur de Jamie Woon. Le reste, loin d’être médiocre (mais un peu prétentieux), se résume à une succession de tentatives à moitié convaincantes de mariage entre jazz, électro, hip hop, r’n’b. Quelquefois il vaut mieux être seul que mal accompagné.

Various Artists

Beginner's guide to latin lounge

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Une compilation dont le titre ne ment pas sur la marchandise. Eparpillés sur trois rondelles, l'auditeur retrouvera sur « Beginner's guide to latin lounge » les travaux des bidouilleurs les plus réputés dans ce qu’on appelle la musique d’ambiance. Un genre qui consiste à accommoder à la sauce électro des rythmes caribéens, brésiliens et salsa. Notre compatriote Buscemi, les Espagnols d’Ojos de Brujo ou des groupes comme Ska Cubano et le Javi P3z Orquesta (pour le drôle « Ping Pong ») appartiennent au casting… C’est l’écoute des trois cd’s en enfilade qui révèle la vacuité profonde de ce style musical répondant au nom de ‘lounge’ », un style fort prisé dans les bars à la page. Un travail tout en surface qui se résume à un recyclage facile et ‘carte postale’ de rythmes créés par d’autres, les chansons et le feeling en moins. Comparez le remix du « Ordinary Guy » de Joe Bataan proposé ici à l’original. Vous décèlerez rapidement où se trouve la différence.

 

Snowgoons

German Lugers

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Opérant une vision circulaire en rase motte, mes yeux sont interpellés par une forme brillante. Des douilles encore fumantes jonchent le sol ! Pas de doute le crew de Snowgoons est passé par ici ! Blindé dans le genre armada de guerriers, le collectif allemand a décidé de descendre dans la rue afin de mitrailler de leur beats assassins toute forme de vie sur terre. Les sergents de ce German Lugers sont DJ Illegal, Det, Torben et DJ Waxword. Passés maîtres des opérations et producteurs de beats, il y a 10 ans. Assistés par des tireurs d’élite issus du milieu indé au pédigrée parfait, tels que : Jus Allah, Wise Intelligent, Reef The Lost Gauze, Edo G, Sean Price etc. Chaque morceau de l’elpee possédant son (voire carrément ses) featuring(s). Babygrande le clairvoyant (Blue Sky Black Death, Gillie Da Kid, The Lost Children of Babylon, etc.), mise sur la qualité et le poids énorme de l’album pour ouvrir plus loin l’horizon du label. Fins stratèges que ces derniers, German Luggers est littéralement une bombe à fragmentations version 18 éclats, laissant l’écho de la détonation une éternité dans les oreilles. Et le souffle de l’explosion à jamais gravé dans la roche…

Savoy Brown

Steel

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Fondé en 1965, Savoy Brown constitue un des plus anciens groupes issus du british blues boom. Il n'a jamais cessé de se produire ou d’enregistrer, même s'il est devenu, au fil du temps, le projet personnel de Kim Simmonds. Ce dernier vit depuis belle lurette dans l'état de New York où il a fondé sa famille. Savoy Brown est donc devenue une formation américaine, mais toujours inspirée par le blues. Que ce soit en solo ou au sein de son band, ses derniers opus sont parus sur le label Blue Wave de Greg Spencer (NDR : en quelque sorte un voisin !) Il y a quelques années, Kim a décidé de ne plus louer les services d'un chanteur ; mais de prendre les parties vocales à son compte. S’il remplit correctement ce rôle, il faut reconnaître que sa voix manque de puissance. Pour son combo, il a adopté la formule du trio. Il en est le leader incontesté et incontestable en se réservant le chant, les guitares, la plupart des compositions et des arrangements ainsi que la production. Il est soutenu par Gerry Sorrentino à la basse et Mario Staiano ou Dennis Cotton à la batterie. Sa musique est toujours aussi agréable à écouter. Et le blues rock dispensé tout au long de “Steel” s’avère léger, sans fioritures, évoluant dans un registre assez proche des elpees "Street corner talking" et "Hellbound train", commis en 1971/72.

Signé Lowell Fulsom, "Monday morning blues" ouvre la plaque. Et il ne faut pas plus de quelques secondes pour reconnaître l’empreinte personnelle de Kim, les sonorités et le style très caractéristiques de Savoy Brown. Il chante d’un timbre léger quelques couplets avant d’enchaîner par de longues phrases imaginatives sur ses cordes. Le tempo monte d’un cran pour "Long as I've got you". Kim a empoigné sa slide. Il la fait rugir. Mais si les sons produits ont été torturés, l’écoute de cette plage passe facilement la rampe. Simmonds est en excellente forme ! Le tempo ralentit. La rythmique s’alourdit et impose un climat inquiétant et troublant tout au long d’"I don't remember you". Rapidement, la guitare largement amplifiée doit faire face aux instruments préposés au rythme. Elle trahit le mal-vivre de l'instant. Un retour à une formule déjà explorée dans le passé ! Ballade réminiscente des Stones, "You don't do a thing for me" rocke et rolle. Plaisant, "Fly away" est balayé par une toute bonne slide! Kim adopte un profil davantage hard, mais sans trop d’agressivité pour attaquer "Crying forever", une composition très tonique. Plage de bonne facture, "Daybreak" baigne au sein d’un univers nonchalant, laidback, un univers entretenu par la voix de Kim, les cordes se chargeant de faire la différence. Plage instrumentale "Echo of a sigh" nous replonge en 1971, à l’époque de l’elpee "Looking in", le dernier concocté par le Savoy Brown au sein duquel militaient les futurs membres de Foghat. De la dentelle ! Ou si vous préférez du pur Simmonds. Nous sommes alors très proches du "Romanoff" de l'époque! Le slow blues dépouillé, c’est ce que Simmonds fait de mieux. Tout au long du superbe "I'll keep on singing the blues", il y instaure un dialogue entre le chant et la guitare ; et au fil de la plage, cette dernière se révèle de plus en plus impatiente. Ce cd s’achève par "Keeping the dream alive", un rock'n'roll bien dans l’esprit de Jimmy Reed au cours duquel Savoy Brown met le turbo. Bref, si cet opus reste de bonne facture, il ne constitue pas le meilleur de la bande à Simmonds…

The Ordinary Me

Breathing Is A Reflex

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Parmi la multitude de sous-genres plus ou moins accouchés du punk et du hardcore, le screamo se positionne plus ou moins à mi chemin entre emo et post-hardcore. Autrement, un cocktail difficilement définissable reposant principalement sur des morceaux mélodiques et des hurlements furieux. C’est en tout cas la veine dans laquelle évolue The Ordinary Me.

Formé en 2002 par cinq ex-punks d’outre-Rhin, ce quintet livre ici un premier effort studio sous forme de manifeste tonitruant, à l’image de la plage d’ouverture, le déchaîné « The Swarm ». Onze morceaux pour cinquante-deux minutes, surfant constamment entre le punk (« El Maquinista », « Evacuate »), le noisy et le hardcore, basculant sans cesse du mélodique au délire sonique à grands coups de larsens et de sons bizarroïdes. Sans oublier les rugissements gutturaux ponctuant la plupart des morceaux. La galette est fort bien produite, nantie d’un son énorme, mais la formule peut lasser si l’on n’apprécie pas le genre : même si l’équilibre entre les grosses guitares, le chant mélodique et les hurlements métalliques est bien géré, une impression de longueur se dégage rapidement. Mais pour peu que l’on accroche au genre, la puissance latente du groupe et son énergie débordante peuvent très vite se révéler accrocheuses.

Kissogram

Nothing, Sir !

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‘What’s happening in Berlin? Nothing, Sir !’ C’est vite dit. Ce serait sans compter sur le duo Allemand de Kissogram, véritables dandys de l’électro, boulimiques et talentueux. Issus du berceau où la musique électronique est plus qu’un genre, où c’est carrément un style de vie, c’est à une fontaine d’énergie de la ville que nos deux lascars ont rempli leurs gourdes. Propriétaires d’une série non négligeable de maxis, remixes et du remarqué « The Secret Live Of Captain Ferber » paru en 2004, Jonas Poppe et Sébastien Dassé proposent leur nouvel enfant modestement intitulé « Nothing, Sir ! » 12 plages de pop électro, se répartissant entre énergie posée et calme absolu, soulignant le désir de signer chez un label indépendant (Louisville Records) qui leur accorde toute liberté d’expression. Même si certaines chaînes télévisées musicales s’intéressent et diffusent du Kissogram, les auteurs gardent la tête froide, les pieds sur terre et les doigts sur les machines. Universal, en grand pape qui les distribue, n’a pas l’air d’influencer leurs choix. Voilà une tribu d’irréductibles plutôt bien malins capables de concilier liberté d’expression et filons de distribution. Bien ouej’ les gars !

inTRaMURos

Like a New Pathology ?

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Souvent sous-estimée, la scène métal française a révélé d’incontestables talents depuis l’avènement de Loudblast notamment. S.U.P., Misanthrope et Division Alpha entretiennent le métal pur et dur, tout en dépoussiérant le style. Pleymo et Lofofora et consorts ont emboîté le pas au mouvement ‘néo métal’.

Issu de la région de Nancy, inTRaMURos lorgne vers un univers différent. Mystique, complexe et torturé, son concept évoque Neurosis par certains aspects sonores, Placebo au niveau vocal, A Perfect Circle pour les sphères les plus planantes et surtout le géant Tool, incontestable influence majeure du combo.  

Initialement sorti en 2004 sous le format elpee autoproduit, « Like a New Pathology ? » connaît une seconde jeunesse sous cette version CD reliftée. Nous ne crierons pas au génie, mais Intramuros aurait pu accoucher d’une copie conforme d’un « Lateralus », le gros son en moins. Le combo s’est créé un univers propre, ‘toolien’ sans aucun doute, mais en y apportant quelques variantes, comme ces séquences électroniques qui sauvent les onze fragments de la peu honorable qualification de copie carbone d’un grand du métal contemporain. Un essai satisfaisant.

End of Level Boss

Inside the Difference Engine

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Formé par Heck Armstrong, ancien leader de Hangnail, stoner band qui écuma l’Europe et le Japon en 2002 en compagnie de Cathedral, End of Level Boss mise beaucoup sur le riff lourd et dévastateur. Digne successeur de « Prologue », un premier opus commercialisé en 2004, soutenu par des combos aussi légers et délicats que Orange Goblin et Atomic Bitchwax, « Inside the Difference Engine » cultive le doom psyché et le métal d’avant garde. Voivod est la référence ultime pour ces quatre cockneys amoureux de gros son, de changements de rythmes incessants, de structures complexes et de sonorités noisy. Neurosis n’est pas étranger à un titre comme « Reticence ». Et en particulier lors du final étourdissant. En outre, l’ombre du Sludge se profile sur certains fragments. Il faudra multiplier les écoutes avant de totalement apprivoiser cette galette dont on aurait tendance à dire à priori que les titres se suivent et se ressemblent, sans aucune nuance. Mais l’œuvre est insidieuse, et on se laisse prendre au jeu des frères Armstrong, pour peu qu’on tente une écoute intégrale en appliquant la formule consacrée « Play it Loud ! »