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Couleur Café 2013 : vendredi 28 juin

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L’affiche plus ou moins clinquante de l’édition 2013 du Festival Couleur Café 2013 s’est traduite par une envolée particulièrement rapide des tickets. Au programme de ce weekend, quelques jolis noms, d’autres moins, et deux ou trois habitués. Mais surtout, une nouvelle config’ qui n’est pas pour ravir les fidèles de l’événement. Pas plus que le ciel qui plombe le secteur, ce vendredi.

Après s’être accordé une petite infidélité l’an dernier, votre serviteur est de retour sur le domaine de Tour & Taxis pour l’édition 2013 de Couleur Café. Premier constat choc à l’arrivée : la section principale de la rue du ‘bien manger’ (une moitié avait déjà été rayée de la carte en 2011) n’est plus. Relayée dans un hangar sombre au fond du site, et rebaptisée ‘Palais du bien manger’, elle a perdu toute convivialité. Autre modification importante, le chapiteau ‘Fiesta’ a également été éradiqué pour faire place à une deuxième scène en plein air, dressée à l’endroit le plus exigu du site, sur un sol jonché de cailloux de toutes tailles. La tente ‘Univers’, elle, a été préservée et n’a subi qu’un simple déménagement, de la droite vers la gauche. Mais de manière générale, la configuration se prête de moins en moins à un événement de cette ampleur, qui a déjà perdu un bon 50% de son espace initial.

Le temps d’absorber le nouvel aspect des lieux, dû aux nombreux projets immobiliers dans et autour de Tour & Taxis, il est déjà impératif de sortir sa veste d’hiver. Le temps de profiter des dernières notes accordées par Aloe Blacc, sur la grande scène, à la masse de demoiselles courageuses rassemblées aux premiers rangs. « I need a Dollar » chantonne le Soulman, tandis que les nuages s’amassent sans l’ombre d’un relâchement.

La pluie a du bon pour le rappeur français Kery James, qui se produit sous un ‘Univers’ full et motivé. Musicalement, le rap français n’est pas trop ma came, mais le petit arrêt sous la grande tente démontre une nouvelle fois le côté fédérateur du style. Des premiers aux derniers rangs, les gens dansent, suivent les instructions de celui qui avait fait ses premiers pas à Couleur Café, en 2008. Mais, non, musicalement, ça ne le fait toujours pas pour moi.

Détour vers le Titan, où le son est tout aussi naze que deux ans plus tôt. Nneka foule ses planches pour la troisième fois. Le style est plutôt attendu, et la demoiselle égale à elle-même. Larmes incluses. Le temps et le ton un peu trop sirupeux de la Nigérienne m’incite à abandonner le périmètre plus vite que prévu.

Un tour du propriétaire s’impose donc avant de rejoindre le podium Univers pour l’explosion de guitares annoncée. Outre le village associatif, qui est désormais réduit à 4 ou 5 stands tout au plus, le marché souffre également de la restructuration et se retrouve désormais perdu entre le Titan et le chapiteau Univers. Quant à la nouvelle scène en plein air, baptisée ‘Move’, tout a été déjà dit plus haut. Moins d’espace, moins de confort.

L’éclaircie de la journée proviendra de l’énergie dispensée par Skip The Use en ‘live’. Mat Bastard est une véritable pile sur patte. Le gars passe 50% de sa prestation à sauter dans tous les sens, et sa bonne humeur est ultra-communicative. Entre « Give Me Your Life », « Ghost » et leur reprise du « Song 2 » de Blur, les Lillois ne laissent aucun répit à la foule. Sans aucun doute l’heure la plus sympathique d’une première journée assez décevante.

Un peu plus loin, Wyclef Jean s’empare de la grande scène et balance son (seul) tube « Hips Don’t Lie », sans Shakira mais soutenu par un big band qui s’en sort pas mal, avant d’interpréter un medley des Fugees, sans grande conviction. D’ailleurs pas convaincu pour un sou, ma soirée se clôture sur un chouia de Jimmy Cliff, peu transcendant, puis une Sister Bliss totalement absorbée par ses platines. En même temps, jouer un DJ-Set sur l’estrade principale et sous la pluie pour pas beaucoup plus de 150 personnes, la DJette a dû connaître mieux dans sa carrière…

(Organisation Couleur Café)

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Les Nuits Botanique 2013 : lundi 13 mai

Conversation enregistrée, il y a quelques semaines, entre le photographe et le rédacteur.

A : Seb, ça te dirait d’aller shooter Savages ?
S : Sava- quoi ?
A : ‘Sa- va - ges’ (NDR : prononcez ‘sa-vais-gise’).
S : Tu penses que ça va me botter ? »
A : Absolument, c’est du post punk pratiqué par un groupe de filles !
S : Ah, idéal pour shooter, alors…
A : Oui, et elles font sensation en Angleterre. Elles sont déjà passées dans l’émission de Jools Holland et joué dans de grandes salles.
S : Alors OK, on y va !

Après avoir publié un premier Ep réunissant des titres immortalisés en ‘live’ (« I’m here »), Savages a gravé, en ce début mai, son premier elpee. Il s’intitule « Silence Yourself ». Au menu, du rock conjugué au féminin digne de la quintessence punk, new wave et gothique, qui a sévi au cours des eighties. On pense, bien sûr, inévitablement à Joy Division, Fugazi et Siouxsie and The Banshees. Les plages de l’opus sont entrecoupées de moments plus feutrés, susceptibles de sonoriser une BO de cinéma d’auteur. La chanteuse, Jenny Beth, a d’ailleurs composé quelques musiques de film, avant de fonder son band. Un projet impliquant quatre superbes filles capables d’insuffler une énergie nouvelle, à un mouvement qu’on pensait définitivement consommé.

Pas de préambule, elles nous plongent immédiatement dans le vif du sujet. Classieuses, réservées mais efficaces, elles nous mettent d’emblée en confiance. Pas de clins d’œil aguicheurs ni envolées mielleuses et encore moins de tentative d’hameçonnage. Et pourtant, on se sent à l’aise, et on entre dans leur set, comme illuminé par un sourire intérieur. C’est d’ailleurs ici que se situe la complicité entre le public et le groupe. Une impression de plénitude vous envahit. Le sens mélodique est soigné. Tout est exprimé de manière juste et entière. Et les surprises ont de quoi ravir, car on ne s’y attend jamais vraiment. Jamais mièvre ou passive, cette énergie vibre clairement en notre for intérieur et communique des émotions qui nous transportent. Et à ce titre on leur est reconnaissants.

Ce soir, l’Orangerie baigne dans le rock en noir et blanc. N’en déplaise aux machos, les demoiselles nous remuent instantanément les tripes. Leur show est irréprochable. Le quatuor manifeste une assurance et une sérénité que nous ne soupçonnions pas. Elles revisitent le passé en se servant du présent, afin de nous faire revivre des moments inoubliables. 

Le noir et blanc démodé ? Punk is dead ? On se le demande, en voyant aussi une grande partie du public composée de vieux ‘corbeaux’ qui hantent les soirées pour nostalgiques des 80’s. Mais rien n’est moins sûr ce soir. En ce qui concerne Savages, le revivalisme a retrouvé toute sa saveur sauvage…  

Setlist : 1.City's Full /2.I Am Here /3.She will / 4.Fuckers / 5.No Face / 6.Strife / 7.Waiting For A Sign / 8.Flying To Berlin / 9.Give Me A Gun / 10.Another War /11.Hit Me Play /12.Shut Up/13.Husbands

Français expatrié à Londres, Johnny Hostile avait été invité à entamer la soirée. Au départ, il est producteur. C’est également lui le cofondateur de Pop Noire. Un label qui a notamment signé Lescop. Et sa compagne n’est autre que Jehnny Beth, la vocaliste de Savages. Pas étonnant qu’elle vienne rejoindre Johnny, pour partager un duo, au milieu du set. Et ce petit chassé-croisé entre amoureux, sur les planches, est émouvant. Post/punk, la musique de Hostile lorgne parfois vers Neon Judgment. En plus ténébreux. Comme si elle cherchait son chemin pour atteindre le bout du tunnel. Et le lightshow accentue cette impression. A mon humble avis, pour bien cerner cette expression sonore, reconnaissons-le fort intéressante, il faut une oreille avertie ou tout au moins, avoir eu le loisir d’écouter et de réécouter les disques de cet artiste, avant d’assister à sa transposition en ‘live’.

Aes Sedai et Sébastien Leclercq

Savages + Johnny Hostile

(Organisation Botanique)

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Les conditions météo pourries de ces dernières semaines ont malheureusement été l’invité surprise de cette 20ème édition des Nuits Botanique. Un froid de gueux qui aurait été plus supportable dans le Grand salon cosy et chaleureux du Museum où le triple concert de ce lundi soir était initialement prévu. Finalement déplacé vers la fraîcheur hivernale d’un chapiteau tremblant sous des bourrasques clairement venues du Nord, le public timide et transi s’était blotti devant la scène frissonnante pour accueillir le folk-rock mélodique de Swann, le folk-pop surréaliste d’Ólöf Arnalds et le pop-rock ‘pleurnichard’ de Tom McRae. Une configuration globalement acoustique et intimiste qui aurait décidément apprécié un espace plus confiné. 

A l’âge de 23 ans, Swann est déjà considérée comme l’un des porte-drapeaux français dans le registre folk-rock. Elevée au Velvet Underground par des parents mélomanes, Chloé s’affirme très vite comme une songwriteuse et multi-instrumentiste (guitare, piano, harmonium…) de talent. Forte de ses qualités d’écriture et de son potentiel vocal, la jeune chanteuse fait une entrée remarquée en présentant un premier disque plaisant intitulé « Neverending », ce soir, sur les planches du chapiteau.

Vêtue d’une robe de soirée légère à carreaux noirs et blancs et flanquée d’une guitare acoustique, Swann balance des mélodies gracieuses et impose progressivement la force de sa patte musicale héritée de Patti Smith, Cat Power ou encore Lou Reed face à un public plus glacé que glacial. Et pour cause. Une ambiance de fin du monde règne sur un parterre peu habité ; le vent cogne aux portes et aux fenêtres d’un chapiteau vacillant, son sifflement se glisse sur la toile et ses airs frigorifiques s’engouffrent, pétrifiant les âmes. Un léger frémissement d’hésitation envahit la scène. Pourtant, Chloé, soutenue par ses deux musiciens, ne se laisse pas démonter et balance les sons électriques de « Show Me Your Love » et la reprise de « Bobby Brown (Goes Down) » de Frank Zappa. Le charme finit par opérer et le visage d’ange de Chloé se couvre d’un sourire soulagé pour clôturer un set plutôt réussi.

Swann ne jouit certainement pas de la notoriété et du don de communication de son ainée folkeuse Lou Doillon (voir compte rendu du 12 mai ici) mais elle possède une qualité bien plus précieuse, le talent !

Habituée aux grands froids du Nord, l’Islandaise Ólöf Arnalds ne semblait aucunement contrariée par le temps hivernal de ce mois de mai (NDR : notons au passage le nombre important d’artistes scandinaves et principalement islandais programmés à l’affiche des Nuits 2013 : Sóley, Ólafur Arnalds, Junip, Rebekka Karijord, Valgeir Sigurðsson… un bel indice du dynamisme politico-culturel rencontré dans les pays traversés par le Cercle Arctique.) Seule sur l’estrade, armée d’une sèche noueuse et affichant une touchante timidité, l’une des membres actives du célèbre collectif Múm nous livre une curieuse version acoustique de son troisième elpee solo, « Sudden Elevation », sorti le 4 février dernier sous le label Konkurrent. Prestation surréaliste ne ressemblant en rien à la version studio du long playing. Un bric-à-brac de morceaux bricolés, tantôt chantés en anglais, tantôt en islandais, et comme improvisés. La chanteuse islandaise nous raconte des histoires banales sur un ton badin qui, dans un premier temps, surprend le public, puis le captive par la grâce déconcertante de sa naïve sincérité. Elle est émouvante, désarmante. Ses histoires légères nous parlent d’une ville islandaise où il ne se passe rien. Où le seul divertissement se résume au passage mensuel d’un cargo. Comparé à celui d’Ólöf, le pays de Candy ressemble à un manga trash. Bref, l’ovni Ólöf vient de s’abattre sur les planches du chapiteau.

Musicalement, les mélodies voyagent entre un genre traditionnel islandais, des reprises de Caetano Veloso et des ballades interprétées dans la langue de Shakespeare. « Return Again » nous propose une mélodie fragile, presque friable, bercée d’une voix paradoxale, angélique et malicieuse, d’arpèges de guitare graciles et rêveurs. Un air désinvolte et coquin qui sillonne la setlist d’un concert réinventant des peines de cœur magiques, éclatées et irréelles. Un son aux harmonies simples mises au service d’une voix ondulante qui flirte incestueusement avec celle de ses ainées Stina Nordenstam et Anja Garbarek.

 Malgré une prestation scénique très sage, le chant lyrique nous réserve pourtant quelques moments d'exception et emporte l'auditeur vers des territoires inconnus. Ainsi, « Call It What You Want » s’énerve et s’élève aussitôt vers les univers oniriques de Joanna Newson ou Karen Dalton. Une voix singulière dont elle joue comme d’un instrument.

Il y a deux ans, la chanteuse islandaise nous confiait : ‘Depuis l’adolescence, je joue pour les mariages, les enterrements. J’aime ce rôle communautaire : jouer pour la famille, être avec les gens quand ils ont des choses à célébrer’. Cette année, l’artiste venue du Nord a dignement contribué à fêter les 20 ans du festival bruxellois.

Eric Ferrante

Ólöf Arnalds  + Swann                                                                                                           
(Organisation Botanique)

 

 

Les Nuits Botanique 2013 : dimanche 12 mai

Ce dimanche de semi-gueule de bois, entre relents de biture frénétique et heures de sommeil faussement réparatrices, je trace. Direction la capitale. J’y ai rendez-vous avec le jeune Irlandais Mmoths et les Canadiens psychotiques de Blue Hawaii, le tout dans le cadre idyllique du Botanique, au Museum, pour être plus précis.

19h30 : arrivée sur place, une bouteille de vin sucré dans le gosier et une excitation à peine cachée, avant d’assister aux prestations pour lesquelles je me suis déplacé.

Récit de voyage d’un illuminé, catapulté dans les étoiles …

Première note, première escapade onirique, confortablement installé à quelques mètres seulement de Mmoths et son band, dans un fauteuil rouge sang. Incapable de regarder ces trois génies trop cokés s’affairer sur le podium, c’est la tête balancée en arrière et les yeux fermés que je contemple le spectacle. Mes membres fatigués sont tiraillés entre spasmes et frissons, à mesure que les rythmes saccadés défilent.

Coup d’œil furtif à ma gauche, à l’instant où retentit la genèse de « THNX », ma comparse a reconnu l’air, un sourire discret mais heureux traduit un certain apaisement… ses yeux sont clos, elle nage probablement dans un océan de délire poétique, non loin du mien.

Mais le voyage est trop court, trop beau aussi ; une demi-heure de rêverie et le réveil, douloureux, la lumière agressant mes pauvres yeux. Je l’aperçois vider les lieux, sans un mot, sans un geste, tête baissée, laissant comme seuls souvenirs ses machines et instruments entassés.

Une blonde houblonnée et sa fidèle compagne Cancerette sont nécessaires pour retrouver pleinement ses esprits. Quelque part, assis sur les marches, l’esprit encore à moitié perdu dans les nuages, on essaye de mettre des mots sur ce qui vient de se produire. Mais il est trop tôt pour établir ce genre de constat, la seule chose qui ressort de ce semblant de conversation est un émerveillement exprimé sous forme d’onomatopées, quelque chose entre ‘waow’ et ‘ouf’.

Second round émotionnel en compagnie de Blue Hawaii. Les débuts sont psychédéliques, enivrants et majestueusement touchants. Vissé sur ma chaise en bois, je me délecte de ces mélodies enivrantes, portées par la voix gracieuse et fluette de Raphaelle. Visiblement à l’aise sur les planches, la demoiselle communique énormément avec son audience, lui confiant des anecdotes de tournées, quelques états d’âme et ressentis timidement annoncés.

Exhortant le public à se lever, le duo opère un revirement club aussi surprenant qu’impressionnant. Le résultat met du temps à se propager dans les travées ; et il faudra 3 morceaux supplémentaires pour que le public n’explose de joie, délaissant les doux fauteuils du Museum.

Le résultat donne une version alternative et intimiste du « Gnanmankoudji » que Laurent Garnier avait laissé éclater à Pleyel. Le temps d’un rappel en apothéose et le groupe s’en va, le devoir accompli, ayant indéniablement marqué et touché l’assemblée du Botanique.

Un nouvel arrêt houblonné s’impose avant de quitter le Bota, pour récupérer physiquement et psychologiquement. Je croise les deux Canadiens préparant le stand ‘merchandising’ et, incapable de résister à l’envie de leur dire un mot, je demeure bloqué, comme subjugué, incapable d’articuler autre chose qu’un ‘merci’ à peine murmuré. Je reçois en guise de réponse un timide mais sincère ‘Thank you for coming’ de la souriante chanteuse. Il ne m’en fallait pas plus pour repartir le cœur léger, leur LP sous le bras mais surtout la tête pleine de souvenirs, ceux d’une soirée majestueuse que je risque de revivre à maintes reprises lors de mes rêveries, qu’elles soient éveillées ou dans les bras de Morphée.

Adrien Fassotte

(Organisation : Botanique)

Mmoths + Blue Hawaii


Ne perdons pas de temps à tâcher de convaincre les pisse-froids qui hurlent au népotisme ou à convertir l’élite néo-folkeuse venue rechercher la perle rare alternative lors de cette onzième édition des Nuits Botanique. Dimanche soir, Lou Doillon était venue jouer ses morceaux artisanaux composés dans l’intimité de sa cuisine et inspirés de ses chagrins d’amour. Sans aucune prétention de génie artistique, la chanteuse française avait choisi les planches d’un Cirque Royal archi-complet pour revisiter l’intégralité de ses « Kitchen sing dramas » issus de son premier long-playing produit par Etienne Daho et mixé par le Cassius Philippe Zdar. « Places » (2012), un album intimiste folk-rock influencé par les sons de son enfance.

Certes, à travers cette nouvelle expérience, l’actrice, comédienne, mannequin tente d’effacer cette image qui lui colle à la peau. Celle d’une hit girl, d’une ‘modeuse’ branchée, d’une ‘jet setteuse’ qui transite entre Paris et Londres. Pourtant, un concert déjà complet lors de sa prestation à l’Orangerie du Botanique, accordé le mois de décembre dernier, nous avait déjà convaincu qu’elle pouvait compter sur un public fidèle. Maintenant, reste à savoir si celui du Cirque Royal était venu en masse pour voir l’égérie de Givenchy et de Karl Lagerfeld ou pour découvrir l’univers musical de cette jeune auteure-compositrice-interprète de 30 ans au parcours atypique.

C’est un Cirque Royal plongé totalement dans le noir et illuminé d’une très belle scénographie qui attendait Lou Doillon et ses quatre musiciens. Cinq lampes vintage en arc formant un C de taille XXL planté au-dessus de chaque acteur sert de décor. Un décor original et judicieux pour éclairer les premières notes de la ballade poignante, « I.C.U ». Pas un mot dans la salle. Le public reste scotché à chaque inflexion vocale, à chaque souffle. Le timbre plaintif mais décidé, autoritaire mais vulnérable, s'égare dans l'air et invite le spectateur, accroché à chaque syllabe, à des rêveries douces-amères chantées dans son anglais maternel. Lou Doillon possède cette espèce de sauvagerie douce qui intrigue et s’accorde à merveille au genre musical qu’elle a choisi d’embrasser ce soir. Un folk aux ambitions aériennes et traversé d’influences universelles, communes et ensorceleuses.

Progressivement, ses talents d’oratrice réchauffent la salle. Un don naturel de communication qui séduit rapidement l’auditoire. Tantôt malicieuse, tantôt charmeuse, elle nous raconte son concert comme un roman autobiographique chargé de complaintes, de drôleries et de confidences. C’est alors que la comédienne reprend le dessus et nous inflige quelques plaisanteries croquignolettes en introduction de « Hushaby », morceau qu’elle aime écouter au volant de sa voiture les yeux fermés ou de « Devil Or Angel » où Lou Doillon s’amuse à imiter le cri du loup et invite le public à la suivre. Why not !? Bref, toute une mise en scène qui régale l’assistance et en ferait presque oublier la musique.

Le répertoire tantôt folk, tantôt country, tantôt soul, et plutôt facile, revisite les standards du rock et s’architecture autour de compos souvent trop légères. Une femme sous influence qui jouerait à réinventer les tubes ensorceleurs de Marianne Faithfull, Patti Smith ou encore Lou Reed, qui ont bercé son enfance.

Ne soyons pas trop sévère. Plusieurs standing ovations et plusieurs rappels (quatre !) nous confirment que le pari musical de Lou Doillon est plus que réussi. Le public est ravi et l’artiste ne veut plus quitter l’estrade.

Répertoire épuisé et public affamé, l’actrice reconvertie se doit d’improviser. Et tout d’abord, sur une reprise ‘originale’ de Clash qui arrive à point nommé. Accompagnée par le guitariste François Poggio, la folkeuse de l’Hexagone entame  « Should I stay or Should I go » comme si c'était un standard made in Nashville.

Rassurée par sa prestation, la chanteuse se lance sur la scène pour quatre longs rappels. D’abord, seule, guitare acoustique entre les mains, jouant sa première composition sur deux accords. Sa maladresse à la six cordes est presque touchante. On pense à la fin d'un repas de famille. Ce moment délicat, un peu gênant, où la petite dernière vient réciter le poème appris à l'école. Ne soyons pas cynique car, si la guitare ne sonne pas, la voix fait des merveilles. Enfin, une dernière reprise plus étonnante : « I go to sleep », chanson écrite par Ray Davies pour le Kinks, en 1964, que populariseront Chrissie Hyde et les Pretenders, en 1981. Et, plus récemment, subtilement réarrangée par la chanteuse britannique Anika, en 2010.

Amateur ou non, le public franchit les portes du Cirque Royal, le sourire aux lèvres, heureux d’avoir partagé l’univers musical de la nouvelle songwriter française.

Eric Ferrante

Lou Doillon

(Organisation Botanique)

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Les Nuits Botanique 2013 : samedi 11 mai

Écrit par

L’espace réservé par la programmation des Nuits Botanique aux musiques alternatives et expérimentales n’a pas fait défaut ce samedi soir au Cirque Royal. Ainsi, sous les projecteurs du Cirque, le producteur allemand Sascha Ring alias Apparat –l’un des piliers du milieu électro berlinois– y présentait son dernier projet « Krieg und Frieden (Music for Theatre) », la bande-son surprenante de la récente pièce de théâtre de Sebastian Hartmann inspirée par le chef-d’œuvre de Tolstoï, Guerre et Paix. Une soirée sono-visuelle à laquelle étaient également conviées les nouvelles « Images Du Futur » de l’excellent groupe canadien Suuns qui nous livrait son nouveau matériau sonore sorti le 5 mars dernier, sous le label Secretly Canadian. Autre invité de marque, le trois-pièces français Aufgang dont l’électro-baroque-expérimental peu conventionnel conjugue ingénieusement musique classique et électronique pour des shows généralement explosifs.

Il fallait, comme il se doit, une ambiance feutrée, une scène plongée dans l’obscurité et un décor dépouillé pour accueillir les mélodies alambiquées des Canadiens de Suuns. Sans détour, le quatuor de Montréal nous plonge dans les profondeurs viscérales de sa dernière exploration. Hormis les manœuvres dynamiques de « Powers of Ten », les morceaux se veulent globalement moins rageurs, moins bruts, moins immédiats que par le passé. Les orages magnétiques de « Bambi » sont sous contrôle et laissent moins de place à l’improvisation.

Ne prenez pas peur. Les morceaux restent néanmoins toujours infectés par cet esprit sombre, vicieux et contrarié. Ils sont simplement plus travaillés, mieux calculés, plus pensés. Une maîtrise live que l’on peut distinctement entendre sur « 2020 », « Mirror Mirror » ou « Sunspot ».

Les Montréalais pyromanes continuent férocement à jouer avec nos nerfs et enchainent les chansons branlantes et psychotropes, minimales et obsédantes. Chantés la mâchoire crispée, les murmures mélodieux et angoissés de Ben Shemie plongent l’auditoire dans un monde parallèle et intriguant. Un concert cathartique aux couleurs du monde contemporain instable dont il est le reflet. Chansons du désordre qui illustrent leur engagement physique et intellectuel lors des manifestations qui se sont déroulées l’année dernière à Montréal. Une musique qui s’inscrit résolument dans son époque. Le résultat final est profond de sens, d’équilibre et de déséquilibre, tant dans l’écriture et le son que dans la vision créatrice. Des « Images Du Futur » écrites dans ‘le climat enthousiaste et excité, d’espoir et de frustration’ d’un Québec au bord de la crise de nerfs. 

Partisans actifs aux manifestations des étudiants québécois en 2012 et survivants d’une tournée interminable consécutive à la sortie de « Zeroes QC », accomplie en 2011, Ben Shemie et Joe Jarmush semblent pourtant, par moments, manquer de souffle sur scène. En effet, certains titres comme « Minor Work » enthousiasment moins et montrent quelques signes de lassitude. Petits détails pour une grande prestation de Suuns sur les planches du Cirque Royal.     

La suite du programme risque de surprendre davantage, d’assommer ou de passionner. C’est selon. Quoi qu’il en soit, l’expérience inédite d’Apparat reste impressionnante.

C’est après s’être évadé d’une vieille usine berlinoise abandonnée où il a enregistré les dix pistes de « Krieg und Frieden » durant plus de quatre semaines, en compagnie d’un orchestre de 30 musiciens, que Sascha Ring décide d’arpenter les routes pour exposer son nouveau projet atypique sur les scènes internationales.

Une exclusivité dénichée par les programmateurs des Nuits Botanique censée ravir les oreilles des amoureux de musique expérimentale avant qu’elle ne tombe entre les mains des plus gros festivals européens (Brighton, ‘Primavera Sound de Barcelone’, etc.)

Grand nom de la scène musicale berlinoise, créateur de dreamscapes, Sascha Ring aka Apparat aime tisser des textures et peindre des paysages sonores étourdissants. Il a le talent pour conjuguer son et image et se plaît à créer des univers multiformes capables d’explorer les sens et les émotions. La création d’une bande-son pour le théâtre n’est d’ailleurs pas un exercice qui lui est totalement étranger. Au cinéma, il s’était déjà livré à ce type d’exercice expérimental lors du dernier long-métrage de Jacques Audiard (« De rouille et d’os ») ou encore pour la série Breaking Bad.

Les planches du Cirque Royal tombaient comme une évidence pour faire place aux frasques audiovisuelles du génie allemand. Un écran géant comme seul décor et cinq artistes sur le podium. Côté jardin, trois musiciens. Côté cour, deux magiciens de l’image aux techniques peu conventionnelles. Tandis que le jardin se lance dans des airs de cordes (violon, violoncelle) lugubres voilés de couches de musique électronique, les deux vidéastes projettent en direct des images en totale synchronisation avec le son. Une technique particulière qui consiste à passer des filtres (ou autre matériau) avec une dextérité impressionnante sous un faisceau lumineux à une vitesse proportionnelle au rythme de la musique. Un fond d’écran qui s’anime de taches noires et d’éléments figuratifs abstraits à la vitesse du son. Plus les couches électroniques se superposent, plus les cordes montent crescendo et plus l’écran s’anime jusqu’au bourdonnement final et anxiogène de « Blank Page » où l’image s’efface. C’est que   lumière et son s’allient et se consolent, se taisent ou bien s’éteignent, signant, dans cet accord obscur, la fin de ce voyage en terre inconnue. 

Bref, un phénomène inexplicable. Plus facile à saisir au cœur battant de la présence, à éprouver en cet instant de grâce fugitif que nous offre la scène. Les mots nous font défaut pour le décrire. Seul le silence fait sens et transmet le vrai son. 

Eric Ferrante

Apparat + Suuns + Aufgang

(Organisation Botanique)     

Les Nuits Botanique 2013 : jeudi 10 mai

Ce jeudi, au Cirque Royal, les organisateurs des Nuits du Botanique s’étaient lancés un challenge en programmant deux artistes islandais, Ólafur Arnalds et Valgeir Sigurðsson, ainsi qu’un songwriter insulaire, Will Samson. Le CV des deux Scandinaves est bien typiquement islandais. Normal quand on apporte régulièrement sa collaboration à Sigur Rós ou Björk. Un curriculum vitae surfait ou une notoriété méritée ? C’était la première question que l’on pouvait se poser avant ce concert ? La deuxième question pertinente était de savoir comment ils allaient se débrouiller pour transposer leur musique éthérée et contemplative, en live ?

En entrant au sein du Cirque Royal, je constate que le challenge tenté par les organisateurs, n’est pas complètement relevé. En effet, lorsque Will Samson ouvre le bal, les sièges sont bien occupés, mais pas le parterre. En fait, le public n’est manifestement pas venu pour applaudir cet artiste. M’enfin, il est à peine 20 heures, et les spectateurs devraient gonfler l’auditoire, au fil du temps…

Will Samson chante, joue de la guitare et se sert généreusement de ses pédales. Il est flanqué d’un joueur de lapsteel. Pendant une demi-heure, il va nous entraîner dans un univers proche de celui d’un Bon Iver. Sa voix est cristalline. Délicates, limpides, et mélancoliques, ses chansons sont sculptées dans un folk atmosphérique et bucolique. Il aligne des titres issus de son dernier opus, « Hello Friends, Goodbye Friends ». Et le public est ravi de la performance de ce troubadour des temps modernes…

Il est 20h50 et place à Valgeir Sigurðsson. Au départ, c’est un ingénieur du son. Il a notamment travaillé pour Björk (comme signalé ci-dessus), mais également Feist, CocoRosie ou encore Camille. Paru l’an dernier, son dernier elpee s’intitule « Architecture of Loss ». Le Scandinave s’installe derrière ses claviers. Il est soutenu par une violoniste et un violoncelliste barbu. Manifestement, les trois musicos sont des virtuoses ; mais au bout de 20 bonnes minutes, on doute de leur capacité à subjuguer les foules. D’ailleurs, les personnes debout viennent progressivement s’asseoir sur les gradins. Il n’y a même plus assez de sièges. Les morceaux sont longs et soporifiques. Les jeux de lumière inexistants. Après une heure de concert, on est soulagé de les voir débarrasser le plancher…

En compagnie d’Ólafur Arnalds, on espère enfin pouvoir se réveiller quelque peu. Une tâche qui risque d’être compliquée, vu l’état de léthargie dans lequel Sigurðsson a plongé l’auditoire. Quand on connaît le post-rock néo-classique du producteur/multi-instrumentiste, on ne doit clairement pas s’attendre à une explosion instrumentale, mais on peut toujours espérer un spectacle qui parvienne à nous transporter.

Ce soir, Arnalds est entouré d’un quatuor à cordes, soit trois violonistes et un contrebassiste. Un line up susceptible de donner de l’envergure à l’expression sonore. Vers 22h, l’Islandais s’adresse rapidement au public. Il lui demande de chanter un air, qu’il utilisera ensuite comme boucle. Il se plante ensuite derrière son piano à queue. A première vue, l’ensemble a de la gueule. Cependant, à l’instar de son compatriote, Arnalds ne s’intéresse guère au sens du spectacle. Les opportunités offertes par une salle comme le Cirque Royal, sont négligées. Difficile de croire que Woodkid s’est produit au même endroit, quelques jours plus tôt ! Il y a bien un semblant de projection, mais difficile de faire plus minimaliste. Quant au lightshow, l’un ou l’autre sport s’allumera bien lors des trop rares envolées musicales, mais pas davantage. La musique est belle, mais en ‘live’, c’est insuffisant. Dans ces conditions, autant écouter l’album sous le casque, le résultat sera plus probant.

Finalement, la révélation nous est venue de Will Samson. Non seulement ce songwriter est bourré de talent, mais il le démontre sur les planches. Tout en publiant de bons disques. Car si les disques des deux Islandais sont visionnaires, atmosphériques et lyriques, leur transposition en ‘live’ est d’un ennui mortel. Il existe une énorme différence entre composer pour des artistes de la trempe de Sigur Rós ou de Björk (NDR : voire mettre en forme leurs œuvres), et se produire devant un public. L’aspect visuel a également son importance. La native de Reykjavik et la bande à Jónsi connaissent toute l’importance du visuel. De quoi regretter le déplacement ce soir. Du moins, c’est mon cas…

Béber

Ólafur Arnalds & strings  + Valgeir Sigurðsson + Will Samson

(Organisation Botanique)

 

Une délégation américaine avait été conviée ce jeudi soir à la Rotonde pour défendre les couleurs de l’indie rock made in USA. Humeurs folk-rock à tous les étages représentées par les New-Yorkais (Brooklyn) de Woods et le talentueux songwriter issu d’Alabama, Matthew Houck. Une Rotonde archicomble. Public nombreux brûlant d’étancher sa soif de nouveaux crus sonores, de se griser aux réverbérations originales de « Muchacho », le dernier album de Phosphorescent.

Vous l’avez de suite compris, les ultra-productifs musiciens de Woods (sept albums en sept ans !) servaient tout juste ici d’apéricube. Un apéritif certes de qualité et long de 50 minutes : le tout récent « Bend Beyond ». Mené par la voix falsetto de Jeremy Earl, le quatuor de Brooklyn va nous balancer un folk-rock nostalgique des seventies, mais en y ajoutant une vigueur suffisante pour annoncer le retour attendu de Matthew Houck. Un concert de bonne facture et rassurant qui jure cependant par son manque d’originalité. Rares, en effet, sont les artistes dont la productivité intensive rime avec talent créatif. Le plus souvent, talent et temps s’assonancent et se conjuguent.                

Phosphorescent livre au public un univers où se croisent et s’enchevêtrent les paradoxes. Il est des œuvres singulières qui ne peuvent voir le jour que grâce aux ombres projetées par mille contradictions, mille douleurs qui se sont tues. Telle est la source inépuisable de la beauté de cet opus. D’emblée, Matthew Houck brouille les pistes. Folk alternatif, alt-country, rock sous influence seventies ? Il nous laisse perplexes, nous mystifie. Inutile de le définir, de lui coller un style. Il n’est pas là où on l’attend. Écoutons simplement et laissons-nous guider par sa musique. Une seule constante se dégage de ce flou artistique : un chant troublant et poignant, des mélopées plaintives et doloristes qui nous bouleversent et subliment l’espace subtil de ses plus belles chansons. La voix plaintive (légèrement nasillarde), rauque et friable du chanteur s’est déniché un écrin de résonances sur mesure. Mise en valeur comme jamais, sa troublante singularité recouvre ici toute sa force suggestive, sa puissance émotive, ses envols nostalgiques et sa mélancolie.  

Muchacho présente des morceaux impeccables et quelquefois magiques. Il distille splendeur et beauté à des doses enivrantes, presque létales. Il invoque le soleil par des lamentations obscures et funèbres, irradie tristesse et mélancolie, trace les sentiers d’un cœur à la dérive qui sait bien que l’amour est un feu qui dévaste, comme cet anneau de feu qu’on porte autour du doigt. Qu’il est aussi chose légère, futile. Frivolité désabusée.

Deux mélodies jumelles ouvrent et ferment le concert, nous accueillent et nous congédient. Un prologue, « Sun, Arise! (An Invocation, An Introduction) » et « Sun’s Arising (A Koan, An Exit) » en guise d’épilogue. Ces deux morceaux périphériques, chantés sur un ton psalmodique et lancinant, et comme sortis du fond des âges ou d’un futur antérieur improbable, évoquent des incantations nocturnes aux harmonies limpides d’une beauté vénéneuse conçue pour envoûter dès la première écoute et vous happer mortellement vers les récifs. Entre gospel et new age, c’est la voix même atemporelle et ténébreuse des sirènes qui nous effleure et nous étreint.   

 Ensuite, tombe « Song for Zula », un joyau resplendissant issu des sédiments de l’âme country classique, mais innovant et futuriste. Cela fluctue, on ne sait trop… puis, ça y est : nous lâchons prise. L’envoûtement nous cerne de toutes parts, devient plus prégnant, plus intense. Six minutes de grâce et d'émotion. Un lamento sans cesse réitéré. Musique paradoxale et singulière délicatement orchestrée autour de la voix au pouvoir hautement émotionnel de Houck, où les synthétiseurs, la pedal steel guitar et quelques violons s’étreignent et se s’entremêlent pour charmer nos oreilles de sublimes accords.

La dissonance vient des paroles. Matthew Houck se livre à un véritable exercice de style paradoxal de haute voltige. Sérieusement affecté par un chagrin d'amour récent, il tord le cou aux mirages sentimentaux et rogne les ailes narquoisement aux amours transcendantes. Il paraphrase le mythique « Ring of Fire »: ‘Some say love is a burning thing that it makes a fiery ring’, mais à cet éclat flamboyant de l’amour qui brûle et dévaste, succède un frivole ‘Oh but I know love as a fading thing – just as fickle as a feather in a stream’. Au fond, rien n’est plus profond que le superficiel. Tout dandy qui se respecte le sait d’instinct et le proclame sans ciller. La musique sublime du morceau en témoigne. Car tout art véritable nous apprend qu’il n’est pas de belle surface sans une redoutable profondeur. Tragédie de l’inconséquence ? Peut-être. Mais sublimée jusqu’à l’incandescence d’être sans adjectifs. Du reste, cette chanson est d’une facture remarquable. Un seuil que l’on ne se lasse pas de franchir, qui nous retient mille fois avant de nous laisser aller plus loin pour découvrir d’autres gemmes peut-être plus discrètes mais non dénuées de beauté.

« Ride On/ Right On » et « A Charm/ A Blade » s’illustrent par leur verve enjouée et l’entrain tout en conférant couleur et profondeur à cette œuvre brillante. « Terror in the Canyons (The Wounded Master)” est une autre fichue merveille. Un piano émouvant. Des paroles inspirées. ‘Il fut un jour un fauve et une cage, un acteur qui saignait et puis la scène qui s’entrouvrait comme en abîme. Cela aurait pu durer l’éternité entière ou quelques brefs instants…’ « Muchacho's Tune », valse malingre bercée par un ensemble mariachi du troisième type, nous convie à communier avec une promesse de rédemption en affichant une élégance aussi brutale que franche. Valse étrange aux paroles magiques qui débouche sur un autre sommet vertigineux et étourdissant, « A New Anhedonia », une ballade soul hantée, rappelant Bon Iver. J’évoquais les paradoxes et les contradictions de cet LP ; parlons à présent d’avers et de revers : « The Quotidian Beast » pourrait bien être le côté pile ou face (chacun choisira) de ce météorique morceau de ciel qu’est « Song for Zula ». Une chanson majeure qui, pendant plus de 7 minutes, nous hypnotise et nous séduit. Avant que le soleil ne surgisse tout à fait, il nous reste un arrêt de plus, « Down to Go », autre preuve, s’il en faut, que nous sommes en présence de l’un des plus beaux crus dont on puisse s’enivrer en ces temps difficiles et plutôt déprimés. Bref, entre espoir et tristesse, ruines et construction, le concert tâtonne dans le clair-obscur de paradoxes foudroyants et capte souvent la lumière. D’emblée, Matthew Houck nous livre les pièces maîtresses de son sixième et certainement meilleur long playing.

Ce jeudi, dans la salle de la Rotonde, le public est conquis. Le concert le comble au-delà même de ses attentes. Tout contribue à le griser. Les claviers fous de Scott Stapleton et la puissance des drums de Christopher Marine qui accélèrent le rythme. L’originalité hors pair de Matthew Houck qui réinvente le genre folk-rock, alt-country (NDR : l’elpee a été produit par John Agnello). A l’instar de « Song for Zula » où l’originalité se fait chair sonore. L’orchestration est parfaite autour de la voix de Houck. Et elle raconte précisément de belles histoires. Elle réverbère toute la charge d’émotion afin de communier intensément avec sa présence vocale… Tout est en place, rien ne déborde. Un concert où il fait bon vivre. Cette ivresse tranquille exclut tout débordement et vous situe au centre de la présence phosphorescente, en vous gardant juste vivants.

Enfin, Matthew Houck, l’air un peu désabusé, revient seul sur l’estrade pour accorder deux rappels. La salle entière est silencieuse, les mouches mêmes suspendent leur vol, pour écouter…

Hypnotique !   

Eric Ferrante

Phosphorescent + Woods

(Organisation Botanique)

 

‘Je suis alternatif, mais pas confidentiel’, nous confie Lescop dans les loges du Botanique après le concert qu'il vient d’accorder dans le cadre des Nuits Botanique. ‘Je n'aime pas le côté élitiste de certains dans le monde de la musique underground. Les grands groupes qui ont compté, comme Einstürzende Neubauten, Joy Division, New Order ou même Indochine, on les a vus à la TV. Ils se sont inscrits dans une culture populaire qui proposait des filtres pour emmener les gens vers autre chose.’ Ce pari, rendre populaire une musique plus alternative, Lescop, de son vrai nom Matthieu Peudupin, est clairement occupé de le gagner. Sa ‘pop wave’ minimale, qu’il chante dans la langue de Molière, évolue entre Daho, Taxi Girl, Indochine et Joy Division. Teintée d'éléments 'dark', elle rencontre un beau succès. Le hit lumineux « La Forêt » et l'album éponyme ont révélé au grand public un artiste talentueux et discret.

Il s’agit déjà du troisième concert de Lescop, au Botanique, en un an. En mai 2012, il assurait la première partie du regretté Daniel Darc ; et en novembre, il nous avait gratifié d’un set archi-sold-out, au sein de l’intimiste La Rotonde. A cette occasion, il avait promis qu'il reviendrait pour un show plus long au sein d’une salle plus grande. C’est chose faite.

L’Orangerie est comble lorsque le band monte sur scène et c'est l'hypnotique « Paris s'endort » qui ouvre efficacement le bal. Classieux et discret, Lescop s’est planté au milieu du podium. Comme d’habitude, il est vêtu d'un simple polo, d'un jean et de chaussures Converse. Sur l’estrade, il est flanqué à nouveau de Cédric Leroux (ex-Phoebe Killdeer) à la guitare (NDR : physiquement, on dirait qu’il est né d’un croisement entre Prince, Fred Chichin et Phil Lynott). Il affiche une grande maîtrise sur sa gratte, en exécutant des mouvements saccadés et épileptiques. A droite, on retrouve Antoine de Saint-Antoine, l'acolyte des débuts dans le groupe Asyl. Il est préposé à la basse et aux chœurs. Par rapport au concert de La Rotonde, le line up compte deux musiciens supplémentaires. Multi-instrumentiste et co-compositeur des musiques du premier opus, Gaël Etienne se charge principalement des claviers ; mais le changement le plus notoire nous vient de la présence d’un batteur. Ce qui donne beaucoup plus de pêche au son en ‘live’. 

La formation poursuit son voyage au cœur des villes, via « Ljubljana » et « Los Angeles ». Entre les deux chansons, Lescop salue le public et prétend –non sans une pointe d’humour– qu'il se souvient de tous ceux qui étaient présents lors de ses précédents concerts. « Le Mal, Mon Ange » séduit par sa rythmique hypnotique mais on regrette évidemment l'absence de la voix féminine, assurée sur l'elpee par Dorothée De Koon. D'une façon générale, Lescop a nettement gagné en aisance par rapport aux concerts précédents. Derrière son micro, concentré et les yeux fermés, il ressemble à Ian Curtis. Ses mouvements ne manquent pas d’aisance. Il les anime d'élégants déhanchements légèrement androgynes. Pourtant, il avoue lui-même, en interview, qu'il ressent toujours le trac sur scène et qu'il a recours à l'hypnose pour se préparer. Enchainement parfait, place à « Hypnose », une compo qui traite de cette pratique, suivi d'un « Marlène » aux accents très postpunk.

La musique, très filmique, de Lescop est influencée par le cinéma, surtout les réalisateurs Jean-Pierre Melville, Fassbinder et Schlöndorff. « La Nuit Américaine » en est une preuve évidente, même s'il nous précisera plus tard qu'il n'avait pas encore vu le film de Truffaut, quand il l'a écrite. Etonnant! La chanson est très bien accueillie et on sent que le concert arrive à son premier paroxysme. Au milieu du morceau, le groupe s'arrête et construit une progression en intensité typiquement electro, qui débouche sur un final tout en puissance. Regardez ce superbe moment ici

Pas le temps de souffler et il embraie par le hit, « La Forêt » ! Le public acclame chaleureusement les premières notes de basse et le rythme minimal de batterie. Lescop campe en front de scène et son interprétation est impeccable. Nous dansons en remuant la tête, comme ensorcelés par cette mélodie envoûtante. Dans les passages instrumentaux, les musiciens se déchaînent et Cedric Leroux nous gratifie d'un superbe solo, exécuté sur sa guitare rouge écarlate. Pour voir ou revoir cette interprétation de la « La Forêt », c’est ici.

Après le frénétique « Un Rêve », Lescop poursuit par « Le Vent », un morceau consacré aux ‘souvenirs brûlants’. Il la dédie à Daniel Darc, ‘le mec qui m'a donné envie d'écrire’, confiera-t-il plus tard lors de notre entretien. Le moment est touchant et clôture idéalement la première partie du concert.

Une courte pause et le combo revient sur le podium, pour aborder le très calme « Tu m'écrivais souvent », le premier morceau issu de la plume de Lescop. Un inédit, qui sera inclus sur la réédition du premier long playing, prévue pour l'automne. « Slow Disco » évoque quelque peu « La Forêt », mais en plus lent. Et enfin, le set atteint son second paroxysme :  « Tokyo, La Nuit ». L’intro est d’abord lancinante, lourde, quasi métallique, avant l’explosion de guitares. Et puis, cette rythmique est vraiment infernale. Gaël Etienne a abandonné ses claviers et il a rejoint le bord de l’estrade, armé de sa guitare. Le public est aux anges et chante le refrain en levant les bras au ciel. Lescop est impérial. Il les lève aussi en faisant le signe ‘V’ ; et, à cet instant, on se demande s’il n’a pas l’intention de sauter dans la fosse, comme il l’avait fait à la Rotonde. Mais non, il reste sur les planches. Tel un chef d'orchestre, il marque les dernières mesures de ce morceau d'exception et vide les lieux après avoir remercié un public conquis. Regardez la vidéo de ce moment unique: https://www.youtube.com/watch?v=qffQM5WxyCo

Un concert en tout points parfait, que votre serviteur eu la chance de pouvoir prolonger en compagnie de mes amis Vincent et Valéria dans les loges, pour une mémorable interview de Lescop, suivie d'une nouvelle hallucinante escapade avec le groupe dans ‘Bruxelles, La Nuit’...

Setlist: Paris s'endort, Ljubljana, Los Angeles, Le Mal Mon Ange, Hypnose, Marlène, La Nuit Américaine, La Forêt, Un Rêve, Le Vent. Rappels: Tu m'Ecrivais Souvent, Slow Disco, Tokyo La Nuit.

En première partie de Lescop, nous avons pu découvrir deux ‘supporting acts' français. Tout d’abord, Superpoze, un jeune beatmaker caennais transformé en homme-orchestre. Seul aux claviers et au contrôleur MPC d'Akai, il a proposé une musique instrumentale electro, dans l’esprit des labels Ninja Tune ou Warp. Ensuite, Yan Wagner et sa troupe ont dispensé un set electropop/new-wave, mais aux accents un peu trop 'house/dance' à mon goût.

Philippe Blackmarquis

Lescop

(Organisation : Botanique)

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Nuits Botanique 2013 : mercredi 8 mai

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C’est dans l’enceinte du Cirque Royal que les organisateurs des Nuits Botanique ont décidé d’accueillir les Américains de Low, les Suédois de Junip et le Britannique Barbarossa. Une configuration réduite au strict minimum où les loges étaient murées d’une toile sillonnée de lumières en boucle aux faisceaux subtilement psychédéliques. 

Face à un parterre silencieux et singulièrement discret (50 personnes tout au plus), James Mathé, seul sur scène, caché derrière sa barbe rousse, retrousse les manches de sa marinière avant de lancer ses séquences électro conçues pour habiller ses textes pop-folk sombres et délicats. Un univers atmosphérique où la voix majestueuse du songwriter londonien s’aventure davantage sur des airs électroniques que par le passé. Venu présenter son Ep « Butterfly Plague », sorti en 2012, Barbarossa nous offre une belle entrée en matière pop-folk juste avant d’accueillir les Suédois de Junip.

Les quelques minutes qui suivent la fin du set de Barbarossa nous font comprendre, sans l’ombre d’un doute, qu’une grosse partie du public s’est déplacée pour écouter la folktronica du sextet scandinave. Les corps se glissent en masse dans les couloirs du Cirque, la rumeur enfle autour du dernier album éponyme « Junip ». Les noms de Barbarossa et Low se fondent plutôt dans le silence. Je m’incline, je souscris à l’évidence : la véritable tête d’affiche du soir, c’est incontestablement Junip.

Il a fallu près d’une décennie avant que le premier long playing de Junip ne soit enfin publié. Victime du succès planétaire rencontré par José Gonzales, leader incontournable du groupe, le trio suédois végétait dans un demi-sommeil rêveur jusqu’en 2010. Comme à la poursuite d’un songe d’adolescent, les trois amis d’enfance guettaient inlassablement l’instant. L’instant du premier Opus. Cet instant symbiotique convoité depuis 1998. Cet instant incessamment différé par la célébrité grandissante de l’enfant prodigue. Laissés dans l’expectative, Elias Araya (drums) et Tobias Winterkorn (claviériste) ont observé sans ciller l’ascension fulgurante du trinôme. C’est alors que José Gonzales décide subitement d’abandonner sa guitare aux cordes d’acier noueuses pour rejoindre fidèlement ses deux autres tiers. Il reprend enfin son souffle et se consacre sereinement à son projet initial : Junip. Jouer en équipe l’inspire subtilement et le résultat est stupéfiant : ‘Nous ne sommes ni les meilleurs ingénieurs du son, ni les meilleurs musiciens, mais nous savons enfin ce que nous aimons’. Dix ans de patience et de frustrations récompensés par « The Fields » : une curiosité folk-pop-électro addictive sortie en 2010. Transcendé par le succès de cet elpee, le trois-pièces issu de Göteborg repousse encore les frontières expérimentales et s’enrichit de trois nouveaux membres pour sortir un deuxième album éponyme, en 2013.  

L’architecture minutieuse du deuxième album achevée et déjà remarquée par la presse, Junip peut à présent user de ses mélodies pour fouler sereinement toutes les scènes internationales. Celles présentées ce mardi au Cirque Royal ont encore surpris d’une setlist hétéroclite oscillant du calme au rugissement, de la simplicité au désordre chaotique. Un patchwork étoupé d’une voix de chaman millénaire, de paroles férocement poétiques et de sons délibérément rugueux revêtant les lieux d’une étoffe au grain flou, mélodique et hypnotique. Un mélange séduisant et capiteux qui nous plongerait dans les univers peu conventionnels du folk-jazz de John Martin ou de la soul psychédélique de Richie Havens ; le tout parfumé d’arrangements électroniques. Bref, une capsule d’oxygène gonflée de folk, de pop, offrant un nouveau souffle à un registre pop-folk trop souvent répétitif.

Le sextet suédois surprend d’un concert rigoureusement équilibré et cohérent doté d’une mécanique mélodique de haute précision. Un set composé de chansons riches d’influences, sans texture ostentatoire, sans variation dynamique inutile, sans accord superflu qui s’ouvre sur les champs crépusculaires de « Line On Fire ». Bref, un concert fidèle au dicton : ‘Less is more’.

Çà et là, la chaleur des claviers de Winterkorn, les rythmes subtilement insistants d’Araya, la voix paisible et le lyrisme énigmatique de Gonzales tissent d’heureuses, de délicieuses mélancolies construites de sons analogiques. De Moog sur « Your Life Your Call ». Paroles et mélodies oscillent entre chaos et renaissance, entre vie et mort. Des morceaux qui tantôt s’irradient des origines argentines de José Gonzales et tantôt se perdent dans les nuits vaporeuses de sa Suède adoptive. 

Junip sonne comme un vrai groupe. Un sextet solide aux éléments complémentaires qui ne devrait pas faire regretter à José Gonzales son retour sur la ‘Junipsphere’. Une nouvelle expérience qui étoffe incontestablement son répertoire et résonne comme une renaissance artistique. Heureux aboutissement de ses efforts passés.

Pourtant, la plus grande faiblesse du band réside précisément dans cette belle régularité. Les plages qui ont admirablement fonctionné sur « The Fields » marchent tout aussi bien sur le dernier elpee. Malgré la mise en retrait relative de José Gonzales, quand on songe aux réalisations précédentes, le charme à combustion lente des nouveaux titres pourrait se décrypter comme un pas saisissant vers des covers des premiers morceaux de la formule solo du chanteur. Outre quelques expérimentations originales, les fans du groupe noteront cependant une faible progression par rapport au matériel sonore précédent. Ainsi, de nombreuses nouvelles compos se présentent davantage comme de belles musiques de fond.  Sans rien vouloir ôter au talent indéniable des six musiciens, à la qualité artistique du deuxième opus et à la performance scénique, il serait temps que Junip sorte de ce ghetto doré et par trop confortable de son succès planétaire et ose de nouveaux horizons musicaux. 

L’indie rock de Low avait pour mission de clôturer une soirée aux couleurs folk jusque-là  bien tranquilles. Il ne fallait certainement pas compter sur le slowcore étasunien pour affoler les décibels et secouer les esprits du public. Ils n’étaient d’ailleurs pas venus dans cette optique, mais plutôt pour présenter leur dixième album, « The Invisible Way », sorti le 18 mars dernier sous le label Sub Pop et produit par Jeff Tweedy de Wilco.

Vingt ans de carrière, dix albums studio et rien de neuf sur la planète Low. Seule révolution, la production de Jeff Tweedy. Une ligne artistique qui déteint sur les planches et éloigne les musiciens de leur magie d’Antan. Une production qui se borne à lever le pied sur la reverb’. Un parti-pris dépouillé qui retourne aux racines, mais ne pardonne rien.

Très vite, « Just Make It Stop » nous embarque dans une ballade pop-folk mid-tempo et c’est tout le magnétisme fragile du groupe de Duluth (Minnesota) qui s’envole. Pire, même les harmonies vocales d’Alan Sparhawk (chant/guitare) et Mimi Parker (chant/batterie) sonnent plat. Les paroles mornes, les mélodies pessimistes, les tempos lents et l’inquiétude lancinante plongent la salle dans une profonde léthargie où l’ennui règne en silence. Seuls quelques mouvements de gratte énervée viennent agiter les cris d’une poignée d’aficionados.

Trop de titres faibles viennent habiter l’espace, un atmosphérique trop atmosphérique, le plombant. « To Our Knees » se déguste sans mal, « So Blue », « Holy Ghost » ou « Four Score » nous proposent des mélodies sans génie qui tournent rapidement en rond. Un changement de cap artistique qui ne fonctionne pas et s’éloigne des prestations scéniques habituelles. Malheureusement, le parti pris dépouillé ne pardonne pas ici. Et condamne ce concert à une prestation mineure. Une prise de risque tout en leur honneur qui n’a pourtant pas rencontré un vif succès sur scène.

Soulignons, finalement, la synchronisation entre la structure sonore et le visuel projeté en fond d’écran. Un fond visuel N/B qui tente de renforcer les mélodies atmosphériques. Une photographie austère qui fusionne assez ingénieusement avec le son. Quelques belles vues du ciel qui reposent un instant les oreilles et nous permettent d’ouvrir les yeux. Une projection qui a eu le mérite de rendre le temps un peu moins long. 

Eric Ferrante  

Low + Junip + Barbarossa

(Organisation Botanique)                                                                                             

 

Les Nuits Botanique 2013 : mardi 7 mai

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Triple affiche en forme de crescendo, ce mardi soir, sous le Chapiteau, dans le cadre des Nuits Botanique. Nous somme en fin de journée, et… il se met à pleuvoir. A l’affiche ce soir, la formation liverpuldienne Wave Machines, la réponse insulaire aux Etasuniens Grizzly Bear, Department of Eagles ou Fleet Foxes, The Leisure Society, et le lutin néo-zélandais, Connan Mockasin…

Un public plus que clairsemé accueille, vers 19h30, Wave Machine. Plein de courage, le combo insulaire est venu défendre son second opus, paru en janvier dernier, « Pollen ». Un disque qui a reçu un écho favorable de la part de la critique spécialisée. A l’instar de leurs compatriotes, Django Django, le band aime mêler les styles. Dynamisé par des rythmes électro, leur rock est dansant, mais empreint de lyrisme. Tim Bruzon en est le leader. Et aussi le chanteur. Sa voix est capable de monter dans les aigus, un peu comme David Byrne (Talking Heads) voire Hayden Thorpe (Wild Beasts). Les musicos sont excellents et n’hésitent pas à s’échanger les instruments ou encore le micro, le plus naturellement possible. Si certains titres accrochent instantanément, d’autres, plus hétéroclites, sont plus difficiles à assimiler. Après une bonne heure de set, le quatuor clôt les hostilités dans la bonne humeur, par « Punk Spirit », une plage issue du premier elpee. Perso, c’est une belle découverte qui va m’inciter à me pencher sur leur discographie…(voir section photos ici )

The Leisure Society embraie. Leur style est plus classique, et s’inscrit dans l’esprit de la pop issue des 60’s. Celle des Kinks, tout particulièrement. Un groupe fondé par Nick Hemming et né sur les cendres de She Talks to Angels. Pas étonnant, que Ray Davies ait accepté de leur filer un coup de pouce. Bucolique et vintage leur folk-rock ne manque pas de charme. Et devrait, à terme, rencontrer le succès. Leur dernier opus, « Alone Aboard the Ark », recèle des tubes en puissance, dont « Fight for Everyone », joué en tout début de set. Leur pop orchestrale est enrichie par des interventions de violon et de clarinette, des interventions qui collent parfaitement à leur style rétro. L’excellent label Full Time Hobby a d’ailleurs eu le nez creux, en publiant leurs 3 derniers albums. En outre, Brian Eno n’est pas fan de The Leisure Society par pur hasard… Jonglant entre extraits de leur dernier essai et « Into the Murky Water », Nick Hemming et ses acolytes se lâchent peu à peu et parviendront à subjuguer, un public, pourtant pas tellement discipliné, voire même bruyant, lors des passages les plus calmes. Après seulement 50 minutes d’un concert frais et enthousiasmant, le band s’autorise même un petit rappel qui manifestement ne satisfait pas trop les organisateurs mais en tout cas bien les spectateurs…(voir sectionphotos ici )

Il est 22 heures et le Chapiteau est enfin presque comble lorsque Connan Mockasin monte sur les planches. Il est coiffé de son inséparable chapeau et est suivi par son backing band déguisé sous de désopilantes perruques. L’artiste, souvent comparé à Beck, aligne de longues compositions sensuelles et atmosphériques. Tramées dans une pop psychédélique, pas nécessairement toujours facile d’accès. A l’instar d’un Prince blanc, Connan parvient à plonger l’auditoire dans un climat suave et étrange à la fois. La reverb est omniprésente. A tel point que parfois on a l’impression de nager, comme des poissons, au sein d’un aquarium géant. Et on comprend mieux pourquoi Charlotte Gainsbourg a demandé à l’artiste antipodal de lui apporter sa collaboration. La setlist va même nous réserver un extrait de son futur elpee. Et franchement, cette compo nous met déjà l’eau à la bouche (?!?!) Le funk mutant de l’artiste va cependant atteindre son apogée lors du remarquable « Forever Dolphin Love », avant un rappel prodigieux, au cours duquel il va entrer en osmose avec un public conquis ! Connan Mockasin est définitivement entré dans la cour des grands ! (voir section photos ici)

Béber

Wave Machine + The Leisure Society + Connan Mockasin

(Organisation Botanique)

 

Les Nuits Botanique 2013 : lundi 6 mai

Ce premier lundi de mai, le soleil arrose le jardin du Botanique de ses rayons de soleil. Et pourtant, nous sommes déjà en début de soirée. La vue est superbe. Certaines filles ont opté pour la tenue légère. Mais le public est assez éclectique, tout comme l’affiche proposée à la Rotonde d’ailleurs. Se succèderont une formation plutôt noisy, puis un bidouilleur électro.

Peter Kernel est un trio helvético-canadien. Chanteur/guitariste, Aris Bassetti fait l'effort de parler dans la langue de Molière. Il pimente même ses commentaires, d’un peu d’humour. Comme lorsqu’il avance : ‘On doit jouer pendant 1 heure, mais nous n’avons des titres que pour 40 minutes, donc on meuble entre deux’. Ou après le morceau d’ouverture, lorsqu’il interpelle le public : ‘Vous avez des questions ?’ Chanteuse et bassiste, Barbara Lehnohoff le suit dans tous ses délires. N’hésitant pas à se dévêtir pour ne garder qu’un léger top (NDLR : notre section photos est ici). Elle invite le public à lui emboîter le pas, mais sa demande reste lettre morte. Musicalement, le set baigne dans une forme de shoegazing circa 90’s. Quelque part entre Sonic Youth et l’Enfance Rouge. Aris abuse de riffs abrasifs, et file même sa gratte, au milieu du concert, à un gars dans le public. Qui n’éprouve pas trop de difficultés à terminer l’exercice, puisqu’il se limitera à quelques accords en boucle. Ce côté répétitif, c’est sans doute le principal reproche que l’on puisse faire à Peter Kernel. Ce qui n’empêche pas les amateurs de noisy du genre d’apprécier sa performance. Et puis, ses traits d’humour, dispensés dans l’esprit d’un Stephan Eicher (NDR : encore un suisse) ont eu le don d’égayer le spectacle

Intimiste, la Rotonde jouit d’une bonne acoustique. Ce soir, elle se remplit progressivement ; et au fur et à mesure de l’arrivée des spectateurs, la température s’élève de quelques degrés. Et ce n’est pas Dan Deacon qui va inverser la tendance. Au contraire. Déjà en septembre dernier, lors de son set accordé dans la même salle, il avait mis le souk ! Il est soutenu par deux drummers et un préposé à la guitare ainsi qu’aux synthés. Et déjà son électro indie part dans tous les sens. Dans l’esprit de son dernier opus, "America". Dan Deacon bidouille constamment derrière sa console, que ce soit le mixing, le son ou le lightshow. Il lui arrive parfois de s’emmêler les pinceaux et d’interrompre certains morceaux en plein vol. Mais qu’importe, l’ambiance est dans la fosse. Car l’entourage est bon enfant. Il réunit d’ailleurs pas mal d’adeptes du second degré. C’est que le groupe n’a pas son pareil pour faire participer le public. Les jeunes comme les plus vieux, les rockers comme les clubbers. Le parterre répond aux invitations de Dan. Les spectateurs dansent à tour de rôle en se tapant dans les mains. La foule se divise en deux pour se lancer dans une sorte de Battle. Et on vous en passe, et des meilleures. En transe, le public en redemande encore et encore. Le show s’achève par une farandole qui s’extirpe d'un côté de la Rotonde pour revenir par l’autre sortie (NDR : notre section photo est ici). Et alors que le set ne devait durer qu’une heure, l’artiste ne tient aucun compte des conventions et prolonge son show de quelques titres.

Sur le coup de 23 heures, en quittant la Rotonde, on entend encore les basses des !!!. On imagine que des vibes positives sortent aussi du chapiteau. Un chapiteau installé cette année en contrebas, au milieu du jardin parfaitement entretenu. Ce qui confère encore plus ce côté enchanteur, un soir de printemps, à ce magnifique endroit qu’est le Botanique.

Dan Deacon – Peter Kernel

Ludovic Delmée et Sébastien Leclercq

 

 


Rien de plus agréable que d’entamer la semaine en profitant de la douceur des Jardins du Botanique, lorsqu’ils sont ensoleillés, en écoutant de la musique… Enfin, quand on parle de douceur, ce n’est pas nécessairement destiné à qualifier les prestations scéniques des doux allumés de !!! (chk chk chk). Ils clôturent la programmation des Nuits, ce lundi soir, sous le Chapiteau. Mais, avant d’en découdre avec le dance-punk de la bande mythique étasunienne, trois autres formations aux profils bien différents avaient accepté de défier le courageux public du lundi, ne partageant pour seul point commun entre eux, que celui de dérouiller les jambes…

Tout d’abord, place aux Belges de Recorders. Leur premier opus sortira dans le courant de cette année. Il paraîtra donc après la publication de quelques Eps bien accueillis et le gain de quelques concours (dont celui de ‘Pure Demo’). Drivé par Gordon Delacroix, la jeune formation bruxelloise pratique un rock influencé par The Cure et Foals ; le chanteur ressemble même étrangement à Yannis Philippakis. Imparables et dansants, leurs morceaux sont portés par une basse caoutchouteuse et une rythmique efficace. En outre, leur énergie est communicative. Bref, un set plus qu’encourageant, malgré une certaine uniformité dans l’expression sonore. Un groupe qui devrait néanmoins réussir à placer quelques singles sur les ondes radiophoniques, d’ici quelques mois.

Concrete Knives est un des nouveaux groupes-phares de la scène indie française. Une scène sur laquelle on retrouve, entre autres, Bewitched Hands, La Femme, Fauve, Aline et Granville. Il vient d’être signé par Bella Union, le célèbre label londonien cher à l’ex-Cocteau Twins, Simon Raymonde. En live, la formation normande semble cultiver la fantaisie du mouvement hippie. Alimentés par des rythmes africains, leurs hits immédiats et entraînants trempent dans le rock alternatif. Impossible de ne pas succomber à « Brand New Start » ou « Greyhound Racing ». Conduite par Nicolas Delahaye et Morgane Colas, la bande caennaise est soudée. Le son est parfait, mais puissant. Transformé en chorale indie, le combo entonne des refrains destinés à être repris à l’unisson. Les crescendos ne manquent pas de charme et parviennent à séduire un public pourtant dissipé. Les ‘couteaux de ciments’ ont prouvé qu’ils n’étaient plus un effet de mode, mais une formation dont le sens de la mélodie est inné, addictif, sans être racoleur…  

De retour à la case Belgique pour fêter le retour des semi-vétérans Superlux. Ils débarquent sur l’estrade, devant une foule de plus en plus nombreuse. L’électro-pop du band liégeois s’était fait une place au soleil, il y a déjà 3 ans. A la même époque que Soldout. Leur style n’a guère varié, mais quoique leur énergie soit bien maîtrisée, les compos souffrent d’une carence en sens mélodique. Et elles n’accrochent pas le mélomane. Même la voix d’Elena Chane-Alune ne parvient pas à les faire décoller…

Il est près de 22h30. Les Californiens !!! débarquent sur le podium. Ils ont un sourire jusqu’aux oreilles. Ils viennent défendre « Thr!!!ler », leur 5ème et dernier album en date, encensé par la critique… Dès les premiers pas de danse dessinés par leur leader, on comprend que rien n’a réellement changé et que le set va nous filer une bonne dose d’énergie nécessaire pour passer une semaine d’excellente humeur ! Dans son mignon petit short, Nick Offer se démène comme un beau diable pour galvaniser des morceaux qui, au vu de leur groove irrésistible, n’en n’ont pas nécessairement besoin. L’énergie y est d’ailleurs omniprésente. Les beats sont imparables. Remarquable, leur mélange de funk, de disco et de rock engendre des hits destinés aux dance-floors tels que « Slyd » ou l’incontournable « Heart of Hearts », dispensé lors d’un rappel enflammé. Un dance-floor que Nick Offer viendra d’ailleurs fouler à plusieurs reprises pour partager son évidente joie auprès d’un public très réactif. Et comment ne pas esquisser quelques pas de danse, en écoutant toutes ces petites bombes sonores ! Malgré 15 années d’existence, !!! n’a pas pris une ride et à travers leur magnifique version de « Thr!!!ler », il remplace avantageusement Michael Jackson dans les cœurs meurtris des aficionados du Roi de la Pop…

Taï

Recorders + Concrete Knives + Supelux + !!!

(Organisation Botanique)

 

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