Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare, psychédélique et garage-rock, il est décrit comme un chaos créatif à haute tension et imprégné d'humour, un élément souvent oublié dans le rock. En attendant, il a partagé…

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Bénabar les regarde danser…

Bénabar est de retour et nous propose un nouveau single intitulé « Elles dansent », un titre fondamentalement pop, joyeux et émouvant, qui raconte une histoire de famille ou d’amis dans laquelle chacun pourrait se reconnaître : un moment de joie et de liberté…

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Frankie Lee

Stillwater

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Il a fallu attendre 2016, et la sortie de son premier elpee, « American dreamer », pour que Frankie Lee sorte de l’anonymat. Un opus remarquable unanimement apprécié par la critique. 

Ce farmer du Minnesota est né à Stillwater d’où le nom de ce nouvel ouvrage musical. « Stillwater » peut se traduire par eau calme, eau stagnante ou eau tranquille. Cet intitulé correspond au sens propre comme au sens second, au contenu musical du disque autant pour les morceaux aériens que pour les textes évoquant la vie du patelin.

De quoi s’agit-il, me direz-vous ? Une musique country issue de l’Amérique profonde au travers de laquelle les cowboys, épuisés par leurs journées laborieuses de leurs exploitations fermières, assis autour d’un feu de camp, se laissent aller à la poésie de leur quotidien en souffrance.

Personnage simple et autonome, Frankie Lee avait, pour son premier elpee autoproduit, joué de tous les instruments.

Bien que le monde de l’industrie musicale l’incite à enregistrer dans des studios de renom, celui-ci refuse ces propositions et préfère immortaliser ses productions dans sa cabane en bois. Néanmoins, pour la circonstance, il s’est entouré de potes musicos et a donné naissance aux titres du long playing, en seulement une ou deux prises.

Sa voix un peu nasillarde évoque vaguement celle de Neil Young avec parfois des intonations à la Dylan. Steel guitares, sèches, son chaleureux, voix agréable étoffent des mélodies agréables très faciles à écouter, rappelant le début des Eagles.

Les titres proposés pourraient à la longue lasser l’auditeur. Mais la qualité du mixage et les riffs acoustiques rendront accro le fondu de Country Music authentique.

Quels titres mettre en avant ?

  1. “Downtown lights” qui évoque un rêve au cours duquel il marchait aux côtés de Jessica Lange (le remake de ‘King Kong’ en 1976, le remake du ‘Facteur sonne toujours deux fois’ en 1981, ‘Les nerfs à vif’ en 1991), qui avait vécu à Stillwater. Frankie y appose une vision de sa ville ayant perdu de sa tranquillité suite au développement du tourisme.
  2. “In The Blue” est une ballade douce empreinte de mélancolie par rapport aux choses de la vie fugace et à ses bons moments qui s’écoulent inexorablement sans pouvoir les retenir.
  3. “Speakeasy”. Ce morceau envoûtant qui ouvre l’album ne vous laissera pas de glace et vous incitera à poursuivre la lecture de l’œuvre d’un véritable artiste privilégiant la sincérité à la musique industrialisée.

Si vous souhaitez acquérir cet objet, je vous le conseille sous forme de CD. L’écoute en ligne et la compression mp3 risquent d’effacer la richesse du son, d’étouffer les guitares cristallines et d’aplatir la présence agréable de la voix de Frankie.

Les Countrymen équipés d’une vraie chaîne hi-fi apprécieront, assis dans leur canapé, devant leur feu de bois aux bûches qui crépitent.

White Denim

Performance

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Quinze années après leur formation, les Texans de White Denim nous livrent leur septième opus, mais le premier sur le label américain City Slang (Calexico, Lambchop ou encore Timber Timbre). Une nouvelle étape pour ce groupe qui n’a cessé de gravir les échelons.

“Performance” constituait une étape périlleuse dans la progression de White Denim, vu les arrivées d’un nouveau batteur et claviériste. Et avouons-le d’emblée, la transition a été parfaitement opérée.

Pour l’occasion, le quatuor, emmené par le chateur/guitariste James Petrolli, continue sur sa lancée en abandonnant ses références psychédéliques. Dès la plage d’ouverture, “Magazin”, les sonorités blues/rock des grattes s’imposent. Tout comme sur le titre maître. Les choses s’emballent dès “Fine Slime”. Et pour cause, le funk se mêle au blues et se charge de swing. “Double Death” pénètre carrément dans l’univers sonore de James Brown. La plupart des compos parviennent à agréger une multitude de styles tout en adressant des clins d’œil répétés au bon rock’n’blues des 70’s.

“Performance” vaut donc parfaitement le détour. Le mélomane aura l’impression de remonter les décennies, loin des synthés, boîtes à rythmes et autres sonorités électroniques qui sévissent actuellement. Une véritable bouffée d’air frais !

White Denim

Performance

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Fondé il y a déjà 15 ans, ce groupe texan nous propose son septième elpee, un disque paru pour la première fois chez City Slang, label américain qui héberge notamment Calexico, Lambchop ou encore Timber Timbre. Une nouvelle étape dans le parcours de White Denim, qui n’a cessé de gravir les échelons.

“Performance” constituait une étape ‘périlleuse’ dans la progression de White Denim, vu le changement de batteur et claviériste. Et autant le dire d’emblée, la transition a été parfaitement opérée…  

Si le quatuor emmené par le chanteur/guitariste James Petrolli continue sur sa lancée, il a laissé de côté ses influences psychédéliques. Dès le morceau d’entrée, “Magazin”, les guitares blues/rock spécifiques au band sont bien présentes. Et dans la foulée, le titre maître épouse le même profil. “Fine Slime” s’emballe. Le funk et le blues se conjuguent, libérant alors une bonne dose de swing. “Double Death” nous entraîne dans un univers proche de James Brown. Et le reste vaut également le détour, les Yankees prenant manifestement beaucoup de plaisir à alterner ou agréger les styles tout en adressant des clins d’œil répétés au bon rock’n’blues des 70’s.

Quel bonheur de remonter les décennies, loin des synthés, boîtes à rythmes et autres sonorités électroniques qui sévissent actuellement. Une véritable bouffée d’air frais !

The Prefects

Going through the motions

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Fondée en 1976, cette formation considérée comme pionnière dans l’univers du punk avait interprété « Going through the motions » dans le cadre de l’émission de radio de John Peel, un single qui sert de titre pour cet elpee posthume. Avant son split en 1979, elle n’avait jamais sorti d’album. Issue de Birmingham, en Angleterre, elle allait ensuite poursuivre son aventure, mais sous un autre patronyme, The Nightingales. Elle s’était cependant reformée en 2001, pour accorder quelques concerts. Outre le single susvisé, cet opus réunit des prises immortalisées ‘live’, d’autres morceaux destinés à l’émission du célèbre dj britannique, des démos, enregistrements studio restés à l’état de maquettes ou encore autres trouvailles. Bref, si cet LP recèle des morceaux bien punk dans l’esprit des Sex Pistols, de Mekons ou encore Alternative TV, il nous réserve l’une ou l’autre plage plus élaborée, à l’instar du sombre « Bristol road leads to Dachau », qui navigue aux confins des univers sis quelque part entre « The atrocity exhibition » de Joy Division et un Bauhaus déchiqueté. Ou encore du frénétique, peut-être précurseur du hardcore yankee, « Escort girl ». Certaines pistes sont même traversées par un harmonica strident ou un saxophone torturé. Quant au titre maître, imprimé sur un tempo tribal, et caractérisé par sa ligne de basse profonde, il vire parfois au psychédélisme. Un document ! 

Amyl and The Sniffers

Amyl and The Sniffers

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Il n’y a que vingt-neuf minutes sur cet opus éponyme d’Amyl and the Sniffers. Mais il est suffisant pour vous mettre la tête à l’envers et vous permettre de bondir dans tous les sens, histoire de vous dégourdir les jambes en cette période de confinement. On n’en attendait pas moins d’un groupe dont le patronyme est tiré du poppers (composé par le nitrite d’amyle). Sur son premier elpee produit par Ross Orton (NDR : il a bossé pour M.I.A ou encore Arctic Monkeys), ce combo issu de Melbourne, en Australie, propose un rock primaire à l’énergie punk débordante, même si une plage s’autorise une incursion dans le ska-punk (« Monsoon Rock »). L’album démarre sur les chapeaux de roues dès l’ouverture et conserve sa cadence du début à la fin. Hargneuse et fougueuse, la chanteuse, Amy Taylor, crache ses paroles, comme si elles s’adressaient à un auditoire. A la guitare, Dec Martens pose ses riffs frénétiques et n’hésite pas à nous offrir quelques solos bien sentis, parfaitement soutenus par la section rythmique.

Amyl and the Sniffers ne se pose pas de questions à travers cet LP sans fioritures. Un album jouissif qui donne une forte envie de tout envoyer valser ! 

Wolf Parade

Thin mind

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« Thin mind » constitue le cinquième opus de cette formation montréalaise et le premier sans son multi-instrumentiste (basse, guitare, synthé, percus, claviers), Dante DeCaro. Le groupe avait déjà pris une pause en 2011, afin que les membres puissent s’exprimer à travers différents projets (Divine Fits, Operator, Moonface, Handsome Furs, Frog Eyes, Sunset Rubdown), avant de se reformer en 2017, pour y graver « Cry cry cry ». Réduit à un trio, le combo semble avoir opté pour une musique plus accessible, influencée par les eighties et les nineties. Mais le plus paradoxal procède de la voix de Spencer Krug, dont la voix emprunte les inflexions de Dante DeCaro (NDR : l’ex-Hot Hot Heat qui a déserté le band) et le timbre de Brett Anderson (Suede) (NDR : et on suppose que c’est Dan Boeckner qui le soutient discrètement de son baryton). Pas étonnant que plusieurs compos adoptent un profil glam. Que ce soit dans l’esprit de la formation londonienne ou de David Bowie époque Tony Visconti. Si les interventions de guitare sont toujours présentes, se révélant même dans ses moments les plus intéressants, carillonnantes voire tintinnabulantes, les synthés ‘vintage’ s’immiscent naturellement dans l’expression sonore, un peu comme chez The Tubes ou The Cars. Engagés, les textes s’inquiètent de la passivité de la population canadienne face aux idées dictatoriales de l’Amérique de Trump. Enfin, on épinglera encore le superbe artwork de la pochette, dont le images auraient pu émaner de la plume d’un.e cartooniste belge…

Jarvis Cocker dépasse les bornes

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La sortie de "Beyond the Pale", le prochain elpee de Jarvis Cocker a été retardée. Il devrait paraître ce 4 septembre 2020. Il s’agira du premier elpee enregistré en compagnie de son nouveau groupe JARV IS. Un single inédit a été dévoilé pour l’occasion : « House Music All Night Long ». Et il est disponible ici

 

Thurston Morre tout feu tout flamme…

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L’ex-Sonic Youth, Thurston Moore, publiera un nouvel elpee ce 25 septembre 2020. Pour la circonstance, il a reçu le concours de son backing group, impliquant Deb Googe (My Bloody Valentine) à la basse et aux chœurs, Jon Leidecker alias 'Wobbly' (Negativland) aux bidouillages électroniques, James Sedwards à la guitare ainsi que Steve Shelley (Sonic Youth) et Jem Doulton aux drums. Intitulé « By the fire », cet opus s’inspire d’Albert Ayler (‘La musique est la force de guérison de l'univers’) et propose des chansons d'amour à une époque où la créativité est notre dignité ainsi que notre manifestation contre les forces de l'oppression…

Le clip de “Cantaloupe” est disponible ici et celui de “Hashish”,

Sufjan Stevens papillonne…

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Le nouvel elpee de Sufjan Stevens devrait paraître le 25 septembre 2020. Il fera suite à l’album expérimental enregistré en compagnie de Lowell Brams, « Aporia », paru début de cette année.  

En attendant, “America”, extrait de cet opus, est disponible en clip ici

 

Un album posthume pour Jason Molina…

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Le label américain Secretly Canadian vient de dévoiler une chanson totalement inédite du compositeur Jason Molina (Songs: Ohia, Magnolia Electric Co), décédé en 2013 à l’âge de 39 ans. Il s’agit d’un premier extrait d’un album posthume baptisé « Eight Gates », issu d’une session studio immortalisée à Londres entre 2007 et 2008.

“Eight Gates” devrait sortir le 6 août 2020.

En attendant, “Shadow answers the wall” est disponible ici

Silverbacks au goût du jour…

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Originaire de Dublin, en Irlande, Silverbacks s’inspire du punk de la fin des années et de la no wave de NYC.

Un avant-goût ? Trois clips :

 

“Muted gold”

“Dunkirk”

“Pink tide” 

Trois morceaux qui figureront sur le prochain album, « Fad », dont la sotie est prévue pour ce 17 juillet 2020.

RVG

Feral

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Produit par Victor Van Vugt, « Feral » constitue le deuxième elpee de Feral, un quatuor australien (NDR : issu de Melbourne exactement) drivé par Romy Vager, guitariste compositrice et chanteuse à la voix androgyne. Une ambiguïté qui s’explique par sa nature transgenre. D’ailleurs sur plusieurs compos, cette voix rappelle d’ailleurs celle de Jarvis Cocker (Pulp). Ainsi, « Alexandra » illustre ses difficultés à annoncer à sa famille son changement d’identité sexuelle alors que « The baby & the bottle » évoque sa métamorphose et de ce qu’elle révèle, de ses amours et de ses ruptures.

Côté musique, les compos évoquent tour à tour The Sunnyboys (formation aussie qui a sévi de 1980 à 1984) et Echo & The Bunnymen. Encore que parfois l’ombre des Go-Betweens se met à planer (l’ironique « Perfect day »). Et plus vintage encore, les sonorités de gratte surf qui jalonnent « Christian Neurosurgeon » rappellent le « Heart full of soul » des Yardbirds. Des sonorités de gratte surf qui se conjuguent efficacement à celles tintinnabulantes ou carillonnantes, de l’autre gratteur. Le tout dans un style qu’on pourrait qualifier de lo-fi. Une exception qui confirme la règle, le presque cabaret, mais punk dans le ton, « Prima Donna », au cours duquel, la voix emprunte d’ailleurs les inflexions de Jarvis. Un album rafraîchissant que Musiczine vous conseille vivement…

Waxahatchee

Saint Cloud

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Katie Crutchfield est considérée, au sein de la scène indie rock US, comme une songwritrice accomplie. Depuis 2010, cette ex-punk a gravé quelques superbes long playings en compagnie de son groupe, Waxahatchee (NDLR : à vos souhaits !). Tout au long de ses elpees, elle épanchait ses désillusions amoureuses sur des titres dynamisés par un rock énergique.

Pour ce cinquième opus, elle a décidé de faire le point sur sa vie, après avoir vécu un léger burn-out. Et d’en revenir à ses racines. Raison pour laquelle elle a choisi pour titre de cet LP, celui de la ville natale de son père (NDR : c’est en Floride !). En outre, elle y dévoile se problèmes d’addiction à l’alcool.

Et le résultat est épatant. Elle nous réserve, en quelque sorte, son œuvre de la ‘maturité’ ! Et plus que probablement un des albums de l’année 2020. Les plages de ce “Saint Cloud” sont sculptées dans une forme d’americana de haute facture, inspirées des terres brulées de son Alabama. Ligne de guitare cristalline, chœurs, tout y est. A fleur de peau, chargées de feeling, les mélodies sont superbes. La production est impeccable. “Can’t Do Much”, “Lilacs” ou encore “Hell” illustrent parfaitement le climat au sein duquel baigne “Saint Cloud”. Une exception qui confirme la règle, “Fire”. Pas que le morceau soit de mauvaise facture. Au contraire ! Il est même excellent. Cependant, il est imprimé sur un rythme proche du r&b.  

Réunissant 11 pépites, « Saint Cloud » est un disque à découvrir absolument ! Et Katie Crutchfield nous y confirme tous ses talents d’auteure-compositrice-interprète.

The K.

Amputate Corporate Art

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Lorsqu’il s’agit de hausser le ton, les formations belges n’ont clairement pas à rougir face à celles qui militent hors de nos frontières. Et The K., It It Anita, Cocaïne Piss ou encore Brutus en sont certainement de belles illustrations…

Il a fallu attendre cinq longues années avant que le combo liégeois ne décide de donner une suite à son premier opus. Durant cet intermède, Von Landau a notamment prêté main forte à Cocaïne Piss. Et puis le duo s’est mué en trio, puisque le bassiste Gregory Danger a rejoint le line up.

Produit par TIm Gieter (Brutus, Amenra) et paru sur label JauneOrange (Dan San, Glass Museum, Leaf House, ...) « Amputate Corporate Art » est d’une efficacité redoutable. Il envoie valser, a de la gueule et surtout constitue une fameuse bouffée d’air en cette période difficile. Hormis la ballade “Everything Hurts”, l’elpee nous plonge au sein d’un univers sonore qui mêle noise, punk et garage. Puissants et énergiques, les titres sont parfois hantés par le spectre de Nirvana. Et “Dominant Tracks” en est certainement la plus belle illustration. La voix de Sébastien est vindicative. Les riffs de basse sont percutants, alors que bruitiste, la gratte assène ses coups de griffes, en y laissant des éraflures à vif.

The K. se produira au Botanique le 30 septembre. Une belle opportunité pour retourner en salle afin d’y vivre un concert en ‘live’… 

Las Kellies

Suck this tangerine

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Depuis la sortie de son cinquième elpee, « Friends & Lovers », en 2016, Las Kellies est réduit à un duo. En fait, la nouvelle bassiste s’est une nouvelle fois barrée. Une ex-membre du band, Julia Worley, est quand même venue jouer de la quatre cordes sur le morceau final, « Close talker ». Sans quoi, Cecilia Kelly s’y consacre, mais également, aux grattes alors que Silvina Costa se charge des drums et des percus, les deux filles assurant les vocaux. Et ce sont les harmonies vocales féminines, délicates et sensuelles de la paire, confrontées à l’expression sonore plutôt décapante qui forgent le style de Las Kellies. Enfin, sur cet LP, dont la musique en revient à un cocktail entre funk blanc (pensez à A Certain Ratio, Shrieckback et surtout Gang of Four) et dub (mais dans l’esprit du « Sandistina de Clash »). Encore que sur le morceau d’entrée, « Closer » (?!?!?)  et « Charade », bien ronde, cette fameuse ligne de basse emprunte manifestement au « Papa’s got a brand new pigbag » de Pigbag. En général, syncopées, les cordes de guitare déchirent alors qu’exotiques et agiles, les percus lorgnent plutôt vers Talking Heads voire Tom Tom Club, les harmonies vocales accentuant cette impression. Si un zeste de jazz colore « Matrixland » (la basse, de nouveau), le climatique « White paradise » se révèle davantage expérimental, à la limite du psyché dub. Si le résultat tient parfaitement la route, on regrettera une trop grande homogénéité dans le ton, qui peut finir par lasser. Dommage, car sur les essais précédents, La Kellies s’était frotté avantageusement au shoegaze…

Bertrand Betsch

La Traversée

Écrit par

Malgré ses 50 balais et déjà 12 elpees à son compteur, Bertrand Betsch ne jouit toujours que d’une notoriété confidentielle… Pourtant le natif de Draveil garde le cap et régale son cercle de fans fidèles depuis la sortie de son premier album, « La Soupe à la Grimace », paru en 1997. A travers des textes impudiques à l’humour relativement noir, il colore la chanson française à forte influence ‘souchonienne’ (version torturée) de sonorités 80’s, au sein d’une ambiance mélancolique. En outre, son élégance poétique, sa sincérité et même sa voix évoquent Alex Beaupain. A l’instar du savamment orchestré « Le Bus 51 ». Et il apporte une touche douce-amère au malicieusement intitulé « Le Bonheur », titre qui clôt cet opus…

Fred & The Healers

Tous masqués, sauf Fred et ses Healers…

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Après un peu plus de 3 mois d’abstinence, c’est le retour des concerts. Le Coronavirus est cependant toujours d’actualité. Les salles d’une capacité moyenne de 250 personnes peuvent rouvrir, mais leur capacité est limitée à 65 personnes. Tout en respectant les mesures de distanciation sociale. Que ce soit à l’entrée, dans la file ou dans la salle, tout le monde est masqué. Et les dispositions sont parfaitement respectées. La Zik Zak a organisé un Pango Tour Summer 2020. Il est nécessaire de s’inscrire et de réserver pour participer aux concerts qui se dérouleront tous les vendredis de juillet et d’août. Et c’est Fred flanqué de ses Healers qui inaugure la formule, ce 4 juillet 2020. A ma connaissance c’est une des rares salles qui propose une programmation au cours de ces deux mois d’été…

Jacques de Pierpont, alias Pompon, retraité de la RTBF depuis deux ans, mais toujours actif dans l’univers de la musique, explique le concept de ces spectacles, avant que Fred et ses Healers ne grimpent sur l’estrade…

Fred Lani avait à peine 17 ans lorsqu'il a fondé la première mouture des Healers. C’était en 1994. Elle impliquait son père, Jean-Marie ‘Papy’, à la basse, et Marc Lhommel, à la batterie. A l’époque, le combo pratiquait du Texas blues, inspiré par Stevie Ray Vaughan et Johnny Winter. Mais également du blues/rock, dans l’esprit de Rory Gallagher et Jimi Hendrix. En 2003, sous l’impulsion d’un nouveau drummer, Bruno Castelluci, sa musique s’est alors écartée résolument des sentiers battus pour embrasser une musique plus personnelle et métissée, mélangeant le blues à la pop et au jazz. Une nouvelle orientation concrétisée par l’album "Red ". Mais en 2004, après dix ans d’existence, le combo splitte. Et Fred disparaît un peu des radars. A titre exceptionnel, le groupe se réunit, le samedi 5 juin 2010, à l'occasion du 15e anniversaire du Spirit of 66 à Verviers. Finalement, en 2012, le groupe ressuscite sous un nouveau line up, impliquant Nicolas Sand à la batterie et Cédric Cornez à la basse.

Le nouvel opus de Fred & The Healers, « Désiré », doit sortir depuis 1 an et demi ; et ce soir, le band va nous en proposer quelques titres. Le set est séparé en deux actes. Sur les planches, le line up est renforcé par la présence du frère aîné, Bertrand Lani, à la seconde gratte.

Assez équilibré, le tracklisting sera partagé entre standards du blues et compos personnelles.

Les accords dispensés par Fred sur sa Telecaster sont tour à tour envoûtants, tranchants voire sanglants. Très roots, la section rythmique est solide. Bertrand a été biberonné au blues de Chess, à la soul de Stax et au strass des Glimmer Twins. Et on le ressent dans ses riffs. Les deux frangins sont plutôt complices.

Tout au long d’« All Your Love » (NDR : signée Willie Dixon/Otis Rush, cette composition a été popularisée par John Mayall et ses Bluesbreakers, au sein duquel militait alors Eric Clapton), Fred est dans son trip et sa gratte prend son envol. Tout comme lors du « Messin’ With The Kid » de Junior Wells & Bonnie Raitt. Un slow crapuleux survitaminé.

Le band revisite « The Last Time » des Stones. Blues crasseux, doux et langoureux, « Thank You For The Snack » est un extrait d’« Electerrified ». Un morceau qui incite les couples à envahir le dancefloor… masqués. D’ailleurs, il y a des amateurs près de la table de mixage. Deux amoureux égarés s’embrassent goulûment (NDLR : avec ou sans masque ?). Et quand la solution sonore passe au funk, Bertrand semble se réincarner en Nile Rodgers.

Fred avait déclaré qu’il était capable de jouer 3 h40. Finalement, ce soir, il n’était pas loin de son record. Et à minuit, il était toujours en pleine forme. Ce soir, il a de nouveau démontré qu’il était un des meilleurs bluesmen de Wallifornie.

Après 3 mois sans concert, les aficionados du blues étaient ravis. La musique revit. Vive le rock ! Merci à tous les passionnés de partager cette drogue dure. La semaine prochaine, ce sera au tour d’Antoine Goudeseune de se produire au Zik Zak, pour un récital consacré aux adaptations des chansons des Beatles, en picking…

Setlist : « Easy Baby », « All Your Love »,« Messin’ with the kid », « The last time », « Same Old Blues », « It Hurts Me Too », « Back To Basics », « Sidetracked », « Dark Soul » (Désiré »), « Bad Luck And Trouble », « Lovers Boogie », « 130 Signs » (« Désiré »), « Thank You For The Snack », « Take A Step back » (« Désiré »), « The Pulse » (« Désiré »), « AVD », « Remedy », « Another Me » (« Désiré »), « The Best Thing »,« Watcha Wanna Do », « Doyle the hunter », « New Generation », « Red Gunhand », « How long », « Going Down », « Psycho Boogie », « Roots N Roses 3 », « Tore down »

(Organisation : Zik-Zak et Rock Nation)

Kosmos

J’aime le pouvoir et le poids des mots

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L’actualité des concerts réduite comme peau de chagrin, c’est par le biais de Skype que votre serviteur s’invite à pénétrer dans l’univers particulier de Kosmos. Son frontman, Tom, se livre entre actualité brûlante, confinement et un amour inconditionné des mots. Naviguant quelque part entre Michel Berger, -M- et les Rita Mitsouko, sa musique s’ouvre et risque de surprendre, grâce à une palette de compos à la fois légères et énigmatiques qui flirtent autant avec la pop, le funk que la ballade bossa. Après avoir publié “Je connais un guerrier Maasaï”, un single remarqué, le groupe français sort un premier Ep baptisé « Des Kollages ». Un second Ep tout aussi solennel est déjà en préparation et devrait ravir (encore une fois) les amateurs du genre.

Derrière Kosmos se cachent cinq personnes aux influences musicales plutôt variées : jazz, funk, métal, techno, etc.

Quel est le point commun entre les membres de la formation et comment s’est déroulée votre première rencontre ?

Je vais commencer par la rencontre parce qu’elle constitue la base de pas mal de choses… Durant plusieurs mois, j’ai écrit et composé des chansons que j’avais par ailleurs maquettées. Je voulais dénicher des musiciens susceptibles de transposer le projet sur scène. Ce qui nous lie, c’est l’envie de s’ouvrir à des univers qui ne sont pas les nôtres, tout en évoluant en dehors de notre zone de confort. A titre d’exemple, Adrien vient du monde de l’électronique alors que Cyprien, de celui du jazz. Ce dernier amène l’harmonique des morceaux. Au départ, je cherchais de jeunes musiciens qui souhaitaient bosser ensemble sur le long terme. Habitant Pigalle, j’ai effectué le tour des écoles de mon quartier. C’est ainsi que j’ai rencontré, par le biais d’un contact, un bassiste. De fil en aiguille, nous nous sommes retrouvés à cinq. Tout le monde se connaissait au moins un peu ou avait déjà travaillé avec les autres. Il existe cette volonté chez chacun d’atteindre un équilibre qui à l’origine n’est pas le sien. Nous restons persuadés que si nous avions choisi de se consacrer à la musique individuellement, nous ne serions jamais parvenus à ce résultat. La dynamique de groupe l’a emporté !

Un Ep qui résume à lui seul le côté créatif du combo. Les sonorités partent dans tous les sens : il y a de la pop, du funk, une ballade bossa. On ne peut pas dire que les compos soient cadenassées dans un style particulier… Était-ce une volonté commune ou les choses se sont-elles déroulées naturellement ?

Les paroles et les structures harmoniques étaient déjà écrites. Il y avait effectivement une volonté de créer une ossature autour de ces éléments. Puisque la base de travail était existante, j’envoyais simplement les maquettes à mes comparses. Généralement, lorsqu’un groupe débute, ça prend du temps parce qu’en amont, tout un processus créatif est à mettre en place, de la composition à l’écriture. Nous avions donc un gros avantage à ce niveau. On pourrait penser que c’est moi qui décide, mais pas vraiment. On essaie de se remettre en question tout le temps. Il existe cette volonté d’aller toujours plus loin. D’ici quelque temps, on va enregistrer un nouvel Ep. Nous sommes au stade de la réalisation des maquettes et des arrangements de dernière minute. Cette après-midi encore, nous répétions. La manière dont nous allons aborder ce disque reste cohérente ; à vrai dire, nous refusons la facilité. Aune sortie physique n’est prévue. On aimerait bien sortir un vinyle ou un CD commun, une fois le second Ep finalisé.  

Cette approche stylistique constitue un pari osé, l’auditeur pourrait penser qu’on veut l’induire en erreur et le surprendre trop fréquemment...

C’est clair ! Il s’agit probablement d’un reproche que les auditeurs pourraient formuler à l’égard du groupe. C’est une des raisons pour lesquelles l’Ep s’intitule « Des Kollages », une manière de brouiller les pistes, de dérouter le mélomane. Nous sommes conscients que cette démarche ne s’inscrit pas dans l’air du temps. Aujourd’hui, tout doit être identifiable et cloisonné. Les points de friction constituent justement une démarche artistique en tant que telle. Pour être tout à fait honnête, la première écoute est souvent saisissante. Il faut du temps pour s’imprégner des morceaux et en pénétrer toutes les couches. Nous souhaitions obtenir un produit fini assez ‘riche’. Je n’aime pas trop ce terme parce que parfois la simplicité rime avec grande richesse. Oui, effectivement, la manière dont nous concevons les choses peut être déroutante, mais l’univers dans lequel nous baignons l’exige. Quoi qu’il en soit, il existe une grande sincérité dans nos actes.

Pour certains, confinement a rimé avec productivité en termes de créativité musicale. As-tu profité de cette parenthèse obligée pour laisser exprimer tes idées soit individuellement, soit collectivement ?

Spontanément, la réponse est non ! Parfois, tu as l’impression de perdre ton temps et de ne rien faire alors qu’en réalité il y a tout un tas de processus qui se met en place. En ce qui nous concerne, nous avons été confinés à des endroits géographiquement différents. Les sessions en commun sont très précieuses en termes d’échange d’idées. Se réunir au sein d’une seule et même pièce est important. Cette période Covid a effectivement eu un effet dévastateur : les concerts et la sortie de l’Ep ont été suspendus. Les maquettes du prochain étaient prêtes. Nous voulions, lors du déconfinement, proposer un produit fini et, dans la foulée, commencer à enregistrer. La réalité a été un peu plus compliquée qu’on ne l’imaginait, parce que vu la distance, nous devions transmettre des fichiers qu’il fallait ensuite centraliser. Résultat, un travail qui aurait dû nécessiter une seule après-midi en temps normal, nécessitait parfois presque une semaine. Heureusement, nous avons respecté une certaine discipline. A titre tout à fait personnel, d’un point de vue musical, je n’ai pas l’impression d’avoir été particulièrement créatif. Nous avons traversé une période pour le moins anxiogène. Paradoxalement, lorsque tu es musicien ou artiste, en général, tu aspires à disposer de temps pour laisser exprimer cette créativité latente. J’étais confiné chez moi, entouré de mes instruments et de mon matériel. Faire de la musique était quasi la seule occupation qui m’était permise. Je me suis remis au piano classique. Ce qui m’a, cependant, fait un bien fou. Cette parenthèse inattendue m’a démontré, qu’au final, ce n’est pas de temps dont on a besoin, mais de l’équilibre de la vie et des gens qui t’entourent pour trouver l’inspiration. Il est peut-être un peu tôt pour prendre le recul nécessaire, mais je n’affirmerai pas que cette période ait été totalement inspirée. Pareil pour mes comparses, je crois. Entre les conditions de confinement pas évidentes et l’absence d’activité du groupe, je dois avouer que ce n’était pas facile tous les jours. Nous pensions qu’en se servant des réseaux sociaux, nous serions plus inventifs, mais c’était une erreur. La virtualité ne remplacera jamais la réalité ! Être musicien, c’est partager ! Confiner un musicien, c’est à contre-courant de sa nature profonde. Ce n’est pas comme si le gars partait durant trois semaines dans son coin pour se réaliser. Non, ici les conditions étaient totalement surréalistes. Je suis donc mitigé par rapport à cette situation, mais l’avenir nous dira si je me suis trompé…

Tom, tu as écrit les morceaux au revenir d’un voyage d’un an autour du monde. Qu’en as-tu retiré sur un plan tant musical que personnel ?

Ce voyage a marqué un tournant dans ma vie tout simplement. Je n’avais pas l’intention de me lancer dans la musique de manière professionnelle. Si je l’ai toujours pratiquée, notamment en jouant du piano et en militant dans pas mal de groupes, j’ai aussi suivi un cursus scolaire dans une école de commerce. J’ai monté un projet en compagnie de trois amis. Notre job consistait à mesurer l’impact social de pays en voie de développement. On a travaillé dans des endroits d’une violence extrême en matière d’environnement, de pauvreté, etc. J’ai vite commencé à prendre du recul et me suis rendu compte que nous avions de la chance de vivre dans une région comme celle-ci. Pourtant, nous sommes vite préoccupés par nos petites contrariétés qui peuvent aussi rapidement prendre des proportions sidérales. Un jour, au Madagascar, je discutais avec un étudiant de mon âge. Un traducteur qui me rappelait la chance d’être français. Nous sommes entourés de magasins de musique. On se paye ce que l’on veut. Là-bas, si un autochtone veut s’acheter un ampli guitare, c’est quasi-mission impossible. Cette expérience a changé mes objectifs. J’en ai conclu que voulais vraiment me lancer dans la musique. C’est ce qui me passionne. C’est la raison pour laquelle je me lève le matin. Ce vécu a marqué au fer rouge mon existence et je crois qu’il se ressent dans les paroles des compos de cet Ep. J’aime prendre du recul par rapport à un quotidien qui a parfois tendance à nous ensorceler et nous emporter dans un tourbillon chaotique.

« Des Kollages » c’est un peu l’histoire d’un gars qui se cherche pour se (re)trouver. Une histoire autobiographique ?

Bien évidemment. On y décèle des fragments de ma vie personnelle. Cet écho est d’ailleurs bien plus subtil dans d’autres morceaux. J’ai essayé d’imaginer une suite logique a posteriori, mais lorsque j’écris des textes, j’aime l’idée que l’on ne puisse pas vraiment comprendre ce qui se passe immédiatement, mais qu’ils laissent une impression. Je suis un fan inconditionnel de Bashung, par exemple. Lui et son parolier ont réalisé un travail formidable. Cet artiste joue et triture les mots quitte à les travailler syllabes par syllabes. Si tu prêtes une oreille attentive à certaines de ses compositions, tu te rendras compte qu’il y a des mots qu’on entend, mais pas prononcés. Dans « La nuit je mens », il cite : ‘J’ai fait la cour à des murènes’. Pourtant, je perçois ‘J’ai fait l’amour à des sirènes’. Le sens est à construire en permanence. N’est évidemment pas Bergman qui veut, mais j’apprécie l’idée de fourvoyer l’auditeur et de le forcer à réfléchir pour le rendre partie prenante de l’écoute. Cette approche renforce aussi la cohésion du groupe, car nous n’accordons aucune concession. Je suis bien conscient que cette attitude ne facilite pas une diffusion sur les radios généralistes. Nous n’essayons pas d’aller au plus efficace. Notre réalisateur est aussi là pour nous cadrer parce que si nos chansons restent de la pop, il ne faut pas le perdre de vue, le but n’est pas davantage de composer des morceaux de jazz qui s’étalent sur quinze minutes.

Dans le titre « Dé-Pense », tu dis ‘Je mène la résistance contre ceux qui pensent, qui calculent, qui font des plans pour gagner du temps’. Pourtant aujourd’hui, nos vies sont définies par des algorithmes en tout genre jusqu’à même prendre le pas sur notre libre arbitre…

Oui, complètement. C’est sans doute le morceau le plus autobiographique de l’Ep. Lorsque je fréquentais l’école de commerce, on nous enseignait l’efficacité, le gain de temps, comment produire plus avec moins de ressources, etc... Je me suis rendu compte que dans nos vies, tout est formaté jusqu’au moindre désir. Les réseaux sociaux modélisent nos rapports à l’amitié, les applications de dating ou encore les GPS qui indiquent le chemin le plus court. Aujourd’hui, il faut gagner du temps à tout prix en supprimant les obstacles comme si nous devions agir comme des ordinateurs. L’optimisation est profondément inhumaine. Les rencontres imprévues et les chemins de traverse demeurent réjouissants. Tout comme perdre son temps permet d’exercer son imagination. Les plus belles fêtes sont celles que l’on n’a pas prévues. Je réfute l’idée de devenir une machine. J’habite Paris. Ici, le matin, les gens ressemblent à des zombies. Ils courent sans cesse pour essayer de rattraper le temps. Parfois, moi aussi, il m’arrive de rater le métro et de râler. C’est ridicule parce que le prochain arrive dans quatre minutes. Cette pression constante devient pesante même. Il faut pouvoir prendre du recul parce qu’au fond que perd-t-on lorsqu’on perd du temps ? Je terminerai en affirmant que c’est sans doute le morceau le plus engagé.

L’enregistrement de l’Ep a été réalisé à l’aide de matériel exclusivement analogique. Pour accentuer l’émotion ?

Je ne suis pas ingénieur du son, mais je pense que oui. Il y a une chaleur et une humanité dans le matériel analogique. On sent les résistances qui chauffent et ce grain particulier, même si je reconnais qu’on peut obtenir un résultat quasi-équivalent par le biais de procédés modernes. Il ne faut pas tomber dans l’excès inverse et devenir anti-digital ! Nous souhaitions quelque chose de très organique dans le projet et nous préférions capturer l’énergie du moment plutôt que de passer des mois à mixer. On préférait, dès le départ, un résultat tranché quitte à réduire le champ des possibles. Perso, en tous cas, ce à quoi je suis sensible, c’est la sincérité, peu importe d’ailleurs le genre et l’histoire à raconter.

Pour beaucoup, la musique est souvent juste un produit de consommation marketing qui n’existe que pour satisfaire un besoin immédiat. Vu votre style si particulier, crois-tu que Kosmos puisse traverser les âges et les générations ?

J’aimerais bien. Aujourd’hui, il faut pouvoir plaire à tout le monde. Quel est l’individu qui prend encore le temps de se poser dans le salon pour écouter un album entier ? C’est devenu tellement rare ! Et pourtant, c’est un vrai plaisir. La musique est de nos jours écoutée dans les transports ou en toile de fond, à peine perceptible. Plus jeune, lorsque j’écoutais des CD, le rapport à la musique était beaucoup plus lié à l’objet. Attention, il ne faut pas non plus tomber dans le discours rétrograde, ce n’était pas forcément mieux avant. Par exemple, grâce à Spotify, j’ai pu écouter des centaines de chansons que jamais je n’aurais découvertes autrement. Je crois encore une fois, qu’il il faut être autothétique dans la démarche et conter de belles histoires à l’auditeur, car il y est sensible. Si effectivement, il y a une kyrielle de morceaux qui sont cadrés pour le succès, un tas d’artistes ont encore cette ambition de vouloir raconter quelque chose à l’auditeur et lui permettre d’être partie prenante de cette démarche. Je cite souvent Flavien Berger qui reste tellement libre dans ses démarches et sincère dans ses propos. Il réalise parfois des morceaux de douze minutes et ils fonctionnent ! Ce n’est peut-être pas les plus gros succès, mais il a foulé les planches de l’Olympia. Si nous arrivions ne serait-ce qu’à sa cheville, nous serions déjà contents. Il est aujourd’hui navrant de constater dans les statistiques de Youtube que les gens décrochent parfois juste après quelques secondes d’écoute. J’ignore s’il s’agit de l’air du temps. Nous les jeunes, nous consommons pas mal de streaming, c’est une histoire de génération. Les plus âgés sont moins réceptif à ce mode d’écoute. La génération actuelle deviendra plus mature dans vingt ans, les mentalités aussi sans doute. Mais, comment prédire l’avenir ? Tout change tellement vite. C’est un vrai sujet de fond. Comme je te signalais tantôt, la formation ne fait aucune concession dans sa démarche artistique. A tort, peut être…

Les textes sont ciselés. Ils ont du coffre et de la puissance. Souvent, on aime revivre les compositions à travers les paroles. Est-ce votre cas ?

J’affectionne écrire les textes et sortir le meilleur jus des mots. Presque plus encore que d’écrire les musiques. Ma mère est anglaise, ma plume s’exerçait dans un premier temps dans la langue de Shakespeare. Pour ce projet précis, l’envie de coucher les mots sur le papier en français était grande. J’aime le pouvoir et le poids des mots. J’avoue que la prise de risque est plus importante car les gens dressent une oreille plus attentive en français alors que pour l’anglais ils s’attachent plus à la mélodie. J’apprécie l’idée que l’auditeur puisse jouer un rôle à part entière dans cette dynamique. Comme expliqué avant, il est aussi intéressant parfois de ne pas saisir le sens des mots, mais juste être bercé par les paroles. Une manière de sensibiliser sans proposer quelque chose de manichéen…

A contrario un texte, quand il est écrit, est parfois plus difficile à accepter que chanté…

Oui, tout-à-fait ! C’est la philosophie que nous épousons ! Sur « Dé-Pense » par exemple, j’ai fait le choix, à la fin de la compo, de ne faire que des jeux sur les syllabes. Sur le prochain Ep, il y aura beaucoup d’homonymes. Je ne suis pas convaincu que les paroles doivent être lues, mais juste entendues. Par analogie, au collège ou au lycée, on demande aux élèves de lire des pièces de théâtre ; c’est contre-productif ! Une pièce existe pour être entendue et interprétée, pas nécessairement pour être analysée. 

Quand on écoute, « Je Connais un Guerrier Maasaï », on se dit qu’au fond, la recette de Kosmos pour faire plus facilement passer un message, c’est un texte bien écrit et un groove. Ces deux éléments se suffisent-ils à eux-mêmes ?

C’est tout à fait exact ! Nous sommes à la recherche d’un groove, mais au sens large du terme. Pour chaque morceau, nous essayons d’adopter une rythmique qui se suffit à elle-même tout en balançant son lot de paroles qui sonne bien. Nous aimons maquiller le très sérieux et le très lourd avec un soupçon de futilité. L’idée est encore une fois de rendre l’auditeur actif dans l’imaginaire. Ce qui me tient à cœur, c’est l’histoire qui est racontée, pas une succession de mots alignés les uns derrière les autres…

Quel(s) est (sont) le(s) artiste(s) qui t’a (ont) le plus marqué(s) ou influencé(s)

Lorsque j’étais adolescent, j’ai découvert les Beatles. Comme eux, j’écris une musique mélodique à fredonner. Il y a quelque chose d’immédiat. J’étais aussi fan de la musique anglo-saxonne des années 60-70 ; ma mère étant anglaise, j’ai baigné dans cette culture. Mais aussi, tout ce qui est rock progressif et pop-rock de cette époque. Sans oublier la chanson française, évidemment. Il est difficile de cibler précisément un artiste précis. Je citerai quand même Michel Berger, France Gall, Serge Gainsbourg. Dans la musique plus contemporaine par contre, j’apprécie l’Impératrice. Il s’agit d’un groupe de pop/disco français, fondé à Paris en 2012. Il est parvenu à créer un univers ambitieux, mêlant des genres musicaux iconoclastes lui permettant de s’auréoler d’une identité réelle. Je crois qu’il est parvenu à marquer un tournant dans la chanson française. J’aime aussi l’univers de Flavien Berger. Je suis aussi fan de Philippe Katerine depuis ses débuts. La sincérité dont il fait preuve dans sa folie m’émeut complètement. En matière de musique internationale, j’adore Parcels, groupe originaire de Byron Bay en Australie, formé en 2014. Je suis allé les voir au Botanique et j’ai été bluffé par la légèreté et leur groove.

Avant de nous quitter, peux-tu dévoiler quelques petites news pour les lecteurs de Musiczine ?

Oui, le prochain Ep sur lequel nous travaillons s’intitulera « Dé Ménage ». Il contiendra cinq titres, des chansons d’amour. Il ne s’agira pas d’une suite, mais plutôt d’un pendant au premier volet. Le réalisateur sera le même. Je pense que ce disque sera plus homogène en termes de style, mais je ne m’avance pas trop, on verra bien… Nous sortons d’ici quelques semaines un nouveau single qui s’intitulera « Petit Suisse ». Il sera assez proche du « Guerrier Maasaï » dans le côté décalé. Nous devrions jouer en live en septembre, mais les dates ne sont pas encore confirmées. Les salles parisiennes sont en effet un peu plus frileuses à l’égard des petits groupes comme les nôtres et prennent davantage de précautions vu cette crise sanitaire. Nous espérions pouvoir participer à quelques festivals cet été… Se produire en Belgique serait une opportunité à saisir, il y a chez vous une proximité et une accessibilité que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.

Fontaines, je ne boirai pas de ton eau !

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Paru il y a déjà un an, “Dogrel”, son premier elpee, a valu à Fontaines D.C. une place parmi les nouveaux groupes les plus acclamés en 2019. La formation dublinoise publiera son deuxième opus, “A Hero’s Death”, le 31 juillet 2020

Agité et meurtri -quoique superbe- le long playing est tout sauf une copie du précédent qui libérait une énergie audacieuse. Au contraire, la musique y est patiente, confiante et complexe ; une prise de vue unique et philosophique sur le monde moderne et sa grande incertitude.

Pour enregistrer “A Hero’s Death”, Fontaines D.C. a bénéficié du concours de Dan Carey (Black Midi, Bat For Lashes), des sessions qui se sont déroulées au sein de son studio londonien. Ensemble, ils ont sculpté une expression sonore plus contenue, spectrale, un style qui domine une bonne partie de « A Hero’s Death », une œuvre qui se réfère, notamment, à Suicide, The Beach Boys et Leonard Cohen ou encore Beach House, Broadcast, et Lee Hazlewood.

Avec, sur l’artwork, la représentation d’une statue du guerrier irlandais mythologique Cúchulainn, érigée à Dublin pour commémorer les Pâques Sanglantes qui se sont déroulées en 1916, il y a plusieurs niveaux de compréhension dans la phrase “A Hero’s Death”. Cet album contourne ce que l’on attendait du groupe, un challenge pour eux mais aussi pour son auditoire, afin de sacrifier une identité et en prendre une nouvelle : celle qui est réellement la leur.

Le groupe a déjà partagé le titre éponyme de l’album, dont la vidéo met notamment en scène Aidan Gillen (Game of Thrones, The Wire, Peaky Blinders). 

Découvrez un extrait de sa déjà légendaire prestation accordée à Glastonbury ici

Le nouveau frisson de Jónsi Birgisson, le frontman de Sigur Rós…

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Jónsi Birgisson, le leader de Sigur Rós, annonce la sortie le 2 octobre prochain de son album "Shiver" et présente un nouveau titre "Swill".

"Shiver" explore les profondeurs de l'expérience humaine et notre lien avec le monde naturel. Il combine les qualités rêveuses et organiques de Jónsi avec l'avant-gardisme synthétique, parfois brut, de A. G. Cook. Sur papier, leur collaboration est surprenante, mais "Shiver" n'est que la suite de la quête de Jónsi à repousser les limites de ce que nous considérons comme de l'art et de la façon dont nous le vivons.

L'année dernière, Jónsi a réalisé sa première installation artistique en solo dans la célèbre Tanya Bonakdar Gallery de Los Angeles, explorant la profondeur du son. Jónsi a élargi sa pratique artistique ces dernières années dans une série de collaborations avec des artistes visuels tels que Doug Aitken, Olafur Eliasson, Merce Cunningham et plus récemment l'artiste et compositeur Carl Michael von Hausswolf avec lequel il a formé le duo musical Dark Morph qui ont également participé également aux sessions.

Les intérêts et les talents de Jónsi dépassent largement la portée d'un musicien traditionnel. Et pour cause, il a toujours été multidisciplinaire. L'une de ses recherches sérieuses a été une étude d'un an sur le parfum et l'odeur, une alchimie qu'il a combinée avec son art d'installation (chacune de ses œuvres à son exposition avait son propre parfum).

La vidéo de « Swill » est diponible ici

Réédition de l’album ‘Venus’ de Logic System

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L'album classique du musicien japonais et programmeur du Yellow Magic Orchestra, Hideki Matsutake, a été réédité en dehors du Japon, pour la première fois en quarante ans.

Hideki Matsutake a exercé une énorme influence sur la musique électronique. Il a entamé son parcours comme assistant du maître japonais, Isao Tomita, au cours des années 70. Il a ensuite bossé ensuite en compagnie de Ryuichi Sakamoto puis du Yellow Magic Orchestra comme programmeur et quatrième membre officieux du groupe.

En 1981, il lance le projet Logic System et, la même année, enregistre « Venus » à Los Angeles avec Don Grusin, Nathan East, Roger Powell et Michael Boddicker. Il y mêle brillamment synth-funk, ambient et boogie, tout en y ajoutant une touche de fusion jazz préludant la vaporwave de 30 ans.

Plus organique et funky, cet opus a emprunté pour thématique la déesse grecque Vénus. L’innovation procède du recours de Matsutake au Moog III, au E-mu Modular System ainsi qu’à d'autres synthétiseurs comme le Prophet 5, les Roland MC-8 et TR 808 et le Yamaha GS-1, précurseur du DX7. Du synth ambient de "I Love You" au boogie city pop de "Be Yourself" et le Daft Punk-ien "Take A Chance", « Venus » est un album fascinant qui annonce de nouvelles directions pour la musique électro, tout en demeurant étrangement accessible et hypnotique.

L’autre élément clé de « Venus » procède des illustrations de l’artiste culte japonais Pater Sato dont le style aérographe est devenu très influent au fil des décennies. Wewantsounds est ravi de rééditer cet album visionnaire pour la première fois depuis 40 ans, hors du Japon, dont les bandes originales ont été remasterisées.

L'album original était accompagné d'un superbe livret de 8 pages illustré par Sato que Wewantsounds a reproduit pour cette réédition de luxe. Cette réédition en audio remasterisé, recèle aussi un OBI et un 2e insert avec des crédits et des notes de pochette signées Hashim Bharoocha ainsi qu’une interview exclusive de Hideki Matsutake évoquant la genèse de cet album visionnaire….

Redécouvrez le titre "Be Yourself" en cliquant ici