Le petit monde d’Abstract Concrete

Abstract Concrete publie « Small World », son premier titre inédit depuis son disque éponyme de 2023. Le single s’accompagne d’un clip disponible là Cette parution intervient après deux tournées européennes menées dans onze pays. Le collectif londonien s’est…

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Darkness comme du chocolat noir…

Tender Ender vient de partager « Darkness », un nouveau single accompagné d’un clip qu’il a lui-même réalisé, offrant un premier aperçu de son futur deuxième album, « Red Kites », dont la sortie est prévue le 13 novembre 2026. Construit autour du son…

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Android 80

Suburban Robot

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Cyber-homme à tout faire, le plus Liégeois des sujets de Sa Majesté Elisabeth, Brian Carney, alias Android 80, continue de sonder les sonorités eighties, tel un pionnier de l’histoire de la musique propulsé dans une capsule capable de voyager dans le futur.

Malgré des claviers vintage, les compositions de ce pur produit de l’ère disco-wave sonnent terriblement modernes. Elles sont même savamment équilibrées, à mille lieues de tout passéisme élitiste.

Mélodies imparables et textes cyniques qui font mouche, parsèment cet elpee de bout en bout.

Sortant de sa boîte à rythmes comme un diable robotisé, Android 80 remue les fessiers les plus rouillés et inflige un sérieux coup de jeune à la vielle garde sur le retour (Human League en tête).

Chanteur des défunts UFO Goes UFA et claviériste au sein de Phantom Feat. Lio, l’ami Brian nous offre ici une relecture moderne d’un passé que nous chérissons tous d’une manière ou d’une autre, que l’on soit fan de Kraftwerk, Depeche Mode ou de Jean Michel Jarre (et j’aime beaucoup l’improbabilité de cette référence).

Un album ‘boule à facettes’ hautement jouissif, et iconoclaste à souhait.

Second degré et (im)pertinence se disputent la part belle sur cette galette digitale calibrée pour devenir un must des années à venir et servir de référence à des générations et des générations à venir.

 

Biffy Clyro

Revolutions / Live At Wembley

Écrit par

Preuve, s’il en est, de leur ascension surprise et éclatante, Biffy Clyro délivre un premier combi Cd/Dvd live, relatant les prouesses scéniques des Ecossais. Après avoir publié cinq albums studio et un best of, le trio mené par Simon Neil est clairement parvenu à un point culminant de sa carrière. « Revolutions//Live at Wembley » permet donc de faire le point. Des petites scènes à celle autrement plus impressionnante du Wembley Arena, Biffy Clyro a pris son temps mais son efficace mélange de Rock, Pop et Metal, est arrivé à convaincre le globe. Et ce, notamment grâce à un album imparable, « Puzzle », publié en 2007, et, surtout, des tournées mondiales interminables.

Neil et les frangins Johnston ont donc, très logiquement, immortalisé leurs riffs, les mélodies et la sueur au cœur d’un ‘Live’ d’excellente facture au niveau de la production mais un peu trop focalisé sur « Only Revolutions », le dernier LP studio de la bande. Normal, me direz-vous ; mais malgré quelques bonnes surprises (les excellentes versions de « 57 » et de « Who’s Got A Match »), il y a de quoi être déçu de ne pas y retrouver « Semi-Mental », « 27 » et « The Ideal Height » ou que l’épique « Living Is A Problem Because Everything Dies » ait perdu énormément de sa substance dans sa mouture live.

Biffy Clyro se rattrape néanmoins au niveau de l’énergie déployée sur les planches et de la puissance dégagée par des riffs, ici gonflés aux stéroïdes. Il n’en demeure pas moins que l’objet s’adresse aux fans inconditionnels avant tout, ce live n’étant pas spécialement représentatif de la discographie du trio.

 

Blanck Mass

Blanck Mass

Écrit par

Benjamin Power est un ex-membre du groupe Fuck Buttons. Et « Blanck Mass » constitue le premier elpee de son projet solo. Un disque dont l’écoute est véritablement… éprouvante ! Au départ, on pense qu’il ne s’agit que d’une intro un peu longuette, et on prend son mal en patience. Mais rien à faire : le premier morceau est effectivement à l’image de l’ensemble de l’opus : c’est interminable, lent mais surtout totalement vide !

Pour chacune des 10 pistes que compte le long playing, on attend vainement qu’il se passe quelque chose. Que la musique ‘décolle’ enfin. Bref, que l’artiste nous surprenne un tant soit peu. Mais ce phénomène ne se produit jamais.

Les titres sont parfois longs, parfois courts, mais ils s’avèrent surtout, tous, inévitablement lancinants, flemmards et creux. « Blanck Mass » rendra tout auditeur normalement constitué amorphe.

Par exemple, quasi aucun instrument n’est utilisé, hormis un synthé, et encore, plus que parcimonieusement. Pas de changement de rythme non plus ou même de mélodie à découvrir. Seul un long fond sonore pénible, qui nous rappelle vaguement une séance de relaxation. Inutile donc de souligner que son écoute est pour le moins laborieuse. Et que dire encore lorsqu’on on arrive à « What you know », qui ne dure pas loin de 15 minutes ?!

Au rayon des reproches, on notera aussi l’absence totale de paroles, excepté sur un ou deux morceaux de l’elpee (NDR : et encore faut-il tendre l’oreille). En conclusion, ce disque s’adresse donc aux amateurs de silence…. dans le registre de la musique. Cherchez l’erreur.

Détail amusant : « Blanck Mass » pourrait se traduire en anglais par ‘La masse de vide’. Jamais à mon sens un album n’aura si bien porté son titre. On ne saurait donc que trop conseiller à l’auditeur lambda de passer son chemin : circulez, il n’y a rien à écouter !

 

Gui Boratto

III

Écrit par

Gui Boratto est un artiste brésilien, né en 1974. Ce dernier bénéficie d’une carrière plutôt originale puisqu’en effet, il est à la base étudiant en architecture. Toutefois, atteint du virus de la musique, il se décide, après avoir travaillé pour les autres, à composer ses propres morceaux, à partir de 2004.

En 2007, il rencontre le succès, en publiant « Chronophobia », un premier album stimulant, même si assez sombre. S’en suivra, deux années plus tard, « Take my breath away », plutôt orienté ‘pop’. Son troisième opus, à présent disponible, est sobrement intitulé « III ».

Suivant l’adage : ‘On ne change pas une équipe qui gagne’, gagez que les amateurs de la musique du Brésilien reconnaitront immédiatement ‘le son Gui Boratto’, à savoir une techno minimale galvanisée par une basse profonde, et caractérisée par une montée en rythme progressive.

Toutefois, di « The Drill » séduit tout particulièrement, il faut admettre que ce seul morceau ne suffit malheureusement pas pour convaincre de la qualité générale de « III », qui reste somme toute assez moyenne, tant les musiques paraissent redondantes entre elles.

De même, un des reproches essentiels qui peut être fait à Gui Boratto, est d’avoir beaucoup (trop) assaini le son de son album. En effet, le mixage plutôt maladroit donne à l’ensemble des 12 tracks un aspect plat, comme ‘écrasé’.

Si le style inimitable du Brésilien est présent, l’absence de prise de risque frappe singulièrement tout au long de cet elpee. Et faute de ce petit grain de folie, l’opus se révèle plutôt quelconque, laissant une impression mitigée.

On reste donc clairement sur sa faim, et on aurait préféré que l’auteur retourne à ses premières amours, et notamment qu’il adopte à nouveau le tempo effréné du premier long playing…

 

Kevin Costner

From Where I Stand

Écrit par

Très heureuse et très agréable surprise, Kevin Costner revient à ses premières amours.

Avant d’être connu pour ses meilleures prestations dans ‘Les Incorruptibles’, ‘Danse avec les loups’ ou ‘Robin des Bois’, ce Californien de 56 ans a d’abord… dansé en compagnie des membres de son band ‘Roving Boys’.

En 2008, sa carrière cinématographique connait un net recul. Il retrouve ses compères d’antan et retourne à sa passion première : la musique. Rebaptisés ‘Modern West’ pour l’occasion, Kevin et son band retrouvent le chemin des studios et des salles de concert. Et attention, il ne s’agit pas d’une échappatoire ou d’une reconversion due à une carrière cinématographique qui s’essouffle ; non Kevin Costner ne se contente pas d’interpréter le répertoire d’un ‘nègre’, il assure sa part de boulot pour la partie composition et prend également en main la guitare en plus du micro. Et pour une fois, pas besoin de doublage, c’est enfin sa ‘vraie’ voix que l’on découvre ! Une voix chaude et bien présente qui soutient aisément la comparaison avec bien d’autres.

« From Where I Stand » constitue le second elpee déjà depuis la reformation du combo. Celui-ci a profité de la tournée suivant la parution en 2009 d’« Untold Truths » et de l’adrénaline libérée lors des concerts, pour composer ces dix nouveaux titres. 

Oscillant autrefois entre country rock et soft rock californien, Kevin nous livre cette fois un bel album plutôt électrique, un rock puissant, chaleureux, aux multiples inspirations, dont les accents évoquent tantôt Springsteen voire le Tom Petty de la première heure.

Les thèmes abordés dans ses textes sont ceux que défend depuis un bail le ‘Bodygard’ le plus connu de la planète : l’écologie bien sûr (« Hurricane Rain ») et la défense des minorités persécutées (« Indian Summer »).

Ce disque aurait pu être le énième caprice d’une star s’improvisant chanteur et profitant de sa renommée pour nous servir une daube infâme. Pas du tout ! La surprise est de taille et la qualité au rendez-vous !

Ce nouveau rôle, Kevin Costner y tient : ‘C'est le vrai moi qui s'exprime sur scène quand je joue et je chante devant un public. C'est là que vous verrez le plus clairement qui je suis’. On ne demande qu’à le croire !

 

Dirty Beaches

Badlands

Écrit par

Dirty Beaches est le projet d’un seul homme, un homme qui court à travers des paysages escarpés et habités. Habités comme lui. Par des rêves sombres et des images panoramiques.

Taïwanais immigré au Canada, Alex Zhang Hungtai invite aux voyages sans fin au travers de plages cinématographiques où les fantômes d’Elvis Presley et de Chuck Berry entrechoquent leurs vieux os délabrés sur des rythmiques lancinantes imbibées de Tequila.

Après une pléthore de participations diverses et de morceaux éparpillés aux quatre coins de la planète, le brillant résident de Vancouver continue sa quête expérimentale sur cet album onirique aux couleurs Blue Velvet.

Embrumées et pourtant déconcertantes d’authenticité, ces compositions  emmènent le spectateur alangui vers des cimes audiophiles au-dessus desquelles planent de sombres ambiances ouatées. 

« Sweet 17 », « Lord Knows best », Black Nylon » : l’univers du gaillard est à la perpendiculaire de diverses dimensions. C’est fichtrement intriguant, voire à certains moments angoissant, et surtout foutrement excitant.

Un album qui trace sa route dans la nuit et dont la lumière balaye une longue ligne jaune en pointillés qui jamais ne s’interrompt.

En concert ce 1er novembre au Trix à Anvers.

 

Ed Wood Jr.

Silence

Écrit par

Il n’y a aucune corrélation entre l’illustre Ed Wood Jr., proclamé pire réalisateur de tous les temps, et ce groupe lillois. Une formation qui vient de publier son second opus, « Silence ».

Inspirés par Don Caballero, Battles et From Monument to Masses, Olivier Desmulliez et Thibault Doutriaux mélangent astucieusement claviers, guitares et samples pour les transformer en morceaux percutants, énergiques, au sein desquels on ne rencontre guère de silence, finalement ! Et on en compte onze sur cet elpee, au cours desquels le duo étale toute sa maîtrise et son talent. Les rythmes syncopés et les breaks évoquent 65DaysOfStatic tandis que les guitares lourdes lorgnent du côté de Ratatat. Moins cérébral que Don Caballero, Ed Wood Jr. évolue dans un univers sonore, finalement assez proche de Battles, à cause de son aspect presque dansant et même ludique. Et puis du soin apporté au sens mélodique. Ce qui ne l’empêche pas de nous balancer de véritables bombes post-hardcore, comme « Quincunx » ou « Maila Nurmi », caractérisé par sa disto impressionnante. Un régal !

Et je vous invite à aller applaudir Ed Wood Jr., pas le piètre cinéaste, mais la formation hexagonale, qui sera en tournée à travers la Belgique, au cours de ce mois de novembre ; soit le 12 novembre à Namur, au Belvédère, et le 27 du même mois, au Magasin 4, à Bruxelles.

 

Piers Faccini

My Wilderness

Écrit par

Quatrième album en sept ans pour cet Italo-britannique qui s’est établi dans l’Hexagone lors de son enfance.

Né d’un père italien et d’une mère anglaise, Piers est un artiste au sens large du terme. Il ne se contente pas d’être auteur/compositeur/interprète, il touche également à la peinture et à la photographie.

Après une toute petite préface sous le patronyme de Charley Marlowe, écrite en compagnie de Francesca Beard, Frank Byng et Lucas Suarez, au cours de laquelle il enregistre un Ep intitulé « This Could Be You », notre artiste aux talents multiples se lance dans le bain, seul.

Il lui faudra cinq ans avant de pouvoir présenter « Leave No Trace », son premier album, qui paraît en 2004. Suivront « Tearing Sky » en 2006 et « Two Grains Of Sand » trois années plus tard.

En sept ans, tout a changé, studios, producteurs, tournées, succès suffisant pour vivre de la musique. Et au final, rien n’a changé, ses amis, ses complices et sa musique (NDR : toujours d’aussi bonne qualité).

Depuis quelques années, il est soutenu par Jules Bikoko à la basse, Rodrigo d’Erasmo au violon et Simone Prattico aux percussions. Ensemble, ils ont enregistré ce dernier opus, un disque qui se décline en 11 séquences oscillant entre pop et/folk song, le tout imbibé de douceur et de mélancolie.

Quelques titres tirent leur épingle d’un jeu somme toute un peu monotone, « Tribe » et ses relents africains, « No Reply » qu’il partage auprès du violoncelliste et ami de toujours Vincent Ségal et « The Beggar & The Thief » sur lequel Ibrahim Maalouf tient la vedette à la trompette.

Dans le même registre, mais boxant dans une catégorie nettement supérieure, on dispose déjà en rayon d’un Charles Winston ; et hélas pour lui, Piers Faccini ne tient pas la comparaison.

Un peu faible, un peu fade, « My Wilderness » manque cruellement d’épices…

 

Fair Ohs

Everything is Dancing

Écrit par

Dès les premières mesures du morceau qui ouvre l’opus, « Baldessari », le groupe londonien Fair Ohs annonce la couleur. Difficile de croire que ces quatre gaillards sont issus des milieux hardcore de la capitale anglaise.

Les guitares cristallines, les rythmes dansants afro-caribéens et la basse caoutchouteuse évoquent Vampire Weekend. Différence quand même, contrairement à leurs frères américains, la production d’« Everything is Dancing » est moins léchée. Une mise en forme à l’anglaise. Durant tout l’album l’envie de claquer des doigts ou de se trémousser (selon l’envie de chacun) est présente. Mais, le punk-pop-tropical de Fair Ohs ne se borne pas simplement à régurgiter ces quelques influences. Ainsi, « Katasraj » est illuminé de sonorités orientales, alors que « Colours » lorgne plutôt vers le psychédélisme.

Un rayon de soleil bienvenu en cette période de l’année propice à la dépression (atmosphérique), et parfait pour remonter le moral juste avant d’affronter les rigueurs de l’hiver…

 

Foster The People

Torches

Écrit par

La révolution pop annoncée par le NME avant la sortie de « Torches » n’aura pas lieu. Foster The People, mené par Mark Foster et ses deux acolytes, délivre un premier LP de bonne facture mais à des kilomètres d’un quelconque soulèvement culturel. Profitant d’un buzz conséquent, les Californiens se sont faufilés sur le devant la scène en sifflotant un air entêtant qui risque fort bien d’échapper à leur contrôle. Car le « Pumped Up Kicks » de Foster The People, c’est un peu le « Young Folks » de Peter Bjorn & John, version 2011. Un refrain imparable, un sifflotement qui te reste ancré dans la cervelle jusqu’aux petites heures de la nuit et paf! T’as un tube dans les oreilles.

Foster The People connaît manifestement bien la recette et ne se prive pas pour la servir par louches entières sur son premier LP. « Torches » ne recèle effectivement rien d’autre que des morceaux hautement radiophoniques, comme les über hits « Helena Beat », « Houdini »  et « Pumped Up Kicks ». Les mélomanes en recherche de profondeur n’en trouveront certainement pas chez Mark Foster et ses potes mais passeront probablement un bon moment en écoutant ce « Torches » dont ils auront tout oublié d’ici quelques mois. Sympa mais pas essentiel.

Live : Botanique, 19/11 (Sold Out)

 

Gustaph

Jaded

Écrit par

Gustaph est un jeune musicien et chanteur talentueux, plutôt connu dans le Nord du pays. Il a d’ailleurs déjà participé à une émission sur Radio 1, et a fait l’objet d’articles dans la presse écrite flamande.

Il produit aujourd’hui « Jaded », un Extended Play 6 titres. Après écoute, tout amateur d’électro ne peut qu’être séduit par les sonorités de « Jaded », son titre phare (et surtout la version produite par Luuk Cox).

Bien sûr, tout n’est pas parfait dans ce premier essai. On pourra, au rayon des regrets, reprocher à la voix de Gustaph d’être un poil trop aigue, qui peut donc, après plusieurs écoutes, parfois un peu irriter. En outre, sa tonalité ne permet de ‘détonner’ par rapport aux mélodies qui sont offertes.

Finalement, sur les 6 titres, il y a quand même pas moins de quatre fois le morceau « Jaded », certes travaillé différemment (dont une version piano très réussie), et deux fois un second intitulé « Same thing ». Ce qui se résume, au final, à un total de… deux chansons différentes. Difficile donc de juger de l’intérêt à porter à l’artiste sur la longueur, après avoir écouté ce seul opus.

Mais reste que, malgré ces petits défauts, Gustaph démontre un indubitable talent. Caractérisé par ses rythmes agréables et entraînants, « Jaded » est donc un premier né tout ce qu’il y a de plus attirant, et nul doute qu’on reparlera de cet artiste rapidement, au Nord comme au Sud du pays. De notre côté en tout cas, on attend impatiemment un album complet.

 

Antoine Henaut

Quelqu’un de bien (Ep)

Écrit par

Jamais entendu “Quelqu’un de bien”?

Pas possible, vous n’écoutez pas la radio, bon sang ! Ce titre casse la baraque sur toutes les ondes belges, en ce moment. Partout, tout le temps !

Originaire d’Onnezie dans la banlieue montoise, Antoine Henaut est un chanteur chez qui les mots comptent. Après s’être essayé à l’écriture de petits romans et de nouvelles, la chanson lui tend les bras. C’est en manifestant beaucoup d’humour, voire d’ironie et en jonglant avec les expressions et les phrases qu’il raconte la vie, ses soucis, ses petits bonheurs et ses contraires.

Flanqué des membres de son ex-band ‘de jeunesse’, Sonotone, il tente une percée via cet Ep partagé en quatre titres. Le début d’une belle aventure ? Sans aucun doute, car après avoir écouté la plage phare, les trois autres compos sont du même tonneau. Fraîcheur, jeux de mots, humour et tutti quanti sont au rendez-vous. « Qu’est-ce que t’as » est désopilant. Il reflète le comportement d’un dépressif qui… nous fait rire…

« Les contes de fée » et « J’ai pas envie » complètent le carré de chansons de même manière. Côté musical, Antoine et ses acolytes font bien mieux que se défendre. Accrocheuses, diaboliquement efficaces et immédiates, les mélodies soutiennent parfaitement ces ‘histoires drôles’.

Troquant leur nom de scène pour ne garder que celui de leur chanteur/compositeur pour les identifier, Antoine au chant et à la rythmique, Max aux guitares, David à la basse, François à la batterie et Xavier aux claviers ont déjà derrière eux un petit bout de chemin qu’ils comptent mettre à profit dans un avenir pas très lointain.

Récemment, ils ont précédé Suarez ou Michel Delpech lors de leurs tournées, profitant de l’occasion pour présenter leurs dernières compos et faire le plein de confiance.

Confiance dont ils auront besoin lors des prochaines semaines, puisqu’ils vont devoir assurer un duo TV en compagnie de Thomas Fersen et ouvrir le concert des Brigitte, le 7 décembre prochain, au Bota.

Confirmation attendue impatiemment !

 

Joe Henry

Reverie

Écrit par

Première difficulté, répertorier correctement cet artiste. Rock/Pop ? Folk ? Blues ? Jazz? Country ?

Difficile à dire! En tous cas sa musique n’a ni l’odeur ni le goût de la pop music, encore moins les parfums d’un bon vieux rock. Et qwé alors ? Joe Henry est compliqué à cerner. J’aurais bien inventé une nouvelle catégorie rien que pour lui mais là, on va me corriger vite fait. La section blues/jazz/country n’existe pas. Ok gardons jazz alors. Bien qu’accolé à ‘classique’, ce qui n’est, il est vrai guère ‘sexy’ mais les ordres étant les ordres (NDLR : c’est la db, mon cher Luc, c’est la db…)

Mais qui peut bien être ce Joe Henry ?

Il est né 1960. En Caroline du Nord. Il a grandi dans le Michigan avant de déménager à New York, pour finalement s’établir à Los Angeles, dès 1990. Marié à la sœur de Madonna, il apporte sa collaboration sur deux de ses albums. Il est même à l’origine d’un des hits de la reine de la pop, « Don’t Tell Me ».

Quant à sa carrière personnelle, Joe en est déjà à son douzième long playing. Le premier est paru en 1986 ; et 25 ans plus tard, « Reverie » clôt une fameuse série toujours en cours…

Sur cette dernière production, Joe se veut plus authentique, plus proche des racines musicales qu’il défend. Totalement acoustique, Joe n’utilise aucun instrument électrifié. Faisant confiance à Keefus Cianda au piano, Davis Piltch à la contrebasse et Jimmy Bellerose à la batterie, il s’adjoint également de manière pus épisodique les services de Marc Rinot à la guitare acoustique et au ukulélé ainsi que Patrick Warren, préposé à l’orgue à soufflets. De son côté, outre la guitare, il consent à partager le micro avec Jean McClain pour les chœurs et a invité Lisa Hannigan dont il avait produit le dernier elpee, « Piano Furnace ».

Responsable d’un mélange de jazz et de folk, Joe Henry a les idées bien claires, tout comme sa musique. Reposant sur des bases épurées, elle est découpée en accords nets. Les mélodies sont touchantes et élégantes.

Les arrangements, axés sur les guitares sont efficaces de simplicité et donnent une impression de ‘Ligne Claire’ tout comme celle qu’Hergé avait inventée dans le monde de la bande dessinée.

« Reverie » est un opus émouvant, simple et beau à la fois ; d’un autre monde, d’une autre époque.

A écouter un soir d’hiver au coin du feu, en sirotant un tout bon vieux whisky…

 

Matthew Herbert

One Pig

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Matthew Herbert n’est pas véritablement un musicien. C’est plutôt un artiste, au sens premier du terme. Son troisième elpee « One Pig » clôture sa trilogie « One », démarrée en 2010 et vise, selon les propos mêmes de l’auteur, à produire ‘Trois albums, chacun à propos d’une chose’.

Le projet est assez élémentaire : superposer, à une musique électro, des bruits et sonorités issus de la vie quotidienne. Et pour ce nouvel opus, Matthew Herbert a donc superposé, comme l’annonce son titre, des sons de… cochons ! Sons originaux des animaux, directement enregistrés depuis une ferme d’élevage.

Par conséquent, attendez-vous à découvrir, au détour de votre écoute, des bruits de dispute, de naissance et même de mort de nos compères à quatre pattes. Le titre « August 2010 » ira d’ailleurs jusqu’à proposer, mélangés à des mélodies électro assez bien construites, des bruits d’urine ! Par conséquent, si on ne peut nier le travail accompli, nul doute que l’auditeur lambda restera probablement de marbre face au style d’Herbert, assurément décalé…

Après quelques écoutes, on ne peut donc qu’être partagé entre d’une part, le message honorable véhiculé, à savoir la dénonciation des conditions de vie abominables des porcs au sein de la chaîne alimentaire, et d’autre part le résultat obtenu ainsi que l’aspect forcément pour le moins étrange du projet. Les 10 pistes s’écoutent donc par curiosité, mais ne se réécouteront probablement pas.

En conclusion, cet album est de ceux qui ne laissent pas indifférent, dans un sens ou dans l’autre, sans demie mesure… puisqu’une association de défense des animaux a d’ores et déjà porté plainte et tente d’empêcher sa distribution, estimant que l’artiste ‘rend amusant la cruauté animale’. Alors même que de l’avis de son auteur, c’est l’exact but inverse qui est poursuivi. Sans doute s’agit-il ici d’un énième artiste incompris ?

Etonnant et indubitablement original, « One Pig » est donc à réserver à un public averti.

 

Caroline Jokris

Etrange liaison

Écrit par

Aïe aïe aïe ! Qu’il est difficile parfois de dire ce que l’on pense d’un ‘artiste’ et de son travail…

Caroline Jokris, 35 ans bien sonnés, soldate (complètement) inconnue au bataillon de la scène belge propose pourtant déjà son troisième elpee.

Et qu’en dire ? Ben pas grand-chose de bien, hélas pour elle.

Suivant sa bio, elle commence sa carrière artistique (?) à quatre ans comme petit rat de l’opéra. Au conservatoire, à six, elle rêve de devenir actrice, puis chanteuse après avoir assisté à un concert de son idole, Jean-Jacques Goldman. Et le pire, c’est qu’elle y croit et qu’elle ose ! A quinze, elle se produit sur scène et à vingt publie son premier album. Le succès la boudant, sauf peut être du côté de Montréal, elle continue sa quête vers une impossible renommée.

Un trou d’une dizaine d’années ne la décourage même pas. Elle finit par rencontrer Michael Jones qui, gentil comme un cœur, accepte d’échanger un duo en sa compagnie. Ivre de joie, la jolie blonde est relancée, pour notre plus grand bonheur (!). Or, grâce à quelques internautes qui ne savent vraiment pas quoi faire de leurs tunes, la troisième plaque de Caroline vient de sortir. Et pour être franc, j’ai l’impression que les choses n’ont pas beaucoup changé.

Un duo pourri même auprès d’une grosse pointure n’autorise pas tout… Mais faut dire qu’on l’entendait plus beaucoup non plus le copain de l’autre (Michael Jones)!

On a ici entre les mains et les oreilles, des chansons minables, niaises qui foutent le bourdon et ne donnent qu’une envie, sortir le Cd de son tiroir et le flanquer illico à la décharge. Du sirop ! C’est exactement ça ! Du gros sirop sucré qui colle, rend les mains (et les oreilles) poisseuses. Vite, vite, un robinet pour aller nettoyer le tout. Et c’est sûrement pas une mauvaise reprise de « Week-end à Rome » du vieux Daho qui sauvera ce truc d’un naufrage programmé.

Heureusement que tous les fans de Goldman ne se mettent pas en tête de sortir un disque. Au secours !

 

Gérard Lenorman

Duo de mes chansons

Écrit par

Ah ! Quand on n’a plus grand chose à dire depuis un bout de temps, il est parfois utile de ressortir les vieux discours qui ont marqué et, peut être, après les avoir un peu dépoussiérés, plairont encore…

C’est ce que s’est dit Gérard Lenorman, chantre de la variété française des années 70 qui a fait évidemment le bonheur des scouts, guides et autres patros en composant « La Ballade Des Gens Heureux », un hymne que tous chantaient le soir assis, en rond, autour du feu de camp…

Alors comme une pièce défraîchie, salle, abandonnée que l’on veut restaurer, Gérard nous ressort ses classiques qu’il a décidé de repeindre en deux tons. Pour cette occasion, il a fait appel à une équipe de ‘peintres’ plus ou moins connus dans le panel de la profession.

Afin de rendre donc des couleurs à ces chansons, et reconnaissons-le, elles ne sont pas moins bonnes que celles servies actuellement par une brochette de soi-disant artistes de chanson française, l’ami du « Gentil dauphin triste » a lancé un appel à ses amis du milieu. Florent Pagny, Grégoire, Zaz, Patrick Fiori, Joyce Jonathan, Shy’m, Maurane, Amaury Vassili, Roch Voisine, Anggun, Stanislas et Chico et les Gypsies l’ont tous rejoint pour lui rendre cet hommage. C’est ainsi que renaît un artiste disparu de la circulation qui avait laissé derrière lui un répertoire… Et la magie opère, ravive des souvenirs sympas et met le sourire aux lèvres des quadras et quinquas qui le dénigraient sans doute (j’en suis, j’avoue) à cette époque.

Sans prétention, c’est de jolie manière que Gérard Lenorman célèbre ses 40 ans de scène.

Tant pis si ma chronique fait rire certains ; je ne suis pas moins sûr que beaucoup entendront ces chansons revisitées avec un brin de tendresse et des souvenirs d’enfance et/ou de jeunesse intacts !

Male Bonding

Endless Now

Écrit par

Un an et demi seulement après avoir pondu « Endless Now », les Londoniens remettent le couvert. Pour rappel, « Nothing Hurts » avait été favorablement et unanimement encensé par la critique. 

Sur ce deuxième opus, Male Bonding revendique davantage ses influences grunge et rock issues des 90’s, en général. Pas pour rien qu’on retrouve derrière les manettes John Agnello, un personnage qui a notamment bossé pour Cell, Kurt Vile, Dinosaur Jr. ainsi que Thurston Moore. Le son est crade. Survitaminés, résolument punk, dégoulinants de sueur, les douze morceaux font mouche. Les Anglais de ne se posent pas de questions. Le tempo est soutenu. Le sens mélodique contagieux. Il s’imprègne même dans notre subconscient avec une facilité déconcertante. Les riffs de guitares sont simples mais efficaces ; mais tout comme la voix, ils sont chargées de reverb’. Il y a bien l’une ou l’autre plage qui permet quelque peu de reprendre haleine (« The Saddle »), mais c’est toujours pour ensuite redémarrer de plus belle. Encore que dans le ventre mou de l’elpee, on a parfois l’impression que le combo cherche son second souffle. Suivant l’adage, ‘trop d’énergie finit toujours par tuer l’énergie’. Mais en fin de parcours, il retrouve toute sa sauvagerie.

Parfait pour retrouver la forme, Male Bonding agit comme un excitant naturel. Un cran en dessous de « Nothing Hurts », « Endless Now » demeure néanmoins un excellent album. Aussi, ne boudons donc pas notre plaisir !

John Martyn

Heaven and Earth

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John Martyn étant décédé en 2009. « Heaven and Earth » est un album posthume que son ami et producteur de longue date, Jim Tullio, a achevé avant de le mettre en boîte.

Plutôt réputé pour ses frasques et épisodes sulfureux que la vie lui a réservés, John est un musicien connu de peu mais adulé par quelques-uns parmi les plus grands. Citons en vrac, Eric Clapton, Phil Collins, Stevie Winwood, Robert Palmer, David Gilmour et Paul Weller qui l’ont souvent produit et/ou accompagné.

C’est à l’âge de 19 ans, en 1968, qu’il enregistre son premier elpee après une initiation à la ‘folk music’ dispensée par le regretté David Graham. Entretemps, c’est un catalogue de presque 50 Cd que laissera à ses héritiers ce doux dingue (plutôt dingue que doux, d’ailleurs).

« Heaven and Earth » met donc un terme à une carrière bien mouvementée qui a duré plus de 40 ans.

Les neuf morceaux réunis sur ce dernier ouvrage sont, à l’exception de « Can’t Turn Back The Years » (NDR : titre révélateur, il est signé Phil Collins) autant de testaments laissés à la postérité par cet agitateur impénitent.

Respectueux des idées de son poulain, Jim Tullio a fait appel aux fidèles d’entre les fidèles pour achever d’écrire ce dernier chapitre. Les bien nommés Spencer Cozens au piano, Arron Ahmun aux drums et Alan Thompson à la basse ont tenu à être présents pour mettre un point final à la carrière pleine de rebondissements de cet artiste hors du commun.

Fruit d'un mélange de jazz, blues, world, funky, folk et rock, la musique de l’irascible Ecossais est une véritable ouverture sur le monde, capable de nous faire voyager à travers différentes cultures et modes de vie.

Curieux quand-même que cet auteur/compositeur/interprète à la voix si proche de Joe Cocker et aux compos dignes d’un John Lee Hooker n’ait pas connu le succès qu’il aurait sans doute mérité !

 

Peter Kernel

White Death & Black Heart

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Non, Peter Kernel n’est pas un autre songwriter, mais un trio helvético-canadien qui pratique de l’‘art-punk’ (NDR : enfin c’est ce qu’il raconte). La musique proposée est donc supposée singulière. La brève bio du groupe nous apprend qu’ils ont participé à divers projets autres que musicaux. On comprend dès lors mieux leur concept artistique. Plus qu’un style musical, Peter Kernel décrit davantage une manière de penser et de composer en dehors de tout carcan. Actif depuis 2005, le band a assuré la  première partie de groupes tels que Mogwai, Why ?, Wolf Parade, … De quoi accentuer encore ce goût de la diversité.

« White Death Black Heart » constitue le deuxième album du groupe, mais le premier sur le label Africantape. Peter Kernel brasse des influences variables. Certains titres sont plus accessibles, d’autres plus énergiques. On pense d’abord à Sonic Youth pour les sonorités dissonantes (« Anthem of Hearts », « The Peaceful »). Et à l’instar du combo new-yorkais, on y retrouve cette alternance entre voix féminine et masculine, qui conversent et finissent par se conjuguer. Par contre, les dialogues et le timbre aigu de demoiselle rappellent plutôt Yacht (« Hello My Friend »). Mais, Peter Kernel est également capable de torcher des morceaux minimalistes bourrés d’énergie, réminiscents de la période émo-punk (« The Captain’s Drunk »).

Peter Kernel est digne des meilleurs groupes de la scène indie-pop yankee. Qu’on se le dise !

En concert le 11 novembre, au DNA, à Bruxelles.

 

The Walkabouts

‘Devil's Road’ n’existerait pas sans ‘Born Sandy Devotional’…

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Les Walkabouts viennent donc de publier leur nouvel album. Son titre ? ‘Travels in the Dustlands’. Il fait suite à ‘Acetylene’, sorti déjà il y a six longues années. Entretemps, Chris Eckman et Carla Torgeson ne se sont pas pour autant reposés sur leur lauriers. Chris a même multiplié les projets parallèles. Bref, leur nouvel opus est très riche. Musicalement, mais aussi et surtout au niveau des textes. Et franchement, il m’aurait fallu une bonne demi-journée d’interview, si je m’étais évertué à décortiquer leur prose, en leur compagnie, tant elle est intéressante. Mais, l’important était quand même de vous donner une idée globale du contenu de cet elpee, en essayant de poser des questions (im)pertinentes, auxquelles Chris et Carla ont eu la grande gentillesse de répondre…

Mais où se trouvent donc les ‘Dustlands’ ? Près de la frontière mexicaine, quelque part en Afrique ou en Australie ? Vu les lyrics, pas loin du désert, c’est sûr. D’ailleurs la collaboration de Chris apportée à Tamikrest, formation malienne, est peut-être une explication. Chris réagit : « C’est près du Mexique, pas en Afrique. Bien sûr, j’y ai puisé quelques idées pour écrire mes chansons, mais les ‘Dustlands’ se situent bien en Amérique » Et Carla d’ajouter : « S’ils étaient localisés en Afrique, on aurait mis en scène des chameaux… »

Ex-Willard Grant Conspiracy, Paul Austin a rejoint le line up des Walkabouts. Mais était-ce Chris et Carla qui le souhaitaient ou Paul qui a demandé de rejoindre le groupe ? Carla clarifie la situation : « Nous l’avons invité. On le voulait pour son talent, sa créativité ; et puis parce qu’il fait partie de la famille de nos amis depuis au moins dix ans. En fait, on souhaitait tout réorganiser de fond en comble. C’est un peu comme quand on joue aux cartes et puis qu’on décide de les redistribuer. »

Les lyrics sont donc très importants chez les Walkabouts. Ils sont signés par Chris. Une des compos s’intitule ‘They are note like us’ (Trad : ils ne sont pas comme nous). Mais qui sont-ils ? Chris nous éclaire à ce sujet : « Cette chanson parle d’un gars qui vit en Amérique profonde ; un type issu de la droite conservatrice, un peu fêlé. Il conduit un camion avec semi-remorque et porte un flingue. Il s’est taillé dans le désert avec son véhicule. Et quand il s’arrête enfin, il se place devant son camion, l’arme à la main, en se demandant de quoi sera fait demain. Cette histoire décrit la mentalité de ce type de personnage qui vit là-bas, aux States. Et elle est encore bien d’actualité. Il ne faut cependant pas s’arrêter au rôle du camionneur. En fait, le narrateur se met dans sa peau. C’est un peu caricatural, mais vous savez, aux Etats-Unis, il existe encore des hameaux où les habitants se barricadent dans leur ranch ou s’isolent dans une forme de camp retranché, en érigeant de hautes clôtures faites de fils barbelés. Ils veulent se protéger, se défendre. Mais qui craignent-ils ? Les bourgeois. En fait ce qu’ils considèrent comme des bourgeois : les démocrates, les intellos, les gens qui débarquent de l’extérieur. Ils ne comprennent pas les décisions prises par le gouvernement. Ce sont de farouches individualistes qui votent pour des partis d’extrême droite et s’accrochent à un certain style de vie. D’un point de vue politique et philosophique, je ne partage pas leurs opinions. Elles sont dangereuses. Par contre, je leur reconnais un sens des responsabilités particulièrement élevé. Ils ne demandent rien à personne. »

Dans les textes, Chris évoque souvent la sécheresse. Je lui signale qu’en Belgique, il pleut très souvent. ‘Rainmaker blues’ nous parle d’un faiseur de pluie. Existe-t-il vraiment ? L’a-t-il vu à l’œuvre. Il commente : « En fait, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, on rencontrait des faiseurs de pluie, au cœur des Etats-Unis. Ils se déplaçaient de ville en ville et proclamaient qu’ils étaient capables de faire pleuvoir. En tirant un boulet dans les nuages, par exemple. En fait, cette chanson traite de faux espoirs placés en quelqu’un. Le ‘Rainmaker’ arrive dans un bled et déclare qu’il peut la sauver la région de la sécheresse. Mais rationnellement, on sait que ce n’est pas possible. Donc, le personnage de la chanson, celui que j’interprète, croit fermement qu’il va y parvenir. Mais sa femme émet des doutes sur ses pouvoirs. En fait, elle n’y croit pas du tout. Et lui, répond qu’elle doit y croire et ne pas se montrer aussi cynique, car c’est leur dernier espoir. Il s’agit d’une métaphore qui vise notre monde contemporain, au sein duquel nous sommes tous en attente d’une solution. On espère que la technologie va nous sauver des dégâts causés à la planète. La crise que nous vivons est symbolisée par la sécheresse. Elle n’existe pas seulement en Amérique et en Europe. Elle sévit partout. Beaucoup de gens, aujourd’hui, se posent des questions, doutent et rejettent même la science… » Cette compo est imprimée sur un tempo tribal. Chris argumente : « Il faut demander à Terri. Elle a transmis (NDR : par e-mail) trois propositions pour le tempo, et j’ai choisi celle qui me semblait la plus adaptée à cette chanson. Mais ne me demandez pas quelle est son inspiration ? » Carla approuve et précise : « C’est une compo plus agressive »

Dans les lyrics, on retrouve souvent un sentiment de culpabilité qui ronge les personnages. Pourquoi donc ? Chris argumente : « En fait, l’émotion principale véhiculée est la déception et souvent la culpabilité va de pair avec la déception. Et quand on analyse pourquoi naît cette déception, la réponse est en nous-mêmes. On n’a que soi à critiquer. Et c’est alors que surgit la culpabilité. La plupart des personnages mis en scène dans mes chansons sont des gens qui on le mal de vivre. Qui n’ont plus beaucoup de choix. Qui sont acculés. Et donc, ils jettent un regard rétrospectif. Ils regardent d’où ils viennent et essaient de trouver des solutions (‘Quand tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d'où tu viens’ – Aimé Césaire). La culpabilité est une réponse parmi d’autres, mais une réponse à court terme. A longue échéance, vous devez faire des choix. Un exemple ? On arrête un criminel. On le met en prison. A-t-on résolu le problème ? » Autrement dit, ce dont l’avenir sera fait ne devrait pas être l’héritage de notre responsabilité envers le passé. Mais laissons notre interlocuteur poursuivre ses explications : « On doit regarder vers l’avant. Dans mes textes, on retrouve également des personnages qui sont toujours pressés et d’autres qui décident de mettre les voiles. En fait on pourrait penser qu’ils vont de l’avant pour donner une nouvelle orientation à leur existence. Mais en réalité, ils sont paumés et ne savent pas de quoi demain sera fait… »

Dans la chanson ‘No rhyme, no reason’, on parle d’un scorpion cerné par les flammes, qui se pique lui-même pour ne pas périr brûlé. Une description qui méritait des éclaircissements. Chris nous les fournit : « Cette histoire est puisée dans une de mes lectures. Un épisode qui se déroule au Sahara. Lorsque les indigènes trouvent un scorpion sous leur tente, ils allument des feux autour de cette tente. Et le scorpion se pique. Il meurt. Il se suicide quoi. Maintenant, j’utilise cette image pour illustrer l’état d’esprit d’une personne désespérée, prête à mettre fin à ses jours. Elle pose un choix : je me suicide ou pas ? »

Parmi les références littéraires reconnues par Chris, on retrouve les écrivains Paul Bowles, Willa Cather et William T. Vollmann. On peut lire d’ailleurs des citations de ces artistes, au sein de son booklet. Chris confirme : « Ce sont trois écrivains que j’aime. Ils contribuent à décrire ce que j’essaie d’exprimer. Ils me construisent un cadre qui m’aide dans ma création. C’est une sorte de fenêtre que j’ouvre au groupe. Des sources multiples qui oscillent des écrits journalistiques aux bouquins d’histoire, en passant par la Bible ou des récits mystérieux. Ce qui contribue à focaliser les collaborateurs sur le contenu de la chanson. Il y a 9 ans que je vis en Slovénie. Et donc je communique avec les autres musiciens par internet. » Carla confirme : « Il donne ce cadre général constitué de citations et invite le groupe à digérer le tout… » Tiens, parmi les citations, dans son booklet, figure également un passage de la Bible. De l’Ancien Testament, justement (NDR : Jérémie – chapitre 12 – paragraphe 11 et12 – ces passages évoquent les thèmes de la désolation et de la dévastation). Voudrait-il concurrencer David Eugene Edwards ? (rires) Chris se défend : « Je ne suis pas croyant. J’ai utilisé ce texte comme référence littéraire, pas religieuse. J’apprécie la description de ce qu’il raconte. Pas davantage. En ce qui concerne Eugene, je respecte son œuvre ; mais afin de ne pas nous brouiller, il est préférable de ne pas aborder de sujets religieux ou politiques avec lui, mais plutôt parler de la pluie et du beau temps… »

‘My diviner’ est une chanson très lente, une sorte de slowcore qui me rappelle les Cowboy Junkies. Carla partage cet avis : « Absolument ! Effectivement, ce groupe pourrait reprendre cette compo. C’est une chanson d’amour, et dans cet exercice de style, les Cowboy Junkies sont remarquables. Ce qui est singulier, c’est que lorsque je la chante, le public la reprend en  chœur, et ça me touche. Et si Margo a envie de l’interpréter, j’en serais très flattée. D’ailleurs, je l’encourage à l’adapter… »

The Appolon Chamber Orchestra a participé aux sessions d’enregistrement de l’album, pour plusieurs morceaux. On a même parfois l’impression que l’esprit de Scott Walker plane sur ces compos. Chris nuance : « En fait, personnellement, je fais la distinction entre deux mondes. D’abord, il y a les arrangements pour cordes, ensuite les arrangements de cordes de Scott Walker. Et là, on n’est plus dans la même division. C’est vrai que dès que me viennent des idées d’orchestrations de cordes, je pense à Scott Walker. En fait, c’est la référence. Une voie universelle. Le summum de la maîtrise. Une référence à la production de la fin des années 60, en termes d’orchestration. On n’a jamais l’impression que les cordes écrasent l’ensemble ou le travail de l’artiste. Elles le subliment. Elles font partie intégrante des morceaux. C’est harmonieux. Il ne s’agit pas d’en remettre une couche. On avait repris ‘Cowbell shakin’’ sur une compile intitulée ‘Out of the Blue Volume 6’. Mais je n’imite pas, mes influences sont intégrées, digérées. Sur ce nouvel album, il y a 4 chansons qui bénéficient de ce type d’arrangements. Dès le départ, on savait qu’on les intégrer. C’était prévu. On a arrangé les compos en conséquence, car on considérait cette technique comme complémentaire » Carla insiste : « Les arrangements sont destinés à capter l’attention ». Et Chris d’enchaîner : « Ils ont une présence réelle. C’est une voie fondamentale pour ces morceaux… »

‘Thin of the air’ me fait penser à Jefferson Airplane, surtout la voix de Carla, finalement proche de celle de Grace Slick, et ‘Every river will burn’ lorgne également vers la musique issue de la West Coast des seventies. Ce titre me semble même abordé dans l’esprit d’‘If I could only remember my name’ de David Crosby. Chris s’extasie : “Il est hors catégorie”. Et Carla d’embrayer : “Nous sommes des produits issus de la West Coast. On y est nés. C’est dans notre nature. » Chris approuve : « Même en Slovénie, on est ‘West Coast’. C’est notre seconde peau. Le berceau de notre enfance, c’est CSNY, The Doors, Buffalo Springfield, les Byrds, … le premier album que j’ai acheté, gamin, c’était ‘Déjà vu’. Mes parents avaient bien des albums des Beatles, qu’ils m’avaient filé, mais le premier que je me suis procuré est celui-là… » Carla reprend la parole : « J’aime bien ‘Thin of the air’, c’est une chanson un peu venimeuse… De mon côté, j’appréciais surtout Paul Revere & The Raiders. D’ailleurs, à l’époque, on s’habillait comme les Beatles du ‘Sgt Peppers’… »

Sur ‘Long drive on a slow machine’, il y a une étrange atmosphère, hantée par le spectre des Triffids ; même que la voix de Chris me fait penser à celle de feu David McComb. Chris réagit : « Ah bon, parce que la presse a déjà écrit que je chantais comme Bruce Springsteen. Et soit dit en passant David McComb appréciait beaucoup Springsteen. Il en était même un fan. C’était un de ses 3 ou 4 dieux. Quelle famille ! Bon, on l’avoue, on ne s’est jamais réellement prononcés et on n’a pas davantage émis la moindre dénégation à ce sujet ; mais les Triffids nous ont quand même influencés. » Carla nuance : « Mais ils étaient quand même plus romantiques » Chris reprend le crachoir : « C’est surtout l’atmosphère de leurs chansons qui nous a marqués ; mais nous ne sommes pas des voleurs. Et ‘Devils’s road’ n’aurait jamais existé sans ‘Born Sandy Devotional’. Mais, vous savez, entre le moment de la sortie de l’album de la formation australienne (NDR : 1986) et le nôtre (NDR : 1996), des années se sont écoulées. Oui, bien sûr, ‘My Diviner’ baigne encore dans un climat susceptible de rappeler ‘Born Sandy Devotional’. Faut dire que Paul (Austin) nous avait envoyé un bouquin consacré à David McComb et puis aussi des bandes d’enregistrements ‘live’ réalisé par un Tribute Band des Triffids, juste avant de commencer les sessions d’enregistrement… »

La manière de jouer des claviers de Glenn évoque quand même Garth Hudson, le claviériste du Band. Surtout lorsqu’il nappe les compos d’orgue Hammond. Il fluidifie les compos de la même manière. Chris est d’accord : « Dans le groupe, on le surnomme Garth ! C’est une inspiration majeure pour lui. Il vient pourtant de l’univers de la musique électronique, voire même progressive. En fait, il a tourné en notre compagnie avant d’enregistrer. Je l’avais prévenu qu’il ne devait pas jouer du synthé sur notre album, mais uniquement du clavier et du piano. Et à la fin des sessions, on lui a dit qu’il pouvait mettre du synthé. Il a assumé tous les morceaux d’une traite, mais il ne participe pas à toutes les plages… »

Outre les Walkabouts, Chris et Carla sont impliqués dans de multiples projets. En duo, d’abord. Chris sévit notamment chez Dirtmusic et L/O/N/G, lorsqu’il ne tourne pas au sein du backing group de Willard Grant Conspiracy, alors que Carla bosse de temps à autre en compagnie du musicien grec Akis Boyatsis. Et bien, soyez rassurés, ils ne comptent pas abandonner leur différentes expériences parallèles. Ils vont les poursuivre, sans aucun problème. Carla se déclare quand même moins active, mais publiera quand même un nouvel album avec le producteur et multi-instrumentiste hellène, l’an prochain.

(Merci à Vincent Devos)

Sortie du nouvel album, « Travels in the Dustland », ce 21 octobre chez Glitterhouse / Munich

Machiavel de retour au ‘Live Act’ !

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Pour la toute première date de sa tournée, Machiavel a choisi de se produire au ‘Live Act’, à  Braine l'Alleud. Le 25 novembre, le groupe y présentera un nouveau spectacle qui préfigure son prochain périple. Cette date sera aussi l'occasion pour la formation belge de présenter son nouvel album, sorti ce 15 octobre, le 11ème studio, intitulé “Eleven”.

http://www.liveact.be/machiavel
http://www.machiavel.be
http://www.liveact.be

Tracklisting:

1. Here comes the crash
2. Feel the sun
3. Sail away
4. The spirits fly again
5. Save the world
6. Never-ending day
7. Hope to see you again
8. Find the mistake
9. What’s next
10. Without mask