L’école d’art de Library Card

Library Card a beaucoup joué en live à travers l'Europe et les États-Unis. Son nouveau morceau, "Art School", est devenu un favori du public lors de ses concerts. Ce titre marque un nouveau chapitre pour la formation, qui est rapidement devenue l'un des…

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Ozark Henry connaît la musique Parker…

C'est vrai, l'attente a été terriblement longue ! « Us », son dernier album studio, date de 2017. Dans le monde éphémère de la musique pop, où les stars vont et viennent, c'est une éternité ! Mais il faut parfois savoir être patient, et en livrant « Light »,…

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Omar Souleyman

Le roi de la dabke-techno à l’AB…

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Le dernier album de l'icône syrienne Omar Souleyman, « Erbil », est plus fluide et moins varié que ses précédents, mais ses rythmes effrénés et ses synthés euphoriques possèdent toujours un côté joyeux. Ces dernières années ont été mouvementées pour le roi de la dabke-techno. En 2021, il a été arrêté à Urfa, la ville du sud-est de la Turquie, où il vivait et tenait une boulangerie depuis qu'il avait fui la guerre civile syrienne en 2011. Accusé d'être membre de la milice des Unités de protection du peuple kurde syrien (YPG), que les autorités d'Ankara considèrent comme une organisation terroriste et une extension du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), il a été détenu pendant un peu plus de 24 heures avant d'être libéré sans inculpation. Enfin, il est de retour pour une soirée endiablée, multi culturelle et cosmopolite.

Omar est né en 1966, à Tel Amir, un village situé dans le nord-ouest de la Syrie. Un vrai phénomène musical à lui seul.

En l'espace de quinze ans, cette star locale a publié plus de 500 cassettes, vendues dans tous les magasins de Syrie. Il a entamé sa carrière en 1994. Epaulé par un petit groupe de talentueux musiciens locaux qui l'accompagnent depuis le début, il écume les concerts dans toute la Syrie et est invité à se produire en Arabie Saoudite, à Dubai et au Liban. Depuis, il a participé à de nombreuses tournées hors du Moyen-Orient et notamment dans le cadre des principaux festivals d'Europe et du Royaume-Uni

Les innombrables traditions musicales de la région transparaissent dans sa musique qui reflète le melting-pot culturel d'un pays où cohabitent irakiens, turcs et kurdes en grand nombre. Les hymnes populaires qui composent le répertoire de Souleyman passent de la frénesie techno-pop festive (le ‘dabke’, un style de dance music folklorique) à des chansons plus solennelles et contemplatives (l’‘ataba’, une forme traditionnelle de poésie populaire, équivalent de la soul), d'où ressort aussi des influences pop-traditionnelles irakiennes, kurdes et turques. Le chant ‘mawa’ de Souleyman –sur des poèmes écrits par son complice de longue date Mahmoud Harbi– et les soli de synthé arabisants de Rizan Sa'id, qui y ajoute beats saccadés et effets de phasing, se mêlent à l'oud, au saz, aux percussions et aux youyous, pour réaliser un mélange singulier. A son actif huit albums, dont le dernier « Erbil » est paru en 2024.

Le concert est complet et le supporting act est assuré par DJane d’Arc, une DJ belge originaire de Charleroi (page ‘Artistes’ ici).

Son set est programmé de 19h30 à 20h45. Pas mal pour une première partie qui va durer plus longtemps que celui de la tête d’affiche.

Grâce à des choix musicaux éclectiques, mêlant traditionnel et électronique, DJane d'Arc propose des sets hybrides et décalés en quête d'universalité, Ses sonorités fortement arabisantes impliquent des mix qui incitent à envahir le dancefloor. Elle ne parle pas, mais bouge constamment derrière sa table de mixage en sautillant et en invitant le public à applaudir et à jumper. Copieux et multicolore, le light show se focalise autant sur l’artiste que l’auditoire. L’ambiance monte graduellement et prépare ainsi idéalement le concert d’Omar Souleyman.

L’ambiance est surchauffée et on découvre la présence d’une table au fond de la scène, derrière laquelle le DJ s’installe. Toutes les sonorités, même celles de l’oud, du bendi (clarinette arabe) et de tambourin ont été synthétisées dans la machine.

Omar Souleyman est vêtu d’une djellaba et coiffé d’un foulard blanc strié de rouge de type Keffieh arabe. Il est chaussé de grosses lunettes fumées. Il déambule de long en large sur les planches. Micro en main, il incite l’auditoire, à l’aide de gestes, à applaudir et danser. Il y a une belle interaction entre l’artiste et la foule.

Fruit de la rencontre entre techno et électro, sa musique et imprégnée d’accents orientaux, et le tout est dynamisé par des beats ensorcelants.

Son jeu de scène est réduit à sa plus simple expression. Les classiques vont défiler, depuis « Warni Warni » à « Bahdeni Nami », en passant par « Salamat Galbi Bidek », « Wenu Wenu » et « Leh Jani », des morceaux au cours desquels les 'yalla' (Trad : ‘allez !’) vont fuser aux quatre coins de la salle. Mais il présente également de larges extraits de son dernier opus. Plusieurs spectateurs enthousiastes brandissent le nouveau drapeau syrien. A deux reprises, il est prêté à Omar qui le brandit fièrement, longuement applaudi par un public hétéroclite. La diaspora syrienne est bien présente et danse constamment.

L’auditoire va lui réserver une belle ovation, à l’issue de sa prestation.

(Organisation : Ancienne Belgique)

Everyone Says Hi

Everyone Says Hi

Écrit par

L'ex-compositeur/batteur de Kaiser Chiefs a donc monté un nouveau groupe en compagnie d’ex-membres de The Kooks, Howling Bells, et The Dead 60s. Et il a choisi pour patronyme, Everyone Says Hi, le titre d’une chanson de Bowie. Il a donc abandonné ses baguettes pour se reconvertir en chanteur/guitariste. Ce qu’il était déjà au départ, outre son rôle de compositeur. 

Le premier opus de la formation est éponyme, une œuvre lyrique et inspirée, puisant ses influences dans la pop orchestrale des seventies, l’indie rock, la dream pop et la synth-pop tout en y apportant des touches électroniques. Des titres comme "Somebody Somewhere" et "Only One" montrent la capacité de Hodgson à écrire des mélodies contagieuses, alors que "Lucky Stars" lorgne vers la country.

Enfin, si le single "On The Same Side" se révèle davantage introspectif, "Walking In The Air" » est une refonte de "The Snowman", une chanson écrite par Howard Blake pour le film d’animation datant de 1982, ‘The Snowman’. Elle s’inspire du livre pour enfants de Raymond Briggs publié en 1978, du même nom.

Un sentiment de nostalgie émane de ce long playing. Les compos ressemblent d’ailleurs à des lettres d'amour adressées aux différentes phases de la vie et de la carrière musicale de Hodgson.

Podcast # 65 émission Inaudible (cliquez sur le logo ci-dessous)

MIEN

MIEN : deux éponymes en sept ans !

Le supergroupe psychédélique montréalais MIEN a annoncé la sortie de son second album tant attendu, « MIIEN », le 18 avril prochain. Il partage également son premier nouveau morceau, le single « Evil People », sept ans après son dernier enregistrement.

Le line up implique Rishi Dhir - basse, guitare, claviers / Robb Kidd - batterie / John Mark Lapham - claviers, samples, programmation / Alex Maas - chant, basse, guitare.

A propos de « Evil People », une explosion de psych-rock synthétisé propulsif, MIEN déclare : ‘« Evil People » trouve ses racines dans une collaboration de 2015 entre Alex et le génial musicien danois Trentemøller. Avance rapide jusqu'en mars 2022, lorsque MIEN s'est réuni à Austin pour trois jours intenses d'enregistrement. Étant donné qu'il est rare que nous soyons tous dans la même pièce en même temps, l'énergie créative était électrique - la musique et les idées ont coulé sans effort, et « Evil People » est né.’

Dans un paysage où le terme 'psych' semble souvent confiné et prévisible, MIEN se distingue comme un phare de la véritable exploration sonore. Son deuxième opus, « MIIEN », marque un nouveau chapitre audacieux pour un groupe dont l'approche alchimique de la musique a redéfini les frontières du psychédélisme. S'appuyant sur les fondations de son premier elpee paru en 2018 (un éponyme), tout en s'aventurant dans des territoires inexplorés, ce nouvel essai pousse l'éthique collaborative et exploratoire du quatuor vers de nouveaux sommets palpitants.

Pour découvrir le clip de « Evil People » c’est ici

 

Marylène Corro

Une voix de velours, mais un combat permanent…

Écrit par

Marylène Corro a sorti son premier elpee, « Crossover », ce 24 janvier 2025. Ce soir, c’est la ‘release party’ qui se déroulera au Witloof Bar du Botanique. Et le concert est sold out.

Son cœur balance entre sa Belgique natale (elle est originaire de Mazy, un village issu de Gembloux) et le Chili, pays de son père. Comme elle, la musique qu’elle interprète de sa voix chaleureuse, chemine entre les cultures, les pays et les sonorités. Séduite tant par les rythmes latinos, le jazz manouche que par les racines du jazz, de la soul, du blues et du funk, mais également de la cumbia, salsa et autres styles latinos, elle interprète ses chansons, dans la langue de Shakespeare. Elle a également enregistré plusieurs standards de jazz qui lui tiennent à cœur en compagnie du talentueux contrebassiste Ray Parker. Elle a côtoyé la chanteuse de folklore colombien Mirabay Montoya Gómez à Medellin. Et a beaucoup voyagé, notamment, en Amérique du Sud. En Colombie, bien sûr, mais également, en Argentine et au Chili pour y retrouver sa famille. Elle a participé à l’émission ‘The Voice Belgique’ en janvier 2018 ; et on en n’oublierait presque qu’elle est passée par le barreau de Bruxelles pour défendre les réfugiés et les étrangers.

Il y a un petit changement ce soir au Witloof Bar, le podium a été déplacé au centre de la salle entre les 4 piliers sous les magnifiques voussettes en briques (là où le son est le meilleur) permettant aux spectateurs de mieux voir les artistes en cernant le podium, alors que la table de mixage a été installée à la place de l’ancienne scène.

Le supporting act est assuré par un troubadour bruxellois répondant au pseudo de Zaïmoon (page ‘Artistes’ ici).

Ce conteur moderne nous entraîne à travers les ruelles de Bruxelles. Ses histoires pleines d’humour vous font découvrir la ville qui l’a vu grandir. Entre pluie, bars, drogues et dragues lourdes, on y découvre une ville multiculturelle, pleine de vies, de soirées arrosées et de souvenirs bercés sous une nappe de gris. Ses chansons il les décrit comme suit : ‘C’est une histoire de rap, de rumba et de Duvel. Le genre d’histoires qu’tu croises dans les bars de Bruxelles. Elle raconte la rencontre entre deux amants. Qui s’aimèrent deux hivers, mais seulement un printemps.’

Barbu, coiffé d’une casquette et armé d’une gratte semi-acoustique, il possède une belle voix.

Issu d’une famille éparpillée, un peu cosmopolite - à la fois autrichien, slovaque, français, argentin, russe, polonais, il puise dans ce passé pour nourrir ses textes. Il rend même hommage à sa grand-mère russe en interprétant une chanson dans cette langue. Son auto-dérision à la belge est à prendre au second degré. Caractérisées par un flot verbal puissant et judicieux qu’il accélère à sa guise, ses vannes font mouche. Son slam exprimé dans la langue de Voltaire est véhiculé, tour à tour par du rap, du r&b ou de la rumba. Il demande au public de l’accompagner au chant. Une chouette première partie qui a bien chauffé la salle pour la tête d’affiche. Il avait abandonné ses cédés au bord de l’estrade qu’il échangeait contre une petite contrepartie au gré de la générosité des donateurs…

Sur les planches, Marylène Corro, vêtue d’une longue robe multicolore, est soutenue par trois excellents musicos : la guitariste Carla Pusceddu, la bassiste Léa Kadian et le drummer Hadrien Pierson.  

Le set s’ouvre par « Chaos », un extrait du nouveau long playing, Marylène semble impressionnée par la présence d’un public nombreux. Veloutée, sa voix glisse délicatement sur les tympans tout au long de « Lish ». Cette voix, mais aussi les chœurs frôlent ici la perfection.

Et pour pimenter le refrain, elle a recours à un zeste d’espagnol (NDR : la vidéo a été tournée dans le métro).

« Leave » est une chanson qu’elle a écrite, seule, lorsqu’elle était dans le creux de la vague. Elle était alors en la compagnie de Carla et de Joëlle. Leur présence l'avait incitée à de nouveau composer.

"Good vibes" traduit le désir de ne plus accepter que les ‘bonnes vibrations’… et ‘bye bye’ les relations toxiques.

Tout en harmonie vocale, « Flavour », titre maître du premier Ep, est sculpté dans le funk. Halehan vient épauler Marylou au chant pour un petit dessert au chocolat : un « Brownie ».

Marylène signale que « Resistentia » raconte l’histoire d’un combat de réfugiés et parle notamment de son papa chilien qui a fui le régime du Général Pinochet. Le morceau est interprété en anglais et en espagnol. Et plusieurs amis montent sur les planches pour participer à un magnifique chœur gospel a cappella.

Une seule reprise : le « Little Things » de Jorjja Smith.

Et elle clôt ce superbe concert par « You shine », avant d’accorder en rappel, « Express your shape »

Marylène n’est plus inscrite au barreau de Bruxelles, mais elle continue sa lutte à travers ses chansons. Elle a plusieurs cordes à son arc puisqu’elle chante dans d’autres groupes de jazz, se produisant régulièrement à Music Village…

Setlist : « Chaos », « Lish », « Good Vibes », « Flavour », « It’s Not Gonna Work », « Heartbeath », « Not In My Name », « Leave », « Brownie », « It’s Not Too Late », « Resistentia », « Talker », « Little Things » (cover), « You Shine ».

Rappel : « Express Your Shape »

Rappel : « Your Shape » 

(Crédit photo : Olivier Smeeters)

(Organisation : Botanique) 

Les Tops de l’année 2024

Écrit par

Vous trouverez ci-dessous les différents ‘Tops’ confectionnés par les différents collaborateurs de Musiczine. Au fil des semaines et jusque fin janvier, ce bilan s’enrichira des avis de celles et ceux (rédacteurs et photographes) qui ne se sont pas encore prononcés à ce sujet

L’émission Inaudible du 8 janvier 2025 sera consacrée aux albums qu’elle a plébiscités pour l’année 2024.

RQC - 95 FM - DAB + 12 B - Radioplayer - www.rqc.be - podcasts : ACAST - Spotify - Deezer

(Facebook Inaudible)

En attendant, toute l’équipe vous présente ses meilleurs vœux musicaux pour l’année 2024.

 

Sébastien Leclercq

Top 5 concerts

(A band called) E  -Witloof bar Bruxelles

Viagra boys - InMusic Zagreb

Amyl and The Sniffers - Ancienne Belgique Bruxelles

Einstürzende Neubauten - De Roma Antwerpen

Fontaines DC - 3Arena Dublin

Top 10 albums

Amyl and the Sniffers - Cartoon Darkness

Arab Strap - I'm Totally Fine With It Don't Give a Fuck Anymore

Nick Cave & the Bad Seeds - Wild God

Yard Act - Where's My Utopia ?

Françoiz Breut - Vif !

Kim Deal - Nobody Loves You More

Porridge Radio - Clouds in the Sky They Will Always Be There for Me

St. Vincent - All Born Screaming

Crack cloud - Red Mile

Dominique A - Quelques lumières

 

Philippe Bauwens (Blackmarquis)

Top 30 albums

1. John Maus - Rarities For The Road (v1 & 2)

2. And Also The Trees - Mother-of-Pearl Moon

3. Beth Gibbons - Lives Outgrown

4. Chelsea Wolfe - She Reaches Out To She Reaches Out To She

5. Сруб (Srub) - Дни урожая (Days of Harvest)

6. The Cure - Songs of A Lost World

7. Kim Gordon - The Collective

8. Zanias - Ecdysis

9. The Chameleons - Tomorrow Remember Yesterday

10. Sylvaine - Eg Er Framand

11. Fontaines D.C. - Romance

12. Idles - Tangk

13. Eivør - Enn

14. Regan & Bricheno - Apparitions

15. Houses of Heaven - Within/Without
 
16. Sacred Skin - Born in Fire

17. Legowelt - A Field Guide to the Void

18. Lescop - Rêve Parti

19. Trent Reznor & Atticus Ross - Challengers (BO)

20. Gesaffelstein - Gamma

21. Broadcast - Spell Blanket (Collected Demos)

22. Molchat Doma - Belaya Polosa

23. The Radicant - We Ascend

24. Einstürzende Neubauten - Rampen

25. Nick Cave - Wild God

26. Underworld - Strawberry Hotel

27. MGMT - Loss of Life

28. TR/ST - Performance

29. Red Lorry Yellow Lorry - Driving Black

30. Alcest - Les Chants de l'Aurore

Top Albums/Eps Belgique

1. Catherine Graindorge - Songs for the Dead

2. Whispering Sons - The Great Calm

3. Eosine - Liminal

4. Double Darkness - City Scars

5. Der Mord - Northern Skies

6. Marc De Backer (Mongolito) - Self-Destruction

7. Ultra Sunn - Us

8. Thot - Delta

9. Moyen - MOYEN : Laurent1980

10. Aziza - Haouaz Gun EP

11. Turquoise - Avant Demain

12. The Names - Volume

13. Warhaus - Karaoke Moon

14. Sylvie Kreusch - Comic Trip

15. Mélanie Isaac - En Attendant Nico

M-xcloud Waves

 

Didier Deroissart

Top 10 concerts 2024 (groupes et artistes internationaux)

Soweto Gospel Choir - Cirque Royal - 23/11/2024

The Last Dinner Party - Cirque Royal - 28/10/2024

Seasick Steve - Ancienne Belgique - 23/10/2024

Joe Jackson - Cirque Royal - 22/09/2024

BlackBerry Smoke - Ancienne Belgique - 15/09/2024

Lauren Daigle - Ancienne Belgique - 08/07/2024

Billy Talent-Ancienne - Belgique - 03/06/2024

Elbow - Cirque Royal - 10/09/2024

MC Solaar - Ancienne Belgique - 25/04/2024

Hollow Coves - Ancienne Belgique - 13/04/2024

Top 5 Concerts (groupes et artistes belges)

Julie Rains - Théâtre Marni - 13/09/2024

Portland - Cirque Royal - 14/11/2024

Puggy - Ancienne Belgique - 28/09/2024

Ada Oda - AB Club - 14/02/2024

Mingawash - La Verrerie - 05/09/2024

Top 5 Albums 2024 :

Julien Doré - Imposteur

Angus & Julia Stone - Cape Forestier

The Black Keys - Ohio Players

Joe BeL- Family Tree

Liam Gallagher & John Squire - Liam Gallagher & John Squire

 

Ludovic Vandenweghege

Top 5 concerts

Sprints - L’Aéro Club Lille (FR)

Crows - L’Aéro Club f Lille (FR)

The Smile - Forest National (BE)

Slowdive - L’Aéronef Lille (FR)

Folly Group - Les Nuits Botanique (BE)

Top 10 albums

Girl and Girl - Call A Doctor

DEADLETTER - Hysterical Strength

Bibi Club - Feu de garde

The Smile - Cutouts

Crows - Reason Enough

SPRINTS - Letter to Self

Fontaines D.C. - Romance

Bright Eyes - Five Dive, All Threes

The Cure - Songs Of A Lost World

Morgan Harper-Jones - Up To the Glas

 

Guy Dagnies

Top albums 2024

Painted Vein - Dripping Only Black - 15/11/2024

Darksoft – Relativism - 31/05/2024

Mo Dotti - Opaque - 20/09/2024

Ghost Frog - Galactic Mini Golf - 5/11/2024

Sun Mahshene - A Place We've Never Been - 23/08/2024

A Shoreline Dream - Whitelined - 19/007/2024

Purs - Surr - 17/07/2024

So Totally - Double Your Relaxation - 17/05/2024

Supercaan - A Tiger Walks The Streets - 04/2024

Third Sound - Most Perfect Solitude – 26/04/2024

Deadletter - Hysterical Strengh - 13/09/2024

Crows - Reason Enough - 27/09/2024

Fontaine DC - Romance - 23/08/2024

Black Doldrums - In Limerence - 18/10/2024

Diffident Daffodils - Indifferent - 6/12/2024

 

Romain Ballez

Top 10 albums

 Julie Christmas - Ridiculous And Full Of Blood

 Dvne - Voidkind

 Múr - Múr

 Oranssi Pazuzu - Muuntautuja

 Ulcerate - Cutting The Throat Of God

Chat Pile - Cool World

Chelsea Wolfe - She Reaches Out To She Reaches Out To She

Insect Ark - Raw Blood Singing

Hippotraktor - Stasis

Thou - Umbilical

Top 10 concerts

Julie Christmas - Hellfest

The Ocean - Pelagic Fest

Botch - Botanique

Amenra - Paradiso

Opeth - 13 Poppodium Tilburg

Pothamus - Motocultor

Barones - Motocultor

Five The Hierophant - Soulcrusher

Russian Circles - Desertfest Antwerp

Chelsea Wolfe - Trix

 

Bernard Roisin

Top 10 albums

The Black Keys - Ohio Players

Kim Deal - Nobody Loves You More

Kaiser Chiefs - Kaiser Chiefs' Easy Eighth Album

Richard Hadley - In This City They Call You Love

Grandaddy – Blue Wav

J Mascis - What Do We Do Now

The Smile – Wall of eyes

Jesus And Mary Chain – Glasgow Eyes

Primal Scream - Come Ahead

St. Vincent - All Born Screaming

 

Bernard Dagnies

Top 25 albums

Deadletter - Hysterical Strengh - 13/09/2024

Crows - Reason Enough - 27/09/2024

Bibi Club - Feu de garde

Feeling Figures - Everything Around You

Wishy - Triple Seven

Gift - Illuminator

Jack White - No name

Thus Love - All plesure

Trauma Ray - Chameleon

Clarence - Smudge

Third Sound - Most perfect solitude

Bodega Our brand could be yr life

Omni - Souvenir 

Black Market Karma - Wobble

Topsy Turvy - Butt sore

Black Doldrums - In limerence

Orbiter - Distorted folklore

High Vis - Guided tour

Helluvah - Fire Architecture

Bryan’s Magic Tears - Smoke and mirrors

Fontaines DC - Romance

Silverbacks - Easy Being A Winner

The Jesus and Mary Chain - Glasgow Eyes

And Also The Trees - Mother-of-Pearl Moon

JuJu - Apocalypse Is God’s Spoiler

Top 5 albums Belgique

Delwood - Dis-location

Dead High Wire - Wasteland shadows

Green Crow Collective - Hard drive error

Lovelorn Dolls - Deadtime stories

Itches - Two flies in one clap

Top 3 Concerts

Sprints - Aéronef, Lille

Crows - Aéronef, Lille

Slowdive - Aéronef, Lille

 

Et pour la rédaction néerlandophone, c'est ici

 

CocoRosie

Les petits souhaits mortels de CocoRosie…

CocoRosie, le duo de sœurs composé de Bianca et Sierra Casady, vient d’annoncer la sortie de son huitième elpee studio, « Little Death Wishes », qui paraîtra le 28 mars chez Joyful Noise. Outre l'album et l'annonce de la prochaine tournée européenne, elles partagent « Cut Stitch Scar », le deuxième single et clip de l'opus.

Lorsqu'un chapitre de la vie s'achève et qu'un autre s'ouvre à tâtons, on entre dans la nuit noire de l'âme. C'est exactement là que se trouvent les frangines Casady dans leur chanson la plus existentialiste et la plus en recherche de de sens, à ce jour. Écrite alors que Bianca était en proie à un chagrin d'amour, « Cut Stitch Scar » reflète les faux départs du chagrin alors que la chanson oscille entre l'éparpillement et la densité. À propos du single, elles expliquent : ‘« Cut Stitch Scar »  touche le cœur même de notre égarement universel et la nature précaire et précieuse de l'être humain’.

Depuis un peu plus de vingt ans, Bianca et Sierra ont transformé l'amour, les difficultés et l'extase de la sororité en une musique parmi les plus audacieuses et les plus follement originales que notre culture de plus en plus aseptisée ait connues. CocoRosie a toujours été un projet à l'avant-garde de la musique, influençant d'innombrables musiciens. Par-dessus tout, le duo a été le vecteur d'une irrépressible réalisation artistique.

« Little Death Wishes » est aussi ouvert et tendre que tout ce que les deux sœurs n’ont jamais créé. Les chansons racontent une histoire kaléidoscopique sur les difficultés générationnelles des femmes, les réalités brisées de leurs vies ainsi que la nature précaire et précieuse de l'être humain.

Le huitième long playing de CocoRosie existe dans son propre lexique musical. En effet, il s’agit d’un riche bricolage de signifiants de la culture pop dépoussiérés que les sœurs contorsionnent dans leur propre sens de la temporalité. Contribuant à l'avant-garde tout en restant à l'écart des tendances contemporaines, il collecte des détritus musicaux d'autres époques, qu'elles transforment en leurs propres créations baroques et théâtralisées.

Le clip consacré à « Cut Stitch Scar » est disponible

 

Guy Verlinde & Tom Eylenbosch

Un album de blues acoustique pour Guy Verlinde et Tom Eylenbosch…

Écrit par

Guy Verlinde a sorti un nouvel elpee, ce 6 janvier 2025. Intitulé « Promised Land Blues », il a enregistré en compagnie de Tom Eylenbosch. Au fil des années, ils ont développé un son unique à travers leurs chansons de blues narratives, un son qui résonne profondément auprès du public du style en Belgique et au-delà, profondément enraciné dans la tradition, mais qui ose également explorer de nouvelles voies musicales.

En 2024 Guy Verlinde et Tom Eylenbosch ont été récompensés par le Belgian Blues Award du ‘Meilleur Duo’. Cette reconnaissance est un moment important dans leur parcours musical. Leur collaboration a débuté au cœur de la scène blues gantoise, où ils se sont rapidement distingués par leur performance puissante et leur mélange de blues, roots, americana et bluegrass.

Chaque chanson de cet opus reflète leur passion commune pour le genre. Dans la guitare et le chant de Guy, vous pouvez entendre l'esprit des grands du blues, tout en introduisant des éléments frais et contemporains. Le piano et le banjo de Tom forment le contrepoint parfait avec lequel il colore musicalement chaque chanson. Sur cet LP figure un mélange de nouvelles chansons socialement critiques et engagées, telles que « Tears Over Gaza » et « World Goin' Wrong », outre les joyaux traditionnels tels que « You Gotta Move » et « A Worried Man Blues ».

 Certaines compos coomme « Heaven Inside My Head », « Do That Boogie », « Reckonin' Blues », « Gotta Let Go », « I've Got You » et « Pursuit of Happiness » sont devenues les préférées du public lors des concerts. Bien que sortis plus tôt, ils ont reçu un nouvel arrangement acoustique sur ce long playing. Aucun album ne serait complet sans un titre de Tiny Legs Tim et « Hard to Admit » rend un hommage sincère à leur cher ami, décédé il y a quelque temps.

La vidéo du clip « Do That Boogie » est à voir et écouter

 

Léo Benmass

Les ‘Origins’ de Léo Benmass…

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Léo Benmass dévoile son très attendu premier album « Origins » chez Rock'n'Hall / Dixiefrog. Après de nombreux concerts, le bluesman lyonnais impose sa voix unique, son charisme et son style de guitare très personnel tout au long d’un disque qui recèle huit titres dont des reprises bien senties comme « Riders On The Storm » des Doors ou une version hommage inoubliable du « Voodoo Child » de Jimi Hendrix, influence revendiquée et manifeste du guitariste. Léo est en trio avec le drummer Arnaud Liatard et Martin ‘Blues’ Cortel à basse. Il a su s'imposer sur le circuit blues grâce à son feeling et son authenticité qui lui ont taillé une belle réputation scénique. Après « See My Troubles », on découvre « Origins », le morceau phare de l'opus.

Auteur-compositeur ce bluesman se distingue par sa voix chaude, puissante et voilée, qui capte l’âme de ses influences, des légendes du genre telles que Muddy Waters et Stevie Ray Vaughan. Sur les planches, accompagné de son band, il crée une atmosphère électrique où son jeu de guitare sincère et percutant se marie parfaitement avec le rythme incisif et groovy de ses musiciens.

 « Origins », son tout premier elpee, lui ouvre une nouvelle et belle route et lui promet un horizon résolument rock'n'roll.

Le clip d’« Origins » est disponible ici

et de« See My Troubles » est en écoute

 

Stick To Your Guns

Crowdsurfing, stagediving, headbangings, pogos et circle pits à gogo…

Écrit par

Ce soir, votre serviteur va assister à son premier concert de 2025, une soirée metalcore ponctuée par les vétérans américains du genre, Stick To Your Guns, qui compte 20 ans d’existence. Il a emporté dans ses bagages, plusieurs supporting acts, dont les formations étasuniennes No Cure et Bodysnatcher ainsi que le groupe teuton, Elwood Stray. Presque sold out, la salle est bien remplie et le public plus qu’enthousiaste. Une belle soirée en perspective.

Début des hostilités à 18h45 précise. Originaire de Birmingham, dans l’Alabama, No Cure pratique un mélange de metalcore, de hardcore et de death metal. Fondé en 2021, il réunit le chanteur Blaythe Steuer, le bassiste Jake Murnane (NDR : pour l’anecdote, ils avaient tous les deux étés poignardés, à la fin d’un concert, en intervenant dans une bagarre ; mais les blessures n’étaient que légères), les guitaristes Aesop Mongo et Kyle Ray ainsi que le drummer Duncan Newey.

« Forced Coagulation », une plage extraite du second et dernier elpee, « I Hope I Die Here », paru en 2024, ouvre la prestation. Instantanément, les pogps endiablés et les headbangings se déclenchent dans la fosse. La seslist inclut de nombreux morceaux issus de cet opus, dont le public connaît déjà les paroles.

En perpétuel mouvement, les gratteurs libèrent une bonne dose d’électricité. Lorsque Blaythe ôte sa capuche et ses lunettes, c’est pour faire tourner sa longue crinière et se lancer dans un screaming aux paroles incompréhensibles. Lors du titre final, « No Cure Straight Edge Die Slow Fuck You », de nombreux fans tentent d’escalader les barrières, mais le personnel de sécurité veille au grain. Bonne prestation toute en énergie… (page ‘Artistes’ ici).

Setlist : « Forced Coagulation », « Embrace Death », « Laceration Divine », « Don't Need Your Help », « The Final Truth », « Hang Me From The Bible Belt », « Your Children Will Drown In The Burning River », « The Basement Beneath The Fountain », « Parasite (TWO SHOTS) », « No Cure Straight Edge Die Slow Fuck You ».

Après un changement très rapide de matos, place au combo allemand, Elwood Stray. Et la salle est déjà bien remplie lorsque le quintet grimpe sur le podium.

Le drummer possède une excellente technique. En compagnie du bassiste, il forme une solide section rythmique. Et les deux sixcordistes nous réservent des interventions de haut vol. Les parties de chant clair incitent l’auditoire à reprendre les refrains, en chœur.

La fusion unique de metalcore moderne et de hardcore classique, s’apparente davantage au punk qu’au metal, mais enflamme l’auditoire et la maintient en mouvement. Au fil du show, les circles pits s’agrandissent et occupent pratiquement la moitié de la fosse surchauffée. Drôle de coïncidence, mais le titre « No Cure » figure sur la setlist, une » compo caractérisée par de beaux riffs de guitare rappelant While She Sleeps. « Free Falling » lance l’exercice du plus grand nombre de crowdsurfeurs. L’enthousiasme que génère le groupe n’a d’égal que la timidité du public à effectuer des plongeons depuis l’estrade vers la fosse. Le concert s’achève par le fameux « Uncertain Me », au cours duquel le chanteur invite la foule à s’accroupir avant que tout le monde ne bondisse dans tous les sens. Faut dire que, très interactif, il parle un anglais parfait et focalise facilement l’attention des spectateurs.

Elwood Stray a libéré une telle énergie communicative que la barre a été mise très barre haute pour le reste du concert. Un band qui ne fera pas longtemps les petites salles. A revoir d’urgence… (page ‘Artistes’ )

Setlist : « Misery Business » (Paramore song) (enregistré) », « Evolve », « Playing Along », « Trespass », « No Cure », « Free Falling », « Negative »,  

Bodysnatcher embraie. Un quatuor floridien dont le deathcore est susceptible de vous décoller les tympans. Bruts, sévères et lourds, les morceaux remuent les tripes mais sont d’une clarté très appréciable. Le son qu’offre l’Ancienne Belgique est digne de sa réputation, ce qui met parfaitement en valeur les compositions du combo. Kyle Medina, le chanteur, arpente la scène en secouant la tête dans tous les sens et tente à plusieurs reprises de susciter des crowdsurfings. Mais le public préfère se déchainer dans un pit endiablé. La setlist privilégie des extraits de l’Ep 6 titres, « Vile Conduct », paru l’an dernier.

Bodysnatcher nous a réservé un grand moment de hardcore. Point d’orgue de la prestation, « Murder8 » nous parle de personnes disparues, victimes de la drogue (page ‘Artistes’ ici).

Setlist : « E.D.A. », « Behind The Crowd », « Take Me To Hell », « Infested », « Twelve/Seventeen », « Ego Killer », « Black Of My Eyes », « Murder8 », « Say Goodbye », « King Of The Rats ».

Les trois hors d’œuvre ont réussi à faire monter progressivement l’ambiance. La fosse est bouillante comme un chaudron et est prête à accueillir la tête d’affiche, Stick To Your Guns.

La salle est plongée dans l’obscurité, alors que « Take On Me » de A-Ha est diffusé dans les enceintes. Le tube norvégien cède ensuite le relais aux accords de « Against Them All », composition qui clôture habituellement les concerts du groupe californien. Un contrepied bien senti pour entamer le show. Le band est venu défendre son dernier opus, « Keep Planting Flowers », sorti ce 15 janvier, trois ans après « Spectre ». D’ailleurs la pochette de l’elpee est représentée sur une toile tendue en arrière-plan.

Stick To Your Guns donne tout ce qu’il a dans le ventre pour un public gonflé à bloc. Dans la fosse, c’est stagediving et crowdsurfing à gogo. La salle est quasi-pleine, et la foule, survoltée, ne rate pas une seule occasion de chanter à pleins poumons.  La plage d’ouverture du dernier long playing, « We All Die Anyway », a un petit air de « Hard Time » de Cro Mags.

Au cours du show, un des guitaristes se lance dans un crowdsurfing et l’autre prend le micro des mains du chanteur pour permettre à ce dernier de s’exécuter à son tour.

Lorsque des riffs saccadés créent une belle ligne mélodique, c’est pour mettre en exergue les paroles.   

En fin de set, un illuminé allume un feu de Bengale ou un engin pyrotechnique, qu’importe ; mas il le jette sur le sol et une grosse fumée noire commence à s’élever. Heureusement, le personnel de la sécurité intervient et éteint le foyer. Ce qui a quand même déclenché une grosse panique lors du dernier morceau, « Nobody ».

Au bout de 50 minutes, le concert prend donc fin. Un peu court mais excellent !

Setlist : « Against Them All », « Severed Forever », « Such Pain », « What Choice Did You Give Us ? », « More Than A Witness », « Amber », « We Still Believe », « Invisible Rain », « What Goes Around », « Nothing You Can Do To Me », « Keep Planting Flowers », « We All Die Anyway », « Spineless », « Married To The Noise », « Nobody ».

(Organisation : Live nation et Ancienne Belgique)

Front 242

Clap de fin pour un groupe mythique…

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Annoncées un an à l’avance, et sold-out en 10 minutes, les trois soirées d’adieu à l’un des plus grands groupes belges (et sans doute le plus mythique) ont donc été programmés à l’Ancienne Belgique, ces 23, 24 et 25 janvier 2025. Logiquement, car c’est le fief du quatuor bruxellois qui y a notamment fêté ses 40 ans d’existence, en juillet 2022. Refusant également de se produire dans des salles plus grandes. Récit de la première de ces trois concerts d’adieu, empreints de bonne humeur mais aussi d’une émotion sincère, tant dans le public qu’au sein des membres de la formation.

La soirée débute très tôt pour la poignée de journalistes invitée par l’AB, et son nouveau partenaire, la brasserie Haacht. Au menu, une visite des coulisses de l’AB, un bref historique, des anecdotes et une rencontre des deux CEO. Le nouveau partenaire louvaniste semble avoir été préféré à l’ancien géant AB Inbev, vu son ancrage local (NDR : la brasserie n’est qu’à 22 km du centre bruxellois, sur la route vers Louvain) et d’autre part, ses valeurs. Ainsi qu’une volonté de disposer d’un ‘music café’ (Haacht en possède déjà deux, liés à sa marque, à Gand et Maastricht). L’AB café, après avoir connu différentes réorganisations, va donc rouvrir prochainement, doté d’une terrasse et d’un rooftop. Un lien plus proche de la salle et des heures d’ouverture plus longues sont dans le pipeline. On y apprend également que soixante personnes (dont 14 rien que pour la sécurité) seront réquisitionnées chaque soir de concert. Ou le déploiement d’une nouvelle logistique dont quatre grosses cuves d’une capacité de 4.000 litres de bières (prévus pour les 3 jours, les chiffres s’élevant à 1.400 litres lors d’un concert de métal). Le début des festivités, pour les hôtes, s’ouvre par une dégustation. A côté de sa marque phare Primus, la brasserie a développé sa gamme Super 8 (NDR : lisez ‘Acht’ en néerlandais, un jeu de mot(s) avec Haacht), dont une blanche au goût un peu épicé qui devrait plaire à notre rédacteur en chef.

Mais transitons de l’aspect marketing au côté musical. En ayant conscience que Front 242 s’est sans doute aussi bien exporté que les bières belges. Une notoriété noir-jaune-rouge jamais égalée. Que ce soit aux USA, en Amérique du Sud, en Allemagne ou encore dans les pays de l’Est. Et ce, sans compromission auprès des labels majors. Une forme d’intégrité jamais prise en défaut. Tout en devenant le fer de lance de l’EBM (NDR : l’Electro Body Music et un breuvage issu des anciens fûts de punk et post-punk ; un brassage précurseur, du début des 80’s, de la new-wave, de l’indus, de l’électro et même plus tard de la techno sous son aspect le plus dansant). Ajoutez-y une image et un graphisme imaginés par des membres du combo (professionnels dans le domaine, davantage que dans la musique encore). Ou encore un look (uniformes militaires) et un patronyme sulfureux qui leur a prêté à tort, un lien avec l’extrême-droite (Joy Division, New Order ou plus récemment les Slovènes de Laibach ont également provoqué des réactions similaires, mais ils les ont démenties formellement). Un marketing, tout comme une présence scénique au cours de concerts réguliers mais sans outrance. Ce qui explique pourquoi, il n’est jamais tombé dans l’oubli. Et ce, malgré le peu d’elpees sortis, et l’absence de nouvelles actualités musicales depuis plus de 30 ans. Ce qui permet d’affirmer que Front 242 est et restera un groupe mythique.

Dès 21h, le décor sombre et sobre est planté : deux micros au centre, une mini-batterie à gauche, le clavier à droite. Le logo sur le fond d’écran, le public vêtu de noir et/ou dont les fringues arborent l’effigie du band (encore que le noyau dur se retrouve rapidement torse-nu).

Une vidéo digne d’Anton Corbijn (qui a notamment contribué au succès de la formation grâce à son clip consacré à « Headhunter »), défile. On y voit les musicos sur une plage déserte du littoral belge s’avancer vers le public.  Et l’ambiance démarre au quart de tour dès le tube « W.Y.H.I.W.Y.G » auquel s’enchaînent, sans temps mort, des titres phares comme « Moldavia », « Body to Body », « Don't Crash », « U-Men » ou encore « No Shuffle », dont le final déclenche un premier moment de grande émotion. Pendant une bonne minute les musiciens interrompent le show et se penchent vers la foule pour recevoir les ovations. Comme d’habitude Jean-Luc reste en retrait mais ne semble pas moins touché par ces marques de reconnaissance. Alors, davantage en avant, il remercie le public dans toutes les langues.

Le concert repart de plus belle par « Soul manager » puis, entre autres, « Funkahdafi », « Tragedy for you » ou encore « Welcome to paradise » avant un court rappel. Lors du retour sur les planches, le public hurle à nouveau sa joie, et c’est le judicieux « Happiness » puis l’inévitable « Headhunter » qui ponctuent le set. Caractérisé par ce refrain repris en chœur par l’auditoire ‘One, you lock the target. Two, you bait the line. Three, you slowly spread the net. And four, you catch the man’, ce véritable hymne aurait sa place dans un grand stade de foot, comme l’a été le « Seven Nation » de White Stripes.

Il fallait s’y attendre la soirée a été intense, le show en forme de best-of, sans répit, comme si Front 242 voulait optimiser les 90 minutes accordées par l’organisation (NDR : les concerts à l’AB doivent toujours se terminer, au plus tard, à 22h30). Cependant, on imagine que l’ambiance montera encore d’un cran lors des deux dernières soirées (surtout celle du samedi). La date de ce soir ne s’était ajoutée que par la suite. Et alors que les plus grands fans, via une prévente prioritaire, s’étaient déjà rués sur les tickets du vendredi et samedi.

Pour être complet, il convient d’ajouter que Daniel Myer assurait le supporting act. Producteur, l’Allemand a notamment remixé Front 242, Depeche Mode, Covenant et plus récemment Eisbrecher. Sans oublier Front Line Assembly en compagnie duquel il a tourné. Tout comme Skinny Puppy ou Nitzer Ebb, d’autres figures du genre dont il a assuré la première partie. Seul sur le podium il a chauffé la salle, guère avare de commentaires et d’anecdotes sur son long parcours, accompli depuis la Hongrie vers l’Allemagne, en épinglant, notamment, l’achat de sa première cassette audio, « Some great reward » de Depeche Mode.

Photos Kristof Acke ici

(Organisation : Ancienne Belgique)

Mustii

The Maze

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Agé seulement de 34 ans, Mustii traîne déjà une belle carrière derrière lui, multipliant les rôles au cinéma, au théâtre et dans les séries télévisées.

Après avoir rencontré un joli succès d’estime et critique lors d’un premier essai à dominante électro-pop, intitulé « 21st Century Boy », l’artiste s’est ensuite enveloppé dans un son plus électrique confortable tout au long d’« It’s Happening Now », un opus tramé sur fond de drame familial.

Trois ans plus tard, il revient en force en gravant un troisième opus sauvage, brut de décoffrage, mais d’une indéniable qualité.

Nettement plus torturé aussi, « The Maze » constitue le fruit d'un parcours initiatique long et difficile, induit par l’échec cuisant de sa prestation réalisée dans le cadre de l’Eurovision de la chanson, en 2024, au cours duquel il avait interprété « Before The Party’s Over »

Véritable laboratoire musical, cet LP serpente au sein du labyrinthe de la vie du jeune homme, empruntant au passage des directions artistiques très éclectiques entre post-punk, glam rock, pop ou encore électro.

Le pari est osé, mais globalement réussi, Mustii évitant le cloisonnement stylistique.

Il y a aussi ces références aux années 80 et notamment à Pet Shop Boys et Culture Club, Thomas assumant aujourd’hui pleinement son genre ‘queer’, depuis son adhésion à la communauté LGBTQIA+, il y a quelques années déjà.

Thomas Mustin, à l’état-civil, signe ici son œuvre la plus personnelle. Il y parle de lui-même, sans fard, tout en soulevant ses zones d’ombre, ses excès et ses addictions ; une soirée de fête qui n’en finit pas, de la pré-party à l’afterparty, servant de fil conducteur.

 

« The Maze » est énigmatique, sulfureux et d’une richesse musicale et artistique à couper le souffle. Un album clair-obscur, qui réussit le grand-écart entre l’amour, la colère (« Silly Boys ») ou encore la solitude (« Massive Love Infection »).

Si Mustii s’est préparé un terreau fertile pour le live, la scène constituant sa véritable vocation, il affiche fièrement une posture de dramaturge qu’on lui connaît fort bien. Pour le meilleur, pas pour le pire.

Et si la nuit est bien présente, le côté solaire l’emporte… toujours !

 

 

Destroyer

Le boogie de Dan Bejar

Destroyer publiera son nouvel elpee, « Dan's Boogie », le 28 mars 2025. L'annonce est accompagnée d'un clip réalisé par David Galloway pour le single « Bologna (feat. Fiver) ».

« Bologna » est un recadrage radical du milieu Destroyer. Il s’agit de la première chanson que Bejar a écrite pour le groupe, dans laquelle il s'imagine comme un personnage secondaire. Il fonctionne comme un commentaire en coulisses de l'action principale de la chanson, piégé dans la salle verte miteuse de la pochette de Dan's Boogie, tandis que Simone Schmidt de Fiver agit comme une personne en cavale. La voix de Schmidt, dure et expressive, perce à travers le brouillard de la scène.

Bejar déclare : ‘Je n'ai pas écrit beaucoup de chansons comme « Bologna ». J'ai eu du mal à chanter le premier et troisième couplet, les parties les plus importantes de la chanson. Elles avaient besoin de gravité et de cran. La menace de disparaître devait être réelle. J'ai donc appelé Simone.’

« Dan's Boogie » est un album révolutionnaire pour Destroyer. A cause des chansons qui couvrent le vaste spectre que lui et ses collaborateurs ont établi pour eux-mêmes : des épopées pop à grand spectacle, des ballades personnelles au piano, et des œuvres d'humeur brûlantes qui brouillent les lignes entre la compo, le roman et le cinéma.

Le clip consacré à « Bologna » est disponible ici

 

 

Monteceneri

L’appel du vide de Monteceneri…

Monteceneri est un groupe milanais qui s'est formé en 2019. Sa formule musicale provient d'une fusion de paramètres post-rock et de sons électroniques. Un mélange dans lequel ils déversent toutes les influences les plus proches dans le but de ne pas s'enfermer dans une zone de confort. Après la sortie en 2021 des singles « Evo », « Heimweh » et « Plan O », le groupe est de retour en 2025 avec l'Ep « Due », enregistré et mixé par Ruggero Catania et masterisé par Mauro Andreolli au studio Das Ende der Dinge. Il sortira le 24 janvier 2025.

Il vient de publier un clip vidéo réalisé et édité par Marec pour « Call of the Void », le titre d'ouverture de l'Ep.

La formation a composé « Call of the Void », immédiatement après le lockdown de 2020, lorsque toute référence à ce qu'avaient les vies des musicos et leur quotidien semblait (ou peut-être était) définitivement changée pour être aspirée dans un vortex dystopique insaisissable. Lorsque le band a présenté le morceau à Marec, leur réalisateur de clips, il lui a donné carte blanche en lui demandant simplement de s'inspirer des sons en laissant libre cours à son imagination.

‘Ce n'est pas la première fois que je collabore avec Monteceneri’, commente Marec. ‘Ses chansons, caractérisées par des tempos longs et profonds, m'offrent la possibilité d'explorer et de créer de petits courts métrages qui se transforment en véritables voyages musicaux. Pour « Call of the Void », nous avons pris le temps de rendre hommage à l'immense souffle de sa musique’.

Pour découvrir la vidéo de « Call of the Void », c’est ici

 

 

Salah Khaïli

Le blues rock de Salah Khaïli…

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Salah Khaïli a sorti son second elpee, « Out Of The Blues », ce 17 janvier 2025. Enregistré en Belgique par le producteur Rudy Coclet (Jet Studio Brussels), ce nouvel album confirme le talent de ce batteur au groove inimitable sur neuf titres naviguant entre blues et rock. Eric D Larsen met en lumière le talent de cet artiste aux multiples facettes : batteur, auteur, compositeur, interprète et producteur.

Né à Saintes, il s’installe à Paris en 1990 pour matérialiser ses aspirations artistiques. Dans un premier temps, ce batteur à la technique impressionnante expérimente un vaste spectre de styles qui oscille du jazz au blues en passant par la soul et la world.

Depuis ses débuts, son appétit insatiable de rythmes et d'échanges l'amène à se produire en concert sans répit, autant dans de prestigieux festivals que dans des salles de spectacles ou dans les émissions de télé et de radio. On a pu le découvrir aux côtés d'artistes comme Etienne Daho, Elli Medeiros, Tchéky Karyo, Axel Bauer, Sapho, Lucky Peterson, Richard Bona et bien d'autres…

Au chant, Eric D Larsen pose sa voix et impose son charisme avec justesse et sûreté, accompagné d'Emmanuel Sunee à la basse, de Christophe ‘Tito’r Taddei à la guitare et de Fred Lafage à la réalisation.

Tout au long de cet opus, Salah Khaïli parle de sujets de société qui lui tiennent à cœur comme l'exil et la précarité, maniant parfois l'ironie, sans jamais se départir de sa grande sensibilité.

Issus du long playing, « Dolly », qui évoque le revival fifties telle une renaissance du passé sous des formes nouvelles, et « No Borders », ont été clippés

Le premier titre est disponible ici et le second,

 

 

 

Aline Chevalier

Aline Chevalier a le coeur léger…

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Née en Normandie, c'est à Nantes qu'Aline Chevalier a grandi : trop de pluie et de mélancolie ! Un vieux piano échoué dans le salon de famille devient très tôt son jouet et passe-temps favori. Pas mieux pour chasser ‘les monstres de l'enfance avec assurance’ et s’ouvrir au monde des songes, aux chansons de Barbara et aux sièges en skaï des salles de cinéma.

Elle fait du théâtre, un peu de cirque, chante et part sur les routes d’Europe avec son piano à roulettes. De ces évasions, Aline Chevalier crée son pays des merveilles en composant des chansons. Poèmes et chansons l'ont affranchie, ceux qu'elle a écrits, ceux qu'on lui a murmurés.  Ainsi, de sa voix feutrée, elle vient à son tour vous ravir en amie. À mi-mots…

« Satori », son nouvel elpee paru ce 10 janvier 2025, est une confession, une révérence aux ‘affres profondes’ comme lieu infini de beauté, d’exploration et de joie. Entre amours crawlés, plongée papillon et brasse coulée, C’est un enchantement hypnotique et infiniment généreux qui dévoile ses dix facettes. Entre cinéma à la dérive, tendresse en apnée et vent dans les voiles c'est un étrange monde que celui d'Aline Chevalier, magnétique et audacieux.

Ses chansons originales en français aux textes finement ciselés, mêlent instants suspendus en solo au piano et réjouissants duos rythmiques avec Gilles Belouin, vibraphoniste-percussionniste aux multiples couleurs.

Filmée sous l’eau, la vidéo du clip « Cœur Léger », est disponible

 

Bonnie Prince Billy

Il m'a fallu une vie dans la musique pour comprendre comment devenir meilleur acteur…

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Will Oldham a longtemps eu le malin plaisir de changer régulièrement de pseudo (Palace, Palace Brothers, Palace Songs, Palace Music, etc.) ; mais il semble enfin s’être fixé sur celui de Bonnie ‘Prince’ Billy. D’ailleurs, c’est la même signature qu’il a posée sur ses derniers elpees. Artiste imprévisible, il s’entoure souvent de musiciens différents, quand il enregistre un disque, mais il participe aussi régulièrement aux sessions d’autres musicos.

Pour son dernier opus, « The purple bird », il a reçu le concours de ses amis, mais aussi quelques-uns de ses héros. Le long playing a été mis en forme par le producteur de Nashville, David Ferguson, avec qui il s’est lié d’amitié il y a pas mal de temps, lors d’une session consacrée à Johnny Cash. Ferguson a puisé dans son réseau d’amis artistes de Music City, en organisant des jams pour écrire des chansons et en rassemblant une équipe de musiciens de session pour réaliser ce qui allait devenir cet opus.

« The Purple Bird » est impeccablement mis en forme, mais à l’instar d’une compilation, il change constamment de ton, privilégiant le joyeux sur le mélancolique.  

Ainsi la mélodie de « Guns Are For Cowards » est paradoxalement impertinente et optimiste, alors que le thème est tragique.

Cette chanson été ajoutée, car le disque est essentiellement focalisé sur les sept co-écrites. J'y ai inclus quelques compositions personnelles dont « Guns Are For Cowards ». C’est l'une des rares de ma carrière que j'ai écrite en réaction à des événements dont j'ai été témoin ou que l'on m'a rapporté afin d'essayer de comprendre ou de participer plutôt que de me sentir impuissant.

Il y a quelques années, ma femme et moi avions rendez-vous chez le banquier dans le but d'obtenir un prêt. Le rendez-vous a été reporté car il devait se rendre aux funérailles d'un collègue abattu dans une agence du centre-ville de Louisville, dans le Kentucky, par un homme qui est entré et a tiré sur toutes les personnes présentes sur les lieux. Par ailleurs, j'étais censé partager une session avec un ensemble gospel. L’une des formations familiales, les Templeton Singers, a dû reporter la séance parce qu'un de leurs neveux, âgé de 13 ou 14 ans, avait été abattu à un arrêt de bus, alors qu'il se rendait à l'école. Enfin, j'étais censée avoir rendez-vous avec un homme politique local, lequel m'a annoncé qu'un membre de sa famille venait de se faire tirer dessus et qu'il devait le secourir. Je me suis demandé ce qui se passait et ce que je pouvais faire… c'est à dire composer cette chanson. J’ai pensé, je viens du Kentucky, je me rends dans le Tennessee et je vais présenter ce morceau qui remet en question la détention et l'utilisation d'armes à feu, à un groupe d'hommes blancs du Sud, plus âgés. La première personne à qui je l'ai soumise était David Ferguson, producteur de ce disque... le jour de l'enregistrement. Il l'a écouté, s'est tourné vers moi et a dit ‘Will, il n'y a qu'une seule manière de proposer cette chanson, c'est sous forme de polka’. ‘Peu importe ce que tu dis Fergus, pour moi, c'est bien’, ai-je répondu. Ça me convient... parce qu'au départ je ne savais pas ce qu'il allait en penser et où il allait l'emmener. 

« Is My Living in Vain ? » est d'une délicatesse et d'une vulnérabilité qui symbolise votre art.

(Il rit) Oui, je suis d'accord. Et c'est la seule reprise du disque !  Une chanson que j'interprétais seul chez moi ; et j'ai voulu l'intégrer pour équilibrer le disque face à tous les auteurs-compositeurs qui y participent.  Je suis le plus jeune musicien et compositeur de l’album, à l'exception de Brit Taylor et Adam Casey, qui se sont chargés harmonies vocales y compris de celles des choristes. Mais tous les autres sont les hommes blancs plus âgés et du Sud : « Am I Living in vain » a été écrit, à l'époque, par une jeune femme noire qui s’appelait Twinkie Clarke. Elle faisait partie des Clark Sisters de Detroit. Un succès dans le monde du gospel en 1980. Je me suis dit : ‘Eh bien, je ne peux pas faire grand-chose en tant qu’homme judéo-chrétien blanc américain, mais je peux chanter la chanson de quelqu'un d'autre pour essayer de donner un portrait plus complet de ce que j'essaie simplement d'accomplir dans le cadre de mes projets musicaux’.

Vous définissez cet opus comme un disque de ‘Nashville’...

Il s'agit d'un album de ‘Nashville’, à part entière, dans le même processus d'écriture au cours duquel ces personnes s'asseyaient intentionnellement à 10 heures, le mercredi matin, et composaient une chanson en plus de deux heures et demie. Cette façon de procéder est une institution à Nashville que je n'avais jamais expérimenté auparavant. Toute cette ville et ses infrastructures sont imaginées en fonction de ces musiciens de session qui sont comparables à des athlètes olympiques, dans la mesure où en deux jours de travail vous enregistrez en leur compagnie presque tous les éléments de 12 chansons. Comme un athlète olympique, un sprinteur qui en quelques secondes réalise le geste et la course parfaite. J'adore cela car chaque jour, j'avais l'impression d'essayer de rester en forme et de me préparer physiquement et mentalement à faire face à ce genre de défis afin d'être pleinement présent, réactif et à la hauteur de la situation.

Mais tous ces grands chanteurs country célèbres en Amérique et présents sur les albums, sont peu connus de ce côté-ci de l'Atlantique. Ce qui pose également la question de votre popularité aux Etats-Unis et en Europe...

En termes de chiffres, je pense que la taille de l'audience de Bonnie Prince Billy aux États-Unis est similaire à celle de l'Europe. Mais en Amérique, elle est vraiment beaucoup plus marginale et underground. Même si, numériquement, les concerts ont la même taille et la même notoriété, les labels auxquels je suis associé aux États-Unis ne sont pas très notoires, la promotion y est moindre et les spectacles se déroulent dans des petits clubs.

Avez-vous déjà pensé enregistrer un long playing en compagnie de Robert Plant et Alison Krauss, par exemple ?

Fergus est plutôt un bon ami d'Alison Krauss. Et à l'époque où Albini a produit le Page/Plant, il y a une vingtaine d'années, c'était la première fois que j'ai vraiment commencé à penser à Robert Plant, à la fois en tant qu'être humain et merveilleux chanteur. Il chantait très bien sur tous les disques de Zeppelin et par mal sur ceux en solo. Mais sur ce disque, je me suis dit : ‘Waouh, cette personne a vraiment une relation incroyable avec sa voix’. Et je pense que c'était un des talents propres à Steve Albini de faire ressortir l'essence de la voix d'un chanteur, d'en tirer le maximum. Si l'occasion se présentait, je ne la laisserais pas passer. Je pourrais en tant que pair, collaborer avec eux et même essayer, à l'instar d'Albini, de les pousser à réaliser des choses différentes qui conviennent à leurs énormes talents et capacités et les faire sortir leur zone de confort en se convertissant en artistes explorateurs. Mais Robert Plant est un artiste expérimental. La force de Plant et Page dans Led zeppelin était telle qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient, mais faisaient ce qu'ils pensaient devoir être fait. Et grâce à l'incroyable synergie et à l'éclat de leur énergie collective dans Led Zep, c'est devenu quelque chose qui n'existait pas auparavant.

Aux yeux et aux oreilles des d'Européens, la musique country est une sorte de nid ‘trumpiste’

C'est un peu réducteur. 

Je suis conscient que la musique country a le potentiel de résonner et de plaire à une très grande partie de l'humanité parce qu'elle est chantée en anglais. En fait, on accorde davantage d'attention aux paroles que dans toute autre forme de musique populaire.

L'amitié définit-elle votre carrière ?

Oui. La force motrice de mon engagement dans la musique est d'établir des liens plus larges avec les auditeurs, mais de me connecter plus spécifiquement et profondément avec les personnes que j'aimerais côtoyer. Appeler mon ami pour explorer l'interconnectivité et les relations humaines directes à travers… pas seulement des paroles, mais aussi une collaboration active, y compris en compagnie des artistes visuels. Comme Lori Damiano, qui a réalisé la pochette de ce disque. Et c'est une copie du dessin d'enfance de David Ferguson représentant l'Oiseau violet. Ce sont mes amis et je suis aussi leur fan. L'amitié est quelque chose qui a été mystérieuse pour moi, toute ma vie. J'ai beaucoup déménagé quand j'étais enfant, et j'ai toujours expérimenté l'amitié à distance. Et donc c'est une donnée que j'ai presque fétichisé au détriment des relations amoureuses. C'est un processus continu pour essayer de bien comprendre ce qu'est l'amitié et, le fait de savoir si j’en suis capable, parce que c'est ce que je souhaite le plus au monde.

Votre pseudo se réfère à Billy the Kid. Seriez-vous le dernier cow-boy ?

(Il rit) bien sûr. Nous comprenons progressivement et collectivement que l'idée d'un cow-boy est de la foutaise. C’est de la mythologie et une construction. Ainsi, j'ai l'impression d'adhérer à l'idée d'incarner, d'habiter ou de représenter une construction. Comme si elle appartenait à ce qu'est Bonnie Prince Billy...  Nous sommes tous d'accord pour dire que rien n'existe vraiment. C'est pourquoi nous créons des fictions sur lesquelles nous basons notre perception de la réalité juste pour essayer de donner du sens.

Le fait d'être acteur vous a-t-il aidé à devenir chanteur ?

Absolument ! Ce que j'ai finalement ressenti en poursuivant mes études d'acteur, puis ce qui m'a finalement déçu ou insatisfait, c'est qu'il y avait très peu d'acteurs qui utilisaient toute la diversité et les capacités de leur instrument principal : leur voix. Ils peuvent crier et être en colère, mais qu'en est-il de la mélodie et du rythme ? Et souvent, même les dramaturges ne se concentrent pas assez sur le rythme.

J'ai rencontré davantage d'épanouissement dans l'expérience musicale. Et pourtant, il s'agit toujours d'interpréter un texte, de communiquer une expérience humaine à autrui, puis d'utiliser l'expérience humaine de l'autre personne comme caisse de résonance.

A l'inverse, être chanteur vous aide-t-il à être acteur ?

J'aborde l'interprétation d'une chanson, à chaque fois, comme si elle était neuve. J’ai l'impression d'être un nouvel interprète, de me servir des paroles comme d'une simple feuille de route.

Par ailleurs, récemment, interprétant une scène avec Tom Hardy, phénoménal exemple d'un acteur qui explore les confins de ce qu'il accomplit, ce sont les deux heures de jeu les plus enrichissantes que j'aie jamais connue en tant qu'acteur ; comme si absolument tout pouvait arriver. Et à l’issue du tournage, Tom Hardy m'a dit : ‘Je ne sais pas qui tu es, mais j'ai vraiment aimé travailler avec toi’. L'un des plus beaux compliments que je n’ai jamais reçus. La musique me permet d'aborder quelque chose de nouveau à chaque fois avec fraicheur et spontanéité, de faire confiance à l'écriture, d’être prêt pour le travail et de vivre le moment présent. Il m'a fallu une vie dans la musique pour comprendre comment devenir meilleur acteur.

« The purple bird » : 31/01/2025 (Domino / V2)

 

Mogwai

La plupart de la musique écossaise provient de Glasgow…

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La plupart de la musique écossaise provient de Glasgow…

Onzième album pour les Ecossais de Mogwai qui démontrent que leur univers musical est toujours en pleine expansion...

Fondée en 1995, Mogwai est une formation écossaise dont la musique largement instrumentale n’est pas aussi planante que celle de Tangerine Dream, mais s’inscrit plutôt dans la veine pulsante d'un Godspeed You! Black Emperor. Paru en janvier dernier, son nouvel opus, « The Bad Fire » (qui désigne l'enfer en argot écossais) est découpé en dix morceaux, dont quatre chantés (très bien d’ailleurs) aux univers contrastés. Un onzième opus qui démontre que son univers musical est toujours en pleine expansion ; mais aussi rend hommage au shoegazing de Ride et au vocoder, justifie l'indépendance de l'Ecosse et reconnaît l’influence de… la cornemuse… 

Le chanteur/guitariste Stuart Braithwaite s’explique…

Pourquoi entend-t-on un cri à la fin de « Lion Rumpus » ?

C'est Dominic, le bassiste, qui gueule parce qu'il a commis une erreur. Finalement, John Congleton, le producteur, l'a conservé et nous estimions plutôt comique de laisser ce cri sur le disque. Néanmoins, nous n’attribuons pas de titres aux morceaux tant que l'album n'est pas terminé. Bref, il n'a rien à voir avec un rugissement malgré son titre, « Lion Rumpus ».

L'humour est-il un élément important pour vous ?

Nous aimons nous amuser et c'est peut-être la seule façon d'exprimer notre joie à travers notre musique qui est plutôt sérieuse. Mais en fait, nous sommes plutôt stupides et nous aimons bien faire les idiots (rires).

« Fanzine Made of Flesh », par exemple, est empreint de surréalisme…

Oui, c'est ridicule et la réponse l’est tout autant. En fait, ça nous plait tout simplement. Au fil des années, certaines de nos compositions, et surtout les plus émouvantes, affichent des titres les plus stupides.

Lorsque vous composez des chansons qui impliquent des voix, la méthode est-elle différente des instrumentaux ?

Je suppose que vous pensez à l’utilisation de la voix comme un instrument ? La structure du morceau est plus définie parce que certains mots sont utilisés à des endroits précis. La démarche est donc différente.

Sur la première plage, « God Gets You Back », les parties vocales évoquent le shoegazing de Ride.

C'est un compliment. Nous sommes très fans de ce groupe. C'est en fait Barry qui chante sur ce morceau. Lorsque nous nous rendons, en voiture, aux répétitions, nous chantons souvent en écoutant les albums de Ride.

« Fanzine Made of Flesh » est-il une sorte d'hommage au vocodeur ?

Oui. À l'origine, c'était censé être une voix normale, mais le résultat ne se révélait pas très convaincant. Depuis notre troisième album, nous avons toujours aimé utiliser le vocodeur, car il figurait sur certains de mes disques préférés. C'est une bonne façon d’établir le lien entre une émotion humaine et une autre synthétique ou synthétisée.

Et quelles sont vos références en matière d'utilisation du vocodeur ?

Kraftwerk, évidemment, tous les disques électro, genre Cybertron, même Neil Young sur l'album « Trans » en 1983 ; et bien entendu le « O superman » de Laurie Anderson qui reste un classique dans son utilisation du vocoder.

L'un de vos principaux traits distinctifs de vos compos est l'utilisation du crescendo....

Oui, c'est moins systématique désormais, mais c'est vraiment l'une des caractéristiques de notre musique. Nous avons toujours souhaité insuffler une dynamique. Nous avons grandi en écoutant Nirvana et les Pixies qui ont toujours été importants pour nous. Et puis d'autres artistes au fil des années dont la musique était vraiment similaire, comme Gorecki, Mahler ou Godspeed You! Black Emperor.

Lorsqu’on est musicien écossais, les cornemuses sont-elles une source d'inspiration ?

(Il rit). Probablement de manière subliminale, notamment dans le son drone (bourdon) de « Hammer Room ». Vous savez, j’imagine que la principale caractéristique de la cornemuse est d'être constituée de bourdons, d’un chalumeau mélodique et d'autres monodiques. Et lorsque je songe à la musique de bourdons, je pense plus au Velvet Underground qu'à Spacemen 3. Mais si j'aime en particulier le Velvet, c'est peut-être parce que plus jeune, j'y entendais de la cornemuse.

Quels sont, selon vous, les points communs entre tous les groupes écossais, hormis la nationalité ?

Il existe, dans la musique écossaise, un esprit d'indépendance et une attitude anticonformiste. Musicalement, c'est très diversifié. Beaucoup de musiciens écossais bâtissent des univers sonores totalement différents. On rencontre énormément de bonne musique pour un si petit pays.

Donc entre vous et, par exemple, Primal Scream et Franz Ferdinand, le point commun serait l'esprit ?

Tout à fait. Franz Ferdinand, ce sont des amis proches. Ils font certainement de la musique pour les mêmes raisons. Tout comme Primal Scream, The Jesus and Mary Chain, Cocteau Twins ou Boards of Canada... il y a beaucoup de très bonne musique écossaise.

Vous êtes originaires de Glasgow. Cette ville est-elle la capitale de la musique écossaise ?

Oui, c'est la plus grande ville d'Ecosse ! On y recense davantage de musiciens, de salles de concerts.

D’excellents musiciens vivent dans d'autres régions d'Écosse, mais la plupart de la musique écossaise provient de Glasgow.

Une ville très vivante si on la compare à Édimbourg ?

La vie est chère à Edimbourg. Il y est plus compliqué d’être musicien.

Vous militiez pour l'indépendance de l'Écosse, il y a dix ans. Pensez-vous que ce soit toujours réalisable ?

Oui, et c'est d'autant plus souhaitable que le reste du Royaume-Uni est désormais très à droite. L'indépendance de l'Écosse semble plus nécessaire que jamais.

Même si c'est un gouvernement travailliste qui est aux manettes désormais ?

Ouais. Ce n'est pas un gouvernement très socialiste... (rires)

Pensez-vous donc qu’un autre référendum sur l'indépendance de l'Ecosse sera organisé bientôt ?

Probablement pas tout de suite, mais certainement dans un futur plus ou moins proche. D’ici dix ans.

Et cette fois ce sera la bonne... (il sourit)

Mogwai : « The Bad Fire » (PiaS) – 24/01/2025

Meimuna

L’importance du calme, du silence et de l’introspection…

Écrit par

Si Meimuna est un genre d'insectes hémiptères de la sous-famille des Cicadinae (famille des Cicadidae, les cigales), c’est également le patronyme de Cyrielle Formaz, un choix destiné à illustrer au mieux le courant musical dans lequel elle se distingue aujourd’hui.

Après cinq Eps très remarqués, elle nous propose « C’est demain que je meurs », un premier album découpé en 10 chansons qui inspirent et s’inspirent de la vie de la jeune femme. Mais, pas que !

Alors qu’elle revient d’une tournée en Autriche et Allemagne, la jeune dame se livre à une interview d’une authenticité rare.

L’artiste y aborde son ouvrage ambitieux entre réconfort et douceur, depuis sa Suisse natale, mais tout en restant loin des diktats commerciaux de la société consumériste qui l’entoure.

Cyrielle, tu as opté délibérément pour le patronyme ‘Meimuna’, référence à cette cigale qui symbolise la renaissance ou encore la métamorphose dans de nombreuses cultures. J’imagine que cet idiome en dit long sur ton parcours de vie, de femme et d’artiste ?

Oui, effectivement, j’ai choisi ce pseudo en 2017. J’aime beaucoup cette symbolique portée par de nombreuses cultures différentes. La renaissance et la métamorphose reviennent souvent, effectivement. Cette cigale peut passer jusque 25 ans sous terre, à l’état de larve, pour ensuite sortir de terre et mourir en fin de journée.

Après 5 Eps, tu proposes un long playing étrangement intitulé « C’est demain que je meurs ». Et contrairement à ce que laisse sous-entendre ce titre, il célèbre le renouveau. Un paradoxe entre l’onirisme d’un rêve et la difficulté d’une vie qui mérite d’être vécue ?

Il s’agit d’un album qui parle clairement de la fin du monde. Ou plutôt de la fin des mondes. Cette chanson, en particulier, aborde pour thématique la fin de notre monde physique, affichant en filigrane une notion écologique. Les autres traitent d’autres types de fin, comme celle de l’enfance ou d’une relation au sens large du terme. Si le deuil est effectivement présent de manière protéiforme, cet album célèbre avant tout la renaissance, l’espoir et la réconciliation. Je souhaitais avant tout une direction lumineuse, pas du tout déprimante. Nous vivons suffisamment dans une société anxiogène et inquiétante. Moi-même, je suis très angoissée face au quotidien. En tant que musicienne, je me dois d’amener de la douceur, de l’espoir et du réconfort. Partant, je crois que l’objectif est atteint.

Un opus confectionné en compagnie d’une équipe hors du commun : Ella van der Woude, Randal Dunn au mix et Heba Kadry au mastering. Comment se sont déroulées ces rencontres ?

Randal Dunn et Heba Kadry sont deux techniciens qui n’ont pas du tout influé sur les choix artistiques. J’ai collaboré étroitement avec Ella van der Woude, une compositrice de musiques de film. Elle a habité durant quelques années à côté de mon domicile, et plus exactement à Sion, dans le canton du Valais, en Suisse. C’était une amie. On se voyait tous les jours pour faire de la musique. Je lui ai demandé de produire l’album, d’écrire les arrangements et de lui donner une couleur. L’écriture des chansons me revient. Ella m’a surtout aidée à fournir une texture aux chansons, à leur conférer une ambiance singulière. Travailler avec une personne qui bosse dans le milieu des musiques de film permet de transmettre, évidemment, une couleur cinématographique. Il était important pour moi de communiquer aux morceaux un coté sensoriel où l’imaginaire prend le dessus. C’était une coopération importante à mon sens car, comme j’ai réalisé mes Eps précédents, on rentre vite dans des automatismes. Cette grande dame m’a permis de sortir de la routine.

Un disque au cours duquel, tu te mets à nu, en proposant des textes personnels et introspectifs. L’intime est-il politique et doit-il être dévoilé ?

Je m’interroge beaucoup sur le positionnement politique. Est-ce que l’intime est politique ? Je le pense, oui ! Proposer de la musique calme, douce ou de niche et amener du silence dans notre quotidien grâce à des textes poétiques et introspectifs, est aujourd’hui une forme de posture et d’engagement qui va à contre-courant de ce dont on nous bombarde au quotidien. Il n’y a plus jamais de silence, de temps de réflexion ou de calme. Ça bouge tout le temps. Il suffit de regarder les informations, elles pullulent sans arrêt. La musique n’a de sens à mon égard que si elle est construite par des musiciens et avec des instruments organiques. En ‘live’, j’aime m’en entourer. Soit l’antithèse de ce que l’on constate le plus souvent sur les scènes musicales rivées à tous ces samples et musiques électroniques. Ce n’est ni une critique, ni un regret ; ce type de musique a une raison d’exister au même titre que n’importe quelle autre. Mais personnellement, je préfère de loin m’entourer de vraies personnes et de vrais instruments. Ce qui se traduit par plein d’aspects dans ce projet. J’aime aussi réaliser des choses à la main qui prennent du temps et exigent de l’application et du soin comme des dessins animés. C’est une forme d’engagement que j’aimerais défendre. Aujourd’hui, il faut reprendre du temps, accueillir du calme, du silence et de l’introspection au quotidien. C’est important !

Au risque de connaître cet effet pervers d’être perçue comme autocentrée…

L’album est hyper autocentré, c’est vrai. Mais ce sont des chansons qui parlent de moi et c’est ce que je sais faire de mieux ! Aborder d’autres sujet me cataloguerait comme impostrice, car je manquerais d’honnêteté. Je crois que dans l’intime, il y a quelque chose de très universel. On est toutes et tous traversés par les mêmes questions, les mêmes blessures avec différentes forces et des niveaux inégaux. A la fin des concerts, les gens viennent parfois me voir car ils se sont identifiés aux textes. Même si l’album est autocentré, il entre en résonnance avec le public.

Un album en français, à l’exception d’une petite incursion dans la langue de Shakespeare sur l’angélique « Lullaby for a satellite ». Pourquoi cette parenthèse inattendue ?

Elle est dédiée à mon chat et m’est très vite apparue, car je souhaitais qu’elle prenne une dimension universelle. Au début, je rencontrais des difficultés face à ce choix particulier. Je ne l’assumais pas. Une manière parmi tant d’autres de me cacher peut-être. C’est une berceuse, elle réconforte. C’est un animal qui sort beaucoup. Je ne compte plus les blessures qu’il s’est infligées, ni le nombre de fois où je l’ai amené chez le vétérinaire. Et quid de ses tentatives de suicides avortés ? Je lui conseille de rester à la maison, que tout va bien se passer en prenant soin de lui. Une chanson facilement exportable en réalité chez n’importe quel animal ou être humain parce que simplement écrite et facile à comprendre. Mais, je ne suis pas convaincue de réitérer l’opération, sous cette forme en tout cas, car l’anglais est une langue que je maîtrise un peu moins.

J’ai beaucoup aimé « Eve V. (battre des records) », un vibrant hommage rendu à une figure du show business des années 80 et 90, Lolo Ferrari, morte sans avoir jamais existé, malgré une vie passée sous les projecteurs. Alors que son décès date de près d’un quart de siècle, puisqu’elle est décédée en 2000, il faut admettre qu’aujourd’hui, la souffrance et les désillusions restent fort présentes. Quel est ton regard face à cette (sous)évolution sociétale ?

Lorsque Eve Vallois est décédée, j’avais 6 ans. A la maison, nous avions un livre de caricatures. Je me souviens aussi vaguement d’images diffusées à la tv de cette bimbo. Lolo Ferrari paraissait pathétique, à cause, notamment, de son énorme poitrine qui lui a d’ailleurs valu une mention dans le livre des records. On en riait beaucoup. Une situation à la fois drôle et gênante. En discutant avec des amis, nous nous interrogions un jour quant aux circonstances de son décès. L’idée de se plonger dans sa biographie m’est alors venue pour découvrir que sa vie était d’une tristesse abyssale. Une femme manipulée par son entourage, y compris par son mari qui avait endossé la casquette de manager et l’a forcée à commettre des actes horribles. Ce qui lui a causé un abandon total de sa famille. Une sombre histoire de rejet et de manipulation. Cette femme s’est donné la mort dans des circonstances très obscures alors qu’elle n’avait que 36 ans. Les soupçons se sont portés sur celui qui partageait sa vie, mais, faute de preuve, il a été relaxé. Elle repose désormais dans le cimetière de Roumiguières à Grasse, dans le sud de la France. Un journaliste du Monde a investigué. Elle est enterrée dans une tombe anonyme couverte de roses artificielles poussiéreuses. Imaginer cette femme qui, durant toute sa vie, a tenté d’être vue et aimée, sans y parvenir, m’a brisé le cœur. Alors que son seul souhait était de rencontrer un peu de gloire et d’amour dans le regard des autres. Je souhaitais lui rendre un hommage. Une chanson qui, pour une fois, n’est pas autocentrée, mais s’adresse au plus grand nombre puisqu’elle se réfère à la manière très actuelle d’objectifier les femmes, de les jeter en pâture aux médias ou d’espérer les voir tomber. A l’heure actuelle, certains se nourrissent encore d’événements atroces et s’en délectent. J’aime cette chanson par son prisme très actuel, universel et très personnel.

En défendant l’image des femmes de cette manière, ne risques-tu pas d’être taxée de féministe ?

La position des femmes dans la musique est une situation qui me préoccupe énormément. Je me produis parfois en ‘live’, soutenue uniquement de femmes. Je suis une fervente défenseur des femmes dans les musiques actuelles et sur les scènes.

Fille d'un professeur d'art et d'une musicienne, tu baignes dans l’art et la culture musicale depuis ta tendre enfance. Si j’imagine que le milieu dans lequel tu as évolué a permis cette carrière musicale, qui rêvais-tu de devenir enfant ?

A vrai dire, enfant, je n’aspirais pas spécialement à devenir musicienne. J’ai cependant toujours aimé écrire des histoires, des poèmes ou réaliser des bandes dessinées. Je rêvais de devenir globe-trotter également et plus particulièrement journaliste afin de pouvoir voyager dans le monde entier et raconter les histoires des autres. Et puis assez vite, je me suis mise à écrire mes propres chansons. L’idée d’en faire un métier est arrivée lorsque j’avais environ 18, 19 ans.

Très jeune, tu as connu un succès d’estime et critique chez Macaô, un quintet aux accents rock, qui lui permet d’assurer, notamment, les premières parties de Zaz, Patrick Bruel ou Polnareff. Le projet dont on parle aujourd’hui est très différent. Tout comme la manière dont tu fonctionnes, alternant les moments solos et le besoin de collaboration. Y a-t-il, en filigrane, une envie de sortir de ta zone de confort ?

Oui, peut-être. Mais en même temps, je me sens de plus en plus sécurisée lorsqu’en tournée, je suis accompagnée de musiciens. Honnêtement, jouer en solo est un exercice difficile, une formule que j’apprécie moins car elle est énergivore. La musique doit être partagée. Lorsque nous sommes plusieurs sur les planches, pouvoir se regarder, se sourire et porter ensemble un message me réconforte.

J’ai écrit seule pendant longtemps. Ici, je ressens le besoin d’écrire pour d’autres. Un jour, peut-être, mon album ne sera constitué que de featurings. Qui sait ?

Dans une société où pop ‘mainstream’, hyper lisse, surproduite et distribuée par les géants de l’industrie musicale est légion, comment parvient-on à imposer un style doux, ouaté et épuré ?

C’est une bonne question ! Je pense qu’aujourd’hui, non seulement les gens ont besoin de douceur. C’est un genre qui coexiste avec d’autres styles. Il y a peut-être dans cette quête, une volonté de revenir vers quelque chose de plus organique. Le folk est un style apprécié. Des artistes comme Pomme ou encore November Ultra récoltent un joli succès s’estime et critique. En ce qui me concerne, je n’imagine pas faire autre chose, même s’il s’agit d’une musique de niche. Tourner dans des stades n’a jamais été un objectif. Se produire dans de petits clubs à travers toute l’Europe me va très bien.

Finalement, si je résume le fond de ta pensée, la création est la prémisse de la liberté ?

Oui, bien sûr. Tu as parfaitement résumé les choses.

Tu as tourné en Chine au Canada, en passant par l’Allemagne et l’Europe de l’Est. Chanter en français exige le plus souvent de précision dans les textes. Comment le public étranger perçoit-il cet univers musical ?

Je rentre d’une tournée en Allemagne et en Autriche. Jouer sur des territoires non francophones permet de cerner le degré d’accueil du répertoire. Pour chaque compo, j’explique en anglais ce qu’elles signifient. Certains publics sont sensibles à la musique, aux ambiances ou à ce qu’ils devinent. Mais d’une manière plus générale, à chacun sa définition. Les choses ne nous appartiennent plus, une fois que nous les avons partagées. Si les gens s’approprient les chansons, tant mieux. La musique dépasse le langage, elle permet de se connecter les uns avec les autres et à se comprendre.

Il y a la musique, les textes évidemment, mais aussi une expression graphique très présente. Peux-tu me décrire l’artwork de cet opus ?

(Elle montre la pochette de son LP) On y devine une apocalypse. J’ai voulu une pochette très colorée, de façon qu’elle apparaisse vivante. On y voit des oiseaux voler en cercle, un loup-chien, une source, et en filigrane, cette notion de renaissance. Il y a aussi ce volcan qui, par définition, est très destructeur puisqu’il arrache tout sur son passage, mais dont le magma est extrêmement riche. Après un incendie, la nature revient plus belle et plus fertile. J’aime la puissance de cette image. Je me suis aussi dessinée dans un cercueil. Certains y verront une envie d’y rester, d’autres d’y sortir. Une métaphore pour dire ‘au revoir’, à bientôt pour de nouvelles aventures. Enfin, on y aperçoit également un florilège d’insectes et de fleurs. L’artwork évoque le deuil, mais pas seulement, puisqu’il s’agit surtout d’explosion de vie, de renouveau et de nouveau départ.

J’avais une interprétation différente pour les oiseaux. J’imaginais qu’ils allaient tout droit vers le feu pour s’immoler…

Oui, c’est possible aussi, chacun son interprétation finalement.

Je ressens chez toi cette volonté de faire les choses parfaitement. Mais à vouloir sans cesse améliorer les créations, ne risques-tu pas de perdre en spontanéité ?

Oui, complètement ! La perfection est parfois la pire des ennemies. A force de vouloir l’atteindre, le frais et l’instinctif finissent par se perdre. Pour y parvenir, j’essaie de me fixer des deadlines et d’être plus à même de maîtriser le travail. Je dirais aussi que l’imperfection donne de l’intérêt à ce que l’on fait. Comme tu le signalais, nous baignons dans des productions parfaites, surproduites, où le travail de l’humain est devenu tout à fait secondaire. L’émergence de l’intelligence artificielle accentue ce phénomène. Lorsque tu écoutes un morceau et que tu entends ces petits craquements et les cordes friser, c’est finalement ce qu’il y a de plus joli.

J’aime beaucoup la symbolique que renvoie ta première chanson, « Au temps des coquillages », une compo qui traite de la nostalgie de l’enfance lorsque, petit, on n’a pas de soucis et que tout va bien. Si tu pouvais parler à la petite fille que tu étais, que lui dirais-tu ? Et par extension, que dirait cette petite fille à la jeune femme d’aujourd’hui ?

Je crois tout simplement qu’elle n’y croirait pas du tout ! Si seulement, elle pouvait imaginer un seul instant que je lui dise que tout va bien se passer, que dans vingt ans elle fera de la musique son métier qui lui permettra de voyage dans le monde entier et d’y accorder des concerts.

Tu es suisse d’origine et tu as vécu en Belgique, comment une artiste étrangère perçoit-elle notre plat pays sous le prisme musical ?

Vivre dans un petit pays présente des avantages comme des inconvénients. Il faut composer avec les moyens du bord. Il y a moins de concurrence aussi, on sera donc peut-être propulsé plus rapidement. En Belgique, comme en Suisse, la difficulté majeure réside dans l’exportation de son talent vers l’ailleurs. A contrario, il existe une entre-aide plus importante. C’est d’ailleurs une constante depuis quelques temps. Auparavant, les gens se tiraient plus facilement dans les pattes.

Evénement: le ciné-concert de Pornographie Exclusive

C'est le dimanche 9 février prochain que se tiendra, à Bruxelles, la présentation de “One Way Ticket To The Other Side, A Musical Anthology by Pornographie Exclusive”. A l'Espace Magh, le duo bruxellois jouera en formule ciné-concert, à savoir en “live” devant la projection, sur grand écran, de leur film.

Ce film propose une série de courts-métrages mis en scène par des réalisateurs internationaux, inspirés par le tout premier album, éponyme, du duo. Après une Première mondiale en Allemagne au prestigieux Oldenburg City Theatre, suivie d’une représentation au Festival du Nouveau Cinéma à Montréal, Séverine Cayron et Jérôme Vandewattyne célébreront la sortie de leur album le soir de la clôture du festival Courts Mais Trash.

Pornographie Exclusive, c'est un projet qui fait exploser les frontières entre les genres musicaux, en rassemblant dans un mélange alchimique des influences cold-wave, goth-rock, psyché, krautrock, techno, indus, le tout rehaussé par une dimension cinématographique. Cerise sur le gâteau, Séverine Cayron joue merveilleusement du violoncelle, ce qui donne à leurs concerts un souffle carrément épique, comme on a pu le constater 'de visu' au Café Central il y a quelques mois. PE est, sans nul doute, une des plus grandes révélations de ces derniers mois en Belgique et 2025 sera l'année de leur explosion sur la scène internationale. Ce ciné-concert sera donc une performance cinématographique et musicale unique à ne pas manquer...

Pour réserver vos places, c'est ici.

L'album de Pornographie Exclusive sortira le 24 janvier sur le label bruxellois Antibody de Yannick Franck et c'est une véritable bombe. Pour le commander et écouter les premiers tracks dévoilés, c'est

Musiczine publiera une interview de Pornographie Exclusive dans les tout prochains jour, en collaboration avec l'émission de radio WAVES. Stay tuned!

Pornographie Exclusive

Trouver la lumière dans les ténèbres…

Vous le savez : dans votre webzine favori, nous traquons sans relâche les nouveaux projets prometteurs avant qu'ils n'explosent. Musiczine a été parmi les premiers à vous parler de Whispering Sons et d'Eosine, pour ne citer que ces deux exemples. Eh bien, aujourd'hui, nous vous présentons une nouvelle pépite : Pornographie Exclusive. Ce projet est un duo, un couple aussi bien sur scène que dans la vie, composé de Séverine Cayron et Jérôme Vandewattyne. Sa musique fait voler en éclats les frontières entre les genres musicaux, en concoctant un mélange alchimique d'influences cold-wave, goth-rock, psyché, darkwave, shoegaze, krautrock, techno et indus, le tout sublimé par une dimension cinématographique. Les deux artistes sont également actifs dans le septième art : Séverine en tant qu'actrice et Jérôme, comme réalisateur (notamment, du film ‘The Belgian Wave’). Et, cerise sur le gâteau, Séverine joue merveilleusement du violoncelle, instillant aux concerts un souffle décidément épique, comme nous avons pu le constater 'de visu', au Café Central, il y a quelques mois. PE est, sans nul doute, l'une des grandes révélations de ces derniers mois en Belgique ; et 2025 sera l'année de son explosion sur la scène internationale. Musiczine a rencontré les deux musiciens, accompagnés par Yannick Franck, du label Antibody, qui produit le premier elpee, éponyme, du duo. L'interview a été organisée par l'émission de radio WAVES.

Merci de nous accorder cette interview ! Ma première question sera très simple. Pourquoi ce patronyme, ‘Pornographie Exclusive’ ?

Jérôme : D'abord parce que ce sont des mots antinomiques. Ils représentent bien la dualité de notre condition humaine. En plus, ça sonne très ‘cold wave’.

Oui : un nom commun plus un adjectif, c'est directement cold wave.

Séverine : Voilà. Ce sont deux mots qui sont sortis de façon un peu aléatoire. On aime bien la langue française, la sonorité des mots, même si on ne chante pas beaucoup en français. On a un faible pour les associations comme ça. On s'est dit : ‘Tiens, ça sonne bien ; c'est très fort.’

C'est presque un oxymore.

Séverine : Exactement. Et ce qui nous amuse, c'est de voir la réaction des gens alors que ce ne sont que des mots, des sonorités.
Jérôme : Les générations plus anciennes vont considérer 'pornographie' comme choquant, alors que pour les plus jeunes, ce sera plutôt...

Le terme 'exclusif', par opposition à 'inclusif' ?

Séverine : Oui, alors qu'on n'exclut personne.

J'avais ressenti le nom comme simplement une expression de votre duo : 'exclusif' vu que vous n'êtes que deux et 'pornographie' dans le sens où vous allez au bout des choses, sans limites.

Jérôme : C'est ça ! On est vraiment nus, l'un en face de l'autre et on ose tout. On est dans notre bulle et, comme tu dis, il n'y a aucune limite.
Séverine : Et en effet, on ne se cantonne pas à un style. On est extrêmement ouverts.

Dans un morceau comme “Cracks”, il y a un côté cold wave, même carrément gothic rock, et aussi un aspect shoegaze. En outre, on identifie une dimension cinématographique. C'est un mélange de dingue, en fait !

Jérôme : Oui, mais ce n'est pas calculé. On part d'une ligne de basse, puis on ajoute une suite d'accords et une envie de texte.
Séverine : Ce qui correspond aussi à un moment particulièrement intense de notre vie, lors d'un voyage à Berlin.

J'ai cru comprendre que l'album avait été composé dans des chambres d'hôtels ?

Séverine : C'est exact. C'était pendant le confinement. On ne pouvait pas sortir ; donc, à Berlin, on est restés confinés. Et comme on se déplace toujours avec notre mini-studio portatif, on a composé et enregistré le morceau dans la chambre de l'hôtel. 

Et c’est le sujet des textes ?

Jérôme : Non, les paroles parlent de la manière dont un être peut être toxique dans une relation ou même avec lui-même. La toxicité ne va pas que dans un sens. On parle toujours des pervers narcissiques, mais, en fait, la toxicité est quelque chose qu'on construit ensemble. Les textes traitent des fissures qui peuvent contaminer l'autre.

Je comprends bien ce point de vue. En fait, suivant l’adage : 'It takes two to tango'. Il faut être deux pour danser le tango. Et la fissure est l'endroit qui laisse passer la lumière...

Jérôme : Mais c'est exactement ça ! Notre projet, c'est précisément de trouver la lumière dans les ténèbres.

C'est le principe de l'alchimie...

Jérôme : Précisément.

J'ai aussi eu un énorme coup de cœur pour le morceau 'Kosmische Liebhaber', 'cosmic lovers' ! Comment est née cette compo et pourquoi l'utilisation de la langue de Goethe ? 

Séverine : On essaye toujours de capter un moment pour écrire et composer. Donc là, je voyageais en train pour me rendre en Suisse et c'était un long trajet. Aussi, comme j'étais en Allemagne, dans cet environnement germanique, j'ai eu envie d'écrire ces paroles pour mon amoureux en allemand. Comme un poème écrit à distance.

Les paroles commencent par ‘Du bist Das Feuer, ich bin der Ozean...’ Et ensuite ?

Séverine : ‘Wir kommen auf die Erde, Um liebe zu verströmenr L'idée, c'est que nous sommes des 'aliens' venus sur terre pour jouir, pour expérimenter la jouissance... C'est un poème sur le pouvoir de l'amour. A ce moment-là, à cause de la crise sanitaire, on avait vraiment l'impression d’appartenir à un autre monde. On se voyait comme deux amants qui viennent d'une autre planète et arrivent sur terre pour apporter de belles choses.
Jérôme : Et c'est ce morceau qui a inspiré le film devant lequel on joue maintenant lors de nos ciné-concerts.

Oui, c'est le long métrage ‘One-Way Ticket to the Other Side’...

Jérôme : Tout à fait ! Et le fil rouge des séquences du film, qui ont été tournées par différents réalisateurs, est représenté par deux personnages, des êtres intemporels qui traversent un monde apocalyptique.
Séverine : Ce sont un peu nos 'alter egos', qui portent des masques de vieillards. On ne sait pas qui ils sont vraiment. Tout est un peu dans un flou artistique. 

Précisons pour les lecteurs que chaque séquence du film correspond à une chanson et que les réalisateurs ne disposaient' que de 100 € de budget par clip.

Séverine : Oui, enfin, en théorie... 

Et ce concept, très intéressant, de jouer devant un écran, en formule ciné-concert, c'est une de vos trouvailles ?

Yannick : L'idée du ciné-concert n'est pas nouvelle. Mais l’originalité de celui-ci, c'est que le film ne préexiste pas, il n’appartient pas au patrimoine. Tout a été commandité et supervisé par le groupe. C'est une démarche tout à fait singulière mais qui lui correspond bien puisqu'ils sont à la fois dans la musique et le cinéma.
Jérôme : On va présenter ce concept le 8 février prochain à l'Espace Magh, à Bruxelles. (NDR : voir le lien en fin d'article).

Ce sera un événement à ne pas manquer ! Parlons maintenant un peu de votre background. Séverine, tu as commencé par un parcours classique.

Séverine : Totalement classique. Mon père est compositeur de musique néoclassique, contemporaine et ma mère est mélomane. J'ai commencé le violoncelle à huit ans et j'ai découvert énormément d'œuvres, que ce soit en solo ou au sein d'un orchestre. Et puis, j'ai arrêté. J'ai décidé de devenir comédienne. J'ai compris que je ne voulais pas continuer le violoncelle professionnellement. J'avais besoin d'un autre moyen d'expression. Donc, j'ai pris une pause dans ma pratique de cet instrument pour le retrouver, plus tard, comme moyen d'arrangement. Et au sein du duo, j'ai vraiment redécouvert le violoncelle.

Et le chant ? 

Séverine : Dans ma carrière, j’ai toujours chanté. Chez Valkø et auparavant, Auryn. C'était plus dans un style pop-rock. Les deux projets ont reçu pas mal de couverture dans les médias. Mais j'avais envie de quelque chose de plus rock, de plus énergique, de plus dansant.

Et de plus alternatif ?

Séverine : Absolument ! Et au sein de Pornographie Exclusive, j'ai tout cela. Et en plus, je rejoue du violoncelle.

Tu peux donc réconcilier le passé et le présent.

Séverine : Oui, et c’est ce qui fait notre différence.

L'idée de ne pas choisir l'un ou l'autre. De mettre tout sur la table et de tout mélanger.

Séverine : C'est venu petit à petit. Par exemple, dans la première version de “Icon”, il n'y avait pas de violoncelle. C'est en répétant, alors que le track était déjà mixé, qu'on a fait évoluer le morceau. D'abord, grâce à un riff de basse de Jérôme et ensuite, j'ai eu l'idée du passage au violoncelle. Et on en a conclu : ‘Mais il est là, le morceau !’

C'est vrai que la compo prend carrément une tout autre dimension à partir de deux minutes.

Séverine : D'habitude, on évite de remanier les morceaux, sinon, on ne sortirait jamais d'album. Mais dans ce cas-ci, on s'est dit qu'il fallait vraiment le retravailler.

Et en live, ce morceau déchire. Au Café Central, en mai dernier, c'était énorme.

Séverine : C'était épique, on va dire... (rires)
Yannick : Ce morceau a mis le feu ! Il y a une envolée lyrique, un souffle puissant.
Jérôme : D'où l'importance d’interpréter les compositions en 'live' avant de les bétonner définitivement.

Pour leur donner l'occasion de se développer ?

Jérôme : Lors du ciné-concert, on a un titre, “From Bridges View”, qui ne figure pas sur l'album. Et il a aussi beaucoup évolué. Au départ, il s’agissait d’une improvisation pour un interlude. Et un jour, alors qu'on tournait pour le film, du côté de Doel, en pleine nuit, un gang est arrivé, et ces types ont commencé à tout péter autour de nous. Après un certain temps, on a préféré partir. Mais plus tard, en regardant les images, on s'est dit qu'on avait filmé un vrai moment de cinéma, de façon imprévue. Conséquence, on a réécrit un dialogue et cet épisode nous a inspiré d'autres idées musicales. Sur cette base, on est reparti tourner d'autres séquences. Finalement, on a obtenu un moment audio-visuel magique.

Et ces morceaux-là, qui ne sont pas sur l'elpee, vous allez les sortir ?

Séverine : Oui ! On en a quatre qui sont déjà mixés. Ce sera un Ep bonus de “One Way Ticket...”

Cool. Grâce à ce film et à ce concept de ciné-concert, vous avez été sélectionnés pour des festivals, notamment en Allemagne, et à Montréal.

Jérôme : En fait, le film est une création en partenariat avec le festival d'Oldenburg organisé par Torsten Neumann et sa femme Deborah Kara Unger, l'actrice de ‘Crash’ de Cronenberg, et de ‘The Game’, de David Fincher. Ils nous ont donné carte blanche. On a donc travaillé en compagnie des réalisateurs liés à ce festival, certains qu'on connaissait, d'autres moins voire, pas du tout. L'idée était de réaliser ce projet en commun et on l'a mené à bien en quatre mois. Notre album constituait la base et ils ont tourné leurs séquences vidéo en s'inspirant de notre musique. 

Et comment avez-vous fait pour coordonner le tout ? Vous avez fourni un cahier des charges ?

Séverine : Non. Le lien est établi par nos deux personnages, les Cosmic Lovers. Jérôme a conçu tous les interludes entre les chansons. Ils présentent deux personnages masqués, qui sont dans une sorte de 'road trip'. Chaque morceau et chaque petit film propose un monde différent. Ce sont les interludes qui constituent le ciment du film et assurent la cohérence de l'ensemble.

Jérôme : C'est vraiment une expérience à vivre en 'live'. Justement, le public aura l’opportunité de découvrir le spectacle le 9 février prochain à 19h30, à l'espace Magh, à Bruxelles. A une certaine époque, à cet endroit, il y avait une boîte de nuit : le ‘Who's Who's Land’.
Séverine : A côté du Manneken-Pis.
Jérôme : C'est dans le cadre du festival 'Court Mais Trash', dont on assure le final. On combinera donc le 'release' de notre album via Antibody avec la première belge de notre spectacle et la clôture du festival.

Maintenant, on va parler de ton background, Jérôme. Ta famille était également très branchée musique, si je ne m’abuse.

Jérôme : Oui. Mon père était DJ amateur. Il passait tous ses week-ends à animer des soirées, principalement à l'Os à Moelle, à Schaerbeek.

Tiens ! Je participe régulièrement à des quiz musicaux dans ce cabaret.

Jérôme : J'ai grandi là-bas. C'est le plus vieux cabaret de Bruxelles. Il avait été créé par Jo Dekmine, du Théâtre 140. Les week-ends, on y passait beaucoup de temps, mon frère et moi. On a créé plusieurs groupes jusqu'à ce qu'on ait le nôtre, VHS from Space. J'ai commencé le solfège à cinq ans, mais j'ai très vite arrêté, car je n'aimais pas le côté académique… rigide. Au départ, je jouais du piano. Mais à douze ans, j'ai eu envie de me consacrer à la guitare électrique, pour jouer du rock'n'roll ou du punk. Ce qui est marrant, c'est qu'aujourd'hui, Séverine me ramène un peu vers la musique classique...

Vous vous êtes fertilisés l'un l'autre...

Jérôme : Oui, on s'est contaminés. Et pour un bien !  

Dans l'autre sens, Séverine, tu as découvert la musique plus 'dark' grâce à Jérôme.

Séverine : On partageait déjà des références. Surtout la BO de 'Lost Highway' de David Lynch. On avait été touchés par la musique, plus que par l'histoire. Ce sera le début de notre intersection musicale. Mais je connaissais quand même déjà des choses plus 'hard' comme Mr Bungle, Fantômas et des groupes comme Cure, les Pixies...

L'album Pornography” de The Cure, sans doute ? Ce n'est pas un hasard, ce mot 'pornographie' ? On suppose qu’il existe une filiation...

Jérôme : Oui, c'est quelque part grâce à l'album de The Cure qu'on a osé insérer le mot 'pornographie' dans notre nom. Mais ce n'était pas un hommage à ce groupe, qu'on aime beaucoup par ailleurs.

Le son de Pornography” est juste énorme. En imaginant un son pareil pour votre musique, ce serait encore plus impressionnant.

Séverine : Oui, on peut imaginer le résultat ! Nous, évidemment, on est totalement en autoproduction. Et puis, j’ai pu concrétiser un rêve, celui de produire un album. J'adore le côté geek / ordinateur / plug-ins, etc.

C'est étonnant. On s'imagine toujours que c'est l'homme qui incarne le geek du groupe.

Jérôme : Dans PE, c'est elle, la 'geekette'... (rires)

Voilà, le néologisme est déposé...

Séverine : Oui, dans notre cas, c'est vraiment mon truc, quoi. C'est mon dada ; je peux vraiment passer des heures à bidouiller...

Donc, vous n'êtes pas allés dans un vrai studio ?

Séverine : Si, pour le mixage. 

Mais vous n'avez pas réenregistré les tracks en studio ?

Séverine : Simplement les cordes pour “Invitation to a Suicide”.
Jérôme : Tout a été entièrement enregistré dans des chambres d'hôtel. Ce qui explique pourquoi c'est de l'électro-rock. Il aurait été impossible d'enregistrer une batterie dans une chambre d'hôtel.
Séverine : Tout est réalisé à l’aide de plug-ins, y compris les amplis, les batteries, et évidemment les synthés.

Justement, au début de Invitation To A Suicide”, une reprise de John Zorn, il y a des plug-ins synthés de dingue ! Ils me font penser à Tangerine Dream, à Popol Vuh... Il y a même des sons de mellotron.

Yannick : C'est très rare, de rencontrer un groupe à l’identité très 'wave' et qui, dans le même temps, est ouvert à une forme de psychédélisme et au côté répétitif du krautrock.
Jérôme : Tu cites Popol Vuh, et bien justement, certains de leurs morceaux ont été repris par Werner Herzog dans ses films. Ce genre de musique confère un élément, une atmosphère 100% cinématographique. C'est à nouveau un signe que l'on refuse les étiquettes. On a juste envie de voyager, de créer des sensations.
Yannick : C'est comme Tangerine Dream, dont la musique figure dans le film “Sorcerer” de Friedkin.
Jérôme : Tout à fait ! L'idée, c'est de ne pas imposer de limites. Et donc, par rapport à mon parcours, à côté de la musique, je fais également du cinéma. Et Séverine est comédienne. Donc, on transite toujours de l'un à l'autre. Le cinéma inspire notre musique et la musique reflète un côté cinématographique.

Pour les lecteurs, on précise que tu as réalisé ‘The Belgian Wave’, dont Yannick a créé la musique. Un long métrage qui a fait grand bruit au cours des derniers mois.

Jérôme : Il a été programmé au cinéma ‘Aventure’, à Bruxelles et, vu le succès, il a été 'prolongé' un nombre incalculable de fois.
Séverine : Si on n’avait pas dit 'stop', il aurait été programmé à l'infini (rires) !
Jérôme : Et juste avant, j'avais réalisé ‘Spit'n'split’, un film qui suivait la tournée de The Experimental Tropic Blues Band.
Yannick : À voir absolument. J'avais invité Jérôme dans l'école où je donne des cours, à l'ESRA à Bruxelles et les étudiants m'en parlent encore aujourd'hui. L'approche de Jérôme les a inspirés. On croit toujours qu'il faut des moyens énormes pour tourner des films. En fait, tu prends un vieux caméscope et tu filmes dans la rue, tout simplement, et tu testes un peu ton rapport au monde. Tu te confrontes à l'acte cinématographique et on voit très vite ce que tu as dans le ventre. On n'a pas besoin d'une tonne de matos, de 'steady-cam', de travellings. Il suffit d’adopter la méthode de Jérôme : réaliser un film à l'aide d'un appareil photo cassé.
Séverine : Et un objectif de caméra de surveillance...

A propos, le groupe existe encore ?

Séverine : Oui ! Il va sortir un nouvel album. On travaille un peu comme eux. On a aussi cette envie de DIY (Do it yourself) ... Être mobiles et surtout libres !
Jérôme : Faire les choses passionnément, sans avoir quelqu'un au-dessus de toi pour te donner des directives. Comme l'a dit Yannick : c'est là où on voit ce que tu as dans les tripes. C’est pourquoi j'adore les premiers films des réalisateurs. Quand ils sont débutants, ces films sont plus touchants et plus profonds. Par la suite, ils deviennent plus formatés. Par exemple, je joue sur une basse à 60€. Une basse chinoise.

Et pourtant, elle sonne super bien !

Jérôme : Le son, c'est surtout dans les doigts...
Séverine : Et dans l'intention. En ce qui concerne mon violoncelle, c'est différent. Pour qu'un violoncelle sonne, il doit être bon. Le mien, ça fait plus de 20 ans que je l'ai. On ne peut pas tricher. Il faut de la bonne qualité sinon ça sonne comme une casserole... On a également une bonne carte son. Les préamps sont bons. C'est une petite interface RME, mais elle donne de très bons résultats. On a enfin un micro-chant qui n'est pas cher, mais d'un niveau assez élevé : un Audio-Technica AT 2035. C'est un micro que Billie Eilish utilisait lors de ses premiers enregistrements, donc...
Jérôme : Il coûte environ 180 €, ce qui est très abordable. En blind test, il est comparable à un Neumann U87 à plus de 2 000 boules.
Séverine : Voilà, donc, en termes de qualité-prix, on a quand même du bon matos. Et puis, on a surtout un large spectre de ressources, car si Jérôme maîtrise la guitare, la basse, le chant et les claviers, je joue du violoncelle, du clavier et je chante. C'est une large palette !

Et ta guitare, Jérôme, a un son qui peut se révéler 'métal', un peu 'hard', mais souvent aussi très clean. Dans le genre des Shadows ou de certaines musiques de film. Elle sonne presque comme un glockenspiel.
Jérôme :
Mon éducation y est sans doute pour quelque chose. Mon père jouait dans un groupe de reprises des Shadows...

J'ai tapé dans le mille, apparemment...

Jérôme : Ce qui nous plaisait dans la soundtrack de “Lost Highway”, c'est la diversité. Lynch et Trent Reznor ont prouvé qu'il était possible de créer des BO comprenant aussi bien du Lou Reed ou du Marylin Manson, que du free jazz ou de la musique cubaine. Et je vois une cohérence dans tout cela. On adore écouter énormément de musiques, se nourrir des plus variées. Et après, on assimile le tout pour élaborer notre propre son.

Dans la palette, on a évoqué le côté classique et cold wave, mais il y a aussi la face Nine Inch Nails.

Jérôme : Oui, 'indus'. Trent Reznor est un grand monsieur. Je me réjouis de savoir qu’un gars pareil pouvait décrocher un Oscar pour la meilleure BO. Et tout en restant intègre. Il a même fait du Pixar ! Par exemple, la soundtrack du film ‘Soul’.

Oui ! Ce film est extraordinaire. Un pur chef-d'œuvre !

Yannick : Il y a aussi Lustmord, qui compose également des BO de films hollywoodiens.

J'aimerais qu'on aborde maintenant pour sujet, la reprise, que vous avez réalisée, de “Invitation To A Suicide”, de John Zorn.

Séverine : C'est un morceau tiré de la BO du film qui porte le même nom.

Ce qui m'a frappé, c'est le riff de guitare. Il me rappelle “Tubular Bells”, de Mike Oldfield, dans la BO de ‘L'Exorciste’. Il y a vraiment des dizaines de musiques de films qui sont basées sur...

Séverine : ...sur des ritournelles...
Yannick :  ...et des signatures rythmiques bizarres.
Séverine : On s'est un peu cassé la tête pour concrétiser ce projet.
Jérôme : On avait envie d'être prisonnier d'une mélodie-ritournelle comme celle-là, pour essayer de la comprendre, de la maîtriser, de la dompter. Donc, même quand la signature rythmique change, on essaie de conserver un beat...

Oui, le beat de la boîte à rythmes reste identique et il y a un décalage mais à la fin du cycle, il se récupère.

Jérôme : En effet. La ritournelle possède un côté mécanique et on voulait que les gens puissent continuer à danser dessus, à suivre le beat. C'est ainsi qu'on s'est approprié le titre. Au départ, c'était juste un exercice de style, mais à la fin, on en a conclu que le morceau méritait parfaitement sa place dans l'album. Et puis, Yannick nous a rappelé qu'il fallait qu'on ait l'autorisation pour sortir cette reprise. Et il a réussi à contacter John Zorn...
Yannick : En fait, je connaissais Martin Bisi, qui s'occupe du BC Studio, à New-York. Un studio culte où ont été enregistrés des albums célèbres de Sonic Youth, de Herbie Hancock, comme par exemple, le fameux “Rock It”. Pour la petite anecdote, un jour, je me retrouve dans ce studio, qui est situé dans le quartier Gowanus, à Brooklyn, et je vois des 'reel-to-reels', des bobines, qui trainent par terre dans des caisses. Je demande ce que c'est et on me répond que ce sont des impros de John Zorn. Plus tard, j'ai fait le lien et j'ai donc tout de suite demandé à Martin les coordonnées de John Zorn. Cinq minutes plus tard, il m'envoie l'adresse e-mail privée du réalisateur, lequel a répondu très vite à mon message, en écrivant : ‘Votre reprise est très belle, vous avez ma bénédiction. Envoyez-moi des exemplaires du disque quand il sort...’
Séverine :
C'était énorme de recevoir sa bénédiction.
Yannick : Séverine et Jérôme peuvent être fiers d'avoir été adoubés de cette manière par le Maître. Parce qu'il doit en recevoir beaucoup, des demandes de ce genre. Et c'est d'autant plus remarquable, que la composition originale a quand même été profondément retravaillée, dans un style plus alternatif.
Séverine : Si on avait juste reçu son accord, sans jugement positif sur le morceau, on aurait déjà été contents. Mais là, on ne s'attendait vraiment pas à un retour aussi chaleureux.
Yannick : C'est allé très vite et c'était très enthousiaste.
Séverine : On avait un peu peur parce qu'on avait quand même adopté un son très techno-psyché, basé sur un gros beat et des grosses montées de synthés.
Jérôme : Mais, vers la fin, les violoncelles reviennent et apportent une certaine douceur. Et puis, de toute façon, n'oublions pas que John Zorn, c'est aussi “Funny Games”. Il est aussi lié à Mike Patton, de Faith No More. Il représente une forme de liberté musicale qui nous correspond bien. Donc, nous semblait logique d’inclure la reprise sur l'album. Tout en démontrant aussi qu'on n'est pas seulement dans la cold wave...

L'opus est très varié ! On peut aussi épingler “Electric Blue” et le morceau chanté en français...

Séverine : “Pire que la Douleur”...
Yannick : C'est pour cette raison qu’il est sur Antibody. Ce n'est pas un label orthodoxe. Quand on sort de la cold wave, c'est de la cold wave produite par un Libanais ou un Marocain, des mélodies levantines et un mix de beaucoup d'influences. Ce n'est pas un label de puriste, au contraire. Donc, j'ai une certaine fierté de sortir l'album de PE. Comme on est amis, on s'est posé la question de savoir si c'était le bon choix. Et finalement, il s'avère que c'est le bon endroit, précisément parce que le projet est inclassable et dispose d'une véritable singularité. En parfaite adéquation avec leur nature en tant qu'êtres humains et qu'artistes.
Jérôme : Et c'est la même chose pour nous, dans l'autre sens. Il était judicieux de le sortir sur le label de Yannick et on est vraiment très fiers. Ça symbolise vraiment beaucoup pour nous.

D'autant plus que vous partagez aussi la passion du cinéma.

Jérôme : Tu sais, nous, on était prêts à le sortir seul, en mode indé et puis on l'a envoyé à Yannick et c'est tombé dans les oubliettes.
Séverine : Pendant un mois ou deux, pas de nouvelles... (rires)
Yannick : Je procède toujours de cette manière…
Jérôme : Vu qu'on est amis, on n'osait pas le relancer, en se disant que peut-être, il était gêné de nous avouer qu'il n'aimait pas. Et puis, mon téléphone a sonné. Il a déclaré : ‘Mais c'est incroyable ! Vous ne voulez pas le sortir sur Antibody ?’ On en a conclu que l’idée était géniale ! Et voilà, maintenant, on a ce côté 'team' et c'est hyper important aujourd'hui de se serrer les coudes. Donc, Yannick, je te renvoie la fierté que tu ressens. On est vraiment ravis d'être dans un label indépendant comme Antibody. C'est hyper important pour nous.
Séverine : C'est une forme de résistance.
Yannick : Dans un monde corrompu à ce point, il faut placer le cœur au centre de tout. La corruption des consciences est telle que si tu ne traces pas ton parcours avec des liens humains, qui ont du sens, ça ne vaut même pas la peine.
Jérôme : Le sang et le sens...

Voilà. Merci beaucoup pour l'interview ! C'était super et on vous souhaite beaucoup de chance. En tout cas, en ce qui me concerne, je connais déjà mon album préféré de 2025 dans la catégorie des productions belges.

Jérôme & Séverine : Merci beaucoup !

Pour écouter l'interview en podcast de l'émission WAVES (avec, en bonus, les sélections de PE), c'est ici.

Pour écouter et acheter l'album de PE, c'est .

Pour acheter les tickets pour le ciné-concert du 9 février à l'Espace Magh, à Bruxelles, c'est encore ici

Crédit photo : Olivier Donnet (Facebook et Instagram)

Charles East

Dislocated

Écrit par

« Dislocated » constitue le premier elpee de l’artiste sud-africain Charles East. Pour l’enregistrer, il a reçu le concours de du multi-instrumentiste Jo Ellis (guitare, basse, batterie) et de plusieurs invité(e)s dont la violoncelliste Lliezel Ellick et la vocaliste Eva O (Christian Death, Shadow Project, Eva O Halo Experience, Super Heroines) sur « Resting in my Blood ». 

Quelque part entre post punk, goth rock et doom metal, sa musique est à la fois viscérale et funèbre, oscillant de la tendresse au désespoir en passant par la fureur.

Toutes les plages sont tramées sur des accords de piano puissants et malaisants, sur lesquels il vient poser sa voix chevrotante, très susceptible de rappeler celle de Matthew Bellamy (Muse).

L’opus s’ouvre par l’excellent et lyrique, « It holds my viscera subtitulada » (le clip est disponible ici). Malheureusement, au fil du temps, le climat devient de plus en plus oppressant, avant de provoquer une forme d’exaspération…

Podcast # 66 émission Inaudible (cliquez sur le logo ci-dessous)

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