Le futur de The Lost Wave

Basé à Anvers, The Lost Wave réunit des musiciens belges, néerlandais et espagnols. Cette identité transfrontalière irrigue une musique ouverte, sincère et fédératrice. Le 28 août 2026, la formation publie Becoming, un premier EP de cinq titres retenus parmi…

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Darkness comme du chocolat noir…

Tender Ender vient de partager « Darkness », un nouveau single accompagné d’un clip qu’il a lui-même réalisé, offrant un premier aperçu de son futur deuxième album, « Red Kites », dont la sortie est prévue le 13 novembre 2026. Construit autour du son…

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Jethro Tull

Living in the past… mais pas seulement…

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Pas de supporting act ce soir au Cirque Royal : le légendaire groupe de Ian Anderson occupe la scène d’entrée de jeu. Pour votre serviteur, il s’agit d’une toute première rencontre en direct avec Jethro Tull. On sait que Ian Anderson, figure de proue du groupe, n’hésite pas à critiquer certains comportements du public, en particulier l’usage intempestif des téléphones portables et les interruptions sonores déplacées. Force est de constater que son vœu est respecté à 98 %. Le concert s’inscrit dans la tournée ‘The Seven Decades : The World Tour’, une célébration de 58 années de musique et d’histoire, portée par l’énergie intacte d’Anderson et de ses musiciens.

Fondé en 1967 autour de son frontman et flûtiste écossais Ian Anderson, Jethro Tull demeure un ovni incontournable du rock britannique après près de sept décennies d’existence. Anderson est le premier à avoir intégré la flûte dans un univers dominé par les guitares saturées, et il en fait encore aujourd’hui son arme de scène, grâce à un chant saisissant et une présence toujours aussi théâtrale. Alors que nombre de groupes historiques se reposent sur leur gloire passée, Jethro Tull, désormais concentré autour de la vision d’Anderson, reste d’une activité remarquable. Ces dernières années, le groupe a enchaîné trois albums : « The Zealot Gene », « RökFlöte » et le tout récent « The Curious Ruminant ». Tous figurent dans la setlist actuelle, même si, naturellement, ils s’inclinent face aux monuments intemporels du répertoire que sont « Aqualung » et « Thick As A Brick ». La discographie regorge de classiques que le public réclame sans relâche et que le combo délivre généreusement. Au-delà de ces hommages au passé, Ian Anderson a tenu à mettre en avant « The Curious Ruminant », dernier chapitre de la saga Tull. Le long playing, qui réunit 9 titres oscillant entre 2 minutes et près de 17 minutes, mêle folk rock, textures acoustiques et réminiscences progressives. Une manière de renouer avec l’héritage foisonnant des années 1970, tout en affirmant que Jethro Tull est loin d’avoir dit son dernier mot. Aujourd’hui encore, à 78 ans, Ian Anderson assure toujours le spectacle. Il tire toujours parti de son style vocal particulier et de ses performances impressionnantes. Il n’a aucunement perdu la voix : elle demeure presque identique à celle de ses débuts.

Le concert commence légèrement en retard, dans une salle comble. Le groupe est en pleine forme et semble prendre autant de plaisir que le public. Jethro Tull a de quoi remplir une soirée entière de classiques, d’« Aqualung » (qui sera le rappel, où tout le monde pourra filmer et prendre des photos souvenirs) à « Thick As A Brick ». C’est exactement ce que les spectateurs attendaient, et la formation tient ses promesses.

Les musiciens prennent place. Le seul changement notable est le remplacement du guitariste Joe Parrish par le nouveau venu Jack Clark. Pour le reste, le line up demeure inchangé depuis la reformation de 2017. Soit Dave Goodier à la basse et John O’Hara aux claviers – tous deux présents depuis 2007 – ainsi que Scott Hammond aux drums. Ensemble, ils soutiennent avec constance et virtuosité l’inimitable Ian Anderson. Certes, sa voix n’a plus l’amplitude d’antan et ses facéties scéniques se sont un peu assagies, mais il reste fascinant à regarder. Vif, excentrique et étrangement charmeur, flûte en main, il mène la charge avec ce grain de folie qui fait sa marque de fabrique. Par moments, il s’accompagne aussi d’une petite guitare semi-acoustique, ajoutant une touche d’intimité à l’ensemble. La folie typiquement anglaise d’Anderson est, bien sûr, le point central, mais la véritable star du spectacle est la musique elle-même. Les chansons de Tull sont complexes et exigeantes, mais le combo actuel leur rend justice. Leur jeu est détendu sans jamais être relâché, précis sans paraître stérile. Si l’on a un reproche à faire – et l’on en a toujours – c’est que ce spectacle est encore une fois exclusivement assis, ce qui donne plus l’impression d’une soirée au théâtre que d’un concert de rock. Certains morceaux sont vraiment rock, beaucoup sont très dansants, et même les morceaux folk incitent à bouger. On aurait aimé pouvoir se lever et se déhancher un peu. Mais vu que l’âge médian du public était probablement égal, voire supérieur, à celui des membres du groupe (et que certains spectateurs étaient même assez jeunes), une configuration debout aurait peut-être présenté des risques médicaux.

Le show se déroule en deux parties.  La première s’ouvre par « Beggar's Farm », issu du premier album This Was (1968). Très marqué par le blues, teinté de rock et d’expérimentations qui paraissaient audacieuses à l’époque mais semblent aujourd’hui presque convenues, le morceau prend vie grâce à la flûte de Ian Anderson, magistralement exécutée tandis qu’il arpente la scène avec son énergie caractéristique. Du même elpee, vient ensuite « Some Day the Sun Won't Shine for You » : Anderson, touche-à-tout éclectique, insuffle au morceau un parfum de folk-blues où la flûte, parfois approximative mais toujours audacieuse, trouve toute sa place. L’harmonica complète l’ambiance, ancrant le blues au cœur du concert. Le public est ensuite emporté vers « A Song for Jeffrey », toujours tiré de « This Was ». Les visuels projetés en arrière-plan enrichissent l’atmosphère et plongent la salle dans l’univers de chaque chanson. Puis le monumental « Thick as a Brick », extrait de l’album éponyme de 1972, véritable concept-album de rock progressif, embraie. Plus complexe et éclectique que les œuvres précédentes, il demeure proche, dans l’esprit, d’« Aqualung ». Véritable pierre angulaire du groupe, ce morceau phare confirme le statut de « Thick as a Brick » comme l’un des chefs-d’œuvre incontournables de Jethro Tull.

Retour ensuite à « Aqualung » (1971) à travers « Mother Goose ». Premier disque où le groupe affirme pleinement son identité rock-folk-hard-progressive, « Aqualung » alterne entre pièces acoustiques délicates, proches de Cat Stevens ou de « Led Zeppelin III », et morceaux plus puissants tels que le titre éponyme » ou « Locomotive Breath ». C’est l’un des long playings les plus aboutis et emblématiques du band. Le voyage se poursuit par « Songs from the Wood » (1977), titre éponyme du long playing où Tull revient au folk-rock, riche en sonorités bucoliques et en arrangements progressifs. La première partie s’achève sur « Bourrée in E Minor », adaptation virtuose de Bach devenue l’un des classiques de la formation.

Après une pause de vingt minutes, la reprise s’effectue par « My God » (« Aqualung »), porté par un blues habité et des chœurs épiques. S’ensuit un petit instrumental inédit, puis le public découvre « The Zealot Gene », extrait du dernier opus paru cette année. Jethro Tull y démontre qu’il sait se renouveler sans jamais renier ses racines.

Enfin, le final explose lors des incontournables « Budapest », « Aqualung » et, en rappel, l’inévitable « Locomotive Breath ». Une claque musicale qui rappelle que Jethro Tull, à l’instar de Yes ou de Pink Floyd, reste un groupe intemporel, traversant les âges sans perdre ni son ingéniosité ni sa puissance créative.

Setlist :

Première partie

« Beggar's Farm », « Some Day The Sun Won't Shine for You », « A Song For Jeffrey », « Thick As A Brick », « Mother Goose », « Songs From The Wood », « Weathercock », « The Navigators », « Curious Ruminant », « Bourrée In E minor » (Johann Sebastian Bach cover).

Deuxième partie

« My God », « The Donkey and the Drum », « The Zealot Gene », « Over Jerusalem », « Budapest », « Aquadiddley », « Aqualung ».

Rappel : « Locomotive Breath »

(Organisation : Greenhouse Talent)

 

Ancienne Belgique (Bruxelles) : les nouveaux concerts (update 10/09/2025)

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ven. 10 oct. |
Abrupt x Nebula

lun. 26 janv. |
Alfa Mist: Roulette - live tour

mar. 27 janv. |
Nusantara Beat

dim. 08 févr. |
Ronker

mar. 17 févr. |
Whitney

ven. 27 févr. |
The Paper Kites

mar. 03 mars |
Of Monsters and Men

mar. 10 mars |
Tyler Childers

ven. 13 mars |
LeBlanc

sam. 18 avr. |
Hiqpy

lun. 11 mai |
Blue

sam. 31 oct. |
Les Truttes

http://www.abconcerts.be

 

Pendragon

Au-delà d’un simple voyage nostalgique…

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Formation emblématique du rock néo-progressif britannique, Pendragon investit ce mardi 9 septembre les planches du Zik-Zak à Ittre pour une soirée attendue par toute la communauté prog. Considérée comme mythique, la formation menée par Nick Barrett attire une foule enthousiaste, le concert affichant complet. Et étonnant, en débarquant devant la salle, le tour bus occupe la moitié du parking.  Pour la seconde fois sur l’estrade du Zik-Zak, le band promet un voyage musical intense, porté par l’énergie renouvelée de Rog Patterson à la guitare à douze cordes. Toujours fidèle à son esprit progressif, le groupe continue de marquer l’histoire du genre, offrant à l’auditoire une expérience inoubliable sous le signe de la passion et de l’excellence.

La première partie est assurée par le guitariste de Pendragon, Rog Patterson, reconnu pour son jeu de guitare à douze cordes et ses textes percutants. Ancien manager de tournée et collaborateur de longue date du combo, il est parvenu à enflammer la foule en dispensant un set folk convaincant avant de retrouver le band sur les planches (page 'Artistes ici).

Setlist : « Ergo Sum », « Gondwanaland », « Vital Signs », « Flightless ».

Depuis trois décennies, Nick Barrett façonne la prog sous l’étendard de Pendragon. Ce quatuor principal — Nick Barrett (chant, guitare), Clive Nolan (claviers), Peter Gee (basse) et Jean-Vincent Velazco (batterie) — accueille Patterson à la guitare et deux choristes, qui enrichissent parfois les arrangements par la flûte et le violon. Chacun imprime sa marque : Barrett séduit par ses solos lyriques et sa voix chaleureuse, Nolan enveloppe l’auditoire de nappes majestueuses, Gee insuffle une basse à la fois mélodique et robuste, tandis que Velazco ancre l’ensemble sous une rythmique précise et dynamique. Les voix et instruments additionnels confèrent une profondeur inattendue à la formation.

La soirée s’ouvre sur une interprétation intégrale de l’opus « The World » (1991), véritable tournant dans la trajectoire du band, comme le souligne Barrett sur le podium. Ce disque marque l’émancipation du combo, qui s’affranchit des premiers espoirs du néo-prog des années 1980 pour s’affirmer par une identité singulière. « Back in the Spotlight » lance le set sous une énergie éclatante, suivi par l’exubérant « The Voyager ». « Shane and Prayer », plus introspectif, installe une atmosphère empreinte d’émotion, tandis que la trilogie « Queen of Hearts » se déploie tel un mini-opéra rock. Le dernier morceau, « And We'll Go Hunting Deer », plonge la fosse dans un silence feutré, illustrant la capacité du sextuor à captiver autant par la subtilité que par la grandeur. Après ce long playing fondateur, la formation explore d’autres facettes de sa discographie.

Un « King of the Castle » acoustique (« Not of This World », 2001) distille une ambiance intimiste, avant que le band ne retrouve toute sa puissance pour offrir « Eternal Light » (« Not Of This World », 2001) et surprendre l’auditoire par un retour à « Kowtow » (« Kowtow », 1988), plus lourd et vibrant sur l’estrade que sur vinyl. « Alaska » (« The Window of Life », 1993) déferle telle une vague d’énergie, suivie de nouveaux joyaux comme « 360 Degrees » et « Explorer of the Infinite » (« Love over Fear », 2020).

Le moment fort survient lorsque la foule plébiscite « Indigo » (« Pure », 2008) au détriment de « Paintbox ». Son intensité sombre envahit la salle, témoignant de la volonté du combo d’adopter la spontanéité et de tisser des liens auprès de ses fans. « Afraid Of Everything » (« Love over Fear », 2020) conclut le set principal sur une note à la fois fragile et enivrante.

En rappel, « Breaking The Spell » (« The Window Of Life », 1993) offre un final majestueux : la guitare s’exprime avec émotion, les claviers luxuriants s’entrelacent à une section rythmique précise, tandis que les voix et instruments additionnels aboutissent à un climax puissant.

Ce que Pendragon a proposé au Zik-Zak dépasse largement le simple voyage nostalgique. La formation rayonne par sa vitalité, son élégance et sa pertinence, déroulant un set qui retrace plus de trente ans de création musicale. Dans une salle quasi comble, à l’acoustique remarquable et à l’ambiance chaleureuse, leur prestation rappelle pourquoi Pendragon demeure l’un des grands survivants — et innovateurs — du rock progressif. Le sextuor a livré une performance magistrale, mettant en lumière son évolution musicale et la virtuosité de ses membres.

Setlist :

The World : « Back in the Spotlight », « The Voyager », « Shane », « Prayer », « Queen of Hearts, Part I », « Queen of Hearts, Part II » : ...A Man Could Die Out Here...

Queen of Hearts, Part III : The Last Waltz

And We'll Go Hunting Deer

Acoustique : « Fall Away », « The King of the Castle ».

Full band :« Not of This World, Part 3 : Green Eyed Angel », « Kowtow »

Rappel : « Water »

(Organisation : Zik-Zak et Rock Nation)

Clock DVA

Réédition du premier opus de Clock DVA

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Clock DVA a annoncé la réédition remasterisée de son premier album, « White Souls in Black Suits », disponible pour la première fois en 35 ans. Initialement paru en 1980, sous forme de cassette limitée, sur Industrial Records, l’opus sera réédité le 7 novembre 2025 en vinyle gris et CD, avec quatre titres bonus de la même époque.

Formé à Sheffield en 1978, Clock DVA a rapidement créé une alchimie sonore unique, inspirée par la science-fiction, le constructivisme russe et la littérature beat. Son premier long format, enregistré en une seule journée, est sombre et inquiétant, avec des guitares stridentes et des explorations sonores électroniques. La formation s'est forgé une réputation féroce en tant que l'un des groupes live les plus sauvages et imprévisibles de Sheffield.

Le long playing présente un line up impliquant Adi Newton (voix, synthé, clarinette, guitare électrique archet et traitement de bande), Steven James Turner (traitement de basse), David J. Hammond (traitement de guitare), Charlie Collins (saxophone, flûte et percussion), Roger Quail (percussion) et Simon M. Elliott-Kemp (synthé), et a été enregistré au studio Western Works de Cabaret Voltaire. La chanson « Anti-Chance » est issue d’une collaboration directe avec Cabaret Voltaire.

« Consent » est en écoute

 

 

GIÖBIA

Le psychédélisme spatial de GIÖBIA

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Groupe de rock acide et psychédélique milanais, GIÖBIA sortira son sixième album studio, "X-ÆON", le 17 octobre. Issu de cet LP, le morceau "1976" (en écoute ic) s'inspire de l'énergie conflictuelle du Festival de la Jeunesse Prolétarienne au Parco Lambro à Milan. L'elpee explore des dimensions sonores plus lourdes et immersives, mêlant psychédélisme tourbillonnant et grooves expansifs avec des échos du rock spatial des années 70.

Depuis la sortie, à ses débuts en 2009, de l’opus avec "Hard Stories", GIÖBIA a gravé plusieurs long olayings influents, dont "Introducing Night Sounds" en 2013, "The Magnifier" en 2016, "Plasmatic Idol" en 2020, et "Acid Disorder" en 2023. La formation a également collaboré avec The Cosmic Dead pour l'album "The Intergalactic Connection – Exploring The Sideral Remote Hyperspace" en 2021.

Debout Sur Le Zinc

La mémoire électrique de Debout sur le Zinc

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La sensation que cette nouvelle production, bien léchée, a un réel potentiel pour parler autant aux fans de longue date qu’aux nouveaux venus. Le disque se renouvelle beaucoup au fil de l’écoute, notamment grâce aux deux voix lead différentes, et l’on est assez loin de l’image de « chanson festive » qui colle parfois trop à la peau du projet. Les retours des médias sont positifs.

Effectivement, considéré parfois comme discret, le groupe a pourtant su se renouveler et occupe encore une place de choix dans l’Hexagone, fédérant toujours un public nombreux après trente années de scène et plus de 2000 concerts. En témoigne notamment le concert parisien à venir à La Cigale (14/02/2026), déjà quasi complet ! Ce nouvel album interroge la mémoire, le temps et la quête d’un nouveau souffle dans le tumulte de l’époque. C’est un tout nouveau voyage incandescent, dont chaque chanson est une étape : un souffle pop intemporel, sans complaisance ni posture.

Refuser la mascarade, préférer la sincérité tranquille aux cris factices : voilà l’élégance cachée de cette chanson. « Je ne manque pas de cœur » est un éclat d’authenticité dans un monde de faux-semblants. Simon Mimoun – auteur.

En trois tableaux allégoriques, l’animation illustre le combat dichotomique que se livre l’auteur de la chanson. Pris au piège d’un mécanisme implacable et tiraillé entre son désir de liberté et son envie de plaire, il navigue comme la méduse entre l’ombre et la lumière. Damien Pelletier – réalisateur du visualizer.

La formation enchaînera ensuite par une tournée hexagonale 2025-2026 de plus de trente dates, et un concert parisien à marquer dans son agenda : La Cigale, le 14 février 2026.

Le single « Ferme Les Yeux » est disponible sous forme de clip ici et celui au consacré à « Je Ne Manque Pas De Cœur »  

Pour les précommandes pour l’album en format Vinyle / CD, c’est ici

Concerts Peter Verstralen Agency (update 6/09/2025)

Écrit par

15 février 2026 - CORY HANSON - Cactus, Bruges

04 octobre 2025 - STEVEN DE BRUYN & JASPER HAUTEKIET - Arscène, Hansbeke

https://peterverstraelen.com/

Fishbach

Val Synth

Comme une extravagance rétrofuturiste...

Flora Fishbach, la belle rebelle des Ardennes, nous revient ; et elle n'en fait qu'à sa tête... qu'elle a très jolie, au demeurant. Sa dernière lubie ? Les 'arpeggiators' de synthés, à la Georgio Moroder, arrangés comme une techno discoïde, sur laquelle elle vient placer une voix à mi-chemin entre Klaus Nomi et Mylène Farmer. Le tout baigné dans une nostalgie années '80 truffée de nappes synthétiques et de sons hyper-kitsch.

Pourtant, c'est sur une chanson traditionnellement pop, qui rappelle les albums précédents de l'artiste, que s'ouvre “Val Synth”. On déguste ce subtil mélange de mélodies hyperromantiques et d'harmonies sophistiquées qui constitue la marque de fabrique de Flora. Mais, dès la deuxième plage, “Comme Jean Reno”, la chanteuse rebat les cartes et innove.

Cette plongée dans les profondeurs s’ouvre sur une phrase qui résonne tel un mantra : ‘Je plonge dans les abysses comme Jean Reno’. Et, ô merveille, l’acteur français, icône intemporelle du ‘Grand Bleu’, s’invite dans cette aventure sonore pour un 'featuring' aussi inattendu qu’inspiré. Quant à la musique, elle s’élève comme une vague irrépressible, nous ramenant avec délectation aux échos glorieux de la new wave. Les rythmiques pulsantes évoquent les émois électrisants de Bronski Beat, tandis qu’un break audacieux dévoile un hommage subtil, presque clandestin, à Moroder. Là, surgissent les voix, qui semblent murmurer l’écho de “I Feel Love”, portées par des chœurs célestes qui ouvrent une brèche vers un univers mystique, où les étoiles dansent avec les âmes errantes. Une pure merveille !

Dans “Des Bêtises” (‘part 1’), Flora poursuit dans la veine disco-pop, convoquant des accents très ‘myléniens’ et même, à un moment, une guitare acoustique ! La deuxième partie (‘part 2’) de la chanson en est le prolongement cinématographique, principalement instrumental, comme un clin d'œil adressé à Sébastien Tellier. “Meryl Streep libre” prolonge la rêverie dans un style plus ‘ambient’, bande-son mélancolique portée par un bouzouki oriental, des claviers 'dx7' et une mélopée délicieusement onirique.  

Mais ce calme est de courte durée. “La Machiavela” fait exploser le tout dans une extravagance lyrique complètement hystérique. Un beat répétitif, des nuées de notes synthétiques, et au-dessus, planent des vocalises audacieuses au cours desquelles s'entrecroisent l'opéra-bouffe, les folklores loufoques, Rita Mitsouko, Nina Hagen et les Sparks.

L'opus se clôture sur “Mon Copain”, une deuxième chanson pop plus ‘traditionnelle’ et un nouvel OMNI (Objet Musical Non-Identifié), “Dulcimers”, une bombe instrumentale technoïde qui fonce comme un séquenceur à plein régime. Entre synth-wave et bande-son futuriste, la composition laisse présager de prestations ‘live’ carrément orientées ‘clubbing’, au cours desquelles la sombre prêtresse fera résonner les âmes perdues de ses disciples...

On l'a compris, Flora Fishbach aime se remettre en question. Dans “Val Synth”, elle a réussi la gageure de redéfinir son style en lui conférant des tonalités carrément baroques, mais sans jamais se perdre. Un côté ‘larger than life’ fantasque, audacieux et assumé, au risque de tomber dans le surréalisme. Tantôt new wave disco cheesy, tantôt cabaret bastringue, tantôt électro hypnotique, la musique est habitée... Habitée par cette voix, mutante, oscillant entre notes aiguës et graves, une mezzo dramatique, voix d'enfant, de déesse, de sorcière... Pas de doute, cet album est encore une belle ‘Fishclaque’... 

 

"Val Synth", sortira le 12 septembre sur le label Créature et est disponible en pré-commande 

 

La musique a été composée par la chanteuse en collaboration avec AGLE (@agle.music), le musicien basé à Barcelone. Les paroles ont été écrites par Flora en compagnie d'Arthur Navellou et de Casual Melancholia (@casualmelancholia). Le son a été dessiné par Michael Declerck (@michaeldeclerck) au studio La Briche, près de Tours.

 

Tracklist Flora Fishbach "Val Synth" :

Rends-moi ma vie

Comme Jean Reno

Des Bêtises (PART I)

Des Bêtises (PART II)

Meryl Streep libre

La Machiavela

Mon Copain

Dulcimers

 

Pour (re) lire les interviews de Fishbach, cliquez sur le nom de l’artiste, en vert, dans le cadre ‘Informations complémentaires’.

The Chameleons (Vox)

Arctic Moon

Cet album, on l’a attendu avec impatience ! Et pour cause, il y a 24 ans que ce groupe mancunien légendaire n'avait plus sorti de Long Playing. Un long hiatus au cours duquel seul le chanteur, Mark Burgess, qui se fait appeler aujourd'hui ‘Vox’, avait porté la flamme sous le nom de Chameleons Vox. Aujourd'hui, à la suite du retour de Reg Smithies, un des deux guitaristes originaux, la formation a repris les tournées sous le patronyme ‘The Chameleons’, a enregistré 2 Ep et aujourd'hui, enfin, elle nous délivre un nouvel opus à part entière: “Arctic Moon”.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le résultat est à la hauteur des attentes. Evidemment, le son a évolué. Il ne baigne plus dans le post-punk puissant et grandiloquent des années '80. L’atmosphère générale se teinte désormais d’une douceur feutrée, tissant des fils de soft-rock aux nuances psychédéliques subtiles, et le tout est enrichi d’une touche raffinée de 'glam'. Les références majeures ne surprendront pas. Et pour cause, ce sont les artistes préférés de Vox : les Beatles, T-Rex et David Bowie.

D'ailleurs, la pièce principale de l'elpee, “David Bowie Takes My Hand”, évoque directement le 'thin white duke'.  Elle s’ouvre sur une rêverie acoustique évoquant “Space Oddity”, et s’épanouit ensuite en un magnum opus de plus de huit minutes. Au cours de l'interview qu'il nous a accordé, Vox a expliqué : ‘C'est probablement le meilleur morceau sur lequel j'ai jamais travaillé, mais il est très différent de ce que les Chameleons ont fait auparavant.’

Une version réenregistrée de “Where Are You ?”, probablement le titre le plus percutant, ouvre l'album, lequel se referme par le single “Saviours Are A Dangerous Thing”, une compo qui allie à la perfection les textures cristallines des guitares à une maîtrise parfaite de la mélodie, tout en dévoilant un message politique sombre. Parmi les autres joyaux, “Magnolia” charme par ses éclats psychédéliques, “Free Me” s’abandonne à un onirisme dream-pop, et “Lady Strange” exerce une fascination irrésistible.

Autre remarquable composition, “Feels Like The End Of The World”, rappelle la grandeur amère de “Bitter Sweet Symphony” de The Verve, illuminée par de superbes arrangements de cordes. Après 4 minutes, le rythme s'interrompt et Vox improvise une déclamation poétique à propos des signes que l'on peut déceler autour de nous. Les autres instruments reviennent et le final est répétitif et hypnotique. Superbe !

Notons au passage l'importante contribution des nouveaux membres de la formation : Stephen Rice à la seconde guitare, Todd Demma à la batterie et surtout Danny Ashberry aux claviers. Vox tient à souligner que cet LP est l’œuvre d’un véritable collectif, les chansons ayant, pour la plupart, germé dans un esprit commun. De surcroît, ils ont invité un ensemble de violons, le Real Strings de Pete Whitfield, à Manchester, lequel insuffle une chaleur orchestrale authentique aux arrangements.

Même si d'aucuns regretteront l'absence de bombes post-punk comme “Don't Fall” ou “Second Skin”, force est de constater que ce long playing se distingue par une véritable élégance, un style racé, coloré et spacieux, un rock rétrofuturiste vibrant qui ravira les fans de REM, The Church, Tears for Fears ou The Verve.

The Chameleons nous donnent rendez-vous le 29 octobre prochain au Wilde Westen à Courtrai, où cette odyssée sonore prendra vie sous nos yeux (plus d’infos ici).

Pour en savoir davantage sur The Chameleons, et notamment lire ou relire l’interview accordée par Vox récemment, cliquez sur le nom du groupe (en vert) dans le cadre informations complémentaires, ci-dessous (page ‘Artistes’). 

Pour écouter l'interview en version audio dans l'émission WAVES, c’est .

"Arctic Moon" sortira le 12 septembre prochain sur Metropolis Records.

 

 

 

 

 

Michel Bé

Un rêve

Écrit par

Votre chroniqueur va-t-il se faire trucider par les rockers de Musiczine ? Non, c’est improbable ! Certes, l'album de Michel Bé n'est pas le plus ‘rock’ de la décennie ; mais, finalement, est-ce que les dernières productions de Coldplay sont plus rock ? Et pourtant, elles bénéficient toujours d'autant de ferveur de la part de nombreux fans du groupe britannique.

Michel Bé, jeune chanteur de Dunkerque, s'est associé à un ami belge pour boucler son premier elpee : Pascal Walraedt ! Éphémère partenaire de basket en Belgique, et tout autant ‘dreampartner’ d'une association musicale qui n'a pas abouti. Pourtant, son "Enchanté Alice, moi je m'appelle Agatho" laissait présager un bel avenir aux esprits fins. Ça n'a pas d'importance : Pascal a mis son talent en sommeil durant de longues années, alors que votre serviteur enterrait définitivement le sien.

Et puis, après plusieurs essais, Pascal a rencontré Michel Bé. Mais qui c'est celui-là ? Michel, c'est une voix très personnelle, très intimiste, mais puissante aussi, qui n’est pas sans rappeler Florent Pagny lorsqu'il monte dans les aigus.

Et la collaboration entre les deux se révèlent être une réussite totale.

L'opus s’ouvre par le titre éponyme : "Un rêve". Alors que Pascal déclenche ses arpèges aux claviers, Michel impose immédiatement la douceur et la sensibilité de sa voix. Et ce, en se remémorant la superbe Messine Fllora Fishbach, de tellement haut niveau.

Ensuite vient ce qui est, manifestement, le joyau, la pépite de l'album : "SOS, 1er amour". Si vous êtes touchés par le titre "Paradoxal système" de Laurent Voulzy, vous ne pouvez que craquer pour ce morceau phénoménal ! Non ! Désolé, cela n'a rien d'un plagiat ! Seules l'ambiance nappée de claviers et l'idéologie de la chanson permettent de penser à Super Laulau de Guadeloupe ! Non, Pascal et Michel ne sont pas encore occupés de concurrencer le rocker au ‘cœur grenadine’. Mais le talent et l'espoir sont là !

"Sixième sens". Peut-être vous attendez-vous à voir apparaître Bruce Willis ? Ou alors, en fermant les yeux, le verrez-vous apparaître dans ses meilleurs rôles, avant que la maladie ne le diminue. Ici, Michel le fait renaître dans ses meilleurs apparats, fier, et plein de dynamisme, avec une voix qui opère un ‘Retour du futur’ dans lequel Marty Mc Fly tient le premier rôle.

"Ma France". Qui d'autre que Pascal et Michel pouvaient mieux mettre à l'honneur Pierre Desproges et l'inoubliable Michel. Celui-ci ? Nobody of course ! Un rythme irrésistible et une mélodie qui, au premier abord, peut paraître complexe. Mais n'est-ce pas ce qui crée les meilleurs morceaux. Plusieurs écoutes sont nécessaires pour enfin saisir toutes les subtilités d'un grand titre !

"Souvenez-vous". On se rappelle très bien le premier titre de Mylène Farmer, "Maman a tort". ‘Un, maman a tort, deux, c'est beau l'amour, trois, l'infirmière pleure, je l'aime’. Peut-être que c'est le jour où ce disque de Mylène est sorti que, pour la première fois, on a pris conscience de la beauté des femmes rousses ! Cette beauté incommensurable entre une peau blanche, et une chevelure de feu... Grâce à son irrésistible "Au clair de la lune, mon ami Pierrot", Pascal et son texte, et Michel de sa voix, grave, pour la première fois, ont replongé votre chroniqueur dans cette atmosphère irrésistible des années 80. Une cure de jouvence pour les ‘anciens’ aux plaisirs éclectiques comme l’auteur de cet article.

"Et tous ces gens qui s'aiment" et "Et tous ces gens qui s'aiment" évoquent, tout à tour, Étienne Daho, Kim Wilde, Patrick Juvet...

Cet album est franchement bon ! Et le seul regret, c'est la durée. Trop courte. 26 minutes ! Mais, si c'est pour en sortir un autre dans les 12 mois, pas de souci ! Car il sera difficile de résister avant un nouveau ‘release’ ! Pascal et Michel, c'est l'avenir du Pop Rock français ! ‘Go, go, go ! We love you !’

 

Août en Eclats 2025 : samedi 30 août

Écrit par

Le centre historique de la cité millénaire fondée au VIIème siècle par Vincent Madelgaire (Saint Vincent) est une nouvelle fois en effervescence.

Et pour cause, la Ville de Soignies accueille, en grande pompe, son festival familial et pluridisciplinaire, le bien nommé ‘Août en Eclats’, un festival particulier puisque les belles découvertes musicales côtoient spectacles, village des enfants, marché du monde, saveurs et animations de rue, autour des places Verte et Van Zeeland.

En termes de facilités économiques, on ne peut pas faire mieux ! Ici, les spectacles et concerts sont proposés gratuitement !

Côté musique, deux scènes se côtoient, la grande pour les artistes confirmés comme Mud Flow et Les Innocents chargés de présenter une rétrospective de leur carrière respective ; la plus petite pour celles et ceux, qui pourraient le devenir. Et à voir ceux qui vont s’y produire, il y a fort à parier que, méconnus, ils pourraient devenir rapidement de grandes stars, comme cette jeune et presque inconnue, Epona.

C’est justement par cette frêle artiste que la journée de votre serviteur débute. Alors qu’elle n’a que 24 printemps, elle possède déjà une belle carrière au théâtre, au cinéma et évidemment dans le domaine de musique.

Elle a enregistré un premier Ep 4 titres, intitulé « Help I’m Fine », en 2023. Une œuvre dont les thématiques tournent autour d’histoires personnelles. Si se mettre à nu demande du courage et une bonne dose d’introspection, s’agit-il peut être dans son chef d’une manière pudique de rendre hommage à toutes ses victimes, voire d’exorciser quelque chose de plus profond qui sommeille en elle… Dieu seul le sait !

Quoiqu’il en soit, c’est par « Computer » qu’elle entame son concert. Les accords de guitares de Dimitri Eggermont se marient parfaitement aux frappes de Merlin Vanitterbeek, expression sonore sur laquelle se pose la voix crépusculaire d’Epona Guillaume, son nom à l’état civil.

Après l’excellent « Witches », c’est encore par cette superbe reprise guitare/voix d’un titre de Kavinsky (« Nightcal ») que l’identité vocale de la gonzesse prend une dimension toute particulière, entre candeur et douceur. Une chanson popularisée par Angèle également, lors de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Paris, en 2024, en compagnie du groupe Phoenix.

Mais ne vous fiez pas aux apparences, la post-adolescente sait aussi se montrer sauvage et déterminée, à l’instar de ces « Wrong » et « Louise », à l’intensité bestiale.

Alors que jusqu’ici son terrain de jeu était l’anglais, elle surprend avec un titre interprété dans la langue de Voltaire, « Peine pour toi », issu d’un single tout frais ; une chanson dans laquelle elle narre l’histoire d’un type qui a voulu la salir en lui dérobant des photos personnelles, que l’on devine intimes. Un texte où elle dévoile une facette plus vulnérable de son répertoire, en général, plus engagé.

Et une nouvelle reprise plus tard, le combo adapte une compo des Strokes, un groupe de rock américain, originaire de New York, drivé par Julian Casablancas, dans une version iconoclaste de « Ode to the mets », une comptine dans laquelle la jazzcaster du préposé aux cordes émet un son d’une finesse inouïe. La classe !

Epona est issue d’une famille nombreuse puisque la fratrie compte 10 enfants, dont 7 filles, nés de deux pères différents. L’une de ses demi-sœurs est relativement connue dans le milieu, puisqu’elle est impliquée au sein du binôme Colt, auparavant Colline et Toitoine, et avec lequel une collaboration pourrait voir le jour prochainement. Et au vu des univers foudroyants des frangines, on ne peut s’attendre qu’à de belles surprises.

La maman d’Epona se tient à une encablure de la scène. Pour lui rendre hommage, Epona se livre magistralement dans un « Mom » qui touche au plus profond celle qui n’est autre que la principale concernée, accompagnée par d’autres enfants. Les regards qui s’échangent en disent long sur la complicité qui règne au cœur de cette famille.

Le féminisme et les thématiques liées à l'égalité femmes-hommes appartiennent, depuis longtemps, à l’identité de l’artiste. Elle le prouve encore ici à travers un « Voice », plus significatif jamais. Une guerre idéologique, certes, mais a-t-elle aujourd’hui toujours une raison d’exister, en Europe occidentale ?

Il y a des combats qui ne peuvent être menés que par la parole. C’est le cas de cet étrange « Naked man (in the forest) », l’histoire véridique d’une rencontre fortuite et malheureuse de l’une de ses sœurs avec un exhibitionnistes, alors qu’elle se soulageait en forêt. Si de prime abord, le sujet pourrait prêter à sourire, la demoiselle est parvenue à le transformer en une chanson satirique d’une intensité rare. Un délice pour les oreilles, moins pour l’imaginaire collectif.

Le concert touche doucement à sa fin. Après une heure d’un set qui aura dévoilé bien des facettes d’une personnalité protéiforme, Miss Guilaume a tout d’une grande artiste : une voix, un univers musical percutant et des thématiques qui interrogent à l’instar du rock très coloré « Siner, you », qui traite des agressions sexuelles.

Et si Epona était une ambassadrice qui dénonce tout ce qui n’est plus possible d’accepter ?

La grande scène se situe à quelques pas. C’est Orlane qui s’y colle ! Deux jeunes gens sont postés côte à côte. Ils ont la lourde tâche d’alimenter des sons à l’aide de leurs synthés. Un des proposés aux ivoires se charge aussi de la gratte électrique.

Elle est venue proposer des compos issues d’un premier album intitulé « Aller-Retour ». L’amour et la solitude seront au cœur des débats, à l’instar de « Mal d’amour », une chanson pop dans laquelle elle aime se mettre à nu, armée de son saxophone, un instrument dont elle se sert merveilleusement bien. Musicienne chevronnée, la belle manie la gratte également.

La jeune Belge impose son style et ses couleurs comme sur ce très caustique « 23/09 ». Ce morceau ravit la ‘fan base’ qui a découvert Orlane sur les planches de l’émission ‘The Voice’, il y a déjà quelques années.

Malheureusement, votre serviteur doit écouter le set, car une interview d’Epona est prévue au sein de l’hémicycle du Centre culturel.

Dommage, car l’univers coloré d’Orlane Willems, influencé par sa synesthésie, une condition qui lui permet d’associer des couleurs à des lettres et des notes de musique, avait tout pour plaire.

A son retour dans la fosse, les portugaises de votre serviteur sont irrésistiblement attirées par le son que libère le concert de Yolande Bashing.

N’y voyez aucune connotation féminine, car Yolande Bashing est un personnage de fiction, un patronyme derrière lequel se cache une grande soif de liberté. Un personnage à deux têtes aussi ; celle de Baptiste Legros et Aurélien Gainetdinoff.

Aurélien se poste derrière des machines électroniques. Il a un look déluré : training bleu, coupe mulet, et grandes lunettes rouges. Baptiste, quant à lui, marcel blanc sur le dos, qui lui procure un côté vieille France, se charge du micro. Comédien à ses heures perdues, il avait milité au sein de la formation électro-punk Les Dents avant de se lancer définitivement en solo, gravant un tout premier elpee baptisé « Yolande et l’amour », qui a rencontré un joli succès.

Au milieu de l’estrade, trône un vieux téléphone beige, dont le cadran est composé d'un disque rotatif autour duquel sont portés les chiffres de 0 à 9. Un objet qui interpelle les plus jeunes à l’heure des téléphones portables. Quant aux plus nostalgiques, il se remémoreront les canulars d’antan.

S’il fallait cerner l’univers de cette formation singulière, on indiquerait que ce n’est pas tellement la chanson qui caractérise Yolande Bashing, mais bien la dérision, voir l’autodérision, le duo n’hésitant pas à dépeindre le quotidien tantôt façon Docteur Yolande, tant façon Mister Bashing, c’est selon. En tous cas, l’univers dans lequel ce concept fantasque baigne est un savant mélange de Flavien Berger, Sttellla et Odezenne, l’exercice consistant à lancer, rattraper et relancer de manière continue et méticuleusement les mots et leur sens.

Legros et Gainetdinoff connaissant parfaitement la recette d’une journée réussie. C’est donc à coup de beats lancinants et de synthés épileptiques, agrémentés d’un phrasé désabusé, que le chanteur éveille un mouvement festif presque incontrôlable.

Les thématiques s’enchaînent et ne se ressemblent pas. On passe du marteau à l’enclume en une fraction de seconde, du « Le chat » à « Claude », l’esprit dialectique des lascars s’imprégnant dans chacune des compos.

Tout au long d’un set savamment construit autour de titres les plus improbables, Y. B. réinvente magnifiquement la chanson pop et francophone entre techno, poésie, mélancolie, synthés désaccordés et ‘spoken word’ tremblant (‘Tu te répètes’).

Caractérisé par son spectaculaire crescendo, « Solitude » constitue un paradoxe des temps modernes. Quant à « Les Vivants » et son refrain entêtant, il suggère que les quelques centaines de festivaliers présents vont éprouver toutes les difficultés du monde à s’émerveiller dans une réalité plus sombre que celle dans laquelle le duo les a entraînés durant une heure.

La fiesta est terminée, malgré les demandes de rappels…

Mud Flow embraie. Il s’agit d’un collectif belge de rock alternatif, originaire de Bruxelles, et formé autour du chanteur-guitariste Vincent Liben.

Mud Flow appartient à de cette vague de groupes belges de pop/rock qui a connu un certain succès à l’aube des années 2000, comme Girls in Hawaii, Ghinzu ou encore Hollywood Porn Stars, qui revient à la surface.

Après cinq albums et plus de dix ans d'existence, le combo s'était séparé officiellement en 2010. Mais, nonobstant la carrière solo de Vincent, une envie de reprendre la route des tournées s’est progressivement manifestée. Alors, il s’est offert le luxe d’ouvrir la parenthèse pour le plaisir de tous. Une ultime fois ?

La formation réputée pour ses riffs de guitare dynamiques et sa rythmique palpitante a décidé de rejouer sur scène et dans son intégralité, l’album « A Life on Standby », une œuvre remarquable qui plonge l’auditeur dans l’univers sonore particulier du band, tout en y incorporant quelques pépites des long playings « Ryunosuke » (« Planes »), « Re-Act » (« Panic »), ou encore « Amateur ».

Caractérisé par ses envolées aériennes, « The sense of me » rappelle combien la richesse mélodique constitue la source de cette formation décidément bien en forme, porté par un Liben qui n’a pas perdu de son aura, ni sa superbe voix rauque et ténébreuse, malgré le poids des années.

Un concert d’une intensité rare où le public a pu (re)découvrir une salve de compos, tantôt ouatées à l’instar du chaud et envoûtant « Unfinished Relief », tantôt percutants comme ce « New Eve », des morceaux qui ont, au moins, gagné l’attention de tout un auditoire et sans aucun doute ravivé un sentiment de nostalgie chez les admirateurs de longue date. D’ailleurs, la foule reprend en chœur le refrain de « Today », titre qui n’a pas pris une ride.

Et « Tribal Dance », porté par une énergie brute et un son authentique parfaitement reconnaissable, mérite la mention ‘Plus que parfait’.

Durant une heure, Mud Flow s’est offert un concert d’une dimension incroyable. Et pourtant, les musiciens n’ont pas perdu leur âme d’enfant, s’amusant tout en se produisant sur les planches.

Alors que Jean-Pol Groove s’excite sur la petite scène, votre serviteur décide de rester sur place, afin de conserver le meilleur angle possible pour assister à la prestation des Innocents, un groupe qu’il a découvert pour la première fois, en 1989, au festival de Dour.

Depuis, le line-up a bien évolué. En 2000, peu après la sortie du quatrième opus, Sieur Urbain décide de voler de ses propres ailes. La formation implose et l’aventure se termine aussi brutalement qu’elle a commencé…

Entre-temps, JP s’accorde une parenthèse et entame une carrière solo. La critique salue sa première œuvre, mais la défection d’une partie du public lui laissera un goût amer…  Le come-back du tandem n’était donc pas tout à fait… innocent.

Il faudra attendre une quinzaine d’années pour que les chevilles ouvrières se croisent à nouveau, au détour de l’enregistrement d’une compilation confectionnée sous la forme d’un ‘best of’ et se réunissent sous un line up minimaliste. Il devient alors duo réunissant simplement Urbain et Nataf.

En analysant l’auditoire, la pyramide des âges est bien représentée. On y croise aussi bien une bobonne aux cheveux gris que de jeunes enfants d’à peine sept ou huit ans. Sans oublier les fans quinquas à la chevelure plus rare que des spectateurs lambda venus pour entendre des tubes. Et puis d’autres encore qui se sont égarés sur le site…

Les groupies piaffent d’impatience. Faut dire que Les Innocents ont vécu de glorieuses années, entre 1989 et 1999. Un succès couronné de singles platinés, passages radios, tournées à guichets fermés et récompenses aux Victoires de la musique. Les ‘Innos’ ont marqué cette décennie par des standards pop comme « L'autre Finistère », « Fous à lier » ou encore « Colore ».

Les ‘deux frères ennemis’ se sont entourés d’une formule groupe pour l’occasion. Ça risque donc de déménager grave !

Il est 22h30 lorsque JP, vêtu sobrement, sourire aux lèvres, salue le parterre, et sixcordes en bandoulière entame son tour de chant par « Des jours adverses », une compo qui figurait sur l’elpee ‘Post-parfum », en 1995.

Nataf, cernes marqués par des nuits blanches supposées et barbe noire mal entretenue, manifeste déjà une belle connivence musicale avec un Urbain, plus en retrait. 

Sans frime ni préméditation, les gaillards s’amusent comme des gamins ! Des regards complices s’entrecroisent. Si ces deux-là n’étaient pas de vrais amis dans le passé, la connexion qui les lie aujourd’hui fait plaisir à voir…

Le duo est influencé par la pop anglo-saxonne. Mais, le fil conducteur de leurs compos reste le français qu’ils utilisent astucieusement pour ciseler des textes qui dépeignent un univers métaphorique, à l’instar de ce « Fous à lier », un hymne que le temps n’est pas parvenu à démoder.

Les chansons s’enchaînent à une cadence folle. Malgré les arrangements subtils, le band laisse pas mal de place à l’improvisation. En quelque sorte, c’est frais, millimétré et exercé avec beaucoup de souplesse. Un travail d’orfèvre ! Les pédales d’effets sont utilisées à bon escient. Le feedback aussi ! L’exercice est suffisamment intéressant pour permettre la découverte ou la redécouverte de morceaux incontournables comme « Quand la nuit », Lune de lait » ou « Apache », même si un parfum de nostalgie flotte dans l’air, tout au long du concert. Il est cependant fortement hanté par l’esprit du leader !

JP est de très bonne humeur ! Le show est ponctué d’anecdotes ! Et à la stupéfaction de tous, JP s’accorde même un pas de danse de Sioux pour le moins contorsionniste ! Un condensé de twist et de polka ! Delirium ? Il est encore plus drôle, lorsque par moment, sa jambe droite croise la gauche. Une position d'unijambiste qui faciliterait son envol en cas d'agression surprise comme le font les flamants rose ? En tout cas, sympa, mais risqué pour le service trois pièces ; fallait voir l’étroitesse du falzar ! Le genre masculin compatira…

Afin de briser la fine couche de glace qui persiste, les blagues émaillent le show. Qu’elles soient rigolotes ou ringardes (façon Carambar), le gars est complètement décomplexé et se fiche totalement de ce que les gens pensent !

Il a bien raison ! Après tout, on est là pour se vider la tête et passer un moment agréable !

« Colore », mais surtout « Finistère » bénéficient de de mélodies simples, mais efficaces, avec en toile de fond des textes bien torchés.

Il est déjà temps de se dire au revoir ! Des cris hystériques s’élèvent ! Le rappel est annoncé ! « Jodie » et « Un homme extraordinaire » s’uniront pour le meilleur et pour le pire, coupables d’un amour périlleux…

Durant une heure vingt Les Innocents ont livré un set haut en couleurs, grâce à « Un homme extraordinaire » : Jean-Philippe ‘Jipé’ Nataf. Et Jean-Christophe Urbain, un homme extraordinaire lui aussi.

« Un homme extraordinaire », une expression qui souligne à merveille le talent et la singularité de chacun des artistes qui se sont produits ce soir ainsi que chacun des bénévoles qui ont œuvré dans l’ombre afin de faire de cette édition, une belle journée qui restera gravée dans les cœurs et les mémoires.

(Organisation : Août en Eclats)

epona

Dénoncer les violences faites aux femmes n’est plus un tabou, c’est un combat permanent…

Écrit par

Epona possède déjà une longue carrière artistique et protéiforme. Elle excelle aussi bien au théâtre, au cinéma que dans la musique.

Jeune, belle et féministe jusqu’au bout des ongles, sa tessiture vocale n’est pas sans rappeler une certaine… Charles, épousant au passage de belles envolées sauvages et graves.

A travers un premier Ep intitulé « Help I’m Fine », cette femme/enfant au visage de poupon se met à nu, de manière touchante, maladroite parfois, mais toujours avec détermination, sur un lit d’histoires personnelles qui parleront au plus grand nombre.

Mademoiselle Guillaume à l’état-civil accorde quelques minutes de son temps précieux à Musiczine afin de se livrer sans fard, mais avec la justesse des grand(e)s Sages juste après une prestation remarquée dans le cadre du festival ‘Aout en Eclats’.

Epona, le féminisme et les thématiques liées à l'égalité femmes-hommes appartiennent depuis longtemps à ton identité. Ce combat a-t-il aujourd’hui toujours une raison d’exister, et tout particulièrement en Europe occidentale ?

Oui, je le crois ! A cette différence près que nous sommes davantage privilégiés en Europe par rapport au reste du monde. De nos jours, il existe encore des combats à mener. Il faut continuer à en parler, c’est très important ! Ces thématiques me tiennent beaucoup à cœur, d’autant que je suis issue d’une grande famille, dont huit sœurs. Depuis toutes ces années, j'ai entendu énormément de témoignages choquants qui ne devraient pas se produire dans une société qui se dit contemporaine. Alors, si on peut les éviter, tant mieux !

Ton témoignage suit le mouvement ‘#MeToo’ né en 2006 et fondé par l’Afro-américaine Tarana Burke pour aider les femmes victimes de violences sexuelles et appartenant à des minorités. Initialement destiné aux habitantes d’Harlem, à New York, #metoo va être retrouver relayé auprès d’Américaines de toutes origines, grâce aux méandres d’Internet. Il faudra néanmoins attendre 2017 et le procès Weinstein, producteur américain accusé de multiples viols, pour que l’hashtag connaisse un développement international. J’imagine que cette mouvance #MeToo t’a impacté, non seulement en tant que femme, mais aussi comme féministe ?

J’ignore pourquoi, mais je me suis souvent retrouvée dans beaucoup de projets au sein desquels le viol était très présent, au théâtre avec des récits ou au cinéma lors d’interprétations de textes relatifs à ce type d’agression sexuelle. D’une manière générale, nous nous sommes beaucoup renseignées sur cette thématique par la lecture ou encore par le biais de documentaires. Je dirais qu’il y a plusieurs années que le mouvement ‘MeToo’ affecte ma vie.

On a la nette impression que les langues se délient davantage dans le milieu artistique pour faire cesser ces abus d’atteintes sexuelles d’hommes sur les femmes. Je viens de citer Weinstein. J’aurais pu parler de Depardieu, Jan Fabre ou encore R. Kelly, tous condamnés, alors qu’il y a encore quelques années, ces faits auraient été passés sous silence…

Tu as raison, mais il y a encore énormément de sujets tabous dans le milieu ! J’ai écrit une chanson dans laquelle j'aborde une histoire personnelle vécue dans l’univers du cinéma. Alors oui, évidemment, l’hashtag #MeToo dénonce de grandes célébrités, mais il subsiste encore énormément de petites personnes qui se font passer pour des réalisateurs dans le but d’arriver à leurs fins. Je suis contente de pouvoir défendre cette cause par le biais de la musique, même si le sujet reste difficile.

Savais-tu qu’il existait de grandes disparités en Belgique, selon les régions ? En Flandre, 5% ne connaissent pas le mouvement #MeToo, à Bruxelles 11% et en Wallonie 20%...

Je l’ignorais totalement.

Ce sont des chiffres officiels pourtant !

Je suis étonnée de cette différence culturelle, c’est surprenant !

De nos jours, les femmes restent également encore sous-représentée en Wallonie-Bruxelles dans une multitude de domaines, et notamment celui de la musique. Y consacres-tu une idéologie particulière en tant que jeune chanteuse dont le succès est croissant ?

On dénombre de plus en plus de mouvements ou de collectifs qui tentent   de valoriser les femmes. Tant mieux, mais cette proportion n’est pas encore assez élevée à mon sens. Il est nécessaire de continuer à en parler, d’organiser des événements spécialisés qui ne promeuvent que les femmes, de manière à leur donner plus de visibilité.

Un premier EP 4 titres intitulé « Help I’m Fine » est paru en 2023. Les thématiques développées tournent autour d’histoires personnelles ou de ton entourage. Se mettre à nu demande du courage et une bonne dose d’introspection. Au-delà de l’hommage rendu à toutes ces victimes, j’ai la nette impression que tes chansons exorcisent quelque chose de plus profond qui sommeille en toi.

Un peu des deux, je pense ! Rendre hommage à mon entourage ainsi qu’à toutes ces femmes, est une démarche qui me touche évidemment. C’est très important pour moi ! Le prochain EP, qui sera bientôt disponible (NDLR : « Traumas » est paru le 7 novembre 2025 et la release party s’est déroulée au Botanique, en janvier 2026) aborde ces sujets, mais sous un angle un peu plus personnel. Je me suis plongé un peu plus profondément encore dans mes histoires. Longtemps, chanter en anglais me permettait de me cacher. Mais, j’ai très vite remarqué, lors des interviews que les thématiques étaient scrutées. La difficulté du français est qu’il demande plus d’investissement sur le plan psychologique. Est-ce que cela me permet d’exorciser quelque chose de plus profond ? Oui, je le pense. Il y a des sujets que j'aborde et dont je ne parle pas nécessairement dans mon entourage. Coucher des textes sur le papier et en faire des chansons, permet au sujet de prendre vie et de susciter le débat avec mes proches. Pas plus tard qu’hier, j’ai publié sur les réseaux sociaux un contenu sur les violences. Beaucoup d’internautes souhaitaient que j’en fasse un podcast. La parole libère autant qu’elle peut engendrer de la difficulté. Certains artistes craignent de parler de leurs expériences vécues, de peur de devoir se justifier lors d’interviews. Pour ma part, je suis parvenue à m’en détacher. La violence n’est pas un tabou, mais un combat permanent.

« Naked man (in the forest) » relate la rencontre de l’une de tes sœurs avec un exhibitionniste dans une forêt alors qu’elle y faisait des besoins pressants. Alors que cette scène pourrait prêter à sourire, tu as réussi à la transformer en chanson satirique à la musicalité légère …

Tu es fort bien renseigné ! Effectivement, l’une de mes sœurs a eu la désagréable surprise de rencontrer un exhibitionniste en allant faire ses besoins dans une forêt. Dans la musicalité de cette compo, il y a quelque chose de très léger, c’est vrai. Pour le nouvel EP, ce côté satirique s’effacera pour laisser la place à davantage d’intimisme. Je craignais les préjugés tout simplement. En réalité, la simple idée que les auditeurs puissent me coller l’étiquette de celle qui reparle de sujets embarrassants, trop lourds à entendre, m’effrayait. Le premier opus abordait les événements suivant une perspective pas ‘trop dure’, pas ‘trop meurtrie’ ; ce qui est sans doute plus intéressant et captivant pour le public. Pareil pour « Don't Care », une chanson évoquant le harcèlement de rue et dans laquelle j’interprète le ‘mindset’ d'un agresseur, en exagérant constamment. Il s’agit d’un point de vue personnel. La musicalité légère parle sans doute au plus grand nombre. Et si les auditeurs sont réceptifs aux messages véhiculés, tant mieux.

Je me permets de faire le parallèle avec « Siner you » qui aborde l’agression d’un proche sur d’autres proches. Encore un sujet d’une gravité extrême, mais traité sous une forme rock très colorée…

Oui, c’est un peu une chanson de vengeance. Il s’agit de l’histoire d'un proche qui a agressé sexuellement plusieurs personnes que je connais également. Lorsque j’en ai parlé, mes propos n’ont pas été prise en compte. J’étais rouge de colère. Alors, j’ai ressenti le besoin de coucher cette histoire sur papier. Cette chanson est une réaction à ce déni. Je n’avais qu’une envie : que le nom de cet agresseur et ses agissements soient dévoilés.

En abordant des sujets aussi personnels, ne crains-tu pas des dérives ? De te voir reprocher une forme d’égotisme ? De de devenir, en quelque sorte, le porte-parole d’une cause, si juste soit-elle ?

Un peu, si. Mais, en l’état, le projet musical n’a pas encore suffisamment décollé. Donc, on ne pose pas encore énormément de questions à ce sujet. Mais, s’il le faut, je deviendrai la porte-parole de cette cause, oui !

Finalement, Epona dénonce tout ce qui n’est plus possible d’accepter ?

J'aime beaucoup cette phrase ! J’essaie d'aborder les petites choses au quotidien. Nous avons discuté de la chanson « Naked Man in the Forest », qui traite de l'exhibitionnisme. Si l’histoire peut effectivement prêter à sourire, en réalité, la situation est bien plus interpellante. Il y a toutes ces micro-agressions que les femmes éprouvent en rue ou dans les transports en commun. Combien ne subissent-elles pas l’insistance des hommes ? Ces agressions quotidiennes finissent pas être banalisées pour tomber ensuite dans l’oubli. Il est donc normal de penser que les femmes puissent être rapidement tétanisées par un simple toucher, un mot déplacé.

« Peine pour toi » surprend. Un titre exclusivement chanté en français dans lequel on apprend qu’un type a subtilisé des photos que l’on devine intimes. Tu y dévoiles une facette plus vulnérable, alors que, jusqu’ici, les chansons étaient plus engagées.

Un jour la police m’a contactée pour me signifier qu’on avait retrouvé des images me concernant. Je ne savais évidemment pas que ce type possédait ce genre de photos. Plus tard, j’ai reçu, dans ma boîte aux lettres, une série de documents concernant des plaintes à ce sujet. Je me suis dit qu’il fallait convertir cette affaire en chanson. J’étais seule face à ma haine car c’était une histoire que je n’avais pas dévoilée. Il fallait donc que je puisse l’extérioriser. Les mots sont ainsi venus naturellement comme glissant de mes mains. Côté musique, Dimitri venait de composer et il était satisfait du résultat. Voilà comment cette chanson est née.

Tu possèdes le statut d’artiste, ce qui te permet d’être rémunérée grâce au théâtre et au cinéma. La rémunération des artistes belges est une question qui se pose depuis la nuit des temps. Est-il encore utopique de penser que l’on peut vivre de sa musique en 2025 vu l’émergence des plates-formes de streaming ?

J'ai publié récemment un post sur Instagram à ce sujet. Avoir ce statut permet de rémunérer à sa juste valeur toutes ces semaines de répétition et de création de visuel. Ce message a récolté beaucoup de vues et suscité de nombreuses réactions. D’une manière générale, il est devenu relativement difficile de vivre de sa passion. Très honnêtement, j’ai pris énormément de plaisir à jouer ici aujourd’hui, mais le cachet est amplement insuffisant pour combler tout l’investissement derrière le projet. Quant au visuel, il est essentiel dans ce métier si on veut se faire connaître car aujourd’hui, les programmations de festival et de musiques sont réalisées, la plupart du temps, par le biais des réseaux sociaux. Et pourtant, le visuel n’est pas rémunéré. Les artistes n’ont alors d’autres choix que d’avoir une profession en parallèle. Je possède effectivement ce statut grâce au théâtre, mais malheureusement, pas par la musique. Pour être tout à fait transparente, si je n’avais pas perçu ces cachets, j’aurais été dans l’obligation de prendre un travail alimentaire. Et par conséquent, consacrer moins de temps pour l’écriture et devoir éventuellement m’absenter pour monter sur scène ; ce qui dans la pratique serait tout simplement impossible. Il est donc important de soutenir les artistes, d’où l’existence de cette démarche personnelle.

Tu es issue d’une famille très nombres, 10 enfants, dont 8 filles, nés de deux pères différents. L’une de tes demi-sœurs est relativement connue dans le milieu puisqu’il s’agit de la moitié du binôme Colt, anciennement Coline et Toitoine. Je crois savoir qu’elle t’a aidée pour l’écriture d’un prochain morceau qui devrait sortir prochainement. Est-ce exact ?

Mais, où as-tu donc trouvé cette information ? Je n’ai dû la communiquer qu’à deux ou trois reprises en concert. Elle a effectivement une très belle plume. Elle devrait prochainement entamer une formation aux Beaux-Arts. Elle aimerait beaucoup écrire un livre sur notre famille, sur ses affres et son côté ténébreux. Coline va également m’épauler dans l’écriture de chansons d’autant qu’il est plus difficile d’écrire en français. J’aime beaucoup sa manière d’appréhender les textes.

Si je peux me permettre, ta voix est sublime dans les chansons douces, comme sur ces guitare/voix. Cependant, en formule groupe, on la perçoit plus difficilement. J’ignore s’il s’agit d’un problème de balance, mais c’est dommage car on ne parvient pas toujours à percevoir la subtilité du propos…

Tu as parfaitement raison ! J’en suis consciente ! Ces défauts techniques m’ennuient d’autant plus que je n’arrive pas à les expliquer. Lors des premiers concerts, les gens entendaient parfois difficilement ce que je chantais. Nous avons même dû changer d’ingénieur du son. C’est quelque chose de très frustrant. On devrait peut-être envisager d’autres moyens de mettre en évidence la voix, comme diminuer les frappes sur les peaux lorsque je pose ma voix et les augmenter à nouveau sur les parties instrumentales par exemple. D’une manière générale, les gens apprécient la combinaison guitare/voix. Mais, j’aime aussi énormément les chansons qui envoient du lourd lorsque le batteur nous accompagne. En concert, j’aime alterner chansons douces et fortes.

Tu as récemment prouvé sur la RTBF que tu étais une artiste complète, capable de porter des mots sous cette formule guitare/voix. Comptes-tu l’exploiter dans le futur ?

A vrai dire, on a déjà pas mal tiré parti du format guitare-voix, y compris dans le cadre de concerts privés. A mes débuts, je manquais de confiance. J’avais pourtant des retours positifs lorsque j’adoptais cette formule intimiste. Je ressens l’envie d’en faire davantage. Mais, toutes les chansons ne s’y prêtent pas. Je pense, par exemple, à « Sinner, you », plus difficile à jouer en guitare-voix.

Les artworks des singles et des EP montrent soit des visages brouillés que l’on parvient difficilement à distinguer, des ombres ou une partie du personnage. Est-ce un manifeste pour l’anonymat ?

Je me suis toujours inspirée du rock, tant pour le son que l’image. Lorsque j’ai lancé le projet, je ne ressentais pas nécessairement l’envie d'être représentée physiquement. J’ai accepté un jour de clipper avec quelqu’un tout à fait librement. Pour le second, je souhaitais avoir moins de visibilité. Finalement, on m’y voit beaucoup (rires). Dans le milieu, pas mal de personnes m’ont conseillé de montrer mon visage, quitte à le supprimer plus tard. Pour le second EP, je souhaitais me montrer davantage et m’assumer pleinement. Une manière déguisée d’aimer mon corps sans doute. Je serais même prête à être nue sur scène et de le revendiquer (rires).

Tu as collaboré avec Dimitri Eggermont pour ton premier EP. Comment envisagez-vous la suite des aventures ?

Nous continuons d’écrire en vue d’un potentiel troisième EP qui se focalisera sur la chanson française. Je travaillerai toujours avec Dimitri. Mais, en vue d’améliorer les compositions, nous cherchons de petites collaborations. La première a été assurée par Charles de Schutter, ingénieur du son établi à Bruxelles. Nous avons également travaillé en compagnie d’un autre ingé-son basé à Gand qui a bossé pour pas mal d'artistes connus en Flandre comme Kids With Buns, Isée, etc. Nous n’avons donc aucune idée précise du prochain qui se chargera du troisième EP.

Tu as surpris ton public en interprétant une reprise d’un groupe de rock américain, originaire de New York, The Strokes, qui a acquis sa renommée dès le début des années 2000. Etonnant pour une jeune femme de 24 ans, dont ta génération est plus encline à écouter de la techno ou du rap.

A une certaine époque, j’étais entourée de jeunes baignant dans le rap. Mais très vite, j’ai découvert le rock. De plus en plus, autour de moi, les gens écoutent du rock. A vrai dire, j’ai accroché il y a 4 ou 5 ans. Les Strokes sont venus s’ajouter très vite à cet algorithme. Dimitri et moi, nous nous sommes vite rendu compte que nous partagions les mêmes goûts musicaux. Il était assez surpris d’apprendre que ce que j’aimais, lui, l’écoutait il y a 20 ans (rires).

The Saints

Album hommage pour Chis Bailey des Saints

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Le 28 novembre 2025, Fire Records sortira « Long March Through the Jazz Age », la dernière œuvre enregistrée par Chris Bailey et The Saints, coïncidant avec ce qui aurait été le 69e anniversaire de Bailey. Cet album, enregistré fin 2018 aux Church Street Studios à Sydney, est un hommage émouvant à un artiste infatigable et intransigeant. Bailey et le batteur de longue date des Saints, Pete Wilkinson, se sont réunis avec le guitariste/ingénieur Sean Carey, accompagnés de Davey Lane (You Am I) à la guitare et d'un ensemble de jeunes musiciens talentueux de Sydney.

L'elpee s'ouvre par le single principal « Empires (Sometimes We Fall) », une chanson hymnique qui met en valeur les paroles poignantes de Bailey. D'autres morceaux notables incluent « Judas », un morceau mélancolique, « Gasoline », qui rappelle le style des Stones, et « Bruises », une réflexion candide sur le parcours de Bailey. La chanson-titre, « Long March Through the Jazz Age », se distingue par son intensité poétique et son solo de trompette saisissant.

Les enregistrements offrent une nouvelle profondeur à la voix de Bailey, surpassant tout ce qui avait été entendu auparavant. Pete Wilkinson et Sean Carey soulignent tous deux l'inspiration et la singularité de ces enregistrements, marquant la fin du remarquable voyage musical de Chris Bailey et The Saints.

« Empires (sometimes we fall) » est en écoute 

 

The Belair Lip Bombs

A nouveau The Belair Lip Bombs

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The Belair Lip Bombs sortira son nouvel elpee, « Again », ce 31 octobre. Il fera suite au premier, « Lush Life », paru en 2023. Réunissant Maisie Everett, Mike Bradvica, Jimmy Droughton et Daniel ‘Dev’ Devlin, la formation australienne s’est formée, il y a huit ans, dans une banlieue de Melbourne.   

Sur « Again », le groupe fusionne ses influences individuelles pour créer une collection de chansons indie-rock entraînantes. L'album a été produit par le groupe, Nao Anzai et Joe White. Le single principal, « Hey You », est une mélodie jubilatoire construite à partir d'un synthé en boucle. La vidéo qui l'accompagne a été réalisée par Angus Fielder. Et elle est à voir et écouter ici

The Belair Lip Bombs se distingue par sa combinaison de rythmes rapides, de mélodies de guitare chaudes et des vocaux cathartiques de Maisie.

SOFTSUN

SOFTSUN au lever du soleil éternel…

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SOFTSUN est un trio californien/norvégien de shoegaze et post-rock formé par Gary Arce et Pia Isaksen en 2023. Son second elpee, "Eternal Sunrise", paraîtra ce 7 novembre. En attendant, il a partagé un titre, "A Hundred And Sixteen". Et il est disponible sous forme de clip

La musique de SOFTSUN résulte d’une fusion entre les paysages sonores cinématographiques d'Arce et es compositions mélodiques et lourdes de basse d'Isaksen, accompagnées des percussions douces de Robert Garson. Son premier album "Daylight in the Dark", sorti en 2024, a été salué pour ses paysages sonores sombres et expansifs.

 

Teen Creeps

C’est aujourd’hui le jour pour Teen Creeps…

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Quatre ans après l’apparition des titres de « Forever » sur KEXP, le trio indie rock gantois Teen Creeps est de retour. Il sortira son troisième elpee, « Today Is The Day », ce 5 septembre. Sur cet album, le chanteur Bert Vliegen digère une rupture amoureuse et réapprend à être heureux. ‘Même si c'est parfois difficile, on finit toujours par sortir du tunnel. C'est le message de « Today Is The Day »’, explique-t-il.

Musicalement, le groupe, composé de Bert Vliegen (Sophia, Whispering Sons), Ramses Vandeneede (Hypochristmutreefuzz, Mooneye) et Joram De Bock (Batsmasher), déborde de confiance en lui. Teen Creeps mêle habilement des influences des années 90 à un rock indie moderne. Le single « Anywhere », véritable hymne, fait autant écho à Japandroids qu'à Dinosaur Jr. Plus discret, « Automatticaly » pourrait être diffusé sur Duyster. ‘Les influences des années 90 font partie de notre ADN. Nous ne sommes pas un groupe rétro, mais nous voulons reprendre le flambeau de nos héros. Ou du moins, entretenir la flamme’, avoue Joram De Bock (guitare).

Pour en connaître davantage sur Teen Creeps cliquez sur le nom du groupe, en rouge, dans le cadre ‘Informations complémentaires’, ci-dessous.

Les Solidarités 2025 : dimanche 24 août

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Dernier jour des Solidarités. Par chance, le soleil s’est montré généreux, sans chaleur excessive. Une aubaine pour toutes celles et ceux qui se sont présentés en masse afin d’y (re)découvrir des monstres sacrés de la chanson française, dont Santa et Hoshi.

Première bonne surprise de la journée, le concert d’Adé.

Dès l’âge de 17 ans, Adélaïde Chabannes de Balsac, aka Adé, se forge un nom dans la chanson par l’entremise de son groupe, Therapie Taxi, drivé par Raphaël Faget-Zaoui. Le duo sera vite rejoint par Félix Gros et Renaud Bizart.

Placé sous les feux des projecteurs par le provocateur « Salop(e) », en 2016, la formation connaitra un joli succès avant de se dissoudre en 2021, notamment en raison de la pandémie de la Covid-19. Mais pas seulement, les musicos manifestant une soif de liberté artistique.

Adé traverse alors une période plus calme, limitée à quelques collaborations musicales. Mais le goût de la musique remonte à la surface. Elle s’exile au Etats-Unis pour y enregistrer un premier opus, dont le single « Tout savoir » qui récoltera en quelques mois, le seuil des 2,5 millions de vues sur la plate-forme Youtube.

Sa petite taille dénote par rapport à l’immensité du podium. Sa tenue particulièrement sexy s’apparente à celle d’une écolière coquine, de quoi aguicher les plus pervers plantés au crash, la langue bien pendue.

Elle entame son récital par « More Love ». Direct et incisif, le son adopte un format rock chargé de testostérone.

Alors que les guitares chuintent encore dans les frontaux, le succulent « J’me Barre », prend le relais, dont le gimmick est rapidement repris en chœur par le public excité par des paroles pas toujours délicates dans la bouche d’une demoiselle de bonne famille.

Alors qu’une jeune fan de 27 ans, et dont c’est l’anniversaire, fait de ses pieds et mains afin d’attirer l’attention de l’artiste, Adé, prise d’émotion face à un tel investissement, décide de faire une pause de quelques minutes afin de contenter cette femme. Une petite causette et un selfie plus tard, « RockStarz » prouve que l’on est tous un peu rock dans sa tête, même en buvant un thé tout en caressant son chat.

Empoignant pour l’occasion sa guitare aux sonorités cinglantes, parfois à la limite de la saturation, elle livre « Dans tes rêves » de manière plus brute, mais homogène, rappelant la décennie 90/2000 ; de quoi ravir les amateurs du genre.

Tout au long du show, la demoiselle endosse à merveille un rôle qui n’est pas sans rappeler le côté ténébreux de Thérapie Taxi pour le fond ou encore Dolly, pour la forme. Et le tout est épicé d’un soupçon d’électro surprenant, à l’instar de « Les Silences » ou encore du plus bruitiste « Open Up », au cours duquel Baptiste, le préposé à la basse, laisse de côté son instrument au profit d’une danse endiablée aux côtés d’Adé, Pierre à la guitare et Sébastien aux fûts se contentant d’observer le scénario.

Alors que le set tire à sa fin, la jeune femme prouve, à travers « Tout savoir », qu’elle est capable de nous réserver plein de surprises et qui, loin de rester dans sa zone de confort, réussit à nos offrir un spectacle sincère, spontanée, et d’une authenticité redoutable.

Enfin, « Toujours + » suscite un tressaillement démesuré dans ce petit corps autour d’élans mélancoliques et de textes intimistes, l’artiste exprimant beaucoup de sentiments, entre amour et déception.

Adé s’est livrée aux Solidarités pour le meilleur et a donné un concert d’une grande qualité.

On le sait maintenant, sur chacune de ses prestations, Santa aime surprendre. Ce sera (forcément) le cas aujourd’hui. Une sacrée surprise même ! Inutile de préciser que l’icône de Hyphen Hyphen est donc attendue de pied ferme pour les milliers de festivaliers qui ont (sans doute) fait le déplacement pour cette artiste ‘belge’ d’adoption.

Alors qu’un décompte semble s’éterniser sur le nombre ‘9’, la scène laisse entrevoir une Santa, haute perchée, la tête en bas, pour descendre peu à peu, aidée de filins métalliques, entre des colonnes de feu qui jaillissent. Quelle richesse dans le souci du détail !

Après nous avoir bercé de sa douce ballade en mode piano-voix sur « Popcorn salé », une compo écrite dans l’urgence, presque par égarement, qui paraîtra sous l’impulsion et les encouragements de ses comparses Laura Christin, alias Line (basse, percussions), et Romain Adamo, aka Adam (guitare, synthé), la jeune dame s’émancipe et grave un premier album sobrement intitulé « Recommence-moi ».

Si la pop anglophone constituait jusqu’alors sa ligne directrice, notamment au travers d’HH, la Niçoise prend un virage à 180 degrés en réalisant un très réussi premier essai solo, chanté dans la langue de Voltaire.

Toute de noire vêtue, elle est chaussée de grandes bottes qui lui confèrent un air très glamour. Soutenue par un batteur au drumming corrosif et une bassiste qui n’est autre que sa meilleure amie – Line, elle entame son tour de chant par un spectaculaire « Chanter le monde », une compo aux couleurs vives qui émeut par sa richesse sonore.

Multi-instrumentiste, elle alterne, au gré des compositions, piano et guitare, ses deux instruments de prédilection, qui viennent soutenir sa voix puissante. Qu’elle met parfaitement en exergue sur « Eva », une magnifique chanson qui s’impose sur fond d’appel à la résilience. Des cris d’amour fusent. Comme elle ne parvient pas à cerner leur origine, elle les rend, mais en plus fort encore.

Un concert ponctué de surprises ! Et tout d’abord lorsque, posée devant ce piano noir, elle entame « Les larmes ne coulent pas », qui a bénéficié, lors des sessions d’enregistrement, de la complicité de Christophe Willem, un artiste devenu aujourd’hui son ami. Il s’invite le temps d’une chanson, entre simplicité et fausse grandiloquence, lors d’un duo uni par des larmes amères. Mais n’y a-t-il pas larmes plus amères que celles qui ne coulent pas ? Quoiqu’il en soit, elle finit ce titre, le sourire et le regard sereins, debout sur les retours posés à front de podium.

Elle compte se jeter aujourd’hui à corps perdu dans un univers où règnent l’intime, la retenue et la douceur.

Pour ce faire, rien de tel que dénoncer « La différence », sorte de manifeste sur le bien vivre ensemble avec, en filigrane, cet espoir latent de tolérance, d’insouciance et de communion. Pour marquer le coup, elle enfile un drapeau dont les couleurs se réfèrent à l’arc-en-ciel, emblème de l'homosexualité. Le drapeau arc-en-ciel, créé par Gilbert Baker en 1978, est devenu un symbole international de la communauté LGBTQIA+. Il représente la diversité des orientations sexuelles et des identités de genre au sein de cette communauté. Chaque couleur du drapeau a une signification spécifique, comme le rouge pour la vie, le vert pour la nature, et le violet pour l'esprit.

Fidèle à son style unique et son spectre lyrique hors du commun, Santa se regarde ensuite dans le miroir avec introspection durant sa séance de « Popcorn salé » et le désir de recommencer son histoire, à l’instar d’une césure sur le temps. Entre ambition, espièglerie et qualité rare, l’artiste s’était essayée au métier de cascadeuse en interprétant ce premier titre, perchée à plus de 40 mètres de haut ! C'était à Bruxelles, sur la place de la Bourse. Un « Popcorn salé » à son apogée, en quelque sorte !

Et pour rappeler cette spectaculaire ascension, elle n’a rien trouvé de mieux que de jouer du piano en lévitation, grâce à un système de treuil, sous les yeux ébahis des spectateurs qui ont rarement vu un show rythmé digne de ce nom. C’est moins spectaculaire que dans la capitale, mais quand même…

Elle embraie ensuite dans un mashup, en associant le « Paradis blanc » de Michel Berger et Désenchantée de « Mylène Farmer ». Pour un résultat plus que convaincant !

Elle s’éclipse alors le temps de quelques secondes pour revêtir une cape de vampire. Assoiffée de sang, elle souffle le chaud et le froid lors d’un « Je brûle » qui n’est pas sans rappeler certaines sonorités pop/rock contemporaines qui ont fait les beaux jours de Hyphen Hyphen.

Et puis, dans une parfaite communion, les milliers de festivaliers se transforment en chorale parfaitement synchronisée, pendant « Dis-moi oui », une toute nouvelle compo annonciatrice, sans doute, d’un futur nouvel album.

Le set touche doucement à sa fin. Alors qu’elle s’apprête à s’éclipser pour une séance de ‘hugs’, des câlins posés délicatement à une poignée de chanceux, les colosses chargés de maintenir la sécurité s’agitent. Que se passe-t-il ? D’un coup, comme boostée par un surplus de vitalité, elle saute précipitamment de la barrière destinée à maintenir le public à distance et traverse la foule sur les épaules de son gorille.

Les spectateurs les plus avertis connaissent l’amour de l’artiste pour les défis. Et à Suarlée, il y en a un de taille, la grande roue qui trône depuis le début des festivités.

Drapeau pirate à la main, en mode ‘on a piraté Les Solidarités’, Santa s'est éclatée en prenant de la hauteur dans une attraction privatisée quelques minutes pour y chanter tout de haut son titre emblématique « Recommence-moi ».

Durant près d’une heure trente, Santa a une nouvelle fois démontré qu’elle méritait amplement la distinction du public et de la presse.

Dans l’univers de la chanson française, la jeune dame peut être assurément considérée comme une grande artiste. Et en livrant un concert d’une telle intensité et générosité, elle a emmené le public dans un tourbillon émotionnel et onirique d’une intensité rare.

Après une pause boisson bien méritée, place à Hoshi. Une artiste maintes fois vues par votre serviteur qui commence à la connaître par cœur.

Elle a enfilé de grosses godasses et des chaussettes à damiers noirs et blancs, afin, sans doute, de signaler le début du tour de chauffe.

Ses musiciens entrent en scène, lentement, tour à tour. Et dans cette bande, il n’y pas que des inconnus. A commencer par Lola Frichet à la basse (Pogo Car Crash Control), Charlène Juarez aux claviers (Brigitte) et Enzo Gabert à la batterie (Skip The Use). Et c’est Lucie, un joli bout de femme, qui se réserve la guitare… d’un vert éclatant.

Du haut de ses grosses godasses, Hoshi impose un style musical bien à elle. Des textes simples, mais touchants, une musique entraînante et une aura exceptionnelle. Sans oublier cette voix haut-perchée et quelque peu nasillarde qui peut perturber les non-initiés. Pas étonnant donc qu’elle soit devenue l’une des révélations de la chanson française de ces dernières années.

La demoiselle s’épanche avec tact sur ses expériences passées, ses aspirations, de manière authentique, mais autocentrée à l’instar de cette « Amour censure », hymne à la tolérance et à la sincérité des sentiments amoureux, l’artiste ayant elle-même été victime d'agressions homophobes. Une chanson en réaction à une certaine libération de la parole discriminatoire, notamment après la ‘manif pour tous’ qui a malheureusement encore des raisons d'exister auprès des ‘biens pensants’. Et pour contrer toute cette haine, rien de tel qu’un gros fuck à tous ces enculés dont elle n’a plus peur aujourd’hui, dit-elle, tout en agitant un drapeau arc-en-ciel, symbole du mouvement LGBTQIA+.

Son grain de voix particulier et douée pour les métaphores et autres figures de style, Hoshi est généreuse et humaine. Fusionnelle au sein de son band, une belle complicité la lie avec sa bassiste. Et les puristes auront remarqué l’inscription gravée sur l’instrument, ‘One woman on stage’.

Celle dont le physique a été quelque malmené par le journaliste-chroniqueur Fabien Lecoeuvre, entame un « Je partirai », chanson percutante qui parle du désir de s’éloigner d'un monde qui ne l'aime pas, la juge et la blesse. Bref, un exutoire où elle exprime sa souffrance, son incompréhension et son besoin de liberté. Elle veut rester éternelle dans les mémoires, comme une étoile ou une comète. Gageons qu’elle y parvienne.

Après avoir donné d’elle-même durant une heure quinze, la chanteuse au gros chignon prend congé de ses invités qui la réclame encore. Ils devront pourtant se contenter de sa prestation, sans plus.

Saule a l’honneur de clôturer cette nouvelle édition des Solidarités. Votre serviteur préfère reprendre la route, ses lombaires lui rappelant la triste réalité de la seconde moitié de vie.

A l’année prochaine !

(Organisation : Les Solidarités)

 Que dire de plus, si ce n’est que les Solidarités ont offert des concerts d’une riche intensité, entre rock, pop et autres découvertes musicales, sous un soleil qui n’a pas osé ternir. Que demander de plus ?

 

 

Les Solidarités 2025 : samedi 23 août

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Si la vieille, le line-up était davantage consacré aux groupes rock, cette journée de samedi fait la part belle aux artistes suscitant un intérêt auprès des plus jeunes. La programmation est aussi plus diversifiée.

Après tout, les Solidarités est un évènement protéiforme au sein duquel, chacun doit y trouver son compte.

Les vieux bourlingueurs le savent, qui veut profiter sainement d’un festival, doit pouvoir compter sur une météo clémente. Et, en cette fin août, comme par miracle, même si le iel est nuageux, il fait relativement doux, de quoi rappeler des airs de vacances.

Le temps de gagner le parking de délestage et de prendre le bus qui va l’amener vers le précieux sésame, votre serviteur arrive aux alentours de 16 heures 30 sur le site.

Des pro-manifestants contre le génocide de Gaza sont venus en nombre. Des calicots sont distribués aux passants au sein de l’hémicycle. De fait, le génocide en cours dans la bande de Gaza, depuis plus de 18 mois, constitue l’effroyable aboutissement du long processus de dépossession du peuple palestinien.

D’ailleurs (fait du hasard ou pas ?), les contrôles policiers se sont intensifiés à l’entrée du site.

Et pour approfondit le sujet, un débat-concert se déroule à l’Escale, le grand chapiteau qui sert désormais de tribune, en lieu et place du baraquement en bois qui trônait ici même l’année dernière.

Pour être tout à fait transparent, c’est davantage Noé Preszow qui éveille la curiosité de votre serviteur, plus que l’engouement pour cette cause humanitaire, même si hautement importante. Ne dit-on pas que faute avouée est à moitié pardonnée ?

L’estrade est bien remplie. Noé Preszow (NDR : prononcez ‘Prèchof’) s’y trouve planté sur une chaise. Petit et trapu, on dirait l'arrière-petit-fils de Demis Roussos (sans la barbe). Il est accompagné de deux autres préposés. L’une tient entre ses mains un qanoûn, un instrument à cordes pincées de la famille des cithares sur table, très répandu dans le monde arabe, le monde iranien, en Asie du Sud-Ouest ainsi qu'en Grèce et dans le Turkestan. L’autre, ce qui semble être une darbouka (ou doumbek/derbouka), un tambour en forme de gobelet utilisé au Moyen-Orient, notamment en Palestine. Cet instrument est un élément essentiel de la musique traditionnelle palestinienne.

Noé a fait le déplacement expressément afin de défendre cette cause qu’il estime noble et juste. Il n’y livrera que deux chansons écrites pour l’occasion dont le sublime « Pas en mon nom », ses compos étant entrecoupées d’incantations géopolitiques.

Peu nombreuses, mais de qualité, ses chansons sont parfaitement ciselées. Elles sont le fruit d'une conjugaison entre pop immédiate et poésie à fleur de peau. Des mélodies accessibles dont le phrasé est parfait et le sens du rythme précis.

Le gaillard a un don pour torcher une chanson. L’inspiration de Preszow semble héritée des plus grands songwriters français et américains. Ses textes ont la profondeur de ceux signés par Dominique A. En outre, sa voix emprunte des inflexions à Gaëtan Roussel.

Très en phase avec le présent et ce qui l'entoure, le gaillard est un digne héritier des monstres sacrés de la chanson française. Et sans doute un avant-gardiste dans ses propos et les thématiques humanistes développées. Son discours fait d’ailleurs mouche auprès du public, présent massivement.

Noé Preszow est un artiste, un vrai. Un de ces gars dont il faut parler.

La parenthèse musicale refermée, votre serviteur s’aventure devant la scène P&V où se déroule le set de Camille Yembe. Il s’agit d’une chanteuse et auteure-compositrice-interprète belge. Grande, mince et élancée, cette jeune black respire la fraîcheur.

Forcée de quitter le foyer familial à 16 ans, elle enchaîne des petits boulots alimentaires avant de rencontrer, deux ans plus tard, le rappeur Gandhi. Elle participe ensuite à l'écriture de l'album d'Eva Queen et Gandhi devient son manager.

Elle collabore alors à deux titres de l'elpee « Texte Symbole » de Gandhi, qui paraît en 2016, puis signe des textes pour plusieurs musiciens dont le rappeur Tiakola, l'actrice Stefi Celma ainsi que Moha MMZ.

Yembe vient de graver un premier Ep. Et, elle a hâte de le présenter au public qui, avouons-le, n’est pas venu très nombreux.

Accompagné d’un préposé qui se cache derrière les fûts et d’un autre qui se partage le synthé et la gratte électrique, la jeune dame se dévoile à travers des chansons ‘aigres-douces’, à l’instar de « Plastique », une belle ballade aux contours pop.

L’artiste belgo-congolaise possède une belle palette de couleurs musicales, comme sur ce « Après l’aube » où sèche à la main, elle exulte sa mélancolie dans un phrasé percutant. Mais la cantonner à cette simple expression serait réducteur, l’artiste se révélant ouverte à d’autres styles, à l’instar de « Encore », aux relents plutôt rock.

Camille Yembé enchante son univers à travers des textes qui parcourent son envie de réussir, les liens familiaux troubles et l’humain. Grâce à une signature vocale singulière, et dans un style qui navigue entre pop, indie rock, électro et une forme de rap, elle est parvenue, en quarante minutes, à conquérir l’auditoire.

La (bonne) surprise passée, le pluralisme du festival nous invite à découvrir Bon Entendeur sur la main stage, Place des arts.

C’est un collectif musical français, fondé en 2012 par Arnaud Bonet, qu’ont rejoint trois amis, Nicolas Boisseleau, Arnaud Bonet et Pierre Della Monica.

Bon Entendeur s’est forgé une certaine notoriété en partageant en ligne des remixes mêlant samples de voix connues et musiques contemporaines. Il a lancé son propre label de musique indépendant BE Records, en 2020.

Malgré les efforts consentis votre serviteur pour y prêter une oreille attentive, au bout d’une dizaine de minutes tout au plus, l’ennui l’envahit, et un besoin irrépressible de se désaltérer le décide à changer d’air.

A RORI de jouer maintenant.

Après avoir marqué les esprits en assurant la première partie de Lana Del Rey, au festival Rock en Seine, devant 40 000 spectateurs, RORI poursuit son ascension. Cet été, elle a été invitée à se produire sur les scènes de plusieurs festivals dont Les Francos à Esch/Alzette, Les Gens d’Ere et bien sûr Les Solidarités, à Namur.

Nouvel espoir de la scène musicale belge, RORI s’impose grâce à un univers atypique, puissant et résolument moderne.

Portée par un style pop-rock instinctif et percutant, la jeune dame capture les tourments et les espoirs d’une jeunesse en quête de repères, devenant ainsi une voix authentique et inspirante. A travers des textes sincères et engagés, elle transforme ses émotions en hymnes générationnels, oscillant entre fragilité et intensité.

Les spectateurs les plus avisés ont bien conscience qu’il ne s’agit pas d’une novice, puisqu’elle a milité aux côtés de Valentin Vincent – chez Beffroi, décédé à l’aube de sa vie.

La petite maîtrise les codes du marketing en faisant de la couleur rouge, une identité et sa marque de fabrique. On retrouve ainsi cette teinte sur le micro et son pied. C’est également celle qui domine le light show. Et puis celle qui a été choisie pour l’inscription sur la peau de résonnance de la grosse caisse.

Toujours flanquée de ses fidèles serviteurs, l’ex-The Subs, Hadrien Lavogez, préposé à la guitare, et Martin, caché derrière les fûts (NDR c’est aussi le batteur de Ykons), la demoiselle entame son tour de chant par « Ma Place », dont le phrasé, les sonorités pop et les appuis rythmiques sont très communicatifs.

Si son pop/rock lui va comme un gant, les fans de la première heure s’y perdent un peu, l’artiste ayant, jusqu’alors, chanté dans la langue de Shakespeare.

La jeune fille laisse apparaître un corps filiforme. Elle connait bien ce festival pour s’y être déjà produite dans le passé.

Capable de vous retourner de solides punchlines, l’ingénue est devenue une figure de proue de la scène musicale noir-jaune-rouge, pour l’avoir écumée depuis quelques années.

Aujourd’hui, elle s’affranchit des préjugés pour servir un répertoire cuisiné à la sauce pop acidulée, devant un public que l’on dit souvent élitiste. Mais « Ma place », met tout le monde d’accord. Les riffs de guitare, les frappes syncopées et la voix portante de RORI, font de ces ingrédients, une recette qui incarne une nouvelle génération d’artistes qui ramène le rock alternatif sur le devant de la scène pop, imposant son style avec une authenticité et une force indéniables.

Sur le percutant autant que ravageur « Vampire », la jeune dame vampirise littéralement son auditoire. Un titre dont les sonorités résonnent encore aujourd’hui dans la tête de votre serviteur. Et donne le « Vertige » à son cœur, tout au long de cette compo livrée avec justesse et émotion.

Caractérisé par son phrasé haché et ses appuis rythmiques, la musique de RORI, artiste manifestement charismatique et communicative, rallie rapidement la foule à sa cause et s'inscrit dans l'air du temps.

Malgré ce « Soleil » brûlant, les corps se dénudent. Force est de constater que cette situation suscite la « Jalousie ».

Alors que RORI embrasse différents styles, depuis la pop au rock en passant même par le funk, ses chansons abordent des sujets personnels et très intimistes, à l’instar de « Loser ». Alors qu’hier, ces thèmes la rongeaient, aujourd’hui elle semble les cultiver et en tirer parti.

Spasmodique, « Miroir » véhicule des accents nostalgiques. A moins que le rétroviseur ne soit un moyen de regarder le passé afin d’affronter l’avenir.

Touchante et la sensibilité à fleur de peau, Camille Gemoets (à l’état civil) a accordé un concert d’une intensité rare, dévoilant, un peu plus encore, le contenu de ses émotions.

Justement, « Docteur » vient doucement clôturer la fin d’un set très enrichissant. Une chanson ultramédiatisée dont les spectateurs semblent connaître les paroles du refrain et qui met exergue, ce sentiment de différence. Mais est-ce que vous en vouliez « Encore » ? Manifestement oui, au vu de l’engouement suscité par le public pour un rappel… qui ne viendra finalement pas, le timing d’un festival exigeant une discipline certaine…

RORI a tout d’une grande : la musicalité, la justesse, l’émotion et ce désir de faire le bien à l’aide de textes dans lesquels le mélomane lambda s’y retrouve.

La scène des Arts accueille désormais la chanteuse belge Helena, manifestement très attendue par un public essentiellement constitué de jeunes enfants. Il faut dire que cette auteure-compositrice-interprète belge s’est fait connaître du grand (petit ?) public grâce à sa participation à la onzième saison de l’émission télévisée ‘Star Academy’.

Il y a quelques mois seulement, la jeune dame a sorti un premier album, intitulé « Hélé », qui s’est e classé numéro 1 des ventes en France, la semaine de sa parution.

Alors qu’il y a dix minutes à peine, les guitares vrombissaient, ici c’est la douceur qui prédomine. Le son, la voix éthérée et l’univers bisounours participent à cet état d’âme. Que l’on aime ou pas, cette artiste apporte cette petite brise de fraicheur qui fait du bien.

Héléna Bailly aime (se) raconter à travers sa musique, chacune de ses compos étant un livre ouvert sur la vie, à l’image de « Mon piano et moi », une belle ballade dans laquelle elle revient sur ses débuts en tant que chanteuse, une époque où elle chantait en cachette de sa famille et de ses amis.

« Aimée pour de vrai » est balayé par un vent de nostalgie. De quoi faire fondre les cœurs des jeunes filles, amassées aux premiers rangs, dont les larmes se mettent à perler sur leurs joues…

Le style ‘guimauve’ de la demoiselle dérange, sans doute, les plus exigeants, mais colle parfaitement à sa personnalité.

Empreints de sincérité et de sensibilité, ses textes sont, la plupart du temps, inspirés de son propre vécu, comme lorsqu’elle évoque le décès de sa grand-mère, qu’elle aimait tant, sur « Bonne maman ».

Si le spleen constitue la matière première de son répertoire, Héléna est aussi capable d’aborder des sujets différents, et notamment qui se rapportent à la santé. Et notamment, « Mélatonine », une chanson qui s’inspire des troubles de sommeil dont elle souffre depuis toujours, « Boule au ventre », au cours de laquelle elle évoque ses crises d’angoisse ainsi que « Tout gâcher » qui traite de l’alcool au volant.

Alors que la foule semble figée par cette poétesse des temps modernes, les corps se déchaînent allègrement dès les premières notes de « Mauvais garçon », un de ces plus gros tubes.

Inspirée et inspirante, la Belge scrute un panorama de sa jeune expérience sur Terre sous l’angle de chansons profondes, qui frisent certes la facilité par moment, mais se laissent écouter tendrement au creux de l’amour. Helena, « Je t’aime (bien) ».

La fraicheur automnale se fait maintenant sentir. Les festivaliers ont revêtu de gros pulls, afin de tenir le coup pour le concert de Yodelice, prévu sur la scène P&V.

Le gaillard est connu pour avoir prêté sa plume à M6 (L5, la comédie musicale Alive...), mais aussi pour avoir apporté sa collaboration à la chanteuse Jenifer en tant que compositeur et producteur, lors de ses débuts. Cette coopération s’est d’ailleurs poursuivie à la Ville, durant quelques années, également.

Maxim Nucci (Nouchy pour l'état-civil) a soufflé le chaud et le froid au cours de sa carrière. Son premier LP, baptisé Maxim Nucci gravé en 2006, ne rencontre pas le succès escompté. Il tente alors la formule acoustique, à travers l’album folk, « Tree of Life », en 2009. Le sens créatif du musicien se confirme enfin, lors de la sortie de Cardioid (2010), un disque plus rock. En 2014, il enregistre « Like a Million Dreams », et après une pause d’une durée de 8 ans, il revient au folk en 2022, en publiant « The Circle ». Et enfin, en 2024, il emprunte une voie complètement différente en abordant « What's the Cure ? », un opus ‘laboratoire’, plongé dans la synthpop et le rock à guitares.

Le gaillard est planté seul dans une structure futuriste noire et dentelée. Il est entouré de ses plus fidèles serviteurs, des claviers en tout genre et une kyrielle de guitares. Juste au-dessus, un grand carré projette des éclairs blancs, parfois aveuglants.

Dès les premiers accords, Yodelice plonge son auditoire dans un univers sonore contemporain, presque visionnaire. Difficile même de cataloguer cette musique venue d’ailleurs. De nombreux spectateurs s’interrogent même quant à l’opportunité de programmer un tel artiste lors d’un festival qui se veut avant tout familier. Sans doute que le pluralisme a été plus fort que la réflexion.

Les riffs de guitares de « Desires never die » se mêlent aux boucles des claviers, dévoilant une solution qui n’est pas sans rappeler les beaux jours de Depeche Mode, une bonne dose de psychédélisme en plus. Le mimétisme de la signature vocale, est lui aussi impressionnant. Mais quel est donc l’artiste qui se produit sur les planches ? Dave Gahan ?

L’utilisation d’une série d’effets sur « Cutting like a knife » rend l’intensité monstrueusement délicieuse, sans oublier ces jets de lumières qui diffusent des ondes, comme le claquement de l’eau sur le rocher.

Plus le set gagne du terrain et plus l’électro s’inscrit résolument dans une esthétique new wave, soutenu par une boîte à rythmes dont les beats sont tentaculaires.

Les sonorités, rehaussées par des effets de réverbération, créent une atmosphère froide, mais elles parviennent malgré tout à soutenir des mélodies souvent peu accessibles au mélomane lambda, il faut le signaler. Quant à la voix de Nucci, souvent enveloppée dans des échos et des effets de saturation, elle devient une arme de guerre, entre douceur et violence, comme sur ce « Vampire » aux dents acérées.

Au terme d’un show qui a duré une heure, Yodelice peut se targuer d’avoir réussi le pari de capter l’essence même du côté bruitiste des sons électroniques pour les marier habilement à un composant plus organique, témoignant de la créativité et de l’évolution de l’artiste.

Direction maintenant la Place des Arts pour y assister au concert de Kyo, le dernier groupe à se produire ce soir.

Pas mal de fans ont enfilé des t-shirts à l’effigie du band, preuve que la popularité du band n’a pas faibli au cours des deux décennies.

C’est pendant leur scolarité dans un collège des Yvelines, en Ile-de-France, que Nicolas Chassagne, Benoît Poher et les frères Fabien et Florian Dubos se rencontrent et décident de fonder Kyo, une appellation qui s’inspire des mangas japonais et de jeux vidéo.

Le quatuor sort un premier LP en 1999, « Pour toi ». Le succès n’est pas au rendez-vous. C’est grâce au second, paru en 2003 et intitulé « Le Chemin » –dont le titre éponyme, partagé en duo en compagnie de la chanteuse néerlandaise Sita– qu’il finira par s’imposer. Afin de fêter dignement ses 20 années d’existence musicale, le combo a décidé de rééditer ce disque en y ajoutant des bonus. On y retrouve, certes leurs succès, mais aussi des duos iconoclastes.

Changement de line up quand même, puisque Jocelyn Moze, est désormais préposé aux fûts, ce qui apporte une nouvelle dimension aux compostions.

Les musicos font leur apparition sur « Sad day », choix étrange pour une entrée en la matière. Un constat ! Les gars ont morflé physiquement. Au programme donc : rides, cheveux ‘poivre et sel’ et boucs aux poils hirsutes. Même les dreadlocks de Florian Dubos ont disparu pour faire place à une coiffure davantage dans l’air du temps. Certains parleront d’un cap qu’ils viennent de passer, d’autres de maturité.

Poher poursuit son tour de chant par « Contact » et ses riffs de guitare puissants. Mais c’est sur « Le chemin » qu’il va fédérer, une chanson autrefois interprétée en compagnie de Sita et plus récemment par Stéphane, mononyme d'une auteure-compositrice-interprète suisse. Un titre qui mènera le combo… vers la voie du succès !

Bien entendu, la fan base reprend en chœur ce refrain d’une composition devenue mythique et qui a su traverser les âges et les époques, l’intemporalité de Kyo n’étant plus désormais à prouver.

« Je cours » raconte le destin d'un adolescent, rejeté de tous, qui cherche le bonheur malgré lui au sein d’un univers ténébreux. L’impact de cette compo est profond. Musicalement, bien sûr, mais aussi surtout parce que le sujet est malheureusement toujours d’actualité.

Si la recette de Kyo repose avant tout sur des textes introspectifs et des accords passe-partout, elle n’en demeure pas moins efficace. Une bande son moderne comme sur ce spectaculaire « Tout envoyer en l’air ».

Tandis que les sixcordes s'électrisent, le groupe jette un regard oblique et incisif sur la société ainsi que l'industrie musicale à travers des « Poupées russes » : ‘Dans la musique il y a des farces et les graines du futur / Et si souvent des coups d'État, parfois des investitures’.

Alors que la tournade Kyo s’abat de plus belle sur le site de Suarlée, la dynamique se poursuit par « Dernière danse », sublime ballade que Poher et Cœur de Pirate, avaient interprétée en duo, en 2023.

Dans un registre plus sombre, sur fond de violence familiale, de maltraitance et d'alcoolisme, « Sarah », vient apaiser les esprits, mais conforte les certitudes : Kyo est taillé pour le live.

Que l’on aime ou pas ses relents post-adolescents et sa pop facile, Kyo fait preuve de fausse perversité en proposant un show d’une qualité rare. En se positionnant durant une heure en mode ‘best-of’, cette formation montre ainsi à ses détracteurs les plus virulents qu’il dispose encore suffisamment d’énergie, de maîtrise et de pugnacité pour tenir encore au minimum 20 années de plus.

La recette Kyo est d'exploiter au mieux un terrain de jeu qu’il connaît parfaitement, un espace à la signature reconnaissable, un renouveau dans la direction artistique ainsi que de la précision dans le travail d’écriture et de réalisation.

Chapeau bas Messieurs !

Il est minuit lorsque le set s’achève. Cette seconde journée plus pop que la précédente a montré ses forces et ses faiblesses musicales et artistiques. Quoiqu’il en soit, la découverte a été de mise !

Les festivaliers prennent congé de leur hôte d’un soir. Demain est un autre jour…

(Organisation : Les Solidarités)

 

 

 

Les Solidarités 2025 : vendredi 22 août

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Si le festival des Solidarités se déroulait jusqu’alors à la Citadelle, il a pris ses quartiers sur le site d’Ecolys depuis 2023, à quelques minutes du centre-ville de Namur, en raison des travaux nécessaires à la restauration complète du Stade des Jeux et du Théâtre de Verdure.

Les Solidarités devront attendre au moins trois ans avant de revenir sur leur site historique. En attendant, le festival va peut-être devoir déménager une fois encore, car certaines entreprises souhaitent s’installer dans le zoning. Une affaire à suivre donc…

Les puristes se rassureront, le nouveau site est pour le moins plus facile d’accès, plus étendu et surtout permet une meilleure fluidité de déplacement.

Le festival des Solidarités est singulier car il est fédérateur d’un bien vivre ensemble, de justice sociale et de lutte contre les inégalités.

Durant trois jours, il offre une programmation musicale particulièrement qualitative. Mais pas que puisqu’une kyrielle d’activités sont organisées autour des thématiques précitées, telles que conférences, spectacles pour enfants, activités ludique, découverte de la culture hip-hop, programmation off des associations, etc. L’offre est telle qu’elle en donne le tournis !

Depuis ses débuts, les Solidarités soutiennent des artistes émergents ou des découvertes ‘coup de cœur’. On pense à Clara Luciani, Aya Nakamura, Hoshi, Juliette Armanet, 47ter, Gauvain Sers, Rori, Suzane… invités lors de leurs débuts scéniques et dont on connait maintenant le formidable parcours.

Si en 2023, de nombreuses critiques avaient été formulées, notamment en ce qui concerne la mobilité, il faut reconnaître que, cette année, les organisateurs ont remédié au problème. Ainsi, notamment, de nombreuses navettes effectuent des trajets de et vers la gare ferroviaire et l’aérodrome. De même, l’espace sur le site a été agrandi permettant une meilleure fluidité de déplacement.

Deux scènes de taille quasi-identiques se côtoient, ‘La place des Arts’ et la ‘Scène PV’. Cette dernière est installée à proximité d’une grande roue, elle aussi, sponsorisée par le même groupe. En revanche, la scène iconoclaste baptisée ‘Magic Mirrors’, empreinte de magie et de mystère, a malheureusement disparu. Elle laisse place à un grand chapiteau, nettement plus impersonnel, mais plus confortable. Il a été judicieusement baptisé ‘L’escale’.

Pour cette première journée de festival, les organisateurs ont fait fort en misant sur le rock puissant en invitant des formations comme Hollywood Porn Stars, Ghinzu ou encore dEUS.

Lorsque votre serviteur débarque sur la plaine, il est 17 heures. Hollywood Porn Stars est prêt à entamer son set.

La foule est déjà bien compacte. Les familles sont assez peu nombreuses, les artistes programmés ce vendredi se prêtant sans doute mal aux oreilles fragiles des bambins. Il en faut pour tous les goûts !

Le combo célèbre, pour la circonstance, son vingtième anniversaire. Les enjeux sont donc importants ! Comment le public va répondre aux sollicitations de ceux qui, de post-adolescents, sont devenus de jeunes adultes bien installés dans leurs vies respectives ?

Après avoir balancé au public un « Ben’s Dead » bien pêchu, un titre figurant sur l’album Satellites (2007), Sinatra déclare : ‘Vous ne travaillez pas à Namur ?’, afin de provoquer une foule déjà dans l’ambiance foutraque du quatuor.

Très vite, les notes de « Money » fusent, une compo issue de « Year of the tiger » (2005) à travers laquelle les grattes s’expriment autant librement que les voix d’Anthony Sinatra et Michael Larivière.

Ces quadras n’ont rien perdu de leur énergie. Si le succès, la sortie de disques, les tournées et les expériences passées auraient pu modifier la manière de concevoir les événements, l’insouciance de leurs débuts n’a pas changé d’un iota. On dirait deux grands gamins qui s’amusent dans la cour de récré.

Des titres qui loin de s’étioler, restent parfaitement dans l’air du temps. Et ce n’est pas « Andy », entre électricité et émotion, qui démontrera le contraire. Aucun doute, HPS s’est construit pour traverser les âges et les générations.

Loin de se reposer sur ses lauriers, le combo a proposé tout récemment de nouveaux titres, comme ce « Peach Bomb » à la fraicheur absolue. Une chanson second degré derrière laquelle se cache John Goodman (Nada Surf, Sun Garden, etc.) et qui décrit avec beaucoup de légèreté la métaphore de la dangerosité des décisions prises par les dirigeants de ce monde et de leurs conséquences, à l’instar de querelles qui éclatent entre gosses dans une cours d’école.

Le set se poursuit dans une énergie folle. Les guitares saturent, que ce soient la Stratocaster ou la Telecaster. Les frontaux rugissent de plaisir, notamment lorsque les énergumènes frottent le manche de leur instrument sur les retours placés à l’avant du podium. Les cordes doivent morfler sec !

Les briscards du rock se déchaînent sur des compos inaltérables, comme « Fonzie », « Islands » « Fugitive » ou encore le récent « 6th of october ». Mais c’est encore le légendaire « Actarus », et son refrain entêtant, qui remporte les suffrages auprès des aficionados. Résultat des courses, le lien entre les nouveaux et anciens titres réside encore dans la spontanéité, l’énergie et l’instant.

A l’exception du drummer, Benoît Damoiseau, les autres membres du groupe sont restés identiques. Une belle histoire d’amitié les réunit.

Dire que Hollywood Porn Stars a failli ne plus jamais se produire dans l’un des festivals, programmé par Denis Gérardy, le Directeur des Solidarités. En effet, la première fois que le groupe a été invité par ce dernier, le concert s'est terminé en bagarre homérique. Ainsi, certains musicos du band, assoiffés, avaient pioché dans les frigos de la loge d'à côté. Et Denis de leur promettre qu’ils ne seraient plus invités dans l’un de ses événements. Comme quoi, il n’y a que…

HPS a livré un concert endiablé prouvant à toute une génération qu’il avait toujours la forme, alors que personne n’attendait plus rien, si ce n’est l’un ou l’autre best-of. Et si My little Cheap Dictaphone ou Piano Club, au sein desquels certains musiciens ont milité, ressuscitaient, eux aussi ?

Sam Savage a ensuite la lourde tâche de succéder aux vieux dinosaures de MLD. Il remplace au pied levé Lucky Love, malade. Une aubaine lorsqu’on sait qu’il était en vacances à 500km, tranquillement installé chez sa mère, les doigts de pied en éventail, comme il aime à le rappeler.

Sam Sauvage s’est fait remarquer par ses clips postés sur Instagram. Il affiche un air de dandy, un peu à la manière de Pierre De Maere que les Solidarités ont eu le plaisir d’accueillir lors de l’édition précédente.

Il entre sur scène, l’air hagard et complètement désarticulé dans son costume-cravate de couleur gris clair et… ses chaussettes roses.

Auteur-compositeur-interprète, Sam Sauvage s’essaie avec beaucoup d’aisance entre chanson et pop française à l’instar de ce « On est là » et son gimmick très singulier (‘amor, amor’) où l’on perçoit, ci et là, des intonations à la Stromae.

Les cheveux hirsutes à l’instar d’un savant fou, le jeune homme emmène son public dans son univers déluré et instable où « Les gens dansent ».

Soutenu par un seul préposé à l’aise tant aux claviers qu’à la gratte électrique, Sam prévient les « Les âmes sensibles » lorsqu’il évoque des moments de malaise liés à son apparence et une quête d’identité artistique à travers son style. Aujourd’hui, à le voir sur les planches, il semble avoir surmonté cette période difficile.

Entre liberté, désamour et jeunesse désinvolte, le garçon solitaire s’épanche encore un peu plus en interprétant la jolie cantine « Ali roule de nuit », un récit poétique, porté par un personnage nommé Ali, taximan, chargé de reconduire Sauvage à son domicile, après une nuit que l’on devine imbibée.

Hugo Brebion, à l’état-civil, manie la plume et les mots de façon ciselée et romantique. Grâce à des textes délicats à la fausse candeur, l’artiste est parvenu à s’attirer la sympathie du public.

Malgré ses apparences, sa dégaine et ses pas hésitants, le bonhomme promet qu’il n’est « Pas bourré » sous les cris hilares d’une foule compacte.

Après un set d’une heure, Samy a gagné son pari. Faire découvrir son univers et gagner la sympathie d’un auditoire qui n’était pas nécessairement venu pour lui.

L’artiste suivante à se produire sur la scène P&V est Charles, son patronyme se référant à son papy dont elle vouait une admiration sans faille.

La demoiselle est vêtue d’une jupe assez courte (laissant entrevoir des guiboles bien en chair), d’un long t-shirt et chaussée de grandes bottes noires, lui conférant un petit air d’écolière effarouchée.

Les fans sont essentiellement constitués de jeunes gens, ravis de revoir celle qui participait, il y a quelques années encore, à ‘The Voice’, comme candidate.

La native de Braine-le-Château explore un univers singulier, au sein duquel elle nous réserve des chansons sensuelles, qui épousent la courbe de son existence. Des titres qui racontent ce qu'elle vit ou qu'elle observe dans son entourage. Vu son jeune âge, cette conception risque évidemment d'évoluer rapidement.

Après un premier Ep et un premier album, tous deux remarqués, deux disques dont le ton fascinant nous plonge au sein d’univers dark-pop alternatif, Charles a décidé d’adopter une esthétique punk et pourpre pour présenter un projet audacieux, au cours duquel, elle raconte ses histoires captivantes en français.

Son nouvel Ep, baptisé « Sabotage », s’érige comme le récit initiatique chaotique et formateur d’une nouvelle femme forte, nourrie par les expériences et les mélodrames de sa petite vingtaine. Il lui permet d’enfin de faire éclater sa bulle à nos visages et à nos cœurs.

La grande nouveauté de ce disque procède au recours, aussi bien de la langue de Molière que de Shakespeare. Un défi fou et laborieux, mais surtout un exercice formateur pour celle qui a toujours douté de ses capacités dans son idiome maternel.

Pour Charles, ce choix a toujours été purement affinitaire, et l’introduction du français sur « Sabotage » découle surtout d’une envie d’explorer d’autres horizons.

Elle entame donc son tour de chant par un « Never Fair », figurant sur l’elpee « Until We Meet », afin de mettre tout le monde d’accord sur son potentiel.

Loin du mythe selon lequel on traduit plus facilement ses secrets dans une langue étrangère, Charles affronte ses vices et ses histoires avec la même hargne, en français. En témoigne ce texte fort sur les abus de la drogue, « Le Marbre ». Une compo qui désarçonne un peu les fans de la première heure.

Mais, très vite, les craintes se dissipent dès « Without You » qui constitue le moment solennel de cet après-midi.

Si le concert de Charles avait des airs inoffensifs, incitant à s’étendre sur l’herbe fraîche, il en est tout autrement pour Ghinzu, car la place des Arts, qui doit l’accueillir, est essentiellement constituée de béton. S’assoir sur le sol s’avère plutôt pénible pour les fesses !

Il est environ 20 heures 10’ lorsque Stargasm et son team débarquent sur l’estrade. Ils sont parfaitement à l’aise.

Chaussé de ses habituelles lunettes noires fumées, le leader est suivi par une bande de joyeux drilles. En l’occurrence le bassiste Mika ‘Nagazaki’ Hasson, le guitariste Greg Remy, le drummer Antoine Michel et le claviériste/guitariste Jean Montevideo, également préposé aux backing vocaux.

Le bassiste affiche des faux airs à la Kévin Bacon, un acteur, producteur, réalisateur et compositeur américain notoire pour son film musical ‘Footloose’ ou encore pour avoir endossé le rôle de méchant dans une kyrielle de longs métrages, dont ‘Sleepers’ et ‘Hollow Man’.

Le look du sixcordiste ne passe pas inaperçu, non plus ! Il a pour habitude de pimenter les shows de l’une ou l’autre frasque selon l’humeur et l’endroit au sein duquel il se produit. S’agissant d’un lieu hautement familial, gageons qu’il n’en fasse pas de trop, n’en déplaise aux esprits chagrins.

Le set débute par « Wowa », un nouveau morceau qui annonce la sortie d’un quatrième long playing studio. En tout cas, une compo toute droite tirée de l’univers énergisant de la bande à Stargasm.

Mais c’est encore « Cold Love », issu de « Mirror Mirror », aux riffs de guitare tranchants et à la rythmique schizophrénique, qui recueille tous les suffrages au sein de la foule. L’ambiance en est déjà à son paroxysme alors que le concert vient de commencer.

Très inspirés, « Jet Sex », « Cockpit Inferno » ou encore « Dragon » maintiennent la pression.

Bien punk, des titres emblématiques tels que « Do You Read Me ? » ou « The Dragster Wave » ne sont pas oubliés.

Le sixcordiste reste sage, ne (s’)accordant que l’une ou l’autre rare pitrerie. Mais la tension monte d’un cran lorsque le quintet interprète le trépidant « 21st Century Crooners », le frontman se laissant aller à quelques pas de danse osés.

Il faudra attendre l’incontournable « Blow », plage d’ouverture de l’elpee éponyme, pour que le groupe s’attirer l’adhésion des plus perplexes. Toujours aussi punchy, cette compo conserve une place de choix dans le répertoire de la formation.

Le concert prend fin. Reste à savourer ce qui constituera un dessert de choix. En l’occurrence « Mine », un titre explosif pour lequel Stargasm s’empare de la basse de son acolyte, lui-même se chargeant désormais des six cordes électriques. Un cross-musical en quelque sorte qui prouve, une nouvelle fois, que les artistes, souvent, sont de vrais virtuoses.

La fin est digne de l’apocalypse, les musiciens se livrent à fond pour marquer de leur empreinte une prestation cinq étoiles.

Malgré le poids des années, Stargasm n’a ni perdu de sa passion, ni de son énergie. Plaisir intense, satisfaction immense et résultat garanti.

Très vite, les amateurs de rock pressent le pas pour se rendre au plus proche du front stage de la scène P&V afin d’y assister à la prestation de dEUS. Et cerise sur le gâteau, il y interprétera son premier elpee, « Worst Case Scenario », un disque ‘laboratoire ‘, intéressant, certes, mais par le meilleur selon votre serviteur. Rien ne pourra détrôner « The Ideal Crash », le troisième opus, dont les riffs résonnent encore aujourd’hui dans ses portugaises.

Cependant, « Worst Case Scenario » reste l’œuvre qui a ouvert la voie au rock belge dans sa conquête du monde.

Après une intro au cours de laquelle on entend une voix quasi-inaudible baragouiner quelque chose en français, « Jigsaw You » est servi en guise d’ouverture. Une compo gentillette qui contraste avec l’énergie débridée de « Via » et la basse entêtante de Stef Kamil Carlens qui signe un retour historique et s’exprime pleinement sur « W.C.S (First Draft) ».

Il faut attendre « Shake Your Hip » afin que le violon, jusqu’alors limité à quelques soubresauts timides, rencontre, de manière brutale, son archet.  Il martèle alors les cordes sans ménagement et les fait vibrer jusqu’à extinction. Un jeu dangereux auquel Barman attache peu d’importance, le frontman préférant vociférer comme un forcené dans son micro sur « Great American Nude ».

Cette compo et « Right As Rain » avaient permis au combo anversois de devenir le premier groupe de rock belge à être diffusé sur la chaîne MTV.

Alors que les guitares saturées s’affolent au gré des compos, le préposé aux fûts semble éprouver quelques difficultés à maintenir le rythme. Heureusement le downtempo « Hotellounge (Be The Death Of Me) » vient casser cette dynamique fofolle tout en offrant un peu de repos au combo et … aux portugaises des milliers de personnes qui sont venues en masse afin d’assister à ce spectacle.

Répit de courte durée, puisqu’après une seconde brève (seconde) intro, le flamboyant « Suds & Soda » prend le relais. Sans doute la signature la plus caractérisée de dEUS et le morceau le plus attendu, provoquant chez le public des mouvements dangereux, proche d’une situation ‘pogotique’ hallucinogène.  Un hymne synonyme de lâcher-prise, de communion et d'abandon.

« Divebomb Djing » vient ponctuer ce concert-hommage à un album qui a marqué la face du rock noir-jaune-rouge. « Worst Case Scenario » a probablement suscité des vocations auprès d’une certaine forme de jeunesse.

La douceur de cette nuit d’été s’est invitée pour le concert de Zaho De Sagazan.

La demoiselle est une auteure-compositrice-interprète et musicienne française. En mars 2023, elle publie son premier album, « La Symphonie des éclairs », et se forge rapidement une belle notoriété.

En février 2024, elle est nommée dans cinq catégories de la 39èmecérémonie des Victoires de la musique, et elle remporte quatre prix, dont ceux de la chanson originale et de l'album de l’année.

Elle commence à diffuser des vidéos sur Instagram, dès 2015. Elle s’y met en scène pour interpréter de nombreuses reprises et quelques compositions originales. En 2016, pour sa toute première scène, elle interprète « La Bonne Étoile » de -M- au théâtre Simone Veil de Saint-Nazaire lors du Concert Salade des ‘Irréductibles’ du lycée Aristide-Briand, auquel elle participera jusqu'en 2019.

Son curriculum vitae fait apparaître une participation dans l’émission de téléréalité ‘The Voice’. Décidément, ce show cathodique est une machine à tubes. On y fabrique des artistes comme des petits pains. Et pas toujours de qualité, malheureusement !

Très vite, ses musiciens ouvrent le bal. Alors qu’elle n’affiche qu’un quart de siècle, la jeune dame s’épanche alors lourdement, mais sobrement et efficacement, sur ses 10 ans de dépendance au cannabis dans « Aspiration », une chanson à texte dominée par l’électro, mais consolidée par les interventions de Rémy, Tom, Simon et Greg, ses amis, comme elle aime à le souligner.

Elle se confie avec « Tristesse », dans un français précis, sur ses désirs amoureux, appuyé par des oscillations aériennes et cosmiques, alors que les arrangements soignés, embrassent ci et là une onde électronique. La tristesse qui se dessine sur son visage décrit mieux que les mots, le spleen qui la transperce de part en part.

La demoiselle déclame sa poésie frénétique par des mots simples, mais qui ne sonnent jamais creux. Elle transforme sa fragilité en force tranquille et se démarque en imposant une version moderne de la ‘nouvelle’ chanson française.

A travers « Dis-moi que tu m’aimes », Sagazan chante l'amour, parce que les chansons sont faites avant tout pour cela. Ne dit-on pas qu’il est universel et dépasse les frontières. Depuis la nuit des temps, ce sentiment impalpable, incolore et inodore, accompagne les hommes et les femmes.

La poésie de l’artiste est délicate, les mots sont doux. Elle est fragile et timide à la fois, mais, à travers son répertoire, elle démontre qu’elle sait ce qu’elle veut.

Elle entraîne l’auditoire, dans son univers feutré, lentement, progressivement. La foule écoute et savoure, religieusement. Et lorsque « La Symphonie Des Eclairs » retentit (titre éponyme du premier elpee studio de l’artiste), c’est l’explosion ! Son interprétation grave lui confère quelque chose de théâtral. Le public devient acteur et spectateur.

Et ce n’est pas le petit Romain Huberland, 11 ans, qui dira le contraire. En s’approchant des barrières, elle invite le jeune garçon à s’exprimer sur le refrain. De toute évidence, ce gamin a un don pour la chanson. Un moment suspendu comme il en existe peu et dont il se souviendra sans doute durant toute son existence.

Grâce à ce titre, Zaho de Sagazana confirme son statut d’artiste avec un grand ‘A’. Et quand la tempête s’apaise, l’orage prend le relais et gronde tout au long de « Ne Te regarde Pas », une compo où l’électronique reprend le contrôle d’un spectacle… éclair.

Alors que « Dansez » invite les uns et les autres dans un ‘move your body » déchirant, la chanteuse s’émancipe et créée la surprise en osant une reprise exceptionnelle et personnelle d’un titre du regretté David Bowie, « Modern Love ».

Il est près de 23 heures 35 lorsque le show se termine. A minuit, se produit The Avener, de son vrai nom Tristan Casara, un DJ français d'électro house.

Trop peu pour votre serviteur qui doit encore emprunter le bus pour regagner son véhicule garé sur l’aérodrome de Temploux, un des parkings de délestage.

Une première journée sans accro, ni embûche. La météo, souvent capricieuse, n’a pas joué les trouble-fêtes.

La journée du samedi sera davantage axée sur la découverte. Quant à celle du dimanche, elle se focalisera davantage sur des artistes déjà un peu plus confirmés. A demain !

(Organisation : Les Solidarités)

Botanique (Bruxelles) : les nouveaux concerts (update 22/08/2025)

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BOTA BY NIGHT
Mount Kimbie • Ariel Zetina • Erykah •
Gloom Club: Nazar (live) • Gloom Club: Lara Renner
sam. 27 Sep, 2025 : Orangerie + Rotonde (Doors : 22.00)

LE SAMEDI 25 OCTOBRE AU MUSEUM :
Seismic

http://www.botanique.be

Hollywood Porn Stars

Je n’aimerais pas avoir 20 ans aujourd’hui, ce serait trop lourd à porter…

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Méfiez-vous de l’eau qui dort ! Une expression singulière pleine de sens pour l’un des groupes belges les plus prolifiques de sa génération, Hollywood Porn Stars !

Le combo s’est reformé quasi de manière inattendue dans le cadre du vingtième anniversaire de son premier opus et ce pour quelques dates.

A travers un concert à l’énergie brute dans le cadre du festival Les Solidarités, Anthony Sinatra et Michael Larivière (alias Redboy) ont une nouvelle fois prouvé à toute une génération de fans qu’ils avaient gardé l’insouciance de leurs débuts par le biais d’une salve de titres parfaitement dans l’air du temps, malgré le poids des années.

Alors qu’ils viennent de quitter leur public, les deux chevilles ouvrières sont à pied d’œuvre pour une série d’interviews, preuve que leur popularité n’a pas changé d’un iota.

Anthony Sinitra s’entretient auprès d’un confrère ; donc, seul Michael Larivière – alias Redboy, se chargera de répondre aux questions de Musiczine.

Michael, vous revenez en force grâce à de nouveaux singles (« 6th of October » en 2024 et « Peach Bomb » en 2025). Comment définirais-tu le groupe artistiquement par rapport aux débuts de Hollywood Porn Stars ?

Nous sommes restés fidèles à nous-mêmes ! Nous sommes ici pour fêter les vingt ans de notre premier album (NDR : « Year Of The Tiger »). Nous ne souhaitions pas revenir sur le devant de la scène les mains vides. Accomplir une tournée best-of et ne proposer que des titres anciens, n’est pas une démarche dans laquelle nous souhaitons nous inscrire. Nous avons donc effectivement composé deux nouveaux titres. Pour ta parfaite information, nous travaillons en ce moment sur quelques nouvelles compos. Au niveau du style, je ne sais pas. Tout ce que je peux te dire, c’est que les retours du public sont très positifs, ce qui procure évidemment un plaisir immense. Artistiquement, je crois que nous sommes restés assez contemporains. A vrai dire, à aucun moment, nous ne nous sommes jamais posé la question de savoir sous quel angle nous allions aborder ces chansons. Nous avons fait ce que nous sentions !

J’imagine que le succès, la sortie de disques, les tournées et vos expériences passées modifient la manière de concevoir les évènements ? Dirais-tu que vous baignez l’un et l’autre dans une forme d’insouciance comme à vos débuts ?

Durant 15 ans, nous n’avons fait qu'enchaîner disques et tournées. Nous abordons la quarantaine aujourd’hui ! Ce rythme effréné nous a conduit à arrêter il y a quelques années déjà. Nous n’avons jamais vraiment splitté, mais l’idée de passer de salles en salles, ne nous convenait plus. Nous ressentions le besoin de passer autre chose, tout en restant dans le domaine musical. Anthony travaille comme éditeur pour un label. Moi, je fais du coaching pour des concerts. Puis, petit à petit, l’envie de se produire s’est doucement fait sentir à nouveau. Et afin de marquer le coup du vingtième anniversaire de notre premier album, l’idée de remonter sur scène est alors apparue. Nous avions alors booké une seule date à Liège. Le public s’est déplacé en masse puisque 1 500 personnes se sont donné rendez-vous. Ensuite, naturellement, les demandes de nous produire en festival se sont enchaînées. Mais, je te confirme que nous ne sommes plus du tout dans la même optique qu’autrefois. Ce n'est plus notre vie aujourd’hui !

Les titres de vos précédents albums n’ont pas pris une ride et s’inscrivent même dans l’air du temps, entre électricité et émotion. Peut-on affirmer qu’HPS est un groupe taillé pour traverser les âges et les générations ?

Nous avons passé du temps au stand merchandising juste après le concert afin d’y rencontrer le public. Si certains découvraient notre univers, d’autres, au contraire, connaissaient parfaitement le groupe. Pas mal de Français ont effectué le déplacement car nous y avions joué en son temps. Nous avons été surpris de voir les enfants accompagner des parents qui, jadis, constituaient notre public. A titre anecdotique, nous avons joué cet été au Ronquières Festival. L'éclairagiste de Zaho de Sagazan est fan de notre musique depuis qu’il est adolescent. Il nous a avoué qu’il avait réalisé un rêve de gosse en regardant notre concert. Les gens qui assistent à l’une de nos prestations passent un bon moment, c’est l’essentiel. On mouille notre chemise ! Il faut pouvoir profiter de l’instant présent. Nous sommes et avons toujours été un groupe de scène.

Si je peux me permettre, je dirais que le pont commun entre les nouveaux et anciens titres, réside dans la spontanéité, l’énergie et l’instant. Est-ce que je me trompe ?

Oui, c’est exact ! Nous avons toujours baigné dans cette dynamique, entre rock puissant, sans être très dur, et indie, tout en ajoutant cette pointe mélodique qui fédère auprès des puristes.

J’ai constaté peu de changement dans le line-up, si ce n’est le remplacement du drummer originel Benoît Damoiseau…

Oui, c’est exact ! Notre premier batteur est impliqué dans un autre projet. Nous pensions tourner avec lui, mais c'était trop compliqué. Le drummer actuel appartenait à notre entourage.

Qu’apporte-t-il de plus ou de différent par rapport à Damoiseau ?

Il est à nos côtés depuis la naissance d’Hollywood Porn Stars. Je ne le comparerais pas au batteur originel, mais on se comprend très vite, il y a un vrai feeling. Il suffit de jeter un regard pour être synchro sur les intensités ou les dynamiques. Si on vrille dans un truc totalement improvisé, il parvient à nous suivre sans aucun problème. On est sur la même longueur d’onde. On se connaît par cœur.

Si le retour d’HPS coïncide avec le vingtième anniversaire de votre premier long playing, le public est-il le même aujourd’hui qu’il ne l’était à l’époque ?

Ceux qui assistent à nos concerts peuvent être d’anciens fans. D’autres, sont nouveaux. Certains viennent en compagnie de leurs enfants. Quel bonheur de voir tous ces gens accrocher de nouveau à l’univers musical de Hollywood Porn Stars. Nous injectons beaucoup d'énergie et le public nous la renvoie. C’était encore le cas cet après-midi lorsque nous avons joué sur la scène P&V.

Craigniez-vous la réaction du public face au retour de HPS ?

Lorsque nous avons rejoué à Liège pour la première fois, l’interrogation était légitime. Depuis, quelques dates se sont enchaînées et tout se passe bien. Nous pouvons donc être rassurés à ce niveau.

Les attentes des mélomanes ont évolué depuis vos premiers essais. Vu l’émergence des plates-formes de streaming et des diktats de l’industrie musicale, comment HPS se positionne-t-il aujourd’hui par rapport à ces nouvelles contraintes ? 

Nous avons baigné dans le milieu musical durant de nombreuses années. C’était notre métier. Nous avions le statut d'artiste et nous ne faisions qu'enchaîner les concerts. En ce qui me concerne, je jouais u sein de deux groupes et j’étais constamment sur les routes. Ce n’est plus notre moyen de gagner notre vie maintenant. Nous nous produisons davantage pour le plaisir. Les contraintes sont donc moins nombreuses qu’auparavant. Pareil pour les frustrations. Développer notre carrière et continuer à remplir des salles ne sont plus des objectifs prioritaires. Notre ambition première est de prendre du plaisir.

Etrangement, vous n'apparaissez pas ou très peu, sur les réseaux sociaux alors que les médias, au sens le plus large du terme, constituent un moyen privilégié pour réseauter efficacement et partager avec son public…

A l’époque, ce genre de réseaux n’existait pas. On n’a pas envie d’adopter ce type de démarche, comme ouvrir un compte Instagram ou TikTok. Lorsqu’il s’agit de communiquer, on utilise la page Facebook du groupe, voire nos pages personnelles si besoin. Loin de nous l’idée de dénigrer ces nouvelles formes de communication, mais nous préférons les utiliser avec parcimonie.

Je me suis amusé à taper ‘Hollywood Porn Stars’ dans différents moteurs de recherche et je suis tombé, dans une majorité de cas, sur des sites à caractère pornographiques. Si je peux comprendre qu’à l’époque, vous cherchiez à vous singulariser en adoptant un patronyme qui dénote, n’est-il pas plus difficile à porter aujourd’hui, soit à une époque du politiquement correct ?

Au départ, ce choix était né d’une blague. Alors que nous n’avions que 20 ans, nous nous sommes inscrits sur un coup de tête au concours Circuit. En une après-midi, nous avons composé trois morceaux. Restait alors à choisir un nom. On venait de voir un reportage sur le côté sombre de l'industrie porno d'Hollywood. L’idée de s’appeler ‘Hollywood Porn Stars’ nous est alors venue à l’esprit. Nous y avions vu une bonne idée pour nous démarquer du reste, puisque très second degré. Nous avons finalement remporté ce concours quelques mois plus tard et nous avons immédiatement signé pour une maison de disques. Ensuite, les concerts se sont enchaînés durant des années. Hollywood Porn Stars était né. En réalité, le nom correspondait davantage à l'état d'esprit dans lequel nous étions, d’une part, et sur les clichés du rock'n'roll et du hard rock avec lesquels nous jouions, un monde très éloigné du nôtre. C’est un choix que nous assumons totalement. On ne va pas le changer 20 ans plus tard, uniquement parce que le band s’est reformé. Mais, il est clair que sur le net, c'est loin d’être facile. A titre d’exemple, quand on a voulu sortir un nouveau titre sur Spotify, la tâche n’a pas été facile pour le rendre accessible. En prenant du recul, toute cette histoire nous fait rire.

« Peach Bomb » est un nouveau titre plein de fraicheur. Il décrit avec beaucoup de légèreté la métaphore de la dangerosité des décisions prises par les dirigeants de ce monde et de leurs conséquences, à l’instar de querelles entre gosses dans une cour d’école. A l’échelle nationale, comment percevez-vous la politique, en général, et par rapport au monde culturel, en particulier ?

Très franchement, nous ne sommes pas très à l’aise avec tout ce qui se passe pour le moment. Faire le parallèle de la case politique avec celle d’une cour d’école était une manière d’avertir du danger que nous courons. Une bombe atomique se trouve sous nos pieds et elle peut exploser à tout moment. Nous vivons une époque étrange et difficile. A nos débuts, nos morceaux n’étaient pas toujours empreints de messages politiques. L’âge et la maturité aidant, on ne peut plus rester insensible face à ce genre de situations, tout en essayant de garder cette légèreté qui nous caractérise. On aborde donc les événements différemment. Nous avons également enregistré « 6th of october » il y a quelque temps. Ironie du sort, il est paru la veille des ignominies qui se sont produites à Gaza ; et ce morceau résume très justement la manière dont nous percevons une époque où nous ne nous sentons pas toujours très à l’aise. Aujourd’hui, les libertés sont nettement plus restreintes que lorsque nous étions jeunes. Je n’aimerais pas avoir 20 ans aujourd’hui, ce serait trop lourd à porter…

Ce morceau a été enregistré en live. Ces conditions nécessitent-elle davantage de préparation ?

Le live est l’ADN du groupe ! Pour le concours Circuit, nous n’avions rien prémédité. Le premier concert est arrivé. Instinctivement, l’énergie s’est emparée de nous. Il y avait quelque chose de fusionnel. Je crois que c’est la raison pour laquelle nous existons encore aujourd’hui. Et lorsque nous enregistrons en live, le naturel revient au galop. Pour l’enregistrement de ce titre, peu de prises ont été réalisées, car la majeure partie du temps a été consacrée à régler les sons. Si ma mémoire est bonne, je crois même que nous avons conservé la toute première prise. Le dernier album de Hollywood Porn Stars « Satellites » a été enregistré dans ces mêmes conditions.

Vous avez collaboré une nouvelle fois avec John Goodmanson qui a mixé et produit plusieurs opus culte, dont ceux de Nada Surf et Sun Garden, notamment. Quelle est la plus-value apportée par cet ingénieur du son en particulier ?

Oui, c’est exact ! John Goodmanson est un producteur américain dont on est très fan. Il a collaboré notamment pour Nada Surf ou encore Blondie. Quand on a bossé avec lui pour le deuxième album, il mixait la moitié des disques qu'on écoutait à l'époque, des trucs plus indés comme Blonde Redhead, Blood Brothers, etc. C'était vraiment le son idéal. On l’a recontacté pour lui dire que HPS se reformait. Il était ravi. Il écoutait toujours le disque que nous avons enregistré à ses côtés. Et ironie du sort, il fait aujourd’hui écouter cet opus à des groupes avec lesquels il bosse désormais. Notre collaboration s’est donc déroulée rapidement et naturellement.

Vous avez été tous deux dans diverses formations qui ont connu un succès d’estime et de critique. Je pense à My Little Cheap Dictaphone ou encore Piano Club. Au même titre qu’HPS, pourrait-on imaginer la résurrection de ces deux monstres sacrés du rock belge ?

Il n’a jamais été question de tourner la page définitivement. Ce sont des épisodes que nous avons mis entre parenthèse depuis environ 4-5 ans. Anthony n’est pas présent, je ne vais donc pas parler pour lui et Piano Club. Mais, en ce qui me concerne, les gens viennent souvent vers moi dans le cadre d’une reformation éventuelle. Disons que nous sommes au stade de la réflexion. Il n’y a rien de très concret pour l’heure.

Anthony a fondé, il y a quelques années déjà, l’ASBL Young Rock. Il a lancé le Liège Rock Festival, un événement organisé pendant cinq ans à la Soundstation et qui a mis en lumière des talents confirmés (Dionysos, Das Pop, ...), mais aussi des formations émergentes telles que Girls In Hawaii. Le modèle économique des festivals peine à perdurer, à cause, notamment, des cachets excessifs réclamés par des artistes confirmés alors que les évènements pourraient être de très bonne qualité en proposant davantage d’artistes émergents. Vous possédez tous deux une longue carrière dans ce domaine, mais comment perçois-tu ce modèle dans vingt ans ?

Je n’en sais trop rien ! J’en ai discuté avec différents organisateurs de festival qui m’ont tous confirmé que le modèle économique actuel était en passe de changer. Il y a clairement des choses à réinventer. Certains festivals connaissent des difficultés pour vendre la totalité des places disponibles. Quant à ceux qui parviennent à faire ‘sold out’, on n’y voit pas toujours les artistes les plus indépendants et les plus locaux. Les contraintes économiques sont telles qu’il va falloir faire cohabiter les grosses têtes d'affiches avec des artistes issus de la Fédération Wallonie-Bruxelles ou belges, en général. Aujourd’hui, les programmateurs de festivals souhaitent aller en ce sens. Mais, il est vrai, que ce n’est pas facile à concilier.

Pour terminer quels sont vos projets ? Avez-vous l’intention d’enregistrer un nouvel elpee ?

Pas vraiment ! Nous n’avons aucun plan, nous vivons plutôt au jour le jour, comme à nos débuts. Mais, nous sommes sollicités, je dois l’avouer. Nous avons sorti deux nouveaux titres et un troisième est en préparation. L’idée était de pouvoir se produire dans quelques festivals cet été. Comme nous l’avions signalé un peu plus tôt, nous avons pas mal tourné en France dans le passé, le public français serait désireux de nous revoir. Très honnêtement, aussi longtemps que l’envie et le plaisir y sont, on continue. Mais plus question de bourlinguer durant des centaines de kilomètres dans un van. On pourrait imaginer y consacrer quelques dates, afin de revoir quelques amis, par exemple, mais rien de concret pour l’instant. Après la saison d’été, nous avons encore quelques concerts sur le feu. Mais dans un an, je suis incapable de te dire si nous serons toujours là.

Les artistes français déclarent souvent que le public belge est le meilleur. Je me demande si le public français est aussi réceptif à votre égard que nous pouvons l’être…

Nous n’y sommes pas encore retournés ! Ce sont essentiellement les programmateurs de l'époque qui aimeraient nous y faire jouer. Nous devons y avoir accompli quelques 200 à 300 concerts et nous y comptons donc quelques fans. Justement, notre label est français (NDR : Naïve). Lorsque nous y serons, on verra si le public est toujours aussi réceptif.

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