Les rituels étranges de This Is The Kit

This Is The Kit sortira son septième opus studio, « Ghost Coat », ce 15 janvier 2027. En attendant, il a partagé le single et « Skim a Stone ». Enregistré au cœur des Rockfield Studios dans la vallée de la Wye, au sud-est du Pays de Galles, ce disque place…

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Enregistré sous Ex:Re

Elena Tonra rompt le silence de son projet solo Ex:Re. La voix du combo indie-folk londonien Daughter annonce la publication de Save As, un nouvel elpee attendu pour le 30 octobre chez 4AD. Pour faire patienter l'auditoire, elle dévoile le single d'ouverture…

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Lex Walton

L’amour éternel de Lex Walton

Fraîchement signé chez Sub Pop, Lex Walton, artiste multidisciplinaire basée à New York, vient de graver son premier album sous ce label. Intitulé « Ultimate Love Forever », cet opus de sept titres se révèle à la fois inébranlable et iconoclaste.

Toutes les compos ont été écrites par Lex Walton, produites par Lex et Dan Boeckner, puis enregistrées, mixées et masterisées par Ben Greenberg chez Thump et Circular Ruin à Williamsburg.

Cet elpee a bénéficié du concours de nombreux invités, dont Boeckner (Wolf Parade, Handsome Furs), Emerson Borakove, Alice Cohen, Brendan Dunphy, Emily Green (Geese), Greenberg (Uniform, The Men), Scotty Malcolm, Sarah Neufeld (Arcade Fire) et Sam Revaz (Geese).

Lex Walton (née Alex) est une auteure-compositrice, actrice, poète en prose et cinéaste américaine dont l’œuvre se caractérise par une confessionnalité sans concession et dont les performances scéniques se distinguent par un masochisme extatique et des mouvements frénétiques. Outre son catalogue d’une douzaine d’albums, d’EP et de singles enregistrés pour la plupart chez elle, elle a également collaboré avec Devi McCallion (Black Dresses, Girls Rituals), Geese et Ezra Furman, rédigé le manifeste de la musique pop « The Sound Rocker's Prayer », et incarné le personnage principal « Circle » dans le film épique de cinq heures de Louise Weard, « Castration Movie Anthology II: The Best Of Both Worlds ».

La vidéo du single « Hipster runoff » est à voir et écouter là

Bodega

Pour Bodega, tout est à l’intérieur de l’aquarium

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Prévu le 9 octobre chez Chrysalis Records, « All Inside Aquarium » marque un changement de cap pour BODEGA. Après trois opus nourris par l’héritage post-punk de Talking Heads, Sonic Youth ou des B-52s, le quintette new-yorkais privilégie un rock plus mélodique et chaleureux, dans le sillage des Stone Roses et de Jane’s Addiction.

Le disque a été enregistré durant une résidence de six semaines dans une église désacralisée de Leeds, sous la direction du producteur Matt Peel (Yard Act, Eagulls). Cette nouvelle étape se manifeste aussi dans les textes, désormais plus poétiques, intimes et moins didactiques. La formation revisite notamment « Slow Train » de Bob Dylan dans une version profondément remaniée, tout en préservant son goût pour les concepts.

Cette sortie coïncide par ailleurs avec un nouveau projet de Ben Hozie. Le guitariste et chanteur annonce son quatrième long métrage, « Jack London Calling », une comédie romantique punk rock dont le tournage doit débuter ce mois-ci à Brooklyn. Nikki Belfiglio, également membre de BODEGA, figure au casting.

Originaire de New York, BODEGA occupe depuis plusieurs années une place singulière dans le rock indépendant américain. Mené par Ben Hozie et Nikki Belfiglio, le quintette s’est révélé au public grâce à « Endless Scroll » (2018), « Broken Equipment » (2022) et « Our Brand Could Be Your Life » (2024), trois disques souvent rapprochés du post-punk de Talking Heads, Devo, The B-52s ou Sonic Youth.

BODEGA ne se limite toutefois pas à cette étiquette. Ben Hozie décrit le projet comme une formation de « rock conceptuel », définie avant tout par l’écriture et une approche musicale ouverte. Son répertoire puise autant dans l’indie rock de Pavement et Guided By Voices que dans le hardcore punk de Black Flag et 7 Seconds, exploré sous l’alter ego NODEGA.

Le clip de « Weather me » est disponible là

 

 

Suecide High

Selon Suecide High, le chaos a son charme

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Suecide High marque le retour au rock frontal de Renaud Mayeur, auteur-compositeur, guitariste et chanteur belge passé par Hulk, La Muerte et Triggerfinger. Pendant plus de deux décennies, il a écrit, enregistré et tourné au sein de formations qui ont laissé une empreinte durable sur le paysage rock national. Puis, il y a une dizaine d’années, il s’est éloigné des planches pour emprunter une trajectoire plus cinématographique.

La musique de film lui a ouvert d’autres perspectives. En abordant les registres classique, électronique et traditionnel, Mayeur a affiné son écriture, élargi ses textures et réappris à laisser respirer les morceaux. Ce détour n’a pas dilué son rapport à la chanson : il l’a resserré. Au fil de son parcours, il a également collaboré auprès de JJ Burnel (The Stranglers) et partagé le podium en compagnie de Captain Sensible (The Damned).

Son nouveau projet s’incarne aujourd’hui dans Chaos Has Its Charm, premier opus de Suecide High. Le disque puise dans la tension brute du rock des années 70, l’urgence punk et la densité du stoner, sans céder à la nostalgie. L’idée n’est pas de rejouer une époque, mais d’en extraire l’élan, la nervosité et le sens du riff pour inscrire ces influences dans une écriture directe, actuelle et personnelle.

Douze titres composent ce long playing tendu, mélodique et dépouillé. Suecide High revendique une ligne claire : less is more. Chaque riff répond à une fonction, chaque refrain vise l’impact, chaque mot cherche sa place. Pas de démonstration gratuite, pas d’arrangement décoratif, pas de posture appuyée. Le combo privilégie des chansons construites pour tenir debout par leur énergie, leur relief et leur précision.

Dans cette économie volontaire, Chaos Has Its Charm trouve son caractère : puissant sans saturation, mélodique sans adoucissement forcé, nerveux sans agitation vaine. On y entend un musicien qui revient au rock en ayant traversé d’autres langages, et une formation qui préfère l’efficacité des compositions aux effets de manche.

Sur les planches, Suecide High entend prolonger cette approche sans surcharge. Le band préparera la sortie par une tournée européenne annoncée pour l’hiver 2026/27, l’occasion de défendre un premier elpee pensé pour frapper juste.

Son clip, "Let the people ride on" est disponible ici

Sparks

Sparks dans la lune

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Sparks, éternel laboratoire de la pop, poursuit son exploration de territoires inédits. Après plus de cinq décennies passées à bousculer les codes musicaux, Ron et Russell Mael ajoutent un nouveau chapitre singulier à leur parcours en publiant Live On The Moon. Ce concert de vingt titres est ici immortalisé dans toute sa dimension lunaire. Cerise sur le gâteau, Cate Blanchett assure l'introduction et la conclusion de l'enregistrement.

Après notre tournée mondiale de 2025, Sparks a répondu à une invitation en vue d'un concert exceptionnel sur la Lune, plus précisément dans le cratère Taruntius, près de Mare Fecunditatis. Nous avons eu l'honneur de devenir la première formation à s'y produire. Plus incroyable encore, l'enthousiasme du public lunaire a dépassé toutes nos attentes : les billets ont trouvé preneur en moins d'une heure en Temps Lunaire Coordonné (CLT).

Ron et Russell Mael déclarent : ‘Merci, la Lune ! Nous adressons également nos remerciements à Cate Blanchett, qui a trouvé une place dans son agenda chargé pour participer à cette aventure et endosser le rôle de maîtresse de cérémonie lors de cette soirée hors norme. Durant les quatre jours de voyage, Cate nous a divertis par une avalanche de plaisanteries sur la gravité et d'autres sujets du même acabit’.

Alors prenez place, fermez les yeux, imaginez ce décor extraordinaire et découvrez « Live On The Moon », le premier disque live intégral de Sparks.

D'ores et déjà disponible en précommande sous la forme d'un double LP marbré couleur lune en édition limitée, ainsi qu'en double CD et en téléchargement, ce nouvel opus se dévoile aujourd'hui à travers un premier extrait, « Whippings and Apologies (Live On The Moon) ». La version originale figurait sur A Woofer In Tweeter's Clothing, paru en 1972.

De retour sur Terre, le duo poursuivra sa tournée durant l'été. Après plusieurs escales japonaises, ses premières apparitions en Nouvelle-Zélande et un retour en Australie, la formation a lancé son périple européen le week-end dernier en donnant deux prestations remarquées à Live At Chelsea et au Kelvingrove Bandstand de Glasgow.

Date restante annoncée pour 2026 :

Anvers, De Roma, le 29/08/2026

La vidéo de « Whippings And Apologies [Live On The Moon] » est disponible ici

 

 

CULK

CULK : entre smog et étoiles…

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CULK a gravé « smogstar », son quatrième elpee ce 4 septembre 2026. Autour de Sophie Löw, également connue sous le nom de Sophia Blenda, la formation viennoise poursuit son exploration d’un présent traversé par les tensions, les élans de liberté et les zones de flou identitaire. Le nouvel opus s’inscrit dans un équilibre instable : l’envie de se perdre, de recommencer ailleurs, mais aussi la crainte de se dissoudre dans le trop-plein urbain. Cette atmosphère se prolonge désormais par le clip de « im strom », disponible ici 

Enregistré et produit par Sophie Lindinger, déjà repérée auprès de Leyya et My Ugly Clementine, « smogstar » marque une respiration après « Generation Maximum » paru en 2023. Là où ce précédent long playing dressait un constat sombre, presque générationnel, CULK cherche cette fois une forme plus directe, moins pesante. Sophie Löw évoque des textes touchés par une vibration particulière, entre sensation de liberté et impression d’être « lost ». Le disque ne renonce pas aux zones d’ombre, mais il laisse davantage circuler l’air entre les guitares, les voix et les silences.

Formé par Sophie Löw, Christoph Kuhn, Johannes Blindhofer et Jakob Herber, le quatuor s’est imposé depuis 2018 par une écriture tendue, introspective, souvent sombre, mais jamais figée. Sur « smogstar », CULK déploie son propos autour d’une ville mentale autant que réelle : nouvelles rues, nouveaux noms, nouveaux visages, comme si chaque déplacement ouvrait la possibilité d’une mue. Les collages urbains et les dessins signés Sophie Löw, proches du roman graphique, renforcent cette impression de dérive au milieu du smog et des lumières.

Musicalement, le band revendique une approche plus brute, nourrie par le noise rock des années 80 et 90, de Sonic Youth à Unwound, tout en regardant vers des signatures plus récentes comme Julie ou Blue Smiley. Les arrangements se veulent moins cérébraux, plus physiques, afin de retrouver ce qui naît lorsque les quatre musiciens jouent ensemble. La voix de Sophie Löw reste le point d’ancrage, mais les morceaux gagnent en dépouillement et en tension organique. Après le single « twenty, eighteen », qui revenait sur les débuts du projet, « im strom » prolonge cette dynamique : un flux où se croisent mouvement, incertitude et désir de transformation. « smogstar » confirme CULK comme une formation attentive aux fractures du présent, capable de les traduire en chansons nerveuses, urbaines et habitées.

 

eightycuts

Les mille destins d’eightycuts

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Nouvelle signature du label Teenage Menopause, eightycuts réunit Siam Coudrais à la batterie et Grégoire Léauté Culioli à la guitare et au chant. Le duo publiera son premier long playing, Thousand Fates, le 25 septembre 2026.

Inspiré par Solénoïde de Mircea Cărtărescu, roman traversé par les rêves, les parasites, les géométries impossibles et les tentatives d’évasion hors du réel, Thousand Fates rassemble sept morceaux chantés, nourris de krautrock et de psychédélisme.

Après « Island », déjà disponible en images, la formation dévoile « Psaume 45 », second extrait de l’opus, accompagné d’une vidéo réalisée par Philomène de Broqua.

Dans ce titre, les répétitions tendues, les bifurcations mélodiques et les textures plus abrasives dessinent une matière mouvante : les motifs se divisent, se répondent puis se transforment, comme si chaque chanson ouvrait une chambre secrète vers la suivante.

Siam Coudrais et Grégoire Léauté Culioli s’appuient sur une batterie nerveuse, des guitares à la fois tranchantes et mélodiques, ainsi que sur les arrangements ponctuels de Frédéric D. Oberland, connu notamment pour Foudre et Oiseaux-Tempête. Le disque installe ainsi une tension entre urgence punk, lenteur hypnotique et narration onirique.

Musicien et compositeur, Grégoire Léauté Culioli a évolué au sein de plusieurs formations, notamment Son Of aux côtés d’Arnaud Mazurel, ex-Jack The Ripper. Il compose aussi pour le spectacle vivant et s’est produit au plateau, notamment à l’Odéon pour Phèdre(s) de Krzysztof Warlikowski, puis en 2025 à la MC93 de Bobigny pour Le Seigneur des Porcheries de Paul Balagué. Il appartient également au Tony Collectif.

Après des études de photographie, Siam Coudrais cofonde eightycuts. Batteur et compositeur, il poursuit en parallèle une réflexion autour de l’image, de l’intensité et de la sensation.

Clips

« Psaume 45 » : https://www.youtube.com/watch?v=1fBDJpEAfgE

« Island » : https://www.youtube.com/watch?v=Oayn6wAV2Qw

Ancienne Belgique (Bruxelles) : les nouveaux concerts (update 9/09/2026)

Écrit par

sam. 19 sept. |
Nothing But Thieves : THREE SHOWS, THREE COUNTRIES, ONE DAY

sam. 26 sept. |
JH DE KUUB presents: Battle District

sam. 10 oct. |
SIZZLEPROOF x AB Club : One Year Anniversary

jeu. 15 oct. |
CREVETTE RECORDS x CARHARTT WIP: 10 YEARS OF DEALING RECORDS

jeu. 22 oct. |
Double Bill: Regan Bowering & Lia Kohl

mar. 19 janv. |
Isaiah Rashad

ven. 22 janv. |
Manassé

mer. 10 févr. |
Cameron Whitcomb

lun. 15 févr. |
JPEGMAFIA

mer. 24 févr. |
aupinard

dim. 07 mars |
Cult of Luna

sam. 13 mars |
Roosbeef

dim. 21 mars |
Graveyard & Blues Pills

mer. 31 mars |
Dressed Like Boys

http://www.abconcerts.be

Peter Kernel

Le cœur brisé de Peter Kernel

Écrit par

Le groupe Peter Kernel vient de partager le single « Heartbreak ». Accompagné d’une vidéo, il raconte le chagrin d'amour non comme un événement soudain, mais comme une présence familière et récurrente, une habitude difficile à abandonner, faite de désir, de nostalgie et d’ironie.

Musicalement, c'est l'un des titres les plus immédiats et mélodiques jamais écrits par le groupe, construit sur la tension entre désirer ce qui fait mal et résister à ce dont on ne parvient pas vraiment à se détacher.

Formé en 2005, Peter Kernel est composé d'Aris Bassetti (guitare, voix, arts visuels) et Barbara Lehnhoff (basse, voix, film). Indépendants depuis toujours, ils publient sur leur propre label, On The Camper Records, développant un univers artistique qui unit musique, arts visuels et design au sein d'une identité unique immédiatement reconnaissable.

Sur « Heartbreak », Peter Kernel poursuit cette trajectoire sans jamais perdre ce qui fait son identité : une pop libre, physique et singulière, capable de transformer les émotions les plus familières en quelque chose de nouveau.

Le clip de « Heartbreak » est disponible là 

Peter Kernel annonce aussi une série de concerts en France au mois de Novembre :

19 Novembre - La Peniche - Chalon Sur Saone

20 Novembre - Des Pies Chicaillent - Rennes

21 Novembre - Festival Invisible - Brest

22 Novembre - Jokers - Angers

26 Novembre - Bruit Blanc - Briançon

27 Novembre - Coop De Mai - Marseille

28 Novembre - Vacarme Exquis - Bourg Valences

The Lost Wave

Le futur de The Lost Wave

Écrit par

Basé à Anvers, The Lost Wave réunit des musiciens belges, néerlandais et espagnols. Cette identité transfrontalière irrigue une musique ouverte, sincère et fédératrice. Le 28 août 2026, la formation publie Becoming, un premier EP de cinq titres retenus parmi plusieurs dizaines de compositions, puis éprouvés sur les planches.

Enregistré aux studios De Kiem, près d’Anvers, cet opus retrace un cheminement intime et collectif. The Lost Wave y aborde le lâcher-prise, la nécessité de fixer ses limites, la traversée des périodes sombres et le retour à la résilience. Son rock alternatif conjugue murs de guitares, mélodies dépouillées, basse funky et duos de six-cordes teintés de psychédélisme et de post-punk.

Des voix tantôt vulnérables, tantôt puissantes, renforcent les contrastes du disque sans en rompre la cohérence. Becoming marque ainsi l’aboutissement d’un parcours consacré au mouvement et à la métamorphose. Par ses chansons comme par ses concerts, le band entend réunir les amateurs de sensations fortes, les passionnés de musique et les âmes solitaires au sein d’un collectif accueillant, où chacun peut se reconnaître.

Pour plus d'infos, voir page 'Artistes' en cliquant sur The Lost Wave, en vert, dans le cadre 'Informations complémentaires', ci-dessous.

TRAVO

TRAVO avance sur terrain vague

Écrit par

Le quatuor portugais TRAVO publiera « WASTELAND » le 2 octobre 2026 sous la bannière de Fuzz Club, en partenariat auprès de Spinda Records et gig.ROCKS! pour l’Espagne et le Portugal. Premier disque du combo chez le label londonien, ce quatrième opus studio marque un virage vers un psych rock plus lourd, traversé par le krautrock, les textures industrielles et une tension proche du metal.

Originaire de Braga, la formation a enregistré ces sept titres au début de 2026 aux ARDA Recorders de Porto. Jaime Arellano, connu pour ses collaborations auprès de Ghost, Ulver et Behemoth, en assure la production, le mixage et le mastering. L’écriture s’est concentrée sur un peu plus d’un mois de répétitions, alors que les séances étaient déjà réservées : une contrainte qui nourrit l’urgence du long playing sans l’enfermer dans une agitation uniforme.

Après les thèmes fantastiques d’« Astromorph God », TRAVO se tourne ici vers des préoccupations plus immédiates. Techno-anxiété, déconnexion, dystopie, amour, mort, renaissance et quête d’une spiritualité collective structurent le propos. Chaque morceau puise librement dans une section de « The Waste Land », le poème de T. S. Eliot, dont les motifs de fragmentation résonnent dans l’écriture du disque.

Sur le plan sonore, riffs sombres, guitares tantôt harmoniques, tantôt dissonantes, synthétiseurs plus présents et section rythmique précise composent un ensemble dense. Le chant passe du falsetto aux cris et growls, tandis que des charges rapides alternent auprès de développements plus lents et massifs. La formation conserve ainsi l’impact frontal qui caractérise ses concerts, immortalisé lors d’une session KEXP, tout en ménageant quelques respirations ambient.

Le premier extrait, « Burial », ouvre cet univers sur une rythmique pressante, des motifs de guitare anxieux et un chant hypnotique. Son clip officiel traduit cette sensation d’étouffement par une réalisation tendue, fidèle à l’atmosphère du morceau. Plus qu’une simple introduction, le titre fixe le cap de « WASTELAND » : une musique abrasive, compacte, mais attentive aux contrastes et aux ruptures.

Après trois années de tournées européennes, TRAVO transforme donc l’intensité acquise sur les planches en un elpee cohérent, ancré dans les inquiétudes contemporaines. « WASTELAND » paraîtra en vinyle, CD et numérique le 2 octobre 2026. « Burial » et le morceau-titre sont déjà disponibles à l’écoute.

Ministry

Un clip corrosif pour Ministry

Il va sans dire que Ministry n’a jamais été un grand fan de « Hair Mussolini », surtout maintenant qu’il bombarde le peuple américain presque quotidiennement avec des inepties générées par l’IA et destinées à se mettre en avant. Al Jourgensen et ses acolytes ont donc jugé nécessaire de rendre la pareille à « Trumplethinskin » sur un nouveau single sorti récemment, intitulé « We Hate ».

« We Hate » est le deuxième titre extrait du dernier long playing de Ministry, « Hate To Go (Take Out Or Delivery) », qui sortira le 30 octobre chez Cleopatra Records. Il fait suite au clip de « Burned Out », publié en juillet. Cet opus viendra clore une incroyable carrière de 45 ans qui a façonné tout un genre musical.

Depuis 1981, Ministry et Jourgensen sont reconnus comme des pionniers de la musique industrielle, comptant à leur actif 17 albums studio et 8 live, 8 projets parallèles, de nombreuses tournées sur les cinq continents, une autobiographie, deux documentaires et, bien sûr, d’innombrables adeptes et fans dévoués.

Cependant, avant de faire ses adieux, le créateur et passionné de musique Jourgensen a quelques mots à dire dans cet LP sur l’état du monde, ceux qui sont aux commandes et la manière dont nous devrions tous aller de l’avant ensemble.

On y trouve également une dernière collaboration remarquable avec Paul Barker, membre historique du groupe, sur le tout dernier titre « We’re Still Here », aux côtés des contributions des compagnons de scène actuels de Jourgensen : les guitaristes Monte Pittman et Cesar Soto, le bassiste Paul D’Amour, le claviériste John Bechdel et le batteur Pepe Clarke Magaña.

Pour découvrir le clip corrosif du nouveau single « Hate to Go, c’est là

 

 

Abstract Concrete

Le petit monde d’Abstract Concrete

Écrit par

Abstract Concrete publie « Small World », son premier titre inédit depuis son disque éponyme de 2023. Le single s’accompagne d’un clip disponible là

Cette parution intervient après deux tournées européennes menées dans onze pays. Le collectif londonien s’est également produit lors de plusieurs festivals, dont Dig That Treasure et Outer Waves au Royaume-Uni, puis Primavera Festival en Espagne.

Le morceau puise à l’origine dans l’europop yé-yé des années 1960, la physique quantique et Silence de John Cage. Selon la formation, sa conception a ensuite pris une direction imprévue, au gré des transformations du son.

Mené par Charles Hayward, cofondateur de This Heat et Camberwell Now, Abstract Concrete rassemble plusieurs musiciens londoniens issus des courants underground et expérimentaux européens. La formation annonce d’autres informations prochainement.

Roky Erickson

Réédition finale de « The evil one » de Roky Erickson And The Aliens

Fire Records sortira la version définitive de « The Evil One » de Roky Erickson And The Aliens le 30 octobre, 45 ans après sa sortie initiale.

Pour la première fois depuis 1981, cette réédition reprend la pochette originale de l’édition du label 415 Records de San Francisco. Ce double long playing de 15 titres est gravé en 45 tours, pour une profondeur et une clarté sonore maximales.

L’histoire derrière la création de « The Evil One » est sombre. Les 13th Floor Elevators commençaient à se faire remarquer, au Texas et au-delà, grâce à leur single captivant « You’re Gonna Miss Me », mais leur consommation ouverte de drogues psychédéliques leur valait également une attention indésirable de la part des autorités. Après avoir été trouvé en possession de marijuana, Erickson a plaidé ‘non coupable pour cause d’aliénation mentale’ afin d’éviter la prison et a été envoyé à l’hôpital psychiatrique de Rusk, réservé aux criminels aliénés. Au cours de ses trois ans et demi passés à Rusk, il a formé un groupe et a donné forme aux premières versions des morceaux qui figureraient plus tard sur « The Evil One ».

À sa sortie en 1974, son séjour à l’hôpital devient une puissante source d’inspiration. Il forme Roky Erickson And The Aliens et commence à écrire sur les zombies, les démons, les vampires et d’autres sujets du même genre. S’éloignant du blues garage psychédélique des Elevators, Erickson And The Aliens créent alors un son rock plus incisif.

« The Evil One » a été enregistré en 1978 et 1979 sous la houlette du producteur Stu Cook, surtout connu pour être le bassiste de Creedence Clearwater Revival. Ces sessions ont donné naissance à 15 plages, désormais réunis dans cette version définitive chez Fire Records. Les éditions britanniques et américaines précédentes, parues respectivement en 1980 et 1981, proposaient chacune une sélection différente de 10 pistes.

Roky Erickson And The Aliens se sont fait connaître pour leur son féroce, caractérisé par des riffs déchiquetés et distordus, des mélodies merveilleusement étranges et une section rythmique entraînante. Au cœur de tout cela se trouvaient la voix et les paroles incomparables de Roky, brutes et tout à fait singulières, qui conféraient à la musique du groupe un caractère sans équivalent dans le paysage rock de l’époque. Les morceaux de « The Evil One » ont fait l’objet de nombreuses reprises et le groupe a exercé depuis une influence indéniable sur de nombreux artistes.

Dans cette nouvelle édition, les formats CD et vinyle contiennent tous deux des photos et des images rares issues des archives de Craig Luckin, alors manager de Roky et producteur exécutif des sessions d’enregistrement de l’opus.

Joe Nick Patoski, journaliste musical d’Austin, a assisté à une session d’enregistrement de « The Evil One » en 1979 et a rédigé l’essai sur l’elpee figurant dans les livrets du vinyle et du CD. Dans ses notes de pochette, Patoski déclare : ‘Roky a été décrit de toutes sortes de façons, allant du « Salvador Dalí du rock » et de la « figure culte ultime du rock » au « véritable Led Zeppelin » et au « Van Morrison martien’. De nombreux musiciens, dont Tom Verlaine, Patti Smith et Pere Ubu, l’ont cité comme une influence majeure dans leur carrière. Et, à tout le moins, il est considéré comme ‘le patriarche du rock post-Beatles au Texas’.

« Two Headed Dog » est en écoute ici

 

Inauguration du Fonds Pompon au Botanique

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Le 19 septembre, le Botanique inaugurera officiellement le Fonds Pompon, nouvel écrin des archives rassemblées par Jacques de Pierpont, figure majeure des musiques alternatives belges. La bibliothèque du Bota accueillera désormais quelque 3500 pièces — vinyles, CD, cassettes, fanzines, livres, études et objets divers — consacrées aux expressions rock, punk, hardcore, noise ou hip hop issues de Wallonie, de Bruxelles et de Flandre.

Ce fonds prendra la forme d’un legs : le Botanique en recevra la nue-propriété, tandis que Pompon en conservera l’usufruit. Il pourra ainsi poursuivre l’enrichissement de cette collection et y puiser pour ses recherches, ses conférences, ses contributions ou son podcast « Fume, c’est du belge ». L’ensemble ne revendique pas l’exhaustivité, mais il offre un panorama précieux d’une culture souvent documentée à la marge, depuis le rockabilly jusqu’aux courants les plus radicaux.

L’inauguration s’inscrira dans la soirée « Massacrés belges », ponctuée par les concerts de Giac Taylor et Spout Big Space. De 18h30 à 19h15, Pompon animera une première session d’écoute dans la bibliothèque rebaptisée à son nom. Le principe : remettre en circulation des archives sonores, éclairer un artiste, un label, un genre ou un moment de l’histoire musicale belge, puis prolonger l’écoute par le commentaire et l’échange.

Cette première rencontre reviendra sur les compilations « Massacrés belges », nées au milieu des années 2000 en réaction à l’attention accordée aux « Sacrés belges ». Le projet avait choisi d’éclairer une création plus souterraine, du punk à la noise en passant par l’EDM. Deux disques, tirés chacun à 1000 exemplaires et aujourd’hui introuvables, avaient alors accompagné une série de concerts. Le 19 septembre, une sélection issue des quelque 40 titres sera proposée à l’écoute, tandis qu’Étienne Van Sevenant, dit Gourou, l’un des artisans de l’initiative, en retracera l’histoire.

Une deuxième session suivra le 21 novembre, lors du festival « Tough Enough ». Pour participer, il suffit d’acheter une place pour le concert du jour : un courriel invitera ensuite les détenteurs de billet à s’inscrire gratuitement. Les places étant limitées, la règle restera simple : premier arrivé, premier servi.

 

Qui aimeriez-vous voir à Rock Werchter 2027 ?

Écrit par

L’organisation a déjà annoncé que Tame Impala sera la première tête d’affiche du Rock Werchter 2027. Mais il reste encore de nombreuses places sur l’affiche ! Dites-lui qui vous rêvez de vous voir ! De votre groupe préféré à celui que tout le monde devrait découvrir, quels artistes ou groupes aimeriez-vous voir l’année prochaine sur scène ? Partagez vos trois favoris via le formulaire ci-dessous et tentez de remporter le tout premier ticket combi pour Rock Werchter 2027 ! L’organisation a hâte de découvrir vos choix. 

Partagez vos 3 favoris ici !

 

 

Les nouveaux concerts Live Nation (update du 06-09-2026)

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Samedi 19 septembre 2026 - Nothing But Thieves - Ancienne Belgique Club, Bruxelles

Mercredi 20 janvier 2027 - Thomas Green - Bierkorf, Brugge

Jeudi 21 janvier 2027 - Thomas Green - Zuiderspershuis, Anvers 

Vendredi 22 janvier 2027 - Thomas Green - Arco, Gand

Jeudi 28 janvier 2027 - Les Mary Wallopez - Des Roma, Anvers

Mercredi 10 février 2027 - Cameron Witcomb - Ancienne Belgique, Bruxelles

Samedi 13 février 2027 - Cage The Eléphant - De Roma, Anvers

Jeudi 04 mars 2027 - Bonobo - Cirque Royal, Bruxelles

Lundi 24 mai 2027 - Loreen - Cirque Royal, Bruxelles

Samedi 19 juin 2027 – Bazar – De Roma, Anvers

Mercredi 02 novembre 2027 - Agnès Obel - Bozar, Bruxelles

Mercredi 03 novembre 2027 - Agnès Obel - Stadsschouwburg, Anvers

http://www.livenation.be/

 

 

 

 

Concerts Centre Culturel René Magritte (update 06-09-2026)

Écrit par

-  Jeudi 10 septembre 2026 - Salle Magritte - Luther Dickinson trio (Olivier Vander Bauwede & Jan Ieven (El Fish))

Support : Crony and Chum (duo)- Prévente : 22 Euros

 -Vendredi 16 octobre 2026 - Théâtre J.-C. Drouot - Marble Sounds – Prévente : 22 Euros

Pour la fois à Lessines ! Marble Sounds présente son 6e album et les hits de ses 15 ans de carrière.

-Samedi17 octobre 2026 - Salle Magritte - Manu Lanvin – Support : PJDS + Steven DeBruyn-Prévente : 22 Euros.

Chanteur, guitariste et showman exceptionnel. Une figure incontournable du blues-rock français.

- Vendredi 06 novembre 2026 - Salle Magritte - Stéphanie Blanchoud - Support : La Sentinelle de la Chanson – Prévente : 22 Euros.

L'artiste qui s'est beaucoup consacrée au théâtre et au cinéma est de retour à la musique avec un nouvel album.

- Samedi 20 février 2027 - Salle Magritte - Lemon Straw – Prévente : 22 Euros

Pop-rock belge. Chaque concert est tel un moment simple et direct avec le public, comme si les histoires se racontaient dans un grand salon.

- Vendredi 12 mars 2027 - Salle Magritte - The Brooklyn Holdouts – Prévente : 22 Euros

Chris Bergson et Moses Patrou, salués pour leurs albums solos, unissent leurs talents et viennent pour la première fois en Europe.

Soirées Jazz :

2026 - Salle Magritte Lessines / Lessen

-OLEO trio feat. Ruban Hernandez - 24.09.2026

­SOUTH CONNOTATION - 22.10.2026

-WAJDI RIAHI TRIO - 19.11.2026

­MICHEL MAINIL SEXTET - 10.12.2026

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Les Solidarités 2026 : dimanche 6 septembre

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Les organisateurs des Solidarités peuvent se réjouir de la clémence de la météo. Hormis le vendredi où quelques fines pluies éparses ont joué les touble-fête, les journées de samedi et dimanche baignent dans un soleil radieux, idéal pour attirer la foule. Il se murmure d'ores et déjà que cette édition s'avère exceptionnelle sur le plan des ventes.

Du côté de la programmation, l'événement propose une belle affiche. Si le premier volet se centre davantage sur le rock et le second s'oriente vers les familles, ce troisième et dernier chapitre offre un compromis équilibré entre les deux.

Il est un peu moins de 17 heures lorsque la Place des Arts accueille Ben Mazué. C’est l’heure à laquelle votre serviteur arrive à bon port également. Promis à une carrière de médecin, Benjamin Mazuet à l'état-civil opte pour la musique alors qu'il n'a que 25 ans.

Pour ce concert, plusieurs multi-instrumentistes l'entourent. Installés sur des éléments surélevés à des niveaux différents, les musiciens se trouvent ainsi pleinement mis en valeur. L'estrade, elle, est jonchée de fougères ; un décor original qui rapproche l'auditoire de la nature. L'artiste saisit sa guitare sèche sur certains titres, mais une constante demeure : il sautille et parcourt les planches d’un bout à l’autre tel un athlète. Un écran blanc géant domine le podium pour habiller le spectacle en images.

Dès le premier morceau, le leader s'émancipe en descendant au cœur de la fosse. D'emblée, cet amoureux des mots et de l'émotion se dévoile à travers ses compositions. Ses joies, ses peines et ses états d'âme retentissent au gré de ses maux. Auteur-compositeur-interprète, Benji couche ses sentiments sur le papier pour bâtir des mélodies porteuses de sens, pour lui comme pour les autres. Ses récits se révèlent familiers et sincères.

Très loquace, il ressent le besoin d'expliquer la genèse de quasiment chacune de ses chansons. Ainsi, « Quand Je Marche » à peine achevée, il confie l'avoir écrite en s'interrogeant sur la vie et le temps qui passe. Ce titre, couronné par le prix Charles Cros à sa sortie, reste l'un des plus emblématiques de son répertoire, et les spectateurs namurois ne s'y trompent pas en reprenant le refrain en chœur.

L'artiste vient défendre les couleurs de son dernier opus, « Famille ». De son propre aveu, sa tournée aurait dû s'arrêter deux mois plus tôt, mais le succès rencontré a permis d'ajouter plusieurs dates. Les Solidarités en bénéficient, pour le plus grand bonheur des festivaliers. Aujourd'hui marque précisément l'ultime concert de sa tournée. Un élan nostalgique traverse le chanteur et insuffle à sa prestation une intensité particulière.

La famille occupe le centre des débats ce soir-là : celle que l'on construit, celle que l'on regarde grandir et celle qui nous a conçus. Très communicatif, il rappelle que « 10 Ans De Nous » est une composition adressée à la femme qui l'a poussé à embrasser la carrière musicale ; celle-là même qu'il a épousée, qui lui a donné des enfants, et dont il a ensuite divorcé. Les histoires d'amour finissent parfois mal. Il balaie alors l'auditoire du regard où des couples s'enlacent. Il les observe, les envie presque, et confie à haute voix qu'il aurait aimé, lui aussi, prolonger cette union.

Lorsque résonnent les premières notes de « J'attends », sur cette plaine particulièrement dense, une femme apparaît sur l'écran géant dressé derrière le podium. Ben Mazué engage alors par écrans interposés une discussion virtuelle sous la forme de SMS projetés en direct. Ce dispositif, aussi simple qu'efficace, happe instantanément l'assistance. La famille reste chez lui une notion qui le plonge dans un profond spleen et l'interroge sur son envie d'en fonder une nouvelle.

« Nous Deux Contre Le Reste Du Monde » et « Famille », morceau-titre de l'opus, prolongent cette veine intimiste. L'artiste y décrit le foyer tel un cœur autour duquel gravitent les énergies, évoquant une photo aimantée sur le frigo qui formerait une seule et même entité.

« Gaffe Aux Autres », duo enregistré à l'origine sous la forme d'un partage avec Jérémy Frérot, vient ensuite prêcher la bienveillance et l'empathie, valeurs cardinales chez le chanteur. « C'est L'heure » raconte le vertige d'un père devant le temps qui file sur ses enfants. Selon ses propres mots, mieux vaut une belle histoire écourtée qu'une existence médiocre ; une philosophie qui insuffle à « Tailler La Route » une tonalité lucide et apaisée.

« Cette Guerre », qui ouvre habituellement le elpee, résonne ce soir comme un hommage aux combats secrets de chacun. Sur « Rupture », il règle ses comptes par des formules percutantes, déclenchant les rires complices d'une fosse conquise. « Crush » adoucit le propos en narrant l'histoire d'Émilie, qui n'ose avouer ses sentiments à celui qu'elle observe de loin — un récit de courage amoureux que Benji dépeint à merveille.

Intellectuellement torturé, Mazué redonne à la chanson française ses lettres de noblesse. À 45 ans, en pleine maturité, l'homme continue de se chercher et de se réinventer. Il s'épanouit dans ces chroniques du quotidien. Fondamentalement curieux, la nature humaine le questionne, et ses interrogations fusent sans forcément trouver de réponse. Au terme d'un tour de chant d'une heure, il se livre pleinement à travers ses thèmes de prédilection : l'amour perdu, espéré, ou simplement observé chez les autres depuis les planches.

Cap ensuite sur la scène PV, où Imany s'apprête à monter sur l'estrade. Sur le grand écran posé en arrière-plan, un mot s'affiche en lettres capitales : « WOMEN DESERVE RAGE ». L'auditoire s'interroge et cherche la nuance derrière la formule. La chanteuse la lui offre rapidement : les femmes possèdent le droit d'être en colère. Un avis tranché. Si on ne lui connaissait qu'une soul feutrée et un grain de voix mélancolique, l'artiste surprend par son engagement.

La Franco-Comorienne présente « Women Deserve Rage » (2025), son long playing le plus personnel et direct, mêlant pouvoir féminin, réinvention et libération. Après des années de retenue soul, elle revendique ici une parole forte sur l'affirmation de soi. L'artiste a pourtant beaucoup voyagé avant ce tournant. Repérée en 2010 par l'EP « Acoustic Sessions », elle enchaîne avec «The Shape of a Broken Heart » (2011), « The Wrong Kind of War » (2016), puis l'expérience de « Voodoo Cello » (2021) où sa voix s'unissait aux harmonies de huit violoncelles. Une trajectoire qui évoque une Tracy Chapman contemporaine, tant la leader partage cette gravité et cette manière d'habiter un texte.

Fidèle à son nom, qui signifie la foi ou l'espoir en swahili, Imany construit son set comme une traversée. Sur « Your Funeral », elle sollicite directement les aficionados, les invitant à songer aux personnes toxiques de leur entourage. Ce rituel thérapeutique prend un tour inattendu : après un bref échange improvisé, le gouvernement et ses mesures d'austérité s'imposent comme cible collective. Une réponse payante qui rappelle que sa colère trouve un écho concret chez ses fans.

Outre sa formation habituelle, la chanteuse s'entoure d'instruments à vent qui teintent le combo de couleurs soul, en parfaite adéquation avec sa voix éraillée caractéristique. Le sommet émotionnel survient tout au long de « Why Don't You », jolie ballade écrite pour ses enfants, où elle explique que chaque problème finit par trouver sa solution. Une œuvre intime qui touche une large frange du public namurois.

Viennent ensuite les premières notes de « Don't Be So Shy », son titre le plus populaire. Sortie en 2014 pour le cinéma, la chanson décolle l'année suivante grâce au remix des DJ Filatov & Karas, qui la hisse au sommet des classements européens. Des milliers de festivaliers reprennent le refrain en chœur, prouvant que ce tube dépasse le simple succès éphémère.

Le concert touche à sa fin. « I Am Who I Am » permet d'explorer des sonorités plus brutes, véritable manifeste d'émancipation totale dans l'esprit de son dernier disque. Ce morceau referme la prestation sur la note d'affirmation qui l'a traversée de bout en bout. Aux Solidarités, Imany a livré un moment authentique et passionné, révélant une artiste sincère. Rupture, réinvention, renaissance : un triptyque gagnant pour une musicienne à vif.

Retour à la Place des Arts pour retrouver un Christophe Maé fidèle à lui-même.

Si un nom résume deux décennies de chanson française consensuelle, c'est bien celui de Christophe Maé. Né Christophe Martichon à Carpentras en 1975, repéré par le producteur Dove Attia pour incarner Monsieur dans la comédie musicale Le Roi Soleil, l'homme ne se destinait pas à ce genre de carrière. Il interprétait alors du Bob Marley et du Ben Harper dans les pianos-bars du sud de la France, loin des paillettes.

Le succès arrive en 2007 grâce à « Mon Paradis» et son titre fétiche « On s'attache ». S'ensuivent « On trace la route » (2010), « Je veux du bonheur » (2013), « L'Attrape-rêves » (2016) — emmené par « Il est où le bonheur » —, « La Vie d'artiste » (2019) puis « C'est drôle la vie » (2023). Vingt ans de carrière et une bonne cinquantaine de titres débouchent sur un anniversaire célébré en 2025 avec « 50 ans déjà », avant l'ultime opus, « Fête foraine » (2026), qui donne son nom à la tournée.

Sur le papier, la promesse s'avère belle : deux décennies de tubes, un auditoire conquis et des concerts à guichets fermés. Dans les faits, la soirée peine à convaincre. À l'instar de nombreux artistes de variété qui misent sur une sincérité affichée, comme Vianney ou Kendji Girac, Christophe Maé privilégie la proximité et le sourire. Mais l'écriture reste désespérément sage : des refrains taillés pour une mémorisation immédiate, des mélodies solaires qui filent sans surprendre et un univers figé entre la fête foraine et la kermesse de quartier. Les mêmes accords tournent en boucle d'une chanson à l'autre.

Le set défile pourtant à un rythme soutenu. De « Fête foraine » à « La lune », extrait récent écrit en hommage à sa mère, en passant par « Ça va mal », « Une star » ou « J'ai laissé », la formule varie peu : bonne humeur de façade, textes lisses et voix chaude comme unique atout. « Il est où le bonheur », son titre le plus identifiable, tente d'apporter du relief sans y parvenir totalement, car l'ensemble manque de cohérence.

Malgré l'énergie déployée par l'artiste, la plaine commence sensiblement à se vider. Les allées se dégarnissent, les familles amorcent un repli discret vers les sorties. Difficile de trancher : est-ce la faute d'un tour de chant qui peine à retenir l'attention passé le cap de l'heure ou celle du calendrier, un dimanche soir précédant une rentrée matinale ? Un peu des deux, sans doute. Finalement, Maé ne convainc que les plus indulgents. Une prestation qui s'essouffle avant l'heure. Dommage.

Gaëtan Roussel propose l'ultime concert de cette édition hétérogène. Le décor s'avère plutôt minimaliste. Des dizaines d'écrans posés en arrière-plan captent l'attention ; ils servent à projeter des images au gré des compositions. À l'heure dite, après une brève introduction, le chanteur grimpe sur l'estrade et s'installe en position centrale. Une armada de musiciens l'accompagne, ce qui rassure ceux qui craignaient un exercice trop solitaire. Il prévient les spectateurs : la soirée accorde une place de choix à « Marjolaine », son nouveau long playing solo, sans pour autant bouder les incontournables de Louise Attaque. C'est un concert taillé sur mesure pour les fans de la première heure, qui réserve son lot de titres inédits et de surprises.

« Marjolaine » ouvre logiquement les hostilités. Le morceau-titre du nouveau disque donne le ton : une écriture plus mûre, toujours nerveuse, portée par des arrangements rock pleins d'allant. Enchaîne aussitôt « Les Nuits Parisiennes », premier vrai pic d'émotion de la soirée, qui rappelle le talent de compositeur de Roussel. « Passe la vie » et « La frousse » confirment que le nouveau répertoire dépasse le simple exercice de style. La plume reste incisive, la mélodie accrocheuse, et la foule rechante déjà certains refrains. « Amours » ralentit ensuite le tempo, offrant une parenthèse intime, avant que « Je reste là », premier extrait dévoilé de « Marjolaine », ne vienne rappeler pourquoi cet elpee a suscité une telle attente.

Roussel possède une voix remarquable, éraillée, qui touche les tympans sans les heurter : une richesse absolue pour susciter l'émotion. Sa plume se révèle unique, incisive, touchante et légère, ce qui procure à l'ensemble des chansons une beauté simple et sincère. Vient alors l'un des moments les plus inattendus du set : une reprise de « Je vous trouve un charme fou », signée Hoshi, à laquelle Roussel offre une lecture plus rugueuse, presque rock, sans trahir la fragilité du texte original. Une manière habile de tendre la main à une génération d'auteurs sous son influence. « Léa » et « Ton invitation » raniment ensuite la ferveur des premières minutes, deux pépites issues du répertoire de Louise Attaque que la fosse reprend en chœur, avant que « Nos blessures », plus sombre et âpre, ne vienne rappeler que l'écriture de Roussel sait aussi se faire grave, sans jamais sombrer dans le pathos.

Embraient deux reprises supplémentaires comme un clin d'œil appuyé à ses propres influences : « Il y a » de Vanessa Paradis, servie sous une pudeur touchante, puis « Résidents de la République » d'Alain Bashung, dont Roussel reprend l'écriture ciselée avec un respect évident. Le chanteur apparaît alors en gros plan sur les dizaines d'écrans, rappelant l'étendue de son talent. Trois générations de chanson française se croisent en l'espace de quelques minutes, de Hoshi à Bashung en passant par Paradis : la preuve que Roussel évolue naturellement à la lisière de plusieurs époques.

Tout y est : l'émotion, les textes, l'instrumentation, sans oublier le charisme du leader qui communique sans cesse avec un auditoire décidément très réceptif. « Si l'on marchait jusqu'à demain » relance la dynamique sur un tempo plus enlevé, avant que « J'entends des voix » ne confirme la solidité de la formation instrumentale qui l'accompagne ce soir. « Help Myself (Nous ne faisons que passer) », plus habité encore, referme cette section du set sur une note suspendue où sa voix se fait plus fragile.

Influencé par la musique anglo-saxonne, c'est dans la langue de Voltaire qu'il dispense ses incantations. Gaëtan Roussel est parvenu à transformer le succès engendré par Louise Attaque ou Tarmac en une quête de liberté artistique, parfait exutoire pour raconter le quotidien, ses joies et ses travers. Chez lui, tout réside dans la nuance, la subtilité et l'intensité. L'artiste aux multiples facettes fédère simplement, en injectant cette dose d'humanité qui lui est propre. Les écrans disposés intelligemment confèrent à l'ensemble une dimension quasi-cinématographique ; un support visuel qui mène la danse. « Encore » et « Lovés » profitent pleinement de ce dispositif, les images défilant en cadence avec le tempo.

Après avoir invité les milliers de festivaliers à allumer la lampe de leur portable, le chanteur convie la foule à s'envoler lors du tube « J't'emmène au vent », repris en clôture comme un écho à ses années Louise Attaque. L'artiste propose avec conviction un florilège de chansons destinées à procurer un grand plaisir, et l'objectif s'avère pleinement réussi.

Trois jours, autant de visages différents : le rock du vendredi, la marée familiale du samedi, et la chanson plus intimiste dominant les dernières heures, de Ben Mazué à Gaëtan Roussel en passant par Imany. Cette hétérogénéité constitue finalement la vraie signature de cette édition, entre franches réussites (Youssef Swatt's, Ben Mazué, Imany, Roussel) et rendez-vous plus mitigés (Louane, Christophe Maé, Suzane). Les Solidarités confirment leur vocation de festival intergénérationnel ouvert à tous les publics, quitte à y perdre parfois en identité. Rendez-vous est pris pour l'an prochain, avec la curiosité intacte de découvrir le visage de la prochaine cuvée.

(Organisation : Les Solidarités)

Les Solidarités 2026 : samedi 5 septembre

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Changement de décor et changement de ton sur le site d'Ecolys.

Après une première journée résolument tournée vers les amateurs de rock, place à une affiche bien plus grand public, où se bousculent quelques-uns des noms les plus populaires de la chanson française actuelle.

Le contraste par rapport à la veille saute d'ailleurs aux yeux avant même le premier accord : là où votre serviteur slalomait, hier, entre quelques poignées de festivaliers déjà trempés jusqu'aux os, c'est une véritable marée humaine qui envahit ce samedi le site namurois.

Les familles, en particulier, ont répondu présentes en nombre, landaus et enfants juchés sur les épaules formant désormais l'essentiel du paysage, entre les stands de restauration et les premiers rangs des podiums. Les Solidarités, décidément, savent aussi se montrer festival pour toutes les générations.

Autre différence, et non des moindres : le ciel, hier si prompt à se montrer capricieux, a cette fois choisi son camp. Un soleil radieux a définitivement chassé la pluie battante de la veille, comme pour mieux accompagner une programmation résolument tournée vers la fête et le partage.

De quoi promettre une journée à l'image de ce nouveau climat : chaleureuse, populaire, et résolument tournée vers le grand nombre.

Originaire de Belgique, la chanteuse Mentissa s'est installée en France afin d'y développer sa carrière. Le contraste par rapport aux prestations de la veille saute aux oreilles. Là où le rock régnait en maître sur la plaine, Mentissa propose une pop chaleureuse, élégante et immédiatement accessible. C'est aussi l'intérêt d'un festival : passer d'un univers à l'autre, multiplier les découvertes et varier les plaisirs.

La chanteuse s'est entourée de musiciens aguerris pour parfaire son set.

Un auditoire plutôt jeune lui réserve un accueil enthousiaste. Mentissa reste liée à son parcours remarqué dans la dixième saison de The Voice France, où elle révèle toute l'étendue de son talent. Ironie du destin, elle devient ensuite coach de l'émission dans sa version belge, une belle étape dans son parcours.

Mentissa ne se cache pas derrière un personnage. Elle évoque ses doutes, ses complexes et ses aspirations. Sa voix claire sert notamment « Balance », où elle revient sur son rapport au corps, les injonctions esthétiques et les sacrifices consentis pour répondre à certains standards de beauté.

Revenue jouer sur ses terres, elle défend logiquement son nouvel opus, « Enfants Difficiles », paru en juin dernier. Le précédent, « La Vingtaine », lui avait permis de collaborer auprès de plusieurs auteurs reconnus, Vianney en tête, fidèle complice depuis ses débuts télévisuels.

Entre pop contemporaine et chanson française, Mentissa livre une prestation solide et maîtrisée. Une mélancolie discrète traverse le concert, nourrie par des arrangements soignés qui apportent profondeur et émotion à l'ensemble.

« Attendez-moi » et « Mamma Mia », deux titres-phares de « La Vingtaine », confirment la belle popularité de la chanteuse auprès de la foule, visiblement conquise dès les premières mesures.

Lorsque résonnent les premières notes d'« Et Bam », chanson écrite et composée par Vianney, Mentissa touche une foule déjà largement acquise à sa cause. Sa voix, capable de nuances délicates, confirme la maturité artistique d'une chanteuse encore jeune.

« Désolée », titre grâce auquel elle avait défendu les couleurs de la Belgique lors de la sélection Eurosong 2025, clôture un concert assez classique dans sa construction, mais très agréable.

Peu à peu, les festivaliers jusque-là statiques se laissent gagner par le refrain et accompagnent l'artiste dans une ambiance chaleureuse.

Un set sans artifices, mais taillé pour rassembler : Mentissa confirme, aux Solidarités, qu'elle a bel et bien pris sa place parmi les valeurs sûres de la pop francophone actuelle.

Miki arrive sur le site d'Ecolys, côté scène PV, visiblement grippée, la voix un peu voilée, le teint pâle des mauvais jours.

Rien n'y change pourtant : dès les premières notes, la Franco-Coréenne retrouve une énergie insoupçonnée, comme si les planches agissaient chez elle en guise de remède le plus fiable qui soit. Preuve, s'il en fallait, que certains maux ne résistent pas à une bonne dose d'adrénaline scénique.

Autre particularité de cette date namuroise : il s'agit ni plus ni moins de la toute dernière étape de sa tournée. Un symbole qui n'échappe à personne, et qui confère à cette prestation une intensité particulière, comme un dernier tour de piste avant la page blanche.

« Yes » n'a, paradoxalement, jamais été sa préférence en matière d'écriture amoureuse, mais il claque comme une évidence en ouverture de concert et cerne complètement l'univers artistique de la jeune dame.

« Ça Pik Un Peu Quand Même », l'un de ses plus grands succès, confirme d'emblée cette mélancolie dansante qui caractérise toute l'œuvre de la frontwoman. Le titre suivant déploie ensuite un groove plus organique, presque western, où la chanteuse démontre une belle aisance scénique malgré la fatigue du corps.

Vient alors « Jtm Encore », lettre adressée à un amour passé, jamais tout à fait refermée. Miki en profite pour interroger une spectatrice au premier rang sur les raisons qui l'ont poussée à quitter son ancien compagnon. Un vrai dialogue se noue entre les deux femmes, la spectatrice se prêtant volontiers au jeu sous les rires complices de la fosse. Pour un peu, on se serait cru autour d'une table de bistrot, entre deux copines refaisant le monde, et les histoires de cœur, un verre à la main.

Deux morceaux plus mordants relancent ensuite la machine, avant qu'un autre titre ne vienne confirmer l'écriture ciselée et volontiers autobiographique de la chanteuse. L'artiste, visiblement soutenue par l'envie malgré la lassitude du corps, continue de créer et d'avancer.

Puis résonnent les premières notes de « Particule ». La fosse, hystérique, connaît les paroles presque aussi bien que l'artiste elle-même, scandant en chœur ce refrain devenu hymne générationnel.

Pour Miki, la chanson prend, ce soir-là, un sens tout particulier : dernière date d'une tournée qui s'achève, elle qui chante « j'suis qu'une particule qui orbite autour de toi » semble, l'espace d'un instant, s'adresser directement à son auditoire, dont elle s'apprête à s'éloigner après des mois de route commune, avant que « Échec et Mat » ne serve de prétexte à un moment de mise en scène particulièrement bien orchestré.

Miki se plante ensuite au centre d'une estrade dédiée à l'occasion à un jeu bien particulier : c'est au tour du public de circuler tout autour d'elle, obéissant au doigt et à l'œil aux consignes de l'artiste, comme suspendue à son geste. Une manière habile, et redoutablement efficace, de mettre en mouvement toute une foule sans qu'un seul mot d'ordre ne soit vraiment nécessaire. Une touche artistique qui referme les débats sur une note à la fois mordante et intense, fidèle à l'esprit de toute une soirée placée sous le signe de la fièvre, au sens propre comme au figuré.

Malgré la maladie, malgré la fatigue d'une tournée qui touche à sa fin, Miki referme son passage aux Solidarités sur une prestation habitée, généreuse, et visiblement soutenue par l'émotion du dernier soir.

Louane débarque Place des Arts. La majorité de l'auditoire réunit des familles : parents, enfants, souvent très jeunes, et même grands-parents. L'artiste ratisse large. Mais la fosse est pleine.

Elle a été révélée lors de la seconde saison de « The Voice ». Actrice à ses heures perdues, c'est surtout son rôle dans « La Famille Bélier », pour lequel elle a remporté un César, qui lui a valu cette reconnaissance médiatique. Depuis, la demoiselle a multiplié les casquettes : représentante de la France à l'Eurovision l'an passé grâce à « Maman » (7e place, tout de même), et plus récemment initiatrice d'un projet baptisé « Solo », dans lequel elle affirmait vouloir s'éloigner de ses complexes d'adolescence pour mieux expérimenter. Sur le papier, la promesse était belle.

Alors que son tour de chant est déjà bien entamé sur des compositions qui sentent le bonbon, « Solo », cri de détresse chargé d'émotion, du moins sur le papier, fait une apparition remarquée.

Mais en alignant des morceaux comme « Avenir » ou encore « La Pluie », l'un de ses plus gros succès, le répertoire devient rapidement gnangnan et pompeux. Il attise toutefois l'éveil chez les plus jeunes. Les Solidarités est un festival intergénérationnel, ne l'oublions pas !

Hormis la fan base qui voit en Louane la déesse de la nouvelle chanson française, ses chansonnettes à deux balles ne prennent qu'un essor tout relatif dans les « portugaises » de votre serviteur. C'est niais et ennuyeux à s'en décrocher la mâchoire.

Mais, pour que la critique soit objective, il est nécessaire qu'il suive le concert jusqu'à son terme, ou presque. C'est donc en manifestant un enthousiasme refréné qu'il se mue en parfait spectateur.

Même si artistiquement la jeune dame peine à convaincre les plus exigeants, sa prestation reste dans la moyenne, les efforts consentis commencent à produire leurs effets auprès de la fan base.

La reprise de « Where Is My Mind ? » des Pixies crée une véritable surprise. L'exercice, plus habité, tranche nettement sur le reste du répertoire et offre, l'espace de deux minutes, un vrai moment de grâce. Comme quoi, quand elle sort de sa zone de confort, la demoiselle sait aussi surprendre.

Grâce à des compositions dans l'air du temps, Louane prend du plaisir et entraîne la fosse dans son show infantile. « Tout Pour Toi », dont le refrain est repris par une bonne partie de la foule, confirme cette règle immuable.

Votre serviteur file tout droit vers la scène PV, Youssef Swatt's va y entamer son set.

Originaire de Tournai, c'est un rappeur dans l'âme, auteur et manager d'artistes belgo-algériens, connu pour son style introspectif, poétique, ancré dans le hip-hop à l'ancienne, tant il reste digne dans ses propos en semant ici et là des messages remplis de bon sens.

Si le Tournaisien n'en est pas à sa première visite sur ce site, il se souvient y avoir posé ses valises en 2015, jamais son retour n'aura semblé aussi habité. Mieux : cette date referme sa tournée. Une manière d'ériger les Solidarités en véritable charnière, comme si la plupart des artistes présents aujourd'hui y avaient, chacun à sa façon, tourné une page de leur carrière.

Il a déjà bien bourlingué. Il compte plusieurs albums à son actif, des collaborations auprès d'artistes belges et français notoires tels qu'Oxmo Puccino (« Le poids des mots ») ou Demi Portion (« Maintenant ou jamais »), et a assuré le supporting act des concerts d'IAM en 2022, mais aussi de Bigflo et Oli en 2023.

Swatt's s'est très vite popularisé lorsqu'il a remporté le concours organisé par l'émission française de rap, Nouvelle École, d'autant plus qu'en apothéose, la finale a été diffusée sur Netflix.

L'histoire de cet artiste s'apparente à un véritable conte de fées. Âgé de seulement 14 ans, il sort un premier EP, « L'Amorce », qui lui permettra d'être repéré par le phénomène belge Scylla. Prolifique, il a déjà gravé « Vers l'infini et au-delà » (2017), « Poussières d'espoir » (2020), « Pour que les étoiles brillent » (2022) et enfin « Chute libre », son petit dernier.

La plaine, ce soir, est loin d'être clairsemée. Preuve, s'il en fallait, que la cote du jeune homme grimpe de jour en jour, et que le conte de fées continue de s'écrire.

Fidèle à son patronyme, Swatt's frappe d'une précision chirurgicale, chaque texte assené comme un coup pesé, jamais gratuit. Et sur les planches, l'homme se révèle aussi joueur que précis : il livre une composition encore inédite, pas même enregistrée en studio, et invite la fosse à sortir les smartphones pour la filmer, laissant aux réseaux sociaux le soin d'écrire la suite de son histoire.

Lorsque le gaillard livre sa version de « L'ordre des choses », extrait de son dernier elpee, ce sera dans une mouture qui n'existe qu'ici, en live : guitare-voix d'abord, presque à nu, avant que ses comparses ne viennent progressivement étoffer le morceau. Un régal !

La complicité qui l'unit à Joseph, son claviériste, saute aux yeux. Logique : les deux hommes se sont rencontrés dans une cour d'école, alors qu'ils n'avaient que sept ans.

Le frontman prévient : celui qui se trouve derrière les ivoires, prêt à en découdre, s'apprête à jouer un titre connu. Lorsque les premières notes de « Personne » résonnent, un morceau interprété notamment lors de la saison 3 de Nouvelle École, Youssef Swatt's glisse, explicitement, un clin d'œil au chanteur dans ses propres paroles.

Le gimmick mélodique de ce titre n'est pas sans rappeler l'esprit des refrains populaires et entraînants, à l'instar de ceux que Renaud a burinés dans le patrimoine de la chanson française. Une filiation reconnue, amplifiée par les liens étroits qui unissent le rappeur à cet univers : il a déjà assuré les premières parties de Renaud, avant de le rejoindre sur les planches.

Couronné de succès d'estime et critique, Swatt's est devenu une figure de proue dans le paysage noir-jaune-rouge.

Précision, complicité, filiation : ce soir, aux Solidarités, la boucle semble bouclée. Une tournée s'achève. Une étoile, elle, continue de grimper.

Si un nom incarne à lui seul la traversée du rap vers la grande chanson populaire française, c'est bien celui de Soprano.

Né à Marseille en 1979, Saïd M'Roumbaba forge ses premières armes dès le milieu des années 90 au sein des Psy 4 de la Rime, repérés par Akhenaton en personne, une filiation qui en dit long sur sa légitimité dans le paysage hip-hop hexagonal.

C'est en 2007, sur « Puisqu'il faut vivre », que l'aventure solo démarre, boostée par le tube « À la bien ». S'ensuivent « La Colombe » (2010), « Le Corbeau » (2011), puis « Cosmopolitanie » (2014), qui amorce un virage pop-rap. Mais c'est surtout à partir de « L'Everest » (2016) que Soprano bascule dans une autre dimension, enchaînant les certifications diamant, à l'instar de « Phœnix » (2018) ou « Chasseur d'étoiles » (2021).

Sincérité, gravité et refrains fédérateurs : la formule Soprano tient en ces trois mots. L'homme n'élude jamais les sujets qui fâchent, harcèlement, deuil, mémoire familiale, sans jamais renoncer à la lumière qui a fait de lui l'un des artistes les plus rassembleurs de sa génération, et le premier rappeur français à avoir rempli un stade.

Malheureusement, votre serviteur n'a pu assister au concert du jeune homme, le moment ayant été plutôt consacré à se rassasier.

Dernière prestation pour cette seconde soirée, celle de Suzane. Autant le dire clairement, l'univers de cette artiste est à mille lieues de celui de votre serviteur.

Si Suzane a bâti sa notoriété sur un discours engagé et une gestuelle insaisissable, son passage aux Solidarités aura confirmé un déséquilibre déjà pressenti à Ronquières : impossible de nier la force visuelle du spectacle, tout aussi impossible d'ignorer sa fadeur musicale. Mais le costume, ici, lui va mieux.

Là où Ronquières donnait le sentiment d'une proposition en décalage par rapport à son public, les Solidarités, et cette journée en particulier, taillée pour un auditoire plus jeune, offrent à l'artiste un écrin qui lui correspond enfin. Suzane n'est plus l'invitée qui détonne ; elle est, ce jour-là, chez elle.

De son vrai nom Océane Colom, l'Avignonnaise se révèle dès 2019, avant même la sortie de son premier elpee. « Toï Toï » paraît l'année suivante et lui vaut la Victoire de la révélation scène. « Caméo » (2022) confirme ensuite une écriture consacrée aux violences sexistes et sexuelles, à l'homophobie ordinaire et aux assignations de genre.

Comme Angèle ou Hoshi, elle appartient à une génération de chanteuses pop qui transforme les planches en espace de témoignage autant qu'en plateau de variétés. Sa récente collaboration auprès de Grand Corps Malade, où elle adopte le point de vue d'un homme le temps d'un slam à deux voix, élargit encore sa notoriété.

Le décor, aux Solidarités, affiche également de l'ambition : une estrade à deux niveaux facilite les déplacements de la chanteuse, sous des rampes LED. Suzane se produit en compagnie d'une armada de danseuses, toutes coiffées d'une perruque rousse. Des bandes assurent l'accompagnement musical et laissent la première place à la chorégraphie.

Et de chorégraphie, il en sera question tout au long du set. Sur « Mouvement », « Dégaine » ou « Virile », les corps oscillent entre brusquerie et retenue, comme pris dans des contraintes invisibles ; sur « Champagne », c'est une table installée au centre du podium que Suzane escalade, entourée de ses choristes, pour un moment de satire sociale mordante.

Difficile de contester que la mise en scène, sur le plan strictement visuel, tienne la route ; c'est même là que le spectacle trouve sa vraie cohérence.

Mais le presque sans-faute chorégraphique ne suffit pas à sauver la prestation musicale, restée en net retrait. Le set, sur « Marche ou rêve », « Un sens à tout ça » ou « Au grand jour », peine à convaincre au-delà de l'électro-pop de circonstance ; et si « Je t'accuse », titre frontal sur les violences sexuelles, ou « T'as raté » cherchent à électrifier le propos, l'ensemble reste froid, sans relief, parfois même soporifique à s'en décrocher la mâchoire.

Alors que « Millénium » esquisse le portrait d'une génération fatiguée et lucide, « Humanoïde » s'en prend au monde algorithmique, « Lendemain de fête » referme le concert sur un appel à vivre avant qu'il ne soit trop tard : les intentions sont là, l'exécution beaucoup moins.

Reste qu'ici, contrairement à Ronquières, Suzane ne s'adresse pas à un public de circonstance mais à celui, naturel, des Solidarités : plus jeune, davantage happé par le geste et le symbole que par l'exigence de l'écriture ou de l'interprétation.

Et c'est précisément là que la proposition cesse de sonner comme un malentendu pour devenir une évidence : cet auditoire-là n'attend pas la même rigueur qu'ailleurs, parce que ce n'est tout simplement pas ce qu'on vient chercher ici.

Le geste politique, la gestuelle habitée, le symbole avant le propos : la grammaire de Suzane et celle des Solidarités parlent, ce jour-là, la même langue.

Gestuelle, générosité et geste politique : Suzane aura eu ce triptyque pour elle aux Solidarités. La musique, en revanche, restera à quai.

Une seconde journée de demi-teinte, allant du bon au très médiocre ! Que nous réserve la suite ?

(Organisation : Les Solidarités)

Yebba

La grâce, la fièvre et une voix qui n’a pas besoin d’artifices

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Pour sa toute première apparition en Belgique, Yebba a choisi l'écrin idéal. Pas une arène démesurée ni une production transformant la musique en spectacle pyrotechnique : simplement la Grande Salle de l'Ancienne Belgique, pleine à craquer, pour remettre l'essentiel au cœur du spectacle. À savoir les chansons, les musiciens et surtout cette voix devenue en quelques années l'une des plus reconnaissables de la soul contemporaine. La tournée accompagne « Jean », deuxième album de l'Américaine après « Dawn » en 2021, un disque où elle poursuit son exploration du deuil, de l'amour, de la colère et de la guérison tout en revenant sans cesse à ses racines gospel. Astyn Turr constitue une introduction particulièrement cohérente, tandis que Yebba aura confirmé pourquoi tant de musiciens — de Mark Ronson à PJ Morton, Drake, Sam Smith ou Ed Sheeran — ont désiré s'associer à elle. Ses racines gospel sont toujours là, mais elles nourrissent aujourd'hui une musique beaucoup plus vaste, où folk, R&B, soul et jazz s'enchevêtrent dans une étonnante fluidité.

En première partie : seule sur les planches, Astyn Turr a pour mission de plonger doucement l'AB dans cette atmosphère. Et « supporting act » paraît presque réducteur tant l'artiste occupe une place particulière dans l'univers de cette tournée. Optant pour une formule volontairement dépouillée, centrée sur la guitare et la voix, Astyn privilégie la proximité à la démonstration. Pas besoin d'empiler les arrangements : son timbre, ses inflexions soul et son jeu tout en nuances suffisent à installer le silence et l'attention. Sur le Jean Tour, elle assure d'ailleurs plusieurs rôles puisqu'on la retrouve également aux chœurs et à la guitare auprès de Yebba. Un luxe pour une artiste présentée quelques minutes auparavant comme simple invitée (page ‘Artistes’ ici’). 

Place à Yebba. Connaissant la réputation vocale d'Abigail Elizabeth Smith, difficile de ne pas guetter le moment où la chanteuse va littéralement pulvériser les murs. Pourtant, sa force réside précisément dans sa capacité à ne pas chercher constamment l'effet. Elle peut monter très haut, multiplier les inflexions, casser une phrase, suspendre une note ou libérer toute la puissance du gospel, mais la technique reste presque toujours au service de l'émotion. Le concert démarre par « Far Away », immédiatement suivi de « Boomerang ». Deux titres qui permettent à la formation de trouver ses marques et à la voix de Yebba de prendre progressivement possession de la salle. La musique navigue librement entre soul, R&B, gospel et jazz sans jamais donner l'impression de cocher des cases. Chez Yebba, les genres ne sont pas juxtaposés : ils semblent avoir toujours vécu ensemble. Sur « Stand », l'intensité grimpe encore d'un cran. À Bruxelles, le morceau se clôt par des éléments de « Crazy » de Gnarls Barkley, clin d'œil parfaitement intégré plutôt que reprise plaquée artificiellement sur la setlist. « Louie Bag » ramène ensuite une pulsation plus lourde, plus terrienne, avant que « Distance » ne joue précisément sur ce qui fait toute la singularité de Yebba : cette manière de laisser une chanson immense devenir soudain quelque chose de totalement intime. Derrière elle, les musiciens ne sont jamais de simples accompagnateurs. Batterie, basse, claviers et voix constituent une véritable matière vivante dans laquelle Yebba peut se glisser ou contre laquelle elle peut venir se frotter. Et puis arrive « Yellow Eyes », l'un des titres emblématiques de « Jean ». Ce morceau résume parfaitement la nouvelle période de la chanteuse : moins soucieuse de prouver qu'elle possède une voix exceptionnelle que d'explorer tout ce qu'elle peut en raconter. « Jean », dédié à sa grand-mère disparue, est justement présenté comme un opus de reconstruction et de réappropriation personnelle. La seconde moitié du concert devient alors beaucoup plus intérieure. « Seven Years » mène à l'incontournable « Yebba's Heartbreak », miniature devenue gigantesque depuis son apparition sur « Certified Lover Boy » de Drake. Yebba excelle dans ces moments où le temps paraît ralentir : quelques accords, des respirations et une interprétation qui évite soigneusement le piège du concours vocal. « Forgiveness » prolonge cette veine avant que « Delicate Roots » puis « Of Course » réintroduisent davantage de mouvement. La formation peut alors se montrer plus musclée et Yebba rappeler que derrière la chanteuse introspective se cache aussi une formidable interprète de soul, capable de transformer les moindres changements de dynamique en tension dramatique. La dernière ligne droite ne relâche plus vraiment la pression. « Aggressive » tient toutes les promesses de son titre et met en exergue la face plus tranchante de son répertoire, avant que « Earth, Wind & California » ne ramène une lumière beaucoup plus chaleureuse. Et pour refermer la soirée : « Evergreen ».

Impossible de choisir beaucoup mieux. L'un des titres qui ont contribué à installer Yebba comme une chanteuse à part devient ici une sorte de retour à l'essentiel. Pas besoin de final interminable ou d'effets spectaculaires. Après environ soixante-dix minutes de musique, la voix suffit. La setlist bruxelloise aura finalement compté quatorze titres : Far Away, Boomerang, Stand, Louie Bag, Distance, Yellow Eyes, Seven Years, Yebba's Heartbreak, Forgiveness, Delicate Roots, Of Course, Aggressive, Earth, Wind & California et Evergreen. Une chanteuse, mais surtout une musicienne. Ce premier rendez-vous belge laisse surtout apparaître quelque chose que les vidéos virales et les collaborations prestigieuses peuvent parfois occulter : Yebba n'est pas simplement « une grande voix ». La réduire à ses capacités vocales reviendrait même à manquer l'essentiel. C'est une musicienne qui écoute constamment ce qui se passe autour d'elle, joue avec sa formation, déplace les accents et préfère parfois retenir une note plutôt que de l'envoyer au plafond. Le concert est relativement court — environ 1 h 10 contre les 90 minutes initialement prévues par l'organisation — mais cette concentration correspond finalement assez bien à son univers : pas de grand discours, peu de remplissage et une musique qui cherche davantage l'intimité que la démonstration. Yebba n'est donc pas venue à Bruxelles pour donner une leçon de chant. Elle est venue raconter des chansons. Et lorsqu'on possède une voix pareille, c'est finalement encore beaucoup plus impressionnant. Une première belge intense et dépouillée, portée par une formation remarquable et une Yebba beaucoup plus intéressante lorsqu'elle laisse parler la musicienne derrière la virtuose.

(Organisation : Live Nation et Ancienne Belgique)

Les Solidarités 2026 : vendredi 4 septembre

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Si le festival des Solidarités se déroulait jusqu'alors à la Citadelle, il a pris ses quartiers sur le site d'Ecolys depuis 2023, à quelques minutes du centre-ville de Namur, en raison des travaux nécessaires à la restauration complète du Stade des Jeux et du Théâtre de Verdure.

Ce nouvel emplacement est certes moins bucolique, mais il présente l'avantage d'être plat, plus facile d'accès et plus étendu, ce qui permet une meilleure fluidité dans les déplacements. Une aubaine, donc, pour les festivaliers.

Mais que les esprits les plus critiques se rassurent : il se murmure que le festival pourrait retrouver son emplacement d'origine dans quelques années.

En attendant, le festival devra déménager une fois encore, certaines entreprises souhaitant s'implanter dans le zoning. Des réunions de travail devraient d'ailleurs débuter prochainement à cet effet. Wait and see donc...

Le festival des Solidarités est singulier et ne ressemble à aucun autre : il fédère le vivre-ensemble, la justice sociale et la lutte contre les inégalités.

Durant trois jours, il propose une programmation musicale particulièrement qualitative. Mais l'offre ne se limite pas à la musique, puisqu'une kyrielle d'activités gravitent autour de ces thématiques : conférences, spectacles pour enfants, activités ludiques, découverte de la culture hip-hop, programmation off des associations, etc. L'offre est telle qu'elle en donne le tournis !

Depuis ses débuts, les Solidarités soutiennent des artistes émergents ou des découvertes coup de cœur. On pense à Clara Luciani, Aya Nakamura, Hoshi, Juliette Armanet, 47ter, Gauvain Sers, Rori ou Suzane, invités lors de leurs débuts scéniques et dont on connaît aujourd'hui le formidable parcours.

Point de cristallisation dans de nombreuses manifestations, la mobilité demeure, comme les années précédentes, au centre des préoccupations. Des navettes relient le site à la gare ferroviaire et à l'aérodrome, deux endroits capables à eux seuls d'accueillir plusieurs milliers de véhicules.

Côté musique, deux podiums principaux de taille quasi identique se côtoient, la Place des Arts et la Scène PV, tandis que deux estrades plus modestes accueillent des artistes émergents. Il est loin le temps où les planches iconoclastes baptisées Magic Mirrors, empreintes de magie et de mystère, valaient à elles seules le coup d'œil. L'adage « On ne peut pas être et avoir été » prend ici un sens tout particulier !

Il est de tradition que cette première journée soit réservée à un auditoire davantage enraciné dans la culture rock. Ce sera on ne peut plus vrai aujourd'hui !

Lorsque votre serviteur foule enfin le sol namurois, il se presse vers la scène PV pour y découvrir les vétérans de Pony Pony Run Run.

Confidence pour confidence, votre serviteur guettait d'une impatience à peine dissimulée le retour sur les planches du trio nantais, disparu des radars depuis une dizaine d'années.

« Intro » à peine amorcée, le ciel namurois s'invite à son tour dans l'équation : les premières gouttes tombent sur le site d'Ecolys au moment précis où le trio attaque son set. Le chanteur, pince-sans-rire, ne laisse pas passer l'aubaine et lâche, sourire en coin, que le timing est « relativement bien choisi ». La formule fait mouche et donne d'emblée le ton d'une soirée où l'autodérision servira de parapluie.

Sur les planches, difficile d'ignorer que les frangins Réchin Lê Ky-Huong et leur acolyte Antonin Pierre ont quelques années de plus dans le coco depuis leurs premiers pas médiatisés. Le temps a œuvré, mais l'énergie, elle, n'a visiblement pas pris une ride.

Vêtu d'une espèce de robe et de grandes chaussettes rayées, le guitariste arbore un look aussi improbable qu'assumé, à mi-chemin entre l'excentricité pop et le défi vestimentaire pur et simple.

Si dix années d'absence suffisent parfois à essouffler une monture, elles n'auront visé, chez Pony Pony Run Run, qu'à affûter le trot.

Sur les planches des Solidarités, ces vieux briscards ont prouvé, le temps d'un set aussi dense que direct, que l'on ne dresse pas si facilement un cheval fougueux : celui-là galope encore comme au premier jour.

Le ciel, lui, avait pourtant décidé de jouer les trouble-fête : une pluie battante s'est abattue sur le site au moment où le trio est monté sur les planches. Il n'en aura pourtant rien été. Malgré l'averse, c'est bien le feu qui a pris dans la fosse : ambiance électrique, chaleur immédiate, comme si Pony Pony Run Run avait pour vocation de sécher les nuages à coups de riffs.

L'entrée en matière file tout droit au but : « Intro » sert d'écurie de départ, puis « Can't Get Enough » lance immédiatement la charge, presto. « 1997 (She Said It's Alright) » et « Out Of Control » enchaînent sans reprendre souffle, le trio imposant d'emblée son évidence : synthés eighties acérés, guitares en lame de rasoir.

Les riffs, précisément, cisèlent chaque titre d'une précision chirurgicale, tandis que la basse, elle, martèle chaque note comme on frappe un métal encore chaud : section rythmique en forge, guitare en lame.

« Boom » et « Belong » creusent le sillon dans cette même veine incisive, avant que « Show Me » ne vienne rappeler à quel point l'écriture du trio a toujours su marier l'électro et la power pop sans jamais sacrifier l'un à l'autre.

Puis vient « Never Give Up », et le titre, ce soir-là, sonne moins comme une chanson que comme une profession de foi. Car s'il y a une chose que votre serviteur retiendra de cette prestation, c'est bien celle-ci : l'absence totale de lassitude chez des musiciens qui pourraient, à l'instar de tant d'autres formations revenues sur le devant des planches après une décennie de silence, se contenter de jouer les nostalgiques de service.

Rien de tel ici. Pony Pony Run Run n'est pas revenu pour ressasser, mais bien pour courir !

Et puis vient l'attendu et le nécessaire « Hey You », hymne générationnel s'il en est, dont les premières notes suffisent à ébranler la fosse. Et c'est là, précisément, que la foule offre au concert sa touche la plus inattendue : point d'adolescents en émoi, mais des rangs de vieux rockers aux cheveux gris, chantant chaque syllabe d'une ferveur intacte, comme on retrouve un serment d'adolescence qu'on croyait pourtant enterré. Le temps, décidément, ne mord pas sur tout le monde de la même façon, pas plus que la pluie, ce soir-là, n'aura mordu sur l'ardeur de la fosse.

En toute fin de prestation, quelques quidams sont conviés à rejoindre les planches pour un moment de danse collective, refermant ainsi la course sur une note tout aussi vive que l'ouverture, sans temps mort ni complaisance. Et franchement, à les voir se trémousser d'un enthousiasme plus débridé que chorégraphié (K-way passé par-dessus le manteau, pluie oblige), on pense davantage à une bonne blague partagée qu'à une démonstration de professionnels des parquets.

En tout cas, pluie battante, look décalé et tubes intacts, Pony Pony Run Run aura prouvé, sous l'averse, que son retour n'a rien d'un feu de paille.

Skip The Use compte parmi ces rendez-vous que votre serviteur ne pouvait manquer en cette après-midi namuroise.

Certains festivaliers, dans la fosse, semblent pourtant ignorer la formation qui va monter sur les planches dans quelques instants. Lorsqu'on leur rappelle qu'il s'agit du combo lillois porté par Mat Bastard, les regards changent et deviennent complètement médusés.

Normal : cette formation a atteint des sommets rarement approchés par un band rock hexagonal. Né en 2008 sur les cendres du groupe punk Carving, le quintette a publié un premier elpee éponyme en 2009, avant que « Can Be Late » (2012) ne lui vaille, l'année suivante, la Victoire de la musique de l'album rock. Séparé en 2016, le combo s'est reformé quelques années plus tard et livre aujourd'hui « Love & Anxiety », son tout dernier disque. Après les frasques solo de son frontman, le voilà de retour au complet, visiblement animé d'une envie intacte d'en découdre.

En fond de podium trône un grand cœur blanc : signe que la troupe est venue pour donner et recevoir de l'amour. Ce sera aussi le fil conducteur d'une prestation qui va marquer les esprits.

Les premières notes se perdent à l'horizon ; ça décoiffe sec ! Le son est bien rock. Malsain même. Et l'attitude, plutôt punk.

Dès « Anxiety », qui ouvre le bal, la mécanique impressionne : ce n'est plus une simple bande de potes surexcités, mais bien une machine de guerre rodée, où chaque musicien connaît sa place au millimètre près. Le batteur, en particulier, frappe ses fûts d'une vigueur qui confine à la démonstration de force, un jeu musclé, sec, qui cravache littéralement le tempo et tient la salle en respiration.

« Good Old Days » et « Say That You Love Me » confirment cette impression : le quintette, professionnel jusqu'au bout des doigts, ne laisse rien au hasard, ni les transitions, ni les silences calculés, ni les montées en tension.

Les riffs, eux, restent entraînants, irrésistibles. « Second Love » puis « Silence » font sautiller, déhancher, pogoter toute une fosse déjà acquise. Un noyau réunissant plusieurs dizaines de personnes s'agite, corps contre corps, telle une offrande servie au grand sioux qui la leur avait demandée.

Sur les planches, la mise en scène distille son propre mystère. L'un des guitaristes porte une cagoule cloutée, lui conférant un côté bourreau : jamais son visage ne sera dévoilé. Le secret reste total ! Le préposé aux synthés, lui, arbore une cagoule plus sobre, rouge, laissant deviner ses yeux.

Par intermittence, des images défilent en fond de podium, mettant en scène des personnages eux aussi cagoulés. Décidément, la cagoule est maîtresse des lieux.

« We Are Good » et « Ghost » relancent la machine, avant que le frontman n'égrène quelques tubes qui ont marqué les vingt ans de tout un pan de la fosse, à une époque où la radio nationale belge s'appelait encore PureFM, devenue depuis Tipik, selon ses dires, sous les rires du public belge, qui, lui, ne reste jamais insensible aux joutes verbales du gaillard.

À un moment parfaitement inattendu, un gamin tranquille, accompagnant ses parents, est gentiment pris pour cible par Mister Bastard. Hissé sur les planches, il devient l'espace de quelques minutes un véritable compagnon de route. Pour le remercier de cette collaboration brève mais intense, le généreux chanteur lui offrira, ainsi qu'à ses parents, une place pour le concert que le combo donnera prochainement au Cirque Royal de Bruxelles.

Celui dont les frasques sont connues et reconnues invite ensuite les quidams à scanner un énorme QR code projeté sur les planches : « une place achetée, une place gratuite », lance-t-il, au grand désarroi des membres de son équipe. Mais personne ne parvient à effectuer la manœuvre, le réseau internet étant totalement indisponible à ce moment précis. Du grand n'importe quoi, assumé et savouré.

« Cup Of Coffee », « PIL » et « People In The Shadow » referment la partie la plus incisive du set, toujours portée par cette même rigueur d'exécution qui distingue les grands rodés des planches des simples entertainers.

Un pogo plus tard, les musiciens s'offrent, en guise de dessert, un moment de pur bonheur : plongés dans la fosse, ils livrent une reprise punk et furieuse de « Boys Don't Cry » du mythique The Cure. Osée, mais magistrale.

L'équipe s'éclipse alors, tandis que retentit « Porcherie » et son fameux refrain « La jeunesse emmerde le Front national » du band Bérurier Noir.

Amour, mystère et anarchie : Skip The Use n'a, décidément, rien perdu de son insolence.

Changement radical d'ambiance sur la scène PV : après les vieux briscards, place à la nouvelle génération, celle de Sam Sauvage, jeune auteur-compositeur-interprète venu du Boulonnais et révélé au grand public par ses clips postés sur Instagram.

Il affiche un air de dandy, un peu à la manière de Pierre De Maere, que les Solidarités ont eu le plaisir d'accueillir lors d'une précédente édition.

Il grimpe sur les planches, l'air hagard et complètement désarticulé, engoncé dans un costume mal ajusté. Ses musiciens sont habillés tout de blanc, la panoplie assumée des gars qui n'ont jamais vraiment su comment se tenir en société, mais qui en ont tiré une signature.

Auteur-compositeur-interprète, Sam Sauvage jongle aisément entre chanson et pop française, un équilibre qu'il confirme d'entrée dès « Les Gens Qui Dansent (J'Adore) », ouverture idéale où l'on perçoit, çà et là, des intonations à la Stromae, mâtinées d'une écriture bien plus corrosive. Les cheveux hirsutes à l'instar d'un savant fou, le jeune homme emmène immédiatement son auditoire dans son univers déluré et instable.

« Le Chant Des Sirènes » ouvre ensuite une parenthèse plus feutrée, presque envoûtante, où la voix grave et suave du chanteur, déjà reconnaissable entre mille, prend toute sa dimension. La comparaison à l'énergie de l'ouverture n'en est que plus saisissante.

Épaulé par ses comparses, Sam évoque, sur « J'Suis Pas Bo », des moments de malaise liés à son apparence et une quête d'identité artistique à travers son style. Aujourd'hui, à le voir sur les planches, force est de constater qu'il semble avoir largement surmonté cette période difficile, l'autodérision ayant visiblement pris le pas sur la gêne.

Entre liberté, désamour et jeunesse désinvolte, le garçon solitaire s'épanche encore un peu plus sur « Ne T'en Fais Pas Pour Elle », avant qu'un clin d'œil appuyé à ses propres origines ne vienne ponctuer le set : sur « Boulogne », référence directe à sa ville natale, la fosse découvre un Sam Sauvage plus ancré, presque nostalgique, loin de l'image de dandy parisien qu'on voudrait parfois lui coller.

« Hypocrisie » et « Je Ne T'aime Plus » enchaînent, incisifs, enrichis par des textes délicats à la fausse candeur, grâce auxquels l'artiste est parvenu, en très peu de temps, à s'attirer la sympathie d'un auditoire pourtant pas nécessairement acquis à sa cause.

Puis vient « Un Cri Dans Le Métro », récit urbain et poétique où l'on retrouve toute la plume ciselée et romantique d'Hugo Brebion, à l'état civil. « Avis De Tempête » relance ensuite la machine sur un tempo plus mordant, avant que « Garder Le Sourire » ne vienne, l'espace d'un refrain, jouer les contrepoints lumineux dans un répertoire pourtant volontiers désabusé.

Malgré ses apparences, sa dégaine et ses pas hésitants, le bonhomme promet qu'il n'est « Pas Bourré », sous les cris hilares d'une fosse déjà largement conquise.

« La Fin Du Monde » referme les débats sur une note à la fois grinçante et tendre, fidèle à l'esprit d'un artiste qui n'a jamais cherché à choisir entre gravité et légèreté.

Après une prestation d'à peine une heure, Sam Sauvage a gagné son pari : dévoiler son univers, et gagner la sympathie d'un auditoire qui, pour une bonne partie, n'était pas nécessairement venu pour lui.

Il fait nuit noire lorsque les vétérans d'Orchestral Manoeuvres In The Dark (plus connus sous l'acronyme OMD) montent sur les planches.

La pop et le rock, en général, ont connu un nouvel essor dès le début des années 80, et notamment sous une forme plus électronique. Les synthés et les boîtes à rythmes se sont donc intégrés à la solution sonore, quand ils ne se sont pas substitués à l'instrumentation organique. Un choix qu'a opéré, dès l'origine, ce duo anglais.

Le light show discret se mêle à l'obscurité, alors qu'on entend les premières notes d'« Atomic Ranch », suivies de celles d'« Isotype ». Deux morceaux au son très contemporain, davantage instrumentaux qu'à vocation de tube, qui constituent une entrée en matière atmosphérique typique du duo. De l'électronique, de l'intelligence dans la composition, et cette dose d'on-ne-sait-quoi qui creuse la différence.

La fan base namuroise est peuplée de sexagénaires assumés, cheveux gris fièrement portés, ventre nostalgique et peau burinée par les décennies. L'âge et la sagesse font bon ménage !

Faut dire que la formation fondée par Andy McCluskey (chant, basse, guitare) et Paul Humphreys (chant, claviers) en 1978 a enregistré son premier single, « Electricity », en 1979, et son premier album, éponyme, début 1980.

Contrairement à ce que d'aucuns pourraient croire, cette étape belge ne s'inscrit pas dans une tournée d'adieu : la « Summer of Hits Tour » qui les mène cette année à travers l'Europe se veut avant tout une célébration de leur répertoire, quarante-huit ans après leurs débuts.

Les deux amis semblent impressionnés par l'accueil très chaleureux que leur réserve la fosse noire/jaune/rouge.

Le décor est minimaliste. Un écran géant est dressé en toile de fond. Paul Humphreys est planté à droite devant son synthé. Un autre préposé au clavier est posté à gauche du podium. Le batteur s'installe légèrement en retrait, son kit recélant des fûts en tout genre. Vêtus de noir, ils affichent tous la soixantaine bien sonnée. Ils sont perchés sur des estrades, ce qui permet de les distinguer très distinctement.

« Electricity » embrase véritablement le set. La communion s'opère rapidement entre les musiciens et la fosse. Andy devient complètement hystérique. Sans doute peu doué pour la danse, son corps est tout à coup pris de saccades violentes, ses bras ne cessent de rouler, tandis qu'il arpente la scène de long en large. Une attitude qui va perdurer l'intégralité du set. Son visage dégouline de sueur.

Parfaitement à l'aise tant à la guitare qu'à la basse, il reste proche de son public, venant régulièrement taper ses paluches dans celles de ceux qui ont la chance d'assister au show, près des barrières.

« Messages » puis « History Of Modern (Part I) » creusent ensuite un sillon plus nostalgique, rappelant de bons vieux souvenirs à celles et ceux qui les ont connus à l'époque. Une période que les moins de vingt ans ne peuvent, eux, pas connaître.

À 67 ans, la voix d'Andy McCluskey reste quasiment intacte, un exploit au regard de tant d'autres artistes de sa génération.

Pour « (Forever) Live And Die », Andy se consacre au clavier, tandis que Paul se charge des vocaux. Contrairement à son comparse, sa voix souffre, épisodiquement, de quelques petites faiblesses. « If You Leave » et « Souvenir » enchaînent, imparables.

« Joan of Arc (Maid of Orleans) » constitue le point d'orgue. La jouissance onirique est alors à son comble, la fosse au bord du malaise, l'ambiance à son paroxysme. Andy invite l'auditoire à frapper dans les mains pour accompagner cette fameuse rythmique syncopée dont le duo a le secret.

« The Rock Drill » et « Veruschka », tous deux issus de leur dernier opus en date, « Bauhaus Staircase », prouvent que le tandem n'est pas venu uniquement pour ressasser le passé.

Retour ensuite aux classiques : « So In Love » ne manque pas d'attrait.

Le duo aime la Belgique. Pour le lui rappeler, il se lance dans une « Locomotion » qui n'a pas pris une ride, un des plus gros succès du groupe dans le pays, à l'époque de sa sortie.

« Sailing On The Seven Seas » relance une dernière fois la machine, avant que « Enola Gay », caractérisé par ses beats froids et synthétiques, ne signe le clap de fin d'un concert qui restera ancré dans les mémoires. Une chanson aux relents particuliers, puisqu'elle narre l'histoire de l'avion qui a largué la bombe atomique sur Hiroshima. Une tragédie de l'histoire de l'humanité, transformée et embellie ici par la seule puissance de la musique.

Sous l'effet de l'émotion, Paul et Andy viennent saluer chaleureusement une fosse décidément très réceptive, alors que le sample continue de produire, durant de longues minutes, cette rythmique devenue un véritable hymne.

Ne leur faites pas l'injure de les traiter de vieux ringards. Non ! Durant plus d'une heure, ils ont accompli un travail éblouissant, extraordinaire, bien loin des archétypes du genre.

Résistance, résilience, résurgence : Andy et Paul sont peut-être des papys, mais des papys qui n'ont manifestement pas fini de faire de la résistance.

Girls In Hawaii ne s'était plus produit depuis plusieurs années, à l'exception de la tournée célébrant les vingt ans de son premier opus, « From Here To There », en 2023, qui avait rempli l'Ancienne Belgique quatre soirs durant.

Né au début des années 2000, le quintette s'est imposé au fil du temps parmi les repères de l'indie rock européen. De « From Here To There » (2003) à « Nocturne » (2017), en passant par « Plan Your Escape » (2008) et « Everest » (2013), la formation a bâti, disque après disque, un univers musical qui accompagne toute une génération d'auditeurs, celle qui a grandi à ses côtés, et qui se retrouve ce soir sur la plaine namuroise.

Cette étape des Solidarités s'inscrit dans la tournée européenne relancée cet été, amorcée par une semaine de résidence et de répétitions au Manège de Mons. Elle accompagne la sortie annoncée d'« Eldorado », cinquième album du quintette et premier chez Capitane Records, attendu pour ce mois de septembre, soit quelques semaines à peine après ce passage namurois. Une manière, pour la formation, de rôder son nouveau répertoire directement devant l’auditroire, avant même que le disque ne soit dans les bacs.

Sur les planches, cinq silhouettes bien connues du public belge s'installent sans effet inutile. Pas de mise en scène tapageuse, pas de superflu : Girls In Hawaii a toujours préféré laisser parler la musique plutôt que l'esbroufe visuelle, et cette philosophie se confirme d'entrée. La foule s'est déplacée surtout pour entendre, moins pour voir !

Le combo ouvre le bal par « Is It Happening Right Now? », titre extrait du disque à paraître et premier à avoir été porté aux oreilles des auditeurs radiophoniques. Le morceau oppose matières organiques et textures synthétiques, invite à lever les yeux vers le ciel et à savourer l'instant présent : un choix d'ouverture qui sonne presque comme un manifeste, celui d'une formation qui refuse de se contenter d'un simple exercice de nostalgie.

L'accueil se révèle chaleureux, la fosse accompagnant déjà les premiers refrains d'un titre qu'elle découvre pourtant à peine. Très vite, « Eldorado », lui aussi inédit, dévoile une écriture plus rythmée, plus brute, presque conceptuelle, qui déroute agréablement une partie de l'auditoire, davantage habitué aux mélodies plus feutrées du quintette.

Le souvenir de Denis Wielemans, ancien batteur du combo disparu dans un accident de la route en 2010, demeure présent lors des concerts de Girls In Hawaii. « Misses », extrait d'« Everest », lui adresse un hommage sobre et sensible, nourri d'une retenue qui en dit plus long que n'importe quelle emphase. Ce disque, né dans un contexte de deuil et de reconstruction, reste sans doute l'un des plus accomplis de leur parcours, et son empreinte continue, plus de dix ans après, de planer discrètement sur chacune de leurs prestations.

L'atmosphère gagne peu à peu en tension. Sur l'entraînant « Found In The Ground », le batteur imprime sa cadence à la charley, à la ride, à la caisse claire et à la grosse caisse, d'une régularité métronomique qui tranche sur la fougue apparente du morceau. La voix légèrement éraillée du chanteur, elle, prend tout son relief, portée par des harmonies vocales soignées qui rappellent à quel point le quintette a toujours cultivé un sens aigu du détail.

« Not Dead » suit, titre qui retrouve une place de choix dans le nouveau tour de chant de la formation, résonnant presque comme une affirmation, ce soir-là, tant le combo semble avoir traversé les années sans jamais réellement s'essouffler.

« Drifting In The Summer Rain » et « Birthday Call » alternent ensuite inédit mélancolique et pièce plus ancienne, extraite de « Plan Your Escape », preuve que la formation n'a jamais rompu le fil entre ses différentes époques : les nouvelles compositions cohabitent naturellement auprès de celles d'il y a près de vingt ans, sans rupture de ton ni effet de couture visible.

La précision instrumentale, constante tout au long du set, se confirme sur « Who's To Blame », « Guinea Pig », respectivement extraits d'« Eldorado » et de « Nocturne », et « Not Your Fault », où rythmique syncopée et chœurs dessinent un ensemble aux couleurs nettes. Plus de deux décennies après ses débuts, le quintette conserve une réelle force de proposition, loin d'une formation qui se contenterait de vivre sur les acquis de son répertoire passé.

Quelques minutes plus tard, l'incontournable « Switzerland », où l'électro et le piano servent la mélodie, ravive l'élan du combo et rappelle, s'il en était besoin, sa capacité à concilier délicatesse mélodique et efficacité live. « Rorschach », tout en guitares saturées, est aussitôt servi dans une tension maîtrisée, le morceau gagnant en intensité jusqu'à son ultime déflagration.

Avant de quitter les planches, le combo livrera évidemment une parenthèse attendue, « Flavor », caractérisée par son intro de basse répétitive. Un titre qui referme finalement les débats dans une dernière montée en intensité, laissant le public namurois dans un état d'épuisement heureux.

Girls In Hawaii signe un retour solide aux Solidarités, sans renier vingt ans de répertoire, et confirme sa place parmi les formations majeures de l'indé-pop belge.

La soirée se refermera un peu plus tard sur Faithless, tête d'affiche de cette première journée de festival. Votre serviteur n'aura hélas pas eu l'occasion d'assister à cette ultime prestation, la fatigue et la générosité de la programmation ayant eu raison de sa présence jusqu'au bout de la nuit. Aux dires de ceux qui y étaient encore, le combo londonien aurait clôturé les festivités dans l'énergie qu'on lui connaît. De quoi, sans doute, nourrir un prochain compte-rendu.

(Organisation : Les Solidarités)

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