Après une date complète à La Madeleine et un passage très remarqué au Pukkelpop en 2025, CMAT signe son retour en Belgique en compagnie de son ‘very sexy’ backing group. L’Irlandaise confirme une trajectoire ascendante sans accroc et profite de cette tournée pour défendre son troisième long playing, « Euro‑Country », paru ce 29 août 2025. Elle investit l’Ancienne Belgique pour une soirée annoncée sous le signe de l’autodérision, de l’excentricité et d’une énergie parfaitement assumée.
Derrière le pseudonyme CMAT se cache Ciara Mary‑Alice Thompson, artiste qui définit sa country pop comme un croisement improbable entre Dolly Parton, Weird Al Yankovic et Katy Perry. Sa capacité à faire cohabiter des univers contradictoires lui vaut un auditoire toujours plus large, deux elpees classés numéro 1 en Irlande ainsi que des nominations aux BRIT Awards, à l’Ivor Novello Prize et au Mercury Prize. Sa voix, tour à tour caressante et affirmée, sert des textes qui explorent des thématiques émotionnelles — comportements autodestructeurs en tête — abordées par le prisme d’un humour ‘camp’ et d’une autodérision constante.
Son dernier elpee s’inscrit dans cette même logique d’équilibre : un disque qui traite de sujets majeurs — capitalisme, revers de la notoriété — sans lourdeur ni posture. Le single viral « Take a Sexy Picture of Me », rebaptisé « Woke Macarena » par les fans, s’attaque notamment aux diktats esthétiques imposés aux femmes. Cet opus affirme un peu plus CMAT parmi les autrices‑compositrices‑interprètes incontournables de sa génération, tout en renforçant une réputation scénique forgée par une présence généreuse, une énergie communicative et un sens aigu du spectacle.
La soirée affiche complet depuis de longues semaines.
La première partie évoque un air de déjà‑vu pour celles et ceux qui avaient assisté au concert de The Last Dinner Party. Katy J. Pearson, originaire de Bristol, s’avance seule, armée de sa voix et de sa guitare électro‑acoustique. Comme au Cirque Royal, elle se présente sans accompagnement, installée en bord de podium devant un rideau rouge encore fermé.
L’écoute reste plaisante : les chansons franchissent aisément la rampe, confirmant pourquoi la Britannique s’est déjà forgé une solide réputation. Pourtant, une retenue persistante l’empêche de réellement happer l’auditoire. L’étincelle tarde à surgir, et l’attention de la fosse se disperse. À mi‑parcours, des conversations s’élèvent des premiers rangs, un manque d’égards manifeste envers l’artiste. Dommage, car Katy J. Pearson dispose d’une superbe voix aérienne et d’un toucher délicat, ses doigts effleurant les cordes avec assurance tandis qu’elle enchaîne des mélodies finement ciselées. Les applaudissements demeurent chaleureux, parfois ponctués de cris tentant de couvrir les bavardages d’une foule dissipée.
La musicienne compte déjà trois elpees à son actif — « Return » (2020), « Sound of the Morning » (2022) et « Someday Now » (2024) — auxquels s’ajoutent plusieurs singles et un EP, « Katy J. Pearson and Friends Present Songs From The Wicker Man ». Elle entame son set par « « Take Back the Radio, extrait du premier disque. Après une brève introduction, ce morceau lumineux, traversé par une quête de rédemption, célèbre un retour sur les ondes et contraste avec le reste du répertoire. Des réminiscences de Fleetwood Mac traversent les esprits, tandis que sa musique navigue entre folk, country, Americana et indie rock. Une touche post‑punk surgit sur « Alligator », où elle délaisse son chant habituel — quelque part entre Stevie Nicks et Belinda Carlisle — pour un phrasé plus monocorde évoquant Cate Le Bon. Une entrée en matière convaincante pour une artiste qui trace sa route et dont la présence est de plus en plus sollicitée sur le circuit britannique pour assurer des supporting acts de prestige (page ‘Artistes’ ici).
Setlist : Take Back The Radio, Sound Of The Morning, Those Goodbyes, Alligator, Siren Song, Beautiful Soul, Talk Over Town.
Le rideau se lève et révèle un décor structuré autour de deux estrades. À gauche, la violoniste capte immédiatement l’attention. Au centre, un escalier de cinq marches offre à CMAT un terrain de jeu idéal pour multiplier les poses. À droite, le batteur occupe l’espace, tandis qu’un peu plus bas, sur une plateforme avancée, le claviériste — short moulant en lin — se dresse devant le bassiste, flanqué à gauche d’un guitariste grimé en femme. Bottes hautes noires, bas-résille et courte jupe rouge éclatante : CMAT s’impose d’emblée. Les rebords des estrades et de l’escalier s’illuminent grâce à des rampes LED majoritairement rouges, soulignant l’ensemble du dispositif.
CMAT assume pleinement son statut de diva, un rôle qu’elle adopte sur les planches, en parsemant son set de clins d’œil malicieux. Loin d’un simple artifice, cette posture nourrit un spectacle rythmé par des pitreries aussi maîtrisées que savoureuses. Dès l’ouverture progressive du rideau, l’ambiance se dessine. « Janis Joplining » sert d’introduction atypique : plus que la chanson elle‑même, ce sont les regards appuyés et le jeu de séduction adressé à la foule qui dominent. Le morceau agit comme un sas avant « The Jamie Oliver Petrol Station », rapidement repris en chœur. Le clip vient tout juste de paraître — sans la présence du chef étoilé ce soir‑là — mais l’auditoire s’enflamme. Les fans couvrent presque totalement la voix de CMAT, d’autant que le mixage manque encore de précision : tantôt trop en avant, tantôt noyée dans sa formation ‘very sexy’. La prise en main d’une guitare, une première dans le show, prolonge opportunément le titre.
Incontournable de son répertoire, « I Don’t Really Care For You » arrive très tôt. CMAT y déploie sa désormais célèbre ‘pause’, partant en chasse de spectateurs susceptibles de l’agacer. Trois d’entre eux sont épinglés et reçoivent une sérénade teintée d’un regard noir parfaitement dosé. L’artiste maîtrise l’art de capter la fosse en un instant. Une délégation irlandaise bien présente à l’Ancienne Belgique se manifeste d’ailleurs un peu plus tard. Mais place d’abord aux morceaux issus d’« Euro‑Country ». « When a Good Man Cries », livrée avec ferveur malgré une gorge visiblement sèche, précède "Tree Six Foive », accueilli avec un enthousiasme immédiat. CMAT multiplie les montées sur son estrade : le talent s’affirme, et le sentiment que d’autres surprises se profilent s’installe.
« Have Fun ! » s’impose désormais comme un classique. Gestuelle généreuse et échanges appuyés installent une atmosphère chaleureuse. L’amusement ne se dissimule pas : entre deux morceaux, elle glisse un bonbon dans sa bouche, puis engage une courte discussion avec un fan venu de Gand, à qui elle confie le reste de la friandise. Clin d’œil local : ‘ça colle aux dents, Anatole !’.
Le temps s’écoule à vive allure, non pas par abondance de titres — neuf seulement figurent sur la setlist — mais parce que le spectacle gagne en intensité. Les interactions au sein de la formation entretiennent une dynamique réjouissante. Une gorgée de thé humidifie le gosier avant « Take a Sexy Picture of Me », dont le refrain est scandé si puissamment par la foule que la voix de CMAT se fait presque discrète. Elle compense en offrant une succession de poses, laissant aux photographes un court répit avant « Iceberg ». Plus épurée, la chanson la retrouve en duo avec sa violoniste, pour un moment de grâce suspendu.
L’heure réglementaire est dépassée. Les habitués le savent : CMAT conserve toujours quelques pièces longues pour conclure. Peu de place, donc, pour les digressions, même si un extrait improvisé de « J’aime la vie » de Sandra Kim s’invite brièvement. Avant « Running/Planning », elle présente sa formation ‘verys sexy’ avant de quitter le podium.
Le rappel s’articule en trois temps, soutenu par un sextuor au complet. « Euro‑Country », titre éponyme du troisième elpee, frappe d’emblée par son urgence et sa densité sonore. CMAT rappelle son attachement à un activisme joyeux, une manière d’ancrer le message sans l’alourdir. Le propos se fait plus grave, sans rompre l’élan général — un moment marquant de la soirée.
La fête repart de plus belle sous une version extra‑longue de « I Wanna Be a Cowboy, Baby ! » : la fosse se balance sans relâche. Malgré une heure largement entamée, « Stay for Something » s’impose encore. CMAT ironise sur son incapacité à livrer un concert de moins de nonante minutes. Ces minutes offertes renforcent une ferveur déjà palpable. L’artiste se mêle une dernière fois à la foule, point d’orgue d’un concert généreux et intensément vivant. Les applaudissements, assourdissants, résument à eux seuls la réussite de cette soirée. Le compte à rebours est lancé avant ses prochains passages à De Roma et au Rock Werchter…
Setlist : Janis Joplining, The Jamie Oliver Petrol Station, I Don’t Really Care For You, When a Good Man Cries, Tree Six Foive, Have Fun !, Take a Sexy Picture of Me, Iceberg, J’aime la vie (Sandra Kim, extrait improvisé), Running/Planning
Rappel : Euro‑Country, I Wanna Be a Cowboy, Baby !, Stay for Something
(Pour les photos, c'est ici)
(Organisation Live Nation)