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Paolo Nutini sortira son nouvel album, "Last Night In The Bittersweet", le 1er juillet 2022. Ce sera sa première sortie originale depuis 2014. "Last Night In The Bittersweet" est un véritable périple de 70 minutes au cours de laquelle il navigue entre le rock…

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W-Festival 2018 : samedi 18 août

Ce 3ème jour du W-Festival s'annonce sous les meilleurs auspices : le temps est délicieux et l'affiche, plus qu'alléchante.

En débarquant sur la plaine d'Orroir (Mont-de-l'Enclus) à 14h, les concerts de Da Geist, l'excellent duo lillois et celui de Katrina (ex-Katrina & The Waves), se sont déjà déroulés. Mais face à la Wave-Scene, une des sensations de ces dernières années va bientôt se produire : Ash Code. ‘Il gruppo napoletano’ et She Past Away sont quasi les seuls représentants de la nouvelle génération 'wave', qui déferle depuis 2008-2010. On regrettera d’ailleurs que la programmation ne se consacre que peu aux 'jeunes pousses', préférant les anciennes gloires, voire les dinosaures, pour plus de sécurité. Enfin, revenons à Ash Code. Sur les planches, le groupe réunit les jumeaux Alessandro et Adriano Bellucio ainsi que Claudia Nottebella. Crossover entre postpunk, darkwave, synthpop et EBM, sa musique se distingue par des sonorités très classiques mais particulièrement efficaces. A cette heure encore matinale, il n'y a que 200, voir maximum 300 âmes devant le podium et le concert tarde à décoller. Mais au moment où le trio italien entame « Want », tout s'éclaire ; les rythmes claquent et l'ambiance monte immédiatement d'un cran. « Perspektive », la plage titulaire de son 3ème et plus récent elpee, et surtout « Dry Your Eyes », son titre le plus notoire, interprété en fin de set, confirment ce regain d'énergie lors d’une prestation finalement très prometteuse.

A l’instar de Sad Lovers & Giants, Modern English est une formation atypique née au tout début des eighties. Dans un style plus atmosphérique, mais à la ligne de guitare claire, elles ont eu une influence majeure dans l’histoire de la musique pop/rock, sans pourtant récolter le succès mérité, même celle qui nous concerne, en cette fin d’après-midi, a décroché un énorme tube ? Intitulé « I melt with you » et gravé 1982 (voir clip ici), il a également servi de B.O. pour le film « Valley girl » de Rachel Goldenberg, en salle l’année suivante. (*)

C’est ce morceau qui clôt un set d’excellente facture, un titre que la foule reprend à l’unisson en frappant des mains. Du line up initial, 4 des musiciens sont toujours au poste, soit le claviériste Stephen Walker, le bassiste Michael Conroy (NDR : de petite taille, lunettes vissées sur le nez, on dirait un fonctionnaire), le chanteur Robbie Grey (NDR : raide comme un piquet, on dirait le sosie de Hergé) et le guitariste Gary Mc Dowell (NDR : qui a eu la gentillesse d’accorder une interview à Musiczine). Lui il a toujours un fameux look ! Cheveux en broussaille et barbe longue, tatoué, même sur le visage, et affublé d’un costume imprimé en peau de léopard, il joue de la guitare en se servant d’un tapis de pédales et parfois jette un oeil sur une partition posée sur un chevalet, à sa droite. Roy Martin remplace Richard Brown, à la batterie, depuis la reformation du quintet, en 2010. Et il assure. Le son est puissant dès les premiers accords. Mieux vaut donc suivre la prestation, aux abords de la table de mixage. Et manifestement, il est distinct. Le band a le bon goût de proposer des morceaux issus de son dernier elpee, « Take me to the trees ». Et tout particulièrement « Trees » et « Moonbeam », une composition réminiscente de Wire, malgré les interventions vintage du synthé. Mais il n’en oublie pas pour autant ses titres les plus notoires, comme « Someone’s calling » « Gathering dust » et « Into the darkness ». Grey pratique toujours cette même gestuelle pour dépeindre ses chansons, galvanise la foule, l’invite à frapper dans les mains, quand il ne vient pas taquiner ses comparses. Amusantes, ses attitudes, sont comparables à celles d’un personnage de BD (NDR : Tintin ?) Etonnant, quand il ne déclame pas, il chante bien mieux que sur les compos de son dernier long playing. L’auditoire apprécie manifestement le show, répond aux sollicitations du chanteur et applaudit à tout rompre. Un très chouette concert qui aurait mérité une prolongation ; mais surtout un set dont la musique n’a pas pris une ride. Par rapport à de nombreux groupes ou artistes qui ne vivent que de leur glorieux passé, c’est une fameuse référence ! (*)

Vu qu'il faut également se restaurer et, surtout, se rafraîchir, on snobe honteusement Charcoalcity et Nouvelle Vague. Ces derniers écument depuis longtemps nos contrées et ses reprises lénifiantes de hits new wave en mode bossa-nova de supermarché finissent par agacer. Enfin, pas la foule présente qui semble apprécier. Rob Grey vient pourtant faire, lors du dernier morceau, son apparition, sur le podium, pour chanter en duo. Paradoxalement, ce sont ces cover bands qui attirent le plus de peuple, lors des petits festivals. Et pourtant, en général, ils ne font que reprendre le rôle d’orchestres de bals populaires organisés dans les villages, au cours des 60’s et 70’s…

C'est donc vers 17h que le véritable cours du festival reprend ses droits. Et pour notre plus grand plaisir, puisque Marsheaux se produit, sous le chapiteau 'Wave'. Ce duo féminin de synthpop a été créé à Athènes en 2009 par Marianthi Melitsi et Sophie Sarigiannidou. Le patronyme ‘Marsheaux’ s’inspire d’ailleurs de leurs deux prénoms. Soutenues sur l’estrade par deux musiciens pilotant des machines, les deux beautés hellènes nous ensorcèlent rapidement par leurs mélodies suaves et leurs arrangements voluptueux. Lors du lumineux « Summer » et le séduisant « Now You Are Mine », les influences de Ladytron et Fisherspooner sont palpables. Et ce sont de très belles références, il faut l’avouer. En outre, les lignes de synthés qui alimentent « Dream of a Disco » évoquent OMD. Autre jolie référence, avouée, celle-là : Depeche Mode. Marsheaux adapte en effet « Now This Is Fun », issu de « Broken Frame » (82). La version est considérablement ralentie, ce qui accentue le côté hypnotique de la composition. Une jolie prestation qui a traversé le festival, comme un éclair de lumière…

L’interview d’Ash Code, réalisée dans la press room, se déroule pendant le show The Devil and The Universe, un combo autrichien de neo-folk/dark ambient. Ashley Dayour, Stefan Elsbacher et David Pfister décrivent leur musique instrumentale comme de la ‘Goat Wave’ ('goat' signifie 'bouc'), une allusion à Baphomet, le dieu/démon à tête de bouc, dont les musiciens adoptent le masque en ‘live’ et dans leurs vidéos. Au loin, on perçoit quand même l'ambiance hypnotique, voire tribale du concert, qui navigue quelque part entre In Slaughter Natives, Enigma et Restive Plaggona. Un peu comme si Dead Can Dance embrassait l'esthétique satanique. Son dernier opus, « Folk Horror », est paru chez Aufnahme + Wiedergabe. Et il est à découvrir absolument !

L’épopée new wave se poursuit, mais sous la tente 'Synth' ; et c'est Heaven 17 qui s'y colle. Ce combo synthpop britannique est originaire de Sheffield. Il s’était déjà produit dans le cadre du festival, il y a deux ans. Il a été formé en octobre '80 par Martyn Ware et Ian Craig Marsh, après avoir quitté Human League, brouillés avec Phil Oakey. Rejoints par Glenn Gregory, les Anglais rencontrent un succès conséquent au cours de la première moitié des eighties. Ian Craig Marsh a quitté le line up en 2006, mais la prestation, rehaussée par la présence de jolies choristes, est toujours parfaitement en place. Du set on épinglera surtout « We don't need that Fascist Groove Thang », « Circus of Death », la reprise du « Let's Dance » de David Bowie et, bien entendu, « Let Me Go »...

‘Let Me Go’ : ça tombe bien : laisse-moi partir ! Car sur l'autre podium, le concert, très attendu de She Past Away, un duo issu de la nouvelle génération, va bientôt commencer. D'origine turque, il implique aujourd'hui Volkan Caner et Doruk Ozturkcan et propose un post punk teinté de darkwave et de gothic rock. Mais le chant en turc surprend ! Sur les planches, les morceaux sont interprétés exactement comme sur disque. Mais visuellement, la paire assure le minimum syndical. Visiblement assez timides, les deux compères sont très statiques et se concentrent sur leur musique. La voix de Volkan Caner rappelle clairement celle d'Andrew Eldritch, mais sans la hargne et sans les c********. Heureusement, les compositions tiennent très bien la route, surtout « Ritüel » et « Katarsis ». Résultat des courses, les  fans du groupe, très nombreux dans un chapiteau plein à craquer, accordent une véritable ovation à ce tandem promis à une belle carrière.

Après Limahl, l'ex-chanteur de Kajagoogoo, qui a ravi les nostalgiques sur la Synth-Scene en interprétant les hits : « Too Shy » et « Never-ending Story », ainsi que quelques reprises dispensables, on passe sans transition à Front Line Assembly, une formation créée en 1986 par le Canadien Bill Leeb, transfuge de Skinny Puppy. Bien qu’ayant déjà assisté aux concerts de FLA, à quatre reprises, celui-ci va se révéler tout bonnement hallucinant. Sa musique hypnotique, dont la base est l’EBM, est enrichie par des accents darkwave-electro-indus et empruntent une dimension 'big beat', très susceptible de faire penser à Fatboy Slim ou aux Chemical Brothers. Le tout, combiné à la touche tribale imprimée par le batteur et les percussions que se réserve, entre autres, le chanteur en personne. C'est un peu comme du Front 242 sous acide. La version live de « Plasticity », par exemple, s'étend sur près de 12 minutes. Une succession irrésistible de progressions électroniques, changements de dynamique et chants incantatoires d'une puissance inouïe. Un grand moment !

Pour clore la soirée, Paul Young est programmé sur la Synth-Scene ; mais après un rapide coup d'œil, tout en tendant l’oreille, à l'intérieur du chapiteau, il faut se rendre à l'évidence : Paul est plus 'old' que 'young' et il n'a plus beaucoup de voix. Il peine a exécuter (c'est le mot) ses propres chansons et quand il décide de massacrer « Love Will Tear Us Apart », une envie irrésistible de rejoindre ses pénates envahit votre serviteur. D’autant plus que demain, dimanche, le dernier jour du marathon l’attend…

(Organisation : W-Festival)

 

(*) : B.D.

 

W-Festival 2018 : vendredi 17 août

Ce vendredi, c'est le 2ème jour du W-Festival et sur la plaine du Mont-de-l'Enclus, les festivaliers sont prêts à accueillir une nouvelle salve de groupes et artistes des mouvances ‘dark’ (new-wave, synthpop, darkwave, …) Un beau soleil inonde tout le site. Quel contraste par rapport au déluge qui s’est abattu, la veille, en fin de soirée.

A 13h20 tapante, Flesh & Fell ouvre le feu sur la Synth-Scene. Créé par Pierre Goudesone, ce projet belge a sévi au cours des années 80 et a été reformé en 2011, mais en compagnie d’une nouvelle chanteuse : l'excellente Laurence Castelain (aussi chez Alk-A-Line). Au W-Fest, il présente son nouvel opus, « Icarus », qui célèbre les 30 ans du groupe. Cet elpee et le précédent constituent l'essentiel de la setlist, qui recèle néanmoins quelques classiques, dont « Hunger » et « The Wind ».

L’estomac crie famine ! Il est temps d’aller se restaurer. Par conséquent, Doganov, le groupe belge de 'heavy-gothic rock', Altered Images, la formation responsable des hits « I Could Be Happy » et « Happy Birthday » ainsi que Monica Jeffries et Me The Tiger passent malheureusement à la trappe…

On est de retour pour Orphaned Land. A l’instar de Machiavel, la veille, cette formation israélienne sort complètement du cadre 'new wave' prôné par le festival. Mais pourquoi pas, quand on veut varier les plaisirs… Actif depuis 27 ans, il infuse son prog-metal de sonorités orientales et de musiques traditionnelles. Malheureusement, malgré la qualité des compos et les messages de paix délivrés par le chanteur, le concert n'est guère convaincant. L’instrumentation ‘live’ ne parvient pas à s’intégrer aux bandes qui tournent en play-back. Résultat des courses : c’est brouillon ! A découvrir sur disque ou alors, si c’est en concert, sous la houlette d’un ingénieur du son compétent !

La Synth-Scene est déjà bien remplie à 16h pour la prestation de Peter Godwin, un chanteur anglais qui a décroché quelques hits au cours des eighties. Sa synthpop est sirupeuse, trop sans doute. Il affiche un look de ‘vieux beau’ à la Pierce Brosnan et ses attitudes précieuses frisent le ridicule. Heureusement, « Criminal World », d'ailleurs repris par Bowie, « The Art of Love » et surtout « Images of Heaven » sortent quelque peu du lot...

Pendant ce temps, Echoes of Yul, le projet polonais emmené par Michał Śliwa, déroule sans grande conviction ses sonorités dark/ambient/drone/doom.

Bref, pas la peine de trop s’attarder, car A Flock of Seagulls, une formation anglaise qui a marqué l'époque new wave, grâce à un style rock/pop synthétique très efficace et au charme irrésistible, s’apprête à grimper sur les planches. Bon : au niveau du look, c'est râpé : le chanteur a troqué sa célèbre crête punk blonde contre une coupe à la Bruce Willis et affublé d’une veste argentée, on dirait un 'Bonhomme Michelin' qui aurait été kidnappé par les Aliens. La voix a mûri, mais ne parvient plus à passer l’octave supérieure. Cependant, plus rock, la musique passe bien la rampe. Des hits comme « Modern Love is Automatic », « The More you Live the More you Love » et, bien sûr, « I Ran » n'ont pas pris une ride et on se rend compte à quel point certains groupes contemporains ont pillé le style des volatiles, surtout Arcade Fire. Première belle surprise de la journée !

Quant à Dive, il n'y a pas de surprise ! Ce projet electro-indus de l'hyperactif Dirk Ivens (NDR : aussi derrière The Klinik, Absolute Body Control et Sonar) est devenu notoire pour ses concerts-tueries. Et il ne dérogera pas à la règle. Comme pour D.A.F. la veille, c'est simple, minimaliste même mais... ça déchire. Ivens est seul sur l’estrade, soutenu par une bande-son et des stroboscopes ; mais son énergie est impressionnante. Que ce soit sur « Underneath », « Far Away » ou « Bloodmoney », le son est puissant et on l’encaisse comme un coup de poing dans la figure. Il faut dire que Borg (Bodybeats, The Klinik, Juggernauts), le fidèle comparse d'Ivens, est derrière les manettes. « Power of Passion » vire à l'indus-noise et devient quasi-bruitiste. En fin de set, « Concrete Jungle », un morceau découpé par un riff d'infrabasses jouissif, suivi de deux reprises de The Klinik (« Sick... » et « Moving Hands »), passées ici à la moulinette, provoquent un orgasme auprès du public massé dans un chapiteau 'Wave' affichant 'complet' : un grand moment !

Bow Wow Wow est une formation emblématique de la new wave, fondée en 1980 par le manager Malcolm McLaren. Responsable d’une musique percussive, elle est fortement influencée par le rockabilly et la world, tout particulièrement celle issue du Burundi. Pour former le line up, ce dernier avait recruté des musiciens chez Adam & The Ants, dont Annabella Lwin, qui n’avait alors que 13 ans. Cette dernière avait alors suscité la controverse, en posant nue sur ses premières pochettes, un peu dans l’esprit de la toile d’Edouard Manet, ‘Le déjeuner sur l’herbe’. Faut dire que la nénette n’a pas froid aux yeux et n’hésite pas à se produire en petite culotte… ou presque. Comme en ce début de soirée, vêtue d’une robe ultra-courte à motifs jaunes et noirs. Ah, fallait quand même le préciser, Annabella ne joue plus chez Bow Wow Wow, au sein duquel, d’ailleurs, ne figure plus que le seul Leigh Goman comme membre originel, mais se produit subtilement sous le patronyme d’Annabella’s Bow Wow Wow. Ce qui ne l’empêche pas d’interpréter des titres de son ancien groupe ou encore des reprises, dont « These Boots Are Made for Walkin' » de Lee Hazlewood ainsi que « I Want Candy » des Strangeloves. Bien qu’ayant pris des rondeurs, elle est encore jolie et puis, c’est une véritable pile électrique qui parcourt le podium de long en large. En outre, sa voix est toujours aussi spasmodique et aiguë. Son drummer est excellent et semble avoir bien assimilé la technique de Dave Barbarossa, produisant parfaitement ce groove si caractéristique. La première moitié du set est particulièrement sauvage et ludique, le gratteur à la belle guitare blanche et le bassiste participant activement à ce débordement d’énergie ; avant que le soufflé ne retombe, pour laisser place à des morceaux plus pop, mais moins intéressants. L’occasion d’aller prendre un rafraîchissement, avant la pièce de résistance… (*)

De retour sous le chapiteau 'Wave', une foule compacte attend Die Krupps. Un groupe qui a tout simplement ouvert la voie (royale) à Rammstein. Dès les premières notes de « The dawning of doom », on a l’impression d’entendre « Tier » voire « Engel », deux compos de leurs compatriotes. Et l’intro de « Crossfire », intégrée en milieu de set, n’est pas sans rappeler le « Sehnsucht » de leurs voisins pyromanes. On pourrait encore citer « Hi tech/low life » comme titre plagié. Pas besoin de feux d’artifices ni de mise en scène théâtrale pour Die Krupps. Sa déferlante EBM et indus s'abat sur la plaine tel l’orage qui a secoué la région, la veille. Le leader, Jürgen Engler, a pour seul artifice un instrument de percussion industriel composé de 4 gros tubes cylindriques, sur lequel il s’acharne à la manière d’un N.U. Unruh (NDR : Einsturzende Neubauten). Et tout particulièrement tout au long de « Wahre arbeit », moment au cours duquel, le  micro est tendu vers le public pour qu’il reprenne en chœur le refrain binaire ‘Lohn – Arbeit’. Les compos défilent comme des uppercuts, mais toujours avec ce sourire et cette sympathie qui animent les membres du groupe. Regardez d’ailleurs leur clip video « To the hilt » ici pour bien percevoir leur humour. (**)

Dans la lignée, la réputation de Project Pitchfork n’est plus à faire. Il compte d’ailleurs 3 décennies de carrière. Le combo hambourgeois a fondé son propre label (NDR: Candyland Entertainment) avant de signer sur une major (Warner), fin des années 90. Le leader Peter Spilles et le claviériste Dirk Scheuber sont présents depuis les débuts de l’aventure. Ce soir, ce dernier apparaît métamorphosé, aminci, à la coiffure bien plus nette qu’auparavant, et sort d'une cure de désintox, paraît-il. En tout cas, le quatuor hanséatique confirme à nouveau son statut de référence du genre darkwave. Derrière la voix rauque de Peter, se cachent des lyrics intéressants défendant l’écologie ou les risques de l’évolution humaine. « Time killer », « Rain » ou « Beholder » sont autant de singles qui font bondir la foule et déclencher des pogos devenus rares au sein des festivals. Une prestation 5 étoiles, clôturée par une ovation du public dont se rapprochera le chanteur, visiblement ému par un tel accueil. (**)

Pendant ce temps, sur la Synth-Scene, ABC en étonne plus d'un en livrant une prestation en tous points parfaite. Fondé en 1980, il est toujours drivé par le très classieux Martyn Fry, et se pose en véritable 'big band'. Non moins de huit musiciens occupent le podium et on se croirait à Las Vegas tant leur apparence est soignée et leur jeu, professionnel. Vêtu d’un costume impeccablement taillé, Fry affiche un look de Lord Sinclair et le temps ne semble pas avoir eu davantage de prise sur sa voix. La setlist est un feu d'artifice de hits dans le style typiquement disco-wave teinté de soul qui a fait la célébrité des natifs de Sheffield. Quant au son, il est simplement exceptionnel. Chaque instrument est clair, distinct et parfaitement équilibré : un fait très rare ! Les tubes font bien entendu mouche : « Poison Arrow », « All of My Heart » ou « The Night you Murdered Love ». « When Smokey sings » rend un hommage touchant à Smokey Robinson et à la soul en général. Venu en masse, le public fait ensuite un triomphe au groupe pendant « The Look of Love », sans conteste son plus grand hit. En un mot comme en cent : ce groupe nous a étalé l’ABC de la classe...

Pour clôturer cette journée, les organisateurs ont cassé leur tirelire et ont invité Kim Wilde, la reine de la synthpop, qui fait pour l'instant une seconde carrière étonnante, déplaçant les foules dans l'Europe entière. Pour se rendre compte de la popularité, hallucinante, de l'Anglaise, il suffit de regarder les premiers rangs de la Synth-scene. Plusieurs centaines de fans sont massés devant les barrières depuis plus de 3 heures, attendant impatiemment leur idole. En raison de problèmes techniques, le show accuse 20 minutes de retard et c'est une véritable ovation que reçoit la belle blonde au moment de monter sur l’estrade.

Evidemment, les années ont passé et la jeune fille élancée a fait place à une femme mûre aux formes plus rondes. Mais le caractère est toujours bien là : Kim Wilde est souriante, enjouée même et sur « Chequered Love », elle s'amuse avec le public et ses musiciens. Dans le groupe, on retrouve bien entendu son frère Ricky, co-compositeur et producteur, que la chanteuse présente comme ‘celui sans lequel rien de tout ceci ne serait arrivé’. Les hits sont interprétés dans des versions plus 'rock' que les originaux, ce qui permet de passer un petit coup de baume sur les « Cambodia » et autre « You Came ». La ferveur est telle dans les premiers rangs que deux personnes doivent être évacuées au-dessus des barrières Nadar en raison d'évanouissements. La 'Wildemania' continue sur le dernier morceau, la reprise des Supremes, « You Keep Me Hanging On ». En rappel, Kim Wilde présente un nouveau morceau, « Pop Don't Stop », tiré de son nouvel album : « Here Come The Aliens » et le final est, comme on s'en doutait, consacré à « Kids In America », le premier hit de Kim Wilde, sorti en 1981. Malgré quelques petites fausses notes et un côté un peu agaçant, le concert est une vraie réussite et aura au final ravi tous les fans...

(Organisation : W-Festival)

(*) BD

(**) Sébastien Leclercq

 

 

W-Festival 2018 : jeudi 16 août

Le W-Festival (‘W’ pour ‘Wave’ !) a été créé, il y a 3 ans, pour se consacrer, comme son nom l'indique, à la new wave et aux courants musicaux dits 'dark' (darkwave, EBM, synthpop, cold-wave, etc). La première édition s’était déroulée à Wortegem, et avait accueilli, entre autres, Peter Hook, Alphaville et Marc Almond. En 2017, le festival était passé à un stade supérieur et avait pris ses quartiers sur le site de l'aéroport d'Amougies. Au programme, trois jours (dont un premier exclusivement réservé aux campeurs) rythmés, notamment, par la musique de Front 242, Human League, Anne Clark, etc. Cette année, le W-Festival prend une nouvelle envergure, car il s'étend sur 4 jours (outre le concert de Peter Murphy en lever de rideau) et bénéficie de deux chapiteaux, plantés sur un nouveau site, toujours à Amougies, dans l’entité de Mont-de-l'Enclus. Côté line up, ce n'est plus une vague, mais un tsunami : pas moins de 62 groupes ou artistes vont se relayer pendant ce qui est bel et bien devenu le plus grand festival 'dark' de l'année en Belgique, voire même en Europe (seuls le Wave Gotik Treffen et le M'era Luna le sont encore davantage).

Il est vrai que la musique des années 80 et les sonorités plus sombres redeviennent 'in' ces derniers temps ; et de plus en plus de formations ou d’artistes s'inspirent de la synthpop, la cold wave ou l'EBM. Les organisateurs ont donc eu la bonne idée de mélanger les 'classiques' des années 80, comme Marc Almond (Soft Cell), D.A.F., Kim Wilde, ABC ou Propaganda (sous le patronyme de D:uel) à des grands noms de la 'darkwave' des 90’s (Project Pitchfork, Front Line Assembly, Die Krupps), sans oublier d’y insérer les 'petits jeunes' qui montent, comme par exemple, She Past Away ou Ash Code.

Par principe, la ‘Synth Scene’ va se concentrer sur les formations synthpop et new wave des années 80, alors que la ‘Wave Scene’, se focalisera sur la darkwave des années '90-00’, ainsi que sur la scène plus contemporaine.

Ce sont les Christians qui ouvrent les hostilités sur la Synth Scene. La formation liverpuldienne est surtout notoire pour son hit « Words », paru en 1990. De la formation originale, il ne reste plus que Garry Christian, le chanteur. Teintée de soul, sa  synthpop tient la route ; mais à cette heure quasi-matinale, il n'y a pas grand monde devant le podium, au grand dam du vocaliste, qui commet l'erreur de s'en plaindre ouvertement...

Après le duo polonais electro-darkwave Dark Side Eons, place à The Wedding Present. Originaire de Leeds, la formation emmenée par David Gedge est responsable d’une power pop aux accents post punk, dans la veine des Buzzcocks, Fall ou Gang of Four. L'ambiance est chouette et quelques fans, aux premiers rangs, encouragent les musiciens.

Roza Parks, dont le patronyme est emprunté à la célèbre activiste noire Rosa Parks, est le premier combo belge à fouler les planches de la Wave Scene. Issu de Peer, il pratique une forme de wave-shoegaze réminiscente de Joy Division et Sisters of Mercy. Les musicos se décrivent comme 'Ian Curtis embrassant PJ Harvey tandis que les Foals font un boeuf avec DAF'. Dommage que le résultat ne soit pas à la hauteur des références...

Machiavel constitue la première entorse au concept du festival. Il est alors 15 heures. On sort de la ‘Wave’ et on élargit le 'scope'. Il faut dire qu'Amougies hérite d’une tradition rock bien ancrée, vu que son édition légendaire, qui s’est déroulée en 1969, a longtemps été considérée comme un 2ème Woodstock. Soucieux de rendre hommage à cette filiation (NDR : suivant les informations recueillies, l'an prochain, l'hommage devrait être davantage mis en exergue). Eric De Ridder, le boss du W-Fest, a donc prévu quelques surprises, afin de diversifier quelque peu la programmation. Machiavel en fait partie. Pionnier du prog/rock belge et reconverti ensuite à une pop 'fusion', il honore, tout simplement, ses engagements pris avant la mort, en janvier dernier, de son regretté chanteur, Mario Guccio. C'est Marc Isaye, le batteur (et par ailleurs boss de Classic 21), qui se charge des parties vocales. Il est soutenu par la choriste, Laura, tandis que Roland de Greef –du line up originel– se réserve la basse, Christophe Pons, la guitare, et l'excellent Hervé Borbé, les claviers. Le répertoire alterne entre classiques prog/rock (« Rope Dancer », « After The Crop ») et morceaux plus pop (« Over The Hill »), sans oublier quelques compositions plus récentes, fortement teintées de blues/rock. Comme on le redoutait, Marc Ysaye n'a ni la maîtrise vocale ni la présence de Guccio et l’ennui commence à s’installer, sauf, évidemment, lors du hit incontournable, « Fly ».

Vers 16h, la plaine commence tout doucement à se remplir et c'est sous un chapiteau Wave quasi-complet que Parade Ground entame son set. Réunissant les frères Jean-Marc et Pierre Pauly, ce duo belge a été un des fers de lance de l'EBM et de la cold wave, de 1981 à 1988. Au W-Fest, son show est, une fois de plus, très intense et passionnant. Jean-Marc, flotte, comme d’habitude, dans un costume noir trop large pour lui, mais chante énergiquement, au point de quelquefois s'époumoner, tandis que Pierre passe du mini-korg au chant en multipliant les chorégraphies hyperactives. Le tandem dispense une forme d’Electro Body Pop hypnotique et mutante, comme si l’ADN de Front 242 avait été contaminé par celui de Tears For Fears. La setlist recèle une majorité de classiques mais aussi quatre tout nouveaux morceaux, que l'on est impatients de (re)découvrir lors de la sortie de son prochain long playing. Superbe concert !

Il est temps ensuite de s’accorder une petite pause ; et tant pis pour Wang Chung (le band britannique n’a finalement qu'un seul véritable hit à son actif, « Dancehall Days », publié en 84) et Roland Gift, ex-Fine Young Cannibals (on se souvient de « She Drives Me Crazy »). Pendant ce temps, sous la tente Wave, Pro Patria ravit les partisans d'un 'harsh électro-indus' proche de Hocico. A noter que ce projet créé par Peter Vercauteren en 1988 vient juste de renaître de ses cendres après une longue traversée du désert. Jérémie Venganza (Super Dragon Punch) se consacre à la batterie et Sebmer Blondwülf aux claviers…

Le temps de siroter une petite bière et on a rendez-vous avec une des têtes d'affiche du jour : A Split Second. Fondé en 85 par Marc Ickx et Peter Bonne, ce groupe belge jouit encore d'une énorme popularité en Flandre. Ce qui explique pourquoi le chapiteau Wave est bondé dès les premières notes de « Colonial Discharge ». Malheureusement, cette excellente compo n'est exécutée qu'à moitié, le band switchant en milieu de parcours vers un « Rigor Mortis » aux accents new beat. Sur les planches, tous les regards convergent vers Marc Ickx. Son look est imposant et son attitude, sauvage. Le son, assuré aux manettes par Borg (Bodybeats, Klinik, Juggernauts), est puissant et précis. Le public se régale en écoutant les hits tels que « Colosseum Crash », « Backlash » ou « On Command ». Mais le paroxysme est atteint sur « Bend My Body Armour » et surtout « Flesh », le plus gros tube du band, qui constitue, selon la légende, les prémisses de la new beat.

Contraste quasi-surréaliste, on passe ensuite à Axel Bauer sous une tente 'Synth' à moitié remplie (NDR : ou vide, selon). Un grand écart digne de JCVD ! A ce moment, le soleil tape fort sur la plaine et les festivaliers privilégient la bronzette. Le chanteur français propose pourtant un pop/rock de qualité, mélodique et parfaitement maîtrisé. Les musiciens du backing group font correctement leur job et Bauer excelle dans l'exercice des solos de guitare. Un peu trop d'ailleurs, car quand il reprend le « Voodoo child » de Jimi Hendrix, c'est franchement 'too much'. Heureusement, il sauve les meubles grâce à une version super-maxi de son seul véritable hit : « Cargo ». On est passé très près du « Cargo d'ennui » !

Retour sous la tente Wave pour Covenant, une des formations les plus illustres de la darkwave des années '90-00’. Les Suédois ont commis quelques albums devenus des références absolues dans le style 'Futurepop'. Ils pratiquent une musique électronique majestueuse et hyper-dansante, soulignée par le chant mélodique habité et inspiré d'Eskil Simonsson et, bien sûr, infusée par une indispensable touche gothique. Ce soir, Daniel Myer est de la partie. Une bonne nouvelle, car omniprésent (NDR : il participe à une kyrielle de projets), c’est un magicien des sons. La prestation de ce soir est fidèle à la réputation de 'killer act' du band. L’auditoire est canardé par une succession de bombes electro comme « Like Tears in Rain », « Bullet » ou « King of My Domain ». Après une séquence plus calme, d'ailleurs un peu trop longue, « Bring The Light » sonne le galop final. Un titre au sein duquel Daniel Meyer injecte une énergie hallucinante, avant que le groupe ne ponctue son set par « Call the Ships To Port ». Beau concert, même les plages un peu trop paisibles auraient pu se substituer à d'autres brûlots comme « Dead Stars » ou « I Stand Alone ».

Si Midge Ure a sévi au sein de Slik, Rich Kids et Thin Lizzy, c’est chez Visage et surtout Ultravox qu’il a rencontré le plus de succès. L’an dernier, il a publié « Orchestrated », un elpee au cours duquel il revisite certains titres de sa carrière solo, mais aussi de son aventure vécue chez Ultravox. Il y a du peuple devant la Synth scene, et lorsque le quatuor grimpe sur l’estrade, il est accueilli par une énorme ovation. La boule à zéro, Midge Ure se charge de la guitare (électrique et parfois acoustique) et du chant, et sa voix n’a rien perdu de sa superbe. Il la maîtrise toujours aussi parfaitement, montant dans les aigus ou la rendant emphatique, suivant les émotions qu’il cherche à communiquer. En outre, il peut s’appuyer sur l’excellent backing vocal du bassiste, dont la longue et fine barbe en triangle doit bien mesurer 20cm. Le line up est complété par un claviériste et un drummer. Le set s’ouvre par « Call of the Wild ». Le son est excellent. Et puis surtout, si les versions originales reposaient sur des sonorités électroniques, sous une forme organique, ils prennent une autre dimension. Un sentiment de nostalgie envahit la foule, qui chante, danse, frappe des mains (parfois à l’invitation de Midge) sur des grands classiques comme « Fade To grey » de Visage, « Vienna », sans violon, mais particulièrement électrique (NDR : cette envolée !), « The voice », moment choisi par Midge pour rejoindre le claviériste derrière ses ivoires, « Hymn », au cours duquel la foule reprend en chœur la fameuse phrase ‘Give us this day all that you showed me / The power and the glory / Til my kingdom comes’, « If I was » et en final un « Dancing with tears in my eyes », qui touche la sensibilité profonde de certains aficionados, au point d’embuer leur mirettes… Le plus étonnant, c’est que plusieurs jours après ce concert, les mélodies de ces chansons trottent encore dans la tête de votre serviteur. Le concert était certainement très pop, mais qu’est ce qu’il a fait du bien ! (*)

On ne sait si c'est un mauvais signe, mais au moment où Chameleons Vox monte sur la Wave Scene, il se met à pleuvoir des cordes ! Pourtant, personne ne peut reprocher à Mark Burgess, le chanteur historique des Chameleons, de chanter faux. A la tête de son groupe mancunien, il a défini un style post punk psyché unique et incomparable de 81 à 86. En 2009, après un long hiatus, Burgess et John Lever, le batteur historique, malheureusement décédé l'année dernière, ont repris le flambeau sous le patronyme Chameleons Vox. Ce soir, la magie opère à nouveau. La personnalité de Burgess, attachante et sensible, rallie tous les suffrages et le public fait un triomphe aux merveilles que sont « A Person Isn't Safe Anywhere These Days », « Monkeyland » et surtout « Second Skin », probablement une des plus belles compositions dans l'histoire du rock. S'étendant sur près de 8 minutes, elle permet à Burgess et son band de dérouler une musique hypnotique et quasi mystique, alors que des bulles de savon se mettent à planer au-dessus des premiers rangs et du podium. Un grand concert, marqué par la conjugaison savoureuse entre les cordes carillonnantes des deux gratteurs et rehaussé par la maîtrise aux manettes de Kenny KGB (Simi Nah). 

C'est en pataugeant dans la boue que les festivaliers doivent ensuite traverser la plaine pour rejoindre la Synth Scene, où D.A.F. a déjà entamé son set. Les pionniers de la musique électronique et de l'EBM sont rompus au haut de l'affiche lors des festivals 'dark' et une fois de plus, Gaby Delgado et Robert Görl démontrent ici que, près de 40 ans plus tard, leur musique est toujours aussi irrésistible. Imaginez le côté rythmique répétitif du krautrock et de Suicide, combiné à la puissance des riffs de basse synthétique et le chant incantatoire de Delgado (soit en allemand ou en espagnol), et vous obtiendrez des bombes atomiques. « Der Mussolini » et « Sato Sato » mettent tout le monde d'accord. Görl assène ses coups de caisse claire tandis que Delgado arpente inlassablement l’estrade en éructant comme un possédé. C'est simple, minimaliste même, mais le public ne peut s'empêcher de danser et de crier. Un point d'orgue idéal pour cette première journée de festival. Vivement demain ! Enfin, en espérant que la pluie cesse… sans quoi ce sera le cloaque !

(* : BD)

Organisation : W-Festival

 

Brussels Summer Festival 2018 : mercredi 15 août

En ce jour férié, la foule est encore plus nombreuse que la veille. Normal, la Place des Palais est dorénavant ouverte au festival. Malheureusement les horaires de passages sont identiques à ceux du Mont des Arts. Aussi, il faut opérer des choix cornéliens entre les têtes d’affiche ou alors zapper rapidement entre les différents concerts…  

La soirée commence par The Inspector Cluzo dont le communiqué de presse précise fièrement que le groupe pratique du funk sans bassiste. En fait, au départ (NDR : c’était il y a une dizaine d’années), il était prévu qu’un bassiste vienne enrichir le line up. Mais il ne s’est pas présenté, lors des premières répétitions. Le duo batterie/guitare a donc décidé de poursuivre son aventure sous sa forme initiale. Ce n’est pas la première fois qu’il se produit au BSF, puisqu’il avait déjà été programmé en 2013 et 2014. La paire est particulièrement complémentaire et en parfaite osmose : voix, solos, envolées en crescendo, etc. En outre, sur les planches, ils sont très proches l’un de l’autre. Ce qui rend la scène bien trop grande pour eux. Mais leur énergie semble inépuisable. Une énergie bien nécessaire, quand on sait que quelques heures plus tard, le tandem partait en Colombie pour participer à un des plus grands festivals, d’Amérique du Sud. Gratuit, par ailleurs. Un périple bien chargé, et qui s’arrêtera une nouvelle fois en Belgique, et plus précisément au Botanique de Bruxelles, le 14 février 2019.  

Assister à un concert de Raphaël constitue un moment au cours duquel on se sent en parfaite harmonie au sein du public. Faut dire que bien souvent, Monsieur est aussi venu pour faire plaisir à Madame. De retour fin 2017 pour un nouvel album intitulé « Anticyclone », le Français n’a guère tourné depuis. Et on le ressent dès le début du set, qui démarre en retard. L’intro a cappella du morceau d’ouverture, « Et dans 150 ans », est plutôt judicieux. Mais lorsqu’il clame haut et fort dans son refrain, ‘Alors, souris !’, faudrait alors qu’il applique personnellement cet impératif. C’est vrai que son ingé-son rencontre quelques soucis techniques ; mais bon, on ne peut pas dire qu’il prend du plaisir sur les planches ce soir. Reconnaissons quand même qu’il restera placide, tout son spectacle, malgré ces contretemps. Soutenu par le claviériste de Benjamin Biolay (NDR : excellent par ailleurs), un batteur et un bassiste, le Parisien déroule une set list qui tient la route à défaut d’être vraiment passionnante. Une petite surprise quand même, la présence de Clara Luciani en guest (NDR : cette ex-La Femme qui a déjà apporté son concours à Nouvelle Vague était programmée plus tôt en journée, au même endroit). Et cette contribution va apporter un peu plus d’enthousiasme et de douceur sur des titres comme « Peut-être » et « Eblouis par la nuit ».

Le temps de remonter les marches vers la Place des Palais, et le set de Matmatah touche à sa fin. Jusqu’en 2008, date de sa séparation, la formation bretonne a rencontré un succès certain. Mais depuis 2017, année de sa reformation, elle a du mal a rebondir. Faut dire que des querelles internes la privent du concours de son guitariste originel. Lors du final, la troupe hexagonale se fait un peu chambrer, suite à la dernière Coupe du Monde de football. « L’apologie » (NDLR : l’apologie du cannabis, pour rappel) bénéficie d’une version longue. Tout au long de « Les moutons », les trois frontmen chantent presque a capella comme lors d’une fest noz (NDR : seuls le batteur et le claviériste apportent un léger accompagnement musical). Un dernier titre dont les textes devraient quand même être réactualisés, car, non, Jean-Marie Lepen n’est plus une cible…

Les techniciens s’activent ensuite pour installer le matos nécessaire au grand show de Shaka Ponk. Un spectacle autant visuel que sonore. C’est que le band s’est forgé une réputation de geeks et d’imagerie virtuelle. A l’image de cet hologramme en intro de concert montrant leur fameuse mascotte primate en activité (NDR : et baptisé judicieusement « The white pixel ape intro »). Frah déboule d’ailleurs sur les planches en adoptant une démarche de gorille. Il est suivi par une Sam plus sexy que jamais (NDLR : voir photos ). Sans grande surprise, le set s’ouvre par le single « Killing Hallelujah », une plage issue du dernier opus, « The evol’ ». La passerelle qui s’avance vers la fosse sert de poste d’exhibition pour Sam ou de rampe de lancement pour le stage dive et crowdsurfing de Frah sur le titre « On fire ». Un début de set joué tambour battant, lorgnant vers le punk voire le métal dissonant, malgré les nombreux samples, destinés à adoucir l’expression sonore. Et à ce propos, on a bien cru que Bertrand Cantat allait débarquer comme guest, deux mois après avoir déclaré son retrait définitif de la scène, à l’Ancienne Belgique. Mais faux espoir puisque sa voix sur l’intro et les choeurs de « Palabra mi amor » sont également le fruit de samples. Une chanson qui déclenche des circle pits. Ou plus exactement un léger pogo. Le public réunit de nombreux bobos brabançons et pas des metalheads qui fréquentent le Graspop ou le Hellfest, quand même ! Mais lorsque le combo attaque/massacre (biffer la mention inutile) « Smells Like Teen Spirit », une adaptation pourtant encensée par les fans, il est temps de tirer sa révérence…

Lors de son dernier concert accordé à Bruxelles, en mars dernier, Camille avait défrayé la chronique. Comme à Paris, l’imprévisible artiste avait prolongé son concert de l’AB en entraînant les fans, après le show, dans les rues de Bruxelles. Pour y chanter ensemble, une compo à la gloire de la ville, jusque la grand-place. Malheureusement, ce soir, le dernier zapping vers le Mont des Arts ne sera guère convaincant. Il est en effet difficile de passer d’un déluge sonore et visuel, à un set raffiné comme celui de Camille. Et il est encore moins évident de rentrer dans son univers et son jeu de scène théâtral. Jouant des voix, des chorégraphies et des percussions, le band emmène le peu de spectateurs encore présents dans un grand ballet indescriptible. Les trois choristes rejoignent les deux percussionnistes (NDR : vêtus de robes, efféminés, pour ressembler aux autres musicos) afin de créer une troupe de chorégraphes décalés. « Ta douleur » joué dans un final de percussions en crescendo déclenche quand même une belle salve d’applaudissements de la part des quelques centaines de spectateurs encore présents, à minuit...

(Organisation BSF)

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W-Festival 2018 : mercredi 15 août - Bauhaus

C'est une vague, voire même un tsunami new wave (?!?!) qui a déferlé sur les scènes du W-Festival, au Mont-de-l'Enclus, ce long week-end du 15 août. Jugez plutôt : pas moins de 62 groupes ou artistes se sont relayés pendant les quatre jours de ce qui est bel et bien devenu le plus grand festival 'dark' de l'année en Belgique, voire même en Europe.

Il est vrai que la musique des années 80 et les sonorités plus sombres redeviennent 'in' ces derniers temps ; et de plus en plus de formations s'inspirent de la synthpop, la cold wave ou l'EBM. Les organisateurs ont donc eu la bonne idée de mélanger les 'classiques' des années 80, comme Marc Almond (Soft Cell), D.A.F., Kim Wilde, ABC ou Propaganda (sous le patronyme de D:uel) à des grands noms de la 'darkwave' des 90’s (Project Pitchfork, Front Line Assembly, Die Krupps), sans oublier d’y insérer les 'petits jeunes' qui montent, comme par exemple, She Past Away ou Ash Code.

Cerise sur le gâteau, le festival s’ouvre, ce mercredi soir, par un concert exceptionnel de Peter Murphy. L'ex-chanteur de Bauhaus célèbre, cette année, les 40 ans du mythique combo anglais. David John Haskins, alias David J, son bassiste emblématique, participe à cette tournée anniversaire…

Vu la programmation de ce concert hors festival qui coûte quand même 60€, seuls les véritables fans se sont déplacés pour la cérémonie. Néanmoins, l'imposant chapiteau 'Wave' est quand même quasi-rempli à l'entame du show ; ce qui équivaut à plus ou moins la capacité de l'AB.

Bauhaus a été fondé, en 1978, à Northampton, par Peter Murphy, Daniel Ash, Kevin Haskins et David J. C’est le clip d'introduction du film « Les Prédateurs » (The Hunger) qui l’a révélé au grand public. Il y interprétait « Bela Lugosi's Dead », derrière un grillage, lors d’une soirée post punk décadente. Au cours de sa brève carrière, il a jeté les bases d'un genre musical nouveau, le rock gothique, en combinant le punk et le glam rock, tout en affichant un côté théâtral et cinématique sombre inspiré des films de vampires des années 30. Après sa séparation, en 83, Peter Murphy forme un éphémère duo (Dali's Car) en compagnie de Mick Karn, le bassiste de Japan, mais se concentre surtout sur une carrière solo au succès inégal. Il va publier huit albums qui vont embrasser un éventail beaucoup plus large de styles musicaux. Bauhaus se reforme brièvement à deux reprises. D’abord pour un périple accompli en 1998, puis entre 2005, pour un autre (notamment avec Nine Inch Nails) et l’enregistrement d’un elpee recelant de nouvelles compositions, "Go Away White".

Les dernières apparitions de Bauhaus en Belgique remontent à 2006. S’il avait réservé un très bon concert à l'Ancienne Belgique, celui accordé dans le cadre des Lokerse Feesten s’était révélé décevant, reflétant les évidentes dissensions entre les musiciens. C'est donc en manifestant un grand intérêt et une grande curiosité que les mélomanes attendent ce concert.

Lorsque le chanteur charismatique monte sur les planches, il est flanqué, bien entendu, de David J, mais également du batteur Marc Slutsky et du guitariste John Andrews, un gratteur qui milite au sein du backing group de Nena. Habillé d'un long kimono bleu marine et d'une longue chemise blanche, son look est totalement différent de celui auquel il nous avait habitués. En outre, une barbe grise et une moustache fournie lui confèrent l'apparence d'un patriarche. Il est vrai qu'il affiche quand même 61 balais au compteur...

Par contre, tant au niveau des prestations vocales que dans son attitude, il est clair qu'il assure un maximum! La formation entame le set en douceur par "King Volcano", une valse quasi-acoustique interprétée dans la pénombre. Mais ce calme relatif est de courte durée car, après « Kingdom's Coming », le rouleau compresseur se met en marche. Ainsi, caractérisé par son riff de basse saturé, carrément métallique, ‘blacksabbathique’ même, « Double Dare » constitue le premier brûlot du show. Extrêmement sauvages, les parties vocales sont exécutées à la perfection par Murphy. Sa maîtrise est étonnante et il varie la distance entre le micro et sa bouche afin de moduler la puissance des sons émis par sa voix... Et quelle voix ! Une voix profonde de baryton qui vous glace le sang dans les basses et explose de puissance dans les aiguës. 

« In the Flat Field » déclenche une première grosse réaction au sein de l’auditoire. Et quelques pogos commencent à se déclencher. Murphy va ensuite puiser dans un répertoire un peu moins connu de Bauhaus pour en extraire des perles comme « God in an Alcove », « Boys » et surtout le magnifique « Silent Hedges ». Second hit du groupe de la soirée, l'extraordinaire club-killer « She's in Parties » demeure un hymne incontournable pour toute soirée 'dark' digne de ce nom. Au moment du break, Murphy se place à côté du drummer pour jouer du melodica et l’accompagner aux percussions. On est en plein dub-reggae ! Poursuivant sur sa lancée, la formation nous offre ensuite un autre sommet : « Kick in the Eye ». La basse quasi-funky/disco de David J insuffle un groove irrésistible au morceau alors que le déhanchement de Murphy est particulièrement élégant…

Mais le moment est déjà venu pour le titre emblématique de Bauhaus : « Bela Lugosi's Dead », un chef-d'oeuvre de 9 minutes paru en 79, considéré comme la première chanson ‘gothique’ de l'histoire du rock. On attendait évidemment les musiciens au tournant sur ce titre et le résultat est époustouflant. En fermant les yeux, on imagine Bauhaus renaître de ses cendres. La foule et Murphy chantent à l'unisson ‘White on white, translucent black capes, back on the rack... Bela Lugosi's Dead’. Un superbe moment...

A partir de cet instant, une succession imparable de purs joyaux, dont le lumineux « The Passion of Lovers », au cours duquel Murphy virevolte comme un derviche, vont déferler. Puis « Stigmata Martyr », qui nous crucifie sur place et pour terminer, « Dark Entries », provoquant un joli pogo au sein des premiers rangs.

En premier rappel, Murphy surprend ses fans en choisissant d’attaquer « Severance », une reprise de Dead Can Dance. Très calme, la composition installe une ambiance plus recueillie, propice à la compo suivante, « Hollow Hills ». Ce long morceau est une pure merveille de rock psyché dark, comme si le « The End » des Doors était revisité par des vampires. Dans l'obscurité presque complète, rond et menaçant, le son de la basse se répand… Encore un moment magique, qui flanque la chair de poule ! Enfin, l'explosion finale sera atteinte lors de deux reprises que Bauhaus interprétait en concert, pour rendre hommage à ses idoles. Tout d'abord, le « Telegram Sam » de T. Rex et enfin, « Ziggy Stardust », ce titre de Bowie auquel le groupe avait rendu une seconde vie.

Au moment de quitter la plaine, force est de constater que Peter Murphy a réussi son pari. Musicalement, c'était parfait et surtout, le ‘godfather of goth’ a démontré qu'il avait conservé l'énergie et la motivation pour ressusciter le moribond Bauhaus et ce, de très belle façon ! Pas de doute, Peter Murphy est toujours le Prince des Ténèbres...

(Organisation : W-Festival)

 

Brussels Summer Festival 2018 : mardi 14 août

Tradition perpétuée pour ce festival bruxellois né en 2002 (NDR : à l’origine baptisé Eu'ritmix). Et pour cause, le ‘pass’ est toujours vendu à prix démocratique, notamment quand on opte pour un ‘early bird’ (NDR : une cinquantaine d’euros). Petit changement toutefois cette année dans la durée, puisque le BSF est réduit de 10 à 5 jours, pour justement conserver ces prix abordables tout en condensant la programmation… selon les déclarations des (nouveaux) responsables de l’organisation...
Pour ce premier jour, la grande scène de la Place des Palais n’est pas encore ouverte. Mais qu’importe, car le programme est déjà bien chargé sur les trois autres lieux (le Mont des Arts, la Madeleine et la Place du Musée). Vers 14 heures, le sold out est décrété, même s’il est toujours possible d’acheter un ‘pass’ pour l’ensemble du festival. Les files sont un peu longues pour d’abord récupérer son bracelet, puis aux contrôles de sécurité, mais c’est devenu le lot de tous les festivals…

La soirée débute par Thérapie Taxi aux Mont des Arts. Son premier elpee, « Hit sale », paru en février, a instantanément cartonné. Et ce suite au single éponyme, enregistré en compagnie de Romeo Elvis (NDR : il est également à l’affiche, ce vendredi 16 août). A l’instar du titre explicite, « Salope », les textes des chansons sont assez crus. Ils traitent aussi bien d’amours déchus (NDR : et c’est un pléonasme), de revanche sur ses ex, de sorties et de débauches nocturnes. Sur les planches, le duo de vocalistes déboule l’un à la suite de l’autre. Raphaël a les yeux assez éclatés. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire l’apologie de la consommation de drogues entre deux morceaux ; ce qui jette un peu un froid dans l’auditoire. La belle Adélaïde se déhanche et reste un peu plus en retrait. Sur « Pigalle », quartier où la paire s’est rencontrée, le turbulent leader débouche une bouteille de rhum et la boit au goulot, mais en la partageant avec la foule. En fin de set, avant d’attaquer le tube « Hit sale », le groupe choisit une choriste/fan dans la fosse pour les rejoindre sur l’estrade. Et elle assure plutôt bien son rôle. Le jeune public semble conquis par une prestation que le combo pourra reproduire, en octobre prochain, à l’AB…

Changement d’ambiance à la Madeleine. Peu d’éclairage pour accueillir Birdpen, qui va nous réserver un show plutôt intimiste. Le patronyme du groupe s’inspire du nom de ses deux leaders, Mike Bird et David Penney, qui a longtemps milité chez Archive. On est bien loin du show époustouflant de ce dernier accordé, Place des Palais, quelques années plus tôt. La voix douce de David se pose sur des compos psyché/prog. Atmosphériques, également. C’est plutôt sympa, mais ce style de concert aurait pu être programmé un peu plus tard dans la soirée. Sûr, qu’il aurait été davantage apprécié. Car il est à peine 20h30 et l’envie de découvrir d’autres artistes est plus forte que celle de se poser et savourer le spectacle à sa juste valeur.

Et en revenant aux Monts des Arts, l’ambiance est toute autre. Le changement est même culturel, car on passe d’un rock anglo-saxon à de l’électro/folk orientaliste. En l’occurrence, celui de Soviet Suprem. Vêtus de tenues de généraux, Sylvester Staline et John Lénine bondissent sur toute la largeur de la grande scène. En toile de fond, on remarque la présence de deux grands calicots, sur lesquels figurent leurs portraits, mais représentés sous la forme d’une propagande, colportée en U.R.S.S., début du XXème siècle. Plantés en retrait, deux MC/claviéristes empoignent, de temps à autre, une clarinette ou une mandoline. Plutôt simplistes, les textes des refrains ont de quoi faire sourire, mais trop répétitifs, les morceaux finissent par lasser…

Retour donc à la Madeleine, où l’accès s’avère plus difficile que prévu. Le set est sold out. Ce qui explique notre arrivée tardive dans la salle pour assister à celui de Sonnfjord. Malgré son patronyme scandinave, la jeune formation est issue de Bruxelles. Ce qui explique, sans doute, l’engouement manifesté par la foule, ce soir. Marie-Laetitia semble visiblement émue devant une telle assemblée. ‘C’est la deuxième fois qu’on joue au BSF mais ce soir vous êtes particulièrement nombreux et ça nous fait chaud au cœur’. Elle gardera son sourire durant toute cette fin de prestation. La douceur de sa voix colle aussi bien aux compos sculptées dans la pop indie qu’aux ballades atmosphériques. Parfois, l’expression sonore évoque Hooverphonic, même si Sonnfjord aura encore besoin de temps pour atteindre le statut de cet autre groupe belge…

La foule est nettement moins dense en clôture pour le concert des Négresses Vertes. Une figure marquante du rock alternatif français de la fin des 80’s, mais qui s’est séparé à la fin des 90’s. Il s’est reformé cette année pour partir en tournée (NDR : il s’est d’ailleurs produit au sein de salles intimistes comme à Huy ou Louvain), afin de fêter la sortie de son album, « Mlah ». Sur le côté gauche du podium, on retrouve Stéfane et Iza Mellino, deux musicos qui sont restés très actifs, à travers leur projet Mellino. Hormis l’accordéoniste (NDR : un jeune !) et feu Helno (NDR : victime d’une overdose, en 1993, le chanteur charismatique est décédé en 1993 ; et son absence est toujours aussi préjudiciable), les cinq autres musiciens sont issus du line up originel (NDR : qui en comptait quand même alors une dizaine, à l’époque). Et revoir Les Négresses Vertes, c’est se replonger plus d’un quart de siècle dans le passé. La formation s’était produite dans le cadre du festival de Dour, en 1992 et 1995, mais également au sein de la défunte salle bruxelloise, La Luna. Bref (une petite heure), le set va se concentrer sur les titres-phares : « Voilà l’été », « L’homme des marais », « Zobie la Mouche », « Il », … Le band y met beaucoup de bonne volonté et tente de communiquer sa bonne humeur ; mais manifestement, il n’est plus l’étoile de nos nuits, et ne chante plus de la même manière, nos joies et nos folies, lors du final, « Sous le soleil de Bodega ». Sous un éclairage rouge éblouissant, qui rend encore plus difficile le travail de notre photographe, outre les nombreuses contraintes imposées, le septuor hexagonal massacre ce dernier titre. Plombé par une ligne de basse assourdissante et subissant un traitement électro inapproprié, il achève une prestation qui laissera bien des regrets. Seuls les inconditionnels y trouveront encore, probablement, leur compte… 

(Organisation BSF)

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Lokerse Feesten 2018 : dimanche 12 août

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Pour la dernière journée des Lokerse Feesten, la programmation est partagée entre hip hop et électro/pop. A l’affiche figure donc, Sevn Alias, Lil Kleine et Blackwave d’un côté et Clean Bandit ainsi que Zara Larsson, de l’autre. Pour sa 44ème édition, le festival a accueilli 144 000 festivaliers en 10 jours.

D’origine surinamienne, Sevaio Mook aka Sevn Alias est né aux Pays-Bas. A l’instar de ses  compatriotes, Kraantje Pappie, Jebroer et Boef, ce rappeur squatte les ondes radiophoniques néerlandophones, depuis quelques années. Normal puisqu’il dispense son flow, dans la langue de Vondel.

Un préposé aux machines s’installe derrière son matos, posé sur une table haute. Le reste du podium est abandonné à l’artiste pour exécuter son show, dans un style fortement contaminé par ses racines caribéennes. Il harangue constamment la foule. Dès le début, des canons à confetti sont propulsés dans la fosse ; et sous le light show de couleur jaune, c’est féerique. Jeune et surtout féminin, le public réagit au quart de tour. Sevn n’en oublie pas son mégatube, « Gass », paru en 2016. En 30 minutes, l’Amstellodamois va démontrer toute l’étendue de son talent. Dommage que son set soit, cependant, aussi court…  

Egalement batave, Lil Kleine est tout aussi populaire chez les ‘Oranje’. Tant comme acteur que rappeur. On change de Dj. Lil débarque une casquette de basketteur vissée sur le crâne. Il ôte rapidement son marcel pour exhiber fièrement ses pectoraux aux filles. Ce qui déclenche l’hystérie sur la plaine. Faut dire que très présent sur les réseaux sociaux, il possède une solide base de fans. Pour endiguer tout éventuel envahissement de scène, deux gorilles veillent de chaque côté. Particulièrement interactif, Klein sollicite constamment l’auditoire. Il l’invite à jumper, balancer les bras ou se déplacer de gauche à droite. On va même avoir droit à des ‘round circles’, phénomène plutôt rare dans l’univers du hip hop. Son single, « Alleen », met carrément le souk sur la Grote Kaai. On en oublierait presque le canon à confetti, mais sous un éclairage bleu et vert…

Un public plus âgé attend impatiemment Clean Bandit ; et avant que la formation ne monte sur l’estrade, les aficionados se rapprochent du podium. Pendant le soundcheck, le feu d’artifice sert d’apothéose avant la lettre. Une immense estrade est posée sur la scène. Elle est destinée à accueillir deux claviéristes, dont Jack Patterson, également préposés, suivant les morceaux, à la guitare ou à la basse. Luke se charge du drumming électronique et du chant. Pas de trace de la violoncelliste Grace Chatto, remplacée par une fille sexy, vêtue de rouge. Soit la même couleur que les salopettes des deux chanteuses, Kirsten Joy et Yasmin Green, qui se réservent le lead vocal à tour de rôle ou chantent en harmonie, dans un registre plutôt soul. Pas de trace, non plus de la violoniste, Neil Milan Amin-Smith qui, apparemment, a quitté le navire… 

Opérant une fusion entre classique et électronique, la musique de Clean Bandit est alimentée par des instruments organiques. Pas de bandes préenregistrées. Mais sur disque, le combo a régulièrement recours à des invitées, pour assurer les vocaux. Comme Zara Larsson (NDR : elle est programmée dans la foulée) l’avait été pour « Symphony ». Imprimé sur un tempo électro, « Real Love » met bien en exergue ivoires et violon. Un violon qui domine « Stronger », un morceau funky et très dansant. Dansant comme la plupart du répertoire de Clean Bandit. Un répertoire au sein duquel, il ne va pas oublier ses hits, « Rather Be », « Rockabye » ou encore « Solo », ainsi que quelques titre issus d’un futur elpee, dont la sortie est prévue pour septembre. Et le set de s’achever par « Rather Be ». Prestation classieuse pour ce combo insulaire…

Setlist : « Symphony », « Real Love », « Extraordinary », «  Disconnect »,  « Stronger », « Cologne », « Come Over », « Solo », « I Miss You », « Telephone Banking », «  Should'Ve Known Better », « Rockabye », « Piece Of You »/ « Tears », « Rather Be ».

L’an dernier Zara Larsson devait déjà se produire dans le cadre des Lokerse Feesten. Mais elle avait dû déclarer forfait et avait été remplacée, au pied levé, par Anne-Marie. Agée de 20 printemps, cette Suédoise va nous proposer un show bien huilé, à l’américaine

L’estrade surélevée est toujours dressée, en retrait. S’y produiront quatre musicos : un drummer, un claviériste, un batteur et un guitariste. Juste devant se plantent deux choristes et quatre danseuses. Et en arrière-plan, des vidéos seront projetées sur un écran géant. Luxuriant, le light show implique de nombreux stroboscopes. 

Zara est vêtue d’un shorty, d’un body et d’une veste à damiers noirs qui forment un ‘Z’ sur fond blanc. Blonde, elle est plutôt sexy. « Never Forget You » entame le show, un morceau qu’elle interprétait en compagnie du chanteur britannique, MNEK, sur disque. Zara se trémousse à l’avant du podium. Les iPhones illuminent déjà la plaine. La foule reprend le refrain en chœur. Les danseuses accompagnent parfaitement Zara dans sa chorégraphie. La voix de Larsson et celles des choristes sont puissantes. Elle n’en oublie par ses tubes « Uncover », « I Would Like », « Symphony » et « Lush Life ». Elle s’assied au bord du podium pour interpréter les morceaux les plus tendres, dont « Dont’ Let Me Be Yours » et un « I Can’T Fall In Love Without You », au cours duquel sa voix est soutenue par les accords du piano. Elle s’autorise un bain de foule, moment choisi par les spectateurs pour réaliser quelques selfies. Plus dansants et très électro, les covers de Tine Tempha (« Girl Like »), David Guetta (The One’s For You ») et Drake (« In My Feelings) vont véritablement faire mouche, au sein d’une foule enthousiasmée par sa prestation.

Setlist : « Never Forget You », « Sundown », « Girl Like » (Tinie Tempah cover), « This One's for You » (David Guetta cover), « Don't Let Me Be Yours », « Make That Money Girl », « TG4M », « I Can't Fall in Love Without You », « I Would Like », « In My Feelings » (Drake cover), « Ain't My Fault », « Only You », « Wanna », « Symphony » (Clean Bandit cover), « Uncover », « Lush Life ».

L’an prochain, les Lokerse Feesten se dérouleront du 2 au 11 août…  

(Organisation : Lokerse Feesten)

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Lokerse Feesten 2018 : samedi 11 août

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Outre les Djs, l’avant dernier jour des Lokerse Feesten va nous plonger au sein d’un univers électro-indus rétro. Et pour cause, Gary Numan et Front 242 y sont programmés. Compte-rendu.

Gary Numan est considéré comme l'un des pionniers de la musique électronique contemporaine. Son dernier opus, « Savage » (Songs From A Broken Word) », est paru en septembre 2017, une œuvre qui dépeint un monde post-apocalyptique, ravagé par une catastrophe écologique et au sein duquel l'Occident finit par fusionner avec l'Orient…

Gary Numan, les cheveux de couleur geai, déboule sur les planches. Il empoigne son pied de micro, comme s’il s’emparait d’une lance avant de combattre. A l’instar de ses musicos, il a enfilé une tenue à franges de teinte brune. Une estrade est réservée à gauche pour le drummer et une autre à droite pour le claviériste (NDR : un barbu !) Planté au centre du podium, un clavier est posé sur un fly case. Il est destiné à Gary. Et juste devant, une gratte est posée sur son trépied. Des peintures de guerre ornent leurs visages dont la croix d’Indochine, sur le front de Numan. La trilogie « Pressure », « Halo » et « The Fall » est dispensée d’une traite. Des vidéos sont projetées sur un écran, à l’arrière du podium. Les gratteurs exécutent également des danses hostiles et complexes, tout en triturant leurs instruments et en les poussant à la limite de la rupture. La musique est à la fois sombre, tourmentée, angoissante, sauvage et glaciale. Même l’attitude de Numan est agressive. Androgyne, hypnotique, sa voix est grevée d’un accent ‘british’ très prononcé. Il ne se consacre aux claviers pour deux titres et ne se sert de sa guitare que pendant une vingtaine de secondes. Avant « My Name Is Ruin », un roadie apporte un pupitre à partition, et l’installe à gauche de Gary. Une fille blonde, d’allure frêle, rejoint le band. Gary nous la présente : il s’agit de sa fille, Persia. Ce seront les seules paroles prononcées par Numan au cours du set. Elle assure les backing vocaux d’un timbre cristallin. Le public connaît parfaitement les paroles du refrain, et les reprend en chœur. Si la plupart des morceaux sont issus du dernier long playing, en fin de parcours, les inévitables « Cars » et le final « Are Friends Electric ? » achèveront brillamment le set. C’est d’ailleurs ces compositions que votre serviteur attendait impatiemment, parce qu’ils ont bercé son adolescence. Nostalgie, quand tu nous tiens…

Setlist : « Pressure », « Halo », « The Fall », « Metal », « Ghost Nation », « Bed of Thorns », « Me! I Disconnect From You », « Pray for the Pain You Serve », « Here in the Black », « My Name Is Ruin », « Down in the Park », « Cars », « When the World Comes Apart », « Are 'Friends' Electric? ». 

Depuis 2003, date de la sortie de « Still and Row », Front 242 n’a plus enregistré de nouveau matériel, mais inlassablement, il continue de tourner, en puisant dans son back catalogue, pour alimenter ses shows ; des compos, très souvent, revisitées. Le set du band va durer 75 minutes. Et il y a du monde sur la place. Amusant, mais parmi les aficionados, certains ont enfilé un vieux t-shirt à l’effigie du band ; et d’autres, de tous récents, probablement achetés sur le stand merchandising, particulièrement bien achalandé. Deux estrades sont posées sur le podium : une pour le préposé aux percus électroniques et l’autre, le claviériste/machiniste. Richard 23 vient tapoter sur ces claviers de temps à autre. En arrière-plan des vidéos sont projetées. Collant parfaitement aux compos, elle alternent clips vintage, reviennent sur la guerre du Vietnam (‘Apocalypse now’) ou s’évadent dans le psychédélisme quand ils n’optent pas pour des messages abstraits… Calqué sur les beats électro, le light show émane essentiellement du haut du chapiteau. Impressionnant et luxuriant, il tétanise littéralement les premiers rangs. Surtout à cause des stroboscopes, bien trop aveuglants...

Il est loin le temps où les musicos paradaient en tenue militaire (NDR : c’était en 1981 !), aujourd’hui ils sont tous habillés de noir. Cependant, la lutte partisane est toujours d’actualité, tout comme le blitzkrieg, sur les planches… « Moldavia » (« Tyranny ») ouvre le show. Les deux chanteurs portent des masques de couleur noire. Immobiles, ils fixent l’assemblée, avant d’exécuter des mouvements saccadés, remuant dans tous les sens, suivant le tempo de la musique. Le son est puissant, violent même. « Take On » est davantage dansant. Une invitation au karaoké défile sur l’écran. On peut y lire : ‘Body’, répété plus de 30 fois. C’est un rituel destiné à animer « Body To Body » (« Two in One », 1983). Le public entre en transe, jumpe, agite les mains afin d’exécuter, à sa manière, une danse robotisée.

Toujours à la pointe de la technologie, Front 242 ne va pas se contenter de nous refourguer les versions originales de ses compositions, mais prend le soin de les remodeler, à l’instar de « W.Y.H.I.W.Y.G », dispensé lors du rappel ou de « Commando Mix »…

« Headhunter » et autre « Funkhadafi » constituent, bien sûr, toujours les points d’orgue du concert. Tout comme l’époustouflant « Funkhadafi », amorcé par le recours à la machine à fumée. Une prestation 5 étoiles pour les papys du rock indus. La génération 3.0. peut en prendre de la graine…

Place ensuite aux sets de deux des meilleurs DJ’s de la planète : 2 Many DJ’s et Cherry Moon… qui malgré leurs succès n’ont jamais rien apporté de neuf à la culture musicale…

Setlist : « Moldavia », « Take On », « Body To Body », « Together », « Religion », « Triple X Girlfriend », « Quite Unusual », « Loud », « Funkahdafi », « No Shuffle », « U-Men », « Commando Mix », « Don’T Crash », « Headhunter », « Im Rhythmus Bleiben », « Welcome To Paradise ». 

Rappel : « W.Y.H.I.W.Y.G. », « Masterhit ».

(Organisation : Lokerse Feesten)

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Lokerse Feesten 2018 : mercredi 8 août

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Il s’agit déjà de la sixième journée des Lokerse Feesten ; et elle est consacrée au mouvement musical punk ; accueillant pour la circonstance, The Living End, Suicidal Tendencies, Turbonegro, Bad Religion et Dropkick Murphys. Depuis quelques années, traditionnellement, le dimanche est consacré au métal et le mercredi suivant, au punk. Notons que lors de ce festival, le timing est toujours scrupuleusement respecté.

The Living End ouvre les hostilités. Un power trio australien qui pratique une forme de punk/rock/psychobilly. Son line up réunit le chanteur/guitariste Chris Cheney, le contrebassiste Scott Owen et le batteur Andy Strachan. Ils sont considérés comme des stars au pays des kangourous ! D’ailleurs, il y a déjà 24 ans qu’ils sont dans le circuit. Punkabilly, « Second Solution » ouvre le set. Bien en avant, la contrebasse est parfaitement en phase avec le drumming. Les titres proposés son issus des elpees, « The Living End », « White Noise » et « Modern artillery ». Plus rock, « Don't Lose It » semble taillé pour la bande FM. Caractérisé par ses interventions de gratte stridulantes, « How Do We Now » a davantage de pêche. Chris manifeste toute sa fougue à travers la voix. Et « Roll On » met tout le monde d’accord. On a même eu droit à un hommage à d’illustres compatriotes, en l’occurrence AC/DC. Une bonne entrée en matière !

Setlist : « Second Solution », « Roll On », « End Of The World », « Don't Lose It », « How Do We Know », « Raise The Alarm », « Who's Gonna Save Us? », « Prisoner of Society », « E-Boogie ».

En 2016, Suicidal Tendencies était programmé lors du ‘metal day’. Aujourd’hui le quintet est à l’affiche du ‘punk day’. Originaire de Venice, en Californie, le band est drivé par Mike Muir. Malgré ses 55 balais, il n’a rien perdu de son énergie. Le line up est complété par Ra Díaz à la basse (NDR : il avait déclaré vouloir assister à de nombreux circle pits sur la Grote Kaai), le drummer Dave Lombardo (ex-Slayer) ainsi que les guitaristes Dean Pleasants et Ben Weinman, qui a remplacé Jeff Pogan, pour cette tournée… Le groupe pratique du skate/punk mâtiné de trash. Mike Muir parcourt des kilomètres sur l’estrade, tout au long du set. Ses mouvements sont un peu détraqués. On dirait qu’il lance une balle de la main avant de la rattraper. Lombardo est époustouflant derrière ses fûts. Sa rapidité à frapper sur ses deux grosses caisses est hallucinante. En fin de set, « Cyco Vision » va donc provoquer ce fameux tsunami circulaire, tant souhaité par Díaz ; et avant d’attaquer « Pledge Your Allegiance », Muir invite une cinquantaine de fans à rejoindre le band sur le podium pour participer à l’apothéose de ce concert. Nouvel album, « Still Cyco Punk After All These Years » paraîtra en septembre prochain. Et Suicidal Tendencies a promis de revenir, notamment, en Belgique, pour le défendre… 

Setlist : « You Can't Bring Me Down », « I Shot The Devil », « Clap Like Ozzy », « Freedumb », « War Inside My Head », « Subliminal », « Cyco Vision », « Pledge Your Allegiance ».

Turbonegro (Turboneger en norvégien) est issu de Nesodden, près d’Oslo. Son mélange de heavy metal, rock et punk, il l’a baptisé ‘deathpunk’. Le line up du groupe est relativement instable. Il implique deux guitaristes, un bassiste vêtu d’une salopette dorée, un drummer et un claviériste, jouant souvent de dos et affichant une attitude théâtrale. Sans oublier le nouveau chanteur. En l’occurrence Anthony Madsen-Sylvester. Charismatique, tatoué de la tête aux pieds, c’est un véritable showman. Il est partout à la fois et harangue constamment la fosse, ne la laissant jamais reprendre son souffle. Mais casquette de marin vissée sur la tête, ce Viking ressemble plutôt à un gros nounours. Moustachu et barbu, il aurait pu figurer dans une pub pour une célèbre marque de ‘fish sticks’. Le sextuor va nous réserver l’un ou l’autre morceau de son dixième opus, « Rock'n' roll Machine », dont trois titres en début de set. Le vocaliste demande à la foule si elle a déjà eu l’opportunité de l’écouter. Hormis quelques bras levés, on ne se bouscule pas au portillon. Après avoir interprété le « Bohemian Rhapsody » de Queen, que l’auditoire reprend en chœur, Sylvester prétend qu’il s’agit d’une de leurs compos (NDR : humour nordique ?)…

Setlist : « Well Hello », « Rock N Roll Machine », « Hurry Up & Die », « Get It On », «Hot for Nietzsche », « All My Friends Are Dead », « Wasted Again », « John Carpenter Powder Ballad », « Special Education », « The Age of Pamparius », « I Got Erection ». 

Issu de Los Angleles, Bad Religion est considéré comme un des meilleurs groupes punk de la planète. Caractérisé par ses textes politiquement engagés, ses compos sont brèves. Sur les planches, il va d’ailleurs nous en fourguer 25 en 60 minutes. Dont 10 titres en rappel ! Le show s’ouvre par « You Are (The Government) », que Greg Graffin, le frontman, annonce tout simplement comme une chanson punk et s’achève par « Pessimistic », juste avant l’encore. Curieux, mais en général très prompt à colporter les idées de son évangile punk, il faudra attendre les 20 dernières minutes du concert, avant qu’il ne se mette réellement à communiquer. Sans quoi, sa voix puissante et ce trio de guitaristes complémentaires, responsable de riffs incisifs, graisseux et chargés de testostérone, vont nous en mettre plein les portugaises…

Après les guêpes, place aux moustiques. Dropkick Murphys, ce sera pour une autre fois. En outre, il est minuit trente, et la fatigue commence à gagner votre serviteur. Il rejoint donc ses pénates. Mais il a consigné la prochaine visite de ce band démoniaque, dans son agenda. Ce n’est donc que partie remise.

(Organisation : Lokerse Feesten)

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Esperanzah 2018 : dimanche 5 août

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Le troisième jour et dernier jour de l’Esperanzah va se dérouler, à nouveau, sous la canicule. Les organisateurs ont qualifié cette dix-septième édition d’Esperanzah d’exceptionnelle. A cause de la programmation, du public attentif et curieux (NDR : 37 000 festivaliers quand même, dont de nombreuses têtes blondes) et d’une météo favorable. Manifestement, le succès était au rendez-vous.

On débute la journée face au podium ‘Alpha’ où se produit Belcirque. Un sextuor féminin qui puise ses influences dans le swing, le jazz, le blues et la pop, mais également la musique traditionnelle américaine et africaine, en tirant parti d’un violon, d’une contrebasse, de tas de percus, de cuivres, d’harmonies vocales, d’une gratte électrique et semi-acoustique. Quant aux paroles, elles sont interprétées tour à tour en français, néerlandais ou anglais…

Direction scène ‘ jardin’ pour le set de Mélanie De Biaso, une des plus belles voix du jazz en Belgique, mais également à travers le monde. Douce, captivante, lancinante, envoûtante, elle s’inscrit dans la lignée des Nina Simone voire de Betty Davis. Pas étonnant qu’elle ait été surnommée la Billie Holiday belge. Elle entame le set en solo. Rien que sa voix et une flûte traversière, pendant 15 bonnes minutes. Le pianiste et le drummer sont quasi au chômage technique. Elle va nous proposer de larges extraits de son dernier elpee, « Lilies », publié en 2017. Ses compos baignent au sein d’un cocktail de blues, jazz, lounge, pop et d’électro. Les orchestrations sont soignées. Son charisme est tellement impressionnant que sa prestation va fasciner un auditoire silencieux et presque en contemplation…

La grosse surprise va nous venir du podium ‘Alpha’, où se produit Studio Shap Shap (NDR : ‘Shap Shap’ est le bruit produit par martèlement d’un marteau sur une enclume). Un collectif issu de Niamey, au Niger. Il va nous réserver de larges extraits de son premier opus, « Château 1 ». Le combo implique Arobasse (basse), Ousseini (soliste à cordes Molo et Komsa), Le Popo (cithare Kindé), Boubé (chant et gymnastique), Sakina (piano, mao, balafon, chant) et le percussionniste Oumarou Mai Douma, un type un peu fêlé sur les bords, mais particulièrement efficace, qui tape sur des instruments faits maison : une calebasse et une peau de chèvre tendue font l’affaire. Ce qui va lui valoir la sympathie du public. Et le tout est enrichi par quelques sonorités électro, afin de donner à l’expression sonore, un aspect plus contemporain. Vieux et édenté, Boubé slame parfaitement son texte en nous racontant l’histoire et les origines du band. En outre, il est encore suffisamment alerte pour exécuter des pas de danse en tous genres. Et envoûtante, la voix de Sakina accentue cette impression de transe vaudou. Si vous souhaitez mieux connaître cette formation, parfois comparée à Staff Benda Bilili voire à  Konono n°1, on vous invite à découvrir son clip baptisé « Indépendance », ici...

Direction ‘Jardin’ pour le slam de Fabien Marsaud, aka Grand Corps Malade. Sa béquille bien calée dans la main gauche, il tient son micro, dans la droite. Il vient nous parler de son « Plan B », titre de son dernier long playing, en toute simplicité et décontraction. Mélancoliques, ses textes sont appuyés par une orchestration rock puissante. Il existe, sans doute, un plan A et un B… L’artiste plaisante en revenant sur la rencontre de coupe du monde de football, qui a opposé la France à la Belgique. Ce qui déclenche des quolibets dans l’auditoire. Pourtant, le gars est sympathique, mais son humour particulièrement décalé. Ce qui va finalement lui permettre de recueillir les acclamations d’un public multigénérationnel. Grand Corps Malade est programmé dans le cadre du festival des Libertés, cet automne.

Après une pause restauration bien méritée, place à Mélissa Laveaux. D’origine haïtienne, cette Canadienne n’a pas renié ses origines. En 2016, elle était retournée dans son pays de naissance afin de s’y ressourcer en sonorités, mélodies, ambiances, hymnes vaudous et histoires indigènes. Avant de composer un répertoire qu’elle interprètera en créole sur son troisième album, « Rayo siwèl ». Et ce sont des titres de cet LP qu’elle va nous réserver ce soir. Sur les planches, elle se consacre au chant et à la guitare électrique. Elle est soutenue par une jolie et talentueuse bassiste et un drummer. Mélissa nous parle de ses racines, de l’amour, de la vie quotidienne, des dieux vaudou, et des Américains qui ont occupé son pays pendant de nombreuses années. C’est une féministe qui ne mâche pas ses mots. Elle est néanmoins attachante, mais ce soir, elle manque quelque peu d’interactivité. Caractérisée par ses rythmes entraînants, sa musique salée/sucrée incite normalement à la danse. Raison pour laquelle elle s’inquiète verbalement du manque de réactivité de la foule. Mais les festivaliers n’ont plus guère envie de remuer le popotin. La température est suffocante et le moindre geste pompe de l’énergie. Et puis on arrive au terme de cette édition 2018 de l’Esperanzah…  

Pas de Gogol Bordello au menu pour votre serviteur. Il y était pourtant très attendu. Mais ces trois jours passés sous cette chaleur sur le site de l’abbaye de Floreffe ont beau avoir apporté tellement de satisfaction, la fatigue aura raison de l’envie d’assister à ce show. Séduit par le festival, son concept, sa programmation et son cadre, Musiczine répondra présent en 2019…

(Organisation : Esperanzah)

 

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