La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

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Denver ou DNVR ?

DNVR est l'étoile montante de la scène soul française, fusionnant les grooves sensuels…

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Adam Kesher

Un défi à la nature…

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Deux ans après publié un premier album qui avait marqué les esprits (et les pistes de danse), la formation française Adam Kesher vient de lui donner une suite, « Challenging Nature ». Produit par Dave One de Chromeo et mixé par Philippe Zdar de Cassius, il s’agit d’une véritable collection de petites bombes électro-rock destinées à mettre le feu aux festivals estivaux. C’est Julien Perez, le chanteur/claviériste, qui s’est fait le porte-parole du quintet.

Cette question doit probablement souvent revenir sur le tapis : qui est Adam Kesher ?

Adam Kesher est un personnage issu du film ‘Mulholland Drive’, réalisé par David Lynch. Le nom sonnait bien. C'est marrant, parfois les gens pensent qu'il s'agit d'un chanteur, alors que nous sommes un groupe.

Pourquoi avoir choisi Dave One (Chromeo) et Philippe Zdar (Cassius) pour produire et mixer « Challenging Nature » ? Qu’attendiez-vous d’eux ?

Nous avons rencontré Dave One par l'intermédiaire de Matthieu Couturier qui dirige le label ‘Disque Primeur’. Il y a longtemps qu'on cherchait quelqu'un capable d’avoir du recul par rapport au groupe, mais dont les idées étaient compatibles avec les nôtres. Matthieu nous a proposé Dave, un de ses amis, et le courant est passé tout de suite. C'était cocasse de bosser avec lui, car il est fan de groupes ou de chanteurs comme Phil Collins, Fleetwood Mac ou même Indochine. Au départ, ses goûts me faisaient flipper ; mais finalement, tout c’est très bien passé. En ce qui concerne Philippe Zdar, Chromeo mixe presque tous ses titres chez lui et Pierrick, notre bassiste, a aussi joué de la guitare pour Cassius. Nous bénéficions donc de quelques entrées. On a été assez impressionnés par les séances de mixing !

Quelle orientation souhaitiez-vous emprunter lors de l’enregistrement de ce nouvel album ? Perso, j’y décèle des traces de Friendly Fires (sur « Gravy Train ») voire de Foals sur certains titres.

Je pense que personne chez Adam Kesher n'écoute Friendly Fires ou Foals ; mais nous partageons très probablement des références en commun. En ce qui concerne « Gravy Train », la grosse influence sur ce titre, c'est Dinosaur L, le projet disco d'Arthur Russell monté dans les années 80. D'ailleurs on écoutait pas mal de ‘Weird disco’ et d'electro funk lorsqu’on a réalisé ce disque, que ce soit des trucs issus 80's ou plus récents. Par exemple, la production des labels DFA, Italian Do it Better ou Permanent Vacation. Mais aussi de la pop mainstream : Prince, Michael Jackson ou même Depeche Mode. De la musique répétitive également. Terry Riley et Steve Reich, notamment. Ou encore de l’indie rock comme Deerhunter et Jay Reatard.

Certaines de vos dernières découvertes musicales vous ont-elles influencées ?

On est rarement influencé par un groupe en particulier, c'est plutôt une culture musicale, dans tout ce qu'elle peut avoir d'hétérogène, qui s'exprime lorsqu'on la transpose en musique.

Qui fait quoi dans le groupe ? Est-ce que tout le monde participe au processus créatif ?

Il n’existe pas de recette miracle pour écrire. Parfois, l'un de nous pond un morceau en entier ; à d’autres moments, c’est vraiment le résultat d’un travail de groupe au cours duquel on fait tourner un plan pendant des heures.

Quel a été votre emploi du temps depuis la sortie de votre premier  album ? Manifestement, certains collaborateurs ont quitté le navire.

On a pas mal tourné depuis ; aux Etats Unis, au Canada et en Europe. Deux membres sont partis et Pierrick nous a rejoints. Le groupe a enfin trouvé son équilibre… On a aussi des ‘side projects’ comme Zooey, Beatmark, A Fight for Love et 25 Hours a Day.

Selon vous, quelle est la principale différence entre ce nouvel album et le précédent ?

Même si nous aimons toujours le premier disque, on nous a surtout reproché son côté patchwork. Nous y explorions diverses directions musicales avec une envie peut-être un peu immature de montrer tout ce que nous savions faire. Sur le nouvel album, nous avons cherché à réaliser un disque plus cohérent, qui tienne la distance. Il a donc fallu opérer un choix parmi les morceaux. Au départ, nous disposions d’une vingtaine de démos. Dave et nous avons conservé les dix morceaux susceptibles de se fondre dans un ensemble. Et puis, nous avons voulu faire un vrai disque pop, qui soit accessible au plus grand nombre. Nous avons tenté de mettre en valeur les mélodies ; option que nous ne prenions pas, forcément, avant. Nous avions tendance à tout noyer sous des nappes de synthés et des couches de guitare !

Pourquoi avoir choisi « Challenging Nature » comme titre pour votre cd ? Considérations écologiques ou défi à la nature ?

A l’époque où nous terminions les sessions d’enregistrement, se déroulait une rétrospective consacrée à Werner Herzog à Paris. Nous avons revu ‘Burden of Dreams’, le documentaire d'Herzog sur le tournage de ‘Fitzcarraldo’. Herzog y déclare, au cours de la projection, qu'à l'inverse de son acteur Klaus Kinski, dont la vision de la jungle est romantique, il n'y voit qu'un territoire hostile et obscène. Il conclut ensuite par ces mots : ‘What we're doing here is challenging nature’ (Trad : ‘Ce que nous faisons ici c’est défier la nature’). On aimait bien ce passage un peu grandiloquent et puis on trouvait qu’il collait au titre d’un d'album de rock. On y aborde différents thèmes comme le défi ou l’élévation de l’âme. Et puis, il y a aussi une part d’humour dans ce titre.

Vous reconnaissez-vous dans une certaine scène musicale française ? Bordelaise, par exemple ?

Nous avons longtemps vécu à Bordeaux. Cette ville a vu naître de très bons groupes : Kap Bambino, Magnetix, Weak Ends, Alba Lua, Glass Figure. Certains d'entre eux sont des amis. Sans quoi, en France, se détachent également de lot Discodeine, Zombie Zombie, Turzi, Arnaud Rebotini ou Phoenix... Beaucoup d’entre eux sont talentueux et nous les apprécions, même si nous n'avons pas l'impression de relever d’une scène en tant que telle.

Quels sont ceux qui vous bottent le plus, pour l’instant ?

Art Department, Crystal Ark, Kurt Vile sont les dernières formations sur lesquelles nous avons flashé. Tout récemment, nous avons aussi découvert William Onyeabor, un musicien nigérian qui pratiquait une forme de funk, au cours des 70’s. Il a gravé des morceaux incroyables !

Adam Kesher s’est forgé une excellente réputation en ‘live’. Le public belge aura-t-il la chance de vous voir bientôt sur les planches ?

Le 10 juin au K Nal à Bruxelles ! Nous brûlons d’impatience de nous y produire. En Belgique, les soirées sont toujours pleines de surprises…

 

 

Deerhunter

L’important, c’est la musique…

Écrit par

L’Orangerie était comble pour accueillir l’unique date de Deerhunter, en Belgique. Un sold out décrété depuis plusieurs semaines. Faut dire que la formation américaine a publié un des albums de l’année, en 2010, « Halycon Digest ». L’occasion était donc belle de découvrir en ‘live’, l’univers sonore incroyablement riche de Bradford Cox et consorts.

Sur les planches, Bradford, personnage longiligne, est épaulé par le drummer Moses Archuleta, le bassiste Josh Fauver et le guitariste Locket Pundt. Le set s’ouvre par une nouvelle compo intitulée « 60 Cycle Hum », un morceau qui rassure quant à la valeur du prochain album. Les Géorgiens (NDR : ils sont issus d’Atlanta !) enchaînent par le single irrésistible « Desire Lines », seul titre chanté par Locket Pundt, caractérisé par son long crescendo final. Magique ! Le tracklisting épingle la plupart des plages du dernier elpee : les superbes « Don’t Cry » et « Sailing », l’onirique « Basement Scene » (en hommage à John Cage), l’efficace « Helycopter » ainsi que « He Would Have Laughed » (dédié à Jay Reatard) ; mais ne néglige pas pour autant les perles du passé, à l’instar de « Hazel St. » ou encore « Never Stops ». Cox est très à l’aise tant au chant qu’aux six cordes. Le son est impeccable. La cohésion entre les musicos irréprochable. Qu’elles soient shoegaze ou lo-fi les mélodies sont superbes. Dommage, ces longs interludes atmosphériques, car lorsque la musique navigue toutes guitares dehors, le groupe devient vraiment impressionnant.

Conquis, le public est alors comblé par le rappel au cours duquel la formation exécute « Nothing Ever Happened », un morceau magistral, tourmenté, intense, de plus de 10 minutes. A cet instant, on est proche du délire. Hallucinant ! Mais ce qui m’a surtout interpellé, c’est cette absence de contact entre les musicos et le public. En fait, chez Deerhunter, la musique est essentielle et se suffit à elle-même. Et le reste n’a pas grande importance…

(Organisation Botanique)

 

Domino 2011 : dimanche 10 avril

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Lors de cette douce soirée de printemps, l’Ancienne Belgique avait décidé de mettre Stuart Murdoch à l’honneur. Deux ans après le succès rencontré par le projet « God Help The Girl », celui-ci foulait de nouveau les planches bruxelloises pour la promotion du dernier album de Belle & Sebastian, « Write About Love ». L’occasion pour lui, également, de nous présenter, en support act, le dernier groupe produit par le musicien écossais, Zoey Van Goey.  

Considéré comme ‘the Smiths for the generation that came after Morrissey and Marr’, Belle & Sebastian s’est toujours diverti à véhiculer l’image d’une musique surannée, sensible et tendrement pop. Cette image, devenue populaire au fil des albums, est précisément celle sur laquelle les éternels étudiants écossais ont su se tailler discrètement (NDR : B&S déteste la presse !) une place unique au sein du paysage musical indie. Celle d’un groupe culte qui brille de régularité. Un roc solide qui, inlassablement, résonne de sa pop raffinée et méticuleusement arrangée. Une philosophie qui pourrait assommer d’ennui les amateurs de rock furieux mais régale sans cesse les oreilles des nombreux fidèles. Stuart Murdoch se préoccupe exclusivement de composer pour les gens qu'il aime, et le reste du monde, il peut l’écouter siffler. Imperméable aux critiques de la presse internationale, B&S s’amuse et ne renie jamais sa muse.

Sur scène, Belle and Sebastian présente une machine douze pièces bien huilée épaulée d’un quatuor à cordes et de cuivres qui pimentent certains titres. Toutefois, ce soutien orchestral ne se révèle pas vraiment indispensable. Certes, les cordes et les cuivres renforcent les mélodies pop classiques du combo glaswégien, mais les versions épurées restent pourtant les moments les plus forts.

En effet, la voix et les lyrics priment sur les mélodies. Comme si Murdoch était la réponse de la pop moderne à Philip Larkin (poète, romancier et critique de jazz considéré comme Le poète anglais le plus important de la seconde moitié du XXème siècle). Tour à tour lapidaire et profond, il chante l’absurdité de la vie et de la mort avec une extrême sensibilité. C’est ainsi que « The Fox in the Snow », chanson chargée en émotion, conte les aventures d’une créature mystérieuse ne parvenant pas à se nourrir dans le froid.   

Un concert, avouons-le, particulièrement réservé aux fans de la première heure. D’ailleurs, lorsque les anciens morceaux surgissent (titres principalement issus de « The Boy with the Arab Strap »), le public exulte. Un gig indie cool archétypal présentant une pop classique qui tente l’inattendu. Le groupe organise le spectacle d’ingénues mises en scène et parie sur une forte interaction avec le public. Un calcul théâtral qui invite cinq personnes de l’auditoire à danser sur scène lors de « The Boy with the Arab Strap ». Une farandole grotesque récompensée d’une généreuse distribution de médailles et d’une volée d’embrassades distribuées par Stuart Murdoch himself. Belle & Sebastian aime chouchouter son public et il le (dé)montre. Artifices qui ont eu le mérite de réchauffer une prestation décidément trop tiède.

Belle & Sebastian

(Organisation Ancienne Belgique)

K-Branding : les rois de l’impro

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Le nouvel album de la formation belge, K-Branding est sorti chez Humpty Dumpty. « Alliance » sera également disponible en édition limitée vinyle dès le 15 avril.

27/04/2011 : VK (café belle-vue) w/ Zs (US) – Bruxelles
09/06/2011 : M4  w/ Capillary Action (US) & Negative Pegasus (UK) – Bruxelles

http://www.myspace.com/kbranding
http://www.k-branding.be/

 

Marka : l'homme qui aimait la scène…

Écrit par

Marka fête 30 ans de présence sur les planches, cette année. Allez Allez, dont il était le bassiste, avait ainsi sorti son premier elpee, en 1981. Aujourd'hui il a conservé intact sa passion pour les prestations en public…

http://www.marka.be/

Marka participera au Tour Restos du Cœur 2011 :

5/5 : Grand Théâtre de Verviers
6/5 : Country Hall de Liège
7/5 : Cirque Royal de Bruxelles
Et sera le 29 mai  à Ixelles - Place Fernand Cocq -  à Solidar XL

 

 

Domino 2011 : samedi 9 avril

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Une douce aura enveloppait cette fin de chaude après-midi d'avril. Les enfants jouaient dans les squares et les terrasses étaient envahies. A l'entrée de l'Ancienne Belgique, se pressait un public nombreux et étonnamment diversifié. C'est qu'Agnès Obel offre une musique intemporelle qui plaît à un grand nombre. Pas surprenant dès lors de retrouver des familles entières, du vieux patriarche aux jeunes gamins en culottes courtes venus ensemble se délecter des subtiles mélodies de cette Berlinoise d'adoption dont Bruxelles fait chavirer le cœur.

Alors que les lumières s'estompent et qu'un halo encercle Clare Louise et ses deux acolytes, les derniers sièges qui ce soir garnissent la salle de l'AB trouvent quelque tardifs séants. Dans le silence respectueux qui pèse sur les gradins face à elle, la jeune Parisienne exilée dans notre capitale libère sa voix, la laissant s'envoler et prendre possession des lieux.

Cet organe est l'arme à double tranchant de cette artiste, dont les compositions folk aux consonances celtiques, établissent d'autant plus le corolaire avec la Dolorès O'Riardan des Cranberries. Mais si l'Irlandaise tend(ait) à surligner exagérément ce trait, Clare Louise, elle, utilise celui-ci brillamment. Bien sûr, d'aucuns se rétractent impulsivement à la première impression laissée par cette voix, et de se fermer alors instinctivement à une écoute plus approfondie.

Il n'en demeure qu'au-delà de cette particularité, les compositions du trio valent assurément qu'on s'attache à leur musique. Et qu'on approfondisse le propos au-delà de tout préjugé.

Mêlant harmonieusement guitares, violoncelle, xylophone ou autre tambourin, dans un registre semi acoustique, les titres présentés ce soir dressent un portrait tout en finesse d'un collectif au potentiel à devenir. Et qui ne demande qu'à s'épanouir dans un espace plus intime.

Réglé comme du papier à musique, ce qui assurément est de bon ton dans le cadre du concert de ce samedi, l'horaire dépose ensuite Agnès Obel comme un pétale sur le devant de la scène.

Moins austère que son image ne le suggère, mais tout aussi contenue, la Danoise s'installe timidement derrière l'immense piano qui semble prêt à la dévorer, tandis que la violoncelliste qui l'accompagne s'installe à l'autre bout de la queue de ce dragon.

Dès les premières mesures de « Falling, Catching », s'envolent les derniers doutes, comme autant de grains de poussières dans la fragilité qui baigne ces quelques notes cristallines.

Conformément à son premier album « Philharmonics », la prestation de la jeune femme démontre l'évidence de toute belle chose.

Fragile quand du bout de ses doigts elle caresse le clavier, subtile quand de sa voix elle enveloppe l'infini, ensorcelante quand elle s'échappe en de fulgurants moments de grâce.

Si le respect du public confine parfois à d'embarrassants silences blancs en réponse aux tentatives maladroites du duo d'instaurer une ambiance décontractée, celui-ci se montre particulièrement enthousiaste à la fin des morceaux.

De l'intrigante et magnifique reprise du « (I keep a) close watch » de John Cale à la subtile réinterprétation de certains de ces morceaux (l'incontournable « Riverside », bien sûr, « Brother Sparrow ») jusqu'au final tumultueux et magistral de « On powdered Ground », ce concert qui tenait du récital définit parfaitement le champ dans lequel gambade à présent Agnès Obel.

Entre musique de chambre et structure Pop, entre Satie et Kate Bush, entre lumière et clair-obscur.

Les quelques nouveaux morceaux proposés (dont un bref instrumental) achèvent de dessiner le parterre menant la belle Agnès vers des cimes élevées où nul ne viendra lui chatouiller les pieds.

Du bout des orteils, elle touche déjà le paradis.

Agnès Obel + Clare Louise

(Organisation: Ancienne Belgique)

The Dø

Quand le papillon quitte la chrysalide

Écrit par

Certainement l’un des groupes les plus créatifs de la nouvelle scène indie rock française, The Dø nous a démontré ce soir toute l’ampleur de son atypie artistique. Souvent taxé d’autisme artistique, d’élitisme musical dont la production serait réservée exclusivement aux apprentis hipster, le duo franco-finlandais, transformé en sextet pour les besoins de la scène, s’expose et explose les planches de l’Orangerie de son talent.

Car les six musiciens ne se contentent pas d’interpréter « Both Ways Open Jaws », ils le réinventent (voir chronique de l’album : http://www.musiczine.net/fr/chroniques/the-d-/both-ways-open-jaws/ ). L’album studio, très formaté, est totalement repensé pour la scène et diffuse en ce lieu une dimension moins sombre, plus exaltée. Une adaptation mélodique qui a pour effet d’exciter le public; les corps tremblent, le sol tremble et les voix rugissent.

Au sein de l’écurie franco-finlandaise : ‘On n’aime pas le luxe, on aime se mettre en danger’. Et ça s’entend !  La production et les arrangements studio –presque trop parfaits– de Dan Levy s’écorchent. L’électro fait place aux instruments et le son devient plus organique.  Une formule à six qui gagne en efficacité et en expressivité. Moins effacés que par le passé, les deux leaders du groupe arpentent la scène, décomplexés.    

L’orchestration et la mise en scène sont minutieuses. Elles modèlent le temps, les contretemps. Les cassures, les brisures mélodiques. Les souffles chauds, les froids, le calme et le vacarme. Sur le tribal « Slippery Slope », l’électronique laisse place à une intro sax rapidement balayée de tourbillons rythmiques et percussifs qui abasourdissent l’auditeur. Un single puissant et hypnotique redessiné ingénieusement. Puis, le calme d’« On My Shoulders » éteint le feu d’un pop classique. Six pompiers pyromanes, alternant les ruptures mélodiques, mélangeant constamment l’accessible au pointu, le calme et l’orage. Une alchimie de textures sonores qui fonctionne tant sur album que sur scène. Seuls les ingrédients changent.  

Soulignons également le travail du drummer Pierre Belleville qui use de tout métal pour forger le son live de The Dø. L’objet du crime? Une batterie surplombée d’un mur de cymbales, de plateaux d’argent, de cloches en cuivre et de divers ustensiles de cuisine qu’il martèle inlassablement pendant plus d’une heure.

La beauté diaphane d’Olivia Merilahti illumine la fin du concert d’un majestueux « Dust It Off » (voir chronique de l’Ep : http://www.musiczine.net/fr/chroniques/the-d-/dust-it-off-ep/)  Morceau où le temps se fige. Statique, lunaire, la voix acrobate de la jeune Finnoise nous plonge irrémédiablement dans un univers onirique limpide. Une version épurée qui finit pourtant sous un orage de nappes électroniques. Dernière claque avant la fin d’une prestation résolument excellente.

 (Organisation Botanique)

Panic! at the Disco

Vices & Virtues

Écrit par

Panic! at the disco n’est plus qu’un duo réunissant Brendon Urie et Spencer Smith. Qu’à cela ne tienne, l’aventure continue pour les fondateurs du groupe. Surfant depuis sept ans sur la vague du succès, PATD, que viennent de quitter, pour désaccord artistique, Ryan Ross et Jon Walker, n’en demeure pas moins une valeur sûre dans le paysage pop/rock électro made in USA. Preuve en est, ce troisième elpee, fort de dix nouveaux titres. Malgré la disparition de Ryan, l’âme du band, qui a laissé planer dans nos esprits le split du groupe, Brendon et Spencer ont réussi la gageure de replacer le train sur les rails. Après avoir écoulé plus de deux millions de copies de leurs deux premiers albums, les survivants ont décidé, non pas d’innover ou d’essayer de se réinventer. Ils se sont concentrés sur ce qu’ils savent faire de maîtresse façon : de la classique pop très efficace ; et ce n’est pas pour nous déplaire. Ouf, l’identité du groupe reste intacte…

Loin du rock baroque qui a forgé le succès du groupe, surtout sur « Pretty Old », paru en 2008, notre duo risque cependant de plaire nettement moins aux amateurs d’envolées lyriques qui émaillaient leurs sorties précédentes. Reste toutefois dix titres qui seront très vite assimilés ; car si on demeure dans le classique tout au long des dix plages proposées, le tout entre très, très rapidement dans l’oreille et n’est pas pour autant dénué d’intérêt.

Les singles vont à nouveau envahir les ondes FM et les lecteurs MP3 de nos jeunes ados, accros aux Fall out Boys et autres formations crapahutant au sein du même univers musical.

On épinglera, sur « Vices & Virtues », « The Ballad Of Mona Lisa », « Let's Kill Tonight », « Hurricane », « Memories » et « Sarah Smiles » qui seront, à n’en pas douter, des hits imparables surtout de l’autre côté de l’Atlantique.

Ce qui constituait la force du groupe, chorus, rythmes endiablés et mélodies simples, est très clairement mis en exergue sur « Vices & Virtues ».

Finalement, il n’y a pas eu de ‘Panic’ à bord lorsque le navire a été déserté par son capitaine, abandonnant une partie de son équipage à son triste sort. Loin de là ! Nos deux marins survivants ont même très bien mené leur barque. Ils ont renfloué le bateau et sont repartis vers de nouvelles aventures. Celles-ci les mèneront directement, sans escale sur les parquets cirés des plus belles discos de la planète…

Au final, un album que l’on prend plaisir à écouter !

Les inconditionnels des dancefloors ne pourront malheureusement pas assister au concert que la formation devait accorder ce vendredi 13 mai 2011, à l’Aéronef de Lille. Cette date est annulée.

 

Britta Persson

Current Affair Medium Rare

Écrit par

La ville suédoise d’Uppsala n’est donc pas seulement connue pour ses thrillers nordiques chers à Stieg Larsson mais abrite également une artiste de talent : Britta Persson. La jeune Scandinave publie son 3ème et réjouissant album « Current Affair Medium Rare ». Une œuvre dont les arrangements, à la fois bien plus soignés et en même temps épurés, sont destinés à sculpter des compos agréablement accessibles. Britta possède en effet toutes les cartes en main pour percer au grand jour tant l’immédiateté de ses compositions saute aux oreilles.

Ses chansons sont portées par une voix singulière et de superbes mélodies. Une voix qui campe un hybride entre celle de Cat Power et Fiona Apple. Si dans le passé Britta lorgnait essentiellement vers le folk, aujourd’hui elle pratique une pop dans le sens le plus noble du terme. Ses morceaux ont tout pour séduire sans jamais racoler. Un petit exploit dans l’univers de l’indie qui devrait faire le bonheur de Pure FM. Les trois premières plages sont, par exemple, tout à fait tubesques : « Annoyed To Death », « Meet A Bear » et « Toast M » libèrent une énergie rafraichissante et vous incitent à les réécouter. Et pas de simples hits jetables ! Si elle calme le jeu par la suite, c’est pour offrir de jolies ballades comme la nerveuse « Some Girls, Some Boys » ou l’atmosphérique « Big Fuss », la meilleure chanson du lot. Le vivier semble décidément inépuisable en Suède…

R.E.M.

Collapse into Now

Écrit par

En concoctant « Accelerate », en 2008, REM avait, semble-t-il, effectué une légère embardée, emmenant son public dans des coins un peu plus reculés, légèrement plus violents que son image ne le laissait imaginer. Michael Stipe nous avait dévoilé une personnalité un peu moins exposée, plus sombre, plus nerveuse, plus rock’n roll !

Trois ans plus tard, le génial trio (depuis 1997, année où Bill Berry les quitte), auteur des mémorables « Losing my Religion » et autre « Daysleeper » nous revient après s’être douché et rasé de près. Tournée la page du ‘méchant’. Nos quinquagénaires sont de retour, tout gentils, tout doux et tout beaux dans leurs jolis costumes, dispensant une musique bien comme il faut, presque parfaite, nettement plus calme et plus soyeuse que sur cet album de ‘sauvages’, sorti en 2008… Fallait bien que jeunesse se passe…

« Collapse Into Now » renoue avec les recettes qui ont fait le succès du band depuis près de trente ans et 14 albums studio. Ce quinzième effort enregistré à Berlin, Nashville et à la Nouvelle-Orléans, est à nouveau produit par Jacknife Lee (U2, Bloc Party, Weezer), déjà préposé à la mise en forme sur « Accelerate ». On épinglera également les participations de Patti Smith, Lenny Kaye, Joel Gibb, Peaches et Eddie Vedder (Pearl Jam), qui ont chacun collaboré sur un morceau de l'album. 

En effet, hormis les deux bombes rock initiales, « Discoverer » et « All The Best », dans la lignée de l’elpee précédent, le reste est un véritable retour aux sources.

Dès le troisième titre, le groupe baisse de rythme et nous propose alors une série de ses fameuses ballades ‘semi-folk-rock’ belles à en pleurer. Que ce soit l’excellent « Überlin » ou encore « Oh My Haert », à peine un ton en-dessous. « It Happened Today » permet à REM de repartir de plus belle avant de ralentir à nouveau le rythme et baisser très légèrement en efficacité sur « Every Day Is Yours To Win ». Michael reprend ensuite du poil de la bête tout au long du plus entraînant et aérien « Mine Smell Like Honey », caractérisé par son refrain qui déménage. La pression retombe toutefois très vite. Responsable de cette baisse de régime, la superbe ballade « Walk It Back » et l’organe génial de Stipe qui nous envoûte jusqu’à nous donner la chair de poule. L’opus prend ensuite à nouveau de l’altitude grâce à Peaches qui donne de la voix sur « Alligator_ Aviator_ Autopilot_ Antimatter », à l’instar de Kate Pierson (B-52’s) sur « Shiny Happy People », en 1991. La plage suivante, « That Someone Is You » est un petit rock sympa, tout ce qu’il y a de plus correct et simplement accrocheur. « Me, Marlon Brando and I » démontre tout le talent de compositeur de Michael Stipe. Cette splendide chanson nous dépose sur un nage tout moelleux, où règnent calme, paix et douceur. En finale, « Blue », plage sur laquelle Patti Smith apporte son concours, est sans doute la plus originale de l’album. Un échange ‘progressif’ plus parlé que chanté entre les deux complices aboutit à une rengaine entêtante, lente, poignante.

Et pour clôturer de façon originale ce quinzième disque, REM reprend, comme il avait débuté, quelques dizaines de secondes de « Discoverer ». La boucle est en effet bouclée !

Si certains reprocheront à cette œuvre un manque d’homogénéité, les mélodies sautant du coq à l’âne, un peu trop systématiquement, « Collapse Into Now » est vraiment un excellent album. Il démontre à la fois tout le talent d’écriture de Michael Stipe et l’envergure qu’a prise REM en près de 30 années d’une carrière riche en albums de choix. Celui-ci fera, assurément partie, à n’en pas douter, de l’élite absolue produite par le trio américain.

REM reste un (très) grand groupe qui garde la pêche.

 

Pat Travers

Boom Boom – Live At The Diamond – Toronto 1990

Écrit par

Les fans de ce grand guitariste canadien auront probablement un peu de mal à le croire ; mais, malgré presque trente-cinq années de pratique intensive du culte du hard rock, votre serviteur n’avait jamais eu l’occasion de poser une oreille sur la musique de Pat Travers. Une lacune impardonnable, que le label allemand e.a.r. music a eu la bonne idée de combler en envoyant un exemplaire CD de sa réédition de l’album live « Boom Boom – Live At The Diamond – Toronto 1990 » à la rédaction de Musiczine.

Né à Toronto en 1954, Pat Travers tombe sous le charme de la six-cordes, à l’âge de douze ans, alors qu’il assiste à un concert de Jimi Hendrix. En 1975, il est remarqué par le légendaire rocker canadien Ronnie Hawkins qui l’emmène en Angleterre. Travers en profite pour fonder son propre groupe : le Pat Travers Band. Le premier album éponyme est publié chez Polydor, en 1976. Travers enchaîne ensuite les tournées (avec Rush et Rainbow notamment). Le succès est au rendez-vous et certains de ses elpees (« Live ! Go For What You Know » - 1979, « Crash & Burn » - 1981) sont très bien placés dans les charts américains. Quelques musiciens, aujourd’hui reconnus, se succèdent d’ailleurs au sein du Pat Travers Band. Au nombre d’entre eux, citons par exemple, un certain Nicko McBrain (Iron Maiden), Tommy Aldridge (Ozzy, Whitesnake) et Pat Thrall (Hughes/Thrall, Asia, Meat Loaf). En 1981, l’album « Radio Active » (1981) se vend beaucoup moins que ses prédécesseurs. Polydor en profite pour rompre le contrat qui le lie à Travers. Déçu par le ‘music business’, le guitariste canadien met sa carrière en sourdine pendant quelques années. Ce n’est qu’en 1990 qu’il ressuscite le Pat Travers Band en publiant un opus intitulé « School Of Hard Knocks ». Travers est désormais accompagné par Jerry Riggs (NDR : certains d’entre vous se souviendront peut-être que ce guitariste américain avait publié au début des eighties, un album à la pochette ‘canine’ impressionnante et dont certains extraits, « Radar Rider » et « Heartbeat » notamment, avaient été inclus à la B.O. du film d’animation « Heavy Metal »).

« Boom Boom – Live At The Diamond – Toronto 1990 » a été mis en boite au Diamond Club de Toronto lors de la tournée qui a suivi la sortie de « School Of Hard Knocks ». Sorti au format vinyle en 1991, l’album n’avait jamais été publié au format Cd. Travers, à la tête de son gang fraîchement reconstruit, y propose une heure et dix minutes d’un hard rock typique de la fin des seventies et du début des eighties. Les guitares lead sont, évidemment, plus que flamboyantes tout au long des quatorze titres musclés, fortement teinté de blues, de ce long playing. Le groupe interprète quelques uns de ses grand classiques : « Snorting Whiskey », « Boom Boom (Out Go the Lights) », « Life In London », « Gettin' Betta » ainsi qu’une reprise du titre blues classique « Born Under a Bad Sign » originellement interprété par Albert King (NDR : mais aussi par Jimi Hendrix et The Cream) et « Ready Or Not » qui était l’un des morceaux de l’album solo de Jerry Riggs dont nous parlions plus tôt. Petite merveille d’intensité et de feeling, l’œuvre s’écoute avec un plaisir intense, et ce, même si l’on ne connait pas le Pat Travers Band.

« Boom Boom – Live At The Diamond – Toronto 1990 » est, bien sûr, destiné aux fans nostalgiques de Travers mais aussi à celles et ceux qui, comme votre serviteur, sont passés à côté de ce musicien talentueux à l’époque de sa gloire. A (re)découvrir !

Arid

Under The Cold Street Lights (cd + dvd)

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Tout d’abord, il est peut-être nécessaire de rappeler qu’Arid est incontestablement le leader de la scène belge ! Plus personne n’en doute. Du moins c’est mon sentiment…

Jesper Steverlinck et ses acolytes trustent depuis pas mal d’années maintenant les honneurs de la scène rock noir-jaune-rouge. Personne ne leur discute ce leadership.

Dernière parution du band, la sortie d’un boîtier ‘Limited Edition’ réunissant deux plaques. La première est simplement la réédition de leur dernier album en date paru il y a plus d’un an, enrichi d’une toute petite surprise. Un inédit. « Shine ». Inconnu au bataillon jusqu’à présent. Mwouais… Bien vu les gars ! Pas de quoi sursauter, juste un petit plus, c’est bien du Arid, pur jus, bon, simple, efficace.

Deuxième plaque dans l’emballage, l’intégrale du concert accordé à l’AB, le 28 février 2011, dans une salle comble et conquise d’avance. Au niveau images, excellent ! Elles restituent parfaitement bien l’atmosphère de la soirée privilégiant la communion entre Jasper et ses fans. Un moment exceptionnel de la soirée est à épingler lorsque Jasper descend au milieu de SON public, échangeant des poignées de mains avec les chanceux les plus proches mais gardant toujours le contrôle de la situation quant à son interprétation. En ce qui concerne la bande son, elle est tout bonnement excellente. Les 17 titres interprétés ce soir-là par Arid sont le reflet parfait de leur carrière. Le sublime « Life » constituant le point d’orgue de ce très bon Dvd.

Rien de plus à se mettre sous la dent. Pas de bonus, d’interview ou autres curiosités qui auraient pu donner à l’ensemble un label ‘incontournable’.

Ce coffret demeure néanmoins un beau souvenir pour celles et ceux qui ont vécu cet événement ou eu l’occasion de voir le ‘best belgium band on stage’. Mais également un témoignage destiné aux autres qui (j’ai un doute) ne connaîtraient pas encore Arid.

Incontournable pour tout fan qui se respecte !

 

Black Mountain

Wilderness Heart

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Mea culpa… il est probablement un peu tard pour parler d’un album sorti en septembre dernier ! Mais, les critiques du dernier album de Black Mountain étaient tellement peu à l’avantage de la bande à Stephen McBean, que « Wilderness Heart » est resté pendant de longs mois en dessous de ma pile d’albums à chroniquer….

A raison ? Si on le compare à « In The Future », leur 2ème album, c’est sûr qu’il s’agit d’un pas en arrière. Mais le groupe avait probablement atteint son apogée à l’époque ! Sur « Wilderness Heart », les Canadiens adoucissent le ton mais restent à notre plus grand bonheur, calés dans les années 70 (Black Sabbath et Led Zeppelin en tête). Les riffs heavy sont toujours au service de morceaux à la fois sombres (« Radiant Hearts ») et légers (« The Hair Song ») comme tend à le prouver le concours apporté par deux producteurs –Randall Dunn (SunnO)))) et D. Sardy (Oasis, Rolling Stones)– à la mise en forme. Une sensibilité noire et psyché arrondie par des mélodies presque pop qu’enrichissent les claviers quasi-glam de Jeremy Schmidt. Les voix de McBean et d’Amber Webber se complètent de mieux en mieux et Black Mountain offre tout de même encore des morceaux lourds et heavy comme jamais (« Let Spirits Ride » plus ‘sabbathien’ que nature et à la limite de la caricature) ; mais aussi une bonne moitié des ballades acoustiques (« Old Fangs »).

S’ils ne composent plus de morceaux inoubliables comme sur leur opus précédent, les membres de Black Mountain élargissent leur spectre musical quitte à perdre certains fans de la première heure. Un groupe d’une grande classe.

Clan Edison

Clan Edison

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Si Clan Edison a vu le jour le long de la Méditerranée, c’est certainement dans le sous-sol insalubre d’un bistrot suintant le whisky. Car apparemment, le trio a grandi en écoutant des groupes sudistes américains plutôt que des artistes de variété française.

Après sept années de dur labeur, Clan Edison, originaire de Nîmes, a donc décidé de publié son premier album. Autoproduit, il est découpé en neuf morceaux crépusculaires, hypnotiques, torturés et frénétiques. Sa musique ? Sombre, évidement. Le corbeau qui illustre le recto de la pochette en dit d’ailleurs long sur le climat au sein duquel baigne la musique de Clan Edison. Une forme de stoner qui rappelle tour à tour Sixteen Horsepower, Queens of The Stone Age voire le Noir Désir époque « Tostaky ». Le chant est puissant. Il est exprimé tantôt dans la langue de Molière (NDR : ce qui n’est peut-être pas leur choix le plus judicieux), tantôt dans celle de Shakespeare. Bienvenue dans le monde ténébreux de Clan Edison…


 

The Crookes

Chasing after ghosts

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Jeunes et talentueux, les Crookes livrent un premier album plein de promesses.

Bien sûr, à l'écoute de « Chasing after ghosts », bon nombre de prestigieuses formations de sa gracieuse Majesté viennent immanquablement hanter les esprits. Smiths en tête, la pertinence du propos en moins. De très belles mélodies, brodées et mises en lumière par la voix de son chanteur.

Dans la lignée des Maccabees, les Crookes reprennent le flambeau d'une Pop anglaise fière qui se replace en bon ordre sur la ligne du temps.

Alors, certes, rien de nouveau ici. « Bloodshots days » ou « Just like dreamers » assurent la continuité de groupes comme Gene ; et l'ombre de Morrissey trône de tout son poids sur l'ensemble de cette première œuvre. Mais si cette filiation calfeutre The Crookes dans un canevas qu'il sera dur de briser, il propulse néanmoins le groupe sous la loupe de la curiosité.

Et force est de constater que dans le registre, cet album possède assez de qualités pour plaire aux amateurs du genre.

A voir le 22 mai au Botanique en compagnie de Suuns et Mirrors.

The Demons Claws

The Defrosting of…

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Curieux quand même que la notoriété d’un artiste ou d’un groupe peine souvent à traverser l’Atlantique. Dans un sens ou dans l’autre. The Demon’s Claws est une formation qui n’est guère connue chez nous, malgré quelques sets accordés sur le Vieux Continent. Et pourtant, au Canada et aux Etats-Unis, elle appartient à la crème de la crème du garage/rock. Ces Montréalais ont ainsi assuré le supporting act des Black Lips en compagnie desquels ils partagent le même excellent label yankee, In The Red, tout comme Vivian Girls, TV Ghost ou encore feu Jay Reatard. C’est d’ailleurs ce dernier qui avait mis en forme leur précédent elpee. Manifestement si le band est méconnu en Europe, il possède de belles références en Amérique du Nord.

Leur second opus devait, à l’origine, s’intituler « The Defrosting of Walt Disney » ; mais afin d’éviter des poursuites judiciaires, leur écurie leur a demandé de laisser tomber la mention relative à l’illustre dessinateur californien.

Une écoute de cet elpee est suffisante pour déceler le talent de ce combo. Leur mélange de rock et de psyché fait mouche. Les mélodies sont limpides. Les morceaux courts, énergiques, intuitifs, bourrés de charme. La voix réverbérée de Jeff Clarke, les accords de basse caoutchouteux d’Ysael Pépin et les solos de guitares, simples mais terriblement efficaces, nous replongent quatre décennies en arrière. Et pourtant, pas de revivalisme ici, mais une véritable bouchée d’air frais. Du bonheur à l’état pur ! On comprend mieux pourquoi Demon’s Claws est parvenu à devenir une référence, aux States et au Canada, en à peine, huit années d’existence.

Une bonne raison pour ne pas les manquer lorsqu’ils se produiront près de chez vous. Surtout qu’il paraît que leurs prestations scéniques sont décapantes…

The Dø

Both Ways Open Jaws

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Les marches funèbres de « Both Ways Open Jaws », esquisses d’un conte noir de Charles Perrault revisité par Tim Burton.

A l’image de sa pochette, photographiée chez le grand-père d’Olivia en Finlande, le second opus de The Dø semble hanté, empreint de sortilèges. De la primale « Slippery Slope » à l’électronique folle de « B.W.O.J », le duo franco-finlandais célèbre une brillante messe noire, à la fois brute et délicate.

Deuxième album sur lequel les ex-n°1 du top album devaient confirmer leur identité musicale. Indépendante, libre et créative. Une philosophie d’ailleurs assumée par la voix féminine du groupe : On a compris que the « Both Ways Open Jaws » ne serait pas non plus forcément un album grand public. Ainsi, « The Dø » s’érige en un modèle, radical, de musique indépendante. Une forteresse autarcique imperméable aux enjeux non créatifs : Personne ne nous impose rien, vraiment, affirme Dan, on est producteurs de nos albums, auteurs, compositeurs, arrangeurs, mixeurs, ingénieurs du son… C’est comme ça qu’on aime faire notre musique. On sait où on veut aller. Il faut se battre pour conserver son intégrité, se battre pour ses idées : personne ne les aura à notre place. C’est important de pouvoir affirmer que notre musique, c’est ça, que nos visuels, c’est ça, et qu’on emmerde ceux qui ne sont pas d’accord ou qui t’expliquent que ‘c’est pas possible’. Le risque qu’on a pris pour le premier album, on l’a aussi pris pour le second.

Au sein de l’écurie franco-finlandaise, on l’aura compris, On n’aime pas le luxe, on aime se mettre en danger. Et ça s’entend ! Un pari gagné qui résonne sur les sillons d’un album versatile où le genre pop se réinvente titre après titre. Armé d’une formidable patte mélodique et d’une voix d’acrobate, les morceaux accrochent les mêmes neurones à plaisir que sur « A Mouthful ». Plus sombre et plus instrumental que l’album précédent, « Both Ways Open Jaws » se métamorphose en une authentique machine à spleen qui touche invariablement son public. 

Gros bémol, cette musique de caractère (scandinave) offrant de magnifiques atmosphères oniriques présentées sur l’Ep constitue malheureusement la structure centrale de cet l’album (voir chronique de l’Ep : http://www.musiczine.net/fr/chroniques/the-d-/dust-it-off-ep/). Trois titres catchy décorés de mélodies rêveuses qui n’accrochent que trop rarement les oreilles de l’auditeur. Il paraît évident qu’on ne peut exiger de telles prouesses à aucun groupe. Reste, néanmoins, l’amère impression que « Both Ways Open Jaws » souffre d’un ‘extended play’ presque parfait. Quelques essoufflements s’entendent d’ailleurs sur « Leo Leo » et « Moon Mermaids ». Cependant, la qualité des arrangements audacieux (« Slippery Slope »), cinématographiques (« The Wicked & The Blind »), veloutés (« Was It A Dream ») de Dan Levy viennent systématiquement densifier les chansonnettes maléfiques de Madame ø. Ouvrez les oreilles ou écoutez-les au casque, les artifices de production sont remarquables. 

Malgré quelques phases de sommeil profond, « Both Ways Open Jaws » n’en demeure pas moins un album splendide. Une œuvre originale qui s’amuse à pénétrer les interstices de vos rêves les plus sombres. Cauchemar ou réalité ? Plaisir coupable ? Olivia et Dan n’épargneront aucune âme sensible !

The dø, sous la forme d’un sextet (multi-instrumentistes aux cordes, aux cuivres et aux claviers), se produira à Bruxelles le 7 avril sur les planches de l’Orangerie (Botanique). Concert complet !

Duke Garwood

Dreamboat safari

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Duke est Londonien. Un musicien qui a milité, fin des années 80, chez les Orbs. Chanteur et guitariste, il joue également du saxophone. Il a sévi au sein d’Archie Bronson Outfit. Son premier elpee solo, "Holy week", est paru en 2005. Dans la foulée, il commet son second, "Emerald Palace", soutenu par son ami percussionniste Paul May. En 2009, il signe chez Fire Records, et publie un Ep intitulé "He was a warlock", suivi de l’album, "The sand that falls". Son univers sonore n’est pas toujours facile d’accès. Sa musique de racines trempe dans une forme d’ambient ; un peu comme si un bluesman d'avant-guerre enregistrait sur le chantier d'un immeuble moderne en construction. Mais elle est très personnelle, même si on y décèle des traces de blues et de jazz. Les spectres de Nick Cave, de Tom Waits, mais également de Captain Beefheart, y planent d’ailleurs constamment. Surtout les aspects expérimentaux. Lors des sessions d’enregistrement, on ne peut pas dire que les musiciens se bousculaient dans le studio. Duke se réserve l’essentiel du boulot : il chante, joue de la guitare, de la basse, des claviers et du saxophone. Un unique et véritable collaborateur : Neil May. Et un invité circonstanciel, le bassiste Neil May. C'est tout!

Le safari démarre par l'énigmatique "Jesus got a gun". Un blues dépouillé, curieux, mais non dénué de charme, caractérisé par le flux et le reflux des cordes acoustiques. Il reflète bien le mal de vivre de ce Jésus armé. Duke G titre toutes les ficelles de cet assemblage singulier. "God in my shoes" trempe dans la même atmosphère tourmentée du Delta. Le son des cordes est métallique. Duke chante. Il est relayé dans la voix par Talulah James, comme le blues d'un ‘songster’ colportant de hameau à hameau des nouvelles peu rassurantes. Les percussions de May sonnent le glas. Le saxophone marque le pas funéraire. Ce n’est pas la joie, mais la densité sonore de ce "Panther" est assez remarquable. Duke est à nouveau seul aux commandes pour développer l’éthéré "Gold watch", une plage qui évoque le Krautrock expérimental. Celui du début des 70s. Un mouvement dominé par les sonorités synthétiques des claviers. Des sonorités alors visionnaires que nous livraient Tangerine Dream, Klaus Schulze, Kraftwerk, Can ou encore Amon Düül. Bienvenue dans l’espace sidéral de notre citoyen britannique sur "Space Trucker Lady". Voyage spatial ou vision orientale ? "Summer gold" est une ballade folk qu’il chante d’une voix empreinte de douceur, presque à notre oreille, à la manière d'un Tom Waits qui se serait payé une cure de fraîcheur. Ce climat enveloppe également "Wine blood", une ballade dépouillée à l'extrême. Il revendique l'héritage de Charlie Mingus et d'Albert Ayler. C’est donc dans cet esprit qu’il aborde pudiquement "Gengis". Un morceau très électrique qu’il maîtrise parfaitement, en juxtaposant les sons, avant de virer dans le free jazz débridé, aventureux, lors de "Tapestry of Mars", au cours duquel il souffle dans son saxophone au gré de sa fantaisie. "Flames of gold" est une compo introspective, qu’il aborde à la manière d’un Nick Cave, plongé dans ses pensées les plus ténébreuses. On se demande quand même s’il n’est pas poursuivi par l’esprit de Jimi Hendrix, époque Band of Gypsies, sur "Rank Panache". Il dompte parfaitement "Taras Bulbous", un morceau réminiscent de la période la plus complexe et délirante de Soft Machine voire de Yes. Et il nous propose, en finale, une piste spatio-orientale de toute bonne facture, au cours de laquelle il est aux commandes d'un bulbul tarang. Génial!

Griffin House

The Learner

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L’Amérique ouvrière adore fournir, à intervalles réguliers, ce genre d’artistes authentiques dépositaires de parfaits hymnes à la ‘Springsteen’. Griffin House, 30 ans, est originaire de Springfield dans l’Ohio et possède une feuille de route déjà bien remplie. Il a par exemple déjà ouvert pour des concerts d’artistes comme Ron Sexsmith ou Josh Ritter. Pas étonnant, puisque son songwriting s’inscrit dans la même lignée, même s’il se révèle moins délicat.

« The Learner » constitue son cinquième opus. L’Américain a des planches. Ses compos sont intenses et efficaces, mais ne sont guère surprenantes. Griffin traverse une multitude d’ambiances roots et son style rappelle tantôt Wilco (« Rule the World »), Springsteen (« River City Lights » en duo avec Alison Krauss) ou encore Josh Ritter (« If You Want To »). Claviers Rhodes vintage, handclaps, grattes acoustiques ou électriques alimentent son expression sonore que certains qualifieront d’americana et d’autres de country intemporelle. Encore que la production est quand même particulièrement ample. Ce qui explique sans doute pourquoi la presse spécialisée attribue une étiquette de folk-rock hi-fi à sa musique. A écouter en voiture (sur la route 66 ?), après avoir revêtu sa chemise à carreaux…

 

The Human League

Credo

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Mars 2011. Bloc opératoire.

Patient: The Human League.

Pathologie: vieillissement annoncé et mort prématurée.

Objectif: résurrection, seconde du nom.

Diagnostic: enclin au plus grand pessimisme.

Premiers signes alarmants: pouls faible, activité cardiaque proche du néant.

Les fonctions vitales fonctionnent au ralenti. La poitrine se soulève et expulse un premier souffle, timide. Le scanner ne s'emballe pas et émet un bip régulier qui au final, se termine par une longue et triste complainte continue.

Les lumières du bloc s'éteignent. C'est fini...

Du riche passé du groupe de Sheffield, ne reste que les souvenirs.

« Credo » est un titre audacieux pour un retour sous les feux de la rampe, tout comme le « History of modern » d'Orchestral Manœuvre in the Dark » l'était. Le résultat est sensiblement pareil, soit un constat amer: ces groupes majeurs d'hier n'ont plus rien à dire aujourd'hui.

Moins indigeste que le OMD, mais bien moins pertinent que le dernier Duran Duran, ce come-back singe maladroitement le Human League des eighties ; mais on est bien loin de toute « Dignity of labour ». Le fard dégouline sur la peau ridée et laisse apparaître une croûte désespérément sèche de toute inspiration. « Don't you want me » ?

Non, merci, plus à présent.

 

Gareth Liddiard

Strange Tourist

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Comme l’annonce le titre de son album, « Strange Tourist », l’univers de Gareth Liddiard est en effet bien étrange ; mais pas question d’éventuelle ambiance estivale à l’écoute de son œuvre, tant elle nécessite une certaine dose d’implication de la part de l’auditeur pour y pénétrer. L’Australien, leader du très bon groupe de rock The Drones, élabore en effet de longues divagations folk (entre 7 et 10 minutes en moyenne) portées par des textes ravageurs d’une grande beauté. Le poète aborde des sujets graves comme le terrorisme (sur les 16 minutes de « The Radicalistion of D ») avec beaucoup d’engagement et de sincérité. L’auditeur ressent son interprétation vibrante grâce à sa voix tremblante et nasillarde et à travers son jeu de guitare acoustique, nerveux et inspiré. Un lyrisme intense se dégage de ses brûlots folks intimistes, arides mais grandioses. Sur « Blondin’ Makes An Omelette », Gilliard raconte, par exemple, l’histoire du funambulisme Charles Blondin, qui a traversé les chutes du Niagara au XIXème siècle sur un fil de fer. Un épisode vécu par son apprenti (‘Man, no one / Cared for him at all / Until he crossed Niagara Falls / So you'd all feel / A little lower down the scale’). L’auditeur ne sort pas indemne de son voyage dans les méandres d’une musique honnête mais maladivement contagieuse.

Un nouveau trésor découvert au sein des bushes australiens.