Vous trouverez, ci-dessous un aperçu des sorties récentes et futures les plus intéressantes chez PiaS ; bien sûr dans l’esprit de la ligne éditoriale de Musiczine. Et pour vous donner un avant-goût, rien de tel que d’y associer l’un ou l’autre clip vidéo ou…

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C’est le premier album de Planterose, mais pas les premiers pas dans la musique pour ses équipiers. Amoureux de pop culture, ce monde idéal où Flavien Berger partage un verre avec l’homme de Rio, Gainsbourg s’adonne à la Dream pop, et Laetitia Sadier…

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Mat Bastard

La langue, c’est un chemin, pas une destination…

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Aulnoye-Aymeries, petite ville du Nord de la France, accueille maintenant depuis plusieurs années, un festival éclectique baptisé ‘Nuits Secrètes’, chaque dernier week-end du mois de juillet.
Il a vu défiler des artistes comme Alain Bashung, Bernard Lavilliers, Neneh Cherry, Selah Sue, Vitalic, Funkadelic & Parliament, Laurent Voulzy, Alain Souchon, Deluxe, Casseurs Flowters, Julien Doré et bien d'autres.
Proposant un peu plus de 70 concerts, répartis sur trois jours, son affiche a de quoi satisfaire un grand nombre des mélomanes !
Les parcours secrets –le fleuron des Nuits– sont, bien sûr, toujours intégrés au programme. Le principe ? Grimper dans un bus, vitres calfeutrées, pour une destination et un concert dont on ignore le lieu et le nom de l’artiste ou du groupe.

Votre serviteur a fixé rendez-vous à Mat Bastard, de son véritable nom Mathieu-Emmanuel Monnaertune, une des figures de proue du mouvement punk, en France. En compagnie de potes du lycée, il avait fondé son tout premier groupe Carving, une aventure qui s’est déroulée de 1994 à 2007.
Mais, c’est grâce à Skyp The Use, un combo formé en 2008, que sa notoriété va grimper en flèche. Le band est rapidement invité à se produire dans des festivals internationaux, et assure même des premières parties pour Trust et Rage Against the Machine. Le divorce par consentement mutuel est cependant acté fin 2016.
Armé d’une batterie de nouvelles compositions et l’envie de renouer avec ses vieux démons, Mat rappelle ses vieux copains d’antan, Mike et Olive.
Plus engagé et énervé que jamais, il décide d’offrir (de s’offrir) un premier album solo sobrement intitulé « LOOV ». Percutant, il recueille une critique favorable unanime.
C’est pour causer de cette actualité brûlante, de son parcours musical et de ses rapports établis entre lui et le peuple, que ce tête à tête est prévu. Il ne durera que quelques minutes…

Skip The Use a décroché un statut jamais atteint par une formation rock régionale et rarement dans l’Hexagone. Pourtant, tu as monté un nouveau projet. La musique est-elle, pour toi, comparable à une famille ou un couple dans lequel il y a parfois des remises en question nécessaires ?

A vrai dire, je n’en sais rien. C’est très difficile à expliquer. La différence essentielle entre un couple et un groupe, ce sont les sentiments qui animent la relation. J’aime ma femme ! Quant à mes comparses, je les appréciais. C’est tout ! Il ne faut pas tout mélanger. Lorsque je crée un band, c’est par idéal et parce que j’ai envie de le fédérer autour d’un concept particulier, au moment le plus opportun. Si l’une des parties s’éloigne de l’essence même de ce partage, je ne vois pas l’intérêt de continuer l’aventure. Nous ne voulions plus simplement faire de la musique pour les mêmes raisons. Mais, jamais, je ne dirais des musiciens que je côtoyais qu’ils étaient des connards. J’ai vraiment vécu une aventure humaine exceptionnelle et j’en garde de bons souvenirs…

As-tu un besoin permanent de changement, d’expériences et de découvertes ?

La vie est une longue route au cours de laquelle chaque individu apprend de ses expériences. Au sein de STU on a vécu une belle histoire artistique et humaine. Mais, au fil du temps, je ne souhaitais plus faire de concessions. Lorsque tu joues en groupe et que tu as la responsabilité d’écrire la musique et/ou les paroles, tu dois recevoir l’assentiment des autres membres. Ce qui, en cas de désaccord, peut devenir très vite compliqué. Ce n’est pas toujours évident à gérer ! Dans ce projet, je suis seul aux commandes. J’ai forcément plus de latitude. Il m’appartient d’emprunter les bonnes directions et d’assumer mes erreurs. Est-ce que c’est mieux pour autant ? Pas forcément ! Mais, ce n’est pas un problème. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise solution en la matière. Perso, j’avais envie de vivre une aventure solo. Les autres souhaitaient travailler en compagnie de quelqu’un d’autre. Nos chemins se sont séparés de manière naturelle au bon moment. C’était une bonne décision, je pense. Je me sens moi-même dans ce nouveau projet. Mon disque et la tournée marchent bien. Que demander de plus ?

Pourtant ton single, « More Than Friends », n’est pas tellement éloigné du style proposé par STU. Le virage va s’opérer en douceur ?

Non pas vraiment ! Dans l’imaginaire collectif, j’étais juste le gars qui se concentre sur le micro et fait le mariole sur scène. Or, sans aucune prétention de ma part, j’étais la cheville ouvrière. J’écrivais les chansons. Ma plume est la même aujourd’hui, projet solo ou pas. Mes idéaux et mon combat sont identiques aussi. Tu sais, j’ai commencé la musique en 1993, au sein de Carving, un groupe punk. Une belle aventure qui a duré 17 années ! J’ai bien bourlingué quand même. Mon disque est un condensé de toutes ces années auquel j’ai ajouté les belles collaborations réalisées et tout ce que j’ai pu découvrir aux Etats-Unis. Il est donc normal d’y déceler des similitudes avec mon passé. C’est même mieux ainsi, finalement. De toute façon, à quoi bon dire le contraire ?

Le tandem électro/pop A-Vox (Anthéa et Virgile) a participé à l’enregistrement de ce morceau. Par quel hasard les as-tu rencontrés ?

J’ai également une casquette de producteur et de réalisateur. Et quand je les ai rencontrés, j’ai trouvé leur projet intéressant. Ils dégageaient vraiment quelque chose. Nous avons travaillé dessus ensemble, durant quelques mois. Nous nous sommes ensuite rapprochés ; à tel point qu’aujourd’hui, Anthéa partage ma vie. Elle est devenue mon épouse. Cette chanson raconte cette histoire étrange. Comment passer d’une relation purement artistique à une liaison plus personnelle et intime ? J’ai bien compris qu’un groupe implique souvent des concessions car il y règne une certaine démocratie et qu’il est difficile d’y imposer des règles.

Comme tu l’as souligné, par ailleurs, un projet solo permet de réaliser un travail nettement plus incisif et introspectif. Mais paradoxalement, la coopération de tes potes Mike et Olive, ex-Carving, ne traduit-elle pas le premier pas vers un travail plus collectif que personnel ?

Non, il ne faut pas voir ces événements sous cet angle. Il faut bien distinguer les différents paramètres. La réalisation, la production et l’écriture d’un disque impliquent un travail plutôt personnel, voire introspectif. Sur scène, je restitue ce résultat auprès de mes musiciens. A ce moment là, je ne suis plus seul. Nous sommes cinq en tout. Un vrai travail collectif. Plus qu’un groupe même, une famille ! C’est une notion qui est d’ailleurs très importante à mes yeux. Il me serait difficile d’agir autrement. Je connais le personnel qui m’entoure depuis des années. Que ce soit celui qui boucle les dates, les techniciens, les musicos, les gars de la maison de disque etc. Nos femmes et nos gamins respectifs se connaissent. J’ai vraiment besoin de cette filiation. Lorsque je produis ou réalise des albums, je ne change pas d’équipe, j’y suis très attaché.

Tu as passé toute ta vie artistique en groupe. Quel sentiment éprouves-tu quand tu vois ton propre nom sur la pochette d'un disque ?

Pour être franc avec toi, je m’en fous complètement. Je n’ai jamais été fan des noms sur les pochettes. C’est d’ailleurs sans doute le dernier sujet auquel je pense lorsqu’il s’agit de finaliser le disque. Est-ce que c’est la meilleure manière de considérer ce chapitre ? Je n’en sais rien… Tu n’es pas le premier à me poser cette question. C’est drôle de voir à quel point ce détail suscite autant d’interrogations. Ce qui m’intéresse, c’est la prise de position, le débat et l’échange à travers les compositions. Que le disque existe et les chansons prennent vie me suffisent amplement.

A propos de ce projet, tu as déclaré avoir ressenti l’envie d’écrire des choses. Mais, tu composais déjà les paroles chez STU. Comment abordes-tu ton processus d’écriture ?

La façon d’aborder les thématiques n’a pas vraiment changé. J’ai toujours écrit, que ce soit pour moi ou les autres. Le processus est assez identique à chaque fois. Ce qui fait la différence essentielle, c’est la culture ou le style du groupe pour lequel tu proposes ta plume. J’ai commencé à bosser sur mon projet en 2014 alors que je figurais toujours au sein de la formation. Lorsque la matière première s’est accumulée, j’en ai conclu que je disposais d’un stock suffisant pour le mettre en forme sur un support. Ces chansons étaient davantage incisives et personnelles. Elles n’auraient pas collé au répertoire de STU…

L’anglais est-il un obstacle à la francophonie ? La plupart de tes compos sont interprétées dans la langue de Shakespeare. Pourtant, le français permet de véhiculer des messages.

Du temps de STU, je voulais un jour m’adresser à la France toute entière. J’ai écrit « Etre heureux ». La seule chanson en français. J’ai réitéré cet exercice ici à travers « Vivre mieux ». Je ne pense pas que parler anglais soit vraiment un obstacle à la francophonie. Je crois que ce sont des conneries tout ça ! La langue, c’est un chemin, pas une destination ! Dans tous les cas, je ne suis pas venu défendre l’identité nationale de mon pays. Je suis fier de groupes comme Justice, Daft Punk, Phoenix ou encore un artiste comme David Guetta. Ils représentent bien la France à travers le monde. Je suis content que ces artistes décrochent des ‘Grammy Awards’ aux Etats-Unis. Sincèrement, je me tape qu’ils exercent leur art en anglais ou en français. Si c’était en chinois, ce serait pareil ! Je suis un fan inconditionnel de Brel, de Renaud et d’Arno. J’adore le texte et j’estime que les chansons sont bien plus belles lorsqu’elles véhiculent un message fort quelle que soit la langue utilisée. Je n’ai aucun souci avec ça ! Il s’agit plus de fainéantise que d’idéologie.

Au fond, l’artiste doit-il se servir de son statut pour véhiculer certains messages ?

Je ne pense pas que ce soit une obligation en soi, mais pourquoi pas ! Je respecte des gars comme Kendji ou Maître Gims qui baignent plutôt dans l’‘entertainment’. STU appartenait également à cette dynamique. Je ne dis pas que c’est mal, mais elle ne me correspond pas du tout. Encore une fois, j’aime susciter la prise de position à travers les compos. Quitte à avoir le projecteur, autant le mettre sur quelque chose et non sur quelqu’un !

Justement, tu as évoqué aussi le féminisme à outrance, par exemple. Au fond, l'artiste sait mieux que quiconque utiliser son micro pour combattre les inégalités sociétales ou mêmes politiques ?

Cette chanson a été un vecteur de débat. Les gens l’ont écoutée et entendue. C’est un exercice intéressant. Il permet l’échange et l’ouverture d’esprit. Et fait grandir…

A cet égard, les réseaux sociaux restent une bonne alternative…

Personnellement, j’utilise beaucoup les réseaux sociaux. En terme de communication et d’information, on ne fait pas mieux ! On en parle souvent à cause des dérives qu’ils peuvent engendrer. Mais, c’est simplement une question d’utilisation et d’apprentissage. Récemment, j’ai posté un article que j’estimais touchant. D’autres internautes l’ont lu et ont commenté. Chacun a apporté sa pierre à l’édifice. C’est la magie du partage !

Au final, tout ne reposerait que sur des codes linguistiques ?

Je pense que le véritable obstacle à l’humanité, c’est l’obscurantisme et l’ethnocentrisme. Tantôt, tu me parlais de la langue française. Ici, nous sommes à Aulnoye-Aymeries, pas très loin de Roubaix et de Lille. Y vivent des Arabes, des Africains, des blancs, des Chinois et des Turcs. Certains parlent correctement le français et d’autres pas. Vas chercher un kebab chez un turc qui ne parle pas ta langue. Tu l’auras ta bouffe, crois-moi ! Où est le problème ? On s’en fout franchement! Il ne faut pas rechercher là-dedans une identité nationale. C’est ensemble qu’on la créée !

Au fond, Wallons et Flamands, même combat ?

Les Wallons et les Flamands ne forment qu’un sur l’échelle nationale ! Pas de communautarisme stp ! Personnellement, je considère ces querelles politiques et linguistiques complètement ridicules ! Quelle perte de temps et d’énergie ! Lorsque je me rends dans ton pays, je vais en Belgique. Point final ! Jamais je ne me spécifierai voyager au Nord ou au Sud du pays. J’ai notamment vécu à Wezembeek-Oppem et à Bruxelles et pourtant j’ai des potes issus de Charleroi et de la Louvière. Tout se passe bien, tu sais… En outre, ton pays a été pendant longtemps précurseur dans pas mal de domaines. Et j’aime le rappeler. Alors, tu sais, la langue, une fois encore, c’est un débat qui n’a pas lieu d’exister !

 

Lethvm

Un travail d’écriture vraiment particulier…

Écrit par

Lethvm : une orthographe atypique, mais surtout une formation qui gravit petit à petit les échelons de la scène métallique belge. Auteur d’un Ep en 2016, le groupe de Doom a participé cet été au ‘Loud Program’ (un concours organisé en Fédération Wallonie-Bruxelles) et a été sélectionné parmi les quatre meilleurs lauréats. À quelques semaines de la sortie de son premier elpee studio (24 novembre), « This Fall Shall Cease », les musiciens reviennent sur les débuts de leur histoire et évoquent un futur plutôt prometteur. Rencontre.

Pourriez-vous tout d’abord indiquer ce qui se cache derrière le mot Lethvm ? Pourquoi avoir choisi ce terme comme patronyme ?

Tony (batterie) : Lethvm tire sa racine du grec ‘lethal’, un mot qui désigne donc un rapport à la mort. Mais une mort plus appréhendée sous la forme d’une érosion physique et mentale. On a ensuite ajouté un ‘h’ et remplacé le ‘u’ par un ‘v’ afin de se forger une identité propre. On ne voulait pas d’un mot qui soit simplement puisé dans le dictionnaire. On souhaitait s’en emparer.

Lethvm ne compte que deux années d’existence, mais vos compositions laissent néanmoins transparaître un certain passé musical. Quels sont vos parcours respectifs ?

Vincent (chant) : j’ai transité par Death By Nature (Mathcore) et Oldd Wvrms (Doom/Sludge), avant de quitter ces bands, pour finalement rejoindre Lethvm.
Ben (basse) : Matthieu (guitare), Tony et moi, nous nous connaissions déjà auparavant. On avait déjà joué tous les trois dans un groupe de rock. On s’est ensuite séparé, jusqu’au jour où Mathieu et Tony se sont revus au festival de Dour et ont décidé de monter un projet ensemble. Je les ai finalement rejoints au sein d’Illensys, avant qu’il ne soit décidé d’opter définitivement pour Lethvm.
Tony : … mais on n’a jamais conservé de titres composés pour l’ancien groupe. Quand on a envisagé, fin de l’année 2015, de lancer Lethvm, on est reparti d’une feuille blanche. Puis notre vocaliste, Vincent, est arrivé. C’est alors que tout a vraiment démarré ; et on a enregistré un premier Ep.
Vincent : on s’est vite rendu compte que si on voulait avancer et décrocher quelques shows, il fallait proposer du concret. Soit un Ep. Il sonne très sale, mais je l’aime beaucoup (rires) ! On a ensuite continué à écrire tout au long de l’année 2016, entre quelques concerts accordés en Belgique et en France.       

Jusque mai 2017, où vous avez commencé à bosser pour réaliser votre premier LP studio, « This Fall Shall Cease ».

Mathieu : un travail de longue haleine ! On a beaucoup composé. Certains titres ont même été carrément jetés à la poubelle.
Tony : un peu comme un gros bloc de marbre qui aurait été patiemment buriné. On a éliminé beaucoup d’idées et on a supprimé pas mal de riffs.     

Ces morceaux sont un véritable mélange de styles : on y retrouve la noirceur du Black Metal, la lenteur du Doom, le côté oppressant du Sludge. Comment définiriez-vous votre musique ? Et question plus basique, quelles sont vos influences ?

Ben : c’est une question à laquelle il est difficile de répondre, car nos racines musicales sont très différentes. Je suis par exemple davantage immergé dans le Thrash. On a donc dû chercher un équilibre qui corresponde à tous. Ce n’était pas simple, mais je pense qu’on est parvenu à créer une sorte d’alchimie susceptible de plaire à toute personne qui écoute du Metal. Ou du moins, qui accepte d’ouvrir ses horizons.
Tony : quand on a commencé à écrire les morceaux de cet album, on ne voulait pas qu’ils partent dans tous les sens. On a débarqué chacun avec nos idées et on en a conclu qu’il suffisait de composer pour voir ce qui allait en ressortir ! C’est devenu un pot-pourri de Metal  (rires) !
Mathieu : c’est en effet le résultat d’un foisonnement d’influences, mais le résultat est cohérent. C’est surtout Tony et Vincent qui ont ici planché pour qu’il soit vraiment homogène. Tu sais, même les fins et débuts de morceaux ont été soigneusement ciselés, afin que tout puisse se suivre de manière fluide.
Tony : Je pense que l’album n’aurait pas du tout la même gueule si les chansons avaient été classées dans un ordre différent ! Lors des sessions, on avait toujours en tête nos enchaînements. Nous voulions que notre disque ne suscite jamais l’ennui. C’est pourquoi nos compositions vont piocher à droite et à gauche dans notre passé musical.

Utilisez-vous Lethvm pour transmettre un message en particulier ?

Vincent : non, nos compos ne véhiculent pas de messages. Je veux en effet délibérément être éloigné des mots afin de communiquer uniquement un ressenti. Aller au-delà des termes. En anglais, le chant est complètement saturé ; donc soyons clairs : en live, tu discernes mal ce qui est raconté. Et même sur disque, il faut lire les paroles pour les comprendre. J’y accorde certes une importance personnelle, mais elles n’ont pas nécessairement la même signification pour quelqu’un d’autre. Ou si elles venaient à en avoir, ce sera d’office différent de ce que j’ai pu ressentir en les écrivant. Ma voix n’est qu’un vecteur d’émotions. Pour les lyrics, je travaille avec Tony et on a une façon un peu particulière d’opérer. J’écris tous mes textes en français. Ce qui représente des pages et des pages. Tony les traduit ensuite en anglais. Je les pose ensuite sur les chansons et n’en retire que certaines phrases. Ce qui crée, au final, de nouveaux textes. Aléatoire, cette manière de fonctionner me permet d’accéder à mon inconscient. Mais il existe ainsi des éléments dans l’album qui n’ont toujours pas de sens pour moi ; cette signification viendra peut-être plus tard, quand je pourrais disposer du recul nécessaire.

Ce premier opus studio sortira chez Deadlight Entertainment. Par quel hasard avez-vous décroché un tel deal ?

Mathieu : On avait été invité au Roadburn Festival par les mecs de Doom of Occult, des amis à nous. Après avoir assisté à leur show, on a croisé Alex, le responsable de Deadlight. On a parlé de tout et de rien. Au cours de notre discussion, je lui ai demandé de jeter un œil à notre clip. Et chaque fois qu’un membre de Cult of Occult s’approchait de nous, il lui répétait : ‘Mec, si tu dois signer un groupe, c’est bien eux’…
Tony : Un gros travail a été opéré en amont avant qu’Alex nous signe. Je dois dire qu’en sortant du studio d’enregistrement, on espérait très fort un dénouement favorable.
Mathieu : … en fait, l’élément déclencheur remonte au 26 novembre 2016, lorsqu’il est venu assister à un show au cours duquel on ouvrait pour Bathsheba. Je pense qu’il a vraiment apprécié notre prestation. À la fin du set, il nous a demandé notre Ep. Il m’a filé en échange deux ou trois autocollants de son label… j’y ai donc vu un signe. Et depuis le mois de janvier, c’est lui qui est venu régulièrement me parler, en me disant qu’il attendait qu’on lui propose quelque chose.
Tony : Mais on a aussi deux autres labels ! Ce nouvel album paraîtra en effet également en cassette, chez Denses Record, une boîte indonésienne. On avait déjà sorti notre précédent Ep sous la forme d’une cassette et on trouvait l’idée plutôt fun. « This Fall Shall Cease » sera ensuite gravé en vinyle chez Dunk!records. Le premier support sera sûrement la K7, suivi du CD à la fin du mois de novembre et finalement le vinyle pour janvier 2018. Pour le vinyle, on y ajoutera une touche visuelle supplémentaire ; mais ça, c’est encore secret !

Vous avez participé, cet été, au ‘Loud Program’, un concours qui s’adresse aux formations de Metal et musique extrême en Fédération Wallonie-Bruxelles, dont les lauréats bénéficient, ensuite, d’un dispositif d’accompagnement. Un nouveau tremplin pour Lethvm ?

Vincent : En effet, dès qu’on a reçu notre mix final, on l’a envoyé au ‘Loud Program’.
Tony : quand tu participes à un concours, il est normal qu’on puisse espérer être sélectionné. Mais quand on a compris qu’on l’était parmi plus de 80 candidats… wow !
Vincent : surtout quand tu sais que certains de ces groupes ont bien plus de vécu que nous. On a vraiment été étonné, mais dans le bon sens du terme !

Cette sélection vous a notamment permis de décrocher une résidence et un coaching. Savez-vous où et qui sera votre mentor ?

Vincent : notre première réunion s’est déroulée, il y a deux semaines. On y a rencontré le responsable de Thot, Grégoire Fray. Cette résidence s’étalera sur deux jours et précédera notre concert que nous accorderons en compagnie d’Au-Dessus (NDR : c’était le 6 novembre, à Arlon). On lui a demandé de se concentrer sur le son, en façade, ainsi que de prévoir une meilleure approche des lumières. Vu que notre musique est lente, on est généralement très soft en matière d’éclairage. En guise de préparation, il nous a conseillé de bosser sur les paroles des chansons, afin de savoir quel était le message véhiculé et comment on envisageait le faire vivre sur scène. On verra comment ça se passe…

Des dates de concert sont-elles prévues d’ici la fin de l’année ?

Ben : oui, presque dix !
Vincent : on va se produire en France, au Luxembourg, puis en Belgique ; à Liège, Bruxelles, Dour, etc.
Mathieu : et puis on fêtera évidemment la parution de l’album au Doom Wood Festival (le 25 novembre à Sambreville), dont je suis le co-organisateur. On voulait initialement le sortir en mai ou en juin, après l’avoir enregistré en janvier. Mais on s’est vite rendu compte que ce timing ne tenait pas la route et qu’il serait préférable de retarder sa sortie. Et il s’est ensuite avéré qu’en accord avec notre label Deadlight, le mois de novembre serait le meilleur moment. Alors autant le faire au Doom Wood… qui va être une belle fête entre amis !

J’imagine que vous avez aussi quelques projets pour l’année 2018 ?

Vincent : on voudrait réaliser un split. On est déjà occupé à plancher sur de nouvelles compositions. Le but serait de respecter un agenda semblable à celui de cette année : enregistrer en mai pour sortir quelque chose vers septembre ou octobre.

Qui pourrait être intéressé de participer à ce projet ? Une idée ?

Mathieu : oui et non… On voudrait le sortir en compagnie d’un groupe hébergé chez Dunk ! ou Deadlight. Mais il faut encore voir si l’un d’entre eux est intéressé. On a aussi établi des contacts au Canada. Ce qui pourrait dès lors peut-être déboucher sur une tournée européenne et canadienne.

À propos de tournée, qui choisiriez-vous partager l’affiche ?

Vincent : j’avoue que si on pouvait la partager en compagnie de Cult of Luna, Neurosis et Amenra, la tournée serait plutôt sympa ! (rires)
Mathieu : Cult of Occult, certainement, mais la tournée deviendrait trop vite ingérable… et puis on est déjà vraiment heureux que le Loud Program puisse nous procurer quelques dates. On pense notamment à celle du 9 décembre au Botanique, où on devrait rencontrer pas mal de monde. Et qui sait… peut-être qu’un booker professionnel nous remarquera ?
Vincent : on ne regarde pas seulement vers le haut. Abynth est une formation qui nous suit beaucoup et on essaye de l’emmener dès que l’occasion se présente.
Mathieu : ils ont dix ou quinze ans de moins que nous, mais assurent vraiment ! Ils pratiquent une musique inspirée des premiers Black Sabbath. Du bon vieux Doom à l’ancienne ! Et puis… au niveau picole, ils assurent aussi ! (rires)
Ben : rencontrer les musicos d’Absynth a vraiment été une chouette expérience humaine ! De notre côté, on essaye de les épauler comme on peut. Et puis du leur, ils nous assurent aussi un très bon soutien ! Ils avaient notamment organisé une soirée pour la sortie de leur Ep et nous avaient demandé de jouer après eux. Tous leurs fans sont restés pour nous écouter ! Ce qui nous a vraiment fait plaisir. Ils croient beaucoup en nous. Et nous, on les voit évoluer de concert en concert. On essaye de s’entraider. On est déjà tellement peu de groupes du style, en Wallonie, alors autant ne pas se tirer dans les pattes !

(Interview réalisée à Bruxelles, le 22 septembre 2017).

Agnostic Front

Un esprit de famille, mieux même : un mouvement…

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Célébrant modestement ses trente-cinq printemps, Agnostic Front est parti en tournée à travers toute l’Europe. La règle est simple : un concert tous les soirs, pendant un peu plus d’un mois, afin de fêter en famille cette date anniversaire. L’occasion ne pouvait être mieux choisie pour rencontrer Roger Miret, le vocaliste du groupe, un des pionniers du mouvement Punk Hardcore new-yorkais, du début des années ’80.

Deux heures avant le démarrage des festivités, les alentours du Reflektor sont encore calmes. Un homme lave les vitres de la façade de la salle de concert liégeoise. En y pénétrant, votre serviteur tombe nez à nez avec Mike Gallo, le guitariste du groupe d’Agnostic Front. Je lui signifie avoir fixé un rendez-vous à Roger. Il me demande de le suivre. On traverse la salle de concert. Sur la scène, Wendy’s Surrender, une de premières parties de la soirée, effectue son soundcheck. Dédalle d’escalier. ‘Rogeeeeer, Rogeeeer’, s’égosille le musicien. On finit par tomber sur le reste du band, en discussion dans une petite salle. Le vocaliste me fait signe qu’il arrive. L’entretien se déroulera dans la pièce voisine.

Vous vous produisiez hier au Hellfest festival, en France. Comment s’est passé le show ?

C’était très bien… fantastique même ! On commence un peu à être habitués au Hellfest, c’est la troisième ou quatrième fois que nous nous y produisons… Et cette fois-ci, le show a même été retransmis par une chaîne nationale française ! (NDR : en l’occurrence Arte Concert, qui les diffuse en direct sur Internet)

Revenons un peu en arrière… En 2015, vous avez publié « The American Dream Died », votre onzième elpee studio. Rien de neuf à l’horizon ?

Oui mais nous n’en sommes qu’au début. On a profité de cette tournée pour commencer à travailler sur quelques nouveaux morceaux … On espère sortir ensuite un nouvel album. Ce sera pour l’année prochaine. Mais bon, pour atteindre cet objectif, il va falloir qu’on se magne afin de compléter le répertoire. C’est encore tout frais et donc je ne peux encore t’en dire beaucoup plus… Mais les textes seront de la même veine que ceux écrits par le passé. Nous y aborderons certains problèmes sociaux et politiques et nous ne manquerons pas de s’attaquer à cette pression que nous met sans cesse le gouvernement des Etats-Unis. Enfin, quand je dis ‘nous’, je parle des citoyens américains au sens large du terme...

En effet, les lyrics de « The American Dream Died » sont toujours autant d’actualité, même deux ans plus tard…

C’est sûr… malheureusement… Regarde comment fonctionnent les States aujourd’hui ! Tout ce qui s’y passe, tu peux le retrouver de manière plus ou moins implicite dans les paroles des compos !

Sur une des plages de cet LP, tu avoues que le vieux New York te manque. Une raison ? Quelle est donc cette image que tu gardes de cette ancienne City ?

Il s’agit du New York que j’ai connu quand j’étais jeune et qui n’existe plus aujourd’hui. Elle a célébré mes jours de gloire. C’était une ville dangereuse et imprévisible. Un endroit spécial, atypique et unique, qui a permis la naissance du Hardcore Punk. En compagnie des artistes et musiciens qui y vivaient à ce moment là, on formait une sorte de collectivité prospère. Ce mode de vie entre nous, en communauté réduite et soudée, c’est vraiment quelque chose qui me manque. Aujourd’hui, plus personne ne se connaît ! Et ce n’est évidemment pas spécifique à New York ; c’est pareil dans tous les Etats. Plus personne ne se parle, plus personne ne prend soin de l’autre. Les gens se contentent d’y vivre leur vie, point/barre.

A la fin du mois d’août sortira ton livre, « My Riot ». Qu’est-ce qui t’a motivé à rédiger cet ouvrage ? Estimais-tu être arrivé à un moment de ta vie où il te semblait nécessaire de relater par écrit ce que tu as vécu ?

Si je me souviens bien, j’ai commencé à écrire ce bouquin en 1999. J’ai ensuite perdu tout ce que j’avais sauvegardé… à deux reprises ! Tout d’abord lors du désastre du World Trade Center, en 2001, puis un peu plus tard… tout simplement en perdant mon disque dur portable… J’ai ensuite finalement rencontré Jon (NDR : Wiederhorn, journaliste musical réputé dans le milieu), qui était très emballé par ce projet. Au départ, je voulais tout rédiger en personne. Mais il a fallu se rendre à l’évidence : je n’y serais jamais parvenu, faute de temps. Entre mes enfants, mes groupes et ma vie de musicien, il était vraiment impossible de tout concilier ! (Roger marque un temps de pause). En prenant un peu de recul, je pense qu’il devrait toucher toute personne qui s’intéresse à nous. Il ne se consacrera pas uniquement à Roger Miret et à la relation le reliant à Agnostic Front, mais aussi à l’immigré cubain qui a débarqué aux Etats-Unis. Il aborde tous les combats que j’ai dû mener avant de pouvoir lancer cette formation, mais aussi ceux que j’ai éprouvés en prison. Au final, toutes ces expériences m’ont bonifiées et permis d’apprendre de mes erreurs. Tu peux en commettre, c’est sûr. Mais tu dois toujours en tirer un enseignement. Cet ouvrage débute par un des pires moments de ma vie pour finalement en arriver au meilleur. Si on veut faire court, on y retrouve en fait quatre histoires : celle de l’immigré cubain débarquant en Amérique, celle d’Agnostic Front, la perte de temps relative à mon incarcération et, finalement, la sortie des enfers et le retour à ce que je vis aujourd’hui, les moments les plus formidables de mon existence !

En parcourant ta discographie, j’ai été intrigué par le livret accompagnant l’elpee « Riot, Riot, Upstart ». On y apprend ainsi que le Hardcore Punk serait un mouvement et non deux styles de musique distincts. Peux-tu nous éclaire à ce sujet ?

Pour nous, il a en effet toujours été très clair qu’Agnostic Front s’inscrit dans un mouvement qui dépasse simplement la notion de musique. Quand Vinnie (NDR : Stigma, guitariste fondateur de la formation) a choisi le terme de ‘Front’, c’était dans l’esprit d’un mouvement, au-delà de la notion de groupe, de celle de la musique. C’est devenu pour nous une histoire de cœur qui a donné un sens à notre vie.

Ce qui explique peut-être pourquoi le groupe existe aujourd’hui depuis près de quarante ans. Te souviens-tu de ce moment où Adam Mucci et Ray Beez t’ont demandé de rallier le combo, alors que tu sortais juste de chez le barbier ?

Bien sûr que je m’en souviens ! Je m’apprêtais justement  à assister à un concert dans le coin. Je me rappelle précisément du moment où ils m’ont approché pour me proposer de chanter avec eux. J’ai tout d’abord été sous le coup de l’émotion. Je ne comprenais pas très bien pourquoi ils me demandaient de les rejoindre, alors que la dernière fois que je les avais vus, Jimmy The Russian était encore leur vocaliste. Et puis… je n’étais pas du tout chanteur ! Je me consacrais alors à la basse. Mais bon, ma copine à l’époque m’a convaincu d’accepter… Et puis voila, c’est devenu ce que c’est aujourd’hui !

Dans le livre « New-York Hardcore 1980-1990 », Vinnie Stigma déclare : j’ai imaginé le groupe et son concept, Roger en fait un business. Votre mode de fonctionnement est-il toujours pareil ?

Oui, c’est plus ou moins toujours le cas, en effet ! Vinnie est un artiste. C’est un peu la mascotte du groupe. Notre entente est parfaite. Rien ne peut la perturber. Tu sais… il a davantage de liens avec ma famille que quiconque. Vinnie n’a pas de frères, de sœurs, ni même de parents…. Sa véritable famille, ce sont ma mère et mes frères. Il en fait partie intégrante. Après avoir incorporé Agnostic Front, je me souviens avoir rencontré Vinnie et m’être rendu compte qu’un beau challenge se présentait devant moi. Il fallait alors mettre un dispositif en place pour qu’il fonctionne. Et puis, on a assez rapidement réalisé notre premier Ep, « United Blood, puis notre premier album, « Victim in Pain ». J’ai alors senti que les événements devenaient favorables et qu’on pouvait franchement se lancer…

En près de quatre décennie, j’imagine que tu as pu observer une évolution au sein de la scène Hardcore, que ce soit chez les groupes, au sein du public ou encore de la relation entre les gens et la musique. Certains affirment que c’était mieux avant. Tu partages ce point de vue ?

Je n’affirmerai pas que c’était mieux ou moins bien, mais plutôt différent. Enfin, quoique… (il réfléchit)… je pense que c’était quand même mieux avant (il rigole) ! Toutes les formations produisaient un son distinct et on pouvait aisément les reconnaître. Et puis le mouvement a fini par évoluer, grandir et charrier son lot de nouveaux bands, parmi lesquels quelques-uns sont néanmoins devenus aujourd’hui très bons ! Attention, loin de nous l’idée de ne pas se pencher sur la nouvelle scène et de ne pas être attentifs à l’évolution du son, même dans nos propres morceaux ! Agnostic Front a d’ailleurs toujours pris d’autres groupes sous son aile pendant les tournées ; et puis on a toujours été ouvert à d’autres sons… Si tu veux que cet esprit propre au Hardcore puisse se perpétuer, tu dois t’ouvrir à l’innovation et au changement. C’est inévitable. Tu te rends alors compte avoir eu la chance de connaître l’âge d’or, mais qu’il est à présent révolu. J’adore me rappeler le bon vieux temps ; ce qui ne m’empêche pas de continuer et de prendre encore mon pied maintenant !

Quand on a accompli une telle carrière, n’a-t-on pas, parfois, envie d’y mettre un terme. Où puises-tu cette énergie afin de toujours aller de l’avant ?

C’est une question difficile… Il est sûr que je commence à prendre de l’âge, mais… je ne bénéficie d’aucune retraite ! Je n’ai pas toujours fait ce que je fais aujourd’hui et je ne le fais pas tous les jours non plus. Quand je ne suis pas en tournée, je bosse aussi comme électricien ou dans la construction. Et je dois veiller à l’entretien de ma famille… donc voilà ! On est toujours resté un groupe underground, c’est ainsi. Mais parfois, quand quelqu’un vient me dire : votre musique m’a tellement apporté et vous m’avez sauvé la vie, je prends alors conscience d’avoir atteint notre objectif : celui d’apporter quelque chose aux gens et de les aider. On adore ce qu’on fait, on adore ce contact avec les êtres humains, c’est notre raison d’être.

Dans le Punk Hardcore, il existe un paramètre qu’on ne peut pas retrouver aussi fort que dans ce style de musique : le sentiment de fraternité. D’où provient-il ?

Je pense que le Hardcore puise profondément ses racines dans les liens qu’on peut entretenir avec sa famille. C’est très important pour nous. On était très peu nombreux au début, juste une toute petite communauté. On était quoi… peut-être 30 personnes à vivre toujours ensemble. Et ce noyau est devenu très fort, très soudé. Mais il a toujours été possible de nous rejoindre. On n’était pas refermés sur nous-mêmes. On est donc devenus une sorte de famille très solide. Et on considère sincèrement toutes les personnes qui nous suivent comme une famille, pas comme des fans. C’est une nuance très importante. On va toujours vers eux. Avant ou après le show, tu peux toujours nous voir traîner dans les environs. C’est simple : on traite les gens comme on aimerait qu’ils nous traitent. ‘For the family, for my friends…’, ce n’est pas pour rien ! Tout au long de ces 35 ans de carrière, on a toujours été liés par un sentiment de fraternité. C’est sûr que tout le monde ne deviendra pas des potes, mais c’est du moins l’esprit qu’on essaye d’insuffler…

(Interview réalisée à Liège, le 18 juin 2017)

Fischer-Z

La satire politique d’un comédien dans l’âme…

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Fischer-Z s’est produit dans le cadre de l’édition 2017 du W-Festival (voir review ici). A l’issue du set, John Watts a accordé une interview à Musiczine. Si musicalement les médias ont trop souvent assimilé la musique de Fischer-Z à la new wave, c’est sans doute parce que le groupe a sévi à cette époque, alors que finalement, baignant dans une forme de reggae blanc, elle était plus proche de celle de The Police, Talking Heads ou de Split Enz. D’ailleurs, au fil du temps, elle est devenue intemporelle. Donc pas à la mode. Ce qui explique sans doute pourquoi, le band n’a jamais trop récolté de succès en Grande-Bretagne…

John admet : « Au début de l’aventure Fischer-Z, on a accordé 380 concerts, dont deux en Grande-Bretagne. On a dès perdu le contact avec les Britanniques et on s’est focalisé sur l’Europe. Par contre, cette année, on y a donné quelques shows. Six en tout. C’est plus que sur mes 40 premières années de carrière… »

Une carrière au cours de laquelle, outre Fischer-Z, Watts a monté d’autres formations et tenté une carrière en solitaire. De quoi brouiller les pistes. Il confirme : « Absolument ! (rires). Quand je me produis en ‘live’, je dispose d’un répertoire forgé au cours de toutes les époques que j’ai traversées. Tu sais, il doit compter plus de 240 titres. Donc c’est un bon vivier au sein duquel je peux puiser… »

Un jour, John a déclaré qu’il écrivait des textes difficiles sur des sujets sérieux, mais en les abordant à la manière d’un clown. Est-ce l’attitude d’un comédien dans l’âme ? Il avoue : « Je le pense. Tu sais, je crois que la plupart des sujets politiques douloureux peuvent être traités avec humour. Et quelque part, un discours politique est bien plus efficace quand il est véhiculé par des chansons, plongées au cœur d’un spectacle… » Ses lyrics traitent d’ailleurs souvent de politique. Le dernier album, ‘Building bridges’ (voir chronique ), paru cette année, est un nouvel exemple. Il traite de tas de sujets qui s’y rapportent, comme les conflits dans le monde, la globalisation, les scandales bancaires, l’escalade de la violence, les médias qui font la course au buzz, l’écologie, le terrorisme et on en passe. Mais où va-t-il chercher son inspiration pour demeurer un observateur avisé de la nature humaine. En regardant la TV ? En lisant les journaux ? Des bouquins ? Des magazines ? Ou via Internet ? Il clarifie: « Tout ce qui se déroule dans le monde m’intéresse. Pas les fictions. Mes sources principales sont puisées dans les journaux. Mais également le cinéma. J’ai trouvé mon chemin : faire la satire du monde politique. C’est la meilleure façon de faire de la politique. Internet n’est pas vraiment ma source d’inspiration… »

Pour rester dans le même domaine, au fil du temps, les politiciens perdent de plus en plus la confiance de leur électeurs, parce qu’ils prennent des décisions impopulaires. Et pourtant, dès que de nouvelles élections sont organisées, ils sont de nouveau élus. Comment comprendre ces choix ? Et comment changer cette situation ? La démocratie contemporaine, est-elle arrivée au bout du rouleau ? Il réagit : « Internet et la pub vont au-delà de la réalité. Le discours prononcé n’est plus réaliste, mais virtuel. Ce qui explique les volte-face des responsables politiques. Dès qu’ils sont élus, ils doivent affronter les faits et la réalité. Prends l’exemple de Trump aux Etats-Unis. Il ne pourra pas faire tout ce qu’il a promis. Il est limité par les structures gouvernementales. Heureusement d’ailleurs. En France, Macron veut tout changer, mais il lui faudra des années avant d’y parvenir. Puis, il y a ce stupide vote en faveur du Brexit, en Grande-Bretagne. On ne peut pas diviser l’Europe. Beaucoup de compatriotes ont choisi le Brexit en pure ignorance. Certains ont même voté blanc. Finalement ce choix va emmerder encore plus de monde. Les politiciens ne comprennent pas vraiment ce qu’est la véritable démocratie. Ce référendum n’aurait jamais dû être organisé. C’était une décision ridicule. Le Brexit ne va jamais se réaliser de la manière espérée par la population. En outre, il est impossible que cette sortie se réalise rapidement. L’intérêt du Brexit n’est pas celui de l’Europe. Et certainement pas celui des individus. Des entreprises. C’est dans l’intérêt de personne. Ce processus sera lent. Un peu comme toutes les décisions prises dans le domaine de la politique. Je ne pense pas qu’il y aura une version hardcore du Brexit, mais plutôt diluée… »

Fischer-Z est retourné sur un label major ; en l’occurrence BMG. Cette situation ne va-t-elle pas devenir, à terme, contraignante et freiner la créativité ? Il répond : « En fait, il s’agit d’une boîte dont le manager n’est autre que mon fils. C’est également lui qui contrôle les budgets. BMG fait la promotion et moi je suis totalement libre au niveau artistique… »

A l’exception de drums, John a assuré toute l’instrumentation, lors des sessions d’enregistrement de son dernier elpee. Se muerait-il en homme-orchestre ? Il répond : « En fait, j’ai demandé à un musicien de mon entourage de jouer certaines partitions et à partir de là, j’ai réalisé une sorte de sampling à la manière des artistes de hip hop. Le nouvel album sera différent… » Mais en remettant au centre du jeu de quilles, la guitare, n’était-ce pas une réaction face à la musique électronique. La réponse fuse : « Pas du tout ! J’aime la musique électronique. Enfin toutes les formes de musique. Electrique, bien sûr, également. En fait, je m’intéresse davantage à la musique contemporaine que celle du passé… »

Sur le titre maître de l’opus ‘Building bridges’, le riff de guitare semble emprunté au ‘You really got me’ des Kinks. Etait-ce intentionnel ? « Parfaitement ! Et ce titre sera remixé prochainement, sous une forme différente ; ainsi le riff ne sera plus le même… »

Après 4 décennies de carrière, John se sent-il toujours à l’épreuve quand il monte sur les planches ? « Vous savez, j’aime bien quand les événements tournent mal. C’est plus amusant. Je suis un comédien. J’aime le show et dialoguer avec la foule. C’est excitant quand il y a des imprévus… » Est-ce la raison pour laquelle il a un jour déclaré qu’il ne rejouait jamais deux fois le même show ? « Effectivement. Ma set list est toujours partagée entre nouvelles et anciennes chansons. Et pas forcément les mêmes… »

Avant de se lancer dans la musique, John a bossé comme psychologue/clinicien. Il a même suivi 5 années d’études universitaires pour obtenir ce diplôme. Son bouquin devrait bientôt sortir. Une autobiographie ? Il rectifie : « Sa sortie est reportée à l’an prochain. C’est davantage qu’une autobiographie, mais plutôt un recueil d’histoires biographiques. Il relate des pans de ma vie. J’écris ma propre histoire. Ensuite j’invite ceux dont je parle à réagir sur mes propos… C’est comme un blog analogique. Mais écrit, pas digital… » Il va également rééditer son œuvre. Probablement un boxset. Mais recèlera-t-il des inédits ? Il précise : Des remixes, c’est sûr. Mais pour l’instant, je suis trop préoccupé par les compos de mon futur album. Donc, une chose à la fois… » Ce sera quand le treizième de Fisher-Z…

Fischer-Z se produira en la salle De Roma à Borgerhout, ce 14 novembre 2017

Merci à Vincent Devos.

 

Channel Zero

Les portes de l’humanité… vont bientôt se refermer…

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« Exit Humanity », le huitième opus studio de Channel Zero paraîtra ce 27 octobre prochain. Bien que s’inscrivant dans la lignée des deux précédents, le nouvel elpee s’annonce plus sombre, moins violent, même s’il recèle quelques pépites musicales qui tiennent parfaitement la route. Mikey Doling, le guitariste de la formation belgo-américaine, évoque, pour Musiczine, la récente actualité du groupe et, bien évidemment, la genèse de ce nouvel effort. Fidèle à lui-même, il n’a manifestement pas sa langue en poche…

Avant de se pencher sur votre nouveau long playing, revenons tout d’abord sur ce concert que vous avez accordé, le 24 juin dernier, en ouverture des Guns ‘N Roses, au Werchter Classic. Comment s’est déroulé ce show ? N’était-il pas trop intimidant de précéder les Guns ?

(rires) Non, pas tellement ! Enfin… si ! C’était intimidant, mais pas pour ces raisons-là ! Il y a, en effet, un an et demi qu’on ne s’était plus produits ensemble… Et crois-moi, débouler sur scène, devant 60 000 personnes, sans être vraiment préparés, c’était vraiment périlleux !

En 2015, vous vous engagiez dans un périple ‘unplugged’, aux quatre coins de la Belgique. Deux ans plus tard, quel regard portes-tu sur cette aventure un peu particulière ? Cette transition et ce calme temporaire étaient-il obligatoires voire nécessaires, afin de permettre au band de mieux débouler par la suite ?

Non, du tout ! On a juste accompli cette tournée pour se faire plaisir, c’est tout. Ce n’était en tout cas pas une étape obligatoire pour le groupe, mais juste une formule qu’on voulait tester. On avait simplement envie d’adapter quelques morceaux de Channel Zero sous un format acoustique, évaluer le résultat et le proposer à notre public. Et puis comme toujours : passer du bon temps ensemble.

Cet épisode a-t-il influencé la manière dont vous avez écrit votre nouveau long playing ?

Non, pas vraiment. On a accompli cette tournée acoustique ; c’était sympa et elle appartient dorénavant au passé. Pour ce nouvel album, on est vraiment passé à autre chose. On sentait bien que le moment était opportun pour écrire de nouvelles compos vraiment lourdes et pêchues. Cet intermède acoustique n’a donc pas vraiment eu d’influence sur « Exit Humanity », car je voulais tout particulièrement que ce disque soit dans la même lignée que « Kill All Kings » et « Feed Em With a Brick ». Mais… en même temps, qu’il reflète une évolution, et soit davantage mature et plus abouti.

… ce nouvel LP est en effet de la même veine, mais néanmoins me semble moins agressif et plus sombre. C’était le but que recherché ?

Tout à fait ! Je souhaitais donc quelque chose de lourd, non pas spécialement des morceaux plus rapides ou agressifs, mais plus profonds. Je voulais également que Franky puisse y chanter de manière un peu plus variée et davantage explorer de nouvelles mélodies, en plus graves ou plus aiguës. Quand on a commencé à composer, je lui ai dit : ‘Vas-y, lance-toi, fais-toi plaisir !’ On a abordé les parties vocales de manière différente ; et je pense que le résultat est plutôt réussi…

Que signifie le titre « Exit Humanity ? » Sur l’artwork de votre premier single, « Blood Letters », on y voit un macchabée dans une morgue, une étiquette accrochée au pied, sur laquelle on peut y lire ‘Cause of Death : Religion’. Peut-on dont en déduire que selon vous, la religion serait la source de l’extinction de l’humanité ?

Je suis en tout cas convaincu que, dans le monde actuel, les gens perdent de plus en plus leur sens de l’empathie ainsi que leur amour au sens large du terme de l’humanité. Plus le temps passe, plus on oublie ce qu’être pacifique implique. Tu sais, cette disposition à accepter tout le monde tel qu’il est, et peu importe les origines, les cultures ou les religions… L’être humain est de plus en plus dépouillé de son humanité et tout le monde semble plus ou moins s’en foutre ! Pas étonnant que la société dans laquelle on vit aujourd’hui devient si sombre et si violente… Et selon nous, la religion y joue un rôle important et néfaste. C’est ce qu’on aborde notamment dans le morceau « Blood Letters », au cours duquel on se penche sur ces écrits religieux, qu’ils soient issus de la Bible, de la Torah ou du Coran, qui ont fini, d’une façon ou d’une autre, par engendrer des effusions de sang…

… j’imagine que tu as donc été influencé par l’actualité lors de l’écriture de cet opus ?

Tout à fait ! Et notre président, Donal Trump, y est évidemment pour quelque chose. Ce mec, c’est une vraie merde. Pour tout te dire, je ne le considère même pas comme un être humain. Je ne parviens toujours pas à comprendre comment il a pu devenir le leader des Américains. Ca m’échappe complètement. Tout le monde le savait, le monde entier le savait ! Et aujourd’hui, comme Américain, je suis gêné d’avoir un tel Président. Mais bon, on pourrait encore en parler pendant des heures tellement j’ai horreur de ce gars…

Sur le fourreau en carton qui habille le disque ou sur la pochette, on peut y remarquer la présence d’une petite fenêtre blanche. Un autre message ?

Il faut la voir comme une porte de sortie. C’est par cette ouverture que s’échappe l’humanité. La pochette symbolise ce que nous devenons une fois que nous avons franchi cette porte : nous nous écrasons les uns sur les autres, entouré de murs et de buildings à n’en plus finir… c’est triste, mais c’est vraiment le reflet du monde contemporain…

 

 

L’artwork de ce nouvel elpee est vraiment sombre. En prenant un peu de recul, on se rend compte qu’on est assez loin de celui de « Feed Em With A Brick ». La disparition tragique et inattendue de votre batteur, Phil Baheux, en 2013, est-elle liée ?

Non, il n’y a pas de lien. Phil nous manque terriblement, c’était un frère. Je pense à lui tous les jours. Mais ce nouvel album n’a aucune corrélation, de près ou de loin, avec sa mort. Sauf peut-être en ce qui concerne ces quelques riffs très lourds qu’on retrouve à certains moments. Il adorait ce genre de riffs.

As-tu déjà établi la set list pour cette tournée de fin d’année ?

Elle n’a pas encore été définie… mais par contre, je peux confirmer qu’elle recèlera certainement la moitié de ce nouvel album ainsi que quelques morceaux de « Kill All Kings ». Et, évidemment, les grands classiques de Channel Zero !

Sur ce nouvel LP, on peut y entendre la voix de Sen Dog, un des membres de Cypress Hill, sur « Said and Done ». Une explication ?

En fait, au départ, j’ai écrit ce morceau pour le jouer en compagnie de Max Cavalera (Soulfy, Cavalera Conspiracy, ex-Sepultura). Quand tu l’écoutes, tu peux clairement entendre qu’il sonne comme du Soulfly (NDR : Mikey Doling figurait à l’époque au sein du line up original de Soulfly). Mais bon, comme d’habitude, Max est toujours très occupé et il n’a pu se rendre disponible. C’est un de mes bons amis, il n’y a donc pas de différent personnel. Simplement, une fois de plus, son agenda débordait. Et donc un jour, alors que je discutais avec mon ami Sen Dog sur Facebook, en lui précisant que j’étais occupé d’enregistrer un nouvel album, il m’a lâché: ‘fais-moi intervenir dessus !’ Et c’est alors que j’ai évidemment pensé à lui pour remplacer Max sur « Said and Done ». On s’est donc donné rendez-vous à Los Angeles. On est entré en studio. On a fumé une centaine de joints et on a enregistré la compo !

Huit dates sont actuellement annoncées pour la tournée prévue en fin d’année. Evil Invaders et King Hiss vous accompagnent. C’était votre choix de les associer à ce périple ?

Oui, je suis un grand fan de ces deux bands ! Ce sont des jeunes et des putains de bons metalleux. On a pensé que les emmener avec nous pour cette tournée serait vraiment un chouette package à offrir à nos fans. Les gars de King Hiss figurent parmi nos très bons potes. Ils font pas mal de bruit, en Belgique, pour l’instant… bon… mais au final on sera quand même les meilleurs sur l’affiche… cependant, on veut aussi leur donner leur chance (rires)…

Avez-vous l’intention de sortir du Royaume pour entamer une tournée internationale ? L’an prochain, par exemple.

On verra bien… quelques options nous ont été offertes, dont quelques festivals comme le Wacken Open Air en Allemagne ou le Hellfest en France. Mais on n’en sait pas plus.

Mikey, tu es également le fondateur de Snot, un groupe de Neo-Metal qui a marqué cette scène au milieu des années ’90. Il est beaucoup plus discret depuis décembre ’98, soit depuis la disparition de Lynn Strait, le vocaliste. Il n’empêche qu’il s’est quand même encore produit, ensuite, aux quatre coins du monde. Que devient le band, aujourd’hui ?

En effet, notre dernière tournée en date remonte à 2014, au cours de laquelle on a traversé pas mal de pays européens. On a rencontré un succès incroyable. Plusieurs dates étaient même sold out. On ne s’attendait pas du tout à un tel engouement ! Sans quoi on se rend au Japon, en novembre, pour y accorder quelques shows. Et on envisage également d’accomplir une tournée européenne, au tout début du printemps de l’année prochaine !

… et peut-on peut-être espérer un nouvel album ?

Non, je ne pense pas… tu sais nos morceaux étaient fortement liés à Lynn Strait. Depuis son décès, on a certes dispensé des concerts, mais on n’a pas du tout l’intention d’enregistrer un nouvel album. Snot, c’était avec lui, point. Si on recommence à jouer en ‘live’, c’est uniquement pour maintenir en vie l’esprit de Snot. Mais on n’envisage pas de composer de nouveaux morceaux. Malgré le décès de Lynn, les fans avaient encore envie de nous écouter en ‘live’. Alors on a décidé de poursuivre l’aventure suivant cette formule. Et pour info, lors de la tournée prochaine, vu que Jamie Miller est parti rejoindre Bad Religion, c’est Seven (NDR : batteur de Channel Zero) qui se chargera des drums…  

(Interview réalisée le vendredi 8 juin, à Bruxelles).

Do or Die

Do or Die is back, et plus hardcore que jamais…

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Mercredi 28 septembre 2016 : gros coup de larsen dans le monde musical : Do or Die, fer de lance du Hardcore en Belgique, annonce non seulement une séparation nette entre son chanteur et ses musiciens, mais déclare également vouloir retourner aux sonorités de ses débuts. Chris Michez, leader du groupe, revient aujourd’hui sur ces jours sombres de la formation et dévoile, après un an de stand-by, les perspectives pour le band. Do or Die a peut-être mis un genou à terre, mais sous un nouveau line up et grâce à de nouvelles compositions, il se relève aujourd’hui plus fort que jamais. Entretien en toute franchise et à cœur ouvert…

Peux-tu revenir sur ce qui a déclenché l’implosion de Do or Die ? Que s’est-il donc passé ?

Chris Michez : Tout a commencé en juillet 2016, après notre dernier concert accordé au Festival de Dour. La prestation avait été mauvaise. Je n’avais pas du tout pris mon pied sur scène, surtout en interprétant les morceaux du nouvel album. Je ne m’y retrouvais plus. Ce n’était plus Do or Die. Nous n’étions plus que l’ombre de nous-mêmes. Beaucoup de monde est également venu me voir après le show pour m’en parler. Mon moral en a pris un coup. Une fois de trop. J’en ai donc discuté avec mon guitariste, Greg (NDR : Chiarenza, le plus ancien des membres de Do or Die). Je lui ai signifié qu’il était temps qu’il y ait du changement. Et exposé mon envie de rejouer nos deux premiers albums, « Heart Full of Pain » et « The Meaning of Honour », mais également de composer de nouveaux morceaux dans cette veine. Revenir à des sons beaucoup plus Hardcore et laisser tomber ce côté Metal, voire Death Metal, qui ne nous correspondait plus du tout. Mais Greg n’a pas été de cet avis et m’a rétorqué : ‘Si tu veux faire du Hardcore, trouve-toi d’autres musiciens’. Je l’ai pris au pied de la lettre. Et puis, il n’y avait plus guère de feeling, au chant, entre Stéphane (NDR : Frocheur) et moi. Je lui ai signalé, et il l’a vraiment mal pris.

Revenir aux fondements de ce qu’était Do or Die, c’était une idée que tu avais en tête depuis longtemps ?

Pas vraiment, mais en prenant du recul, je me rends compte que la situation a commencé à se dégrader depuis le moment où Angelo (NDR : De Notaris, le second vocaliste) et Étienne (Carton, le bassiste) ont quitté la formation, respectivement en 2008 et 2010. La musique est devenue de moins en moins Hardcore et le fossé n’a cessé de se creuser. Au début, ce n’était pas trop mal, on était tous emballé. Mais plus le temps a passé, plus on a perdu notre âme. Tu sais, j’ai vraiment cru que les musiciens allaient me suivre quand je leur ai avoué que je désirais revenir à une formule plus roots. Ils n’en ont pas voulu et ils sont partis. Vu que c’est mon bébé, j’ai gardé le nom Do or Die. Mais je sais bien que sans musiciens, je ne suis rien. J’ai donc commencé à en chercher d’autres, et j’ai rappelé Angelo pour partager les vocaux ensemble. Au départ, il était intéressé de revenir. Mais il a finalement décliné, car il drive déjà son propre groupe (NDR : Stand for Truth) ; et puis il voulait aussi se ménager du temps auprès de sa famille. Il n’était, en outre, pas sûr de pouvoir s’investir à 100 % et a préféré s’abstenir. J’ai depuis lors décidé d’assurer seul le chant. Je ne me vois aujourd’hui plus remonter sur les planches en compagnie de quelqu’un d’autre que moi derrière le micro.

…une première dans l’histoire de Do or Die ?

Pas tout à fait ! Au sein du premier line-up, en 99, j’étais également l’unique chanteur. Puis Alain (NDR : Verstappen) a débarqué. Un rôle que j’ai ensuite, à nouveau, assumé en solitaire, pendant quelque temps, soit au cours de la période de transition sise entre le départ d’Alain et l’arrivée d’Angelo. Mais quoi qu’il arrive, la situation ne changera plus.

Tu es donc aujourd’hui entouré d’un tout nouveau line up. Qui sont-ils et comment les as-tu rencontrés ?

Do or Die ne compte plus qu’un guitariste : Eric Klinger, un ex-Pro-Pain qui a également milité chez Spudmonsters et Bloodclot. Il est américain et a élu domicile, à Mons, depuis quelque temps. On discutait déjà pas mal ensemble alors que le précédent line up de Do or Die existait encore. On souhaitait monter un projet parallèle. Puis les événements se sont bousculés et je lui ai dès lors proposé de rejoindre le groupe. Eric y jouera un rôle important. Il reprendra quelques passages au chant des anciens et nouveaux morceaux. Il y en a même un où il chante tous les couplets et je n’assurerai que les refrains. J’ai également demandé à Tom (NDR : Clément) de nous rejoindre à la basse. C’est un gars terrible. Il est aussi le bassiste de Silence is the Enemy et Sourblast. Je l’ai rencontré lors du Loud Program (NDR : un concours visant à promouvoir la scène Metal en Fédération Wallonie-Bruxelles). Silence is the Enemy figurait parmi les vainqueurs de l’édition 2015 et avait gagné notamment un séjour en résidence, où j’avais pu le coacher. Quant au batteur, on avait d’abord commencé les répétitions en compagnie de Serch (NDR : Carrière, le batteur anversois de Bear). Mais il s’est vite avéré qu’il ne pouvait pas nous accompagner pour notre prochaine tournée en Amérique latine à cause de son boulot (NDR : on y revient plus tard au cours de cette interview…) On a donc engagé un batteur de session, Leo. Après seulement deux répètes, on s’est rendu compte que ça collait super bien, autant humainement que musicalement, entre nous tous. En fait, comme Serch était domicilié assez loin de notre coin, la situation n’était pas spécialement simple. On a préféré dès lors lui avouer qu’on avait décidé de garder Leo. J’espère qu’il n’est pas trop déçu ou fâché contre nous. C’était vraiment juste une question de facilités.

Il s’est quasi écoulé une année entre le moment où tu t’es retrouvé seul dans la formation et aujourd’hui. Que s’est-il passé durant cette période ?

Il m’a fallu du temps pour mûrir ce projet. Eric, notre nouveau guitariste, et moi en avons beaucoup discuté. J’en ai aussi profité pour être davantage présent auprès de mes proches. Tu sais… j’ai failli tout laisser tomber. C’est un ami de longue date qui m’a convaincu, alors qu’on mangeait un bout ensemble à Liège, que je ne pouvais pas arrêter. J’étais vraiment mal en point, mais il m’a reboosté. Il m’a presque mis une claque. Il s’agit de Marc Roelens, mieux connu sous le surnom de ‘Cochise’. Il bossait à Radio21 et co-animait  la rubrique ‘Jump Jump Jump’ consacrée au Hardcore, de 1996 à 2003. Je lui dois beaucoup… c’est une personne qui s’est toujours montrée franche et correcte à mon égard. Plus qu’un ami, il est devenu un vieux frère. Je me suis aussi rendu compte, l’année dernière, que pour ma famille, ce n’était vraiment pas toujours l’idéal que je sois constamment sur les routes. J’ai donc finalement décidé de continuer la musique, mais sous un autre angle, sans stress ni angoisse.

Comment fonctionnez-vous sous ce nouveau line-up ? Peux-tu en dire un peu plus sur les récents morceaux ?

On prend du plaisir à travailler ensemble. Eric compose essentiellement les riffs et puis on imagine comment y intégrer les autres instruments. C’est identique pour les lyrics ; on en débat beaucoup à quatre. On a notamment été beaucoup marqué par la vague d’attentats qui touche le monde actuellement. Une de nos nouvelles chansons, « L’Enfer des Martyrs », aborde ceux qui ont touché Paris. Ces lâches qui se sont fait exploser au milieu de la foule, c’est un acte qui nous dégoûte. Et on le relate dans le texte. A ce jour, on a déjà enregistré deux morceaux ; ils sont disponibles dès à présent sur Internet. Au mois de septembre, on partira en Amérique du Sud pour une mini-tournée, qui passera, par le Chili et le Brésil. Un fan nous a effet récemment contactés, il y a peu, en nous précisant qu’il bookait régulièrement des groupes de Hardcore et qu’il aimerait bien nous programmer chez lui. Ce sera notre première là-bas, rien de tel au final que pour faire redémarrer Do or Die ! On se produira ensuite le 11 novembre au Belvédère, à Namur. Ce sera normalement le premier concert en Belgique. 

D’autres dates sont-elles prochainement prévues en Belgique ?

Je n’en ai encore aucune idée... Mais tu sais, accorder des concerts tous les week-ends dans les clubs ou les cafés du Borinage n’est plus du tout une priorité. On compte sélectionner les shows où on jouera et surtout, s’amuser et se faire plaisir ! On pense par la suite ressortir deux nouveaux titres après notre tournée en Amérique latine ; ce qui nous permettra peut-être de sortir un Ep. On envisage finalement d’entrer en studio, au début de l’année 2018, pour enregistrer un album qui pourrait sortir en mars ou avril. Mais rien n’est encore sûr. On ne veut plus du tout se mettre la pression et on prend le temps de faire ce qu’on aime.

Vos prochaines dates ne pourront donc que ravir les fans de la première heure…

Je pense aussi. On retrouvera d’anciennes compos auxquelles on ajoutera progressivement les nouvelles. On a opéré un tri parmi celles en stock, et on a décidé de ne conserver que les plus Hardcore : « Bella Famiglia », « Heart Full of Pain », « The Meaning of Honour », « Do Or Die » et « Breakthrough ». On gardera également les deux premiers morceaux du répertoire de Do or Die : « Darkness Skies » et « Time Has Come ». Par contre, outre ceux de nos deux premiers elpees, on a décidé d’éliminer tous les anciens titres, hormis peut-être « Persecution », qui figure sur « Tradition » ou encore « True Blood », sur « The Downfall of the Human Race ».

Un retour aux sources, de nouveaux musiciens, de nouvelles compositions… Do or Die est donc reparti pour durer ?

Je ne peux pas prévoir le futur… Tout ce que je peux dire, c’est que Do or Die ne tiendra plus encore dix ans, c’est certain. Je commence à vieillir ! La flamme est certes toujours présente, mais elle s’est quand même éteinte pendant un an. Et elle a mis du temps avant d’être ravivée… Mais bon, vu la tournure actuelle des événements et la super ambiance qui règne entre nous, je pense qu’on peut l’affirmer : Do or Die is back!

Interview réalisée le 31 juillet 2017 à La Louvière

The Experimental Tropic Blues Band

Le mot ‘Experimental’ prend ici tout son sens…

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Fasciné par le cinéma underground des seventies, Jérôme Vandewattyne avait déjà bossé en compagnie des Tropics, pour « The Belgians », un concept consacré autant à l’album qu’aux projections destinées aux spectacles. Il a donc remis le couvert, mais ici, pour un véritable long métrage. Son titre ? ‘Spit’n’split’. Une référence à une pratique sexuelle dans l’univers du porno. Jérémy, Jean-Jacques et David ont participé comme acteurs à ce tournage. Mais également composé la B.O.. En fait, ce jeune réalisateur a suivi la tournée du trio, pendant deux ans. Et il en relate les aventures et les mésaventures rencontrées par la formation, sous la forme d’une fiction. Dont la démesure conduirait à l’évasion et à l’amour. Enfin, presque. Jérémy et Jean-François ont accepté d’accorder cette interview à Musiczine, juste avant le set du band, accordé dans le cadre du Roots & Roses. Et il faut le reconnaître, en ce qui concerne ce film, qu’il n’est pas toujours facile de leur tirer les vers du nez…

On dirait qu’aujourd’hui, vous avez besoin de thématiques, pour écrire de nouvelles compos. A l’instar de « The Belgians ». Puis maintenant, à travers ce « Spit’n’Split ». Une explication ?

Jeremy : pas vraiment une thématique, mais on ne souhaite plus reproduire la même routine : sortir un disque, faire une tournée, sortir un disque, etc. On préfère quand l’exercice est moins classique et plus complexe.
Jean-Jacques : Nous cherchons à explorer de nouveaux horizons. Celui-ci,
cinématographique, est tout à fait inédit pour nous.

J : il s’intéresse à l’amour dans tous ses états. Finalement, c’est un bon moyen pour évoquer un sujet… différemment.
J-J : c’est un prétexte. Parler d’autre chose. De plus profond.

Sur la pochette figurent des personnages dans leur plus simple appareil. C’est une manière de promouvoir une idéologie naturiste, nudiste… ?

J : non, on a voulu que le projet reste cohérent en montrant l’affiche du film pour lequel on a composé la musique. Et on l’a reproduite sur la pochette.
J-J : être nu, dans la nature, c’est un retour aux sources. En fait, si on observe bien les personnages, ils portent tous des masques de nos visages. Ils nous réincarnent. Bien sûr, c’est un peu morbide…
J : la fin du film est proche et il reflète une forme d’évasion…

Une envie de retour à la nature ?

J-J : exactement.
J : le retour à tout ce qu’il y a de plus simple en nous, quoi.

En préambule à ce long métrage, vous citez une phrase d’Alfred de Musset, ‘Tout le réel pour moi n’est qu’une fiction’. Poète et dramaturge, il était un grand romantique, mais aussi un débauché et un alcoolique notoire, comme Rimbaud…

J : ta réflexion confirme qu’il s’agit bien d’une fiction. Sans trop dévoiler le scénario. Et ce choix communique davantage de saveur. Parce qu’on piste des alcooliques et des débauchés, pendant au moins une heure et demie.

Vous avez intitulé un morceau de l’elpee, « Divine Comedy ». Ce n’est quand même pas un clin d’œil adressé à Neil Hannon ?

J-J : non c’est plutôt un hommage au romancier Dante Alighier. A son œuvre littéraire.
J : du coup, cette référence résume un peu le film. La Divine Comédie. Une approche quand même globale...

Le premier titre du long playing, « Le culte », évoque un rite païen. Tribal. Celui des aborigènes australiens ?

J-J : c’est la secte des Tropics !
J : il a surtout été écrit pour le film. La scène est importante et le réalisateur nous avait demandé d’imaginer une musique qui corresponde à cet état d’esprit. Celui d’une secte. Nous sommes entrés en studio sans un seul riff, mais en se servant uniquement des souvenirs de souhaits émis par Jérôme. Mais on avait aussi envie de composer des chansons à la Tropics, parce qu’il en fallait pour l’album. Ce soundtrack est donc également devenu notre nouveau disque. Qui est enrichi par des tas d’autres morceaux, pour lesquels on a vraiment pu expérimenter. Le mot ‘Experimental’ prend ici tout son sens.

Ce qui explique sans doute aussi pourquoi un titre comme « Baby Bamboo » semble s’inspirer de Swans. Il est chamanique, obsessionnel et hypnotique, sauf en fin de parcours, lorsque des interventions de claviers vintage font leur apparition…

J-J : jamais trop apprécié la musique de Swans…
J. : tu vas découvrir ce morceau, et après on se fera une orgie de « Baby bamboo » (NDR : une pipe psychédélique ?) En outre, je suis le gourou de cette secte…

J’ai lu que dans le film, il y avait des répliques qui tuent.

J : en fait, non, il s’agit plutôt de phrases cultes.

Tout au long de « Straight to the top » et « Power of the fist », le spectre de Jon Spencer se remet à planer. Comme lorsque vous avez publié « Liquid love », long playing qu’il avait produit…

J-J : c’est l’aspect punk du groupe. La face destroy. Le côté Pussy Galore. Ce sont des morceaux qu’on a composés instinctivement, sans réfléchir. Tous les matins on bossait dans ce climat. Pendant une demi-heure à quarante-cinq minutes, on faisait n’importe quoi. Le riff vient ou pas, peu importe. Et on chantait ce qui nous passait par la tête, dessus.

Une forme de brainstroming ?

J-J : exactement ! Et puis, parfois quand on écoute, on se dit, ouais, ça marche, t’as entendu, c’est super. Mais c’est vrai qu’il y a cette énergie Blues Explosion, en plus.
J : et puis on les a laissés, tels quels. Même les voix. On chantait, « Power of the fist ».
J-J : tout était improvisé.
J : La puissance du poing. Lors d’un sport de combat. Le morceau est sorti naturellement et on n’y a plus touché. Et souvent quand tu composes, ce sont les premiers instants, les premières prises, qui sont magiques. Ces instants de magie, on voulait vraiment les capter.
J-J : Quand tu débarques avec des morceaux construits, tu perds quelque chose au moment où tu les enregistres. Des tas de trucs s’égarent en cours de route.
J : Le studio était un laboratoire sonore. On n’avait rien écrit. Toute la journée était consacrée à la recherche sonore. Et à expérimenter. Donc là on se retrouve, on joue, on est devant l’ordinateur. On écoute ce qu’on a fait, puis finalement, on n’en isole qu’une partie. On duplique, on rejoue dessus. Et on peut même ajouter un peu de synthé. On avait plein de matos, et on s’est laissé aller. Et finalement, au bout des sessions on disposait de 40 morceaux. Il a fallu faire le tri de toute cette masse de travail, et Jérôme y a participé. On n’a jamais été aussi productifs, alors qu’on est arrivés en studio, sans rien. Jérôme a pioché dans ce répertoire et s’en est servi pour le film. Il y a même plus de musique dedans, que sur le disque. On n’est pas parvenu à tout inclure.

Vous avez eu recours à une certaine forme d’écriture automatique ?

J : si on veut !
J-J : ce n’était pas intentionnel. C’est arrivé (NDR : près de chez vous ?)

« Ultra erectus » est un titre manifestement post punk, mais on y décèle des traces de r&b. A la limite on pourrait parler de r&b post punk.

J : il me fait plutôt penser aux années 90. A fond. A Lenny Kravitz (rires)…
J-J : à cause de ce côté fusion… ce morceau est encore complètement involontaire. Il n’a pas tellement sa place hors du film, en fait. Je n’aime pas le jouer en live (NDR : les musiciens de The Scrap Dealers débarquent et on se salue…) C’est un morceau qui me fait aussi penser à « Satisfaction » des Stones (NDR : il imite le riff). Oui, c’est vrai le côté r&b, tu n’as pas tort.

« Alas alas » est un slow. Curieux quand même, cette guitare surf et ces cris d’enfants qui semblent émaner d’une cour de récréation.  

J : tout à fait. J’habite à côté d’une école. J’ai emporté mon enregistreur et puis voilà. Les paroles évoquent la relation entre un papa et son fils.
J-J: c’est inspiré d’une séquence que j’ai vue dans « Interstellar ». Qui met en scène Matthew McConaughey. Au cours de ce film, il prétend qu’il deviendra le fantôme de ses enfants. Et c’est un truc qui m’a fort marqué. Le fait de savoir que tu seras le futur fantôme de tes enfants. Cela m’a brisé le cœur. Mais finalement, c’est le contraire qui se produit. Son enfant vieillit avant lui, parce qu’il voyage dans une autre dimension, etc.

Une bonne raison pour aller voir le film ?

J-J : très spécial. Inattendu. Riche. En même temps, trash. C’est un film qui va loin. Dans les tabous. Il brise beaucoup de tabous.

C’était l’objectif ?

J : non, pas vraiment, parce que le film s’est écrit au fur et à mesure de la tournée et Jérôme nous a suivis pendant les deux ans de ce périple. Et après, on a eu besoin d’un an de montage. Un an de boulot. Ca s’est fait comme ça, parce que nous on n’est pas des acteurs et il a fallu jouer la comédie, quoi. C’est vraiment un long processus. Comme réalisateur, il a vraiment été très bon, parce qu’il a nous a pris tels qu’on étaient. Pour créer une fiction qui est ultra réaliste. Ma mère y croyait dur comme fer. Mais après l’avoir vu, elle s’est dit : ‘ce n’est pas possible, je n’ai pas enfanté un monstre pareil’. Et à la fin, un élément remet tout à plat et on en conclut : ‘OK, je me suis fait avoir’. Même si je le dis, tu te feras quand même avoir.

Ce soir, on vous a demandé de reprendre l’hymne du festival, ‘Roots & Roses’. La cover devrait être psyché/noisy, enfin dans le genre.

J-J : psyché oui… noisy, certainement.
J : chaque année les organisateurs invitent un groupe à tenter l’exercice de style, et c’est tombé sur nous. Et la version qu’on va interpréter ce soir, n’est pas vraiment celle diffusée sur Internet.

(Photo : Ludovic Vandenweghe)

 Sortie de l'album "Spit'n'Split", ce 1er mai. Et à l'achat de l'album vous disposerez d'un code pour visionner le film, une seule fois, en streaming.

 

Faon Faon

La complicité, c’est de maintenir notre vie de couple en dehors de la scène…

Écrit par

C’est dans une annexe de la Cense de Rigaux, à Frasnes-lez-Anvaing, petit bourg situé entre Ath et de Tournai, que votre serviteur et Faon Faon ont pris rendez-vous, ce jeudi 23 février.
Rien à voir avec un quelconque cervidé ! Quoique. Derrière ce patronyme cocasse, se cache Fanny Van Hammée et Olympia Boule, dont les visages de poupon me font quand même penser à deux belles biches.
En 2015, elles remportent le concours ‘Du F dans le texte’ ; ce qui va lancer leur carrière musicale. S’ensuit une ribambelle de concerts et de passages en boucle sur les ondes radiophoniques, en Belgique.
Il y a deux ans déjà, votre serviteur avait déjà pu déceler tout le potentiel qui sommeillait en elles, lors d’un show, plus amateur, accordé au LaSemo.
Aguerries depuis à la mécanique du ‘live’, elles ont donné, ce soir, un concert haut en couleur qui restera ancré dans les annales.
Il est approximativement 23 heures lorsque les filles m’accordent un peu de leur précieux temps. Encore ruisselantes de transpiration et la respiration haletante, elles vont se livrer au jeu des questions/réponses tout en soulignant le caractère intéressant de l’entretien. De quoi prendre, bien évidemment, cette réaction comme un sacré compliment !
Avant de commencer l’interview, elles remercient Musiczine d’avoir été un des premiers médias à s’intéresser à elles !

Votre première rencontre remonte à octobre 2008 lors d’une jam dans un bar d’Ixelles (le Chapitre) organisée pour l’anniversaire de Fanny ; et au cours de laquelle une affinité artistique est née. Pourtant, l’aventure de Faon Faon proprement dite n’a véritablement commencée qu’en 2014… Au vu du succès qui est le vôtre aujourd’hui, on est quand même en droit de penser qu’il est dommage d’avoir attendu aussi longtemps…

Fanny : Effectivement, nous nous sommes vues, fortuitement et pour la première fois, lors de cette jam. Et nous nous sommes retrouvées dans le cadre de l’activité professionnelle que j’exerçais à l’époque, en qualité de styliste. Olympia, quant à elle, embrassait une carrière de mannequin. Nous avons évolué toutes les deux dans la sphère de l’image et de la mode ! Nous assistions aux concerts respectifs de nos projets musicaux individuels. Et avec pas mal d’entrain. Mais, jamais, nous n’avions évoqué l’idée d’en concrétiser un en commun.

Deux nanas délurées qui chantent en français, on doit souvent vous comparer au duo Brigitte ! Alors que quatre mecs qui font du rock, rares sont les comparaisons avec les Beatles. Est-ce que cette situation vous énerve ?

Fanny : Non, elle ne nous énerve pas ; et à vrai dire, nous n’entretenons pas spécialement davantage cette ambivalence.
Olympia : Il faut rester sérieux deux minutes (elle semble s’emballer)! On ne va pas cracher sur deux femmes qui ont réussi à imposer un style ! Mais, j’estime très réducteur de comparer Faon Faon aux Brigitte. On chante en français, oui. Et alors ? En plus, les duos sont légion aujourd’hui ! Est-ce la résultante de la crise profonde que traverse la musique ? J’espère tout simplement que lorsque notre répertoire s’étoffera, cette comparaison s’effacera progressivement.

Les textes sont interprétés dans la langue de Voltaire. Pourtant, vous les abordez sous l’angle d’une certaine culture anglo-saxonne. Vous misez ainsi davantage sur le son que va procurer le mot plutôt que le message qui y est véhiculé. Est-il est plus difficile de faire sonner les mots en français qu’en anglais ?

Fanny : Chanter en français est un exercice particulièrement excitant ! Réussir à allier le son et le sens est souvent compliqué ! Comme tu l’as très bien décrit, ce qui nous emballe au départ dans le projet, ce sont les sons. Le français contient une bible de mots qui résonnent parfois de manière directe et crue ! Il s’agit de notre langue maternelle et il est de notre responsabilité de pouvoir faire concilier ces deux concepts. Pour y parvenir, il est nécessaire de se poser les bonnes questions. De quoi allons-nous parler ? Quel message souhaitons-nous transmettre ? Comment sera-t-il perçu ? Le public va-t-il le comprendre correctement ?
Olympia : En fait, il s’agit d’un véritable chalenge en soi ! Les artistes ont tendance à narrer l’histoire de manière assez conventionnelle. Nous essayons de sortir des sentiers battus ! Ici, je considère plutôt notre projet comme un tableau surréaliste !

L’une est électro, l’autre est tribale. Si vous deviez étiqueter votre musique, comment la définiriez-vous ?

Olympia : Je crois que nous cataloguer ainsi est une erreur ! Nous sommes chacune un mix des deux ! J’ai plus d’affinité avec les instruments percussifs, c’est vrai ! Fanny, quant à elle, a toujours élaboré ses maquettes sur un PC. Elle est très réceptive aux beats africains. En résumé, Faon Faon raconte une histoire récréative, émotionnelle et colorée sur fond de rythmiques et de mélodies.
Fanny : Notre musique est une invitation au voyage. Elle doit porter et nourrir, non seulement notre imaginaire, mais celui de notre public également. Tout cela, le temps d’une chanson.

Dans quel état d’esprit étiez-vous, lorsque vous avez entamé votre projet ? S’agissait-il uniquement de faire un peu de musique en dilettante ou aviez-vous déjà l’intention de devenir pros ?

Olympia : Fanny venait de perdre son job et moi, je jouais au sein d’un groupe qui était en train de s’effilocher. Franchement, faire de la musique était devenu pour nous un exutoire purement récréatif. Au fil du temps, nous commencions, l’air de rien, à étoffer un répertoire. Le public qui écoute notre CD, chante lorsque nous nous produisons sur scène ou rencontre un intérêt pour notre travail, crédibilise la carrière que nous nous efforçons de mener depuis le début. On ne peut pas y rester insensible. Il faut savoir que la mécanique de l’industrie du disque induit une pression constante. On ne crache évidemment pas dessus. Sans elle, nous ne pourrions pas exister. Mais, nous voulons à tout prix éviter qu’elle ne dénature notre joie de vivre et notre fraîcheur. C’est très compliqué au final, parce que c’est cette même mécanique qui impactera notre sphère musicale, les thèmes que nous allons aborder et inévitablement notre vision des choses. Grâce aux profits engendrés, nous pourrions obtenir plus de moyens et nous entourer d’un panel de collaborateurs toujours plus important. Mais, inutile de se précipiter ! Là, aujourd’hui, nous sommes occupés de prendre le recul nécessaire afin de voir si toute cette histoire a encore du sens pour nous ! C’est en quelque sorte le moment de la récréation !

Les événements se sont précipités pour vous ! En 2015, vous remportez le concours ‘Du F dans le texte’. Ce qui a dessiné, en quelque sorte, votre carrière musicale. Auriez-vous pu continuer à exister sans cette ouverture médiatique ?

Fanny : Jamais ! Encore, un grand merci à la Fédération Wallonie-Bruxelles et au Conseil de la Musique ! Ce concours nous a ouvert toutes les portes ! La bourse décrochée a permis le pressage de l’Ep. Se retrouver en demi finale était une surprise. Gagner a été complètement jouissif ! L’ouverture médiatique nous a permis de nous produire dans de beaux festivals comme le LaSemo ou encore Beautés Soniques. Dire qu’avant cette belle aventure, nous devions sans cesse bricoler à l’aide de bouts de ficelles…

Vous vous êtes produites en supporting act de Puggy et Jain. Une bonne expérience ?

Fanny : C’est quelque chose de très excitant ! Il y a parfois une trentaine de personnes qui oeuvrent en coulisse pour que le spectacle soit une réussite. C’est très impressionnant ! Assurer de telles premières parties est une aubaine sur le plan professionnel ! Et te permet de jauger le projet par rapport aux groupes que tu accompagnes. Mais aussi te positionner par rapport à la réceptivité d’un public qui n’est pas à priori là pour t’entendre toi en tant que tel.

Derrière, cet Ep, on retrouve du beau monde comme Anthony Sinatra et Rémy Lebbos. Quelle leçon retirez-vous de ces collaborations ?

Fanny : Nous avons rencontré Anthony Sinatra fortuitement ! A vrai dire, c’est Nicolas Renard (Manager), un ami d’Olympia, qui nous a mis en relation. Dans le milieu, il bénéficie de beaucoup de crédit ! Nous savions qu’il était capable de produire un Ep qui soit à la fois pop, frais et entraînant. 

Olympia : Concernant Rémy, l’histoire est toute autre. Nous avions déniché un ingé son, mais nous n’étions pas totalement convaincues du résultat. Un jour, par hasard, je me suis retrouvée à table, lors d’un dîner privé, en compagnie des anciens gars de Mineral. A cette occasion, j’ai entendu Lebbos parler de David Bowie. Il tenait un discours particulièrement engagé. Lorsque je lui ai parlé de notre projet, il s’est enthousiasmé rapidement. Nous avons donc enregistré dans son studio. Au-delà de l’échange humain, il a très vite cerné nos aspirations. Ce mec possède des oreilles de fou ! Il est très professionnel. Il bosse jusqu’à la perfection. Du coup, le mixage a pris nettement plus de temps que la production ! Mais peu importe puisque c’était bénéfique. Il est important de faire mûrir les choses.

C’est bien Cécile Kojima qui a réalisé l’artwork ?

Olympia : Tu est bien renseigné dis donc ! C’est une de mes plus fidèles amies ! On se connaît depuis l’âge de six ans. Elle est d’origine japonaise et je dois avouer que je développe depuis toujours une fascination profonde pour sa culture. Et son défunt père n’y est pas étranger. Cécile et moi avons suivi des études d’art appliqué, ensemble. J’ai toujours été fan de son travail. Elle développe une mécanique autour du papier découpé. Fanny est assez vite tombée sous le charme également. La collaboration s’est produite naturellement. C’est non seulement une artiste, mais aussi une plasticienne expérimentée, directrice artistique et graphiste. Réaliser la pochette de notre Ep autour d’un visuel sorti de notre imagination, était un challenge profondément ancré en nous. Philippe Braquenier, photographe, a aussi accompli un travail d’exception qui mérite d’être souligné.

En mars 2016, sur les planches de la Rotonde, vous étiez accompagnées d’un troisième larron. Il portait de grosses chaussures, des chaussettes retroussées et était vêtu d’un pantalon trop court. Ce garçon apportait vraiment un petit plus, d’un point de vue scénique et artistique. Pour quelle raison avez-vous décidé de l’engager ? Et pourquoi, n’a-t-il pas participé au set, aujourd’hui ?

Fanny : Oui, effectivement. Il s’agissait de Simon Malotaux (NDR : Le Colisée). Nous ressentions, à cette époque, le besoin d’élargir notre champ musical. L’expérience était vraiment sympathique. Rémi Rotsaert (NDR : Dalton Telegramme) s’est également prêté au jeu, en se consacrant à la gratte. Ce qui nous convient le mieux pour le moment, c’est ce duo bien spécifique. Même si pour être franche, tout gérer à deux n’est pas toujours facile. J’ajouterai que lorsque tu pratiques de l’électro, tu dois impérativement te caler sur les sons que la machine produit et ainsi, tu perds le coté organique de la musique. Pour communiquer davantage de rondeurs dans le répertoire, nous intégrons des chansons qui ont un certain groove et dans lesquelles le public peut interagir facilement, comme « La montagne », par exemple.
Olympia : Perso, j’ai un point de vue nettement plus terre à terre. C’est un métier difficile ! Il devient très compliqué de gagner sa vie par le biais de la musique. Un groupe comme Boulevard des Airs implique dix membres sur scène. Ils parviennent à subsister financièrement parce qu’ils remplissent des salles ; et puis grâce aux morceaux qui tournent en boucle à la radio. Nous n’en sommes pas encore là, malheureusement ! Mais, notre show fonctionne plutôt bien tel qu’il est et ce serait dommage de tout remettre en cause aujourd’hui.

En ‘live’, vous donnez l’impression que la musique ne suffit pas a elle-même. Est-ce la raison pour laquelle la chorégraphie y occupe une place importante ?

Fanny : Nous adorons danser toutes les deux ! C’est tout à fait naturel ! J’ai toujours adoré bouger, mais pas sur une scène (rires). Il m’a fallu pas mal de temps avant de pouvoir franchir ce pas ! L’idée était de réaliser un show à l’ancienne, en portant des costumes faits main et en proposant des chorégraphies mortelles, du style Claude François et ses Clodettes. Un spectacle à la fois ludique et jouissif !
Olympia : Claude François puisait sa source d’inspiration chez James Brown. La filiation américaine est très présente ! Nous voulions à tout prix garder notre propre identité. Lorsque tu as assisté à notre concert, à la Rotonde, en première partie d’Antoine Hénaut, j’étais assise derrière la batterie. Je suis consciente que le public a ressenti une certaine frustration parce que nous ne nous étions pas suffisamment ouverts à lui. La demande était manifeste ! Encore une fois, il n’est pas aisé de devoir gérer, à deux, non seulement la partie technique et l’instrumentation, mais aussi le visuel. En ce qui me concerne, j’ai de la chance d’avoir pu faire de la danse et des ateliers de performance. Je crois beaucoup au bienfait de la kinesthésie. Si tes gestes parviennent à véhiculer une énergie et un sentiment de bien-être, le public repartira pleinement satisfait. C’est le rôle et la responsabilité de l’artiste !

En parlant de visuel, les fringues sont-elles vraiment artisanales ?

Fanny : Nous avons imprimé la pochette de l’album en nous inspirant des vêtements choisis ce soir. C’est une manière ludique de communiquer ! Tout est fait maison effectivement, mais toujours avec le cœur et l’envie !

Pourquoi cette tresse sur la pochette du disque que l’on retrouve également dans le clip ?

Olympia : Au départ, il s’agissait juste d’un délire visuel ! Puis, cette farce nous a échappée et nous y avons trouvé du sens. Dès lors, on l’a gardée. La tresse, c’est tellement fashion (rires) !

Sur scène, vous affichez une vraie complicité. Aucune ne semble prendre le pouvoir. Cette magie fonctionne-t-elle aussi dans le processus de création ?

Olympia : La complicité, c’est de maintenir notre vie de couple en dehors de la scène (rires). Je dois t’avouer qu’il y a des hauts et des bas ! Une femme, c’est ‘casse burnes’ par définition (rires).
Fanny : Je crois que dans tous les duos, ce phénomène est récurent ! J’aime me comparer à un couple avec enfants. Parce nous ne sommes plus dans la configuration du couple tranquille. Non ! Il y a un enfant et cette situation suppose des contraintes par définition. Comment va-t-on l’habiller ? Dans quelle école va-t-on le scolariser ? Qui seront ses professeurs ? Et j’en passe ! Cet enfant, c’est Faon Faon. C’est une véritable expérience de vie ! Olympia est certes différente, mais nous restons fortement complémentaires. Mais, parfois ces énergies s’opposent ! Il paraît que c’était pareil chez Simon et Garfunkel (rires).

Vous abordez vos thématiques tantôt au premier degré comme pour « Mariage », alors que sur d’autres, il existe un vrai/faux second degré où l’imaginaire est davantage mis en exergue. Et ici, je pense surtout à « Faon sous la douche ». Dans quel style vous sentez-vous le plus à l’aise, finalement ?

Fanny : C’est une excellente question ! Pourquoi choisir au fond ? Cette chanson est davantage une blague potache ! L’humain est très complexe ! Pour reprendre un adage populaire, il y a des jours avec et des jours sans ! J’aurais tendance à dire que nous avons exploré et exploité une palette d’émotions par et pour nos compositions, sans la moindre volonté de les orienter vers telle ou telle direction ! C’est un phénomène très naturel dans la manière d’aborder le processus de création. Peut-être qu’un jour, cette chanson paraîtra décousue. Peut-être qu’aussi, nous estimerons qu’il est temps de s’autocensurer. Aujourd’hui, nous nous sentons nous-mêmes dans ce style ! Et c’est l’essentiel !

Vous abordez un peu naïvement la fonte des glaces dans « Eskimo ». Les enjeux environnementaux vous préoccupent à ce point ?

Olympia : Evidemment ! J’aimerais tant parfois être une activiste ! « Eskimo » était au départ une impro que j’avais gardée au fond d’un tiroir sans vraiment m’y intéresser ! C’est Fanny qui a insisté afin que nous exploitions cette chanson ! Nous avons donc choisi d’y poser un texte. Rien n’était calculé ! La thématique s’est imposée naturellement au fur et à mesure de la composition. Comme une évidence en quelque sorte ! J’ai étudié l’ethnomusicologique, l’anthropologie m’intéresse donc ! Tout ce qui a trait aux cultures minoritaires en voie de disparition aussi ! Donc oui, nous aimons la nature, nous en avons besoin, c’est notre source première. L’être humain a besoin de son calme et de la sérénité qu’elle apporte. Il est important de lui accorder un minimum d’attention afin de préserver cette grande dame qui est en souffrance aujourd’hui. Je considère la planète comme un corps et aujourd’hui, l’humanité toute entière est en train de lui inoculer le cancer. Elle meurt peu à peu ! C’est triste, mais tu as les cartes en main et tu peux tout à fait choisir ton camp !

Pensez-vous que vos chansons puissent prendre une dimension différente selon l’endroit où vous les jouez ? En filigrane, existe-t-il une musique pour chaque heure et chaque humeur ?

Fanny : C’est une très bonne question ! Il y a effectivement la magie du moment en live ! Le succès d’un concert dépend d’une série de facteurs externes tels que la réceptivité du public, la taille de la salle, etc. Je suis très satisfaite de notre prestation de ce soir ! Tout y était ! L’ambiance, l’acoustique et le fait que les gens chantonnaient nos chansons aussi. Du coup, ce feed-back renvoie en nous des ondes positives !
Olympia : C’est une question qui amène la notion de voyage. Lorsque tu es seul chez toi, tu as envie d’écouter des chansons en fonction de l’humeur du moment. En concert, la donne est différente ! Tu as, devant toi, un parterre d’humeurs fort différentes. La manière dont tu les agencer va complètement bouleverser ta propre vision des choses ! Durant quarante-cinq minutes, nous allons transporter le public vers des contrées lointaines. Un condensé émotionnel. Notre inspiration dépend de ce que l’on vit et on la retranscrit à travers nos compos !

Vous êtes toutes les deux des adeptes de ce que l’on pourrait appeler de musique alternative en utilisant des structures, des sons et une identité fort différents des grands formats radios. Paradoxalement, vos chansons restent assez pop et très proche du formatage radio. Est-ce une option envisageable pour l’avenir ?

Fanny : Nous aimons la musique alternative ! Nous vouons aussi une admiration sans faille pour ceux et celles qui font de la pop ! Prends par exemple, « Weekend » des Daft Punk. Cette musique est juste parfaite et intelligemment construite ! Si nous nous inscrivons plus dans le format pop, certaines de nos sonorités sont parfois issues de petits morceaux underground qui mûrissent doucement. On peut dire qu’ils viennent de loin (rires).
Olympia : « Gravité » est un morceau qui reste hors format. Il existe un semblant de structure couplet/refrain, induisant une idée de trajectoire faussement toute tracée. Les outils dont on se sert influencent énormément la finalité de la musique ! Si nous n’utilisions que des grattes, le contexte musical que nous proposerions serait tout autre, évidemment !

« Mariel » est une chanson sur l’enfance que l’on a envie de prolonger, car elle est synonyme de rêve et de pureté. Justement avez-vous l’impression d’être devenues adultes avec un regard d’enfant ou d’être restées enfant avec une contemplation d’adulte ?

Fanny : C’est très joli, ce que tu viens de dire ! Emotionnellement, il y a pas mal de choses chez moi qui se sont cristallisées. Mon passé y est pour quelque chose ! « Mariel », n’est pas qu’une chanson sur l’enfance, à mon sens. Elle véhicule un message très fort.
Olympia : Il faut entendre « Mariel » comme un témoignage du passage des étapes de la vie de l’être humain. Le temps passe inexorablement. Qui n’a jamais eu envie de le stopper, de retourner dans le passé et retrouver cette sphère sécurisante qui caractérise l’enfance ? Ce que j’aime chez eux, c’est leur capacité à rester hors du temps ! L’adulte a cette fâcheuse tendance à accorder de l’importance à des éléments qui n’en valent pas la peine !

Cali

Partager ‘ces choses défendues’… les font revivre…

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Cali, c’est ce chanteur français au bel accent ensoleillé qui dépense une énergie folle, en ‘live’. Mais cette tournée des « Choses défendues » dévoile une autre facette de cet artiste jamais à court de ressources. Quelques jours avant d’accorder son concert au Palace d’Ath (20 avril), il a consacré quelques minutes à Musiczine, alors qu’il était sur la route, en direction de Mont-de-Marsan.

Lors de ta dernière tournée, tu te dévoiles beaucoup au travers d’anecdotes, de tranches de vie. Pourquoi avoir choisi CE moment de ta carrière pour relater ces histoires ?

Ce n’était pas vraiment prémédité de les raconter maintenant. Et pas seulement par rapport à ma carrière, c’est aussi ma vie. Dont plusieurs événements m’ont poussé à me poser un peu plus. Et puis, il existait toute une série de compos plus douces que j’avais rangées dans des tiroirs, tout au fond, là où tu ne penses jamais aller les rechercher. Et là, c’était le bon moment pour finalement les ressortir et les proposer au public. Dans mes chansons, je raconte un peu mon existence aussi. Elles en décrivent certaines étapes. Parfois, tu n’as pas forcément envie de te remémorer d’anciens souvenirs. Mais là, aujourd’hui, j’avais envie d’y revenir.

Tu supplies les jeunes de croquer dans « Les choses défendues ». Cali devient-il trop vieux pour ces interdits ou au contraire, en profiter pleinement lui confère-t-il une jeunesse éternelle?

J’aime beaucoup l’idée de jeunesse éternelle mais c’est un peu illusoire. Je crois qu’il y a un peu des deux. Le fait de partager ces choses avec les gens les rend encore vivantes. Mais à un certain moment, t’as aussi le corps qui te rappelle un peu à l’ordre.

Quand tu chantes ou lorsque tu es sur scène : c’est « La vie quoi! ». Ton énergie débordante, ta sensibilité, ton partage… Où puises-tu cette intensité?

Je ne pense pas avoir une vie plus intense que la plupart des gens. Mais je profite de ce que la vie offre. Et notamment dans ces moments sur scène, c’est le moment lui-même qui est intense et donc il faut être pleinement dans ce moment et être avec lui dans l’intensité.

On te voit moins sauter un peu partout sur les planches Est-ce que tu prends autant de plaisir pendant cette tournée un peu plus calme ou est-ce que ce fou de Cali te manque?

Non, pour l’instant ce fou de Cali ne me manque pas. Il me manquera quand cette tournée sera finie. J’aurais alors envie de repartir en compagnie du groupe ; mais pour l’instant, je suis bien dans ce format de concert. C’est autre chose, pour moi et pour le public. Ce qui me permet de revisiter et de faire revivre mes propres chansons. C’est important aussi.

Justement, quelle est la réaction du public pour ces ‘one man shows’ ?

Les retours sont très positifs. Certains me disent, par exemple, avoir impression que je chante pour eux, comme s’il n’y avait que nous. J’évoque des moments de ma vie et les gens s’identifient à ces événements.

Tu reviens en Belgique la semaine prochaine. Tu nourris un lien personnel avec notre pays, il me semble.

C’est plus qu’un lien personnel. Je me sens un peu belge. J’adore venir en Belgique. Parfois, c’est là que je m’y sens le mieux. Il y a toujours un accueil particulier pour mes chansons. Et puis, me balader dans les rues de Bruxelles ou d’Ostende, par exemple, fait vibrer en moi une corde sensible.

Tu évoques aussi les gens qui t’ont artistiquement marqué pendant tes concerts. Tu parles notamment de Ferré. Si tu devais choisir une seule oeuvre qui t’a profondément touchée, ce serait laquelle ? Qu’elle soit musicale, littéraire, cinématographique…

Une seule? Wouah, t’es dur là. Parce que je pourrais en citer plein. Mais je choisirai le « David et Goliath » de Le Caravage. Cette toile m’a bouleversée.

C’est aussi un peu la tournée des anecdotes puisque tu en racontes pas mal pendant les concerts. En as-tu déjà l’une ou l’autre récente à révéler ?

Là aussi, il y en a plein. Mais il y a quelques jours, le concert qui s’est déroulé au Temple de Mulhouse était magique. L’un des plus beaux moments de musique de ma vie. Dans ce décor sublime, il y a vraiment eu ces deux heures hors du temps. Et pour en donner une autre, dans une autre salle, quelqu’un s’est manifesté pendant mon récital. En clamant qu’il était venu pour voir un concert pop/rock et pas entendre raconter ma vie. Dans la foulée, la conversation s’engage et on échange quelques mots. Et ensuite, toutes les chansons de mon répertoire, je lui ai destinées. Aussi, le regard des spectateurs se posait constamment vers lui. Finalement, ils l’ont peut-être regardé plus que moi.

On sait que tu est également attentif à l’actualité. Quel regard portes-tu sur les présidentielles françaises qui approchent?

Elles me terrifient. Cette campagne n’est plus qu’un jeu de ‘punchlines’. On ne parle plus ni de programmes, ni des idées. C’est terrifiant !

Diablo Blvd

Un Boulevard sur le monde

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Au fil du temps, Diablo Blvd est parvenu à se hisser au rang de groupe incontournable dans l’univers du Metal, en Belgique. Actif depuis 2005 et signé dix ans plus tard chez le prestigieux label Nuclear Blast, le groupe vient d’achever l’enregistrement de son nouvel opus et s’apprête, dès le mois de septembre, à conquérir le monde. L’occasion de rencontrer son chanteur, Alex Agnew, qui prétend que le Heavy appartient à son ADN. Un passionné sans limites, dont le credo est de toujours aller plus loin. Le tout, évidemment, à la sauce rock’n’roll. Rencontre.

Le rendez-vous est fixé dans un café de Berchem, dans la périphérie d’Anvers. Le temps est typiquement belge : maussade. Accusant quelques minutes de retard, Alex Agnew finit par débarquer. Perfecto sur le dos, il porte un pull à l’effigie du band Mayhem. Il commande un thé, votre serviteur opte pour le café. L’entretien peut commencer.

Alex Agnew est une hydre à deux têtes. C’est en effet sous son masque de comédien/humoriste que l’artiste est essentiellement notoire au Nord de la Belgique. Il a ainsi rempli pas moins de neuf fois le SportPaleis d’Anvers. Outre-Senne, c’est par contre entouré des musiciens de Diablo Blvd, qu’Alex –ses lunettes noires vissées sur le nez– est le plus populaire. Deux projets couronnés de succès, qui s’entremêlent, et au milieu desquels le bekende Vlaming tente de trouver un équilibre. Il y a trois ans, il prenait un congé sabbatique dans sa carrière d’humoriste. Deux ans plus tard, Diablo Blvd publie ‘Follow the Deadlights’, le 4ème LP du groupe. Depuis 2016, il est revenu à l’avant-plan en créant un nouveau one-man show, baptisé ‘Unfinished Business’, sans pour autant laisser sa formation musicale de côté. Trois années se sont écoulées depuis la sortie du dernier opus… Et aujourd’hui, où en est-il ? « Nous avons achevé l’enregistrement d’un nouvel album. Il sortira en septembre chez Sony et dans le monde entier via Nuclear Blast ! », annonce fièrement le vocaliste.

La formation peut en effet se targuer d’être le premier band belge à être hébergé, depuis 2015, au sein de l’écurie de ce label allemand, un des plus importants et influents de la scène Metal. Cette signature avait permis au dernier elpee, ‘Follow the Deadlights’, de bénéficier a posteriori d’une ‘seconde’ vie, vu qu’il était déjà sorti quasi un an auparavant. Intitulé ‘Zero Hour’, le dernier sera donc le premier à bénéficier d’une diffusion simultanée aux quatre coins de la planète. « On a vraiment bossé dessus pendant un bout de temps, on voulait que tout soit parfait », confie le chanteur. « Avant, les seuls groupes concurrents étaient belges. Il y en a certes de très bons, mais on ne peut pas affirmer qu’il y a en ait énormément. Ici, on va directement se retrouver dans la cour des grands et rivaliser avec plus gros que nous ».

L’occasion idéale pour le quatuor d’opérer un virage dans la composition : « Je voulais quelque chose de plus sombre que dans le passé. Nous sommes toujours, bien évidemment, une formation de Metal, c’est dans notre ADN ; mais il sera désormais davantage nourri par cette vague New-Wave qui a influencé les années 80. Je pense à Type O Negative, Killing Joke, Tears for Fears ou encore Sisters of Mercy », explique-t-il. Plus sombre dans la musique, mais également plus sombre dans les paroles. Le  musicien voulait en effet retrouver davantage d’adéquation entre ses lyrics et la société telle qu’il la voit aujourd’hui. « Vu la tournure que prennent les évènements actuellement, où on parle sans cesse de revenir à un âge d’or qui n’a jamais existé, de bâtir sans cesse des murs entre les gens, je pense qu’il est temps que l’espèce humaine mue vers un être plus intelligent que nous. Un peu comme l’homme de Neandertal : on a fait notre temps, il faut à présent s’en aller, laisser la place à quelque chose de meilleur, avant de vraiment tout foutre en l’air », confie-t-il d’un ton légèrement amer.

Un nouvel opus que l’artiste qualifie également de moins commercial ; ce qui n’a pas manqué d’interpeller le label Nuclear Blast lors d’une première écoute. Le label s’attendait en effet plutôt à quelque chose qui soit dans la veine du répertoire de Volbeat. « On nous compare souvent à eux. C’est sûrement dû à la puissance de nos voix respectives. Mais je ne suis pourtant pas un grand fan de cette formation…  J’ai toujours plutôt été plus inspiré par un Danzig dans années 80. On a d’ailleurs réalisé une reprise de Samhain (NDR : « To Walk the Night »), un des groupes underground de cette époque, où chantait également le chanteur de Danzig. Je n’ai jamais prétendu vouloir ressembler à un band actuel… », déclare Alex Agnew. Un album qui se veut également plus roots, plus primitif et dès lors plus violent. « Le mixage n’est aussi plus tout à fait le même : ma voix se mêle davantage à l’ensemble, les guitares sont plus lourdes et s’est évertué à ne pas devoir les enregistrer quinze fois, afin d’obtenir le meilleur rendu. On voulait un résultat plus spontané, plus cru. Ouais… Les responsables de Nuclear Blast ont vraiment été étonnés, la première fois qu’ils l’ont entendu… », ajoute-t-il en rigolant.

Diablo Blvd, c’est aussi et avant tout une histoire d’amour pour la musique. Le patronyme de ce band a par exemple été choisi en hommage à la chanson du même nom, issue d’‘America’s Volume Dealer’, septième album long playing du combo américain de Stoner, Corrosion of Conformity. Un choix d’autant plus symbolique, suite à rencontre qui s’est produite entre les musicos et Pepper Keenan (le guitariste et chanteur de CoC), il y a quelques années, dans les coulisses de l’Ancienne Belgique. « Quelqu’un avait parlé de nous à Pepper. Il avait demandé un t-shirt et un cd du groupe ; et on est allé lui apporter. Il nous a expliqué que ‘Diablo Blvd’ vient du nom d’une rue en Californie ; ce qu’on savait déjà. Par contre, on ignorait totalement que James Hetfield (NDR : le chanteur de Metallica) habitait au coin de cette artère. Pepper nous a raconté qu’un soir, alors qu’ils se baladaient ensemble (NDR : les deux artistes sont des amis), ils sont tombés sur un panneau indiquant le nom de cette rue. Pepper a alors demandé à James s’il l’avait déjà utilisé pour une de leur chanson. Vu que ce n’était pas le cas, Pepper a alors déclaré qu’il s’en servirait pour une des siennes », raconte Alex Agnew, des étoiles dans les yeux.

L’artiste n’a jamais en effet jamais caché sa passion pour Metallica : « J’adore ! Les musiciens ont toujours eu besoin de tenter des challenges et se foutent pas mal de ce qu’on pourrait penser d’eux. On l’a bien vu lorsqu’ils ont enregistré un disque avec Lou Reed. Une telle démarche teste les limites de leurs fans… Mais qu’importe, ils l’ont fait ! Nombreux sont ceux qui considèrent Slayer comme un vrai groupe de Metal. Mais ces gars n’ont jamais pris de risques ! Et à la fin… ça peut devenir chiant ! », et d’enchaîner : « Prends maintenant ce duo avec Lady Gaga ! C’est aussi un truc bizarre, mais qui peut être intéressant ! Lady Gaga est une bonne chanteuse. Elle a une bonne voix. Une chose est sûre : s’ils partent en tournée ensemble, j’irai les voir ! », ponctue-t-il dans un éclat de rire.

Même si un prochain périple, en compagnie de Metallica, semble relever davantage de l’utopie que de la réalité, Alex Agnew reconnait que la publication prochaine de son nouvel LP, en septembre, sera certainement l’occasion d’écrire une nouvelle page dans l’histoire du band, qui sera  ponctuée par une tournée internationale. Quant à savoir qui a la préférence pour partager les planches, le souhait est empli d’espoirs de bons moments futurs. « Ce serait super intéressant de pouvoir tourner en compagnie de Ghost par exemple ou encore Gojira ou Down. Mais perso, je pense être capable tourner avec n’importe qui… », admet-il, pensif, avant d’embrayer : « Mais Killing Joke, ce serait vraiment un de mes rêves. Bon, on serait déchiré tous les soirs, mais on s’en fout ! ».

Hasard du calendrier, Channel Zero, l’autre porte-drapeau du Metal en Belgique, publiera également son nouveau long playing à la rentrée scolaire. Et ce n’est pas la première fois que les chemins de ces deux combos se croisent. On se rappellera notamment la précédente édition de ‘Music for Life’, cet évènement caritatif organisé chaque année par la radio néerlandophone Studio Brussel. « Franky (NDR : De Smet Van Damme, le vocaliste de Channel Zero) a déjà chanté avec nous ; c’était avant que Channel Zero ne se reforme, en 2009. C’était sur le toit de la Glazen Huis, à Anvers. On avait joué une reprise du ‘Sad But True’ de Metallica. Et une autre de Killing Joke, ‘Eighties’ ; Marcel Vanthilt, un présentateur de la TV néerlandophone qui avait auparavant travaillé pour MTV, était aussi de la partie », s’épanche Alex, jamais à court d’anecdotes.

Quant à imaginer une tournée belge en compagnie de ces deux formations phares du plat pays, Alex Agnew n’est en tout cas par opposé. En forme de clin d’œil, il confie d’ailleurs que de leurs derniers elpees respectifs, c’est Diablo Blvd qui en vendu le plus. « Il y a toujours eu comme une saine rivalité entre nous, afin de savoir quel LP déchirera le plus. Et cette compétition est nécessaire, c’est ce qui te fait avancer ! Tu t’obliges à toujours être le meilleur ! ».

 

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