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Zara Larsson 25-02-2024
Zara Larsson 25-02-2024

Pukkelpop 2002 : vendredi 23 août

Après une bonne nuit sans pluie, entamer la journée avec D4 valait bien sa part de caféine : sec et bien tassé, leur punk-rock valait le détour.

Même chose pour Vandal X, duo limbourgeois (une guitare, une batterie) qui n'a pas besoin de davantage pour incendier une Main Stage. Leur album s'appelle « 13 Basic Hate Tracks » : un sacré titre pour une sacrée claque, surtout à cette heure (13h00)… Le chiffre 13 semble donc leur porter bonheur : on espère que leur rock coriace ne sera pas tombé dans l'oreille d'un sourd, contrairement à celui de Trust Company (poussif) et de Cooper Temple Clause, sorte d'Oasis boosté aux champis mais qui aurait tout vomi dans les cuvettes.

Duane Lavold de Custom, du haut de ses deux mètre dix, aime aussi le rock, mais n'hésite pas, lui, à le travestir de sympathique manière, le minant de l'intérieur par l'ajout d'influences pop, folk, voire électro. On pense parfois à Eels et à Beck, pour cette manière de se jouer de tous les clichés et d'en faire un pot-pourri funky et sautillant, à l'image de ce « Hey Mister », single dévastateur rappelant à bien des égards le « Distance » de Cake.

Autre bonne surprise, autre géant (au figuré cette fois) : Gonzales et son électro-cabaret assez décadente (le mot-clé du festival). Son dernier album, « Presidential Suite », est excellent. Ses prestation live le sont encore davantage : cette fois affublé d'un costume rose, le Canadien émigré à Berlin aura mis le feu (toujours au sens figuré), et cela rien qu'avec un piano, un mélodica et une bonne dose de dérision. En débutant son concert par une ballade rétro au clavier puis en enchaînant avec un rap décalé, ce Kurt Weill des années électroniques aura prouvé son éclectisme et son bon goût – l'apanage des plus grands. Ne dira-t-il pas à un moment, avec ironie mais sans vraiment mentir, que sa musique est celle du futur ? A tout bien y réfléchir, on se dit que ce gars, sous ses airs de rigolo en complet flamand rose, a peut-être raison, surtout après qu'on ait vu Nickelback ou Cooper Temple Clause. Et lorsqu'il nous refait son drôle de hit « Take Me To Broadway » après trois-quarts d'heure de déjante jouissive (avec même une reprise de Guesch Patti), on se surprend à en redemander… 2000 € : c'est le montant qu'il recevra sur son compte pour ce concert (il nous l'a dit). Quand on sait que Nickelback a du recevoir au moins le quintuple pour leur live d'artificiers, on se dit qu'il n'y a pas de justice. Gonzales for president !

Au Ministère de l'Emploi, on verrait alors bien Miss Kittin & The Hacker, tant leur électro-pop (ou electroklash) a fait des émules ces derniers mois : combien d'artistes se sont en effet jetés corps et âmes dans le revival eighties après avoir entendu « Frank Sinatra » à la radio ? Un paquet. Evidemment, beaucoup d'entre eux continuent à pointer au chômage, leurs beats discoïdes ressemblant comme deux gouttes d'eau à ceux de Kittin… Sans parler de ces chanteuses au look humide, avec l'accent français à l'identique et ce même débit à la Anne Clark… Pour l'heure, Miss Kittin est la reine de l'électro, une Donna Summer du troisième millénaire. Sauf que ses cheveux sont teints en noir et qu'elle porte des pompes militaires : autrement dit, le look est plus « free partie » que « studio 54 »… Tout le contraire des spectateurs, glamour et tendance, qui répondent au moindre appel de la (re)belle par des cris reconnaissants et des déhanchements suggestifs. On se croirait presque en club, tant l'ambiance est surchauffée. Mais tout cela nous fait oublier une question essentielle en ces années de « revival » toujours plus insistants : quel est le pire, a) Cultiver sa différence en puisant son originalité dans les années quatre-vingts (difficile mais possible, comme ici) ou b) revenir tout droit de cette décennie laide et cliché pour réinvestir le devant de la scène (les Guns) ? A vous de juger, en tout cas, rien n'interdit de danser sur Miss Kittin avec un bandana rouge sur la tête et un T-shirt Guns de la tournée 87 (la grande époque) sur le dos.

Après tant d'interrogations existentielles, un petit Junkie XL aurait bien fait l'affaire : pas de chance, puisque Junkie XL n'est plus - seul reste le DJ (rebaptisé « JXL ») et ses disques, dont celui qu'il a fait avec la voix d'outre-tombe d'Elvis (« A Little Less Conversation »). Un hit d'ailleurs, qu'il balance dès le début de son set : autant dire que le reste n'avait dès lors plus grand intérêt. Quelle décadence, quand même !

Et voilà qu'en plus, on nous refourgue Within Temptation et son gothique de femmelettes ! D'accord, la belle Sharon avait mis l'ambiance à Werchter (« De sensatie van Werchter 2002 », pour reprendre les mots du Humo Pukkelpop ABC), alors pourquoi se plaindre ? Tout simplement parce que leur succès (un disque d'or chez nous, qu'ils recevront sur scène) est le signe d'une DECADENCE profonde de notre société, occupée à dérouler le tapis rouge pour des gens qui vouent un culte à SATAN et ne vont donc pas à l'église… Tout cela présage d'un retour plus que certain à une sorte de barbarie moyenâgeuse, où l'on verrait d'honnêtes jeunes gens se déguiser en bagnards affublés de costumes à code barre, et tout cela pour ressembler à leurs idoles. Sommes-nous tous devenus fous ? Du metal gothique ? A quand le revival Poison et Motley Crüe, tant qu'on y est, avec ses shorts cyclistes, ses permanentes roses et ses singlets cloutés ?

Prong, au moins, c'est du métal sans fard, qui n'a pas besoin de tralala pour emporter notre adhésion, même s'il est vrai qu'ils ne sont plus tout jeunes non plus…

Aaargh, ce festival sent la mort, voilà tout ! Le retour de Mr. C de The Shamen : encore un fantôme qui sort de sa tombe, alors que tant de jeunes talents aimeraient eux aussi monter sur le devant de la scène ! Sus aux vieilles stars sur le retour, même à Elvis! Tout cela sonne peut-être très réac, mais la terre tourne et la musique évolue : déjà que le surplace est agaçant, alors la régression !

Korn, justement, joue à merveille sur nos régressions et nos pensées les plus obscures : dommage que la voix de Jonathan Davis ait été noyée pendant tout le concert dans un déluge d'infra-basses particulièrement pénibles. Véritable best of pour les fans venus en nombre, Korn ne jouera que deux morceaux de son petit dernier, « Untouchables » (les deux singles en fait). En tout cas, à l'écoute des « Blind », « Freak On A Leach », « Falling Away From Me », « A.D.I.D.A.S. », etc., on se dit que le groupe a déjà pas mal de classiques à son actif, et cela après seulement six années d'existence (du moins depuis la sortie de leur premier album en 1994). Dommage que ces chansons aient été le déclencheur de toute cette vague de nu-métal pour midinettes, qui ne vaut, pour l'essentiel, pas tripette…

L'antidote à ces boys bands qui se veulent méchants mais font aussi peur qu'une meute de yorkshires ? Le hard rock poilu d'Andrew WK, certes un peu beauf et sentant la bière, la sueur (« I Get Wet ») et le vomi (« Party Till I Puke », d'une poésie évidente), mais au moins, ici, on ne se prend pas au sérieux. Andrew accompagné d'un groupe de chevelus à la hauteur de ses hymnes festifs (« Party Hard », déjà un classique), c'est comme si l'on regardait un match de foot entre copains, assis sur un bac de pintes et gueulant des grossièretés à l'arbitre. Au concours des ambiances les plus éthyliques de ce festival, sûr qu'Andrew remporterait la médaille d'or.

Autre champion, mais cette fois-ci toutes catégories : DJ Shadow et son hip hop instrumental de luxe. Seul aux commandes de quatre platines, l'Américain livrera un set magnifique, entremêlant avec doigté les compositions de ses deux excellents albums (le séminal « Endtroducing » et son petit dernier, « The Private Press »). Pas avare en commentaires (pour une fois qu'un DJ sort de son mutisme), Josh Davis (c'est son nom) n'oubliera pas de remercier le public, sans lequel il avouera n'être rien (« J'ai la chance de faire ce que j'aime, et toute la journée je n'attends que le moment du concert […] La musique est toute ma vie », etc.). Set grandiose, projections démentes, musique intemporelle : DJ Shadow est décidément l'un des artistes les plus importants de ces dernières années. Après un mix ultime de « You Can't Go Home Again », « Midnight In A Perfect World » et « High Noon », le jeune homme s'en ira sous des tonnerres d'applaudissements, satisfait et souriant. Le paradis existe, nous l'avons côtoyé.

Mais il faut bien redescendre sur terre, d'autant que nous attendent, sur la Main Stage, les deux Anglais d'Underworld – on sait leurs concerts de véritables marathons hyperkinétiques, à ne surtout pas rater. Rappelez-vous il y a deux ans : le Dance Hall (et son extérieur) transformé en immense club sous les coups de boutoir de leur techno quatre étoiles, le duo avait été (encore une fois) à l'origine d'un des grands moments du festival. 2002, rebelote : malgré un début en douceur (des nouveaux morceaux assez « downtempo », préfigurant un  « Hundred Days Off », leur album à sortir ce mois-ci, plutôt détendu), Smith accélérera rapidement la cadence, et Karl Hyde de gesticuler comme un épileptique en récitant ses litanies sur un débit de chaman. Décidément, Underworld reste cette furieuse machine à danser, et ce malgré le départ de Darren Emerson. Le clou du concert : la dernière demi-heure, toute en montée orgasmique, de ce « Born Slippy » toujours aussi fédérateur à ce « Moaner » en clôture, véritable climax de beats déchaînés, à rendre dingues les plus coincés des guiboles. Au tapis, à genoux, c'est le sourire béat aux lèvres et la tête dans les étoiles que l'on quitte le site, en espérant qu'il ne pleuve pas pendant la nuit…

 

Les Nuits Botanique 2002 : du 18 au 29 septembre

Treize jours de musique tous azimuts, pas mal de découvertes, quelques grands moments, mais aussi des déceptions : les Nuits Botanique 'cuvée 2002' n'auront pas failli à leur réputation de dernier grand festival de l'été, les oreilles bien au chaud et l'ambiance au beau fixe. Certes, le festival bruxellois n'est pas du même tonneau que ceux des plaines flamandes, en plein air et pleine campagne: ici on paie sa place pour chaque concert, dans des salles au confort acoustique indéniable, et sans bracelet camping au poignet… C'est la ville, messieurs dames, avec ses bouchons, sa pollution et ses klaxons. Au milieu de ce capharnaüm, le Botanique, oasis de fraîcheur musicale et dernière escale du festivalier en manque de décibels. Il y mangera à tous les râteliers, de l'électro-folk de Beth Orton au terrorisme bruitiste d'Alec Empire. Car c'est ça aussi, les Nuits Botanique : un éventail fabuleux d'artistes connus et moins connus, une palette incroyable de talents de tous bords, un cocktail détonant d'influences et de genres. Les Nuits Bota, c'est la nouba.

Folk et BPMs : l'amour du risque

C'est Terry Callier qui ouvre les festivités à l'Orangerie, en première partie de Beth Orton. Ses chansons langoureuses empruntent leurs couleurs jazz à Billie Holiday, leur patine folk à Nick Drake et leur sensualité à Marvin Gaye. Mélange exquis qui met notre âme à vif, la musique du vieux crooner soul se déguste comme un bon vin : savoureux et enivrant.

Beth Orton n'a d'ailleurs d'yeux que pour Callier. A la fin de son concert, elle l'invitera sur scène pour partager un duo magique en interprétant « Pass In Time ». Un grand moment d'émotions qui restera dans les annales du festival. Le concert de la belle sera d'ailleurs chargé de cette atmosphère vaporeuse qu'aura laissé le set brillant du grand maître soul : pendant 1h30, Beth Orton jouera ainsi la plupart des morceaux de son dernier album (« Daybreaker ») dans une totale déliquescence de nos sens… Comme un sort jeté à nos oreilles, ces effluves électro-folk nous emporteront dans d'étranges limbes musicales… Difficile de se réveiller une fois les derniers accords de « Concrete Sky » s'évaporant dans la lumière éblouissante de l'Orangerie : a-t-on vécu ce beau moment ou n'était-ce qu'un rêve tout à fait charmant ?

Le lendemain, à peine remis du mirage Orton (qui était cette grande fille aux mélodies douce-amères, qui racontait des blagues potaches à longueur de concert ?), nous voilà replongé dans une atmosphère embaumée… Mais d'où nous viennent ces odeurs de déjà-vu ? De Polar, ce grand Suisse qui pourrait être le frère de Beth, tant ses chansons parlent le même langage que celles de l'Anglaise : de timides BPMs, des guitares acoustiques (mais de plus en plus rebelles), une voix caressante, des choses de l'intérieur dites avec des fleurs (du Mal). Eric Linger, en tout cas, semble plus épanoui qu'il y a quelques années, quand il se baladait la rage en bandoulière avec ses histoires extraordinaires à la Poe, l'œil noir et la grise mine. Aurait-il trouvé l'amour ? (Beth ?) Pas que ses chansons respirent la joie de vivre, mais quand même : on sent une embellie des sentiments. Ses pulsions de mort à reculons et les idées noires ayant pris l'air, Eric Linger semble heureux de vivre. Le polar (et le damard) au placard, ses chansons s'habillent maintenant d'espoir. Et d'envergure : avec trois musiciens pour donner vie à ses nouvelles chansons sans démons, Eric Linger peut enfin s'exprimer pleinement, c'est-à-dire avec fougue et panache. Et quand Polar se lâche, ça donne une reprise furieuse de « Eisbär », tube électro-pop eighties du groupe suisse Grauzone (dans lequel on retrouvait Stephan Eicher). Polar en digne successeur des Young Gods ? Puisqu'on vous le dit.

Tout aussi étonnant, le duo Bumcello : Cyril Atef et Vincent Ségal sont connus pour leur collaboration avec M, Bashung ou l'Orchestre National de Barbès. Cette fois, il se lance dans la house et l'asian sound : compositions à quatre mains, quatre pieds et une petite dizaine de pédales-samplers. Exemple : Ségal joue un riff, le sample, et puis le modifie selon son bon vouloir. Jeux de mains, jeux de malins : rien qu'à deux, ces Français-là sonnent comme « rinôçérôse ». Comme quoi, avec trois fois rien mais beaucoup d'imagination, il y a moyen de foutre le souk dans la Rotonde.

Le vendredi 20 septembre, c'est la soirée du label Labels. Direction le Cirque Royal pour le grand retour sur scène de Lee Hazlewood, éminence grisonnante de la folk-country la moins paillasse, à l'origine de bon nombre de carrières musicales, de Belle and Sebastian à Tindersticks. Sans parler des Nashvilliens de Lambchop, de nouveau en grande forme après leurs passages remarqués à l'AB (voir chronique) et à T/W ; et qui livreront, comme d'habitude donc, un grand concert tout en finesse. Décidément, ce Kurt Wagner est un génie, et « Is A Woman » un sacré disque. Quelques grammes de finesse dans un monde de…putes. Excusez ce langage ordurier : pas que Lee Hazlewood soit une vieille bique pleine d'arthrite musicale (ses chansons tiennent toujours la route, 30 ans après leur composition) faisant le tapin pour racler une dernière fois le fond de notre portefeuilles. Mais de là à dire qu'on fut estomaqué… Où est la légende ? Certes, le vieil homme a de la répartie, et ses tubes sixties restent de véritables perles (« These Boots Are Made For Walking »), mais quelle mouche l'a piquée lors du recrutement de ses musiciens ? High Llamas, Stereolab, d'accord… Mais pourquoi avoir décidé de remplacer les cordes, les cuivres (et l'harmonica !) par des nappes de synthé servies à la louche par un type sans doute bigleux (et sourd) ? Un massacre : imaginez de superbes chansons destinées à l'orchestration transformées en bouillie infâme par des nappes de synthé dégoulinantes. Heureusement, toutes les chansons du grand producteur ne seront pas sacrifiées sur l'autel de la facilité (un synthé, c'est moins encombrant qu'un quatuor de violoncellistes) : restent ces quelques pépites impérissables (« Dirtnap Stories », « The Girls In Paris », etc.) qui n'en finissent pas de nous parcourir l'échine tels de merveilleux frissons country-folk. L'honneur est sauf, mais à la sortie de ce Cirque se lit quand même sur bien des visages une certaine déception : ce n'était pas le concert auquel on s'attendait.

Les empêcheurs d'écouter en rond

Deux jours plus tard, autre soirée dédiée à un label, Thrill Jockey : connu pour ses tendances post-rockeuses à fort quotient intellectuel, le label de Chicago investit toutes les salles avec la plupart de ses ambassadeurs – 10 groupes gravitant autour de la nébuleuse Tortoise. Dès 17h et muni d'un pass, le festivalier pouvait ainsi se balader d'une salle à l'autre et découvrir le rock seventies de Bobby Cohn, la country féminine de Freakwater ou le post-rock grésillant de Radian. Un seul mot d'ordre au programme de tous ces groupes (la Post Rock Academy) : proposer une musique libérée de tous les carcans, revendiquer une singularité forcément salvatrice dans un paysage musical parasité par le nu-métal et la lounge à deux balles. Le meilleur : Chicago Underground Duo, du Miles Davis dégénérescent en roue libre, basé sur l'improvisation et l'explosion des cuivres et des percus. Et Tortoise, feu d'artifices électro-post-rock de cette soirée placée sous le signe de l'exigence mais pas de l'hermétisme. En véritable maître de cérémonie (John McEntire, leader du groupe, fait partie de pratiquement tous les groupes présents ce soir), Tortoise aura ébloui la foule amassée au Cirque Royal par un concert en forme de best of. Ovationné après chacun de ses morceaux épiques, John McEntire et ses comparses auront prouvé que le post-rock n'est pas mort… Même si l'on attend toujours d'eux un nouvel album depuis le décevant « Standards » sorti il y a deux ans chez Warp.

Après tant de « jolies choses » (dixit Raphy), pourquoi ne pas se faire un peu violence avec un bon p'tit live d'Alec Empire ? De quoi se décrasser les oreilles une bonne fois pour toutes, sortir toute cette haine que l'on garde en soi et qui nous empêche d'être nous-mêmes. Pris en otages par le Teuton hardcore et ses sbires aux mines patibulaires, nous voilà réduits au rôle ingrat de victimes abasourdies, maltraitées par ces beats déchaînés et ces cris inhumains. « Quel masochisme auditif ! », diront les mauvaises langues. Mais n'est-ce pas justement dans le mal que l'on trouve le plus de plaisir ? N'aime-t-on pas se faire peur ? Alec Empire cristallise à merveille notre colère et notre désespoir, et c'est pour ça qu'on l'aime (sauf quand il se jette sur nous après s'être tailladé les avant-bras avec un tesson de bouteille…). Vive Alec, avec ou sans boules quiès !

Tant qu'à parler de ces artistes qui conspuent le capitalisme sauvage de notre société, n'oublions pas Mobiil, sorte de Programme moins revendicateur (et sans l'accent toulousain) qui aura davantage surpris par ses installations visuelles et ses happenings (un fonctionnaire à mallette sort de l'écran pour venir nous interpeller) que par sa musique, plutôt ennuyeuse (mais sans doute était-ce partie intégrante de leur message). Mouais.

Ceci n'est pas du rap (ni du rock, ni de la BO)

Sans aucun doute la tête d'affiche rock de ces Nuits Bota, Badly Drawn Boy aura livré un concert en demi-teinte, un peu trop long et décousu. Son nouvel album, « Have You Fed The Fish ? », sort fin octobre, quelques mois seulement après la BO d'« About A Boy », déjà une belle réussite alors qu'on n'en attendait pas tant du Mancunien aux gros bonnets. Les grands moments : l'aérien « Silent Sigh », le splendide « Pissing In The Wind » (sans doute son meilleur morceau), et quelques nouveautés qui laissent augurer du meilleur. Mais décidément, ce Cirque Royal en configuration assise n'est vraiment pas une bonne idée : l'ambiance s'en ressent à chaque concert, comme si le fait d'être calé dans un fauteuil avait des incidences sur le moral du public. Sûr qu'en étant affalé sur un siège, difficile de ne pas piquer du nez à un moment ou à un autre. A revoir pour l'édition prochaine (un retour au bercail avec le chapiteau devant les serres ?)

Après le rock, le post-rock, l'électro, le hardcore, etc. : le rap. Avec TTC à la Rotonde le vendredi 27 septembre, c'était bien la fête de la Communauté française, tant ces rappers manient la langue de Molière avec brio et légèreté. Calembours, cadavres exquis, écriture automatique, jeux de mots surréalistes (hommage à nos compatriotes Matisse, Topor et consorts ?), les Parisiens de TTC ont prouvé qu'il existe une alternative au rap de plus en plus aseptisé qui courent les ondes de l'Hexagone et de Belgique. De « Leguman » à « De Pauvres Riches », Teki Latex, Tido et Cuizinier malaxent la culture pop à coups de plume forts en gueule et de samples Géo Trouve-tout. Jubilatoire !

Tout comme The Raptures, nouveau groupe new-yorkais à la mode qui fait se croiser rock, funk et new wave dans un délire kaléidoscopique total. Chez ces jeunes surdoués, on croise The Clash, The Specials, Gang of Four, PIL et The Stooges, tous invités à jammer les yeux bandés au milieu d'une grande chaise musicale. Produits par le nouveau messie du rock James Murphy (LCD Soundsystem), à la tête du label DFA (pour beaucoup le futur du rock), ces Raptures devraient devenir énormes. C'est en tout cas ce qu'on leur souhaite.

Et ce ne sont pas les McLusky, avec leur rock tendu entre Pixies et Nirvana (voir chronique Pukkelpop), qui viendront calmer le jeu : les Nuits Bota se terminent sous forte influence rock'n'roll, à l'image d'une année 2002 qui met les bouchées doubles pour redonner du lustre à ce genre que l'on donne mort tous les six mois. Mais qu'importe le genre, pourvu qu'on ait l'ivresse. Cela, les Nuits Bota l'ont toujours bien compris.

G.E.

Une histoire de chaises…

Le 25 septembre, Pierre Surquin ouvrait donc le concert de Dominique A, au 'Musée'. Devant un peu plus de 300 personnes… assises. Drôle d'idée d'installer des chaises ! Encore que le premier album de Pierre, qui vient juste de sortir, s'intitule « Une affaire d'état » ; et qu'une partie du public, y tenait à sa chaise… Bref, le Tournaisien s'est plutôt bien débrouillé dans un style que je ne lui connaissais plus. Très électrique, comme à ses débuts. Mais dans la langue de Molière. Faut dire que ses musiciens allient sobriété et efficacité ; encore que son drummer soit plus efficace aux percus qu'aux drums. Le temps de rôder la balance (NDR : Pierre, arrête de vouloir manger le micro, il n'est pas comestible…), et la machine a carburé au quart de tour. Oscillant entre atmosphère  'eitzeilienne', 'kozelekienne' (NDR : pour votre info, sachez que Mark Eitzel était le leader du défunt American Music club et que Mark Kozelek est toujours à la tête du trop méconnu Red House Painters), folk pop, psychédélisme, lo fi et rumba (« Et ça en est là » est digne d'un Bernard Lavilliers !), ses compositions au lyrisme et aux lyrics baroques troublent, déconcertent, mais finissent toujours par séduire. Une prestation que le public a beaucoup appréciée. Pour preuve les applaudissements nourris auxquels Pierre a été très sensible. Comme quoi, le travail finit toujours par payer.

Dominique A, franchement je n'ai jamais trop aimé sur disque. J'ai donc eu le tort de manquer les premiers instants du spectacle. Sorry, il faisait soif. Et puis lorsqu'on met des chaises, on pense aussi à la sonnette, comme au théâtre. Aussi, en rentrant dans la salle, il faisait noir comme à l'intérieur d'un lieu que la décence m'interdit de décrire. L'artiste avait sans doute prévu de piéger les retardataires… A l'issue d'un poème récité sur fond sonore post industriel, la lumière (et l'artiste) apparaît (apparaissent). Il est seul. Enfin, seul au milieu d'une multitude de pédales, dont il se sert avec brio. Un véritable homme orchestre ! Il crée même ses propres boucles, bondissant d'une pédale à l'autre avec une dextérité pas possible. Son concert oscille de l'acoustique à l'électrique, du tendre au ténébreux, variations qu'il agrémente d'humour (NDR : Dominique, peux-tu virer les chaises. Bisous !), de lo fi, de flamenco, de rockabilly (en anglais), d'un pastiche des Smiths (toujours dans la langue de Shakespeare), et qu'il ponctue en finale d'un très beau « Je sais que tu ne viendras jamais », et en rappel, d'une formidable reprise de Barbara (« J'ai tué l'amour ») ainsi que d'un paso doble particulièrement impressionnant. Le tout canalisé par une superbe voix qui me fait penser de plus en plus à celle de Léo Ferré. Dominique A : le Léo Ferré des temps modernes… à méditer !

B.D.

The Jai Alai Savant

Le futur leur appartient?

Écrit par
Pour assister à la première apparition de The Jai Alai Savant en Belgique, l'AB Club n'avait rallié qu'une bonne cinquantaine de personnes. Faut dire qu'au même moment, les Nuits Botanique accueillaient, entre autres, Miossec, Oxmo Puccino, Cold War Kids et consorts. N'empêche, les absents ont eu tort, et vous comprendrez aisément pourquoi en lisant ces quelques lignes. Pour nous faire patienter jusque 21 heures, la projection d'un film consacré à une prestation `live' frénétique de Bad Brains avait été programmée. A voir ! Mais pour la qualité sonore, faudra repasser?

The Jai Alai Savant monte sur les planches. Ralph Darden en tête. Un musicien de couleur noire habillé dans un élégant costard blanc. La barbe en broussaille, des lunettes foncées et les cheveux en pétard, ce chanteur/ guitariste impose par sa stature. Mais aussi par son charisme. Très habile à la six cordes, il n'hésite pas à se servir d'un éventail assez conséquent de pédales de distorsion. En outre, il possède une belle voix dont le timbre campe un hybride entre Sting et Perry Farrell. A la basse, Nash Snyder, longiligne, la tête rasée apporte ses lignes complexes, palpitantes ou dub, appuyant de temps à autre le `lead' de backing vocaux, pendant que Michael Bravine, aux drums, joue dans tous les registres possibles et imaginables en manifestant une souplesse et une dextérité impressionnantes. Et finalement, ces instrumentistes hors norme pratiquent un reggae/funk/roots/dub/psyché/pop (parfois légèrement teinté de ska) terriblement excitant. Parfois aride, souvent bourré de groove, n'hésitant pas à adresser l'un ou l'autre clin d'?il aux Jackson 5 (« Scarlett Johansson why don't you love me ») ou aux Stones, même si on se rend bien compte que les références majeures de la formation répondent aux noms de Clash, The Police, Fugazi, Jane's Addiction et King Tubby. Si bien qu'après deux ou trois morceaux, certains spectateurs se mettent à remuer les pieds, la tête, les jambes ou même à danser. Faut dire que Ralph n'est pas à un déhanchement prêt sur scène. Et il invite même le maigre public à taper dans les mains tout au long de la version allongée d' « Akebono », moment le plus maquant du set, au cours duquel plus personne ne tenait en place dans la salle. Le groupe a même accordé un rappel, moment choisi par Ralph pour enlever sa veste. Bref, The Jai Alai Savant risque fort, à moyen terme, de devenir `hénaurme'. Vous pensez à Werchter ? Sur la scène principale ? Oui, d'ici deux ou trois ans. Et l'assistance présente lors de ce set se souviendra alors d'un vendredi de mai 2005, au cours duquel un futur super groupe se produisait devant 50 spectateurs? On en reparlera?

Deftones

Une véritable machine de guerre?

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Forts d’un prodigieux cinquième album sorti fin 2006, les cinq de Sacramento profitent de leur tournée européenne pour faire un petit tour du côté de chez nous. Ce 10 avril, les Halles de Schaerbeek ont tremblé, non pas sous le poids de Chino mais grâce à une setlist quasi-parfaite.

L’ouverture du show a été assurée par Will Haven, autre formation californienne et, accessoirement, constituée de grands potes de la bande à Chino. Une prestation qui aura ravi les fans mais était somme toute dispensable.

Après un petit intermède d’une demi-heure égayée par une série de chansons superbement hors-contexte s’échappant des baffles, les Deftones débarquent sur scène et frappent un gros coup, enchaînant, d’entrée de jeu, deux de leur plus gros cartons, à savoir « Be Quiet & Drive (Far Away) » et « My Own Summer (Shove It) ». De quoi plonger l’assistance dans un état de folie passagère immédiate. Et les pogos se suivent tandis que Chino, dont le tour de taille commence enfin à être revu à la baisse, s’époumone sur « Lhabia », « Feiticeira » et « Digital Bath ». C’est qu’on retrouverait presque nos 17 ans ! De son côté, le leader de la bande semble s’essouffler et confie les parties les plus gutturales à Chi qui se fait un plaisir à les hurler au micro. S’ensuivent l’extraordinaire « Korea », le tout frais « Beware » et, pour le plus grand plaisir des fans de la première heure, deux titres issus d’« Adrenaline », « Root » et « Nosebleed ». Le public aura droit à quelques minutes de répit grâce au splendide « Xerxes », entamé sur quelques notes au piano. Un répit qui ne sera pas de très longue durée, la formation embrayant immédiatement par d’autres morceaux de leur premier album (« Birthmark » et « Engine no. 9 »).

Le quintet met les petits plats dans les grands et achève son incroyable set sur les géniaux « Passenger », « Around The Fur » et « Headup », titre sur lequel Grady Avenell, l’interprète de Will Haven, vient pousser la chansonnette en compagnie de Chino. Celui-ci revient d’ailleurs à nouveau sur scène au début du rappel, entamé par l’affreux « Back To School (Mini Maggit) », version radiophonique et massacrée de l’épique « Pink Maggit ». Le set se clôture par « Change (In The House Of Flies) » et le monstrueusement grandiose « 7 Words ».

Deftones s’établit une nouvelle fois, avec son métal qui n’a rien de « Nu », comme une véritable machine de guerre scénique qui est parvenue à se détacher de toutes ces formations  auxquelles on l’associait au début de sa carrière (et dont la plupart sont d’ailleurs portés disparus, séparés ou tout simplement retombé dans l’anonymat).

Within Temptation

La tentation du supermarché?

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Il est dix huit heures quarante lorsque nous nous présentons à l'entrée du Zénith. Le temps est inhabituellement chaud pour la saison, puisque le thermomètre extérieur de la voiture affiche les 29°. Accueil bizarre des vigiles, mêlant affabilité et parano. Il est vrai que nous sommes en France, en pleine période électorale. Les consignes de sécurité doivent fuser. Nous voilà donc introduits dans ce temple éphémère du 'Metal pour grandes surfaces', comme diraient les persifleurs. L'organisation est signée 'A gauche de la Lune'. Et de ce côté-là, rien à redire. Soucieux de gagner une place adaptée à la captation de bonnes photos, nous nous engouffrons dans l'arène, où nous arrivons à nous glisser à trois ou quatre rangs du podium. Le public est assez mélangé. Même si le noir domine dans l'habillement, il y a pas mal de trentenaires, voire de cinquantenaires, parmi les ados…

Le premier groupe démarre presque à l'heure. Sup, band français expérimenté, pratique un doom-gothique qui, sur CD, peut receler des plages hypnotiques ou envoûtantes. Il y a des indices d'originalité dans son set. C'est toutefois difficile à juger, tellement le groupe a opté pour une mauvaise balance, où basse abyssale et batterie, toutes deux à fond les manettes, mangent le reste. Il y a deux chanteurs, l'un possède un timbre guttural typique et l'autre une voix claire et belle. Sous-employé et sous-mixé. Bonne idée à signaler : les projections de vieux films en noir et blanc consacrées à des expériences biomédicales. Pour le reste, une prestation trop longue, dans une pénombre permanente, et plus assourdissante (jusqu'à la douleur) qu'intéressante. Le public, d'abord confiant et enthousiaste, s'est d'ailleurs largement réfugié dans une attitude polie et patiente.

Delain, jeune groupe hollandais ami de Within Temptation et incluant son ancien clavier, apporte la note joyeuse de la soirée. Tant mieux pour eux. Alors que Sup a démarré devant une salle à moitié vide, le Zénith est maintenant bien garni, même si ce n'est pas le ‘sold out’. Le son est irréprochable, clair et parfaitement distribué. Le groupe s'engouffre dans les schémas qui ont fait la gloire de ses aînés en y mêlant application et enthousiasme. Outre le line up classique batterie/basse/claviers/guitares (deux guitares !), il bénéficie des services d'une jolie chanteuse, dont la voix est aussi bonne que… celle de tant d'autres. Son pop-metal-sympho adolescent n'apporte absolument rien au genre, mais séduit par sa bonne humeur et sa réaction très spontanée et sympathique face au succès. Un bon set qui a le privilège de la candeur. Et ponctué des rituels propres au genre : guitaristes et chanteuse agiteront régulièrement la tête en mouvements circulaires pour faire virevolter leur longue chevelure, tandis qu'une bonne partie du public brandira à l'envi le poing droit, index et auriculaire tendus. Au capital sympathie, ajoutons qu'on retrouvera plus tard deux musiciens du groupe mêlés au public.

Vingt et une heure quinze. Il fait maintenant étouffant et j'entreprends le périlleux projet d'apporter une boisson à mes accompagnateurs. Après m'être frayé un chemin entre les spectateurs, dont beaucoup se sont assis à terre malgré l'évident manque de place, j'attends désespérément mon tour devant un bar mal organisé et en très net sous-effectif. Au point de craindre rater le début du troisième set. Rassurez-vous, chers lecteurs, je ne commets finalement aucun sacrilège et les pintes au prix prohibitif (pour des Belges) parviennent bien à leurs destinataires.

Lorsque In Extremo, groupe allemand, monte sur les planches, la donne change sensiblement. D'abord, nous avons droit à un vrai décor (la batterie est sur le pont d'un bateau) et des costumes de scène carnavalesques (tenue d’iroquois, kilt, cuir et vieilles étoffes y côtoient motifs égyptiens et tatouages). Ensuite, le band s'écarte de tout standard quant à sa composition : batterie, basse, guitare (essentiellement rythmique) et chanteur sont entourés de trois musiciens, qui se partagent cornemuses (le plus souvent), vielle, harpe, instruments à vent orientaux et autres créations maison. Le chanteur endossera quant à lui une mandoline à deux reprises. La musique d’In Extremo est particulièrement martiale, à l'instar de Rammstein. Mais elle est aussi fort mélodique et festive. Les mélodies, tracées essentiellement par les cornemuses et autres instruments traditionnels, s'apparentent le plus souvent à des gigues, tarentelles, rengaines et autres ritournelles très faciles à mémoriser. On s'habitue vite au chant pourtant très rocailleux et en allemand. Il est donc un peu regrettable que ces ingrédients soient enveloppés d'une rythmique systématiquement aussi bourrin (ceci dit malgré les évidentes qualités du batteur). En 'Mick Jagger teuton', le chanteur arpentera la scène torse-nu pour une bonne partie du concert. Il s'avérera aussi un bon communicateur avec le public, malgré la barrière de la langue, et un frontman impliqué et accrocheur. Ses compères bougent bien et leur 'Rock attitude', amuse vu les instruments brandis. Le son est ici encore parfait et In Extremo s'avérera le point fort de la soirée. D'ailleurs dignement salué par le public.

Car la tête d'affiche, Within Temptation, pourtant bardé d'un récent album bien meilleur que son prédécesseur, se montre finalement bien fade. D'abord, le groupe a opté pour un volume sonore trop élevé. Le son est du coup moins bon que pour Delaine et In Extremo. Ensuite, les morceaux perdent en live toute finesse et toute nuance, tant la priorité est donnée à la pression constante. Tout tend vers une interprétation stéréotypée, laquelle fatigue très vite. Sharon, la belle chanteuse, gesticule avec bonne volonté, contrairement à ses acolytes, qui ont l'air de traverser un boulevard en permanence. Mais elle n'est pas une bête de scène et, ni elle, ni le décor carton-pâte, ne compensent l'insipidité de l'ensemble. Concentré sur les compositions récentes, ce show par trop uniforme connaîtra trois séquences réussies : « Mother Earth », « Ice Queen » et « Caged ». Trois extraits du deuxième album, « Mother Earth », qui incluent breaks et respirations, et dont deux constitueront le rappel (un signe ?) Pour le reste, on a vraiment eu l'impression d'être en présence d’un groupe qui gère sans passion un patrimoine commercial. Rassurons-le. Au terme de ce show devant un public conquis d'avance, il pourra proclamer: 'Encore trois mille clients satisfaits!'. Dont Valérie, notre précieuse photographe.

Il est une heure du matin lorsque nous quittons le parking et la température est encore très douce. A bientôt, Lille.

Progzélyte.

Organisation: A gauche de la Lune.

 

 

Good Shoes

L'art de se prendre un râteau?

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A ma gauche, Mr Hudson & the Library, formation brit hop de passage à la Rotonde du Botanique ce mercredi 18 avril. A ma droite, Good Shoes, combo pop rock qui a remis le couvert le lendemain, au Witloof Bar. Bien qu’ils exercent dans des genres quelque peu différents les uns des autres, ces Anglais ont un point commun douloureux : on ne peut pas dire qu’ils déplacent les foules.

Mercredi 18 avril. C’est dans une Rotonde quasi déserte que Mr Hudson & The Library a dû présenter sa première œuvre. Une petite trentaine de personnes à peine s’est déplacée pour découvrir le brit hop printanier de la formation. Un semi-échec étonnant à l’écoute des ‘feel-good-hits’ du quintet, qui ne sont pas sans rappeler Jamie T ou Just Jack. D’autant que « A Tale Of Two Cities », premier essai de Mr Hudson contient d’énormes tubes potentiels tels que les singles « Ask The DJ », « Too Late, Too Late » et « Bread + Roses ». Sur scène, les cinq Anglais ne se sont pas laissés démonter par cette salle quasi-vide et ont offert à la petite assistance un show d’une heure qui n’a pas manqué de coller un beau sourire sur les visages d’un public plus que satisfait.

Jeudi 19 avril. Le Witloof Bar accueille Good Shoes, formation qui aurait gagné à maintenir la date prévue initialement. En effet, se produire en première partie de The Rakes durant les Nuits Botanique leur aurait certainement permis de jouer devant un parterre mieux garni. A peine une petite quarantaine de personnes, dont une majorité anglophone, ont accueilli le combo, venu reproduire en live l’entièreté de leur premier album « Think Before You Speak ». Après un départ mollasson, le quatuor a fini par trouver ses marques et est parvenu à faire danser une minuscule partie du public, au bout de trois ou quatre titres. Musicalement, Good Shoes surfe sur la vague post-Libertines sans vraiment y arriver. On pense surtout à Little Man Tate, The Maccabees ou, dans une moindre mesure, The Mystery Jets. Leur nom ne risque pas de rester gravé dans les mémoires, mais les fans des groupes mentionnés ci-avant devraient tout de même y trouver leur compte.    

 

Mr Hudson & The Library

Brit hop printannier pour intimes?

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A ma gauche, Mr Hudson & the Library, formation brit hop de passage à la Rotonde du Botanique ce mercredi 18 avril. A ma droite, Good Shoes, combo pop rock qui a remis le couvert le lendemain, au Witloof Bar. Bien qu’ils exercent dans des genres quelque peu différents les uns des autres, ces Anglais ont un point commun douloureux : on ne peut pas dire qu’ils déplacent les foules.

Mercredi 18 avril. C’est dans une Rotonde quasi déserte que Mr Hudson & The Library a dû présenter sa première œuvre. Une petite trentaine de personnes à peine s’est déplacée pour découvrir le brit hop printanier de la formation. Un semi-échec étonnant à l’écoute des ‘feel-good-hits’ du quintet, qui ne sont pas sans rappeler Jamie T ou Just Jack. D’autant que « A Tale Of Two Cities », premier essai de Mr Hudson contient d’énormes tubes potentiels tels que les singles « Ask The DJ », « Too Late, Too Late » et « Bread + Roses ». Sur scène, les cinq Anglais ne se sont pas laissés démonter par cette salle quasi-vide et ont offert à la petite assistance un show d’une heure qui n’a pas manqué de coller un beau sourire sur les visages d’un public plus que satisfait.

Jeudi 19 avril. Le Witloof Bar accueille Good Shoes, formation qui aurait gagné à maintenir la date prévue initialement. En effet, se produire en première partie de The Rakes durant les Nuits Botanique leur aurait certainement permis de jouer devant un parterre mieux garni. A peine une petite quarantaine de personnes, dont une majorité anglophone, ont accueilli le combo, venu reproduire en live l’entièreté de leur premier album « Think Before You Speak ». Après un départ mollasson, le quatuor a fini par trouver ses marques et est parvenu à faire danser une minuscule partie du public, au bout de trois ou quatre titres. Musicalement, Good Shoes surfe sur la vague post-Libertines sans vraiment y arriver. On pense surtout à Little Man Tate, The Maccabees ou, dans une moindre mesure, The Mystery Jets. Leur nom ne risque pas de rester gravé dans les mémoires, mais les fans des groupes mentionnés ci-avant devraient tout de même y trouver leur compte.    

Biffy Clyro

Bloc Party, le critique pense?

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Suite aux articles dithyrambiques consacrés aux prestations ‘live’ de Bloc Party (ils ont été plébiscités lors du Printemps de Bourges!), je m’attendais à prendre une claque ce soir. Tout était d’ailleurs réuni pour cette consécration : salle bondée (sold out !), service d’ordre sympa, discret et efficace, public enthousiaste, light show impressionnant et groupe plutôt décontracté. Devient-on trop difficile au fil du temps ? L’oreille critique constitue-t-elle une arme à double tranchant ? L’humeur du moment joue-t-elle un rôle prépondérant dans l’appréciation d’un concert ? L’espoir d’assister à un moment unique modifie-t-il la perception des événements ? Des tas de questions du style m’ont traversé l’esprit à l’issue de leur set ; car franchement, je ne l’ai pas trouvé aussi exceptionnel que prédit. Un show de bonne facture, sans plus. Ce qui n’est déjà pas trop mal. Et puis le public était ravi. N’est-ce pas cela l’essentiel ?

Il revenait à Biffy Clyro, d’assurer le supporting act. Un trio écossais au sein duquel militent les jumeaux Johnston à la section rythmique. Lors du premier titre, on a l’impression que le guitariste et le bassiste jouent dos au public, en tenant leur instrument contre l’échine. En fait, leurs visages sont simplement cachés par leur longue chevelure. Les trois membres du groupe chantent. Parfois en solo, parfois en chœur. Simon Neil, à la six cordes, possède un timbre rappelant Kurt Cobain. Les frangins, empruntent un falsetto dans la lignée de Bob Mould. Et il faut reconnaître que les harmonies vocales sont plutôt soignées. Malheureusement, si leur musique rappelle tantôt Fugazi, tantôt Hüsker Dü, elle est un peu trop brouillonne à mon goût. Seuls les passages plus calmes passent plutôt bien la rampe. Si bien qu’au bout de quelques minutes, cette bouillie sonore finit par agacer.

Dès que Bloc Party monte sur les planches, on est impressionné par les jeux de lumières. Il nous en met plein la vue, en quelque sorte. Des figures géométriques lumineuses (elles changeront de couleur toute la soirée) sont fixées sur 7 énormes pilasses, en oblique, de manière à créer un ensemble à la fois homogène et orientaliste. Ces rectangles allongés sont soutenus par des lasers qui changent également de teinte en fonction des morceaux. Très souriant, Kele Okereke mène la danse. De sa voix haut-perchée, si particulière, il entretient la mélodie tout en triturant sa stratocaster. Installé sur un socle surélevé, en retrait de la scène, Matt Tong paraît jeune. Très jeune. Un sosie d’Harry Potter… Mais, de ses rythmes métronomiques, il assume comme un grand. Gordon Moakes est son complément idéal à la basse. Et puis, il assure les backing vocaux. Le plus souvent par le biais des contre-mélodies. Se consacrant même épisodiquement au xylophone. Enfin, le soliste, Richard Lissack semble avoir pour maître The Edge. Ses riffs tour à tour nerveux, épileptiques, voire bringuebalants, en sont la plus parfaite démonstration. Et puis il y a pire comme choix. Musicalement, les influences cold wave et post punk sont manifestes. Puisées notamment chez Cure et Joy Division. Parfois également chez House Of Love (là ce n’est plus de la new wave). Sans oublier les traces de funk blanc. Pensez à XTC et Gang of Four. En affichant de telles références, le résultat ne peut qu’être intéressant. Mais le problème procède plus probablement du climat que Bloc Party ne parvient pas à entretenir. Dans la musique de la fin des seventies et du début des eighties, c’était en quelque sorte le fil conducteur. Lors du set de ce quatuor londonien, on a davantage eu la sensation d’encaisser une succession de tubes. Après une bonne  heure, le groupe se retire sous les inévitables acclamations.

Et revient pour un rappel –rituel- interpréter quatre autres titres, au cours duquel Kele va descendre dans le public à la manière de Bono. Et la foule apprécie ce type de geste. Bloc Party, on est resté avec nos doutes, nos interrogations, et surtout nos craintes : celles de voir un groupe passer au statut de star, alors qu’il n’en est encore qu’à son deuxième album (« A week en  in the city », est paru début de cette année), sans encore être parvenu à se forger sa propre identité. Et c’est souvent ainsi que de grandes promesses s’évanouissent dans la plus grande indifférence… L’exercice d’un troisième album devrait nous en apprendre davantage.

Setlist

Song For Clay - Wainting For The 7.18 - Positive Tension - I Still Remeber - Hunting For Witches - Banquet - Where Is Home - This Modern Love - Uniform - Like Eating Glass- So Here We Are - The Prayer

Rappel

She's Hearing Voices - Srxt - Pioneers - Helicopter

Organisation Agauchedelalune

The Long Blondes

Comme une lettre à la Poste?

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L'Orangerie bat son plein dans l'attente du défilé vintage Long Blondes, qui pose bagage dans une ambiance feutrée, le 'catwalk' décoré d'amplis Epiphone. La nouvelle collection de la couturière Kate Jackson prend alors place sur le podium pour une déambulation de cinquante minutes, retraçant les vieilles photographies d'un almanach nostalgique.

Du « Sweet Heart » ouvre le bal, fidèle au poste, dans une représentation honorable de rock féminin. Tout sourire et la sensualité débordante, Miss Jackson accueille ses adeptes en bonne et due forme, ravis de participer à ce spectacle qui bat la chamade. Notre guide nous propose, en effet, tout un circuit accompli dans les douces vallées d'un rock anglo : celui qui s'est arrêté de grandir, il y a 50 ans. Les titres s'enchaînent comme on changerait l'huile de moteur : « Once & Never Again », « Swallow Tattoo », « Week End Without Make Up ». Toute la clique du « Someone To Drive You Home » y passe, invitant en chemin de vieilles connaissances (le single « Appropriation » entre autres…) Les transitions sont marquées par les quelques mots prononcés en français, balancés depuis des lèvres maquillées de rouge flamboyant, avant de poursuivre les déhanchements, le temps d'un set. Un départ énergique, triomphant, acclamé et envoûtant qui devient cependant vite étiré vers des longueurs au beau milieu de la manche. Les compositions s'enlisent, malgré elles, dans un mimétisme qui crève les yeux, transformant la scène en une sorte de présentoir sans éraflures. Le groupe débite son flux mais la vie manque, la sueur et les clopes aussi, et le sentiment d'assister à de simples accords joués à la chaîne commence à nous envahir. Quand il ne s'agit pas pour la guitariste Emma Chaplin de faire la potiche et d'aligner trois notes, afin de ne pas abîmer son vernis. Le quartet surmonte cependant ses failles et délivre son concert comme on confie une lettre à la poste, cachetée par la voix omniprésente de la factrice, le timbre joliment alléché. Malgré un public statique mais enthousiaste, survolté à l'appel des tubes, la séance se révèle agréable sans pour autant toucher le summum de l'excitation. The Long Blondes, chez soi ou devant ses orbites, équivaudrait presque à la même chose, un son bien habillé mais sans aucune tache.

Organisation Botanique

Dälek

Go with the flow

Cette claque mortelle d'indus hip hop qu'on avait chopée net, il y a de ça belle lurette, à Dour. A l'époque Still faisait encore partie de la bande, griffant ses vinyles d'une main tendancieuse, l'afro balayant l'air empli de limailles de fer. Après un hiatus de deux ans, Dälek est de retour avec le fumasse « Abandoned Language », plus carré, moins bruitiste, mais pas encore 'old school'.

A la place du DJ, MC Dälek et Oktopus ont réquisitionné un authentique guitariste : un type au look métallique, qui pendant toute l'heure du concert triturera son engin comme s'il était en feu. A fond dans les reverbs, il n'en décollera pas. Et puisque nous ne sommes ni des vendeurs d'amplis, ni des journalistes pour 'Riff Magazine', la démarche sonique de ce chevelu shoegazer aura fini par totalement nous échapper. De quel bois se chauffe-t-il ? Est-il à l'origine de ces nappes électriques qui noircissent l'atmosphère ? Peu importe, notre attention se porte derrière le laptop, sur le faciès d'Oktopus : élastique, grotesque, il épouse les basses en faisant de grandes embardées, de la bouche aux sourcils. On se rappelait pourtant de lui dans des circonstances différentes, le cou sur lequel il repose à l'époque bien plus tendu, bovin, explosé aux hormones. Une bedaine un peu flasque, des yeux qui roulent et qui fixent, au loin, l'horizon de cette salle qu'on croirait consacrée au badminton. Entre les deux, Dälek, lui aussi dans son trip ' je rappe sur du bruit, donc je fronce la tête comme du papier mâché'. Il balance ses rimes sur du Jay Dee (« Paragraphs Relentless », « Starved For The Truth »), pointe le sol de sa casquette avant de jeter un regard vers le haut. Et ainsi de suite. Au fil des nouveaux titres, les mélopées indus entament petit à petit leur travail de sape : « Bricks Crumble » séduit quelques personnes, qui hoquètent et frétillent du tibia. Il faut pourtant attendre le revanchard « Corrupt (Knucke Up) » et son refrain scabreux à la Mobb Deep pour se sentir à l'aise, oser le pas de deux, applaudir sans réserve. « (Subversive Script) », « Culture For Dollars » et le classique « Spiritual Healing », accordé en rappel, clôturent en beauté ce concert du dimanche, un poil trop prévisible. C'est qu'il s'agit d'un 'rap' d'introvertis, à consommer au mieux la nuit et seul. Pourvu qu'à Dour ils jouent quand tout le monde dort… Tu parles d'un mirage !

Organisation VK